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Atrial fibrillation and cognitive function


Psychologie & NeuroPsychiatrie du vieillissement. Volume 8, Number 3, 209-14, septembre 2010, Synthèse

DOI : 10.1684/pnv.2010.0222

Résumé   Summary  

Author(s) : Emmanuelle Duron, Olivier Hanon , Hôpital Broca, Paris.

Summary : Atrial fibrillation (AF), which prevalence increases with age, is a growing public health problem and a well known risk factor for stroke. On the other hand, dementia is one of the most important neurological disorders in the elderly, and with aging of the population in developed countries, the number of demented patients will increase in absence of prevention. In the past decade, several vascular risk factors (hypertension, obesity and metabolic syndrome, hypercholesterolemia) have been found, with various degree of evidence, to be associated with vascular dementia but also, surprisingly, with Alzheimer's disease. This review is devoted to the links between atrial fibrillation, cognitive decline and dementia. Globally, transversal studies showed a significant association between atrial fibrillation, cognitive decline and dementia. However, these studies are particularly sensitive to various biases. In this context, recent longitudinal studies of higher level of evidence have been conducted to assess the link between AF and dementia. One study disclosed a high incidence of dementia among patients suffering from atrial fibrillation during a 4.6 years follow-up. Similarly another study showed that atrial fibrillation was significantly associated with conversion from mild cognitive impairment to dementia during a 3 years follow-up. Nevertheless two other longitudinal studies did not find any significant association between AF and dementia, but this discrepancy should be interpreted taking into account that the comparability of all these studies is moderate because they were using different methodologies (population, cognitive testing, and mean follow-up). Possible explanatory mechanisms for the association between AF and the risk of dementia are proposed, such as thrombo-embolic ischemic damage and cerebral hypo perfusion due to fluctuations in the cardiac output. Thus, there is some evidence that FA could be associated with cognitive decline and dementia but this link should be supported by more powerful long term longitudinal studies.

Keywords : atrial fibrillation, cognitive function, dementia, Alzheimer's disease

ARTICLE

Auteur(s) : Emmanuelle Duron, Olivier Hanon

Hôpital Broca, Paris

Points clés

  • L'hypertension et le diabète sont des facteurs de risque de plus en plus établis de démence vasculaire, mais aussi de maladie d'Alzheimer.
  • Les études transversales retrouvent majoritairement des associations significatives entre fibrillation atriale, troubles cognitifs et démences mais elles sont sensibles à de nombreux biais.
  • Les études longitudinales rapportent des résultats plus contrastés.
  • De nouvelles études longitudinales à long terme, évaluant l'impact de l'ACFA en milieu de vie sur les fonctions cognitives à des âges avancés demeurent nécessaires.

Les syndromes démentiels représentent les troubles neurologiques les plus fréquents du sujet âgé. En raison de l'augmentation de l'espérance de vie, il est prévu que la prévalence mondiale de la démence augmente de 24,3 millions en 2001 à 81,1 millions en 2040 [1]. Dans ce contexte, la prévention des troubles cognitifs s'avère particulièrement nécessaire et l'identification des facteurs de risque des troubles cognitifs et des démences devient une priorité afin de mettre en place une démarche préventive. Dans les dix dernières années, plusieurs facteurs de risque vasculaire (hypertension artérielle, diabète, syndrome métabolique voire hypercholestérolémie…) se sont révélés être associés non seulement aux démences vasculaires, mais aussi à la maladie d'Alzheimer (MA) [2]. L'arythmie complète par fibrillation auriculaire (ACFA) pourrait aussi être impliquée. L'ACFA est la plus fréquente des arythmies cardiaques et sa prévalence augmente avec l'âge : elle touche 4,7 % des sujets de plus de 65 ans [3]. Soixante-dix pour cent des patients atteints ont entre 65 et 85 ans et 84 % ont plus de 85 ans [4]. En raison du vieillissement de la population, sa prévalence risque d'augmenter de manière importante [4], engendrant ainsi un problème de santé publique. En effet, l'ACFA est pourvoyeuse d'accidents ischémiques cérébraux (AIC) [5, 6] qui représentent la première cause de handicap. De plus, l'ACFA est associée à un sur-risque d'insuffisance cardiaque [7, 8] et de mortalité [9].

Des études observationnelles ont évalué le lien potentiel entre ACFA et dysfonctions cognitives, indépendamment des accidents vasculaires cérébraux (AVC). Nous proposons une revue de ces études à partir d'une recherche Medline portant sur les 20 dernières années et possédant au moins un résumé écrit en langue anglaise. Les termes de recherche étaient atrial fibrillation et dementia, Alzheimer's disease ou cognitive decline. Treize études transversales ou longitudinales ont été identifiées et prises en compte.

Études transversales

La majorité des études portant sur l'association entre ACFA et troubles cognitifs sont transversales (tableau 1). Tout d'abord, des études portant sur de faibles effectifs ont suggéré un lien entre ces deux entités. Ainsi une étude cas-témoin incluant 36 patients déments et 27 patients non déments a montré une prévalence significativement plus élevée d'ACFA dans le groupe « patients déments ». Dans cette étude, le type de démence n'était pas précisé [10]. De même, l'étude de Rozzini et al. [11], excluant les sujets déments et/ou ayant un score inférieur à 20 au mini mental state examination (MMSE) [12] et incluant 256 sujets âgés indemnes d'AVC (ischémique ou hémorragique) et d'accident ischémique transitoire, a mis en évidence une relation significative entre ACFA et un score au MMSE < 24 (OR = 3,2 ; 95%CI = 1,5-6,6). En revanche, dans un autre travail dont l'objectif principal était d'étudier les liens entre insuffisance cardiaque et troubles cognitifs, l'association entre ACFA permanente et un score < 24 au MMSE n'était pas significative [13]. Toutefois, l'utilisation du MMSE pour l'évaluation cognitive est peu précise. Une étude cas-témoin enrôlant 81 patients évalués par une batterie de tests plus détaillée a montré une différence significative entre les 2 groupes pour la mémoire verbale et non verbale, ainsi que dans le domaine attentionnel au détriment du groupe ACFA (diagnostiquée par un électrocardiogramme, ECG) [14].

Quatre études de plus grande ampleur étayent ces résultats. Tout d'abord, dans l'étude de Rotterdam incluant 6 584 sujets, une association positive a été trouvée entre ACFA et démence, définie selon les critères internationaux (OR = 2,3 ; 95%CI = 1,4-3,7), ou altération des fonctions cognitives (score au MMSE < 26 chez des sujets non déments) (OR = 1,7 ; 95%CI = 1,2-2,5). L‘association la plus prononcée concernait non pas les démences vasculaires, mais la maladie d'Alzheimer associée à une composante cérébrovasculaire (OR = 4,1 ; 95%CI = 1,7-9,7). Une association entre ACFA (diagnostiquée par l'ECG) et MA « pure » existait également (OR = 1,8 ; 95%CI = 1,7-9,7), bien que tous les patients n'aient pas bénéficié d'une IRM [15]. L'étude de Kilander et al. [16], incluant 952 hommes âgés de 69 à 75 ans, a également mis en évidence, chez les 44 hommes en ACFA (diagnostiquée à l'ECG), de moins bonnes performances cognitives évaluées par le MMSE et le trail making test (TMT), indépendamment des AVC (ischémiques ou hémorragiques) [17]. Une étude concernant la cohorte de Framingham, comparant 59 hommes atteints d'ACFA permanente à 952 hommes indemnes d'ACFA, a confirmé ces résultats et a également mis en évidence des performances mnésiques plus basses chez les sujets en ACFA [18]. Enfin, une étude de Knecht et al. [19], portant sur 685 patients indemnes d'AVC (ischémiques ou hémorragiques) (122 en ACFA et 563 contrôles) comportait une évaluation neuropsychologique étendue et une IRM cérébrale. Après ajustement sur l'âge, le sexe, et les autres facteurs cardiovasculaires, les patients en ACFA (diagnostic par un ECG dans les 12 mois précédant l'inclusion) avaient des performances mnésiques, d'apprentissage et exécutives plus basses que ceux qui étaient indemnes de troubles du rythme. Par ailleurs, le volume hippocampique des patients atteints d'ACFA était significativement moindre, indépendamment des lésions de la substance blanche.

Néanmoins, les résultats des études transversales comportent de nombreux biais et doivent être interprétés avec prudence.

Tableau 1 Etudes transversales et cas témoins évaluant l'association entre ACFA et troubles cognitifs.Table 1. Transerval studies on the relationship between atrial fibrillation and cognitive function.

Auteur

n

n ACFA

Age

Type d'étude

Population

Tests cognitifs

Relation ACFA/fonctions cognitives

Ott et al. [15]

6584

195

69,2

Transversale

Générale

MMSE Evaluation cognitive globale

ACFA et troubles cognitifs (OR = 1,7 ; 95%CI = 1,2-2,5) ACFA et démence (OR = 2,3 ; 95%CI = 1,2-2,5)

Kilander et al. [17]

952

44

72,4

Transversale

Générale

MMSE TMT*

Association ACFA et troubles cognitifs (p < 0,001) après ajustement sur les AVC

De Pedis et al. [10]

63

12

84

Cas-témoin

Hôpital

Tests psychométriques détaillés

ACFA chez 31 % des déments vs 4 % chez des témoins (p = 0,01)

O'Connel et al. [14]

81

27

> 65

Cas-témoin

Générale

MMSE PASAT* Weschler mémoire

Pas de différence significative pour le MMSE Abaissement significatif de la mémoire différée (p = 0,02) et de l'attention (p = 0,02) chez les sujets en ACFA/témoins

Cacciatore et al. [13]

1 075

60

> 65

Transversale

Générale

Troubles cognitifs (score MMSE < 24)

Pas d'association significative entre ACFA et troubles cognitifs (OR = 1,05 ; 95%CI : 0,56-2,19)

Rozzini et al. [11]

256

42

80

Transversale

Hôpital

Troubles cognitifs (score MMSE < 24)

Association significative entre ACFA et MMSE < 24 (OR = 3,2 ; 95%CI = 1,5-6,6)

Knecht et al. [19]

685

122

62

Transversale

Générale

Tests psychométriques détaillés

Association significative entre ACFA et faible performance mnésique (p < 0,001) et fonctions exécutives (p < 0,001)

Elias et al. [18]

101

59

61

Transversale

Framingham Sujets masculins

Weschler mémoire TMT

Association significative entre ACFA et faible performance mnésique, fonctions exécutives et fonctions cognitives globales

Études longitudinales

Des travaux longitudinaux récents, moins sensibles aux biais et fournissant des résultats plus solides, ont évalué les liens entre ACFA, troubles cognitifs et démence (tableau 2). Tout d'abord, une large étude [20], incluant 2 837 sujets atteints d'ACFA (paroxystique ou permanente) nouvellement diagnostiquée et suivis 4,6 ans, a révélé des taux cumulés plus élevés de démence sans précision étiologique (10,5 % à 5 ans soit 22,5 pour 1 000 personnes-années) que dans la population générale (où l'incidence de la démence était de 6,8 pour 1 000 personnes-années) [21].

Ces résultats ne sont pas en accord avec ceux de Park et al. [22] qui ont comparé les fonctions cognitives de 174 patients présentant une ACFA nouvellement diagnostiquée à l'entrée dans l'étude, à celles de 188 sujets appariés. Ils n'ont trouvé aucune association entre ACFA récemment diagnostiquée et cognition. Néanmoins, la batterie cognitive employée évaluait de manière insuffisante les fonctions exécutives, la durée de suivi de 3 ans était peut-être trop courte et la puissance statistique probablement insuffisante.

Par ailleurs, l'impact de l'ACFA sur la conversion vers un état démentiel de patients âgés présentant un statut cognitif normal (n = 431) ou un Trouble cognitif léger (n = 180) selon les critères de Petersen [23] a été étudié avec un suivi moyen respectif de 4 et 3 ans. L'ACFA était significativement associée à la conversion en démence (MA dans 70 % des cas) dans le groupe Trouble cognitif léger (HR = 4,63 ; 95%CI = 1,72-12,46), mais pas dans le groupe « Fonctions cognitives normales » (HR = 1,10 ; 95%CI = 0,40-3,03) [24]. Cela suggère que sur des cerveaux indemnes de lésions vasculaires et/ou de lésions neuropathologiques de la maladie d'Alzheimer, l'ACFA n'est pas un facteur suffisant pour engendrer une conversion vers la démence, du moins sur une période assez courte.

Enfin, une étude prospective concernant 553 sujets d'âge moyen 88,5 ans, avec une durée moyenne de suivi de 3,5 ans, n'a pas mis en évidence d'association significative entre ACFA permanente et démence, ni d'association significative entre ACFA et charge amyloïde des cerveaux étudiés post mortem [25]. Néanmoins, certaines limites de cette étude méritent d'être signalées : des cas d'ACFA paroxystique ont pu ne pas être reconnus en raison de l'absence d'ECG des 24 heures ; l'évaluation cognitive était de nouveau limitée au MMSE, ce qui ne permettait pas de mettre en évidence des déficits cognitifs plus subtils ; l'intervalle moyen entre la dernière observation et le décès était de 367 jours ce qui a pu conduire au non-signalement de cas de démences de révélation récente. Enfin, une étude récente a évalué l'impact de différents facteurs de risque cardio-vasculaires sur le déclin cognitif de 135 patients atteints de maladie d'Alzheimer suivis 3 ans en moyenne [26]. L'ACFA était associée de manière indépendante à un déclin cognitif plus rapide.

Ainsi, si certaines études suggèrent fortement une association entre ACFA et troubles cognitifs y compris la maladie d'Alzheimer, ces résultats restent controversés.

Tableau 2 Etudes longitudinales évaluant l'association entre ACFA et troubles cognitifs.Table 2. Longitudinal studies on the relationship between atrial fibrillation and cognitive function.

Auteur

n

Age (inclusion)

Suivi

Evénements

Miyasaka et al. [20]

2 837 ACFA

71 ans

4,6 ans

Incidence de la démence : 22,5 pour 1 000 personnes-années (> population générale)

Park et al. [22]

362 174 ACFA

75,6 ans

36 mois

Modifications cognitives. Pas de différence entre les 2 groupes (MMSE, Weschler mémoire, PASAT)

Forti et al. [24]

431 normaux N ACFA : 51

75,2 ans

4 ans

HR démence = 1,10 ; 95%CI = 0,40-3,03

180 MCI N ACFA = 8

75,7 ans

3 ans

HR démence = 4,63 ; 95% CI = 1,72-12,46

Rastas et al. [25]

553 sujets N ACFA = 122

88,5 ans

3,5 ans

Pas d'association significative entre ACFA et démence (16,4 % dans le groupe « ACFA » vs 18,6 % dans le groupe « sans ACFA »)

Mécanismes

Les mécanismes pouvant expliquer l'association potentielle entre ACFA, troubles cognitifs et démences sont complexes et multiples. L'ACFA augmente la survenue de thrombi atriaux pouvant conduire à des micro-embolies cérébrales responsables de lésions ischémiques entraînant une altération des fonctions cognitives [27]. Par ailleurs, l'ACFA est responsable de fluctuations du volume d'éjection cardiaque pouvant engendrer une hypoperfusion cérébrale [28]. Ainsi, il est possible que les altérations cérébrales liées à l'ACFA jouent un rôle important dans la survenue de la maladie d'Alzheimer en entraînant une perte de fonction neuronale supplémentaire qui permet d'atteindre le seuil d'expression des symptômes plus précocement. De plus, des études expérimentales suggèrent que les atteintes cérébrales ischémiques augmentent l'expression de l'APP (amyloid precursor protein), ce qui conduit à la formation des lésions neurodégénératives de la maladie d'Alzheimer [29, 30]. Par ailleurs, une association entre ACFA et lésions de la substance blanche périventriculaire a été mise en évidence [31], celles-ci étant associées à des troubles cognitifs et des syndromes démentiels [32].

Impact des traitements de l'ACFA sur les fonctions cognitives

Les antivitamines K sont le traitement de référence de l'ACFA dans le but d'éviter les AIC [33]. Aucun essai randomisé contrôlé n'a pour l'instant montré l'effet des anticoagulants sur le fonctionnement cognitif. Dans l'étude de cohorte longitudinale menée par Park et al. [22], aucun effet protecteur de la warfarine ou de l'aspirine sur le déclin cognitif n'a été observé. Un traitement par aspirine est parfois une alternative quand les antivitamines K sont contre-indiquées. Une étude longitudinale [34], incluant 702 sujets âgés a mis en évidence que les sujets sous aspirine à haute dose développaient significativement moins de MA, mais ces résultats nécessitent d'être confirmés par des études contrôlées. Toutefois, en absence d'ACFA, 2 études randomisées n'ont pas montré de bénéfice de l'aspirine sur les fonctions cognitives par rapport au placebo. Dans la Women‘s health study [35], 6 377 femmes de plus de 65 ans ont reçu 100 mg d'aspirine ou un placebo pendant 9 ans et bénéficié de tests cognitifs réguliers. Aucune différence significative n'a été mise en évidence entre les 2 groupes. De même, dans l'étude AD 2000, incluant 310 patients souffrant de MA, l'aspirine (75 mg) n'a pas engendré de réduction du déclin cognitif comparé au placebo durant un suivi de 3 ans [36].

Conclusion

Les études transversales, bien que sensibles à de nombreux biais, mettent majoritairement en évidence un lien entre ACFA, troubles cognitifs et démence, y compris la MA. Les études longitudinales, peu nombreuses, ont des résultats plus contrastés. Dans ce cadre, d'autres travaux prospectifs apparaissent nécessaires ainsi que des essais thérapeutiques évaluant l'impact des anti-thrombotiques et des anti-arythmiques sur les fonctions cognitives des patients en ACFA.

Conflit d'intérêts

aucun.

Références

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