ARTICLE
Le traitement de référence des anévrismes de l'aorte
abdominale sous-rénale est la mise à plat greffe avec ouverture
du sac anévrismal, suivie de l'implantation d'une prothèse
synthétique. Le développement récent des techniques
endovasculaires a conduit à proposer l'utilisation de prothèses
endovasculaires dans cette indication. Le concept de prothèse endovasculaire
remonte à la fin des années 60 avec les travaux de Dotter
[1]. Les prothèses endovasculaires sont des prothèses internes
mises en place par voie endovasculaire pour agir comme des tuteurs de
la paroi. Leur usage devient de plus en plus fréquent depuis les
années 80. Néanmoins, jusqu'à présent cette
technique était réservée, dans l'artériopathie
des membres inférieurs, aux lésions occlusives. Leur implantation
proposée dans le traitement des anévrismes est fondée
sur le principe de l'exclusion du sac anévrismal par la paroi de
la prothèse et le maintien d'un chenal circulant par la lumière
interne. L'originalité de ce traitement repose sur l'absence de
voie d'abord chirurgicale.
La question de la prise en charge des prothèses endovasculaires
s'est posée dans cette indication, avec une possible inscription
au tarif interministériel des prestations de santé (TIPS).
Pour éclairer cette prise de décision, la Direction générale
de la santé (DGS) a formulé une demande auprès de
l'Agence nationale pour le développement de l'évaluation
médicale (ANDEM). L'objectif de ce travail est l'état des
connaissances sur l'efficacité et la sécurité clinique
des prothèses endovasculaires dans le traitement d'un anévrisme.
Du fait des travaux initiés, des données disponibles et
de la fréquence des localisations anatomiques, seul l'anévrisme
de l'aorte abdominale sous-rénale a été abordé.
L'anévrisme de
l'aorte abdominale
L'anévrisme de l'aorte abdominale est une dilatation permanente
et localisée de l'aorte de plus de 50 % par rapport au diamètre
normal attendu, avec une perte du parallélisme de ses bords, en
forme de sac (anévrisme sacciforme) ou de fuseau (anévrisme
fusiforme) [2]. Sa prévalence a été estimée
dans plusieurs études, en particulier grâce à l'échographie
systématique de certains groupes de population [3]. Elle varie
de 1 à 10 % selon les études et les classes d'âge
prises en compte. Son incidence annuelle est de l'ordre de 37 pour 100
000 habitants [4-6].
L'étiopathogénie est mal connue. L'épidémiologie
et l'étude de la biochimie de la paroi artérielle ont montré
que l'athérosclérose n'était pas le seul facteur
en cause [7, 8]. Le phénomène de base paraît être
une altération de la matrice extracellulaire de la paroi aortique,
faisant intervenir des facteurs mécaniques et hémodynamiques
et des enzymes protéolytiques. Des facteurs héréditaires
sembleraient également intervenir.
La croissance de l'anévrisme en diamètre est inéluctable
du fait des forces s'exerçant sur les parois de l'artère
(loi de Laplace) et de l'amincissement progressif de la média.
Cette croissance progressive entraîne un risque de rupture qui est
d'autant plus élevé que le diamètre de l'anévrisme
est important. Les études cliniques ont montré que le risque
de rupture dans les cinq ans, pour un anévrisme de l'aorte abdominale
de moins de 4 cm de diamètre, était d'environ 2 % [9-11]
et pour un anévrisme de plus de 5 cm, de 25 à 41 % [11-13].
Pour Ingoldby [14], 62 % des patients présentant une rupture d'anévrisme
mouraient avant d'arriver à l'hôpital ;
la mortalité globale des patients présentant une rupture
de l'anévrisme de l'aorte abdominale était supérieure
à 90 %.
Les circonstances de découverte sont variées. Fréquemment,
l'anévrisme est asymptomatique et découvert fortuitement
lors d'un examen clinique, d'une échographie abdominale, d'un bilan
de la maladie athéroscléreuse ou d'une laparotomie. Les
manifestations cliniques, si elles existent, témoignent de phénomènes
de compression des organes de voisinage. Enfin, l'anévrisme peut
être découvert au stade des complications, les principales
étant la rupture et la migration d'embols.
L'exploration d'un anévrisme de l'aorte abdominale a bénéficié
des progrès de l'imagerie médicale. Le but de l'imagerie
est d'estimer son diamètre externe, le diamètre du chenal
circulant résiduel, ses limites supérieures et inférieures
et le rapport de l'anévrisme avec les artères à destinée
viscérale. Elle apprécie également l'état
de la paroi de l'anévrisme et l'évolution de celui-ci (par
la mesure du diamètre au cours d'examens successifs et comparatifs).
À l'étage abdominal, les éléments principaux
sont le niveau et la hauteur du collet supérieur par rapport aux
artères rénales, l'atteinte associée ou non de la
bifurcation aortique, la perméabilité ou non des artères
digestives (tronc cliaque, artères mésentériques
supérieure et inférieure) et des artères hypogastriques.
Ces renseignements peuvent être fournis par l'échotomographie
par voie transcutanée, mais surtout par la tomodensitométrie
et l'aorto-artériographie par voie artérielle. L'introduction
de l'imagerie par résonance magnétique nucléaire
est récente. Le développement des scanners hélicoïdaux
et des scanners à faisceaux d'électrons (Imatron) feront
de la tomodensitométrie un examen de choix dans cette évaluation.
Enfin, l'échographie endovasculaire est un développement
intéressant de l'imagerie pour les protocoles d'évaluation.
Traitement chirurgical de
l'anévrisme de l'aorte abdominale
Le but du traitement est de prévenir la rupture et, à
un moindre degré, les complications emboliques.
Techniques
Le traitement chirurgical de choix des anévrismes de l'aorte
abdominale sous-rénale est la « mise à plat- greffe
» de l'anévrisme avec ouverture du sac anévrismal puis
remplacement par une prothèse synthétique, le plus souvent
en Dacron® [15].
Si l'anévrisme s'étend aux artères iliaques, la correction
chirurgicale doit les prendre en compte. Enfin, en cas de lésions
diffuses des axes iliaques, il est habituel de réaliser un pontage
aorto-bifémoral. Par ailleurs, les sténoses des artères
viscérales éventuellement associées peuvent être
traitées dans le même temps. Ces différentes techniques
chirurgicales sont réalisées sous anesthésie générale,
après laparotomie et clampage de l'aorte, et nécessitent
parfois des transfusions sanguines.
Résultats
Les résultats de la chirurgie dépendent avant tout du
caractère rompu ou non de l'anévrisme.
La mortalité de la chirurgie élective des anévrismes
de l'aorte abdominale est de l'ordre de 3 à 4 % dans les séries
récentes [16, 17]. La survie à 5 ans a été
estimée à 67 % [18]. En cas d'anévrisme rompu, le
pronostic dépend avant tout de l'état du patient à
son arrivée. Les séries publiées d'anévrismes
de l'aorte abdominale rompus durant les années 80 et colligées
par l'Association universitaire de recherche en chirurgie [17] montraient
des chiffres de mortalité compris entre 26 et 86 %. La survie à
5 ans a été estimée à 26 % [19].
Indications
Devant un anévrisme asymptomatique, cas le plus fréquent,
l'indication opératoire prend en compte la taille de l'anévrisme
et le risque opératoire. Les anévrismes de diamètre
égal ou supérieur à 5 cm et sans facteurs de risque
opératoires importants ont une indication de principe [12]. Les
anévrismes de petite taille (inférieure à 4 cm) et
ne s'accompagnant pas de signes cliniques doivent être surveillés
régulièrement. Les discussions en faveur de la chirurgie
ou de la seule surveillance, surtout pour les anévrismes entre
4 et 5 cm, sont nombreuses. Certains auteurs ont constaté que le
taux de mortalité était plus faible pour les « petits
» anévrismes que pour les anévrismes de plus de 5 cm
: 2,6 contre 5,5 % pour Hallett [20], mais la survie relative (rapport
entre le taux de survie observée sur le groupe étudié
et le taux qui serait celui de la population générale de
même sexe et de même âge) serait similaire pour les
« petits » et les « gros » anévrismes opérés.
Hallett préconisait donc des études contrôlées
randomisées pour trancher cette controverse. Néanmoins,
le risque embolique persiste.
Devant un anévrisme douloureux ou à l'origine prouvée
d'embolies périphériques, ou devant un anévrisme
évolutif à croissance rapide et devant un anévrisme
rompu, l'indication est formelle.
Traitement de l'anévrisme
de l'aorte abdominale par prothèses endovasculaires
Concept technique
L'implantation d'une prothèse endovasculaire a pour but d'exclure
la poche anévrismale et de la protéger à l'égard
de la pression du sang circulant, tout en conservant la perfusion d'aval.
Réalisée par abord fémoral ou iliaque, cette méthode
devrait théoriquement être moins agressive que la chirurgie
conventionnelle.
Les différentes techniques endovasculaires du traitement des
anévrismes de l'aorte abdominale sous- rénale ont véritablement
vu le jour avec les travaux de Parodi et leurs applications chez l'homme
[21]. Ses premiers travaux expérimentaux réalisés
chez l'animal avaient démontré la possibilité d'amarrer
un tube de Dacron à une artère native par l'intermédiaire
d'une endoprothèse métallique [21, 22]. Puis, Parodi a appliqué
cette technique au traitement des anévrismes de l'aorte où
la réparation était assurée par un tube prothétique
droit, amarré à ses deux extrémités par une
endoprothèse. Les lésions qui ont semblé le plus
facilement accessibles à ce type de traitement ont été
les anévrismes localisés à la partie moyenne de l'aorte
abdominale sous-rénale. Ainsi était né le concept
de prothèse endovasculaire qui permettait la réalisation
d'un véritable pontage endovasculaire. À la suite du système
de Parodi, ont été développés des systèmes
tubulaires droits, entre autres par Palmaz, White et EVT.
Classification des différents types de matériel
Le but des modifications des endoprothèses « traditionnelles
» a été d'obtenir une prothèse endovasculaire
étanche. Veith [23] a distingué les endoprothèses
couvertes et les endoprothèses servant de système de fixation
à une prothèse chirurgicale. Dans le premier cas, il s'agit
d'endoprothèses recouvertes, dans la plupart des cas, de Dacron.
Dans le deuxième cas, la prothèse chirurgicale en tissu
est ancrée à la paroi du vaisseau, soit par l' endoprothèse,
soit par un système d'ancrage métallique. On peut ajouter
à cette classification les endoprothèses cotricotées,
où les fils métalliques sont tricotés avec des fils
de Dacron, et les endoprothèses tricotées simple ou double
fil métallique.
Si la lésion est strictement aortique, on utilise une prothèse
tubulaire. Si la bifurcation aorto-iliaque est pathologique, une prothèse
en Y inversé est plus adaptée.
Les endoprothèses utilisées sont montées sur ballonnet
ou sont auto-expansibles. Le matériel nécessaire à
leur implantation est de gros calibre (entre 18 et 27 F). Ce diamètre
impose de réaliser un abord chirurgical d'au moins un carrefour
fémoral, en salle d'opération, le plus souvent sous anesthésie
générale.
Le tableau I présente
les principaux types de matériels décrits.
Résultats
Sources
Les travaux ont été colligés par une recherche
automatisée dans les banques de données documentaires (Medline,
Excerpta Medica et Pascal). Seuls les articles publiés en anglais,
français et allemand ont été retenus sur la période
allant de 1986 à 1994. Cette interrogation a été
complétée par une recherche manuelle (documents fournis
par des industriels, documents fournis par les experts consultés,
extraction de références des bibliographies citées
en fin d'articles). Le recours aux communications orales (abstracts
de congrès) et aux ouvrages (textbooks) a été
rendu nécessaire par le peu d'informations publiées in
extenso dans des revues à comité de lecture, du fait
du stade de développement encore très récent de ces
techniques et de la rapidité de leur évolution. Il faut
souligner la valeur uniquement indicative de ce type d'information par
opposition à la valeur scientifique apportée par une publication
in extenso dans une revue à comité de lecture. Certains
travaux ont été exclus, soit parce qu'il s'agissait d'un
éditorial, d'un article historique, d'une revue générale
ou d'une expérimentation animale, soit parce que les effectifs
étaient trop faibles (inférieurs à 10), soit parce
qu'il était impossible d'extraire les résultats propres
aux anévrismes (articles incluant non seulement des anévrismes,
mais aussi des lésions sténosantes ou occlusives).
Études chez l'animal
La faisabilité du déploiement des prothèses endovasculaires,
leur stabilité lorsqu'elles sont déployées, le maintien
de leur perméabilité et la réponse biologique à
l'introduction de la prothèse ont été étudiés
chez l'animal. Pour certains types de matériel, ces études
ont été récemment revues par Sapoval [24] pour différents
types d'endoprothèses couvertes (tableau
II). Avant d'entamer des études chez l'homme, il est nécessaire
de disposer de telles données pour chaque type de stent. Piquet
[communication orale au cours du congrès : « Techniques et
stratégies en chirurgie vasculaire » du 13-14 janvier 1995]
a souligné qu'aucun modèle animal n'était actuellement
satisfaisant et que la transposition des études animales chez l'homme
posait des problèmes d'adaptation de plusieurs ordres, concernant
entre autres les dimensions (diamètre), les propriétés
biologiques de la paroi aortique et l'existence de collatérales.
Études chez l'homme
Aucun article satisfaisant les critères de sélection susmentionnés
n'a été retrouvé. Quatre communications orales ont
donc été retenues : Chuter [25], Mialhe [26], Parodi [27],
White [28]. Les taux de succès immédiats étaient
supérieurs à 75 % pour trois auteurs sur quatre et, pour
Mialhe, la procédure était réussie dans tous les
cas (16/16 soit 100 % de succès technique). Les durées de
suivi n'étaient pas mentionnées, sauf en partie pour Parodi
(minimum = 1 mois ; maximum = 57mois). Les principales complications ont
été les thromboses de branche de prothèse, les fuites
périprothétiques et, à un moindre degré, les
embolies distales.
Les résultats détaillés figurent dans les tableaux
III et IV.
Discussion
Résultats
Le développement technique des prothèses endovasculaires
dans le traitement des anévrismes de l'aorte abdominale évolue
rapidement.
Chez l'homme, seules des séries limitées ont été
rapportées dans la littérature et, la plupart du temps,
sous forme de résumé. La série ayant l'effectif le
plus important et le suivi le plus long est celle de Parodi [27]. Dans
cette série, les succès initiaux étaient respectivement
de 80 et 75 % pour les montages « stent-prothèse » en
position aorto-aortique et en position aorto-iliaque. À plus de
douze mois, les succès étaient respectivement de 78 et 90
%. D'autres auteurs ont obtenu des succès initiaux apparemment
plus élevés mais sur des effectifs plus faibles. C'est par
exemple le cas de Mialhe [26] (16/16, soit 100 % de succès techniques
initiaux). Actuellement, le recul n'est pas suffisant pour déterminer
si ce traitement empêche la croissance et prévient la rupture
de l'anévrisme.
Les problèmes d'implantation de ces prothèses sont nombreux,
le matériel disponible n'étant pas encore parfaitement adapté.
La taille et la rigidité de ce matériel peuvent être
à l'origine de difficultés pour le franchissement d'artères
tortueuses ou calcifiées, de perforation artérielle ou de
migration embolique. Le déplacement de certaines prothèses
a été décrit ; la plicature du Dacron a été
observée.
Ces différentes contraintes justifient la poursuite des recherches
et le perfectionnement des matériels actuels tout en tenant compte
des impératifs de biocompatibilité et de sécurité.
Qualité du matériel
Le matériel doit répondre aux normes de qualité
définies par la Commission européenne des normes [32]. Les
prothèses endovasculaires doivent en particulier avoir une étanchéité
suffisante, une résistance à la tension transversale et
à l'éclatement, une résistance à la dilatation
à long terme, une fixation suffisante sur la paroi aortique pour
éviter un déplacement secondaire et, enfin, une perméabilité
équivalente aux prothèses chirurgicales classiques.
Techniquement, plusieurs problèmes restent à résoudre.
Le matériel est encore actuellement de gros calibre : l'insertion
ne peut être percutanée, et il faut réaliser une artériotomie
au mieux fémorale, le plus souvent sous anesthésie générale.
L'étanchéité des prothèses est nécessaire
pour permettre la thrombose rapide du sac anévrismal. Mais cette
étanchéité a deux inconvénients : l'occlusion
des collatérales lombaires et l'occlusion des collatérales
destinées à la suppléance de la vascularisation digestive.
La voie d'abord endoluminale ne permet pas la réimplantation de
collatérales comme le permet la chirurgie. Le devenir à
long terme de ces endoprothèses dans un vaisseau soumis à
une pression élevée comme l'est l'aorte n'est pas connu.
Type de protocole
Pour de nombreux types de prothèses, des études animales
ont été entreprises et se sont montrées utiles [24].
Si elles s'avèrent concluantes, l'expérimentation chez l'homme
peut être licite sous conditions. Moore [33] a décrit les
étapes successives à respecter chez l'homme. La première
phase doit permettre d'établir la faisabilité du déploiement
de la prothèse dans une position anatomique correcte et d'observer
le fonctionnement initial de celle-ci. Cette phase se limite à
un nombre restreint de patients sélectionnés. Ce nombre
peut être calculé selon l'approche bayésienne décrite
par Thall et Simon [34] qui ont suggéré de réaliser
ce type d'étude chez 65 patients au maximum [35]. Cette première
phase est jugée satisfaisante, lorsque les aspects mécaniques
du déploiement de la prothèse et le fonctionnement de celle-ci
pour « stabiliser » l'anévrisme sont corrects. Il faut
ensuite entreprendre des études comparatives, randomisées
de préférence, comparant le traitement par prothèse
endovasculaire à la chirurgie classique pour les malades relevant
de la chirurgie. Lorsque l'indication chirurgicale ne peut être
retenue ou est discutable, la comparaison doit être effectuée
avec la surveillance médicale. Ces études devraient porter
sur une période minimale de deux ans de suivi par patient, afin
d'apprécier le rôle préventif des prothèses
endovasculaires sur la rupture anévrismale et la survie.
Une attention particulière doit être apportée aux
situations de conversion (crossover non intentionnel). Il
y a conversion lorsqu'un patient prévu dans un groupe reçoit
le traitement de l'autre groupe. Afin de ne pas biaiser les résultats,
l'analyse statistique doit se faire en intention de traiter, c'est-à-dire
selon le traitement assigné initialement et non selon le traitement
effectivement reçu. Souvent les échecs techniques initiaux
sont exclus de l'analyse ultérieure. Il s'agit d'une source de
biais puisque, par exemple, les taux de perméabilité sont
surestimés.
Sélection des patients
Les patients pouvant participer à de telles études doivent
répondre à deux types de contraintes : anatomiques d'une
part, cliniques et éthiques d'autre part.
Les critères anatomiques à prendre en compte sont :
- la morphologie et la taille de l'anévrisme ;
- l'existence ou non d'un collet supérieur, d'un collet inférieur
;
- l'atteinte des axes iliaques ;
- l'existence d'une artère mésentérique inférieure
perméable, d'une artère rénale surnuméraire
naissant de l'anévrisme ;
- la perméabilité des artères hypogastriques.
Certains critères semblent être actuellement une contre-indication
à la technique endovasculaire, quel que soit le type de prothèse
utilisé : l'absence de collet supérieur et la nécessité
de couvrir l'origine de l'unique artère assurant la vascularisation
digestive et pelvienne.
À la phase de faisabilité, la re-cherche peut être
de type compassionnel, c'est-à-dire incluant des malades menacés
à court terme de décès par l'affection en cours et
qui ne peuvent pas être traités par le traitement de référence,
ici la mise à plat greffe. Ultérieurement, elle pourra également
intéresser des malades comportant un risque chirurgical élevé,
classés ASA III ou ASA IV. La sélection d'une telle population
de malades a deux conséquences : d'une part, elle désavantage
la technique car cette population présente un risque de décès
et de complications plus élevé et, d'autre part, la randomisation
contre la chirurgie n'est pas possible. Si la faisabilité de la
technique est prouvée, des études randomisées contre
chirurgie seront envisagées pour des patients ASA I ou ASA II sans
contre-indication à la chirurgie.
Dans tous les cas, la loi Huriet est applicable (y compris dans les
protocoles compassionnels).
Critères de succès et d'échec
L'exposé des résultats doit fournir des informations concernant
la qualité technique du geste et son maintien dans le temps, sa
sécurité (complications mortelles et non mortelles) et son
efficacité, et ceci au décours immédiat de la procédure
et au cours du suivi. La combinaison de ces données doit conduire
à définir les critères de jugement du succès
et de l'échec de la procédure pouvant différer selon
la période d'analyse considérée. La qualité
technique de la procédure s'apprécie immédiatement
et durant le suivi sur plusieurs critères (tableau
V).
Au décours de la procédure, la sécurité
doit mentionner la mortalité, les complications générales
(cardiaques, respiratoires, rénales, digestives, hémorragiques,
infectieuses, syndrome fébrile), les amputations et les complications
loco-régionales (thromboemboliques distales artérielles
et veineuses, hématome, occlusion, fistule artério-veineuse,
faux anévrisme, dégâts endovasculaires liés
à l'introduction fémorale ou iliaque, lymphocèle,
complications infectieuses et réaction inflammatoire) liées
au geste. L'efficacité ne peut être jugée à
la phase initiale.
Au cours du suivi, la qualité du geste est appréciée
sur le maintien de la qualité initiale et sur l'absence d'occlusion
du système ou d'hyperplasie entraînant une sténose
hémodynamique. La sécurité est évaluée
d'après l'existence ou non de complications secondaires en rapport
avec le montage (générales ou loco-régionales), d'infection
ou de réactions inflammatoires, et sur l'absence de décès
en rapport avec la procédure. L'efficacité est jugée
sur la croissance de l'anévrisme, la survenue ou non d'une rupture
et l'absence de décès en rapport avec la rupture de l'anévrisme.
Une autre classification a été proposée par Veith
[23], elle aussi fondée sur les notions de sécurité,
d'efficacité et d'utilité au cours du temps. La sécurité
a été définie comme l'absence de complications et
d'échecs liés au matériel lui-même. L'efficacité
est jugée sur les capacités de l'endoprothèse à
restaurer l'intégrité de la paroi et de la lumière
vasculaire, à prévenir la croissance et la rupture de l'anévrisme
et à maintenir la perméabilité du segment traité.
Enfin, l'utilité a été définie comme la possibilité
d'augmenter la survie du patient, la viabilité du membre inférieur
et la fonction des viscères intra-abdominaux en prévenant
la croissance et la rupture de l'anévrisme et en maintenant la
perméabilité du segment traité. Cette classification
prend en compte les mêmes paramètres mais en les regroupant
de façon différente.
Mise à jour
Le rapport de l'ANDEM a été rédigé en janvier
1995. Depuis cette date, les études multicentriques utilisant le
stent EVT et le stent de Chuter ont dû être interrompues pour
des problèmes techniques. Lors du très récent congrès
du RSNA'95 (Chicago, 26 novembre-1er décembre 1995),
plusieurs équipes ont rapporté leur expérience, mentionnant
un syndrome inflammatoire fréquent après implantation du
stent de Cragg couvert (Cragg endopo system 1), l'altération
du système de fixation du stent EVT, l'existence de fuites. Aucun
cas de rupture authentifiée après l'implantation d'une prothèse
endovasculaire n'a été rapporté. La série
de J.C. Parodi incluant 50 anévrismes aortiques ou iliaques traités
entre septembre 1990 et avril 1994 a été publiée
sous la référence suivante : « Endovascular repair
of abdominal aortic aneurysms and other arterial lesions » J.C. Parodi.
J Vasc Surg 1995 ; 21 : 549-57.
Remerciements
Nous tenons à remercier le groupe d'experts qui a participé
à la réalisation de ce travail, dans le cadre d'un rapport
rédigé par l'ANDEM, intitulé Traitement des anévrismes
de l'aorte par prothèses endovasculaires (rapport disponible
à l'ANDEM, 159, rue Nationale 75013 Paris) : Pr Jean-Michel Bartoli,
Pr Jean-Pierre Becquemin, Dr Patrice Bergeron, Pr Claude Clément,
Dr Jean-Luc Dehaene, Dr Jean Marzelle, Dr Claude Mialhe, Pr Philippe Piquet,
Pr Hervé Rousseau, Pr Julien Struyven.
Nous remercions également la Société de Chirurgie
Vasculaire de Langue Française et la Société Française
de Radiologie pour leur contribution.
CONCLUSION Le
devenir des anévrismes de l'aorte abdominale sous-rénale traités
par prothèses endovasculaires n'est pas connu. De même, les
données manquent pour savoir si ce traitement peut gêner une
intervention chirurgicale ultérieure, rendue nécessaire en
cas d'échec de la méthode ou d'évolution de la maladie.
D'après les données de la littérature, il apparaît
que l'efficacité des prothèses endovasculaires utilisées
dans l'indication d'anévrisme n'est pas aujourd'hui validée
chez l'homme. L'évaluation de ces prothèses nécessite
la pratique d'études de recherche clinique. Chez l'homme, cette évaluation
devrait comporter au moins deux temps : tout d'abord, une étude de
la faisabilité biomécanique et d'intérêt clinique
sur un effectif restreint de patients, puis des études contrôlées,
au mieux randomisées, comportant une période de suivi de deux
ans minimum par patient pour évaluer l'efficacité et la sécurité
de ces dispositifs (notamment prévention de la rupture de l'anévrisme
et survie). Les résultats de l'évaluation d'un type donné
de matériel ne peuvent pas s'appliquer à des matériels
similaires. Chaque matériel doit donc faire l'objet d'études
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