ARTICLE
nrp.2012.0207
Auteur(s) : Francis Eustache francis.eustache@inserm.fr
Inserm, École Pratique de Hautes Études, Université de
Caen/Basse-Normandie,
U1077, Laboratoire de neuropsychologie, CHU Côte de nacre,
14033, Caen cedex, France
La neuropsychologie a classiquement pour objet l’évaluation et
la prise en charge de patients présentant des troubles du langage,
de la mémoire, des fonctions exécutives, de la perception et de
l’attention, et plus largement des perturbations de la cognition et
du comportement en lien avec des lésions ou des dysfonctionnements
du cerveau. Son objectif plus fondamental est de contribuer aux
connaissances des substrats cérébraux sous-tendant ces différentes
fonctions à partir des données cliniques, complétées aujourd’hui
par celles de la neuro-imagerie. Du fait de l’évolution
démographique et de la prévalence accrue des pathologies
neurodégénératives qui entraînent toujours, sous diverses formes,
des troubles de la mémoire, l’exploration de cette fonction a pris
une place prédominante dans la clinique neuropsychologique au
quotidien, largement orientée vers la contribution au diagnostic de
ces affections. Par exemple, dans la maladie d’Alzheimer, un profil
particulier de trouble de la mémoire est attendu, avec une
perturbation affectant à la fois les processus d’encodage et de
récupération en mémoire épisodique (plus précisément avec des tests
psychométriques évaluant certains aspects de ce système de
mémoire). De plus, l’imagerie cérébrale permet de
« valider » de façon originale ces résultats et de
décrire, avec de plus en plus de précision, les atteintes
cérébrales qui sont responsables de ces déficits
neuropsychologiques [1, 2]. Ainsi, des lésions des champs CA1
de l’hippocampe entraînent, par un phénomène de diaschisis, des
dysfonctionnements dans des régions cérébrales éloignées, qui sont
à l’origine de troubles neuropsychologiques spécifiques
[3, 4]. Si les lésions des champs CA1 de l’hippocampe
entraînent des perturbations de l’encodage en mémoire épisodique,
elles ont une autre conséquence, qui est un hypométabolisme du
cortex cingulaire postérieur et du cortex orbitofrontal,
responsables respectivement de troubles de la récupération en
mémoire épisodique et de perturbations de la cognition sociale.
Le diagnostic des maladies neurodégénératives constitue l’une
des missions de la neuropsychologie, mais cette participation
pourrait paraître moins indispensable avec l’essor des biomarqueurs
et la publication de résultats qui suggèrent une meilleure
sensibilité de l’imagerie cérébrale par rapport à la
neuropsychologie [5, 6]. Toutefois, il s’agit de résultats de
groupe et, à l’échelle individuelle, le bilan neuropsychologique
reste de première importance. Il permet d’établir des
phénotypes cliniques qui pondèrent les résultats de l’imagerie et
de la biologie lors de la phase de diagnostic, et il guide l’équipe
soignante dans une démarche à long terme. De plus, nul ne conteste
le rôle de la neuropsychologie dans la compréhension « en
profondeur » des troubles, indispensable à la prise en charge
des patients, y compris à un stade avancé de la maladie. La place
de la neuropsychologie se trouve à la fois modifiée et réaffirmée,
à condition que celle-ci soit bien comprise. La neuropsychologie
n’est pas un « psychomarqueur », en ce sens qu’elle ne
peut aucunement apporter des données sur la nature des
lésions ; elle fournit en revanche des renseignements utiles
sur l’analyse fine des déficits et permet en conséquence de poser
des hypothèses précises et étayées sur l’altération d’un ou de
plusieurs systèmes cérébraux. L’atteinte d’un système donné est
plus fréquente dans tel type de maladie étiologique, mais les
conclusions sur le plan individuel doivent être extrêmement
prudentes, car les exceptions existent (par exemple une forme
frontale de maladie d’Alzheimer). Ainsi, l’examen
neuropsychologique procure des informations essentielles qui
contribuent largement à la compréhension et à l’interprétation de
l’ensemble du tableau clinique et paraclinique.
La neuropsychologie est amenée à occuper une place de plus en
plus importante dans de multiples situations cliniques, et plus
largement dans la société [7]. Elle est plus que jamais nécessaire
sur le plan éthique, pour éviter des diagnostics biologiques non
fondés sur une plainte et un déficit cognitif (même si les
procédures de diagnostic incitent généralement à la prudence :
c’est le cas des nouveaux critères de maladie d’Alzheimer) [8]. De
façon complémentaire, il est indispensable que la neuropsychologie
oriente davantage son activité vers le soin et la prise en charge
structurée des patients dans leur environnement journalier. Ces
problématiques sont très vastes et mériteraient de multiples
développements. Notre réflexion se donne ici pour cadre,
volontairement restreint, le thème des liens entre la mémoire, la
conscience et l’identité personnelle ainsi que l’étude de leurs
perturbations dans les pathologies neuropsychiatriques, notamment
la maladie d’Alzheimer. Même si des avancées conceptuelles majeures
sont réalisées dans différents domaines, cette thématique semble
être un exemple emblématique pour envisager une autre pratique de
la neuropsychologie.
L’objet de cet article n’est donc pas de faire un inventaire des
changements, avérés ou en devenir, pour anticiper et discuter le
nouveau périmètre de la neuropsychologie dans la prochaine
décennie. Au contraire, son objectif est de développer un nouveau
champ d’exploration, qui semble a priori très spécialisé, celui des
relations entre mémoire, conscience et identité personnelle. Cet
exemple, qui constitue une thématique de recherche, paraît aussi
démonstratif pour expliciter une extension de la pratique de la
neuropsychologie clinique au quotidien, avec son originalité
propre, qui doit s’appuyer sur une bonne connaissance des progrès
des neurosciences mais plus largement et nécessairement des
sciences biomédicales, des sciences humaines, de la philosophie et
de l’éthique.
Comment saisir l’identité personnelle ?
Le thème de l’identité personnelle est devenu un objet d’étude à
part entière dans la recherche en neuropsychologie comme en
psychopathologie cognitive, et il s’est amplifié au cours de la
dernière décennie. Cette problématique est importante et novatrice
à plusieurs égards. Elle permet de mieux rendre compte de certaines
modifications du fonctionnement cognitif et mental dans des
conditions pathologiques variées, tout en faisant évoluer les
conceptions théoriques dans des domaines qui lui sont étroitement
liés, comme l’étude de la mémoire et de la conscience. Un premier
objectif de cet article est de préciser ce concept d’identité
personnelle et son utilisation en neuropsychologie, de développer
quelques exemples tout en soulignant sa singularité, pour ensuite
réfléchir à sa capacité à ouvrir de nouveaux domaines et de
nouvelles pratiques aux confins des sciences humaines et de
l’éthique du soin.
Dans la littérature, les termes d’identité personnelle et de
« Soi » (ou de « Self »), concepts qui
renvoient à la question « Qui suis-je ? », sont
parfois employés comme synonymes – cette conception est
adoptée dans cet article. Pourtant, cette position n’est pas
toujours partagée dans la multitude de travaux sur la question.
Dans de nombreux cas, la signification des concepts n’est pas
précisée, dans d’autres, le terme d’identité personnelle est plus
restreint que celui de Soi. Il correspond alors aux représentations
identitaires, ce qui est une source de confusion. Assez
fréquemment, le concept de Soi (ou de Self) accompagné d’un
adjectif (comme Soi social, Soi physique, Soi moral…) ou utilisé
comme préfixe (comme Self-concept, Self-control,
Self-regulation… dans la littérature anglo-saxonne), prend
un sens plus restreint et est considéré alors comme un
« indicateur » ou comme une composante de l’identité
personnelle, laquelle correspond à une entité plus globale, où la
notion d’unité prévaut. Cette double facette – multiplicité de
composantes et unité insécable – correspond au paradoxe de
l’identité (cf. infra). Les problèmes terminologiques sont
accentués, dans la littérature en langue française, par
l’utilisation, la plupart du temps abusive, du terme Self,
qui renvoie tantôt à une (absence de) traduction du terme de Soi,
tantôt à une (absence de) traduction du terme d’identité (dans une
acception mal définie), ou encore fait référence, explicitement ou
non, à certains travaux anglo-saxons dans lesquels ce terme aurait
acquis une signification particulière. Au total, le concept
d’identité personnelle est plus polymorphe que vraiment
polysémique (dans le sens où il y a toujours la volonté de cerner
le concept d’identité personnelle dans les définitions proposées,
malgré sa nature plurielle, mais en mettant l’accent sur l’un de
ses aspects ou sur l’un de ses modes d’approche). Plusieurs raisons
peuvent expliquer ce polymorphisme.
Premièrement, ce concept donne lieu à de nombreux travaux, dans
diverses disciplines allant de la philosophie, au sein de laquelle
plusieurs branches s’en sont emparées, aux sciences humaines et
sociales (sociologie, anthropologie, histoire…), en passant par
différentes « sous-disciplines » de la psychologie
(psychologie de la personnalité et du développement, psychologie
sociale, clinique, cognitive, etc.), les neurosciences
cognitives et cliniques (y compris la neuropsychologie), et plus
largement les sciences biomédicales… Dans certains cas, il est
possible – et pertinent – de mettre en relation ces
différents travaux. Dans d’autres, la confrontation n’est pas de
mise pour des raisons liées à l’utilisation de méthodologies et de
conceptions théoriques trop différentes, et plus encore parce qu’un
cadre théorique unifié fait défaut. Pour certains auteurs, ce
problème ne serait pas conjoncturel, mais fondamental, l’étude de
l’identité personnelle (dans son sens le plus large, celui d’une
unité) étant particulièrement difficile, voire impossible avec les
moyens usuels de l’investigation scientifique.
Deuxièmement, le concept d’identité personnelle oriente vers
d’autres termes dont les acceptions sont également composites et
dont les cadres théoriques sont loin d’être consensuels. C’est le
cas de la mémoire (ou des mémoires), de la conscience, de la
temporalité, de la capacité narrative, de la compréhension des
états mentaux (cognitifs et affectifs) de l’autre, ou théorie de
l’esprit, de l’interaction avec l’autre pour s’identifier à lui ou
s’en démarquer. Ces interactions entre l’autre et les différentes
composantes de Soi, ces ajustements permanents sont à la source de
la formation des plus hautes valeurs humaines, du sens moral et du
libre arbitre.
Troisièmement, des fractionnements sont opérés et des
classifications sont proposées, les uns et les autres pouvant
constituer autant de thématiques d’investigation (ce qui renvoie
aux multiples terminologies évoquées plus haut). Ce sont les
raisons pour lesquelles ces approches ont été de mieux en mieux
formalisées. Cela revient dans un premier temps à répondre à des
questions telles que : quelle est la structure
(l’architecture) de l’identité personnelle ? De façon moins
catégorique, quelles représentations identitaires peut-on
raisonnablement différencier ? Comment l’étude de l’identité
personnelle peut-elle être opérationnalisée pour en décrire ses
différentes composantes ? Quel est son mode de fonctionnement,
ou quels sont ses principaux mécanismes de fonctionnement, et
surtout comment agissent-ils de concert pour donner cette
impression subjective d’immédiateté, de continuité et
d’unité ? Quelles sont les méthodologies les mieux adaptées
pour évaluer ces différents aspects ?
Ces questions conduisent à un bien curieux paradoxe. L’identité
dite ontologique est intrinsèquement une unité, et renvoie à une
perspective « à la première personne », au centre
subjectif de l’expérience consciente, qu’il est en fait plus facile
a priori de « ressentir » que de définir vraiment.
C’est cette caractéristique de l’identité personnelle qui a conduit
certains auteurs à se demander si celle-ci pouvait vraiment faire
l’objet d’une investigation scientifique [9]. En conséquence, pour
progresser dans la description de l’identité personnelle selon une
approche scientifique, les chercheurs considèrent davantage qu’elle
est formée d’une multitude de composantes ou de « systèmes
neurocognitifs », ce terme générique étant contestable dans ce
cadre puisqu’il renvoie autant à des structures cognitives (comme
c’est le cas des systèmes de mémoire) qu’à des mécanismes de
fonctionnement. En d’autres mots, l’identité personnelle serait à
la fois singulière et plurielle. L’investigation scientifique
peut-elle se satisfaire d’une telle vision à double face ?
Sommes-nous vraiment confrontés à un concept au double
visage : l’un marqué par l’immédiateté et la subjectivité
d’une perception globale de Soi, l’autre que l’on pourrait décrire
comme un assemblage de structures, de mécanismes, de connaissances
sur Soi, eux seuls pouvant faire l’objet d’une investigation
scientifique « classique » ? Et surtout, ces deux
faces sont-elles antinomiques ou sont-elles les « deux faces
d’une même médaille » ? L’impression subjective immédiate
d’unicité et de continuité de notre identité personnelle est a
priori difficile à concilier avec la notion même de systèmes
neurophysiologiques « indépendants », chère à la
tradition de la neuropsychologie, d’où ce « paradoxe
neuropsychologique de l’identité personnelle ».
À titre d’illustration, Klein [9] énumère « sept systèmes
neurocognitifs », comme autant de composantes de l’identité
personnelle qu’il nomme identité épistémologique (par opposition à
l’identité ontologique, une et indivisible selon lui). Les trois
premiers systèmes, les représentations épisodiques de Soi, les
connaissances sémantiques de ses propres traits de personnalité,
les représentations sémantiques de Soi, renvoient aux
représentations identitaires : « l’architecture de
l’identité ». Le fait de distinguer les connaissances
sémantiques de ses propres traits de personnalité des
représentations sémantiques de Soi est une originalité,
certainement très pertinente, de la proposition de Klein (figure 1). Les
autres composantes sont le sentiment de continuité au cours du
temps, l’agentivité (le fait de se vivre comme l’auteur de ses
propres actions et pensées), les capacités d’introspection et
l’identité physique (de son propre corps). Même si leur statut est
mal précisé, ces autres composantes semblent correspondre davantage
à des mécanismes fonctionnels et font référence à la conscience de
soi, que l’on peut assimiler au sentiment d’identité dans d’autres
terminologies. Ce type de proposition n’est pas sans rappeler les
débats qui ont lieu dans les années 1980 et 1990 sur le concept de
système de mémoire et sur les multiples termes qui étaient alors
proposés, avec des niveaux d’explication extrêmement divers. La
littérature nombreuse et parfois exubérante consacrée au
Self semble être une transposition, vingt ou trente ans
après, de cette période fondatrice de la neuropsychologie théorique
de la mémoire.
Les représentations identitaires donnent aussi lieu à des
catégorisations diverses : elles peuvent être regroupées par
domaines (physique, social, moral…) ou être classées selon leur
valence (positive ou négative) ou leur temporalité (Soi passé,
présent ou futur). Ces classifications, en partie arbitraires au
gré des propositions théoriques (ce qui explique cette profusion de
termes qualifiant le Soi), sont pourtant utiles et ont permis
l’élaboration de différentes échelles, de questionnaires et
d’autres méthodes d’évaluation du Soi. Certaines, en
neuropsychologie, sont heuristiques, pour comprendre des syndromes
caractérisés par des altérations de l’une ou l’autre de ces
composantes, d’expliquer comment elles retentissent sur le
fonctionnement cognitif du sujet, y compris au quotidien, ou
comment au contraire des déficits peuvent être compensés et n’avoir
que peu de retentissement sur l’« identité ». En effet
– et ce point est capital – cette description en mosaïque
ne doit pas occulter la mission première de l’identité personnelle
qui est d’assimiler en permanence des événements et des faits
nouveaux, de permettre l’intégration de ces changements tout en
préservant l’« unicité », la continuité et, au final, le
sentiment d’identité du sujet. En résumé et dans le cadre d’un
schéma très général, il paraît utile, sur le plan terminologique,
de proposer que l’identité personnelle (synonyme de Soi) rassemble
à la fois les représentations identitaires (l’architecture du Soi)
et la conscience de Soi (ou sentiment d’identité), ces deux aspects
étant très liés, les mécanismes de la conscience de Soi étant
tributaires des différents types de représentations identitaires
(épisodiques, sémantiques, etc.) (figure 2).
L’étude de patients atteints de différentes affections
– syndromes amnésiques, maladie d’Alzheimer, démence
sémantique, autisme, etc. – a souligné la préservation de la
connaissance de ses propres traits de personnalité, dans ces
pathologies caractérisées par un trouble de mémoire épisodique,
associé ou non à un trouble de la mémoire sémantique pouvant
affecter les connaissances générales de sa propre vie [10-12]. Des
profils différents ont été décrits, par exemple, entre la capacité
ou non d’actualiser la connaissance de ses traits de personnalité
quand ceux-ci sont modifiés par la survenue d’une pathologie. La
« logique des dissociations » a donc trouvé un nouveau
terrain d’étude fructueux dans ce domaine de l’identité
épistémologique. Mais en même temps, ces résultats apportent des
éléments de réponse au « paradoxe de l’identité ». Si
l’on revient à la classification proposée par Klein (cf.
supra), cette relative préservation de la connaissance de ses
propres traits de personnalité semble indiquer une hiérarchie entre
les différentes composantes énumérées, et surtout des assemblages
privilégiés entre certaines d’entre elles. L’immédiateté subjective
de l’identité ontologique pourrait résulter du sentiment de
continuité intriqué à la connaissance de ses propres traits de
personnalité. Ce « noyau dur » du sentiment d’identité et
de continuité serait alimenté et conforté (chez le sujet sain) par
d’autres représentations. Certains souvenirs épisodiques donnent
l’impression de jouer un rôle essentiel car ils
« valident » cette cohérence de soi-même (les souvenirs
« qui définissent le Soi »). D’autres
« fonctionnalités » du Soi sont tout aussi importantes,
comme les capacités d’introspection, l’agentivité et diverses
connaissances plus ou moins implicites de Soi, dont les poids
respectifs dans le sentiment d’identité sont encore mal connus.
Dans la pathologie (les patients les plus démonstratifs étant
ceux atteints de troubles sévères de la mémoire épisodique), ce
sentiment d’identité (appelé parfois simplement et de façon
excessive « identité » dans les articles) semble
étonnamment préservé (au moins en partie) et conduit dans certains
cas à une situation où le patient est conscient d’une identité qui
était sienne plusieurs décennies auparavant, par exemple dans la
maladie d’Alzheimer aux stades avancés de l’évolution. Ainsi, P.H.,
une patiente de 83 ans souffrant d’une maladie d’Alzheimer à
un stade sévère (MMS = 7), se reconnaît bien uniquement dans les
photographies qui la représentent jeune fille et jeune femme, mais
pas dans les suivantes, qui lui évoquent parfois quelqu’un de sa
famille [13]. Cette étude bien contrôlée montre que cette patiente
souffrait d’une modification de ses représentations identitaires et
non d’une prosopagnosie qui aurait affecté la reconnaissance de
tous les visages.
Malgré cette préservation, vérifiée dans de multiples situations
cliniques et intéressante à souligner, il existe
des pathologies qui affectent massivement à la fois la mémoire
et l’identité personnelle. Certaines formes d’amnésies, souvent
qualifiées de « fonctionnelles », conduisent à une perte
(plus ou moins durable) de l’identité personnelle. Dans ces
amnésies d’identité, l’amnésie rétrograde épisodique est
généralement majeure, souvent accompagnée de troubles de la mémoire
sémantique concernant à la fois les connaissances personnelles (ou
mémoire sémantique personnelle) et les connaissances générales sur
le monde. Quand ces amnésies d’identité sont durables, il est
remarquable de constater que l’absence d’amnésie antérograde
majeure permet au patient d’apprendre de nouvelles connaissances, y
compris sur lui-même (cf. par exemple le patient C.L. [14]).
Enfin, certaines pathologies, comme les dégénérescences lobaires
frontotemporales, entraînent des troubles de la personnalité alors
que les troubles de la mémoire ne sont pas au premier plan. Ainsi,
sans remettre en cause la préservation des connaissances de ses
propres traits de personnalité, soulignée par Klein et Lax [10], la
pathologie fournit des exemples d’altérations de l’identité
accompagnées de troubles de la mémoire plus ou moins massifs. De
plus, la conscience des troubles, qui peut être elle aussi
modifiée, participe à la complexité du tableau neuropsychologique
[15].
La double facette potentielle de l’identité – identité
ontologique (unique) et identité épistémologique (multiple) –
est utile à reconnaître, tout du moins dans un premier temps :
elle souligne la difficulté de son étude et sa spécificité.
L’identité épistémologique a donné lieu à une abondante production
scientifique, qui a apporté des progrès ces dernières années, même
si le statut des différentes composantes et le cadre théorique
général sont encore imprécis. Le fait que l’identité ontologique
(au sens de Klein) puisse être un objet scientifique est
actuellement débattu. Comment progresser dans cette connaissance de
l’identité – épistémologique et ontologique –, et quelles
sont les voies de recherche ? Pour cela, il est utile de
revenir plus longuement sur les concepts connexes à celui
d’identité personnelle.
Identité, conscience et conscience de soi
Qu’est-ce que la conscience ? Les réponses à cette question
peuvent porter sur les états de conscience modifiés (par exemple la
préservation partielle de la conscience au cours des comas)
auxquels le grand public a été sensibilisé ces dernières années, ou
sur la prise de conscience (être plus ou moins conscient de quelque
chose : le terme awareness des Anglo-Saxons), ou encore
sur l’opposition, ou plutôt le continuum, entre des mécanismes
conscients ou inconscients (en référence ou non à des théories
cognitives ou à la psychanalyse). Ces réponses, qui ne sont que des
exemples, soulignent les multiples acceptions des termes
« conscience », « conscient »… Cette polysémie,
qui pourrait être considérée comme une richesse, est en fait une
difficulté, car ce terme unique donne l’illusion d’une thématique
circonscrite, alors qu’il n’en est rien. De plus, en philosophie
comme dans les disciplines scientifiques concernées par son
exploration, ces différentes acceptions du mot
« conscience » ont donné lieu à de nombreuses
conceptualisations et théories. La conscience a d’abord une
« naissance », puisque le fait de se ressentir possesseur
d’un « Je » se serait développé avec le christianisme et
aurait été formalisé dans la philosophie intérieure de
Saint-Augustin, selon laquelle elle se présentait comme « un
vecteur nous rapprochant intimement de Dieu ». Cette évolution
du « statut de la conscience » est presque inimaginable
pour l’homme postexistentialiste d’aujourd’hui, celle-ci devenant
une évidente liberté : un Soi à construire dont chacun est
intimement responsable.
Lorsque le terme de conscience s’applique à Soi, on aborde ainsi
un niveau de complexité supplémentaire avec des concepts difficiles
à « opérationnaliser » comme le sentiment d’identité, de
continuité, qui sont apparus tardivement en philosophie (cf.
supra). Dans son sens moderne, la conscience (Moi) devient
l’objet de ma conscience (Je) pour reprendre la formulation
de W. James, l’un des premiers psychologues – pourtant
qualifié d’expérimentaliste – ayant avancé des spéculations
sur ce concept, elles-mêmes issues de siècles de réflexions
philosophiques [16]. Cette conscience de Soi est une dimension
essentielle de l’identité : elle est ouverte à l’investigation
scientifique, mais celle-ci est difficile. Ainsi, l’analyse peut
porter sur les mécanismes qui permettent l’accès à cette conscience
de Soi – ou encore les paradigmes qui étudient l’une ou
l’autre de ses facettes (le comportement devant le miroir, l’effet
de référence à Soi…). La démarche est audacieuse et l’on pressent
le degré de « réductionnisme raisonnable » nécessaire
pour traduire en variables expérimentales un tel objet d’étude. En
effet, quelle limite reste acceptable pour dire que l’on est
toujours face à un Soi, lorsque celui-ci est réduit, dans un but
d’élucidation phénoménologique comme E. Husserl s’attache à la
faire (nous y reviendrons), ou dans un paradigme de psychologie
expérimentale ou de neuro-imagerie, ou encore parce qu’une maladie
affecte la conscience de Soi ou l’identité personnelle de façon
plus globale ? Si pour E. Husserl, la conscience de Soi
se forme par la capacité de la mémoire à retenir les événements
vécus et à les lier entre eux de manière continue, que reste-t-il
de cette « conscience construite » lorsque la mémoire est
perturbée ?
Le travail de réflexion théorique est indispensable, les
concepts concernés ayant reçu différentes acceptions, parfois dans
la psychologie populaire, souvent en philosophie de l’esprit, plus
rarement ou de façon embryonnaire dans les sciences d’aujourd’hui.
Certains considèrent que le domaine est nouveau – l’approche
scientifique est nouvelle – et que les spéculations du passé
ne présentent que peu d’intérêt, qu’il faut construire
exclusivement avec du neuf. Pourtant, dans ces domaines charnières
des relations entre conscience de Soi, mémoire (ou mémoires :
épisodique, sémantique, autobiographique, de travail…) et identité
personnelle, le travail d’élaboration conceptuelle mené par les
philosophes mérite le plus grand intérêt. Comment la mémoire
participe-t-elle à la formation de
l’identité personnelle ? Comment l’identité personnelle
contraint-elle la mémoire, à chaque étape du fonctionnement
mnésique, dès la phase d’encodage, au cours de la phase de
consolidation et lors de la récupération du souvenir ? Il
s’agissait au départ de problèmes philosophiques qui ne faisaient
pas l’objet de science. Les écrits des philosophes, loin des
variables expérimentales et encore plus des puissants
scanners d’aujourd’hui, ont ouvert des voies essentielles dans
la connaissance et les ont fait évoluer au cours des siècles :
ils sont impressionnants ! Mais on pourrait retourner
l’argument en considérant que les théories philosophiques ont été
élaborées avec des connaissances (et donc des contraintes) du
fonctionnement cérébral et, plus largement de la physiologie, sans
commune mesure avec celles qui, aujourd’hui, doivent guider
l’élaboration d’une théorie en neurosciences cognitives. Vaste
débat qui n’est pas étranger à ceux de la neuropsychologie
cognitive qui prône son propre niveau de modélisation.
Il serait vain de préconiser la primauté de l’une (la
philosophie) sur l’autre (la psychologie ou les neurosciences
d’aujourd’hui) ou vice-versa. Mais un dialogue entre ces
différentes disciplines est à encourager. D’une part, cet objet
d’étude – conscience de Soi, identité personnelle et
mémoire – a comme particularité de constituer un cadre général
de référence dont le périmètre n’est pas seulement scientifique,
mais englobe les valeurs humaines et le domaine de l’éthique,
d’autant plus quand les investigations portent sur des patients.
D’autre part, nos disciplines et les chercheurs qui les animent
sont peut-être plus à même de développer des théories sur des
domaines (relativement) restreints (la mémoire épisodique, la
mémoire autobiographique) que sur des empires aux contours imprécis
qui mettent en relation conscience, mémoire et identité. Plus
simplement, lorsque nous lisons des philosophes d’aujourd’hui comme
P. Ricœur, nous comprenons que ce thème de l’identité personnelle
est profondément inscrit dans nos sociétés actuelles. Cette
recherche conceptuelle devrait aider le neuropsychologue à mieux
cerner et comprendre la préservation possible d’une part de
l’identité personnelle chez un patient.
Il s’agit en effet, et c’est un des dilemmes de cette aventure,
d’un domaine où le chercheur neuropsychologue ne peut laisser à
d’autres (des décideurs extérieurs au monde scientifique) la
responsabilité de ses choix. Cela ne veut pas dire qu’il est le
seul détenteur de la vérité mais cela signifie qu’il devra intégrer
ces dimensions éthiques au cœur de la recherche. De même, si des
philosophes actuels s’intéressent à des maladies de notre siècle,
et notamment à la maladie d’Alzheimer, c’est dans le but, similaire
à celui du scientifique, d’améliorer la prise en charge des
malades. La philosophie se développe aujourd’hui de façon plus
pratique et les neurosciences se tournent vers la philosophie pour
y puiser une base conceptuelle, comme dans nos exemples de la
conscience de Soi et de l’identité personnelle. Ce tournant
s’explique peut-être par la nécessité (aujourd’hui à grande
échelle) imposée par ce malade, qui demande d’être appréhendé dans
son être car, à l’extrême, il ne subsiste que par celui qui lit en
chacun ce qu’il est, et parfois parvient à lui faire exprimer ce
qu’il est.
En d’autres termes, les conséquences que l’on attend de ces
recherches incluent un progrès éthique sur la façon d’entrer en
relation et de se conduire avec des personnes dont l’identité
personnelle est modifiée ou altérée et, autant que possible, de les
impliquer pleinement dans cette relation, ce qui pourrait être
appelé une « identité assistée ». Toutes les recherches
et toutes les pratiques cliniques ne présentent pas les mêmes
enjeux et les mêmes applications, dans le cadre d’une pathologie,
pour un groupe social ou plus largement encore pour la société. De
plus, on attend de ce progrès des connaissances qu’il soit transmis
aux soignants, aux éducateurs, aux proches des patients, aux
décideurs et au grand public. Les progrès s’étendent des aspects
fondamentaux – les liens entre conscience de Soi, mémoire
épisodique, identité personnelle, réflexion sur la pensée des
autres et projection dans le futur – à ses applications dans
différents cadres pathologiques. En psychopathologie, ces approches
doivent apporter des éléments de compréhension à différents
syndromes, ce que ne permettaient pas – ou tout du moins trop
sommairement – les modèles cognitifs antérieurs. En
neuropsychologie, ces explorations complètent utilement la
compréhension d’une part essentielle de la symptomatologie de
certaines affections. Dans ces disciplines, qui prennent leurs
sources auprès des patients, on attend également des avancées
pratiques dans les procédures d’évaluation mais plus encore dans
l’élaboration de nouvelles méthodes thérapeutiques.
L’étudiant ou le jeune chercheur ou clinicien, bercé depuis
quelques années dans le renouveau de ce champ d’étude, pourrait ne
pas prendre conscience de cette rupture fondamentale. Ce serait
dommage. Il est toujours intéressant de mesurer comment les
concepts et les théories se sont construits progressivement,
comment des idées nouvelles ont été avancées, pourquoi elles ont eu
du mal dans certains cas à s’imposer, quelles ont été les lignes de
fractures. Il n’est pas possible de retracer ce cheminement sur des
sentiers parfois escarpés et toutes ses vicissitudes. Mais il est
tentant d’exposer quelques jalons pour prendre conscience des
progrès dans la connaissance du monde des idées, puisque tel est
bien là l’enjeu, rien de moins. Même si les développements actuels
sont considérables – et étaient même inimaginables il y a une
ou deux décennies –, tout ne s’est pas écrit en un jour.
La philosophie moderne de la conscience de Soi
Dans un texte au titre volontairement excessif, le philosophe
É. Balibar [17] traite avec brio, en s’appuyant sur maintes
sources documentaires, de « l’invention européenne de la
conscience ». Cette invention est le plus souvent
attribuée à R. Descartes : « Il serait proprement
“l’inventeur de la conscience”, le premier à élaborer, en même
temps qu’une philosophie du primat de la conscience de Soi comme
acte fondateur de la pensée, un cadre théorique permettant à la
fois de ramener toute certitude à la conscience (à commencer par la
certitude, pour le sujet, de sa propre existence) et de constituer
celle-ci en domaine d’expérience intellectuelle, la mettant ainsi à
la disposition de la connaissance, pour examen et évaluation de ses
capacités et de ses limites. » Balibar attribue pour sa
part l’invention de la conscience au philosophe anglais
J. Locke en s’appuyant sur divers textes historiques et leurs
traductions par des érudits de l’époque. Ainsi, la définition
proposée par J. Locke : « la conscience est la
perception de ce qui se passe dans l’esprit de l’homme »,
ou encore : « la perception de ce qui, pour un homme,
passe par son propre esprit » a constitué un point de
non-retour. W. Chiong [16] oppose lui aussi les positions de
R. Descartes à celles de J. Locke : le premier fonde
la connaissance sur la raison alors que, pour le second, à quelques
exceptions près, l’expérience est à la source de nos connaissances.
À la naissance, J. Locke conçoit l’esprit comme une page
blanche et considère que les impressions des sens s’agrègent pour
construire des idées de plus en plus complexes qui permettront la
formation de l’identité personnelle. Pour J. Locke, l’identité
personnelle est forgée par la mémoire : c’est elle qui permet
au sujet à la fois de savoir qu’il est la même personne aujourd’hui
qu’à une période du passé, et de rappeler ses expériences survenues
à cette même période. Le sentiment de continuité dans le temps
dépend de la mémoire plutôt que d’un raisonnement cartésien. Cette
conception a donné lieu à diverses interprétations et applications
chez des auteurs tels qu’E. Kant ou, plus récemment,
W. James (mentionné au début de cet article). E. Kant
introduit le concept d’idéalisme transcendantal, développant ainsi
l’idée que le sujet ne voit pas autre chose que ce que sa
conscience lui permet de lire du monde. Pour cette lecture en
commun et pour expliquer le bon fonctionnement de la conscience,
Kant instaure une instance fondamentale : le temps.
Le philosophe allemand E. Husserl [18], père de la
phénoménologie, a permis à son tour de faire avancer la réflexion
sur la conscience, et plus en profondeur sur la conscience de Soi
(ce qu’il appelle la conscience intime), sur la possibilité de son
analyse et, au-delà, sur les liens entre conscience, mémoire et
identité, en insistant justement sur la place essentielle du temps.
La contraction du temps dans des durées brèves, sous-tendue par ce
que cet auteur appelle la « rétention », en prenant comme
exemple l’écoute d’un fragment de mélodie, rend possibles d’autres
mécanismes, à plus grande échelle, qui régissent les relations
entre mémoire et identité personnelle [19]. Ainsi, comprendre
comment les éléments vécus d’instant en instant forment la mémoire
de l’instant présent permet de comprendre comment cette
concaténation du temps sur des durées beaucoup plus grandes conduit
à la construction de l’identité. E. Husserl est un élève de
F. Brentano, inventeur d’une psychologie descriptive « à
la première personne », formule qui est utilisée actuellement
dans les travaux de psychologie et de neurosciences cognitives pour
faire référence à des approches et à des méthodologies prenant en
compte la subjectivité. E. Husserl reprend également le terme
d’intentionnalité proposé par F. Brentano pour qualifier la
conscience (toute conscience est conscience de quelque chose), mais
va s’en démarquer progressivement en quittant le terrain de la
stricte analyse psychologique pour viser un objectif plus
fondamental qui est la description de la logique objective de la
pensée. Même si les méthodes de la phénoménologie (la réduction
phénoménologique) et de la psychologie cognitive sont très
différentes, leurs objectifs ne sont pas si éloignés. La filiation
est imparfaitement connue entre ces deux approches, et aussi
insuffisamment reconnue. Pourtant, E. Husserl est l’un des
auteurs, avec W. James et H. Bergson, à avoir le plus
influencé, sur un plan conceptuel et jusque dans les méthodes
d’évaluation, les chercheurs actuels, tout particulièrement dans le
domaine de la mémoire [20].
La neuropsychologie de la mémoire éclairée par la
phénoménologie
Les termes de conscience noétique et de conscience autonoétique,
qui qualifient respectivement la mémoire sémantique et la mémoire
épisodique au centre des thèses développées par E. Tulving,
sont dérivés de la terminologie husserlienne. Cet auteur « a
eu l’audace, le talent et le courage de réintégrer dans le concept
de mémoire, vidé de son sens par plus de cinquante ans de
béhaviorisme, la dimension subjective : l’impression de
reviviscence qui accompagne un souvenir, la notion de voyage dans
le temps, les liens entre mémoire, conscience et identité… »
[21]. Il revient à E. Tulving d’avoir transmis son
enthousiasme à de nombreux chercheurs à travers le monde pour
l’accompagner dans l’exploration de cette « merveille de la
nature », comme il se plaît tant à le dire [22]. Le concept de
mémoire épisodique a beaucoup évolué depuis sa proposition au début
des années 1970 et continue de s’enrichir aujourd’hui. Il se place
à la jonction de trois autres concepts que sont le Soi (ou
l’identité personnelle), la conscience autonoétique (part
essentielle de la conscience de Soi) et le temps subjectif. Ces
idées tranchent totalement avec la première révolution cognitive
qui avait certes ouvert une voie vers l’étude des mécanismes
cognitifs mais qui était restée dominée par la métaphore froide de
l’ordinateur [23].
La notion de temps n’a pas encore trouvé sa juste place dans les
conceptions actuelles de la mémoire, même si le concept de voyage
mental dans le temps donne lieu à de nombreuses études qui
abordent les liens entre mémoire du passé et projection dans le
futur, ou encore entre mémoire épisodique et voyage mental vers
l’autre (ou théorie de l’esprit). Une problématique essentielle qui
reste à élucider est le fait que l’être humain est certes capable
de voyager mentalement dans le temps, vers le passé pour récupérer
un souvenir situé dans l’espace et le temps, et vers le futur pour
imaginer une situation plausible, elle aussi située dans l’espace
et le temps, mais l’être humain est aussi capable de
décontextualiser ses souvenirs, de les amalgamer, de former à
partir d’eux des concepts généraux qui s’enrichiront
progressivement et cette autre opération est tout aussi importante
que la précédente. Elle nous permet de former des connaissances
générales sur le monde qui nous entoure, sur nous-mêmes ainsi que
sur notre propre personnalité (même si les mécanismes qui
conduisent à cette construction des connaissances sont variés,
cf. infra le modèle MNESIS). Ces deux grandes opérations de
la mémoire, en lien avec la mémoire épisodique pour la première, et
avec la mémoire sémantique pour la deuxième, entretiennent une
relation différente avec le temps et avec la conscience. Dans le
premier cas, la représentation intègre l’événement dans le temps,
fil conducteur indispensable car tout est organisé autour de cet
ordonnancement dans le temps : ce que E. Husserl appelle
« l’intentionnalité longitudinale ». Dans le deuxième
cas, cette notion d’ordonnancement des événements dans le temps
disparaît ou s’amenuise pour laisser place à des connaissances
générales : il s’agit de « l’intentionnalité
transversale ». Celle-ci est atteinte, à des degrés divers,
chez de nombreux patients, mais elle est préservée dans les
amnésies épisodiques pures qui n’affectent que la première des
intentionnalités. De même, certains mécanismes qui président à la
conscience de Soi et leurs liens avec la connaissance de ses
propres traits de personnalité semblent plus résistants, une fois
mis en place au cours du développement. Leurs altérations ou leurs
dysfonctionnements sont à rechercher notamment dans des pathologies
neurodéveloppementales ou des affections qui se révèlent à
l’adolescence (comme la schizophrénie), période charnière dans la
constitution et la cristallisation des connaissances de Soi.
Ce double travail de la mémoire – formation et
reconstruction de souvenirs d’une part, travail constant de
synthèse d’autre part – s’opère largement à l’insu de la
conscience, c’est-à-dire sans une (complète) prise de conscience,
et donc sans la volonté et le libre arbitre. Cette caractéristique
souligne la nature très particulière de la relation bijective
entre, d’une part, la mémoire, qui crée les conditions nécessaires
à l’émergence de l’identité personnelle, et d’autre part l’identité
personnelle, qui guide les choix de la mémoire. Ce point de
jonction (ou de tension) n’est pas le seul car d’autres acteurs
sont en jeu dans cette construction complexe mais il est à l’une
des sources de l’énigme qui fait que « mêmeté » et
ipséité coexistent nécessairement chez une seule et même
individualité.
Au-delà de ces deux termes, le philosophe P. Ricœur (après
J. Locke) explique très bien cette idée que l’on est à un
instant donné doté d’une conscience de nous-mêmes qui n’est pas la
même que celle que nous avions dix ans auparavant. Il souligne
aussi que l’identité personnelle n’est pas réductible à la mémoire,
mais se définit dans le rapport à l’autre et les engagements pris,
en plus des expériences vécues et des souvenirs :
« l’autre est un autre moi-même ». Ces réflexions sur
l’identité personnelle peuvent aider à progresser dans l’étude et
la prise charge des malades, tout comme les observations cliniques
contribuent à une meilleure connaissance de la structure et du
fonctionnement du Soi. Qu’est-ce que la conscience de Soi ?
Est-ce le simple sentiment d’un Soi « basique » qui
serait persistant dans le temps (mêmeté), ou est-elle plus
profonde, impliquant une synthèse de ce que nous fûmes et de ce que
nous devenons (ipséité) ?
Les neurosciences et la neuropsychologie ne disposent pas
aujourd’hui d’un cadre théorique unifié qui permette une réflexion
d’ensemble sur les liens entre conscience, mémoire et identité
personnelle, mais il existe des avancées théoriques notables sur
certains éléments de ce triptyque comme le modèle de la mémoire du
Soi de M. Conway [24], ou la conception que propose
S. Klein [9], pour ne reprendre que ces deux exemples déjà
évoqués dans cet article.
Pour notre part, nous avons proposé un modèle d’ensemble de la
mémoire (MNESIS, figure 3), inspiré
des conceptions théoriques développées par E. Tulving. Son
principe général est de postuler l’existence de cinq systèmes de
mémoire en interaction constante, permettant ainsi une modification
dynamique des représentations mnésiques au cours du temps
[21, 25]. La mémoire de travail y occupe une position centrale
et d’interface, en tant qu’instance chargée de la gestion du
présent psychologique (ou de la rétention selon E. Husserl).
La mémoire épisodique et la mémoire sémantique sous-tendent des
représentations élaborées sur le monde et sur nous-mêmes. La
mémoire procédurale et la mémoire perceptive sont les systèmes les
premiers opérationnels chez l’enfant et participent à la
construction progressive de l’identité personnelle, bien avant que
les autres systèmes de mémoire (notamment la mémoire épisodique) et
diverses autres fonctions cognitives (le langage, les fonctions
exécutives) soient parvenus à maturité sur un plan
neurophysiologique. Nombre de modèles n’intègrent pas la place
pourtant essentielle de ces deux systèmes dans la formation de
l’identité personnelle et dans sa relative préservation quand la
mémoire épisodique et la mémoire sémantique, mais aussi d’autres
fonctions cognitives, sont mises à mal par une pathologie. La
relative intégrité des systèmes de mémoire procédurale et de
mémoire perceptive dans les dégénérescences corticales constitue le
levier thérapeutique de différentes prises en charge. Elle explique
en partie l’attrait des patients pour les activités artistiques et
leur potentiel thérapeutique, encore insuffisamment exploité et
compris, notamment pour renforcer ou participer à reconstruire, au
moins temporairement, un sentiment d’identité.
MNESIS insiste largement sur les interactions entre les systèmes
de mémoire et sur les modifications des représentations mnésiques
au fil du temps, notamment sur les processus de sémantisation et de
consolidation – qui méritent d’être davantage étudiés –,
en lien avec les modifications des représentations identitaires,
chez le sujet sain comme au cours des pathologies. Concernant les
liens entre les systèmes de représentation à long terme, MNESIS
distingue les liens ascendants (de la mémoire perceptive vers la
mémoire sémantique puis vers la mémoire épisodique) et les liens
descendants (par exemple de la mémoire épisodique vers la mémoire
sémantique, via un processus de sémantisation). Les
dégénérescences corticales altèrent les systèmes de mémoire
épisodique et de mémoire sémantique et perturbent massivement le
processus descendant de sémantisation. En revanche, le processus
ascendant (de la mémoire perceptive à la mémoire sémantique) qui se
met en place précocement (comme l’ont montré les études dans le
syndrome amnésique de l’enfant, appelé aussi amnésie
développementale) et permet la formation de nombre de concepts et
de représentations sémantiques, pourrait être plus résistant et
expliquer la relative préservation de la connaissance de ses
propres traits de personnalité en cas de pathologie qui affecte ces
systèmes de mémoire. MNESIS fournit ainsi un cadre opérationnel à
des travaux variés en neuropsychologie, en psychopathologie et en
neuro-imagerie. Il permet également d’organiser des données
empiriques dans des ensembles cohérents et d’alimenter la réflexion
théorique sur la mémoire, la conscience et l’identité
personnelle.
Les neurosciences cognitives de l’identité : la
contribution de l’imagerie cérébrale
Dans l’histoire des sciences, les progrès techniques jouent un
rôle essentiel : ils accompagnent et permettent les progrès
des connaissances. En neuropsychologie et en neurosciences
cognitives, le développement des méthodes d’imagerie cérébrale a
totalement modifié nos façons d’étudier les relations entre
fonctions cognitives et substrats cérébraux, l’un des grands
objectifs de notre discipline. Ces nouveaux moyens d’exploration du
cerveau ont conduit à des changements majeurs dans l’orientation
générale des recherches et dans les pratiques cliniques. Il va de
soi qu’une seule technique ne peut résoudre tous les problèmes
posés par l’étude de la conscience ou de l’identité personnelle, et
encore moins celui de leurs corrélats anatomofonctionnels. Il est
indispensable de croiser les sources de connaissances pour parvenir
à des résultats tangibles. Toutefois, en prenant toutes les
précautions d’usage, les études qui se développent actuellement sur
le réseau à l’état de repos ou réseau par défaut (piètres noms pour
un réseau cérébral qui serait impliqué dans la mise en jeu de nos
états mentaux internes et la conscience de nous-mêmes !)
doivent retenir toute notre attention [26].
L’histoire de ce réseau est en fait ancienne : elle date
d’une cinquantaine d’années et même au-delà, dès lors que des
chercheurs ont disposé d’un certain nombre de techniques
suffisamment précises pour mesurer la physiologie cérébrale. Mais
ce réseau, mis en jeu quand le sujet ne se livre pas à une activité
cognitive soutenue orientée vers l’extérieur, et qu’il se tourne au
contraire vers une activité introspective, n’est vraiment étudié
pour lui-même que depuis un peu plus d’une décennie. Les méthodes
d’analyse de la connectivité appliquées à des données recueillies
en IRM fonctionnelle à l’état de repos, qui permettent d’en décrire
l’anatomie avec précision, sont de plus en plus sophistiquées et
pertinentes car elles tiennent compte à la fois de la dimension
temporelle (la synchronisation des activités cérébrales étudiées)
et de la dimension spatiale. Elles ont permis de montrer une
activité synchrone dans des réseaux très étendus comprenant
notamment les régions médianes du cerveau telles que le cortex
cingulaire postérieur, le précunéus, le cortex préfrontal médian et
le cortex cingulaire antérieur ventral, mais aussi le cortex
pariétal inférieur. D’autres régions satellites sont parfois
retrouvées comme le lobe temporal médian (figure 4).
Le rôle de ce réseau reste hypothétique mais différents auteurs
soulignent sa similitude avec ceux impliqués dans des processus
liés au Soi, aussi divers que le voyage mental dans le temps (passé
et futur) et vers l’autre (ou théorie de l’esprit), et ses liens
avec les rêveries diurnes (ou pensées non liées à une tâche
précise). Un autre point important qui reste à mieux élucider est
la grande vulnérabilité des principaux nœuds du réseau au repos
(qui pourrait être appelé « réseau des états mentaux
internes ») dans des maladies neuropsychiatriques, comme la
maladie d’Alzheimer ou la schizophrénie. La question posée
aujourd’hui est de savoir jusqu’à quel point, et jusqu’à quels
degrés de précision, les chercheurs pourront faire coïncider ces
analyses du fonctionnement du cerveau, intégrant cette dynamique
spatio-temporelle, et des analyses des états mentaux, reflets
notamment de la conscience de Soi et de ses modifications chez le
sujet sain et chez des patients. Il reste en effet de nombreux
points à élucider, tant dans la maîtrise des évaluations
(l’exploration de l’état de repos, les outils permettant de
« mesurer » différentes composantes de l’identité
personnelle) que dans leur signification intrinsèque et dans les
possibilités de leur mise en relation. Par exemple, l’état de repos
reflète-t-il un état de conscience particulier, à un moment
particulier (lors de l’enregistrement de l’IRM fonctionnelle à
l’état de repos), ou est-ce au contraire le reflet d’un état
physiologique (et psychologique) beaucoup plus stable, qui
sous-tendrait des caractéristiques plus « fondamentales »
et plus constantes du sujet ? Si cette deuxième hypothèse
devait se confirmer, l’exploration de l’état de repos (et les
analyses de connectivité qui lui sont appliquées), rapprochée
d’explorations de l’identité personnelle, au cours d’examens
répétés, chez des sujets sains ou dans différentes pathologies
neuropsychiatriques, constituerait un paradigme particulièrement
pertinent. Il l’est sans doute davantage que les plus classiques
protocoles d’imagerie d’activation dont le dessin expérimental
oblige à étudier des processus très précis, moins adaptés à ce type
de problématique, particulièrement pour l’étude de notions aussi
complexes et riches que sont l’identité personnelle et la
conscience de Soi.
Dans le domaine de la neurobiologie, L. Squire et
E. Kandel [27], dans leur ouvrage visionnaire (La
mémoire : de l’esprit aux molécules), avaient intitulé le
dernier chapitre « La mémoire et les fondements biologiques de
l’identité ». Ils y soulignaient le fait, maintenant largement
reconnu, que les connexions synaptiques au sein des systèmes
cérébraux impliqués dans la mémoire peuvent être renforcées ou
diminuées, et sont même capables de changements structuraux
permanents. Selon ces auteurs, et grâce à ce qu’ils nomment la
biologie cellulaire de la cognition, cette remarquable
plasticité du cerveau humain, de mieux en mieux décrite, doit
pouvoir s’intégrer aux modèles théoriques de la psychologie et des
neurosciences cognitives de l’identité. Ces approches de biologie
cellulaire « intégrées », de même que celles utilisant
l’imagerie cérébrale et notamment les analyses de connectivité du
réseau par défaut, sont des méthodes scientifiques prometteuses
qu’il sera intéressant de rapprocher d’explorations approfondies de
l’identité personnelle, de ses modifications au cours du
développement, comme du vieillissement, et de ses altérations dans
diverses pathologies neuropsychiatriques.
Une démarche éthique renouvelée au cœur de la relation en
neuropsychologie
Des préoccupations éthiques ont été mentionnées à plusieurs
reprises, mais toutes ne peuvent être développées dans le cadre de
cet article qui a pour objectif de susciter une réflexion sur la
recherche et la pratique clinique en neuropsychologie avec, pour
illustration, le thème de l’identité personnelle et ses altérations
dans les pathologies neuropsychiatriques. Plus précisément, le but
est d’attirer l’attention sur la singularité de la relation entre
le neuropsychologue (le terme est utilisé de façon générique, même
si la profession n’est pas neutre, eu égard à ses prérogatives et à
ses représentations pour le patient et son entourage) et le patient
atteint d’une lésion ou d’une maladie cérébrale, qui plus est quand
celui-ci peut présenter ou non des modifications de ses
représentations identitaires et de la conscience de Soi. En
d’autres termes, nous avons insisté dans les sections précédentes
sur l’enrichissement mutuel, au plan conceptuel, des neurosciences
cognitives et cliniques et de la philosophie. Dans un mouvement
convergent et complémentaire, il paraît tout aussi pertinent qu’une
phénoménologie expérimentale et clinique rejoigne nos laboratoires
et accompagne la réflexion éthique qui doit présider aux
recherches, notamment celles menées avec les patients, et plus
largement à la pratique neuropsychologique au quotidien.
Un laboratoire de neuropsychologie (ou de psychopathologie)
n’est pas un laboratoire comme un autre. T. Shallice [28],
dans un ouvrage fondateur de la neuropsychologie moderne, avait
apporté certains éléments de réflexion à un moment où l’approche
était essentiellement « cognitive », c’est-à-dire
destinée à un patient présentant un déficit très sélectif et avant
que l’imagerie n’occupe la place qui est la sienne aujourd’hui. Il
insistait notamment sur le fait que l’activité de recherche et
l’activité clinique devaient cohabiter, avec toujours comme
objectif ultime le bénéfice pour les patients, même si certains
travaux pouvaient avoir des finalités très fondamentales. Dans un
même ordre d’idée, M. Poncet [29] écrit : « Avoir
une bonne formation théorique en neuropsychologie clinique quand on
se veut thérapeute de patients victimes de lésions cérébrales et de
troubles cognitifs et/ou comportementaux est plus que nécessaire,
c’est une exigence éthique. On ne peut pas panser la pensée sans
une très bonne formation en neuropsychologie ». Les grands
principes sont formulés : le cadre général pour mener des
travaux de recherche en neuropsychologie (le laboratoire de
T. Shallice où cohabitent cliniciens, chercheurs et patients
avec un même objectif) et l’exigence d’une formation d’excellence
dans tous les cas. Au-delà, comment expliciter davantage la place
de l’éthique dans cette relation neuropsychologique
singulière ? Cette question prend tout son sens à l’heure
où notre discipline progresse de façon notable dans différents
domaines – l’exemple de l’identité personnelle n’est bien sûr
pas choisi au hasard mais on peut citer aussi le thème des
émotions, de la cognition sociale – et auprès de patients très
différents de ceux qui étaient évoqués dans l’ouvrage de
T. Shallice. En effet, la neuropsychologie cognitive de cette
époque s’appliquait à des troubles très sélectifs du langage, de la
perception… alors que notre discipline s’intéresse aujourd’hui à
des patients atteints de pathologies beaucoup plus
« lourdes », associées à des troubles du comportement,
comme des patients atteints d’un syndrome démentiel à un stade
sévère.
Cette question de la place de l’éthique dans la relation entre
le neuropsychologue et le patient peut s’intégrer dans une
réflexion plus large, qui est de l’ordre de la philosophie du soin
(cette terminologie vient du terme anglais care, qu’il
conviendrait plutôt de traduire par sollicitude) [30]. Cette
réflexion n’est pas purement théorique, et elle doit pouvoir
apporter des éléments de réponse à des questions au quotidien. Par
exemple, pour reprendre le fil conducteur de cet article, comment
devons-nous nous comporter devant un patient particulier et comment
aménager l’environnement d’un malade vivant en collectivité chez
lequel le sentiment d’identité se trouve « décalé » par
rapport à son « identité réelle » (une personne qui pense
avoir 30 ans alors qu’elle a cinquante ans de plus
[13]) ? Comment peut-on intégrer cette personne dans une
réflexion la concernant directement, en d’autres termes, quelle est
la meilleure façon de reconnaître l’autre dans son aptitude à la
responsabilité ? Les méthodes neuropsychologiques mises au
point pour des patients se situant à un stade de début d’une
affection cérébrale sont-elles pertinentes pour des patients
atteints d’une forme sévère ? Les conditions de la passation
des tests neuropsychologiques sont-elles adaptées à ce type de
patients ? Comment rendre compatible cette situation
d’évaluation et cette relation de soin ? Sont-elles vraiment
compatibles ? Les finalités de l’une et de l’autre sont-elles
toujours clairement explicitées ?
La « relation de soin » a donné lieu à de nombreux
travaux, d’abord dans le secteur médical, chez des patients en
situation de dépendance, mais le domaine de réflexion s’étend au
soin parental (c’est d’ailleurs l’une de ses origines et une
référence constante du fait de l’extrême dépendance du nouveau-né)
et à toute action de sollicitude à l’égard de personnes fragiles.
Des études ont été menées dans des crèches, dans des orphelinats ou
dans des services médicaux pour enfants sur le thème de
l’hospitalisme. Un enfant victime d’hospitalisme est un enfant qui
n’est pas admis dans l’hospitalité de la relation. Cette
philosophie moderne du care s’appuie sur des traditions
philosophiques plus anciennes. Elle peut aussi avoir pour cadre
conceptuel la théorie de l’attachement, avec une référence plus ou
moins directe à la psychanalyse et, pour les sources plus
« scientifiques », à des études d’éthologie, mais ses
origines sont en fait très diversifiées. Schématiquement, ces
travaux soulignent le fait que cette relation de soin, de respect,
ou encore de souci de l’autre est indispensable et même vitale pour
le développement de l’individu et se trouve au cœur de la relation
éthique dans nombre de cas. La relation de soin contient en elle
une sorte de contradiction qu’il convient justement de dépasser.
Worms [30] a parfaitement décrit l’asymétrie qui caractérise
la relation de soin « entre une faiblesse qui appelle de
l’aide, mais qui peut devenir une soumission, et une capacité qui
permet le dévouement mais qui peut devenir un pouvoir, et même un
abus de pouvoir. » La difficulté tient au fait que la
relation de soin s’inscrit nécessairement dans cette asymétrie mais
qu’elle doit pourtant être relation pour être relation de soin. Le
soin peut être défini comme « toute pratique tendant à
soulager un être vivant de ses besoins matériels ou de ses
souffrances vitales, et cela, par égard pour cet être
même » [30]. Cette définition très générale se décline
ensuite en deux éléments souvent très intriqués mais qu’il est
indispensable de distinguer. De façon un peu brutale ou
caricaturale, soigner s’applique à quelque chose que l’on peut
isoler et que l’on peut éventuellement traiter. Mais soigner
s’applique aussi à quelqu’un et tout soin contient en lui, à
des degrés divers, une dimension relationnelle et intentionnelle.
Ces deux dimensions insécables du soin évoquent tout de suite des
débats de société comme l’hypertechnicité de la médecine moderne
qui ne doit pas se faire aux dépens de la qualité de la relation,
la dépendance qui peut conduire à la négligence, etc.
En quoi ce concept à double facette de la relation de soin
s’intègre au propos de notre article consacré à la neuropsychologie
de l’identité personnelle ? Insistons d’abord sur le fait que
le premier concept de soin – le soin technique – est
dirigé vers un élément, qu’il soit physique ou psychique, alors que
le second – le soin intentionnel – vise une
représentation globale du sujet. Comme la relation de soin médicale
ou apparentée à celle-ci, qui implique un médecin ou un autre
soignant, la relation neuropsychologique oscille entre ces deux
facettes de technicité et d’intentionnalité. Dans nombre de
situations – bilan diagnostique d’un patient présentant une
maladie dégénérative débutante, examen d’un traumatisé crânien ou
d’un patient présentant des séquelles d’un accident vasculaire
cérébral – les deux dimensions du soin peuvent se concilier et
être comprises comme telles par le patient et son entourage. C’est
le quotidien du neuropsychologue clinicien qui à la fois apporte
dans la relation de soin le niveau exigé d’expertise et de
technicité à l’acte et, en même temps les situe dans une relation
de sollicitude et de respect.
La situation est plus complexe, voire plus ambiguë, quand la
pathologie comprend intrinsèquement un trouble – une
distorsion – de la relation. Chez un patient à un stade sévère
de démence, on peut observer des modifications de ses
représentations identitaires, par exemple un
« décalage temporel » entre le sentiment d’identité
et la situation réelle du patient (cf. supra). L’harmonie
entre les deux facettes de la relation de soin, telle que
mentionnée précédemment, paraît alors plus complexe à atteindre.
Selon le schéma classique, le soin technique (« l’exploration
de l’identité personnelle ») est orienté vers un domaine
qui est partie intégrante de la relation de soin, et condition
nécessaire à la relation intentionnelle. Le neuropsychologue se
trouve alors dans une situation qui risque, d’une part, de ne pas
être comprise par le patient et, d’autre part, d’être non
valide : tout dépendra dans ce cas de la modalité de
l’évaluation. Le geste technique (« l’exploration de
l’identité personnelle ») peut entrer en conflit avec la
représentation (ou ne pas permettre l’accès à cette représentation)
qu’a le patient de lui-même et de l’autre, et entraîner en
conséquence un échec de la relation intentionnelle. Cet échec peut
entraver la relation thérapeutique avec des conséquences délétères
pour le patient, se traduisant par une réaction paraissant
inadaptée, parfois aggressive, voire par un épisode de confusion.
Ce type d’exploration pose de plus des problèmes de validité car
l’évaluation elle-même porte sur un objet (l’identité personnelle)
qui se trouve ébranlé par le type de relation technique entretenue
alors à ce moment entre le neuropsychologue et le patient. Cela ne
remet pas en cause la possibilité même d’évaluer l’identité
personnelle, mais cela suggère que certaines situations
d’évaluation neuropsychologique doivent être repensées, si l’on
veut, comme M. Poncet l’écrit si bien, « panser la
pensée », c’est-à-dire mener une évaluation valide dans le
cadre d’une relation intentionnelle et thérapeutique. Cela peut
vouloir dire aller jusqu’à se fondre dans ce présent décalé ou
distordu du sujet pour « approcher son identité
personnelle » plutôt que de lui imposer, certes le plus
souvent implicitement, une attitude normative liée au cadre
standardisé de l’examen neuropsychologique classique. Cette
dernière phrase, volontairement excessive, a pour but de pousser la
démonstration à l’extrême pour susciter la réflexion et engager la
discussion sur certaines finalités et modalités de la
neuropsychologie avec des patients présentant des modifications des
représentations identitaires et du sentiment d’identité.
Au-delà d’une interrogation sur les pratiques cliniques et de
recherche en neuropsychologie, cette réflexion devrait être une
force de proposition des neuropsychologues, avec leur expertise et
leur approche originale, dans le cadre plus général de l’espace
éthique qui doit accompagner le progrès des connaissances
appliquées au soin des patients présentant des troubles
neuropsychologiques. Ce domaine de l’éthique est en plein
développement, par exemple dans le champ de la maladie d’Alzheimer,
mais la neuropsychologie n’y a pas encore trouvé la place qui
devrait être la sienne. L’exemple que nous avons développé,
concernant l’évaluation de l’identité personnelle, a des
implications dans la reconnaissance de l’autre, dans son aptitude à
la responsabilité et, en conséquence, dans les informations qui
peuvent être transmises à son entourage, que ce soit les personnels
de santé ou les aidants naturels.
Avant de conclure, je voudrais citer ces phrases de Marc
Jeannerod [31] : « Le sentiment d’être soi-même une
personne a pour corollaire la réciprocité dans la relation et la
prise en considération des attributs de l’autre en tant que
personne. Cette réciprocité constitue une réponse aux difficiles
questions posées par la disparition, chez certaines personnes, de
ce sentiment d’être soi. (…) Une réponse à ces questions s’ébauche
si on considère que la qualité de personne a en fait deux sources
distinctes : elle prend sa source dans le fait de se sentir
soi, mais aussi dans le fait que les autres êtres humains
reconnaissent cette qualité à leurs congénères. Je suis une
personne, autant parce que je l’éprouve, que parce que les autres
me reconnaissent comme tel. »
Conclusion très provisoire
Nous avons souhaité rendre compte de ce cadre théorique en
construction, autour du concept d’identité personnelle, qui confère
aux chercheurs et aux cliniciens des outils conceptuels qui
pourront être adaptés à des problématiques dont certaines ont la
dimension de réels problèmes de société. Le domaine d’application
couvre des sujets très vastes comme la compréhension de diverses
pathologies, qu’elles soient développementales, dégénératives ou
d’autres natures. L’imagerie cérébrale, combinée à des paradigmes
cognitifs audacieux, devrait contribuer à mieux comprendre
l’identité personnelle, que ce soient les représentations
identitaires et la conscience de soi, certaines de ses altérations
et certaines de ses préservations. La psychologie et les
neurosciences cognitives d’aujourd’hui progressent avec d’autant
plus de force et de détermination qu’elles permettent d’avancer des
arguments inédits qui servent de guides face à des problèmes
éthiques difficiles, dont il est du devoir de chacun de bien
mesurer les enjeux.
Cette thématique a comme particularité d’insister sur la
responsabilité du chercheur dont les travaux auront des
conséquences sur l’appréhension de situations impliquant des
patients et sur la façon dont nous devons – ou préconisons
de – nous conduire avec eux. La réflexion éthique est partie
prenante du programme de recherche parce que certains de ces
travaux sont menés avec des patients chez lesquels l’intégrité de
l’identité personnelle est discutée. C’est l’une des problématiques
inédites de ces recherches, ou tout du moins le lieu où elle se
révèle avec une telle force. Nous avons étendu la réflexion à la
pratique neuropsychologique au quotidien, où les problèmes de
l’évaluation se posent avec une certaine acuité et constituent même
des cas d’école de ce qu’est la relation neuropsychologique, tout
particulièrement en cas de distorsions de l’identité
personnelle.
Les problèmes méthodologiques posés par ces travaux sur
l’identité personnelle (et sur ses domaines connexes) sont nombreux
car la distance entre l’ampleur (la grandeur) du sujet d’étude
tranche bien souvent avec le réductionnisme des variables étudiées.
Nous avons d’emblée mentionné la difficulté conceptuelle résumée
dans les termes d’identité ontologique et d’identité
épistémologique et leur – au moins apparente – antinomie.
Pourtant, il ne semble pas que le paradoxe de l’identité soit un
état définitif : il s’agit plutôt d’un moment d’interrogation
à propos d’un paradigme particulièrement complexe et encore
imprécis sur un plan conceptuel. Il est aisé de comprendre que
l’identité ontologique ne puisse pas faire l’objet d’une mesure
scientifique directe, mais il en est ainsi de nombreux autres
« phénomènes » en psychologie, dès lors qu’on se détache
des paramètres observables pour en inférer des processus
mentaux et potentiellement leurs substrats cérébraux :
l’objet même de la psychologie et des neurosciences cognitives.
C’est bien sûr le cas des différents items de la classification
prise pour exemple ([9] et cf. supra). De même, on ne mesure
pas la mémoire sémantique, pas plus que la conscience autonoétique.
Nous n’avons accès qu’à des indicateurs plus ou moins fiables et
précis, qui peuvent s’enrichir quand ils sont confrontés les uns
aux autres.
Qu’a donc le concept d’identité ontologique de si
particulier ? En quoi se démarque-t-il de l’identité
épistémologique ? L’une de ses particularités est son rapport
au temps fait à la fois d’immédiateté (je sais dans l’instant qui
je suis) et de durée (cette identité s’est construite dans une
durée très longue dont la plupart des épisodes m’échappent
aujourd’hui), une façon d’exprimer le lien entre mêmeté et ipséité.
L’appréhension de l’identité ontologique devra donc intégrer ces
deux dimensions : l’accès immédiat au sentiment d’identité (à
différentes composantes de celles-ci) et – plus
difficile – l’intégration de ses modifications au fil du
temps, en fonction de différents paramètres. Enfin, le concept
d’identité ontologique, de par sa nature, demande un niveau de
réflexion métathéorique qui est à la fois de l’ordre de la science
et de la philosophie. Cette caractéristique rejoint en cela la
place de l’éthique dans les études menées chez les patients. Le
paradigme de l’identité personnelle est donc original et même
inédit mais, selon nous, n’est pas étranger à l’investigation
scientifique (même si son appréhension est indirecte et demande de
multiples approches). Il est par contre indispensable que son cadre
théorique général ne soit pas construit sur une base uniquement
introspective, mais au contraire sur des concepts mûrement
réfléchis et des méthodologies spécifiquement adaptées à sa
singularité, où le neuropsychologue clinicien a toute sa place.
Les travaux soulignant la préservation de la connaissance des
traits de personnalité sont intéressants, car celle-ci signe
vraisemblablement un « noyau dur » de l’identité
ontologique. Associé au fait que la conscience de soi
(nécessairement tournée vers « quelque chose ») est aussi
relativement préservée en cas de pathologie (tout du moins
certaines de ses composantes), ce duo pourrait constituer la
cristallisation de l’identité ontologique, qui se nourrit, chez le
sujet sain, d’autres formes de connaissances comme les
représentations épisodiques, les représentations sémantiques
générales sur soi, mais puise aussi dans les systèmes de mémoire
perceptive et de mémoire procédurale. La finalité de ce concept
d’identité personnelle est bien cette impression d’unité, de
cohérence et de continuité, ce qui ne remet pas en cause le fait
que de multiples composantes et processus y participent. Il est
indispensable d’étudier en profondeur ce concept d’identité
personnelle, les recherches devant viser, de façon intransigeante,
le progrès scientifique d’une neuropsychologie humaniste au cœur de
la relation de soin.
Remerciements
Je suis redevable à Béatrice Desgranges et à Marie-Loup Eustache
pour de nombreuses idées développées dans ce texte. La chance que
j’ai eue de travailler durant de longues années avec Bernard
Lechevalier n’y est pas étrangère. J’ai été très impressionné par
les pratiques thérapeutiques innovantes développées par Odile
Letortu au sein d’une institution gériatrique accueillant des
patients souffrant de maladie d’Alzheimer. Au-delà de son œuvre
publiée, les échanges épistolaires et de visu avec Endel
Tulving ont été déterminants dans différentes positions prises dans
cet article et, plus largement, dans la façon de concevoir
l’évaluation subjective en neuropsychologie. Je remercie mes
collègues et amis, montés à bord du grand bateau de la
neuropsychologie, toujours fier et vaillant malgré les tempêtes et
les peines, qui ont relu une version antérieure du manuscrit et ont
proposé des commentaires pertinents : Emmanuel Barbeau, Gaël
Chételat, Jean-François Démonet, Bénédicte Giffard, Olivier
Godefroy, Didier Hannequin, Mickael Laisney, Bernard Laurent,
Didier Le Gall, Hervé Platel, Michel Poncet, Peggy Quinette,
Catherine Thomas-Antérion, Fausto Viader, Armelle Viard et bien
d’autres, collègues et étudiants, avec lesquels j’ai échangé sur
ces sujets à diverses occasions. Je remercie également Philippe
Conejero et Hélène Mirabel pour la réalisation des figures. Les
idées exposées dans ce texte n’engagent que ma responsabilité.
Références
1. Desgranges B, Baron JC, de La Sayette V, et al.
The neural substrates of memory systems impairment in Alzheimer's
disease. A PET study of resting brain glucose utilization.
Brain 1998 ; 121 : 611-631.
2. Eustache F, Desgranges B, Giffard B, et al.
Entorhinal cortex disruption causes memory deficit in early
Alzheimer's disease as shown by PET. Neuroreport 2001 ; 12 :
683-685.
3. Villain N, Fouquet M, Baron JC, et al.
Sequential relationships between grey matter and white matter
atrophy and brain metabolic abnormalities in early Alzheimer's
disease. Brain 2010 ; 133 : 3301-3314.
4. Fouquet M, Desgranges B, La Joie R, et al. Role
of hippocampal CA1 atrophy in memory encoding deficits in amnestic
Mild Cognitive Impairment. Neuroimage 2012 ; 59 :
3309-3315.
5. Chételat G, Eustache F, Viader F, et al.
FDG-PET measurement is more accurate than neuropsychological
assessments to predict global cognitive deterioration in patients
with mild cognitive impairment. Neurocase 2005 ; 11 :
14-25.
6. Camus V, Payoux P, Barré L, et al. Using PET
with (18)F-AV-45 (florbetapir) to quantify brain amyloid load in a
clinical environment. Eur J Nucl Med Mol Imaging
2012 Jan 18. [Epub ahead of print].
7. Eustache F, Desgranges B, Lambert J, et al. Le
XXIe siècle sera neuropsychologique ou ne sera
pas !. Rev Neurol (Paris) 2008 ; 164 Suppl 3
: S63-S72.
8. McKhann GM, Knopman DS, Chertkow H, et al. The
diagnosis of dementia due to Alzheimer's disease :
recommendations from the National Institute on Aging-Alzheimer's
Association workgroups on diagnostic guidelines for Alzheimer's
disease. Alzheimers Dement 2011 ; 7 : 263-269.
9. Klein SB. The two selves : the self of conscious
experience ant its brain. In : Leary JP, Tangney JP, eds.
Handbook of self and identity. 2nd ed. New
York : Guildford Publications, 2012 : 617-37.
10. Klein SB, Lax M.L. The unanticipated resilience of
trait self-knowledge in the face of neural damage. Memory
2010 ; 18 : 918-948.
11. Caddell LS, Clare L. The impact of dementia on self
and identity : a systematic review. Clin Psychol Rev
2010 ; 30 : 113-126.
12. Duval C, Desgranges B, de La Sayette V, et al.
What happens to personal identity when semantic knowledge
degrades ? A study of the self and autobiographical memory in
semantic dementia. Neuropsychologia 2012 ; 50 : 254-265.
13. Hehman JA, German TP, Klein S.B. Impaired
self-recognition from recent photographs in a case of late-stage
Alzheimer's disease. Soc Cognition 2005 ; 23 : 118-123.
14. Piolino P, Hannequin D, Desgranges B, et al.
Right ventral frontal hypometabolism and abnormal sense of self in
a case of disproportionate retrograde amnesia. Cogn
Neuropsychol 2005 ; 22 : 1005-1034.
15. Hainselin M, Quinette P, Desgranges B, et al.
Awareness of disease state without explicit knowledge of memory
failure in transient global amnesia. Cortex, sous
presse.
16. Chiong W. The self : from philosophy to
cognitive neuroscience. Neurocase 2011 ; 17 : 190-200.
17. Balibar E. L’invention européenne de la conscience.
In : Lechevalier B, Eustache F, Viader F, eds. La
conscience et ses troubles. Bruxelles : De Boeck,
1998 : 169-92.
18. Husserl E. Sur la phénoménologie de la conscience
intime du temps, partie B. Grenoble : Editions Jérôme
Millon, 2003. [Edition originale 1893-1917. Traduction de
l’allemand par J.F. Pestureau].
19. Eustache M.L. Le concept de rétention chez
E. Husserl : une mémoire constitutive aux sources de la
mémoire de travail. Rev Neuropsychol 2009 ; 1 : 321-331.
20. Eustache M.L. Mémoire et identité dans la
phénoménologie d’Edmund Husserl : liens avec les conceptions
des neurosciences cognitives. Rev Neuropsychol 2010 ; 2 :
157-170.
21. Eustache F, Desgranges B. Les chemins de la mémoire.
Paris : Le Pommier/Inserm, 2010.
22. Tulving E. La mémoire épisodique : de l’esprit
au cerveau. Rev Neurol (Paris) 2004 ; 160 :
2S9-2S23. [Traduit de l’anglais par F Eustache,
B Desgranges et F Viader].
23. Gardner H. Histoire de la révolution cognitive. La
nouvelle science de l’esprit. Paris : Payot, 1993.
[Première édition américaine 1985].
24. Conway M.A. Memory and the self. J Mem Lang
2005 ; 53 : 594-628.
25. Eustache F, Desgranges B. MNESIS : towards the
integration of current multisystem models of memory.
Neuropsychol Rev 2008 ; 18 : 53-69.
26. Mevel K, Grassiot B, Chételat G, et al. Le
Réseau Cérébral par défaut : rôle cognitif et perturbations
dans la pathologie. Rev Neurol (Paris) 2010 ; 166 :
859-872.
27. Squire LR, Kandel ER. La mémoire : De
l’esprit aux molécules. Bruxelles : De Boeck Université,
2002. [Traduit de l’anglais par B Desgranges et
F Eustache].
28. Shallice T. Symptômes et modèles en
neuropsychologie : des schémas aux réseaux. Paris : Presses
Universitaires de France, 1995.
29. Poncet M. La neuropsychologie clinique : une
méthode et une discipline qui visent à penser et panser la pensée.
Rev Neurol (Paris) 2008 ; 164 Suppl 3 : S164.
30. Worms F. Les deux concepts du soin : Vie,
médecine, relations morales. Esprit 2006 ; 321 :
141-156.
31. Jeannerod M. Etre humain. In : Kopp N,
Thomas-Antérion C, Réthy MP, Pierron JP, eds. Alzheimer et
autonomie. Approches pluridisciplinaire et éthique.
Paris : Les Belles Lettres, 2010 : 43-54.
|