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nfectious diseases as risk factors for stroke


Sang Thrombose Vaisseaux. Volume 7, Number 10, 673-80, Décembre 1995, Mini-revues


Résumé   Summary  

Author(s) : Armin Grau, Florian Buggle, Werner Hacke, department of neurology, Ruprecht-Karls-Universität Heildelberg, Im Nevenheimer Feld 400, D-6900 Heidelberg, Germany..

Summary : Le lien entre diverses maladies infectieuses et l’ischémie cérébrale est connu depuis longtemps, notamment pour les maladies infectieuses bactériennes, les méningites tuberculeuses, la syphilis méningo-vasculaire et l’endocardite bactérienne. Plus récemment, plusieurs observations ont été rapportées d’associations entre infarctus cérébral et neuroborréliose, infection par le virus de l’immunodéficience humaine ou maladie des griffes du chat. Il est cependant de plus en plus probable que les infections en général, et principalement celles d’origine bactérienne, constituent un puissant facteur de risque indépendant d’ischémie cérébrale chez les sujets âgés comme chez les sujets jeunes. Cela a été montré dans deux études cas-témoin concernant les infections récentes, survenues dans le mois ou la semaine précédant l’infarctus cérébral, et réalisées chez des sujets de moins de 50 ans dans une étude et de moins de 80 ans dans l’autre. Les implications thérapeutiques concernant la prévention des accidents ischémiques cérébraux survenus au décours d’une infection bactérienne ne sont pas encore connues.

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ARTICLE

Les facteurs prédictifs connus d'infarctus cérébral et d'accident ischémique transitoire ne sont pas toujours présents, ce qui suggère l'existence de facteurs de risque encore inconnus. Cela est souvent observé, mais pas exclusivement, chez les jeunes patients qui ont un infarctus cérébral et ne présentent très souvent aucun des facteurs de risque traditionnels ou aucune des maladies causales fréquemment associées à une maladie cérébro-vasculaire. De plus, la question se pose souvent de savoir pourquoi un patient qui a des facteurs de risque d'une maladie cérébrovasculaire athéroscléreuse ou une source cardiaque d'embolie a, à un moment donné, un accident ischémique cérébral. Pourquoi une sténose carotide ou une arythmie cardiaque devient-elle soudain la source d'une embolie cérébrale créant des dégâts tissulaires considérables, sans qu'aucune modification de cette maladie causale ne soit survenue avant l'événement embolique pendant une longue période ? Ces événements pourraient simplement suivre les règles de la probabilité ; mais ils pourraient aussi être dus à un phénomène déclenchant la thrombose, augmentant le risque embolique durant une certaine période.

Il semble que les infections récentes pourraient représenter un facteur de risque sous-estimé ou un facteur déclenchant la thrombose dans les maladies ischémiques cérébrovasculaires. La maladie thromboembolique et la coagulation intravasculaire disséminée sont deux complications bien connues des infections. Le rôle de l'infection est cependant moins évident dans la thrombose artérielle et mérite que l'on s'y intéresse plus avant.

Nous avons fait la revue de la littérature des observations d'association d'une infection à une ischémie cérébrale aiguë. Nous insisterons sur les infections situées en dehors du système nerveux central et du cœur. Auparavant, nous voudrions brièvement résumer les maladies infectieuses affectant le cerveau, la région cervico-faciale et le cœur, dont l'association avec l'ischémie cérébrale est généralement bien admise depuis longtemps. Nous ne discuterons pas, en revanche, le rôle potentiel de l'infection dans la pathogénie de l'athérosclérose.

Endocardite infectieuse

L'infection d'une valve native ou prothétique peut entraîner des complications cérébrales infectieuses (méningite ou abcès), hémorragiques (anévrisme mycotique, nécrose septique de la paroi artérielle) ou des complications non spécifiques (encéphalopathie, céphalée). Les séquelles neurologiques les plus communes sont cependant les infarctus emboliques, qui surviennent dans approximativement 20 % des cas d'endocardites infectieuses. La plupart des événements ischémiques cérébraux surviennent précocement et avant le contrôle de l'infection [1]. L'accident vasculaire cérébral est causé par une embolie provenant d'une végétation thrombotique sur la valve infectée. Les dépôts de fibrine sur l'endocarde résulteraient de la synthèse de thromboplastine par les monocytes qui sont nombreux au sein des végétations [2]. Ces dernières, qui sont détectées au mieux par l'échocardiographie transœsophagienne, ne sont pas forcément corrélées au risque embolique [1]. Il pourrait aussi exister des mécanismes autres qu'une embolie à l'origine de l'accident vasculaire cérébral, par exemple une activation de la coagulation par le sepsis lui-même [3].

Méningite bactérienne et tuberculeuse

Dans les méningites bactériennes, une atteinte vasculaire cérébrale artérielle ou veineuse peut survenir. Dans une étude prospective, incluant 86 adultes qui avaient une méningite bactérienne, les complications cérébrovasculaires étaient les complications intracrâniennes les plus fréquentes (37 %) et constituaient le facteur pronostique déterminant de la maladie [4]. Dans une série de 89 enfants avec une méningite bactérienne, 13 ont eu un infarctus cérébral [5]. Les anomalies artérielles les plus typiques au cours des méningites bactériennes sont le rétrécissement du calibre des grosses artères à la base du crâne, l'irrégularité de la paroi des vaisseaux et l'occlusion des artères de moyen calibre avec hyperperfusion focale à l'angiographie. Ces phénomènes peuvent être dus à une vascularite, un vasospasme, une thrombose intravasculaire, ou à la margination sur les parois de vaisseaux d'exsudats purulents ou encore à un trouble de l'autorégulation cérébrale [4]. L'infarctus est aussi une complication sévère et classique de la méningite tuberculeuse, affectant probablement plus souvent les enfants que les adultes. L'exsudat méningé inflammatoire peut conduire à une nécrose panartérielle et à une thrombose ou une occlusion secondaire, qui atteignent principalement les artères de petit et moyen calibre. Les grosses artères sont principalement le siège de périartérites et de granulomes épithélioïdes et gigantocellulaires que l'on peut trouver dans la paroi des vaisseaux. Les artères perforantes de la base du cerveau, en particulier les artères lenticulostriées, sont principalement affectées, ce qui est en accord avec la répartition de l'exsudat [6].

Neurosyphilis et neuroborréliose

L'atteinte vasculaire de la neurosyphilis est une complication bien connue, survenant deux ans ou plus après l'infection primaire. L'hyperplasie fibreuse subintimale rétrécit les artères et des altérations de l'intima peuvent être à l'origine de la thrombose. Les branches artérielles ­ principalement celles de l'artère cérébrale moyenne ­ sont plus volontiers atteintes que le tronc de l'artère lui-même [7]. Au cours des dernières années, un nombre croissant d'observations de patients ont été rapportés avec un infarctus cérébral et une vascularite dans une autre maladie à spirochète, la neuroborréliose. Ces cas suggèrent qu'il y a une forme méningovasculaire de cette infection avec une prédilection pour la circulation postérieure, et une association avec l'infection par Borrelia burgdoferi. On ne sait pas à l'heure actuelle si l'atteinte vasculaire de la neuroborréliose est due à l'infection directe de la paroi artérielle ou à des mécanismes immunologiques [8].

Herpès zoster

Une autre maladie infectieuse, l'herpès zoster, peut être la cause d'une artérite cérébrale avec infarctus cérébral survenant avec un délai de quelques semaines après le zona (fréquemment ophtalmique). Les angiographies faites chez les patients qui avaient un infarctus cérébral associé à un zona ont montré un rétrécissement segmentaire des artères intracrâniennes compatible avec une artérite. L'autopsie montre dans ces cas une angéite nécrosante de multiples vaisseaux cérébraux de différents calibres. La plupart du temps, le tronc proximal de l'artère cérébrale moyenne et ses premières branches de division sont affectés, mais les autres artères cérébrales plus distales peuvent l'être aussi. L'angéite peut être une conséquence de l'invasion virale de la paroi des vaisseaux, mais la pathogénie de la vascularite liée à l'herpès zoster est peu connue [9].

Syndrome d'immunodéficience acquise (SIDA)

Les patients qui ont un SIDA ont un risque d'infarctus cérébral et d'hémorragie augmenté. Chez ces patients, l'ischémie cérébrale peut résulter d'une endocardite bactérienne, d'infections telles que herpès zoster, de méningites de différentes origines ou d'une neurosyphilis. Cependant, il y a des patients qui ont un infarctus cérébral comme première et unique manifestation d'une infection par le virus de l'immunodéficience humaine. Les anticorps antiphospholipides pourraient jouer un rôle dans la pathogénie de ces infarctus associés à l'infection par le VIH [10].

Maladie des griffes du chat et autres maladies infectieuses affectant les artères cérébrales

Quelques jours après un contact présumé avec la maladie des griffes du chat, une enfant a eu un infarctus cérébral. L'angiographie a montré une artérite localisée de l'artère carotide interne du même côté et de l'artère cérébrale moyenne [11]. La maladie des griffes du chat est une infection principalement due à une bactérie du genre Bartonella et, dans quelques cas, du genre Afipia. Après une griffure par un chat (ou par un chien), les personnes infectées développent une lymphadénopathie qui, fréquemment, siège au cou. L'agent infectieux peut être détecté par culture ou par sérologie, ou encore par amplification génique (PCR). La lymphoréticulose bénigne d'inoculation des griffes du chat peut se compliquer d'une encéphalopathie, de crises d'épilepsie et de l'atteinte de la moelle épinière, de nerfs crâniens ou encore de nerfs périphériques [12]. La maladie des griffes du chat est aussi une infection probablement associée à l'infarctus cérébral par l'intermédiaire d'une artérite cérébrale localisée.

Nous voudrions brièvement mentionner les rares cas d'infections fungiques (par exemple mucormycose) ou helminthiques (par exemple schistosomiase) qui peuvent affecter les artères cérébrales et causer des infarctus. Dans le paludisme, les convulsions, les troubles de la conscience et, parfois, les symptômes focaux paraissent dus à l'obstruction de petites artères par des globules rouges hyperinfectés par le parasite. Dans les infections rickettsiennes (par exemple fièvre des Montagnes Rocheuses), les microorganismes se multiplient dans la cellule endothéliale des capillaires et peuvent être la cause d'une thrombose et de petits infarctus cérébraux. L'atteinte diffuse du cerveau est cependant beaucoup plus commune dans ces maladies que dans les maladies neurologiques focales.

Les infections comme facteurs de risque d'infarctus cérébral

Au cours des dernières années, on s'est rendu compte que les infections pouvaient agir dans la pathogénie des infarctus cérébraux, non seulement par infection directe des artères cérébrales ou du cœur, mais aussi par des mécanismes indirects. Les maladies infectieuses en général, et principalement celles d'origine bactérienne, pourraient jouer un tel rôle. On sait depuis longtemps que la mortalité cardiovasculaire est dépendante de fluctuations épidémiques des maladies respiratoires, principalement la pneumonie et la grippe. Une étude épidémiologique conduite aux États-Unis indique que la décroissance du taux de mortalité coronaire à la fin des années 60 et au début des années 70 était probablement due en majorité à une décroissance de l'incidence des maladies respiratoires au cours de cette même période [13]. Il y a une nette variation saisonnière de la mortalité cardiovasculaire avec un pic au cours des mois d'hiver. Durant un hiver moyen en Angleterre et au Pays de Galles, il y a approximativement 20 000 morts supplémentaires causées par les maladies cardiovasculaires, y compris l'infarctus cérébral, par rapport aux autres périodes de l'année. Une étude récente faite en Angleterre rapporte une augmentation de la concentration plasmatique du fibrinogène et de l'activité du facteur VII durant les mois d'hiver chez les personnes âgées. Ces résultats suggèrent que les variations saisonnières des paramètres de la coagulation pourraient être induites par les infections respiratoires hivernales via une augmentation des protéines de l'inflammation [14].

De petites séries concernant des enfants ou des adultes jeunes, chez qui les facteurs de risque traditionnels d'infarctus cérébral sont rarement présents et plusieurs cas cliniques ont été à l'origine de l'hypothèse selon laquelle les infections pourraient être un facteur causal d'ischémie cérébrale [15-21]. Dans une étude rétrospective, Hindfelt et Nilsson ont mis en évidence une infection récente chez 27 des 64 adultes jeunes (âgés de 16 à 40ans) qui ont eu une ischémie cérébrale (42 %). Les auteurs ont trouvé une augmentation de la fréquence de l'ischémie cérébrale sans cause (15 sur 19 patients) durant la période d'octobre à mars [17]. Dans une période de six semaines, 8 enfants de Minneapolis ont eu une ischémie cérébrale après une infection qui s'est manifestée par une fièvre modérée, des nausées, des vomissements et une angine. Les sérologies et cultures virales chez ces enfants étaient normales [20]. Chez quelques-uns, un agent causal a pu être identifié. Un garçon de 8 ans a eu un infarctus cérébral après une amygdalite récurrente causée par un streptocoque bêta-hémolytique du groupe A [21]. Plusieurs cas d'infarctus cérébral associés à une infection pulmonaire à mycoplasme ont été rapportés [19, 20, 22].

Syrjänen et al. ont trouvé une augmentation des taux d'anticorps contre diverses bactéries chez 15 patients sur 34 ayant eu un infarctus cérébral (44 %) et âgés de moins de 45 ans. Sur des données sérologiques, les plus fréquentes infections précédant l'ischémie cérébrale sont celles à streptocoque, staphylocoque et entérobactérie, tandis qu'il n'y a apparemment pas de relation entre les anticorps antiviraux et l'infarctus cérébral dans cette étude [23]. Syrjänen et al. ont réalisé la première étude cas-témoin concernant les infections préexistantes à un infarctus cérébral comme facteur de risque d'ischémie cérébrale chez des patients âgés de moins de 50 ans [24]. Ces auteurs ont étudié 54 patients consécutifs avec une ischémie cérébrale et 34 sujets témoins sélectionnés au hasard au sein d'une communauté urbaine et appariés avec les patients pour l'âge et le sexe. Les patients ont eu une infection fébrile (supérieure à 37,5 °C) durant le mois qui a précédé l'infarctus cérébral plus souvent que les sujets témoins (36 contre 6 % ; odds ratio : 9,0 ; intervalle de confiance à 95 % : 2,2-80,0) ; et pour les infections survenues une semaine avant, l'odds ratio étant de 7,0 (intervalle de confiance à 95 % : 1,6-63,4). Les infections fébriles étaient le plus souvent respiratoires et d'origine bactérienne. Aucune différence entre les groupes n'a pu être détectée en ce qui concerne les sérologies virales. Les patients ont plus souvent des sinusites (deux épisodes ou plus durant leur vie) que les sujets témoins. Dans une analyse multifactorielle prenant en compte la concentration en triglycérides, la présence d'une hypertension artérielle, d'une intoxication tabagique ou par l'alcool, les effets de l'infection fébrile durant le mois précédant l'infarctus cérébral restent significatifs (odds ratio : 14,5, intervalle de confiance à 95 % : 1,9-112,3). Dans une autre étude, Syrjänen et al. ont trouvé des infections dentaires chroniques sévères plus fréquentes chez les hommes qui ont eu un infarctus cérébral par rapport aux témoins, mais aucune différence n'a été observée chez les femmes [25].

Ayant noté une forte prévalence d'infections récentes parmi nos patients de tous âges ayant un infarctus cérébral, nous avons conçu une étude cas-témoin pour déterminer dans quelle mesure les infections récentes sont un facteur de risque indépendant de l'ischémie cérébrale chez l'adulte jusqu'à 80 ans. Durant une année, nous avons étudié 197 patients (83 femmes et 114 hommes, moyenne d'âge : 63 ans) qui avaient un infarctus cérébral ou un accident ischémique transitoire (n = 20), qui habitaient dans une petite région du sud-ouest de l'Allemagne. Les sujets témoins ont été sélectionnés au hasard dans la population et appariés avec les patients pour l'âge, le sexe, la zone de résidence (le taux de participation des sujets témoins était approximativement de 61 %). Dans la semaine qui a précédé l'infarctus ou l'examen des sujets témoins, 38 patients et seulement 10 sujets témoins ont eu une infection (odds ratio : 4,5, intervalle de confiance à 95 % : 2,1-9,7). La fréquence de l'infection n'était pas significativement différente entre les groupes pour les infections survenues deux à quatre semaines avant l'infarctus cérébral chez les patients ou avant l'examen chez les témoins. Les infections bactériennes étaient plus fréquentes parmi les patients (23/38) mais pas dans le groupe témoin (4/10). Aucun de ces patients n'avait de syphilis, d'endocardite ou de méningite. Les infections respiratoires étaient les plus fréquentes chez les patients (30/38) comme chez les témoins (7/10). L'infection a augmenté le risque cérébrovasculaire dans tous les groupes d'âge et cela atteignait une signification statistique chez les patients âgés de 51 à 60 ans et de 61 à 70 ans. La significativité n'a pas été obtenue chez les sujets jeunes de moins de 50 ans, probablement du fait du trop faible nombre de patients (n = 24). Ce résultat indique que l'importance des infections est un facteur de risque qu'il ne faut pas restreindre uniquement au sujet jeune. L'augmentation de la fréquence des infections parmi les patients atteints d'ischémie cérébrale peut avoir été due à d'autres facteurs de risque sous-jacents tels que le diabète ou l'intoxication par le tabac dont on sait qu'ils augmentent la susceptibilité aux infections, notamment respiratoires. Dans une analyse multivariée incluant l'hypertension, le diabète, l'intoxication par le tabac et l'existence d'une maladie coronaire et d'antécédents d'infarctus cérébral, les infections survenues dans la semaine avant l'infarctus cérébral restaient un facteur de risque significatif (OR : 4,6 ; intervalle de confiance à 95 % : 1,9-11,3). Cela indique que l'infection est un facteur de risque indépendant d'ischémie cérébrale. La fréquence des facteurs de risque et des maladies associées telles que l'hypertension, le diabète, l'intoxication par le tabac, la maladie coronaire et les antécédents d'infarctus cérébral était comparable chez les patients qui avaient ou n'avaient pas une infection. Par conséquent, chez la plupart de nos patients, l'infection pourrait avoir temporairement augmenté un risque préexistant et agir comme un facteur déclenchant la thrombose, à l'origine de l'ischémie cérébrale. Dans certains cas, par exemple chez les enfants ou les adultes jeunes chez qui aucun autre facteur de risque ou maladie causale n'ont été trouvés, l'infection pourrait être la principale cause d'une thrombose artérielle cérébrale [26].

Une association significative d'infection respiratoire avec la survenue d'infarctus du myocarde a aussi été rapportée ; contrairement à ce qui a été trouvé dans l'ischémie cérébrale, les auteurs ont insisté sur l'importance de l'infection virale en association avec l'ischémie myocardique [27].

Dans deux grandes études scandinaves, un accident vasculaire cérébral, principalement ischémique, survenait chez 5 à 10 % des patients qui avaient une bactériémie ; il y avait peu d'arguments chez ces patients pour une endocardite. La plupart des accidents vasculaires cérébraux sont survenus au cours de la première semaine suivant la positivité de l'hémoculture et il n'y avait pas de différence significative concernant le risque d'accident vasculaire cérébral selon les micro-organismes en cause. Le risque d'infarctus cérébral chez ces patients qui ont une bactériémie apparaît donc très élevé par rapport à celui de la population générale. Les auteurs estiment qu'environ 10 % de tous les cas d'accidents vasculaires cérébraux en Finlande sont associés à une infection bactérienne [3].

Quelles sont les causes des infections associées à l'ischémie cérébrale ?

Chez les patients qui ont une amygdalite ou une autre infection cervico-pharyngée, l'inflammation peut s'étendre à la paroi des vaisseaux cérébraux extracrâniens et être la cause d'une artérite (tableau) [15]. Dans les maladies infectieuses sans foyer localisé à proximité de l'artère carotide ou de l'artère vertébrale, d'autres mécanismes peuvent expliquer le lien entre l'infection et l'ischémie cérébrale. L'activation du système de la coagulation est probablement un facteur très important. Dans les sepsis et les infections bactériennes, les taux sériques de cytokines pro-inflammatoires, telles que le tumor necrosis factor-alpha ou l'interleukine-1, sont augmentés. Ces cytokines peuvent induire un état procoagulant en stimulant les facteurs procoagulants de l'endothélium et en inhibant les facteurs endothéliaux fibrinolytiques [28]. Chez les patients septiques, les concentrations plasmatiques des inhibiteurs de la coagulation tels que la protéine C, la protéine S et l'antithrombine III sont fréquemment diminuées [29]. Le taux de fibrinogène est positivement associé au risque d'ischémie cérébrale, et les produits de dégradation de la fibrine sont élevés dans les processus inflammatoires tels que l'infection [14]. Les anticorps antiphospholipides sont observés chez les patients septiques et ces anticorps peuvent conduire à des complications thromboemboliques, probablement en agissant sur le système de la protéine S [30]. Les agents inflammatoires peuvent stimuler l'activité procoagulante des macrophages situés dans la plaque d'athérosclérose, comme cela a été montré chez les patients qui ont une sténose carotide symptomatique [31]. Chez les patients qui ont un infarctus cérébral après une infection, Ameriso et al. ont détecté une augmentation de génération de fibrine, une augmentation de l'immunoréactivité cardiolipidique et une hyperfibrinogénémie par comparaison aux patients qui ont un infarctus cérébral non précédé d'infection [31]. Cela suggère l'existence d'un lien entre ischémie cérébrale, infection et état procoagulant [32]. D'autres investigations sont bien entendu nécessaires pour clarifier un certain nombre de mécanismes liant l'infection aiguë et l'ischémie cérébrale. De plus, une question importante est de savoir si un traitement précoce par antibiotiques peut prévenir un certain nombre d'accidents ischémiques cérébraux chez les patients qui ont une infection bactérienne aiguë. De la même façon, l'efficacité de l'héparine ou de l'aspirine dans ces cas doit aussi faire l'objet d'étude.

CONCLUSION

L'antécédent d'infection, et principalement d'infections bactériennes respiratoires, pourrait être un important facteur étiologique d'infarctus cérébral et d'accident ischémique transitoire chez les sujets jeunes. Parmi les patients qui ont des facteurs de risque d'athérosclérose, l'infection pourrait agir comme un facteur déclenchant la thrombose et ainsi augmenter temporairement le risque d'ischémie cérébrale. Aucune des études réalisées jusqu'alors n'a pu démontrer un lien de causalité entre infection et infarctus cérébral. Cependant, les nombreux mécanismes par lesquels l'infection peut augmenter le risque de thrombose constituent un argument supplémentaire en faveur du rôle causal des maladies infectieuses dans la pathogénie de l'ischémie cérébrale. Ce concept du rôle des infections dans l'infarctus cérébral ne doit pas, bien entendu, exclure d'autres facteurs pathogéniques. Une infection cérébrale peut toutefois être l'un de ces facteurs

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