ARTICLE
Toutes les techniques font appel au cathétérisme sélectif
des pédicules nourriciers de la cible à traiter ou du vaisseau
qui saigne, puis à leur embolisation à l'aide d'agents d'occlusion.
La miniaturisation des matériels de navigation endovasculaire autorise
presque toujours le cathétérisme sélectif de vaisseaux
ayant un diamètre de 2 à 3 mm. Les cathéters utilisés
couramment ont un diamètre extérieur de 1,3 à 1,6
mm, soit un calibre de 4F à 5F (1 mm = 3 F). Des cathéters
beaucoup plus fins et plus souples (et dix à quinze fois plus onéreux...),
manipulés de manière co-axiale à l'intérieur
des précédents, permettent d'être encore plus performant
lorsque les difficultés du cathétérisme le nécessitent.
De ces difficultés découlent la sélectivité
du cathétérisme et, par conséquent, l'efficacité
du traitement, voire purement et simplement sa faisabilité. Les
difficultés proviennent avant tout du degré de tortuosité
du réseau artériel emprunté par le cathéter,
deux ou trois boucles artérielles serrées successives rendant
le cathétérisme d'aval aléatoire à l'aide
des systèmes usuels. Même si, bien souvent, les sinuosités
du lit artériel résultent de variations anatomiques individuelles
et ne sont découvertes que pendant le cathétérisme,
il est des situations où les difficultés sont prévisibles
et doivent être prises en compte dans l'indication : patient hypertendu
de longue date, athérome aorto-iliaque, grand âge, boucles
obligatoires compte tenu de la voie d'abord et de l'artère à
cathétériser. En revanche, à condition que le point
de ponction puisse être comprimé efficacement après
la procédure, les troubles d'hémostase, même majeurs,
ne contre-indiquent pas l'approche endovasculaire et en font au contraire
une alternative avec le traitement chirurgical. À cette même
condition, et sachant que les rares complications locales graves sont
presque exclusivement la thrombose artérielle (et pratiquement
jamais l'hémorragie), il est inutile, au regard de ces complications,
et souvent bien plus dangereux à l'égard de la pathologie
pour laquelle il avait été prescrit, d'interrompre totalement
un traitement anticoagulant pendant la durée de la procédure.
Les matériels d'occlusion sont d'une grande variété
pour répondre cas par cas à la fois aux contraintes techniques
et aux nécessités variées et souvent contraires des
indications thérapeutiques : réaliser une occlusion tronculaire
ou entraîner une ischémie parenchymateuse ou tumorale, occlure
le lit vasculaire de manière temporaire ou définitive, entraîner
une réaction inflammatoire intense ou être aussi biocompatible
que possible. Les occlusions tronculaires sont le plus souvent réalisées
avec des systèmes réservés à cet usage : définitifs
comme les spirales métalliques thrombogènes (coils)
ou les ballonnets largables, temporaires par mise en place d'un cathéter
à ballonnet gonflable. Les autres agents d'occlusion sont classés
en fonction de leur mécanisme d'action : emboles fluides désendothélialisants
(sclérosants veineux, colles biologiques) ou non (vasopresseurs),
emboles particulaires sphériques ou non. Réduire l'embolisation
à un phénomène d'occlusion purement mécanique
(= ligature) est donc très éloigné de la réalité
car il s'y ajoute une thrombose cruorique (de grande importance pour les
emboles non sphériques, qui ne peuvent, à eux-seuls, obstruer
la lumière du vaisseau), une réaction inflammatoire locale
plus ou moins intense et même parfois une aggression physique ou
chimique du vaisseau (réaction exothermique accompagnant la polymérisation
des colles acryliques par exemple).
Quel que soit l'organe ou le territoire embolisé, l'agressivité
du geste est principalement liée à l'ischémie
qu'il induit. Cette ischémie dépend prioritairement de quelques
facteurs essentiels (tableau I).
Certains sont imposés par la situation clinique : état de
choc, antécédents locaux de radiothérapie ou de chirurgies
multiples... D'autres peuvent au contraire être contrôlés
: c'est en particulier le cas de la taille des emboles utilisés.
Plus un embole est de petit calibre, plus il se bloque distalement, plus
les possibilités de développement d'une collatéralité
efficace sont faibles, et plus son agressivité est donc grande.
Cependant, les choix d'un type d'embole et de sa taille ne sont pas totalement
libres car ils dépendent par exemple au moins du calibre interne
du cathéter qui a pu (ou dû) être employé pour
arriver jusqu'à la cible. La tolérance des différents
organes à l'embolisation varie en fonction de la richesse de leur
réseau nourricier artériel qui leur assure des possibilités
de collatéralité plus ou moins grandes et rapidement efficaces
[1, 2]. Toutes choses égales par ailleurs, le foie est de loin
l'organe le plus compliant à la condition de respecter formellement
les contre-indications : insuffisance hépatique majeure, thrombose
portale complète ou absence totale de perfusion porte par inversion
du flux au cours des blocs intra- ou suprahépatiques et des anastomoses
porto-caves chirurgicales, ictère rétentionnel d'origine
extra-hépatique (contre-indication relative si l'embolisation peut
faire disparaître l'obstacle biliaire). L'embolisation est très
bien tolérée au niveau de l'estomac qui possède de
multiples suppléances et bien tolérée au niveau du
duodénum ou du rectum. Au contraire, elle est mal ou très
mal tolérée au niveau du grêle et du colon où
seules des situations désespérées ou des cas d'espèce
peuvent la justifier. L'embolisation bronchique ne peut entraîner
d'ischémie pulmonaire notable, mais l'occlusion de certaines collatérales
médiastinales des artères bronchiques n'est pas totalement
dénuée de risques (sophage, aorte) si elle est réalisée
à l'aide de particules trop fines ou d'emboles liquides. Les embolisations
pelviennes génito-urinaires, même relativement larges, sont,
elles aussi, remarquablement tolérées. L'embolisation distale
des territoires musculo-cutanés (membres, paroi, face et cou) entraîne
régulièrement des ischémies qui restent toutefois
exceptionnellement préoccupantes en dehors des phénomènes
douloureux postopératoires qui l'accompagnent systématiquement.
Le risque de l'embolisation résulte donc en définitive
d'un compromis technique qui va permettre une sélectivité
et une efficacité acceptables, pour un risque d'ischémie
jugé tolérable compte tenu de la gravité clinique
et du risque des autres méthodes thérapeutiques.
Les hémorragies
digestives
Elles constituent une part importante des indications [3].
* Dans les hémorragies aiguës, la localisation précise
de l'hémorragie est indispensable. Elle repose soit sur l'endoscopie,
soit sur l'artériographie, pratiquées en période
hémorragique. Un débit de saignement d'au moins 0,5 ml/min
est requis pour avoir une chance de visualiser l'hémorragie sur
l'artériographie sous sa forme typique d'une image d'addition d'apparition
précoce, dont l'aspect est changeant dans le temps (moulant parfois
de façon très parlante la paroi digestive), et persistante.
Quelques pièges méritent d'être rappelés. L'opacification
normale de la surrénale est le plus classique : visible sous la
forme d'une hyperdensité lors de l'injection de l'artère
diaphragmatique inférieure, de la coronaire stomachique ou du tronc
cliaque. Cette hyperdensité dans le cas de la surrénale
gauche se superpose à l'estomac et ne doit pas être confondue
avec une extravasation gastrique. Sa forme en V inversée est caractéristique.
Il convient de ne pas confondre un vaisseau vu en fuite avec un anévrisme
(dont l'opacification persiste après la phase artérielle),
ou une pariétographie digestive normale (anse vue en fuite, haustration
colique, superposition de la grosse tubérosité gastrique
et de la rate...) avec une fuite active. Enfin, lorsqu'une extravasation
est visible lors de l'injection de l'artère mésentérique
supérieure, il faut bien localiser son vaisseau d'origine pour
ne pas confondre une hémorragie duodénale alimentée
par les artères pancréaticoduodénales inférieures
et une hémorragie colique provenant de l'artère colique
supérieure droite.
En cas d'hémorragie haute, l'endoscopie permet généralement
de préciser le siège ainsi que la cause de l'hémorragie
; sa sensibilité à ce titre est supérieure à
celle de l'artériographie, et elle permet dans de nombreux cas
le traitement local de l'hémorragie lorsqu'il s'agit d'une ulcération
gastroduodénale. L'artériographie n'est donc réalisée
qu'en cas d'échec ou d'impossibilité de l'endoscopie et
quand elle précède un traitement par embolisation.
Si l'endoscopie est douteuse ou impossible (par exemple en cas de chirurgie
récente du tube digestif supérieur, en cas de sténose
so- phagienne, de traumatisme cervical, de cyphoscoliose majeure),
l'artériographie prend toute son importance. Elle ne doit cependant
être réalisée que si l'hémorragie persiste
après un essai de traitement médical car les hémorragies
s'arrêtent « spontanément », dans 75 % des cas,
sous traitement conservateur. L'artériographie a une sensibilité
dans les hémorragies digestives hautes de l'ordre de
63 [4] à 85 % [5]. Les faux négatifs sont dus à un
arrêt de l'hémorragie lors de la réalisation de l'artériographie.
Certains auteurs préconisent dans ce cas de répéter
l'injection, l'effet vasodilatateur du produit de contraste étant
susceptible de redéclencher l'hémorragie, mais notre expérience
personnelle dans ce domaine est très décevante.
En cas d'hémorragie digestive basse, le premier examen
à réaliser est la rectoscopie. Si celle-ci est négative,
trois examens restent en lice : la coloscopie, la scintigraphie et l'artériographie.
Trois situations peuvent se présenter :
1. l'hémorragie cesse : l'examen de choix est la coloscopie ;
2. l'hémorragie persiste, mais peu importante ou intermittente,
nécessitant par exemple une unité de sang toutes les deux
à quatre heures. Dans ce cas il convient théoriquement de
réaliser une scintigraphie dont le seuil de sensibilité
serait de 0,05 ml par minute, soit dix fois celui de l'artériographie
;
3. l'hémorragie persiste, abondante, nécessitant au moins
une unité de sang par heure : l'examen à réaliser
est l'artériographie [6]. L'artériographie, dans les localisations
des hémorragies digestives basses, a une sensibilité rapportée
variable de 39 [7] à 72 % [4], mais toujours inférieure
à celle qu'elle a dans les hémorragies digestives hautes.
Le caractère actif d'une hémorragie basse, qui permet de
choisir le moment le plus rentable pour pratiquer l'artériographie,
est en effet plus difficile à déterminer que celui d'une
hémorragie haute, objectivé aisément par le lavage
gastrique.
* Dans les hémorragies chroniques, l'artériographie a
sa place lorsque les autres examens sont négatifs. Sa sensibilité
varie de 45 [8] à 75 % [9]. Tout comme les autres examens, hormis
la scintigraphie, il ne s'agit plus ici de localiser un saignement, mais
de trouver des lésions pouvant être à l'origine de
l'hémorragie, essentiellement des lésions tumorales et des
malformations vasculaires. La localisation peropératoire de malformations
vasculaires du grêle peut être problématique lorsque
ces lésions ne sont pas visibles ou palpables par le chirurgien.
Athanassoulis [10] propose de laisser un cathéter sélectif
en place après l'artériographie et d'injecter du bleu de
méthylène dans le cathéter lors de l'intervention
chirurgicale. Pour notre part, nous avons, à l'occasion, laissé
en place un fin guide métallique dans l'artère dûment
identifiée comme pathologique, artère alors facilement palpée
par le chirurgien dans le mésentère lors de l'intervention.
* Les possibilités de traitement endovasculaire sont les perfusions
de vasoconstricteurs, l'embolisation artérielle et l'embolisation
des varices sophagiennes.
Les perfusions de vasopressine ont tout d'abord été
réalisées dans l'artère mésentérique
supérieure pour le traitement des varices sophagiennes, mais
il a été montré que la perfusion intraveineuse périphérique
était tout aussi efficace. La perfusion intra-artérielle
de vasopressine a également été utilisée dans
les autres causes d'hémorragie digestive où elle s'est montrée
supérieure à l'administration intraveineuse [11]. La perfusion
se fait dans la coronaire stomachique en cas d'hémorragie gastrique
ou dans le tronc cliaque si la coronaire stomachique ne peut être
cathétérisée. Elle est peu efficace dans les hémorragies
duodénales. La perfusion est réalisée dans l'artère
mésentérique supérieure ou dans l'artère mésentérique
inférieure en cas d'hémorragie digestive basse. La perfusion
commence à la dose de 0,2 unité par minute. Un contrôle
artériographique est fait après 20 minutes. Si l'hémorragie
a cessé, on poursuit à la même dose pendant douze
heures puis on dimi-
nue la dose par deux. Si, après 20 minutes, l'hémorragie
persiste, on donne 0,4 unité par minute. Si l'hémorragie
subsiste à cette dose, il est inutile de continuer le traitement.
La perfusion de vasopressine est un traitement long qui nécessite
une surveillance dans une unité de soins intensifs et qui présente
beaucoup d'effets secondaires potentiels : ischémie du tube digestif,
ischémie périphérique (gangrène du membre
inférieur), ischémie myocardique, arythmie, hypertension
artérielle, diminution du débit cardiaque, thrombose due
au cathéter, dème cérébral par rétention
hydrique. L'autre inconvénient majeur en est la récidive
hémorragique à l'arrêt du traitement. Cette récidive
est évaluée de 25 à 50 % des cas [7]. La méthode
reste donc très contestée et n'est plus guère en
usage à ce jour.
La première embolisation artérielle viscérale
fut réalisée en 1969 pour contrôler une hémorragie
d'ulcère gastrique. Les hémorragies digestives constituent
depuis cette date, en général, un bon domaine d'application
de l'embolisation, mais à des degrés divers selon la localisation
du saignement. L'hémobilie d'origine hépatique est sans
doute l'indication la moins contestable (figure
1). L'étiologie traumatique est la plus fréquente
en Europe, qu'elle soit iatrogène (chirurgie hépatobiliaire
ou de voisinage, ponction hépatique), ou non. Au décours
des contusions hépatiques, la chronologie de survenue de l'hémobilie
est généralement univoque : retardée de plusieurs
semaines par rapport au traumatisme, et récidivante avec des intervalles
libres de tout symptôme. La fuite hémorragique est rarement
mise en évidence par l'artériographie. La lésion
vasculaire responsable est, en revanche, souvent repérée
si elle est traumatique : faux anévrisme, fistule artérioporte
[12]. Les hémorragies de siège sogastroduodénal
sont très fréquemment rencontrées. La plupart des
ulcères gastriques saignent à partir des artères
coronaire stomachique ou gastro-épiploïque droite ; à
ce titre, leur embolisation sélective d'hémostase est le
plus souvent techniquement possible. L'embolisation ne tire cependant
logiquement ses indications que des contre-indications des autres traitements.
Le syndrome de Mallory-Weiss, quand il devient impossible à juguler
par les moyens simples, constitue une très bonne indication de
l'embolisation. Les hémorragies qui surviennent sur les gros ulcères
duodénaux calleux, fréquemment dus à un faux anévrisme
de la gastroduodénale ou des arcades pancréaticoduodénales,
sont également des indications évidentes ; dans cette situation,
on rencontre toutefois souvent des inversions de flux complètes
dans le territoire gastroduodénal qui compliquent le geste ou même
le rendent impossible. Les faux anévrismes hémorragiques
qui accompagnent parfois les pancréatites aiguës posent des
problèmes techniques comparables, mais l'embolisation y reste malgré
tout bien souvent le meilleur traitement [13] (figure
2). Les malformations vasculaires peuvent survenir sur l'ensemble
du tube digestif. La maladie de Rendu-Osler-Weber, ou télangiectasies
hémorragiques héréditaires, en est la forme héréditaire
la plus fréquente ; l'embolisation est une arme parmi d'autres
qui peut permettre d'obtenir des périodes de rémission hémorragique
de plusieurs mois ou années, essentiellement lorsque les saignements
proviennent surtout de l'estomac. Les formes congénitales de malformations
vasculaires se manifestent chez le sujet jeune surtout sur le grêle,
et les formes vraisemblablement acquises, qui surviennent surtout après
cinquante ans, siègent sur le côlon et sont fréquemment
associées à l'insuffisance rénale chronique, à
la cirrhose et à la sténose aortique. L'artériographie
y est caractérisée par l'opacification précoce mais
persistante d'une veine intramurale dilatée et tortueuse, l'opacification
de la masse angiomateuse proprement dite, l'existence d'un retour veineux
précoce. La constatation au niveau d'une lésion de ces trois
signes permet d'affirmer le diagnostic ; ils ne sont toutefois présents
simultanément que dans 50 % des cas. Classiquement, le traitement
des angiodysplasies coliques est chirurgical. Étant donné
les localisations préférentielles de la maladie, il consiste
le plus souvent en une hémicolectomie droite. Les récidives
après traitement varient suivant les séries entre 5 et 25
% des cas en raison de résection incomplète, de la coexistence
d'une autre lésion ou de la présence d'une autre lésion
angiodysplasique dans une autre partie de l'intestin. Un bilan angiographique
complet est donc certainement indispensable pour les malades à
qui le traitement chirurgical a été proposé. Le traitement
endoscopique par électrocoagulation nécessite que les lésions
soient visibles, ce qui n'est pas toujours le cas. L'embolisation peut
être une alternative à ces deux types de traitement. Cependant,
il a été rapporté plusieurs cas d'ischémies
postembolisation, ayant nécessité la pratique d'une hémicolectomie
dans un second temps. Le cæcum, localisation la plus fréquente
des angiodysplasies, est une zone particulièrement sensible à
l'ischémie en raison du caractère presque terminal de sa
vascularisation. Les embolisations cæcales postopératoires
sont d'autant plus sujettes aux complications que l'abord chirurgical
a déjà diminué la vascularisation locale. L'embolisation
ne peut donc être envisagée que dans des cas privilégiés
[14], en fait rares dans les angiodysplasies acquises :
1. lésion unique mise en évidence par artériographie
ou vue en train de saigner ;
2. malformations artérioveineuses à haut débit,
qui sont rares si la lésion est acquise, plus fréquentes
dans le cas des lésions constitutionnelles (Rendu Osler) mais alors
le plus souvent multiples ;
3. malformation cathétérisable de manière absolument
sélective, ce qui est difficile chez le sujet âgé
surtout en cas de pathologie cardiovasculaire associée ou en urgence
si la malformation est en train de saigner.
Les vascularites sont une cause rare d'hémorragie digestive,
tant haute que basse, l'embolisation y tire ses indications de la localisation
plus ou moins accessible au cathétérisme et tolérante
à l'ischémie. L'hémorragie est exceptionnellement
révélatrice de l'affection : anévrisme mycotique,
périartérite noueuse, pseudo-anévrisme iatrogène
d'origine toxique au cours des chimiothérapies locorégionales.
La wirsungorragie est une étiologie exceptionnelle, en rapport
avec la rupture canalaire d'une lésion vasculaire pancréatique
malformative (angiome) ou surtout inflammatoire (anévrisme secondaire
à une pancréatite) qui peut très bien être
embolisée. L'hémopéritoine est le plus souvent de
cause traumatique ou tumorale. En dehors des lésions iatrogéniques
(post-biopsie hépatique, par exemple) dont le traitement par embolisation
est logique, l'artériographie est indiquée dans les formes
spontanées à la recherche du siège de la lésion
responsable et dans le même temps pour son embolisation : tumeur
hépatique primitive maligne (hépatocarcinome) ou bénigne
(adénome), métastase épiploïque, malformation
vasculaire épiploïque ou mésentérique.
L'embolisation des varices sophagiennes par voie transhépatique
, décrite en 1974, permet d'obtenir l'arrêt des hémorragies
dans 70 à 95 % des cas. Cette efficacité immédiate
est cependant grevée d'un taux de récidive de 37 à
65 % ainsi que par l'évolution de l'insuf-fisance hépatique
souvent sévère dont souffrent ces patients. L'ap-prentissage
de la technique en est assez long, et les complications non rares (thrombose
porte, hémopéritoine...), si bien que la plupart des équipes
l'ont abandonnée, en dehors d'un groupe français qui, sur
une considérable expérience de plusieurs centaines de cas,
en maîtrise parfaitement la pratique et continue d'en faire une
méthode de routine indispensable au traitement des hémorragies
digestives de l'hypertension portale [15].
AutresV
hémorragies
Les hémoptysies massives
(> 300 ml/24 h), toutes étiologies confondues, sont dans 95
% des cas d'origine systémique. Le cancer bronchique reste une
cause rare, comparé aux affections inflammatoires chroniques. La
bronchoscopie précède et guide obligatoirement le traitement
endovasculaire, sachant qu'il ne faut attendre aucun parallélisme
entre les anomalies artériographiques et l'importance des hémoptysies.
Quand l'embolisation est réalisée de manière correcte,
l'hémostase est obtenue dans 90 % des cas [16]. La récidive
dépend du traitement de la lésion causale ; elle est généralement
moins abondante que la première hémorragie. Le risque essentiel
est lié à l'occlusion par inadvertance d'une artère
médullaire qui doit évidemment être recherchée
avec attention sur toute injection broncho-intercostale.
En urologie et en gynécologie, l'hémostase peut être
obtenue par embolisation dans des circonstances variées. Il en
est ainsi des hématuries d'origine rénale en cas de cancer
inopérable ; rappelons à ce sujet que l'embolisation rénale
est en mesure, comme la néphrectomie chirurgicale, d'entraîner
la régression de métastases pulmonaires d'un cancer du rein
et que son rôle ne se limite donc pas à sa seule efficacité
palliative. Les hématuries vésicales d'origine tumorale
ou radique sont gênantes par leur caractère chronique. L'efficacité
de l'embolisation et sa durabilité sont fonction de sa sélectivité,
laquelle est souvent limitée chez ces patients masculins et âgés
particulièrement soumis à l'athérome ; de ce fait,
des embolisations successives sont souvent requises pour obtenir un résultat
acceptable. À l'inverse, les hémorragies génitales
de la femme (carcinome utérin, envahissement vaginal d'un cancer
pelvien) surviennent sur un terrain où le cathétérisme
hypersélectif est plus facile, et l'embolisation par conséquent
plus souvent totalement efficace. Dans les hémorragies graves de
la délivrance, l'embolisation est facile à réaliser,
a une efficacité spectaculaire... et permet d'éviter l'hystérectomie
d'hémostase. Enfin, l'embolisation est sans doute le meilleur traitement
des hémorragies postopératoires avec coagulation intravasculaire
disséminée compliquant rarement, mais gravement, la chirurgie
pelvienne.
En traumatologie, la première règle est de diagnostiquer
et de traiter avant tout la ou les lésions qui menacent directement
la vie du patient... et la seconde d'en faire le « moins possible
». Bien que les hémorragies artérielles soient responsables
de la gravité du tableau clinique, l'artériographie a assez
peu de place dans ce contexte car la chirurgie permet souvent une exploration
viscérale rapide et suffisamment complète en même
temps que le traitement radical des lésions les plus graves. Ajoutons
d'ailleurs que, en dehors des situations extrêmes, le bilan et le
suivi morphologique des lésions viscérales profondes tendent
à être de plus en plus assurés si possible a minima
par les moyens d'imagerie les plus simples (échographie, scanographie).
La place de l'artériographie est en revanche indiscutable lorsqu'une
lésion d'un axe vasculaire principal est suspectée. Elle
l'est également lorsque le viscère siège de l'hémorragie
est identifié et que l'embolisation peut représenter en
urgence un traitement moins radical, moins invasif, ou plus efficace que
la chirurgie. L'embolisation des lésions vasculaires rétropéritonéales
au cours des traumatismes pelviens en est un exemple [17].
En milieu cancérologique [18], les complications hémorragiques
sont fréquentes, qu'elles soient d'origine directement tumorale
par ulcération vasculaire ou dues à une complication du
traitement : thrombopénie, CIVD, lésions radiques (avant
tout ORL, vésicales ou rectales), complication anévrismale
d'une chimiothérapie locale. L'envahissement tumoral des artères
duodéno-
pancréatiques est rencontré avec une certaine fréquence
au cours de l'évolution des cancers du rein droit, du pancréas,
voire du lobe de Spiegel. L'embolisation peut être proposée
pour contrôler les hémorragies chroniques d'une rectite radique
ou d'un cancer du rectum après qu'une colostomie ait fait la preuve
de son inefficacité, ce qui reste rare. Toutefois, même en
milieu oncologique, les indications concernent le plus souvent des hémorragies
d'origine ulcéreuse sogastroduodénale survenant sur
terrain fragile (postopératoire, aplasie, troubles d'hémostase...)
où les risques chirurgicaux paraissent plus élevés.
Parmi les circonstances hémorragiques plus rares où l'embolisation
peut jouer un rôle utile, signalons les mélanomes cutanés
évolués, les métastases cutanéo-osseuses ulcérées,
les cancers du sein où tumeur évoluée et radiothérapie
se partagent la responsabilité du saignement, certaines tumeurs
ou adénopathies ORL inopérables, les complications pseudo-anévrismales
des chimiothérapies locales... On peut en rapprocher l'occlusion
endovasculaire d'un axe carotidien menacé de rupture hémorragique
dans les formes évoluées irradiées de cancers ORL
(figure 3).
Une thrombopénie profonde peut être à l'origine
de complications hémorragiques gravissimes. Lorsque la preuve de
son origine splénique a été apportée par une
étude scintigraphique, une angiosplénectomie (figure
4) par embolisation la corrige rapidement [19]. Cette situation
peut se rencontrer au cours de nombreuses maladies hématologiques
bénignes ou malignes, qu'elles induisent ou non un syndrome tumoral
splénique. La suppression de la fonction gênante est en corrélation
avec l'infarcissement splénique induit par l'embolisation. L'embolisation
doit rester partielle (< 80-90 %) et se plier à des règles
d'asepsie particulièrement strictes. La tolérance n'est
bonne que lorsqu'il n'existe pas de splénomégalie ; dans
ce dernier cas, des douleurs peuvent persister jusqu'à deux ou
trois semaines. La qualité et la durée du résultat
obtenu sont fonction de la part que représentait la séquestration
splénique dans la pathogénie, souvent multifactorielle,
de la thrombopénie. L'embolisation a l'avantage, sur la splénectomie
chirurgicale, de ne pas induire d'immunodépression ; elle ne nécessite
donc ni vaccination ni antibiothérapie au long cours.
CONCLUSION Quand
le site de l'hémorragie a été identifié avec
certitude, le résultat immédiat de l'embolisation sélective
est rapide et spectaculaire, plus rapide même la plupart du temps
que ne l'aurait été l'hémostase chirurgicale. Le recours
à l'artériographie en urgence, au moins diagnostique, doit
d'ailleurs être un principe de base d'autant plus que l'hémorragie
est adondante, mais contrôlable médicalement, car c'est précisément
dans cette situation que l'endoscopie et peut-être encore plus la
chirurgie exploratrice sont gênées et facteurs de perte de
temps, alors que l'artériographie y trouve au contraire un succès
rapide et presque constant. Seules l'impossibilité du cathétérisme
sélectif dans les cas difficiles et les éventuelles complications
ischémiques retardées dans les territoires à risque
viennent obérer les résultats de l'embolisation ou peser sur
l'indication (tableau II) [20]. Il nous semble enfin que le choix
de l'embolisation est souvent fait trop tardivement dans l'évolution
de la maladie, à un stade où les facteurs de risques s'accumulent,
et où l'embolisation, qui en tient compte, voit son efficacité
limitée par sa nécessaire prudence.REFERENCES
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