ARTICLE
Les plaquettes sanguines sont fortement impliquées dans les syndromes
ischémiques artériels. Elles sont responsables de la formation
de thrombus dans la circulation, en particulier au niveau de fissuration
de plaques d'athérosclérose, et, de ce fait, impliquées
dans les pathologies coronaires et les accidents vasculaires cérébraux
[1-3]. Dans les pathologies veineuses, on recherche des stigmates d'état
thrombotique ou préthrombotique en analysant l'activation des facteurs
de coagulation ; une démarche semblable concerne la recherche d'une
activation plaquettaire permettant d'évaluer un état préthrombotique
artériel ou une thrombose constituée.
Différents tests ont été utilisés successivement
au cours de ces dernières années pour identifier une activation
plaquettaire in vivo : une étape importante a été
le dosage de la b-thromboglobuline et du facteur 4 plaquettaire dans le
plasma [4, 5]. Ces protéines étant contenues uniquement
dans les granules a plaquettaires, leur présence dans le plasma
devait en théorie refléter une sécrétion plaquettaire
et donc constituer un signe d'activation. Cette théorie s'est heurtée
aux difficultés pratiques d'obtenir des plasmas témoins
à la fois dépourvus en plaquettes et ne contenant ni b-thromboglobuline,
ni facteur plaquettaire 4. Cette méthode n'a pas eu une très
grande divulgation mais continue à être utilisée.
Une autre technique a également permis de confirmer la participation
plaquettaire dans les phénomènes ischémiques coronaires
: il s'agit du dosage des métabolites du thromboxane A2 dans les
urines, dont la présence signe une activation plaquettaire in
vivo [6, 7].
L'avènement de la cytométrie en flux et la possibilité
d'utiliser un grand nombre d'anticorps monoclonaux ont permis de nouvelles
approches pour identifier un état d'activation plaquettaire. De
plus, il s'agit d'une méthode qui permet d'obtenir des résultats
rapidement et qui nécessite des quantités de sang minimes.
Avec cette nouvelle technique s'ouvrent de larges perpectives d'exploration
clinique des pathologies thrombotiques, d'autant plus que l'on assiste
à l'équipement progressif des laboratoires d'hémostase
en cytomètre en flux.
Anticorps monoclonaux servant
à la détection des plaquettes activées
Les plaquettes sanguines présentent à leur surface un
grand nombre de glycoprotéines qui sont responsables des principales
fonctions plaquettaires. L'activation plaquettaire entraîne la modification
du profil membranaire en glycoprotéines qui change de nature et
de niveau d'expression par le biais de translocations entre compartiment
intracytoplasmique et surface membranaire, ou encore à cause de
modifications conformationnelles [8-11] (figure
1).
Les plaquettes qui ont subi le phénomène d'activation
avec sécrétion expriment à leur surface plusieurs
nouvelles glycoprotéines. La P-sélectine en est l'exemple
le plus étudié. Absente de la surface des plaquettes non
activées, elle n'apparaît dans cette localisation qu'après
activation accompagnée de sécrétion. Il s'agit d'une
glycoprotéine (GP) présente sur la membrane des granules
a et celle des granules denses de plaquettes non activées [12-14].
Lorsque l'activation plaquettaire est accompagnée de sécrétion,
il y a formation de vésicules de sécrétion qui fusionnent
avec le système canaliculaire connecté à la surface
(SCCS), ce qui permet la diffusion de la P-sélectine à la
surface plaquettaire. Cette propriété a été
utilisée depuis longtemps pour identifier une activation plaquettaire.
Les anticorps dirigés contre la P-sélectine (ex : S12, VH10)
ont été parmi les premiers utilisés dans l'investigation
clinique pour la détection d'un phénomène d'activation
[10]. Les propriétés de la P-sélectine sont maintenant
bien connues : il s'agit d'un récepteur membranaire ayant pour
ligand le sialyl Lewis X, substance présente à la surface
des granulocytes et en faible quantité sur celle des lymphocytes
[13, 14], responsable d'une interaction entre plaquettes et globules blancs.
D'autres marqueurs granulaires sont décrits comme les LAMP-1 et
2, qui sont des protéines communes aux membranes des lysosomes
et aux granules denses et dont l'expression à la surface plaquettaire
constitue un stigmate d'activation plaquettaire [15, 16]. La granulophysine
d'abord décrite sur la membrane des granules denses a aussi été
trouvée sur la membrane des granules a : ceci montre des homologies
importantes dans la composition membranaire entre organites intracellulaires
ayant des contenus très différents [14]. Ces glycoprotéines
apparaissent à la surface plaquettaire après la P-sélectine
dans la cinétique de la sécrétion. Des protéines
adhésives contenues dans les granules a se fixent à la surface
plaquettaire au cours de la sécrétion : ce sont par exemple
la thrombospondine (TSP) [17] ou encore le fibrinogène [18], molécules
impliquées dans l'agrégation plaquettaire. L'absence de
thrombospondine dans le milieu plasmatique a conduit à utiliser
des anticorps anti-TSP comme détecteur d'un phénomène
d'activation plaquettaire ayant eu lieu in vivo.
GP IIb-IIIa et GP Ib-IX-V sont des complexes majeurs respectivement
impliqués dans l'agrégation et l'adhésivité
plaquettaires pour lesquels on observe des modifications quantitatives
d'expression lors de l'activation [10, 18]. GP IIb-IIIa fait partie de
la famille des intégrines de la sous-classe des cytoadhésines.
Le nombre de copies par plaquette est très important, de l'ordre
de 50 000 ; les anticorps qui sont utilisés pour le détecter
sont dirigés contre chacune des sous-unités (GP IIb, Tab,
SZ22 ; GP IIIa, AP-3) ou sont spécifiques d'épitopes du
complexe (AP-2, P2, 7E3). Le nombre de copies du complexe augmente quand
les plaquettes sont activées, par exemple par la thrombine ou le
collagène qui entraînent une sécrétion avec
une extériorisation du pool interne qui vient renforcer le pool
membranaire [18]. En revanche, une activation par l'adénosine diphosphate
s'accompagne pas d'une augmentation du nombre de GP IIb-IIIa. GP Ib-IX-V
constitue le récepteur du facteur von Willebrand ; il est responsable
de l'adhésivité des plaquettes dans la microcirculation
[11]. Le nombre de copies par plaquette est d'environ 25 000 ; des anticorps
existent dirigés contre chacun des composants (GP Ib AP-1, Bx-1,
6D1; GP IX, FMC 25 ; GP V, SW 16) et l'activation plaquettaire par la
thrombine ou l'adénosine diphosphate entraîne une diminution
de l'expression de GP Ib-IX-V à la surface plaquettaire.
En parallèle avec ces modifications quantitatives, on observe
des modifications qualitatives de l'expression de GP IIb-IIIa [19-21].
En effet, ce complexe subit des modifications conformationnelles lors
de l'activation avec expression de nouveaux épitopes qui sont reconnus
par des anticorps spécifiques. Ces modifications sont liées
à ses fonctions de récepteur responsable de l'agrégation
plaquettaire par la fixation de protéines adhésives comme
le fibrinogène ou le facteur von Willebrand. Certains de ces anticorps,
comme PAC-1, reconnaissent les mêmes épitopes exprimés
lors de l'activation que le fibrinogène [19]. PAC-1 reconnaît
donc des épitopes « activation-dépendants non occupés
». Un autre groupe d'anticorps va reconnaître des modifications
conformationnelles liées à la fixation des protéines
adhésives à la surface plaquettaire, ce sont les anti-LIBS
(ligand-induced binding site) et les anti-RIBS (receptor-induced
binding site) [10, 21]. Dans cette première catégorie
d'anticorps, il y a LIBS-1 et AP-6. Pour AP-6, il s'agit d'un anticorps
anti-LIBS qui diffère des autres car les modifications conformationnelles
qu'il reconnaît nécessitent la fixation de la molécule
entière de fibrinogène et non pas seulement des peptides
RGD [22]. La fixation des protéines adhésives sur ces GP
IIb-IIIa peut être reconnue par des anti-RIBS. Dans ce cas, les
anticorps ne reconnaissent pas le complexe de glycoprotéines IIb-IIIa
mais le fibrinogène, seulement quand celui-ci est lié au
complexe. Ce sont par exemple les anticorps F26 et 9F9 [21].
Selon que les plaquettes sont activées par des inducteurs comme
l'ADP qui n'induit que peu de sécrétion plaquettaire ou
la thrombine qui active les plaquettes en faisant sécréter
le contenu en granules, les modifications d'expression des glycoprotéines
seront différentes comme l'illustre la figure
1, le processus de sécrétion étant caractérisé
par l'expression à la surface plaquettaire des glycoprotéines
liées aux membranes ou du contenu granulaire.
Les plaquettes libèrent des micro-particules au cours de leur
activation [23]. Le type d'agoniste intervenant pour cette fragmentation
est particulier : l'ionophore A23187 est le plus puissant inducteur, la
thrombine isolée n'est que faiblement inductrice de microparticules,
pour le devenir, la stimulation doit être associée à
celle du collagène. La fraction C5b-9 du complément est
particulièrement active dans la production de microparticules.
Les microparticules correspondent à des fragmentations de membrane
plaquettaire sur lesquelles on trouve de nombreux constituants plaquettaires,
GP Ib-IX, GP IIb-IIIa, la P-sélectine. Ce phénomène,
pour se produire, nécessite la perte de l'asymétrie de la
distribution des phospholipides avec apparition à la surface de
la phosphatidylsérine, mais aussi une activation de la calpaïne
qui va permettre une dissociation des structures membranaires du cytosquelette
[24]. Les plaquettes produisant les microparticules expriment à
leur surface des propriétés catalytiques pour des réactions
procoagulantes (tenase et prothrombinase), mais aussi anticoagulantes
(réactions avec la protéine C). La détection de taux
élevés de microparticules dans la circulation de patients
développant des syndromes thrombotiques a incité à
évaluer l'implication clinique de ces éléments.
Pathologiesoù sont
recherchées les plaquettes activées
Pathologies cardiovasculaires
Les accidents ischémiques coronaires (angor instable, infarctus
du myocarde) correspondent à la fissuration d'une plaque d'athérosclérose
intracoronaire. Ils compliquent parfois des procédures interventionnelles
comme l'angioplastie coronaire avec ou sans la mise en place de stent.
Les tests standards effectués dans les laboratoires d'hémostase
permettent d'évaluer le niveau d'hypocoagulation mais ne suffisent
pas à apprécier le risque thrombotique. La recherche d'une
activation plaquettaire peut s'avérer très utile pour conduire
les nouvelles thérapeutiques antithrombotiques. Le nombre de publications
axées sur ces perspectives témoigne de la nécessité
de disposer de tests permettant d'évaluer les états préthrombotiques
(tableau I).
Plusieurs études ont tenté de corréler la fréquence
d'accidents ischémiques coronaires avec la présence de plaquettes
activées dans la circulation avant angioplastie. Les résultats
indiquent qu'un pourcentage élevé de plaquettes activées
juste avant l'angioplastie est associé à une fréquence
accrue d'accidents occlusifs (P-sélectine, CD63, TSP) [25, 26].
Un autre paramètre recherché était l'influence
de la procédure d'angioplastie sur l'apparition ou l'augmentation
des plaquettes activées. Dans l'ensemble des travaux publiés,
il est trouvé que le taux des plaquettes activées augmente,
mais de manière irrégulière après angioplastie.
Les premières études comportaient essentiellement des marqueurs
de sécrétion plaquettaire comme des anticorps anti-P-sélectine
; le plus souvent, les résultats montraient des résultats
modestes quant au nombre de plaquettes activées. Plus récemment,
l'utilisation d'anticorps reconnaissant une activation de GP IIb-IIIa
a été développée afin de chercher si des activations
sans signe de sécrétion pouvaient être détectées
[27-29].
La pose de stent intracoronaire s'est récemment développée
et la survenue de complications thrombotiques a actuellement tendance
à diminuer mais elle constitue encore un problème difficile
à contrôler. L'utilisation de thérapeutiques plus
vigoureuses associant plusieurs anti-agrégants (aspirine/ticlopidine
[30], RéoPro/aspirine [31]) a permis d'améliorer les résultats.
L'activation plaquettaire détectée par cytométrie
en flux au cours de pose de stent peut être supérieure à
celle trouvée après angioplastie coronaire. Elle concerne
les marqueurs à la fois d'activation de GP IIb-IIIa mais aussi
la P-sélectine.
Une observation rapportée par plusieurs laboratoires, dont le
nôtre, est l'apparition de plaquettes activées dans la circulation
de manière différée, à 24 ou 48 heures par
rapport à l'angioplastie [32], ou encore se développant
chez les patients plusieurs jours après infarctus du myocarde traité
par fibrinolyse [28]. La raison de l'apparition différée
des plaquettes activées est intrigante. Parmi les hypothèses,
on peut proposer la recirculation de plaquettes qui ont été
impliquées dans la formation de thrombus ou une saturation du système
réticulo-endothélial dans les heures suivant ces procédures.
Une autre explication à cette apparition tardive de plaquettes
activées est que au départ l'activation étant plus
forte, les plaquettes seraient immédiatement éliminées
; ensuite, les plaquettes les moins activées circuleraient plus
longtemps et seraient donc détectables.
Il est à noter que, d'une manière générale
en ce qui concerne la P-sélectine, son niveau d'expression est
toujours modéré par rapport à une activation induite
in vitro par la thrombine sur des plaquettes normales. Cela pourrait
correspondre à une faible activation ou encore à une élimination
de la P-sélectine de la surface plaquettaire. Si, comme Michelson
vient de le décrire [33], la P-sélectine est clivée
par des enzymes plasmatiques lorqu'elle est à la surface plaquettaire,
l'utilisation de ce marqueur d'activation aurait donc un intérêt
plus réduit que ne le laissaient entrevoir les travaux précédents,
ou tout au moins différent. De la même manière, on
ignore quelle est la durée de vie des complexes GP IIb-IIIa activés
dans la circulation. Des études in vitro ont montré
une translocation des complexes GP IIb-IIIa occupés par le fibrinogène
à l'intérieur des plaquettes [11].
Les circulations extracorporelles (CEC) ont été également
l'objet de nombreuses études car une thrombopénie survient
systématiquement au cours des CEC, indiquant une adhésion
des plaquettes aux matériaux étrangers très importante.
Pour ces patients, à qui des quantités importantes d'héparine
sont administrées, il était important de connaître
l'état des plaquettes résiduelles circulantes et leurs capacités
hémostatiques. Les travaux de Metzelaar [34] et de l'équipe
de Michelson [35] nous ont révélé que les plaquettes
des patients sous CEC circulaient avec peu de stigmates d'activation :
pour la première équipe le pourcentage de plaquettes activées
exprimant la P-sélectine passait de 4,4 ± 2,3 % à 6,6
± 3,3 % et la présence de CD63 n'était pas plus augmentée
(tableau II). Pour la
seconde équipe, les variations étaient non significatives,
même en ce qui concerne la fixation des anticorps dépendants
de l'activation anti GPIIb-IIIa. Dans cette étude, le principal
défaut des plaquettes correspond à leur réactivité
anormale à participer aux phénomènes hémostatiques
dans un milieu aussi fortement hépariné.
Autres applications
Une autre application de cette nouvelle technologie est représentée
par l'évaluation de préparations plaquettaires destinées
à être transfusées [36-38] (tableau
III). En effet, les concentrés plaquettaires sont préparés
par différentes techniques et conservés plusieurs jours.
Toutes les études montrent que la conservation des plaquettes s'accompagne
de transformations de la composition de leur membrane avec, en particulier,
l'apparition des glycoprotéines des membranes des différents
granules à la surface plaquettaire. Il a été montré
que les plaquettes qui ont subi un phénomène d'activation
présentent une durée de vie raccourcie [37]. Ces résultats
sont très importants car ils indiquent que l'utilisation de plaquettes
sans signes d'activation permet de garantir une meilleure efficacité
transfusionnelle. Ils permettent de déterminer les temps maximum
de conservation ainsi que les meilleures conditions de préparation
et de conservation des plaquettes [36, 38]. Les plasmaphérèses
sont également source d'activation plaquettaire [39] ; ces activations
peuvent être différentes selon les machines qui sont utilisées.
Parmi les autres circonstances d'utilisation des tests de plaquettes
activées, plusieurs études concernent les pré-éclampsies
où sont détectées plus de plaquettes activées
chez les femmes enceintes menacées de cette complication ; il est
montré que l'apparition des plaquettes activées précède
les signes cliniques de plusieurs semaines [40]. Les hémodialyses
sont également source d'activation plaquettaire.
Pathologies où sont trouvées des microparticules
La présence de microparticules dans la circulation a été
montrée par analyse en cytométrie en flux au cours des CEC.
Dans une étude, il est montré que, 60 minutes après
l'intervention, il y a présence dans la circulation de microparticules
fixant PAC-1 [41]. De manière intéressante les microparticules
ont été décrites dans les purpuras thrombopéniques
idiopathiques [23]. Pour certains auteurs, la présence de microparticules
dans ces pathologies était trouvée dans les cas où
existaient des complications neurologiques d'origine thrombotique ; les
auteurs ont suggéré que la diffusion de microparticules
dans l'organisme pourrait entraîner des complications thrombotiques
[42]. Pour d'autres auteurs, les microparticules protégeraient
des syndromes hémorragiques. La présence de microparticules
a été décrite au cours des thrombopénies induites
par l'héparine où existe une forte fréquence de problèmes
thrombotiques [23]. De manière générale, la présence
de la phosphatidylsérine à la surface cellulaire, détectée
par exemple par l'annexine V, est considérée comme un signe
de l'apoptose.
Aspects technologiques
Pour une utilisation en clinique, les tests de détection d'activation
plaquettaire se doivent d'être très sensibles tout en étant
le moins possible caution aux artéfacts d'activation in vitro.
Le prélèvement constitue une étape importante pour
la fiabilité des résultats : en effet, l'apport de facteur
tissulaire libéré au point de ponction peut engendrer une
activation. Il est important de ne pas utiliser les premiers millilitres
de sang prélevés. La généralisation des prélèvements
dans des tubes sous vide de type Vacutainer doit soulever la question
de l'utilisation de ces tubes pour la détection des plaquettes
activées. La réponse de l'équipe de Michelson qui
possède une grande notoriété dans ce domaine est
affirmative quant à leur utilisation [34]. L'autre sujet soulevé,
pas totalement résolu, concerne l'utilisation de sang total ou
de PRP pour pratiquer les épreuves d'immunofluorescence. Les deux
types d'échantillons sont utilisés dans la littérature
sans que les résultats globaux aboutissent à des conclusions
très différentes. L'analyse de sang total ne souffre pas
de la suspicion d'induction de l'activation in vitro pendant les
centrifugations. De plus, la préparation des échantillons
pour l'analyse en cytométrie en flux en sang total est très
rapide ; toutefois, le passage des échantillons se doit d'être
lent pour que l'analyse en flux liquidien ne puisse correspondre à
l'analyse simultanée de plusieurs cellules (les plaquettes ne représentent
qu'environ 1/20 de l'ensemble des cellules). Les échantillons sont
souvent fixés après les incubations avec les anticorps.
L'utilisation d'échantillons fixés par le paraformaldhéhyde
avant les incubations avec les anticorps nécessite une évaluation
de l'effet du fixateur sur les épitopes concernés. Le paraformaldéhyde
inhibe la fixation d'un grand nombre d'anticorps, en particulier de ceux
reconnaissant des épitopes dépendants de la conformation
des GP IIb-IIIa. Il est important d'évaluer ce paramètre
pour chaque utilisation de nouveaux anticorps. La nature de l'anticoagulant
sur lequel est prélevé le sang est importante : par exemple,
l'EDTA est susceptible de dissocier les complexes GP IIb-IIIa qui sont
Ca2+-dépendants. Un autre choix qui se pose est l'utilisation
d'anticorps directement conjugués au FITC ou l'utilisation d'une
méthode immunologique indirecte. Bien que, a priori, un
anticorps directement conjugué à un fluorochrome paraisse
d'une utilisation simplifiée, la plupart des auteurs utilisent
des techniques différentes, soit indirecte (deux anticorps), soit
en deux temps (Ac conjugué à la biotine incubation avec
la streptavidine-FITC ou la phycoérythrine). La zone sur le cytomètre
en flux correspondant à la population plaquettaire est facilement
identifiable l'utilisation d'un double marquage se justifie surtout lorsque
les plaquettes présentent des tailles anormales proches de celle
des globules blancs.
Une remarque concernant l'évaluation des plaquettes activées
est le mode d'expression des résultats. Pour la P-sélectine,
la thrombospondine, le CD63, l'expression est régulièrement
donnée en pourcentage de plaquettes activées, la valeur
de l'intensité moyenne de fluorescence (MFI) étant plus
rarement indiquée. Dans notre expérience, l'intensité
de fluorescence, correspondant à la présence de P-sélectine
observée sur des plaquettes prélevées au cours des
différentes pathologies mentionnées ci-dessus, est toujours
très faible. Concernant la détection des microparticules,
des techniques autres que la cytométrie en flux sont proposées,
comme la technique ELISA qui permet de concentrer ces éléments
pour les doser plus facilement.
Perspectives et
conclusions
La possibilité d'évaluer le profil membranaire de plaquettes
provenant de patients présentant des syndromes thrombotiques ou
des états préthrombotiques constitue une nouvelle approche
d'études plaquettaires très intéressante. Les investigations
cliniques actuelles montrent qu'il est possible de détecter dans
la circulation des plaquettes exprimant des signes d'activation. Il s'agit
d'une méthode avec une très forte potentialité.
Les anticorps sélectionnés dans la majorité des
études publiées sont ceux évaluant une diffusion
des constituants membranaires glycoprotéiques du compartiment intracellulaire
vers la surface plaquettaire et, plus récemment, ceux évaluant
le niveau d'activation du complexe GP IIb-IIIa. Les techniques seront
progressivement élargies à l'étude des récepteurs
des agonistes comme, par exemple, les récepteurs de la thrombine
(PAR-1 et -3) dont la dégradation peut être un signe d'activation
spécifique à cette enzyme. L'évaluation des niveaux
d'expression des facteurs de la coagulation activés liés
aux plaquettes, comme les facteurs Va et VIIIa, devrait également
permettre d'appréhender les capacités de coagulation plasmatique
à la surface plaquettaire.
Une application importante d'investigation clinique des plaquettes activées
par cytométrie en flux pourrait être représentée
par la surveillance de l'efficacité des médications antithrombotiques.
Déjà, il est clair que dans les études réalisées
sur les angioplasties, avec ou sans implantation de stents, et sur l'infarctus
du myocarde fibrinolysé, l'utilisation de l'aspirine associée
à l'héparine ne suffit pas à maintenir les plaquettes
dans un état non activé. Ces observations sont à
rapprocher des tentatives que font les cardiologues d'utiliser, dans ces
mêmes situations pathologiques, des anti-agrégants plus efficaces
comme la ticlopidine, le RéoPro ou à associer plusieurs
anti-agrégants [30, 31]. Des études comparatives de l'activation
plaquettaire par rapport à plusieurs protocoles médicamenteux
devraient permettre de mieux maîtriser l'efficacité des thérapeutiques
[43]. La classe des agents anti-agrégants, pendant longtemps limitée
à l'aspirine, s'est élargie ; il existe un fort besoin de
disposer de tests permettant de mieux poser les indications et de contrôler
leur efficacité. C'est certainement par la multiplicité
des études d'investigations cliniques que se dégageront
les meilleures approches de l'utilisation de ces nouvelles technologies.
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