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Rhumatoid purpura: clinical signs and prognostic criteria


Sang Thrombose Vaisseaux. Volume 14, Number 4, 263-8, Avril 2002, Maladie rare des vaisseaux


Résumé  

Author(s) : Evangéline Pillebout, Dominique Nochy, Eric Thervet, Inserm U. 426, faculté de médecine X.-Bichat, Université Paris-07, 16, rue Henri-Huchard, BP416, 75870 Paris cedex 18, France.

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ARTICLE

L'essentiel de la maladie

Le purpura rhumatoïde ou purpura de Schönlein-Henoch est une vascularite leucocytoclasique touchant les petits vaisseaux (capillaires dont le glomérule rénal, les veinules et les artérioles) où se déposent des dépôts immuns d'immunoglobuline A (IgA). Il est caractérisé par l'association de signes cutanés, articulaires et gastro-intestinaux qui peuvent survenir par poussées successives. Une atteinte rénale s'associe parfois à ces signes. Le pronostic à long terme de la maladie dépend de la sévérité de l'atteinte rénale. Il n'existe actuellement aucun traitement spécifique, mais des études sont en cours pour évaluer, dans les formes sévères, l'intérêt des corticostéroïdes plus ou moins associé au cyclophosphamide.

Mots clés : purpura rhumatoïde, néphropathie, adulte, pronostic.

Le purpura rhumatoïde est une vascularite systémique des petits vaisseaux, rapportée en premier par Heberden en 1806. L'association d'un purpura et d'arthralgies sera ensuite décrite par Schönlein en 1837. En 1874, Henoch, son élève, note chez quatre enfants, en plus de l'atteinte cutanée et articulaire, des douleurs abdominales de type coliques et une diarrhée sanglante. En 1899, il ajoute à cette symptomatologie, l'atteinte rénale, achevant alors la description de cette pathologie. Il a été récemment suggéré que le purpura rhumatoïde était la forme systémique de la glomérulonéphrite primitive à dépôts d'IgA caractérisée par Berger et Hinglais [1].

En ce qui concerne sa pathophysiologie, peu de progrès ont été fait. La réponse anormale d'un système immun immature à une agression antigénique externe est l'hypothèse la plus souvent avancée [2, 3]. Elle est fondée, d'une part, sur l'existence, chez certains de ces patients d'anomalies du système immunitaire. On observe, en effet, dans un nombre variable de cas, une augmentation du taux sérique d'IgA, déséquilibré en faveur des sous-classes IgA1, la circulation de complexes immuns composés d'IgA, des anomalies de la glycosylation des IgA et une augmentation du nombre de lymphocytes B circulants porteurs d'IgA membranaires et capables de produire in vitro un excès d'IgA. D'autre part, la maladie est souvent précédée d'une infection de la sphère ORL ou respiratoire (Streptocoque, adénovirus, parvovirus, Mycoplasma pneumoniae...) ou d'une prise médicamenteuse, toxique et alimentaire, en particulier chez l'enfant. Elle a également été associée à d'autres infections virales telles que EBV, CMV, HIV [2, 4]. Plus récemment, il a été suggéré, chez l'adulte, une association avec les cancers, et particulièrement ceux comportant comme facteur de risque l'intoxication alcoolo-tabagique (tumeurs des voies aéro-digestives supérieures et pulmonaires), sans qu'un véritable syndrome paranéoplasique puisse être affirmé.

Le purpura rhumatoïde atteint principalement l'enfant entre 3 et 15 ans, son incidence annuelle étant de l'ordre de 15 cas pour 100 000 enfants par an [5]. Il est beaucoup plus rare chez l'adulte où son incidence serait plutôt de l'ordre de 0,1 pour 100 000 adultes [6, 7]. On l'observe dans toutes les ethnies mais semble beaucoup plus rare dans la race noire. Chez l'enfant comme chez l'adulte la maladie est plus fréquente chez les patients de sexe masculin (sexe ratio : 1,5). Le purpura rhumatoïde de l'adulte diffère de celui de l'enfant par l'incidence et la gravité des manifestations cliniques [8, 9].

Critères diagnostiques

Le diagnostic de purpura rhumatoïde se fait sur la clinique, lorsque s'associent à un purpura vasculaire cutané des manifestations articulaires, digestives et rénales. Il n'existe aucun signe biologique spécifique de la maladie. Le taux sérique d'IgA est élevé dans 60 % des cas mais ceci ne constitue en aucun cas un argument formel pour affirmer le diagnostic. L'histologie cutanée (vascularite leucocytoclasique) et rénale (glomérulonéphrite endocapillaire) associées à la présence de dépôts d'IgA dans ces tissus peuvent être utiles, en particulier chez l'adulte. En 1990, l'American College of Rheumatologists [10] ont proposés pour distinguer le purpura rhumatoïde des autres vascularites les critères suivants : un âge inférieur à 20 ans, un purpura vasculaire, des douleurs abdominales aiguës ou une vascularite leucocytoclasique à la biopsie cutanée. La présence d'au moins deux de ces signes a une sensibilité de 87,1 % et une spécificité de 87,7 %. En 1994, à ces critères est ajoutée la présence de dépôts d'IgA dans les petits vaisseaux cutanés, intestinaux ou rénaux. Les critères les plus récents sont proposés par Helander et al. [11]. Chez un patient ayant une vascularite leucocytoclasique, le diagnostic de purpura rhumatoïde peut être fait si au moins trois des critères suivants sont présents : dépôts vasculaires dermiques d'IgA, âge inférieur à 20 ans, atteinte gastro-intestinale (douleur abdominale ou présence de sang dans les selles), infection récente des voies aériennes supérieurs et présence d'une néphropathie mésangiale avec ou sans dépôts d'IgA à la biopsie.

Manifestations cliniques extrarénales

L'atteinte cutanée est quasiment constante et inaugure le tableau clinique dans plus de deux tiers des cas. Il s'agit le plus souvent d'un purpura vasculaire. Il est symétrique, prédomine aux zones de pression, en particulier autour des chevilles et au niveau des fesses mais peut s'étendre à l'ensemble du tégument. La lésion primitive est généralement une pétéchie, elle peut confluer pour former des macules voire des ecchymoses. Chez l'adulte elle se complique de nécrose ou de bulles hémorragiques dans 35 % des cas, ceci est exceptionnel chez l'enfant [4, 9]. Les lésions régressent progressivement pour disparaître en quinze jours. Il peut n'y avoir qu'un seul rash de résolution rapide ou plusieurs poussées successives. L'étude de la biopsie cutanée montre, typiquement, une vascularite leucocytoclasique avec nécrose fibrinoïde et infiltrat périvasculaire de neutrophiles et de cellules mononucléées. En immunofluorescence, on observe dans la paroi des vaisseaux lésés, des dépôts d'immunoglobuline A, de C3 et de fibrine (figure 1).

Les manifestations articulaires sont présentes dans deux tiers des cas et se traduisent par des arthralgies touchant principalement les chevilles et les genoux. Elles sont d'intensité variable, souvent rapidement résolutives. Une ou plusieurs articulations sont touchées, simultanément ou successivement. À la douleur peut s'associer un gonflement périarticulaire, en rapport le plus souvent avec une synovite qui, par définition, ne détruit jamais l'articulation.

Les manifestations digestives sont fréquentes, variables en fonction des séries. Il s'agit de douleurs de type coliques, modérées mais pouvant être sévères conduisant alors à la laparotomie. Elles peuvent s'associer à une hémorragie digestive occulte (présence de sang dans les selles à la bandelette) mais parfois gravissime, engageant le pronostic vital. L'endoscopie retrouve alors un purpura pétéchial voire de véritables plages de nécrose de la paroi digestive.

Les autres manifestations sont beaucoup plus rares. Dans le cadre des manifestations neurologiques, on peut observer des céphalées, convulsions, parésies, voire un coma. Plus exceptionnellement sont décrites des orchi-épidydimites (le plus souvent chez le jeune garçon), urétrites, pancréatites, parotidites, myosites, épisclérite, hémorragies pulmonaires et myocardites.

L'atteinte rénale

Une atteinte rénale survient dans 20 à 54 % des cas de purpura rhumatoïde chez l'enfant [12] et dans 45 à 85 % chez l'adulte [7]. L'incidence varie selon les séries, en fonction du mode de recrutement des malades et des critères diagnostiques retenus pour affirmer l'atteinte rénale. Parmi l'ensemble des glomérulonéphrites de l'enfant, celle du purpura rhumatoïde représente 10 à 15 % des cas et 2,5 % des insuffisances rénales terminales [13]. Chez l'adulte, l'atteinte rénale du purpura rhumatoïde ne représenterait que 0,6 à 2 % des néphropathies [7].

L'atteinte rénale survient généralement au cours du premier mois de la maladie mais des anomalies urinaires peuvent être observées après plusieurs mois, parfois au cours d'une nouvelle poussée de purpura.

L'hématurie, le plus souvent microscopique, est le signe le plus précoce. À cette hématurie peuvent s'associer d'autres signes évocateurs de glomérulonéphrite, protéinurie de débit variable, pouvant être néphrotique et insuffisance rénale. Chez l'adulte, l'atteinte rénale est non seulement plus fréquente, mais également plus sévère. La présence d'une insuffisance rénale au moment du diagnostic est exceptionnelle chez l'enfant, alors que son incidence peut atteindre 32 % chez l'adulte [9]. Une HTA peut s'associer à ces signes ou être isolée.

La néphropathie du purpura rhumatoïde est une néphropathie glomérulaire à dépôts d'IgA très proche de la maladie de Berger. Seul le contexte clinique permet d'ailleurs de les distinguer [14]. L'étude en immunofluorescence confirme le diagnostic de glomérulonéphrite à dépôts d'IgA. Les dépôts mésangiaux sont présents dans tous les glomérules, leur abondance est variable et peuvent même déborder le long des parois des capillaires glomérulaires voire du pôle vasculaire. À ces dépôts d'IgA (essentiellement IgA1 et lambda plus fréquemment que kappa), s'associent constamment des fractions C3 du complément, parfois des dépôts d'IgG (40 % des cas) et plus rarement d'IgM (20 % des cas) [15]. Les dépôts mésangiaux sont observés dans les glomérules scléreux, permettant un diagnostic rétrospectif. L'examen en microscopie optique montre une grande diversité de type et de sévérité de lésions glomérulaires. De nombreuses classifications ont été proposées, aucune n'est encore unanimement admise. Chez l'enfant, la plus couramment utilisée est la classification de l'International Study of Kidney Disease in Childhood (ISKDC [16], tableau I). Nous avons proposé [17], pour l'adulte, une classification pour lequel il existe une forte corrélation anatomo-clinique (tableau II, figure 2). Elle distingue :

1) la glomérulonéphrite mésangiopathique, caractérisée par la présence de glomérules normaux ou subnormaux avec un discret épaississement de l'axe mésangial ;

2) la glomérulonéphrite segmentaire et focale caractérisée par la présence de lésions segmentaires touchant moins de 50 % des glomérules. Ces lésions segmentaires peuvent avoir différents aspects. Il peut s'agir de prolifération mésangiale focale avec augmentation de la matrice, parfois accompagnée d'une nécrose segmentaire du flocculus et toujours d'une adhésion soit à un croissant épithélial segmentaire, soit réalisant une synéchie fibreuse ou fibrocellulaire du flocculus à la capsule de Bowman. Parfois se surajoutent à ces lésions de véritables lésions de hyalinose segmentaire et focale du flocculus ;

3) la glomérulonéphrite proliférative endocapillaire diffuse, caractérisée par l'association d'une hypercellularité mésangiale à un épaississement de la matrice mésangiale. Les classes (3a) et (3b) se distinguent par l'intensité de la prolifération endocapillaire et son association à une prolifération extracapillaire ;

4) la glomérulonéphrite endocapillaire et extracapillaire, caractérisée par la présence de croissants, touchant plus de 50 % des glomérules, pouvant être circonférentiels, associée à une glomérulonéphrite proliférative endocapillaire diffuse ;

5) le rein fibreux, terminal. Chez l'adulte, la lésion la plus fréquemment rencontrée est la classe 3. La prolifération endo- et extracapillaire est rare, touchant moins de 10 % des cas. On peut également observer des lésions moins spécifiques comme la nécrose fibrinoïde qui s'observe surtout à la phase aiguë. Des lésions tubulointerstitielles sont fréquemment associées aux lésions glomérulaires et sont fortement corrélées à la présence d'une insuffisance rénale [17]. Il existe volontiers des cylindres hématiques. Les lésions vasculaires sont également fréquentes, même chez l'adulte jeune. Il s'agit d'hypertrophie médio-intimale des petites artères et d'artériolosclérose, moins souvent, d'artériosclérose ou d'une endartérite fibreuse des artères interlobulaires et exceptionnellement d'une angéite nécrosante (avec dépôts d'IgA) plus ou moins inflammatoire touchant les artères musculaires.

Critères pronostiques

Le risque vital est avant tout lié à l'atteinte digestive, lorsque celle-ci se complique de perforation ou d'hémorragie gastro-intestinale non contrôlée. Ces complications, plus fréquentes chez l'enfant, sont néanmoins exceptionnelles. L'atteinte pulmonaire (hémorragie intra-alvéolaire) est très rare mais souvent fatale.

Le pronostic à long terme dépend essentiellement de l'évolution de l'atteinte rénale. Alors que le risque d'évolution vers l'insuffisance rénale est faible chez l'enfant, de l'ordre de 5 % [13] à 15 % [18], il semble beaucoup plus important chez l'adulte. Notre récente étude rétrospective de 250 patients avec atteinte rénale montre, après plus de 5 ans de suivi, que plus d'un tiers des patients ont une insuffisance rénale chronique et que seulement 20 % sont en rémission complète, sans protéinurie, hématurie ou insuffisance rénale [9].

Toutes les études, que ce soit chez l'enfant ou chez l'adulte, s'accordent à dire qu'il n'existe aucune corrélation entre la présentation ou l'intensité des signes extrarénaux et l'histologie ou l'évolution de l'atteinte rénale.

Chez l'enfant, il existe une assez bonne corrélation entre la présentation clinique néphrologique, l'examen histologique rénal et l'évolution rénale [19, 20]. La présence d'un syndrome néphrotique avec insuffisance rénale ou d'un syndrome néphritique est souvent associée au stade IV et V histologique de la classification ISKDC et est un facteur de risque important de l'évolution vers l'insuffisance rénale. Une hématurie isolée et/ou avec une protéinurie modérée inférieure à un gramme par litre, est, à l'opposé, plus souvent associée au stade I à III de la classification ISKDC et évolue généralement vers la rémission [7].

Chez l'adulte, nous avons montré, en étude multivariée, que l'existence d'une insuffisance rénale et d'une protéinurie supérieure au gramme par jour étaient des facteurs pronostiques d'insuffisance rénale sévère à long terme. Pour ce dernier, plusieurs études l'ont précédemment démontré [7, 21]. En revanche, en ce qui concerne les facteurs pronostiques histologiques, nécrose fibrinoïde glomérulaire, sclérose glomérulaire globale et fibrose interstitielle, alors que leur valeur pronostique est maintenant admise pour de nombreuses glomérulopathies, et en particulier pour la maladie de Berger, dans cette pathologie, rien n'avait encore été démontré. Contrairement à ce que l'on observe chez l'enfant [13, 20, 22, 23], la présence d'une prolifération extracapillaire ne semble pas influencer le pronostic [9].

Le traitement

Les corticostéroïdes sont efficaces pour diminuer les douleurs abdominales et articulaires, comme les antalgiques usuels. Ils n'ont pas démontré leur efficacité pour prévenir les complications digestives mais sont généralement utilisés en cas d'atteinte sévère avec stricte surveillance médico-chirurgicale. Les auteurs s'accordent à dire qu'ils sont inefficaces sur l'atteinte cutanée. Pour prévenir les complications rénales, les résultats des études sont contradictoires. Chez les enfants, plusieurs études concernent l'utilisation des stéroïdes seuls. Certaines [13, 24] montre leur effet bénéfique pour prévenir l'atteinte rénale, d'autres [12, 25] ne retrouvent en revanche aucun effet du traitement. Des traitements plus agressifs, associant stéroïdes et cyclophosphamide, semblent plus efficaces, mais, là aussi les résultats de ces études [26, 27] sont d'interprétation délicate puisque rétrospective ou sans groupe contrôle. En pratique, ils sont utilisés dans les formes sévères avec insuffisance rénale rapidement progressive. De même, chez l'adulte, en absence d'étude bien conduite, on est actuellement incapable de dire si un traitement est efficace dans cette pathologie. Les échanges plasmatiques, seuls ou en association avec des stéroïdes et/ou des immunosuppresseurs ont été proposés dans les formes les plus graves, de même que les gammaglobulines intraveineuses.

Une étude, conduite en association avec la Société française de néphrologie et le Groupe français d'études des vascularites, devrait débuter en septembre, pour une durée de deux ans. Elle a pour but de comparer l'efficacité d'un traitement par stéroïdes seuls ou associés à du cyclophosphamide pour prévenir les complications des formes viscérales graves du purpura rhumatoïde de l'adulte.

Conclusion

Le purpura rhumatoïde de l'adulte n'est pas une pathologie exceptionnelle. Sa présentation est plus sévère que chez l'enfant et l'évolution, en particulier rénale, peut être défavorable, nécessitant un suivi au long cours du patient. Seuls les résultats d'études prospectives randomisées permettront de conclure sur l'intérêt des immunosuppresseurs pour prévenir les complications de cette pathologie tant chez l'adulte que chez l'enfant.

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