ARTICLE
Les découvertes
des quinze dernières années faites en biologie de la paroi
vasculaire ont fondamentalement changé les hypothèses physiopathologiques
des principaux dysfonctionnements vasculaires [1]. Ainsi, il est acquis
que l'endothélium, par la synthèse et la libération
de nombreuses substances vasoactives, participe au contrôle du tonus
vasomoteur. Les cellules endothéliales répondent à
l'action de nombreux médiateurs chimiques circulants (ADP, ATP,
acétylcholine, adrénaline, histamine, sérotonine,
UTP...) ou à des modifications physicochimiques (forces de cisaillements,
hypoxie...), par une synthèse de facteurs de relaxation (endothelium
derived relaxing factors = EDRF), tels que le NO° ou la prostacycline,
et/ou de facteurs de vasoconstriction (endothelium derived contracting
factors = EDCF), tels que les endothélines, le thromboxane
A2 (TxA2) ou les radicaux libres (figure
1). Le muscle lisse et les terminaisons nerveuses ne sont donc
pas les seules composantes anatomiques et fonctionnelles susceptibles
d'être impliquées dans un dysfonctionnement vasculaire. Ainsi,
la notion d'« endothéliopathie » peut être suggérée
puisque, dans de nombreuses pathologies, apparaissent des déséquilibres
des fonctions endothéliales [2]. Il paraît donc important
de faire le point sur les démarches thérapeutiques présentes
et futures susceptibles soit de traiter les endothéliopathies,
soit de réduire leurs conséquences pathologiques.
Physiologie de la vasomotricité
L'endothélium joue un rôle important dans
le contrôle de la vasomotricité, ceci par de nombreux mécanismes
(figure 1).
Transformation de molécules circulantes
L'enzyme de conversion, présente au niveau de
la membrane des cellules endothéliales, transforme d'une part l'angiotensine
I circulante et inactive en angiotensine II, puissant vasoconstricteur,
et d'autre part la bradykinine active (vasorelaxante) en peptides inactifs.
En partie par ces transformations, l'endothélium intervient donc
dans la régulation de la pression sanguine.
Synthèses endothéliales de substances
vasoactives
Facteurs de relaxation
La prostacycline (PGI2), synthétisée par
une cyclooxygénase et une PGI2 synthétase, agit sur les
cellules musculaires lisses en stimulant ses récepteurs membranaires
puis, par couplage positif à l'adénylate cyclase, induit
une augmentation de la concentration d'AMP cyclique intracellulaire, d'où
relaxation.
L'EDRF (endothelium derived relaxing factor) ou NO°, synthétisé
à partir de la L-arginine par la NO synthase, est apparu comme
un puissant vasodilatateur induisant, par activation de la guanylate cyclase
soluble du muscle lisse, une augmentation de la concentration de GMP cyclique
intracellulaire, responsable de la relaxation.
L'EDHF (endothelium derived hyperpolarizing factor), probablement
apparenté aux prostaglandines, agit sur les canaux potassiques
du muscle lisse vasculaire. Il s'ensuit alors un efflux potassique puis
une hyperpolarisation induisant la relaxation.
Facteurs de contraction
L'endothéline est synthétisée à
partir de la big endotheline par une enzyme de conversion endothéliale.
Il existe deux types de récepteurs à l'endothéline
: les récepteurs ETA et ETB. L'activation des récepteurs
ETA situés sur les cellules musculaires lisses vasculaires va induire
une baisse des concentrations d'AMPc, d'où une vasoconstriction.
Les récepteurs ETB sont également localisés sur les
cellules endothéliales et sont capables de stimuler la production
de NO° et de prostacycline.
Les radicaux libres, à faible concentration, stimulent la cyclooxygénase
et la prostacycline synthétase et, donc, induisent une vasodilatation.
En revanche, à forte concentration, ils inactivent le NO°
et inhibent la production de prostacycline. Cependant, la production de
thromboxane A2 n'est pas atteinte et le TxA2 conserve son effet vasoconstricteur.
Endothélium et régulation de la vasomotricité
Les libérations de ces différents facteurs
de la vasomotricité sont constamment modulées par de nombreuses
molécules circulantes. On connaît bien, par exemple, l'action
de l'acétylcholine qui, par l'intermédiaire de récepteurs
muscariniques endothéliaux (M1 et M2), va induire des productions
de PGI2, NO° et EDHF. Récemment, il a été découvert
que l'adrénomédulline, nouvelle hormone de la vasomotricité,
provoque une libération de NO° et inhibe la production d'endothéline
par les cellules endothéliales.
De la même façon, on commence à cerner l'implication
des purines et pyrimidines (ATP, ADP, AMP, adénosine et UTP) dans
le contrôle de la vasomotricité. Cependant, la découverte
récente des récepteurs purinergiques fait que leur classification
ne cesse d'évoluer [3]. Les récepteurs P1 ont été
les premiers récepteurs isolés et étudiés.
Le sous-groupe des P1A2 (antagoniste = la théophylline) est directement
impliqué dans la relaxation du muscle lisse par l'adénosine,
par un mécanisme indépendant des productions de NO°
et de prostacycline.
Les récepteurs P2 sont moins bien connus. Au niveau du système
cardiovasculaire, les principaux récepteurs impliqués dans
la vasomotricité sont les P2x et P2y et, à moindre degré,
les P2u. En effet, l'ATP et l'ADP peuvent agir sur les récepteurs
musculaires P2x pour induire une vasoconstriction ou, au contraire, agir
sur les récepteurs endothéliaux P2y pour augmenter la production
de NO° et/ou de prostacycline, et ainsi induire une vasodilatation.
Cette action biphasique participe au maintien du tonus vasculaire physiologique.
Endothélium et pathologie
vasculaire
Évaluation clinique de la fonction endothéliale
Plusieurs méthodes et plusieurs techniques sont
utilisées chez l'homme pour explorer l'importance d'un éventuel
dysfonctionnement endothélial au niveau de différents territoires
vasculaires.
Ainsi, par détecteur pléthysmographique, peut être
étudié le flux sanguin avant et après injection d'acétylcholine
au niveau de l'avant-bras pour évaluer la fonctionnalité
endothéliale au niveau de lits vasculaires périphériques
tels que celui du muscle strié. Ainsi, si la fonctionnalité
endothéliale est intacte, l'injection d'acétylcholine doit
induire une augmentation du flux sanguin [4, 5].
Par la technique de doppler intracoronaire, dite investigation ultrasonographique
[4], l'augmentation du diamètre d'artères coronaires épicardiales
peut être évaluée suite à l'injection d'acétylcholine.
De plus, le rapport des concentrations sériques nitrates/nitrites
permet d'estimer la capacité de production d'EDRF/NO par l'endothélium
de volontaires sains et de patients malades [6].
Par ailleurs, de nombreux marqueurs endothéliaux peuvent être
utilisés pour avoir une idée de l'état pathogène
de l'endothélium : facteur de von Willebrand (visualisé
grâce à des anticorps monoclonaux), thrombomoduline soluble,
activateur du plasminogène tissulaire [7].
Hypertension artérielle et vieillissement
Le vieillissement de la paroi artérielle diminue
la capacité de l'endothélium à sécréter
des substances vasodilatatrices (NO°, prostacycline) et augmente
la perméabilité vasculaire. Ces modifications de la paroi
présentent beaucoup d'analogies avec celles induites par l'hypertension
artérielle [2] ; il a ainsi été suggéré
que l'hypertension artérielle pourrait induire un vieillissement
accéléré de la paroi artérielle.
Cependant, il est difficile de savoir si le dysfonctionnement endothélial
précède l'apparition de l'hypertension artérielle
ou s'il en est une conséquence. Selon Lüscher [1], les altérations
endothéliales sont une réponse adaptative à des pressions
sanguines anormalement élevées s'exerçant sur les
parois vasculaires lors de l'hypertension artérielle pouvant, à
leur tour, entretenir l'hypertension.
L'augmentation des résistances périphériques est
liée à la contraction du muscle lisse en réponse
à une production exagérée de facteurs vasoconstricteurs
et/ou une réduction de l'efficacité de la voie dilatatrice
du NO° [8]. Par ailleurs, la diminution de production de NO°
lors de l'hypertension artérielle favorise la prolifération
des cellules musculaires lisses vasculaires, d'où un épaississement
néo-intimal aggravant encore la pathologie.
En revanche, l'augmentation des concentrations d'ECDF (endothéline,
Tx A2, PgH2, angiotensine II) favorise la vasoconstriction et les interactions
plaquettes/paroi vasculaire. De plus, l'endothéline peut stimuler
la prolifération des cellules musculaires lisses et donc l'hyperplasie
[8, 9]. Ainsi, des concentrations plasmatiques d'endothéline significativement
élevées sont observées dans l'hypertension artérielle
pulmonaire et dans l'éclampsie.
En conclusion, dans l'hypertension artérielle, le rôle protecteur
de l'endothélium est altéré par une vasoconstriction
accrue et des interactions « cellules sanguines/paroi » augmentées.
Athérosclérose
Des modifications structurales et fonctionnelles de
la paroi sont également en cause dans l'athérome.
Le vieillissement de la paroi artérielle s'accompagnerait d'une
plus grande entrée de substances athérogènes, comme
les lipoprotéines de faible densité, favorisant l'interaction
entre les leucocytes et les cellules vasculaires (cellules endothéliales,
cellules musculaires lisses). L'ensemble de ces interactions va induire
une hyperproduction de radicaux libres et d'endothéline [10] et
donc favoriser l'agrégation plaquettaire et l'athérome.
Ce processus conduit à des altérations endothéliales
et à une prolifération des cellules musculaires lisses vasculaires
[9].
Inflammation
Elle induit une modification de la vasomotricité
[2]. On connaît aujourd'hui le rôle des cytokines produites
par le système immunitaire dans l'inflammation et leur action sur
les cellules endothéliales. Elles stimulent l'activité de
synthèse des cellules endothéliales et favorisent la production
des différents agents vasoactifs : ainsi, l'interleukine 1 et le
tumor necrosis factor (TNF) dépriment la sécrétion
d'EDRF/NO° et stimulent la production de PDGF (platelet derived
growth factor) et d'endothéline [11].
Autres implications pathologiques
La perte de production de NO° est également
mise en cause dans le diabète [9]. De la même façon,
l'endothéline est impliquée dans la nécrose des lambeaux
réimplantés en chirurgie plastique [12].
Endothélium et thérapeutique
vasculaire
Molécules d'intérêt utilisées
Actuellement, seules quelques molécules sont
capables de « traiter » le dysfonctionnement endothélial.
Il s'agit des substances protectrices naturelles de l'endothélium
(analogues stables de la prostacycline, vasodilatateurs nitrés,
activateur tissulaire du plasminogène : r-tPA), des inhibiteurs
ou antagonistes des EDCF (antagonistes de l'angiotensine II, inhibiteurs
de la synthèse du TxA2, antagonistes du TxA2, inhibiteurs de l'enzyme
de conversion), des agents cytoprotecteurs (piégeurs des radicaux
libres, inhibiteurs de la synthèse des radicaux libres) et, enfin
des hypolipémiants.
Molécules prometteuses
Les connaissances nouvelles sur l'endothélium
non seulement ont permis le développement de nouvelles thérapeutiques
vasculaires liées au NO° et à l'endothéline,
mais laissent aussi espérer les développements d'autres
molécules (figure 2).
Dérivés du NO°/EDRF
Les différentes possibilités thérapeutiques
de cette voie sont représentées par les donneurs de NO°
directs (molsidomine, linsidomine, nitroprussiate de sodium) ou indirects
(trinitrine, dinitrate d'isosorbide, mononitrate d'isosorbide) et par
le gaz NO lui-même.
* Le monoxyde d'azote « Gaz » [13]
Ce nouveau médicament, administré par
voie respiratoire, reste d'utilisation limitée, sa demi-vie étant
extrêmement brève (6 à 10 secondes). Il est, en effet,
rapidement inactivé par l'hémoglobine circulante et semble
donc dépourvu d'effets systémiques. Il exerce donc une action
sélective sur la circulation artérielle pulmonaire, diminue
les résistances vasculaires pulmonaires et ne peut être efficace
qu'en présence d'une vasoconstriction préalable. L'apport
de NO va pallier un déficit physiologique ou inhiber les mécanismes
pathologiques de vasoconstriction dus à l'endothéline par
exemple et, ainsi, améliorer l'oxygénation artérielle.
Il possède, de plus, une action antitrophique et antiagrégante
plaquettaire intéressante dans le processus athérogène.
Les indications sont donc assez restreintes et les essais cliniques en
cours sont surtout du domaine de la pédiatrie (persistance de toute
circulation ftale, maladie des membranes hyalines, souffrance ftale
aigüe...) et de la chirurgie cardiothoracique.
La toxicité potentielle du NO gaz peut en limiter l'utilisation.
Cette toxicité est liée à la formation de methémoglobine,
pouvant imposer l'arrêt du traitement, et à l'effet mutagène
du NO par désamination de l'ADN et de ses composés secondaires.
Le contact du NO avec l'oxygène administré conduit à
la formation de NO2, nettement plus toxique (toxicité
bronchique, emphysème...).
* Les donneurs de NO°
Les sydnonimines, la molsidomine (Corvasal®)
et la linsidomine (Corvasal intracoronaire®), sont les
seules à posséder officiellement la qualification de «
donneurs d'EDRF ».
Le nitroprussiate de sodium NP (Nipride®), également
donneur direct de NO°, est utilisé comme un vasodilatateur
d'urgence. Ses indications se limitent à la crise hypertensive
(par exemple pulmonaire), à l'hypotension contrôlée
en anesthésiologie, et à certaines insuffisances ventriculaires
gauches aiguës. Le nitroprussiate possède un effet antiagrégant
plaquettaire dépendant de la dose.
À l'inverse, les dérivés nitrés ne peuvent
libérer l'EDRF qu'indirectement et un certain nombre de transformations
biochimiques au sein de la cellule musculaire lisse sont nécessaires
pour induire la libération de NO°. Les dérivés
nitrés sont depuis longtemps utilisés comme vasodilatateurs
dans l'angor, l'dème aigu du poumon, l'insuffisance cardiaque
et l'infarctus du myocarde. L'utilisation thérapeutique de ces
substances semble assez réduite en comparaison de l'implication
du système de la NO° synthase dans de nombreuses pathologies
vasculaires. En particulier, aucune de ces molécules n'a d'indication
dans l'hypertension artérielle essentielle.
L'administration de donneurs de NO° peut être envisagée
dans d'autres pathologies moins courantes, comme les situations d'hypoxie
(thromboses ou transplantations), pour augmenter le flux sanguin et inhiber
l'agrégation plaquettaire, où la reperfusion se caractérise
par une augmentation des radicaux libres et une baisse de production de
NO°. Ainsi, dans les transplantations cardiaques, l'utilisation de
donneurs de NO°, comme les dérivés nitrés ou
le NP, augmente de façon significative la survie immédiate
des greffes chez l'animal [14].
* La L-arginine
L'insuffisance de la voie du NO° dans les pathologies
cardiovasculaires a conduit à des essais de supplémentation
en L-arginine (Pargine®), substrat naturel de la NO°
synthase et donc traitement potentiel de l'athérome, du diabète,
de l'hypertension et des dommages suivant la reperfusion. La L-arginine
a donc été utilisée comme agent antihypertenseur
chez l'animal et chez l'homme [15]. Cette action antihypertensive est
valable chez les patients souffrant d'hypertension artérielle essentielle,
mais aussi secondaire. L'intérêt de son utilisation est sa
tolérance nettement supérieure à celle des dérivés
nitrés. Mais son utilisation reste réservée, les
essais n'ayant été effectués que par voie intraveineuse
dans l'hypertension et l'insuffisance cardiaque [16].
* Les antagonistes de la L-arginine
Une hyperproduction de NO° peut avoir des conséquences
pathologiques graves. C'est, en effet, la cause principale de l'effondrement
des résistances périphériques induit par le choc
endotoxinique. L'utilisation d'antagonistes de la NO° synthase contrarie
la vasoplégie associée au choc.
Molécules actives sur le « système
» endothéline (figure
3)
L'endothéline est un puissant vasoconstricteur
d'origine endothéliale et constitue la cible principale des nouvelles
thérapeutiques des pathologies cardiovasculaires.
* Les antagonistes de l'endothéline
La mise au point d'antagonistes des récepteurs
ETA et ETB de l'endothéline est très prometteuse. Le bosentan,
antagoniste non peptidique de l'endothéline ET1, utilisable par
voie orale a pu être étudié dans le traitement des
désordres cliniques associés à la vasoconstriction,
comme le spasme cérébral [17], l'hypertension artérielle
[18], et la reperfusion post-infarctus [19]. Ces observations ont également
été faites avec des antagonistes non spécifiques
[20, 21]. La recherche s'oriente vers l'utilisation d'antagonistes spécifiques
des récepteurs ETB, mais surtout vers les antagonistes des récepteurs
ETA [22]. Ces antagonistes ETA ont été étudiés
dans le développement néo-intimal [23], et dans l'hypertension
[24]. L'étude de ces molécules semble encouragée
par les observations faites sur la répartition anormale des récepteurs
ETA et ETB dans les pathologies cardiovasculaires [25].
* Les inhibiteurs de la synthèse d'endothéline
La recherche tend également vers la mise au point
d'inhibiteurs de l'enzyme de conversion de l'endothéline, bloquant
donc sa synthèse. C'est le cas du phosphoramidon, inhibiteur de
l'enzyme de conversion de la Big ET1 (précurseur de l'endothéline),
dont la perfusion à des animaux hypertendus diminue considérablement
la pression artérielle. D'autres molécules, comme le candoxatrilat
ou le tiorphan, inhibiteurs de l'endopeptidase neutre, semblent 5 à
30 fois plus actifs que le phosphoramidon sur l'inhibition de la synthèse
d'endothéline.
* Les anticorps anti-endothéline
Des administrations d'anticorps anti-endothéline
ont montré leur efficacité dans la réduction de l'infarctus,
de l'asthme ou de certaines formes d'ulcères. Cette thérapeutique
mérite donc d'être considérée à l'avenir
[26], notamment dans les crises hypertensives graves.
Voies de recherche/ développement
du futur
Les agonistes de la prostacycline
Du fait de l'instabilité de la prostacycline,
des analogues stables ont été mis au point.
Actuellement, seul l'iloprost (Ilomédine® injectable)
est disponible sur le marché, le béraprost et le cicaprost
ayant l'avantage d'être utilisables par voie orale. Ces molécules
possèdent un fort potentiel thérapeutique, que ce soit dans
les affections vasculaires aiguës, telles l'insuffisance respiratoire
aiguë, l'hypertension pulmonaire primaire ou la chirurgie cardiovasculaire,
ou dans les désordres vasculaires périphériques tels
que l'artérite athéromateuse, les phénomènes
de Raynaud, la maladie de Buerger ou l'hypertension artérielle
[26].
Les antagonistes des récepteurs à
l'angiotensine II
Le succès des inhibiteurs de l'enzyme de conversion
de l'angiotensine a encouragé la recherche d'antagonistes tels
le losartan (Cozaar®) ou le valsartan utilisés dans
l'hypertension artérielle essentielle [27].
Les antagonistes des récepteurs TxA2/PgH2
L'utilisation des anti-inflammatoires non stéroïdiens
n'étant pas intéressante du fait de l'inhibition concomitante
de la synthèse de PgI2, l'administration d'antagonistes des récepteurs
TxA2/PgH2 est à l'étude dans le traitement de l'hypertension
artérielle essentielle.
Rétablissement du rôle modulateur de
l'endothélium
La première possibilité thérapeutique
consiste à stimuler la croissance d'un nouvel endothélium
en cas de lésion importante par des facteurs de croissance spécifiques
(VEGF : vascular endothelium growth factor).
La seconde solution est l'utilisation de la thérapie génique,
l'introduction de gènes normaux permettant de pallier une insuffisance
de l'endothélium (par exemple codant pour la NO° synthase).
Il existe, enfin, la possibilité d'utiliser des codons non sens
(arrêt de la traduction des ARNm), afin d'inhiber la prolifération
néo-intimale [28].
Agonistes et antagonistes des récepteurs
purinergiques
Les thérapeutiques purinergiques semblent promises
à de multiples utilisations. Dans le système cardiovasculaire,
les agonistes purinergiques pourront être utilisés comme
vasodilatateurs dans l'hypertension, l'angine de poitrine, l'insuffisance
cardiaque congestive ou en prévention de la formation de la plaque
athérosclérotique.
* Les agonistes des récepteurs P1 (A1 et
A2)
L'adénosine apparaît comme un modulateur
du tonus vasculaire, via les cellules endothéliales ou l'innervation
périvasculaire. L'utilisation d'agonistes des récepteurs
A2 a pu être étudiée dans l'hypertension chez l'animal.
C'est le cas du Y-341, molécule induisant une hypotension dépendante
de la dose [29]. La vasorelaxation via les récepteurs A2
au niveau coronaire semble agir par un mécanisme indépendant
de la NO synthase, mais également par une production de NO°.
L'efficacité de ces agonistes a été montrée
dans l'inhibition de l'épaississement néo-intimal, après
lésion de l'endothélium chez le rat [30].
Enfin, ces molécules agissent sur le cur de façon
dromotrope, chronotrope et inotrope négative, régulant ainsi
le flux sanguin [31].
* Les agonistes et antagonistes des récepteurs
P2 (figure 4)
Les antagonistes des récepteurs P2x
La suramine, antagoniste spécifique des récepteurs P2x,
inhibe les contractions dues à la libération d'ATP par les
terminaisons nerveuses sympathiques [32]. Le développement d'antagonistes
des récepteurs purinergiques P2x, sans activité intrinsèque,
peut être très intéressant dans l'hypertension, ces
molécules agissant contre l'hypertonicité
adrénergique.
L'utilisation de ces antagonistes présente, de plus, un intérêt
dans l'inhibition de la prolifération des cellules musculaires
lisses [33] dans l'athérosclérose.
Implications des récepteurs P2y
La recherche d'agonistes spécifiques aux récepteurs P2y
présente un intérêt dans les pathologies cardiovasculaires,
comme l'hypertension. L'agoniste spécifique le plus connu, à
l'heure actuelle, est l'adénosine thiodiphosphate (ADPbS) [34].
L'avantage de son utilisation, pour induire une hypotension, est l'absence
de tachyphylaxie (figure 5).
Les agonistes des P2y inhibent également la libération de
noradrénaline et donc le tonus adrénergique.
Mais le développement thérapeutique de
ces agonistes n'est pas encore très important et la multiplication
des études sur l'animal est nécessaire.
De par leur implication dans la vasorelaxation, les récepteurs
P2y paraissent être un axe intéressant de la recherche d'agonistes
purinergiques spécifiques. On peut imaginer l'importance de telles
molécules vasodilatatrices dans les pathologies cardiovasculaires
comme l'insuffisance cardiaque congestive, l'hypertension artérielle
essentielle et l'athérosclérose.
Il faudra donc attendre quelques années afin de préciser
les connaissances sur le système purinergique et développer
des thérapeutiques innovantes.
CONCLUSION La
découverte de ces mécanismes physiologiques de régulation
de la vasomotricité au niveau des interfaces sang-intima-média
conduit à un certain nombre de perspectives thérapeutiques
intéressantes. En effet, il est maintenant bien établi que
les pathologies cardiovasculaires comme l'hypertension artérielle
essentielle, l'athérosclérose, l'insuffisance cardiaque et
l'inflammation sont directement liées à un dysfonctionnement
endothélial ou, plus précisément, que tout déséquilibre
entre PgI2, NO° et TxA2/PgH2, endothéline, est à l'origine
sinon de la pathologie, du moins de ses manifestations symptomatiques. Ces
observations ouvrent donc de nombreuses possibilités thérapeutiques,
comme l'utilisation du NO gaz ou de donneurs de NO°, d'antagonistes
de l'endothéline ou d'inhibiteurs de sa synthèse, d'analogues
de la prostacycline, d'antagonistes de l'angiotensine II ou des TxA2/PgH2
ou, enfin, l'administration d'antagonistes des récepteurs P2x ou
d'agonistes des récepteurs P1A2 ou P2y pour le traitement des pathologies
vasculaires. De plus, la toute récente découverte de l'adrénomédulline
[35], hormone vasoactive, interagissant avec les autres facteurs, peut objectivement
faire croire à de nouvelles thérapeutiques dans cette voie.REFERENCES
1. Lüscher T. The endothelium and cardiovascular disease.
A complex relation. N Engl
J Med 1994 ; 330 : 1081-3.
2. Tedgui A, Lévy B. Biologie de la paroi artérielle.
Aspects normaux et pathologiques. Paris : Masson ; 1993 : 87 p.
3. Fredholm BB, Abbrachio MP, Burnstock G, et al. VI Nomenclature
and classification of purinoceptors. Pharmacol Rev 1994 ; 46 :
143-56.
4. Hirooka Y, Egashira K, Imaizumi T, et al. Effect of
L-arginine on acetylcholine-induced endothelium-dependent vasodilation
differs between the coronary and forearm vasculatures in humans. J
Am Coll Cardiol 1994 ; 24 :
948-55.
5. Imaizumi T, Hirooka Y, Takeshita A. Decreased skeletal muscle
vasodilation in patients with congestive heart failure. Jpn Circ J
1992 ; 56 : 500-3.
6. Huszka M, Kaplar M, Rejto L, et al. The association
of reduced endothelium derived relaxing factor-NO production with endothelial
damage and increased in vivo platelet activation in patients with
diabetes mellitus. Thromb Res 1997 ; 86 : 173-80.
7. Sampol J, George F. Mesure de paramètres biologiques
d'origine endothéliale : intérêt en pathologie humaine.
Ann Biol Clin Paris 1995 ; 53 : 329-38.
8. Nava E, Lüscher TF. Endothelium-derived vasoactive factors
in hypertension : nitric oxide and endothelin. J Hyperten 1995
; 13 (suppl. 2) : S39-48.
9. Briner VA, Lüscher TF. Role of the vascular endothelial
abnormalities in clinical medicine : atherosclerosis, hypertension, diabetes,
and endotoxemia. Adv Int Med 1994 ; 39 :
1-21.
10. Predel HG, Knigge H, Prinz U, Kramer HJ, Stalleicken D, Rost
RE. Exercise increases endothelin-1 plasma concentrations in patients
with artery disease : modulatory role of LDL cholesterol and of pentaerithrityltetranitrate.
J Cardiovasc Pharmacol 1995 ; 26 (suppl. 3) : S497-501.
11. Klemm P, Warner TD, Coredr R, Vane JR. Endothelin-1 mediates
coronary vasoconstriction caused by exogenous cytokines. J Cardiovasc
Pharmacol 1995 ; 26 (suppl. 3) : S419-21.
12. Tane N, Inoue H, Aihara M, Ishida H. The effects of endothelin-1
on flap necrosis. Ann Plast Surg 1995 ; 35 : 389-95.
13. Moncada S, Palmer RMJ, Higgs EA. Nitric oxide : physiology,
pathophysiology, and pharmacology. Pharmacol Rev 1991 ; 43 :
109-42.
14. Pinsky DJ, Oz MC, Koga S, et al. Cardiac preservation
is enhanced in a heterotopic rat transplant model by supplementing the
nitric oxide pathway. J Clin Invest 1994 ; 93 :
2291-7.
15. Hishikawa K, Nakaki T, Suzuki H, Kato R, Saruta T. L-arginine
as an antihypertensive agent. J Cardiovasc Pharmacol 1992 ;
20 (suppl. 12) : S196-7.
16. Ogilvie RI, Zborowska-Sluis D. Acute effect of L-arginine
on hemodynamics and vascular capacitance in the canine pacing model of
heart failure. J Cardiovasc Pharmacol 1995 ; 26 : 407-13.
17. Shigeno T, Clozel M, Sakai S, Saito A, Goto K. The effect
of bosentan, a new potent endothelin receptor antagonist, on the pathogenesis
of cerebral vasospasm. Neurosurgery 1995 ; 37 : 87-90.
18. Li JS, Schiffrin EL. Effect of chronic treatment of adult
spontaneously hypertensive rats with an endothelin receptor antagonist.
Hypertension 1995 ; 25 : 495-500.
19. Wang QD, Li XS, Pernow J. The nonpeptide endothelin receptor
antagonist bosentan enhances myocardial recovery and endothelial function
during reperfusion of the ischemic rat heart. J Cardiovasc Pharmacol
1995 ; 26 (suppl. 3) : S445-7.
20. Barone FC, White RF, Elliott JD, Feuerstein GZ, Ohlstein
EH. The endothelin receptor antagonist SB 217242 reduces cerebral focal
ischemic brain injury. J Cardiovasc Pharmacol 1995 ; 26 (suppl.
3) : S404-7.
21. Kojima M, Kusumoto K, Fujiwara S, Watanabe T, Fujino M. Role
of endogenous endothelin in the extension of myocardial infarct size studied
with the endothelin receptor antagonist, TAK-044. J Cardiovasc Pharmacol
1995 ; 26 (suppl. 3) : S365-8.
22. Maguire JJ, Kuc RE, Doherty AM, Davenport AP. Potency of
PD155080, an orally active ETA receptor antagonist, determined for human
endothelin receptors. J Cardiovasc Pharmacol 1995 ; 26 (suppl 3)
: S362-4.
23. Ferrer P, Valentine M, Jenkins-West T, et al. Orally
active endothelin receptor antagonist BMS-182874 suppresses neointimal
development in balloon-injured rat carotid arteries.
J Cardiovasc Pharmacol 1995 ; 26 : 908-15.
24. Webb RL, Navarrete AE, Ksander GM. Effects of the ETB-selective
antagonist IRL 2500 in conscious spontaneously hypertensive and wistar-kyoto
rats. J Cardiovasc Pharmacol 1995 ; 26 (suppl. 3) : S389-92.
25. Bacon CR, Cary NRB, Davenport AP. Distribution of endothelin
receptors in atherosclerotic human coronary arteries. J Cardiovasc
Pharmacol 1995 ; 26 (suppl. 3) : S439-41.
26. Levesque H, Cailleux N, Courtois H. Peptides vasoactifs d'origine
endothéliale. Perspectives thérapeutiques. Presse Med
1994 ; 23 : 1172-7.
27. Azuma H, Niimi Y, Hamasaki. Prevention of intimal thickening
after endothelial removal by a nonpeptide angiotensin II receptor antagonist,
losartan. Br J Pharmacol 1992 ; 106 :
665-71.
28. Corsi M, Parise M, Gaja G, Ferrero ME. Possible role of defibrotide
in endothelial cell protection. Int J Tissue React 1993 ; 15 :
157-61.
29. Yagil Y, Miyamoto M. The hypotensive effect of an orale adenosine
analog with selectivity for the A2 receptor in the spontaneous hypertensive
rat. Am J Hypertens 1995 ; 8 : 509-15.
30. Takiguchi Y, Nagano M, Ikeda Y, Nakashima M. Early administration
of YT-146, an adenosine A2 receptor agonist, inhibits neointimal thickening
after rat femoral artery endothelium injury. Eur J Pharmacol 1995
; 281 : 205-7.
31. Williams M. Purine receptors in mammalian tissues pharmacology
and functional significance. Ann Rev Pharmacol Toxicol 1987 ; 27
: 315-45.
32. McLaren GJ, Kennedy C, Sneddon P. The effects of suramin
on purinergic and noradrenergic neurotransmission in the rat isolated
tail artery. Eur J Pharmacol 1995 ; 277 : 57-61.
33. Wang DJ, Huang NN, Heppel LA. Extracellular ATP and ADP stimulate
proliferation of porcine aortic smooth muscle cells. J Cell Physiol
1992 ; 153 : 221-33.
34. Saiag B, Hillaire-Buys D, Chapal J, et al. Study of
the mechanisms involved in adenosine-5'-O-(2-thiodiphosphate) induced
relaxation of rat thoracic aorta and pancreatic vascular bed. Br J
Pharmacol 1996 ; 118 : 804-10.
35. Schell DA, Vari RC, Samson WK. Adrenomedullin : a newly discovered
hormone controlling fluid and electrolyte homeostasis. TEM 1996
; 7 : 7-13.
|