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Educating high cardiovascular risk patients


Sang Thrombose Vaisseaux. Volume 12, Number 5, 273-8, Mai 2000, Mini-revues


Résumé   Summary  

Author(s) : Isabelle Durack, Rémi Gagnayre, Éric Bruckert.

Summary : A large number of epidemiologic studies have proven the effects of intensive cardiovascular risk factors control on the reduction of cardiovascular events. However, the lack of compliance with long term treatment raises the problem of educating patients with high cardiovascular risk. Therapeutic patient education following the recent World Health Organisation guidelines is a solution to this health care problem. Therapeutic patient education has proven its efficiency in other chronic diseases, such as diabetes and asthma, but still remains a big challenge for atherosclerotic disease.

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ARTICLE

De nombreux patients à haut risque cardiovasculaire pourraient bénéficier d'un traitement optimal de leurs facteurs de risque, tant en prévention primaire que secondaire [1-4]. Plus particulièrement, de grandes études d'intervention chez les patients hypertendus, hypercholestérolémiques et diabétiques ont montré que l'intervention thérapeutique par hypotenseurs, statines et meilleur équilibre du diabète s'accompagnait d'une diminution significative du risque cardiovasculaire et des complications microangiopathiques. Cependant, il existe des discordances évidentes entre les recommandations pour le traitement des facteurs de risque cardiovasculaire, les pratiques des cliniciens d'une part, l'attitude des patients, d'autre part [5-8]. Six mois après une hospitalisation relative à une cardiopathie ischémique, 49 % des sujets ont une hypercholestérolémie supérieure aux valeurs recommandées en prévention secondaire [6]. Seulement 17 à 20 % des patients atteints d'une hypercholestérolémie reçoivent un traitement approprié et sont suivis par leur médecin [5]. Enfin, dans les études suscitées [1-4] plus du tiers des patients ne prenaient pas correctement leur traitement après 5 ans. Ce pourcentage est remarquable pour une population pourtant sélectionnée pour participer à une grande étude et dont le suivi est plus organisé que celui de la pratique médicale courante.

Le manque d'observance thérapeutique des patients souligne les difficultés de changement de mode de vie et de la prise au long cours de traitements dont l'efficacité thérapeutique est néanmoins prouvée [8-10]. La prise d'un traitement au long cours, comme pour toute maladie chronique, doit donc, avant tout, être comprise et acceptée par le patient et sa famille. Le rôle éducatif des médecins et des soignants auprès des patients et de leur proche entourage est donc fondamental pour améliorer l'efficacité du traitement diététique ou médicamenteux.

Le traitement des facteurs de risque cardiovasculaire : des difficultés d'observance

La mauvaise observance des traitements des facteurs de risque cardiovasculaire s'observe chez plus de 25 % des patients sous hypolipémiants, et plus de 35 % des patients hypertendus ont des difficultés à suivre leur traitement [11]. L'adhérence au régime diététique, chez le diabétique, ne dépasse guère les 50 % [12].

Pour comprendre les difficultés à suivre ces traitements au long cours, il faut s'intéresser à la notion du risque encouru.

Un risque, quel qu'il soit, n'est pas considéré comme une maladie, il peut paraître trop abstrait pour motiver réellement un individu à changer son mode de vie et prendre régulièrement un traitement. Le risque, en revanche, peut avoir une connotation positive dans une société où « prendre des risques » signifie relever un défi permanent. L'hypertension en est un exemple. Phénomène fréquent (15 à 25 %), donc banal, elle n'a pas de cause aisément visible, ne comporte pas de symptôme, sinon ceux secondaires aux traitements.

Ulrich Grueninger analyse de façon pertinente le vécu du patient hypertendu : « L'hypertension peut me rendre malade, mais plus tard seulement. L'hypertension ne peut être guérie, mais il faut tout de même la traiter. À cause de l'hypertension, il faut que je change mes habitudes alimentaires et mon mode de vie et prenne régulièrement mes médicaments » [13].

Si l'on analyse les difficultés d'observance signalées par les patients, on constate qu'elles se répartissent équitablement en trois groupes : les facteurs d'environnement (liés à l'activité socioprofessionnelle...), les facteurs d'origine somatique (liés au médicament lui-même...) et ceux en rapport avec la motivation de l'individu [12].

Les raisons citées par le corps médical se distinguent de celles des patients. Elles se résument pour les médecins, dans 90 % des cas, au manque de motivation et d'information de leurs patients [8].

Ces motifs de non-observance dépendent des différents protagonistes que sont : le malade, les soignants, la maladie et le médicament.

Le malade, en fonction du degré d'acceptation de sa maladie, va consentir ou non, plus ou moins facilement, à prendre son traitement, sa vie durant. Dans l'adaptation aux maladies chroniques par A. Lacroix [14] des stades d'acceptation du deuil définis par E. Kübler Ross [15], on considère qu'avant d'arriver au stade d'acceptation de la maladie, le malade passera par des phases successives :

* de déni (« Non ce ne peut pas être vrai ce diabète, pas moi, ce n'est pas possible ! »),

* de révolte (« Cette tension, c'est à cause de mon stress... »),

* de marchandage (« D'accord pour le comprimé pour le cholestérol, mais un jour sur deux »...),

* de pseudo-acceptation (« Suis-je assez solide pour gérer moi-même tous ces facteurs de risque ? »).

Cependant, cette acceptation n'est pas un état définitif. À tout moment, le patient peut retrouver une attitude de déni ou de révolte.

Face à ces réactions du patient, les médecins et les soignants non avertis répondent par des contre-attitudes capables parfois de faire régresser le patient dans un des stades antérieurs. Le cas le plus fréquent est celui du déni où le médecin essaye de convaincre son patient et s'épuise à force d'informations et d'explications qui renforcent l'angoisse du malade.

Les représentations que le patient a de sa maladie et de son traitement interfèrent, également, avec son adhésion au traitement. Les croyances de santé peuvent être, à cet égard, un frein considérable à la prise d'un médicament. À ce titre, 40 % des hypertendus croient que le traitement hypotenseur a comme effet de « calmer les nerfs » [13].

Enfin, on citera, de façon objective et scientifique, le médicament, avec ses effets secondaires ou, a contrario, l'absence d'effet thérapeutique décelable. La durée du traitement, sa nature et sa forme galénique, mais aussi le nombre de prises ou de traitements associés, voire même le niveau de remboursement du médicament, interviennent largement dans la mauvaise adhésion thérapeutique.

Les recommandations OMS : l'éducation thérapeutique

À l'heure où l'Ordre national des médecins invite ces derniers à mieux informer leurs malades, l'éducation thérapeutique s'inscrit dans une véritable politique de santé soutenue par les pouvoirs publics. En témoigne, la Conférence nationale de la santé qui depuis 1996 a défini dans son rapport, remis au gouvernement, 10 priorités, dont l'une exprime la nécessité d'une éducation des patients atteints de maladies chroniques. Plus récemment, la loi de financement de la Sécurité sociale pour 1999 fait un pas en avant et, reconnaissant l'acte éducatif comme un acte thérapeutique à part entière, envisage sa possible rémunération :

« La loi prévoit, le cas échéant, les modes de rémunération... des activités non curatives, et notamment de prévention, d'éducation pour la Santé, de formation..., prévus par des contrats passés entre médecins concernés et les organismes d'assurance maladie... » (loi n° 98-1194 du 23 décembre 1998).

Le concept d'« éducation thérapeutique », mis en avant par les recommandations récentes du groupe Europe de l'OMS (juin 1998), insiste sur la valeur thérapeutique d'une démarche éducative auprès des patients atteints de maladies chroniques [16]. Il s'agit de former le malade pour qu'il puisse acquérir un savoir-faire adéquat qui lui permette d'arriver à un équilibre entre ses aspirations et le contrôle optimal de sa maladie dans sa vie quotidienne. Cependant, des obstacles rendent parfois difficile l'intégration aux soins de l'éducation, dans la pratique quotidienne. Ces freins communs aux programmes éducatifs sont liés, entre autres, à la prédominance d'une vision biomédicale, au raccourcissement des durées d'hospitalisation, au manque de ressources humaines et financières, aux difficultés du travail en équipe et dans l'interdisciplinarité...

Les stratégies éducatives

Comme préalable à la formulation d'objectifs de réduction des risques adressés au patient, il est nécessaire de mettre en place, de façon individuelle, un état des lieux : le diagnostic éducatif. Cet entretien, réalisé par le soignant, permettra de découvrir à partir de cinq grandes questions, les acquis, les potentialités d'apprentissage, la personnalité du patient, afin d'envisager un programme éducatif adapté à chaque individu [17] :

1. Qu'est-ce qu'il a ? Quels sont ses facteurs de risque, relèvent-ils d'une prévention primaire ou secondaire, quel est son traitement, comment le prend-il ?...

2. Qu'est-ce qu'il fait ? Quelle est sa profession, son insertion socio-familiale, ses loisirs... autant de questions qui serviront à concilier un programme éducatif à son équilibre de vie actuel) ?

3. Qu'est-ce qu'il sait ? Comment le patient explique ses facteurs de risque, à quoi les attribue-t-il, quel est son niveau de connaissance de la maladie, du traitement ?

4. Qui est-il ? Quels sont ses traits psychologiques capables d'intervenir sur les comportements, quel est le stade d'acceptation des facteurs de risque par le patient...?

5. Quel est son projet ? Quel est son besoin immédiat : la poursuite d'une activité professionnelle, d'un projet personnel ? Quel est son projet d'avenir à plus long terme : comment s'inscrit la connaissance qu'il a des facteurs de risque dans ce projet...

Les objectifs de ce programme peuvent être formalisés sous la forme d'un contrat thérapeutique limité dans le temps où patient et soignant s'entendent mutuellement sur les stratégies et les techniques utilisées pour atteindre le but commun.

Tout au long de l'éducation, il est important, dans cette démarche, que les techniques favorisent le rôle actif du patient. Ce dernier doit pouvoir poser des questions, raconter ce qui le préoccupe, proposer des solutions...

C'est ainsi que des mises en situation quotidienne, au travers de jeux interactifs (tableau magnétique permettant de travailler sur les horaires des prises des traitements, la place de l'activité physique, ateliers pratiques insistant sur le choix alimentaire via des aliments factices, lecture d'étiquettes de produits alimentaires, gestion du stress...), sont utiles pour favoriser les changements de comportement à risque.

Le processus éducatif est parfois trop lourd pour être conduit uniquement dans une pratique quotidienne en médecine de ville. Dans une structure d'éducation, une équipe multidisciplinaire peut proposer des stratégies éducatives qui nécessitent plus de temps et de ressources didactiques (ateliers diététiques, techniques de relaxation...). Ces structures éducatives permettent également des dynamiques de groupes qui sont souvent motrices pour les processus d'apprentissage.

Nombreuses dans les services de diabétologie, elles sont souvent rattachées à une hospitalisation de semaine ou de jour. Les actions éducatives sont centrées sur les complications de la maladie (gestions des hypoglycémies, adaptation du traitement, pied diabétique...). Les actions dirigées vers la prévention des facteurs de risque cardiovasculaire dans leur globalité sont beaucoup plus rares.

Enfin, au-delà des stratégies, des techniques, une évaluation rigoureuse de chacun de ces paramètres est nécessaire pour mesurer l'efficacité des actions éducatives et permettre les réajustements nécessaires.

L'évaluation des actions éducatives

Aucun pays ne s'est engagé, jusqu'à présent, à mettre en place un programme éducatif et à évaluer la qualité des actions de prévention cardiovasculaire pour améliorer le traitement et le suivi à long terme des patients à risque cardiovasculaire [10].

Certaines actions de prévention ont néanmoins été dirigées vers la population générale à travers une politique d'information de masse, d'autres, beaucoup plus rares s'adressent à des populations plus ciblées.

Les actions d'information de masse

L'information véhiculée au travers de campagnes médiatiques peut toucher l'individu à l'échelle d'une population. L'évaluation de l'impact de ces actions auprès du grand public sur les comportements et les facteurs de risque est rarement effectuée. Dans la littérature internationale, les études de population mettent l'accent sur l'effet bénéfique de cette stratégie de masse sur la diminution des facteurs de risque [18]. Il est, cependant difficile d'extrapoler les résultats de campagnes menées dans certains pays à d'autres.

En France, une étude récente [19] a comparé l'influence d'une campagne d'information sur les facteurs de risque cardiovasculaire sur la population d'une ville-étude (Épernon) par rapport à des villes témoins. Cette action, d'une durée de cinq ans, est à l'origine d'une amélioration du niveau de connaissance relative aux facteurs de risque cardiovasculaire, mais aucune diminution significative du niveau de risque n'a été mise en évidence. Cette absence de différence pouvait être liée à des biais méthodologiques (absence de centralisation des prélèvements, quantité d'information diffusée jugée trop importante avec comme conséquence une possible dilution consécutive des messages). La conclusion de cette étude souligne l'intérêt de mettre en place également l'éducation d'une population plus ciblée, en l'occurrence celle des patients atteints de facteurs de risque cardiovasculaire.

Une autre étude, celle de « Fleurbaix Laventie, ville santé », est en cours pour démontrer l'intérêt de l'éducation nutritionnelle sur les changements de comportement alimentaire de 549 familles.

Les actions éducatives ciblées

L'éducation thérapeutique doit passer, quant à elle, par une stratégie individuelle et s'adresser aux patients. Les travaux qui concernent des programmes éducatifs dispensés aux patients atteints de facteurs de risque cardiovasculaires sont peu nombreux (tableau I) [20-30]. Pour la plupart britanniques, ces publications internationales datent des années 90, période où la politique du National Health Service visait à promouvoir la prévention des facteurs de risque cardiovasculaire. Il ne s'agit pas là de campagnes d'informations médiatiques, mais bien d'actions d'équipes de soins de centres médicaux pour la plupart généralistes. Les critères d'évaluation prennent en considération des paramètres biologiques (concentration plasmatique de cholestérol par exemple), cliniques (pression artérielle, poids, consommation de cigarettes...) et établissent des scores de risque cardiovasculaire (comme celui de Framingham qui intègre l'ensemble de ces paramètres).

Il ressort de l'analyse de la littérature (tableau II) que les meilleurs résultats en termes de réduction des facteurs de risque cardiovasculaire et du niveau de cholestérol en particulier, sont obtenus pour des populations à haut risque cardiovasculaire (en prévention secondaire ou primaire mais possédant plus d'un facteur de risque ; baisse de 6 à 15 % du niveau de cholestérol) [23-30], alors que les effets sur la population générale sont moins marqués (baisse de 2 à 4 % du cholestérol) [20-22].

Il est intéressant de souligner l'hétérogénéité de ces études, très disparates quant au nombre de patients étudiés et quant aux méthodes éducatives utilisées. Les interventions se résument le plus souvent à un simple dépistage suivi d'une surveillance sur une durée variant de 5 mois à 4 ans. Les stratégies pédagogiques sont rarement décrites, les outils éducatifs peu nombreux et peu interactifs (brochures d'information, vidéos...). Il est à noter que moins de 5% des articles, concernant l'éducation des patients diabétiques ni ne mentionnent le programme éducatif mis en place ni ne décrivent les stratégies éducatives utilisées.

Les meilleurs résultats obtenus en terme de réduction des facteurs de risque cardiovasculaire concernent les équipes médicales formées aux techniques pédagogiques de motivation des patients qui permettent d'assurer un suivi personnalisé.

Ces travaux soulignent également la complémentarité des équipes multidisciplinaires (médecins, diététiciennes, infirmières, psychologues ou pharmaciens) dont l'action éducative commune permet une amélioration des comportements et une diminution des facteurs de risque cardiovasculaire [28]. Cependant, il est important de noter qu'en pratique courante, de nombreux obstacles viennent s'opposer aux pratiques éducatives et que la majorité des médecins expriment des difficultés liées au manque de temps, de rémunération ou de formation pour acquérir les compétences nécessaires à ces actions. Il faut dire pour ce dernier point qu'aucune formation initiale ou continue n'est dispensée lors des études médicales pour développer ces compétences pédagogiques.

CONCLUSION

L'éducation thérapeutique est donc une discipline qui ne s'improvise pas. Elle nécessite en amont de toute action une évaluation des besoins des patients et des soignants, pour mettre en place des stratégies conformes aux recommandations de l'OMS, à savoir des actions éducatives fondées sur :

* une formation du patient fondée sur un apprentissage individualisé,

* une démarche centrée sur le traitement et sur sa gestion quotidienne,

* un enseignement construit autour du principe d'interactivité qui impose au soignant de développer des compétences pédagogiques.

Concernant un véritable problème de santé publique, celui de la prévention des facteurs de risque cardiovasculaires, ces actions éducatives ne peuvent être dissociées d'une évaluation rigoureuse de l'efficacité des stratégies en terme de réduction des facteurs de risque cardiovasculaire. Ceci afin de garantir une démarche de qualité permettant une diffusion des stratégies.

REFERENCES

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