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Le Calcitonin Gene Related Peptide (CGRP) : vasodilatateur des années 90 ?


Sang Thrombose Vaisseaux. Volume 7, Number 3, 205-7, Mars 1995, Lexique


Résumé   Summary  

Author(s) : Patrice Cacoub, service de médecine interne (Pr. Godeau), hôpital de la Pitié, Paris..

Summary : Le calcitonin gene related peptide (CGRP) est un neuropeptide de trente-sept acides aminés, essentiellement synthétisé par les cellules du système nerveux central et périphérique, dont l’ARN messager a été découvert en 1982 par Rosenfeld et al. [1]. L’originalité de ce peptide, outre ses propriétés vasculaires sur lesquelles nous reviendrons, est le type même de sa production. En effet, le gène codant pour le CGRP est le même que celui qui code pour la calcitonine, d’où son appellation ; il est situé sur le bras court du chromosome 11. Le transcrit primaire de ce gène, qui recopie toutes les portions du gène, subit une maturation qui conduit à l’élimination des introns et à la formation de l’un ou l’autre des deux messagers, calcitonine ou CGRP. Le gène de la calcitonine exprime ainsi deux ARN messagers codant pour les précurseurs de la calcitonine et un ARN messager codant pour les précurseurs du CGRP I [2]. Un autre gène, situé sur le même chromosome, n’exprime qu’un seul messager codant pour le précurseur du CGRP II, isomère du CGRP I, ne différant de celui-ci que par trois acides aminés. Les mécanismes par lesquels le même gène aboutit de préférence aux ARN messagers de la calcitonine dans la thyroïde et à l’ARN messager du CGRP I dans le système nerveux central et périphérique ne sont pas entièrement élucidés.

ARTICLE

Le calcitonin gene related peptide (CGRP) est un neuropeptide de trente-sept acides aminés, essentiellement synthétisé par les cellules du système nerveux central et périphérique, dont l'ARN messager a été découvert en 1982 par Rosenfeld et al. [1]. L'originalité de ce peptide, outre ses propriétés vasculaires sur lesquelles nous reviendrons, est le type même de sa production. En effet, le gène codant pour le CGRP est le même que celui qui code pour la calcitonine, d'où son appellation ; il est situé sur le bras court du chromosome 11. Le transcrit primaire de ce gène, qui recopie toutes les portions du gène, subit une maturation qui conduit à l'élimination des introns et à la formation de l'un ou l'autre des deux messagers, calcitonine ou CGRP. Le gène de la calcitonine exprime ainsi deux ARN messagers codant pour les précurseurs de la calcitonine et un ARN messager codant pour les précurseurs du CGRP I [2]. Un autre gène, situé sur le même chromosome, n'exprime qu'un seul messager codant pour le précurseur du CGRP II, isomère du CGRP I, ne différant de celui-ci que par trois acides aminés. Les mécanismes par lesquels le même gène aboutit de préférence aux ARN messagers de la calcitonine dans la thyroïde et à l'ARN messager du CGRP I dans le système nerveux central et périphérique ne sont pas entièrement élucidés.

La concentration moyenne plasmatique à jeun du CGRP en dehors du stress, chez l'homme, varie de 0,4 à 100 pmol/l selon les techniques utilisées. Il s'agit d'un peptide fragile dont la dégradation se fait à température ambiante avec une diminution de l'ordre de 50 % en 12 heures. La demi-vie plasmatique du CGRP est de 8 à 9 minutes et sa durée d'action de 20 minutes. Il existe un rythme nycthéméral, avec un maximum nocturne. Le CGRP a été localisé dans de nombreux tissus et interagit avec des récepteurs spécifiques, de localisation ubiquitaire. Ce neuropeptide a été mis en évidence par immunoréactivité dans les terminaisons nerveuses de nerfs sensitifs ou moteurs, aussi bien centraux que périphériques, et il est également présent dans les terminaisons nerveuses des cellules sécrétant la substance P. La répartition du CGRP est souvent périartérielle. Les sites de liaison spécifique de haute affinité se retrouvent en forte proportion dans la corne dorsale de la moelle épinière, le cervelet, l'hypothalamus, l'hypophyse et, à un moindre degré, dans les parois vasculaires, les cellules musculaires lisses et les cellules endothéliales [3]. Les récepteurs du CGRP ont également été mis en évidence dans le myocarde, le rein, le foie, le pancréas et le placenta. Plusieurs types de récepteurs ont été décrits, mais la séquence nucléotidique de ces récepteurs n'est pas encore élucidée. On sait toutefois que la portion 8-12 du CGRP est essentielle à la liaison au récepteur. Le second messager de ces récepteurs est l'adénylate cyclase.

Actions vasculaires

Les études pharmacologiques chez l'animal et chez l'homme ont mis en évidence des actions essentiellement cardiovasculaires, puisque le CGRP est un puissant vasodilatateur artériel et possède une action tonicardiaque. Le CGRP est le plus puissant vasodilatateur endogène connu chez l'homme [4]. Ainsi son activité est plus puissante, à dose équimolaire, que celle de la prostacycline, de l'adrénaline, de l'histamine, du VIP (vasoactive intestinal polypeptide) et du nitroprussiate de sodium. Chez l'homme, une concentration plasmatique de 56 pmol/l obtenue par perfusion intraveineuse, donc à peine supérieure à la concentration physiologique, provoque bouffée vasomotrice, hypotension artérielle, puis libération secondaire de catécholamines. Le CGRP semble agir sélectivement sur certains territoires vasculaires. Chez le rat spontanément hypertendu, la réduction de la pression artérielle par le CGRP semble secondaire à une diminution des résistances périphériques sur les territoires cutané et gastrique. Les résistances dans les territoires coronaires, cérébraux et hépatiques sont diminuées de façon moins importante [5]. La vasodilatation systémique induite par le CGRP humain se fait avec une redistribution du flux sanguin au profit du territoire cutané des quatre membres, du cerveau et du territoire splanchnique. Le rôle du CGRP dans la régulation de la pression artérielle semble conforté par son élévation au cours du choc septique et des hypotensions artérielles chez les patients en hémodialyse, et par sa diminution dans l'hypertension artérielle essentielle.

Les mécanismes d'action du CGRP ne sont pas totalement élucidés, mais on sait que, une fois libéré par les terminaisons nerveuses, ce neuropeptide se lie à des récepteurs spécifiques à la jonction média-adventice des vaisseaux. L'activation du récepteur provoque la relaxation des cellules musculaires lisses de la paroi artérielle et ainsi la vasodilatation par ouverture des canaux ATP-dépendants.

Les modifications des concentrations plasmatiques et l'action du CGRP ont été étudiées tant chez l'animal que chez l'homme dans plusieurs situations pathologiques. Dans le territoire cérébral, l'élévation des concentrations de CGRP dans la veine jugulaire externe a été notée dans la crise aiguë migraineuse. Chez l'homme, comme dans plusieurs espèces animales, des perfusions de CGRP peuvent lever le spasme artériel responsable d'ischémie cérébrale dans les suites d'une hémorragie méningée, et en diminuer les séquelles neurologiques ; des résultats contradictoires ont été plus récemment rapportés [6]. Plusieurs travaux ont suggéré qu'une carence en CGRP pourrait être impliquée dans la physiopathologie du syndrome de Raynaud [7]. En revanche, il n'y a pas de diminution de l'action du CGRP chez les patients atteints de maladie de Raynaud ; dans certaines formes sévères les perfusions thérapeutiques de CGRP ont donné des résultats prometteurs [8]. Dans le traitement de l'impuissance, l'injection intracaverneuse de CGRP associé à de la prostaglandine E1 semble une possibilité intéressante. L'injection intradermique de CGRP provoque un érythème prolongé et potentialise l'œdème provoqué par l'histamine. Au cours des hypertensions gravidiques, les concentrations plasmatiques de CGRP ont été trouvées abaissées de 54 % par rapport à une grossesse normale. Dans le territoire coronaire, la perfusion de CGRP provoque une vasodilatation. Le CGRP a été mis en évidence dans le cœur avec une nette prédominance dans l'oreillette droite. Les actions inotrope et chronotrope positives du CGRP seraient liées à l'ouverture des canaux calciques.

Actions extravasculaires [9]

Le CGRP est structurellement proche de l'amyline, peptide de trente-sept acides aminés isolé dans la substance amyloïde du pancréas de sujets atteints de diabète non insulino-dépendant. Les propriétés du CGRP sur le métabolisme glucidique dérivent peut-être de cette parenté structurale avec l'amyline. Le CGRP détermine une insulinorésistance périphérique et hépatique et inhibe la sécrétion d'insuline aboutissant donc à une hyperglycémie. Toutefois, ces propriétés hyperglycémiantes, bien démontrées in vitro ou chez l'animal, ne sont pas retrouvées aux concentrations physiologiques humaines.

Le CGRP peut avoir une action calcitonine-like sur le rein et sur l'os, mais à des concentrations non physiologiques 500 à 1 000 fois plus importantes que la calcitonine.

Le CGRP possède une action immunomodulatrice. Il existe des récepteurs au CGRP sur les lymphocytes T, les monocytes et les macrophages murins. Le CGRP inhibe l'activité des cellules natural killer de souris. Le CGRP a également été impliqué dans la différenciation cellulaire et il est capable d'augmenter la prolifération de cellules endothéliales en culture.

CONCLUSION

Ce nouveau neuropeptide, puissant vasodilatateur, pourrait avoir des intérêts multiples, à la fois diagnostiques et thérapeutiques dans l'insuffisance coronaire les syndromes de Raynaud, les vasospasmes secondaires à une hémorragie méningée ou l'insuffisance cardiaque congestive.

REFERENCES

1. Rosenfeld MG, Mermod JJ, Amara SG, et al. Production of a novel neuropeptide encoded by the calcitonin gene via tissue-specific RNA processing. Nature 1983 ; 304 : 129-35.

2. Amara SG, Jonas V, Rosenfeld MG, Ong ES, Evans RM. Alternative RNA processing in calcitonin gene expression generates mRNAs encoding different polypeptides products. Nature 1982 ; 298 : 240-4.

3. Sigrist S, Franco-Cereceda A, Muff R, Henke H, Lundberg JM, Fischer JA. Specific receptor and cardiovascular effects of calcitonin gene-related peptide. Endocrinology 1986 ; 119 : 381-7.

4. Brain SD, Williams TJ, Tippins JR, Morris HR, Mac Intyre I. Calcitonin gene-related peptide is a potent vasodilatator. Nature 1985 ; 313 : 54-6.

5. Ando K, Pegram BL, Frolich ED. Hemodynamic effects of calcitonin gene-related peptide in spontaneously hypertensive rats. Am J Physiol 1990 ; 258 : R425-9.

6. European CGRP in subarachnoid haemorrhage study group. Effect of calcitonin gene-related peptide in patients with delayed postoperative cerebral ischaemia after aneurysmal subarachnoid haemorrhage. Lancet 1992 ; 339 : 831-4.

7. Bunker CB, Terenghi G, Springall DR, Polak JM, Dowd PM. Deficiency of calcitonin gene-related peptide in Raynaud's phenomenon. Lancet 1990 ; 336 : 1530-3.

8. Bunker CB, Reavley C, O'Shaughnessy DJ, Dowd PM. Calcitonin gene-related peptide in treatment of severe peripheral vascular insufficiency in Raynaud's phenomenon. Lancet 1993 ; 342 : 80-2.

9. Cohen R, Bensimon C, Raynaud A, Modigliani E. Le peptide alternatif du gène de la calcitonine (CGRP). Actions et régulation. Ann Med Interne 1992 ; 143 : 455-62.


 

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