ARTICLE
nrp.2011.0191
Auteur(s) : Michel Audiffren michel.audiffren@univ-poitiers.fr,
Nathalie André, Cédric Albinet
Université de Poitiers,
Centre de recherches sur la cognition et l’apprentissage,
UMR CNRS 6234,
MSHS,
Université de Poitiers,
Bât. A5,
5 rue Théodore Lefebvre,
86000 Poitiers
Correspondance: M. Audiffren
Les effets prophylactiques de l’activité physique sont
aujourd’hui reconnus par la communauté scientifique et médicale
[1]. On sait, par exemple, que la pratique régulière d’une activité
physique d’intensité modérée peut réduire les risques d’apparitions
de certaines pathologies, telles que l’obésité incidente, certains
types de cancer (principalement du côlon et du sein), le diabète
non insulinodépendant, l’ostéoporose et les maladies
cardio-vasculaires. Les effets de l’activité ou de l’exercice
physique sur la santé cérébrale et cognitive sont moins connus. Ils
ont cependant fait l’objet d’une recherche systématique, qui a
commencé à se développer à partir des années 1960 et qui s’est
intensifiée dès le début du xxie siècle. Cet article se
restreindra à faire un état des lieux des connaissances
scientifiques développées depuis une vingtaine d’années sur les
effets chroniques de l’exercice physique sur la santé cérébrale et
cognitive des seniors.
Avant de discuter de ce phénomène à proprement parler, il
convient de clairement distinguer les effets aigus et les effets
chroniques de l’exercice physique sur la cognition. Les effets
aigus de l’exercice physique concernent les effets immédiats, ou à
court terme, d’une seule période d’activité physique de durée
limitée (de quelques secondes à quelques heures) ; par
exemple, les effets de la contraction isométrique des muscles de
l’avant-bras à 70 % de la force maximale pendant 30 secondes
sur l’humeur du sujet, ou les effets de la réalisation d’un jogging
de 45 minutes à 70 % de la fréquence cardiaque de réserve
(FCR) (voir infra, Caractéristiques des programmes
d’activités physiques (…), pour une définition) sur l’efficience
des processus de prise de décision mesurés pendant ou juste après
l’exercice. Les effets aigus de l’exercice sont transitoires,
c’est-à-dire qu’ils commencent à opérer peu de temps après le début
de l’exercice et s’interrompent quelques secondes ou quelques
minutes après l’arrêt de l’activité physique. On considère
généralement que ces effets modulent provisoirement l’activité
électrochimique des réseaux neuronaux qui composent le système
nerveux central [2].
Les effets chroniques de l’exercice physique concernent quant à
eux les effets à long terme d’un programme d’activité physique,
pouvant s’étaler sur quelques semaines à plusieurs années, sur la
plasticité cérébrale et l’efficience des fonctions
cognitives ; par exemple, les effets d’un programme
d’étirement de 6 semaines sur l’équilibre postural ou ceux d’un
programme de marche nordique de 9 mois sur la mémoire épisodique.
On considère que les effets chroniques de l’exercice physique sont
des effets durables qui modifient l’anatomie des réseaux de
connectivité ou de vascularisation du cerveau (voir
infra : Mécanismes sous-jacents). Seuls ces derniers
effets nous intéresseront dans le cadre de cet article. En effet,
avec l’augmentation du vieillissement démographique en Europe, il
convient d’étudier tous les moyens à notre disposition pour
prolonger l’autonomie des seniors, et l’activité physique constitue
l’une des stratégies possibles de prévention. Nous nous attacherons
tout particulièrement à présenter différents arguments
scientifiques en faveur d’une influence positive de la pratique
régulière de certaines activités physiques sur le vieillissement
cognitif. Nous chercherons successivement :
- –. à faire une analyse critique des différents types
d’études utilisés pour mettre en évidence ce phénomène ;
- –. à discuter des caractéristiques des programmes
d’activités physiques qui semblent produire les effets les plus
importants sur la santé cérébrale et cognitive ;
- –. à déterminer si l’effet positif de l’exercice
chronique affecte globalement ou sélectivement les fonctions
cognitives ;
- –. à suggérer différents mécanismes neurophysiologiques
et autres mécanismes alternatifs qui peuvent expliquer ce
phénomène ;
- –. à présenter différents modérateurs de cet effet
positif de l’exercice chronique ;
- –. à suggérer des moyens pour amener les seniors
sédentaires à changer leurs habitudes de vie afin qu’ils pratiquent
régulièrement des activités physiques adaptées.
Enfin, différentes pistes de recherche futures seront ébauchées
dans la dernière partie de cet article.
Un faisceau d’arguments convaincants
L’effet modérateur de l’activité physique sur le vieillissement
cérébral pathologique et non pathologique a été étudié chez l’homme
et chez l’animal à l’aide de différents protocoles : études
épidémiologiques, longitudinales, transversales et
interventionnelles [3, 4]. Les études longitudinales et
épidémiologiques, réalisées sur de très grands échantillons de
seniors, permettent de déterminer le risque de développer une
pathologie ou un déficit fonctionnel en fonction de différents
facteurs liés aux habitudes de vie ou au patrimoine génétique d’une
ou de plusieurs cohortes de participants. Plusieurs études
longitudinales et épidémiologiques, menées en Amérique du Nord et
en Europe entre la fin du xxe et le début du
xxie siècle, ont ainsi montré que l’activité physique
permet de diminuer le risque d’apparition des maladies
neurodégénératives (e.g., maladie d’Alzheimer) et de
ralentir les effets délétères de l’âge sur les fonctions
cognitives. Les principaux résultats de cinq de ces études sont
présentés ci-après.
L’étude ACT (Adult Changes in Thought) [5], réalisée aux
États-Unis entre 1994 et 2003 dans la région de Seattle sur une
population de 1 740 personnes âgées de plus de 65 ans en
bonne santé cognitive au départ de l’étude a par exemple montré que
le taux de démence est moins élevé chez les personnes qui
pratiquent une activité physique à raison de trois séances
hebdomadaires ou plus (13 pour 1 000 personnes-années) que
pour les personnes qui pratiquent moins de trois fois par semaine
(19,7 pour 1 000 personnes-années). Dans le même esprit,
l’étude CSHA (Canadian Study of Health and Aging) [6],
réalisée au Canada sur un échantillon de 4 615 personnes âgées
de plus de 65 ans en 1991 et 1992, puis en 1996 et 1997, a
montré que la pratique régulière d’une activité physique pouvait
être considérée comme un facteur protecteur contre la maladie
d’Alzheimer avec un risque relatif rapproché (odds ratio) de
0,69, soit 31 % de risques en moins de développer cette
maladie. L’étude FINE (Finland, Italy, and the Netherlands
Elderly) [7], réalisée sur une durée de 10 ans entre 1990 et
2000 dans trois pays européens, a permis de montrer que les
fonctions cognitives de 295 personnes âgées de plus de
70 ans, évaluées à l’aide du Mini Mental State
Examination (MMSE), ont significativement décliné chez les
personnes qui ont diminué leur volume journalier d’activité
physique, alors qu’elles sont restées stables chez les participants
qui l’ont augmenté. L’étude longitudinale ZES (Zutphen Elderly
Study) [8], réalisée dans une ville de l’est de la Hollande, en
1990 puis en 1993, chez 347 personnes âgées de 65 à
84 ans, a montré des résultats très comparables. Le risque
relatif rapproché de développer un déclin cognitif, mesuré à l’aide
du MMSE, est deux fois plus élevé chez les individus qui pratiquent
moins de 1 heure d’activité physique par jour que chez ceux
qui ont un volume d’activité physique plus élevé. Enfin, dans
l’étude MoVIES (Monongahela Valley Independent Elders
Survey) [9], réalisée sur 929 personnes âgées de plus de
65 ans sur un suivi de 3 ans, entre 1991 et 1993, ou de 1993 à
1996, le risque relatif rapproché de déclin cognitif, toujours
mesuré à l’aide du MMSE, est plus de deux fois moins élevé chez les
individus qui pratiquent une activité physique aérobie de durée
supérieure à 30 minutes au moins trois fois par semaine, que chez
ceux qui ne pratiquent aucune activité physique.
Comparitivement aux études épidémiologiques, les études
transversales sont généralement réalisées sur des échantillons
beaucoup plus restreints (10 à 100 participants), et
permettent de comparer deux groupes de participants (ou plus) se
distinguant par une caractéristique donnée, telle que l’âge et/ou
le niveau d’activité physique ou de condition physique. Ces études
sont beaucoup moins coÛteuses en temps et en argent que les études
interventionnelles. Elles présentent cependant un inconvénient
majeur : elles ne permettent pas d’établir un lien de cause à
effet entre le niveau d’activité physique ou de condition physique
et la santé cérébrale ou cognitive. Ainsi, l’observation d’un effet
positif du niveau d’activité physique peut signifier deux
choses :
- –. un niveau d’activité physique élevé entraîne une
bonne santé cérébrale et cognitive (interprétation la plus
évoquée) ;
- –. les personnes ayant une bonne santé cérébrale et
cognitive sont plus enclines à pratiquer un niveau élevé d’activité
physique (interprétation rarement évoquée).
Dans ces études, les critères de sélection et surtout la méthode
d’assignement des participants dans les différents groupes
expérimentaux sont déterminants. Les participants sont généralement
sélectionnés sur la base de leur dépense énergétique journalière ou
hebdomadaire évaluée à l’aide de questionnaires autorapportés ou
d’accéléromètres mono- ou triaxiaux ou de leur niveau de condition
physique généralement exprimé en termes de volume maximal d’oxygène
consommé ( O
2-max), mesuré à l’aide d’un test de laboratoire ou de
terrain. La méthode d’assignement des participants est fréquemment
basée sur la position de leur score d’activité physique ou de
condition physique par rapport à la médiane ou aux premier et
troisième quartiles. Le tableau 1 résume
les résultats de huit études transversales récentes utilisant des
mesures cognitives, psychophysiologiques et/ou neurophysiologiques.
Toutes ces études montrent qu’il existe une corrélation positive
significative, soit entre le niveau d’activité ou de condition
physique et la santé cérébrale mesurée par différents indicateurs
neurophysiologiques (volume cérébral, amplitude d’ondes cérébrales,
activation d’aires cérébrales), soit entre le niveau d’activité ou
de condition physique et les performances cognitives (vitesse et/ou
précision des réponses), soit les deux.
Tableau 1 Études transversales récentes sur les effets
chroniques de l’exercice sur la santé cérébrale et/ou
cognitive.
| Échantillons |
Mesures de l’activité physique |
Mesures de la santé cérébrale et/ou cognitive |
Direction de l’effet
Variables affectées |
Références |
| 55 seniors (55-79 ans) |
Test de terrain (Rockport 1 mile) |
IRM : densité de matière grise |
A > S
Densité de matière grise (régions frontales) |
Colcombe et al. (2003) [10] |
| 41 seniors (M = 67 ans) |
Test de terrain (Rockport 1 mile) |
Tâche d’Ericksen, IRMf : activation des aires
cérébrales |
A > S
Gestion de l’interférence
Activation du gyrus frontal droit |
Colcombe et al.
(2004) - étude 1 [11] |
34 jeunes adultes (M = 19,4 ans)
32 seniors (M = 64,8 ans) |
Questionnaire (YPAS) |
Tâche de permutation
EEG : P300 |
A > S
TR et amplitude de la P300 |
Hillman et al. (2006) [12] |
64 seniors (M = 72,7 ans)
54 PAP (M = 74,3 ans) |
Questionnaire (PASE)
Test de laboratoire ( O2-max) |
Batterie de tâches neuropsychologiques
IRM : volume cérébral |
A > S
Fonctions exécutives et volume cérébral |
Burns et al. (2008) [13] |
| 75 seniors (50-78 ans) |
Questionnaire (idoine)
Test de laboratoire (PMA) |
Tâche de mémoire épisodique
Neurotrophine G-CSF
IRM : volume de matière grise |
A > S
Encodage en mémoire, G-CSF et volume de matière grise (cortex
frontal et cingulaire) |
Floel et al. (2010) [14] |
| 72 seniors (62-79 ans) |
Batterie de tests évaluant la condition
physique |
Tâches de vitesse perceptive et de fonctions
exécutives
IRMf : activation des aires cérébrales |
A > S
Vitesse perceptive, fonctions exécutives
Augmentation de l’activation de différentes régions frontales |
Voelcker-Rehage et al. (2010)
[15] |
15 jeunes adultes (18-37 ans)
30 seniors (60-83 ans) |
Questionnaire (LTEQ)
Test de terrain (12 minutes) |
Tâches sensorimotrices
SMT : période de silence
IRMf : activation des aires cérébrales |
A > S
Inhibition interhémisphérique |
McGregor et al. (2011) [16] |
| 52 seniors (55-79 ans) |
Questionnaire (idoine) |
IRM : volume cérébral et régional |
A > S
Volume cérébral (cortex frontal) |
Bugg et Head (2011) [17] |
16 jeunes adultes (21-30 ans)
32 seniors (65-77 ans) |
Questionnaire (SAPD)
Test de terrain (Rockport) |
Tâche de vitesse
Tâche de fonctions exécutives |
A > S
Fonctions exécutives |
Audiffren et al. (2011) [18] |
Rockport 1 mile : test permettant d’estimer la
santé cardio-respiratoire au cours duquel les participants doivent
parcourir 1 mile en marchant le plus rapidement possible ;
IRM : imagerie par résonance magnétique ; A > S :
les participants actifs ont une meilleure santé cérébrale et/ou
cognitive que les participants sédentaires ; IRMf :
imagerie par résonance magnétique fonctionnelle ; YPAS :
Yale Physical Activity Survey for Older Adults ; tâche
de permutation : tâche permettant d’évaluer la flexibilité
cognitive, au cours de laquelle les sujets doivent alterner entre
deux consignes en fonction d’un signal préparatoire (dans le cas
présent, dire si un chiffre est inférieur à 5 ou s’il est pair ou
impair) ; EEG : électroencéphalographie ;
P300 : onde cérébrale positive dont la latence se situe autour
de 300 ms ; TR : temps de réaction ; PAP :
patients Alzheimer prodromaux ; PASE : Physical
Activity Scale in the Elderly ; PMA : puissance
maximale aérobie ; G-CSF : granulocyte colony
stimulating factor ; LTEQ : Leisure-Time Exercise
Questionnaire ; SMT : stimulation magnétique
transcrânienne ; inhibition interhémisphérique : au cours
d’une tâche manuelle, la contraction des muscles de l’avant-bras
droit s’accompagne d’une activation du cortex moteur controlatéral
et d’une inhibition du cortex moteur ipsilatéral ; SAPD :
score d’activité physique de Dijon.
Seules les études interventionnelles conduites selon un plan
randomisé contrôlé permettent d’établir un lien de cause à effet
entre la condition physique (santé cardio-respiratoire, force
musculaire) et la santé cérébrale ou cognitive. Dans ce type
d’études, les participants sélectionnés à partir de critères
d’inclusion très stricts (e.g., non-contre-indication à la
pratique des activités physiques, sédentarité avérée) sont répartis
de façon aléatoire dans un nombre réduit de groupes expérimentaux
qui subiront des traitements distincts ; par exemple, un
premier groupe suivra un entraînement constitué d’exercices visant
à améliorer la santé cardio-respiratoire (groupe traitement
no 1), un deuxième groupe suivra un entraînement
comprenant des exercices destinés à augmenter la force musculaire
(groupe traitement no 2) et, enfin, un troisième
groupe suivra un entraînement fait d’exercices de relaxation et
d’étirements (groupe contrôle). Les traitements ou, dans le cas
présent, les programmes d’activités physiques mis en place dans ce
type d’études doivent être soigneusement élaborés. Le tableau 2 résume les principales
caractéristiques de ces programmes, que l’expérimentateur doit
méticuleusement choisir en fonction des hypothèses qu’il souhaite
tester et du budget dont il dispose.
Tableau 2 Principaux paramètres des programmes
d’activités physiques dont un expérimentateur doit tenir compte
dans l’élaboration d’une étude interventionnelle sur les effets
chroniques de l’exercice sur la santé cérébrale et cognitive.
| Paramètres |
Solutions conseillées |
| Durée du programme |
Plus de 6 mois |
| Fréquence des séances |
3 fois par semaine ou plus |
| Intensité des exercices pour le groupe
traitement |
Entre 60 et 80 % de FCR |
| Intensité des exercices pour le groupe
contrôle |
Moins de 40 % de FCR |
| Durée des séances |
Entre 30 et 45 minutes à l’intensité cible |
| Type de séance |
Collective (20 personnes maximum) et encadrée
par un ou plusieurs spécialistes en APA |
| Type d’exercices pour le groupe traitement |
Exercices de capacité et puissance aérobie et de
force musculaire |
| Type d’exercices pour le groupe contrôle |
Exercices de relaxation, de prise de conscience du
corps et d’étirement |
| Type d’activités pour le groupe traitement |
Marche soutenue, jogging, natation, cyclisme et
musculation |
| Type d’activités pour le groupe contrôle |
taï-chi-chuan, eutonie, Feldenkrais |
APA : activités physiques adaptées ; FCR :
fréquence cardiaque de réserve.
Le choix des activités réalisées par le groupe contrôle est
crucial. Il est conseillé de prendre deux groupes
contrôles :
- –. un premier groupe contrôle qui ne changera pas ses
habitudes de vie pendant toute la durée du programme (pour estimer
l’effet de la stimulation occasionnée par les relations sociales au
sein d’un groupe) ;
- –. un second groupe contrôle qui pratiquera une activité
physique qui n’est pas censée provoquer une amélioration de la
santé cérébrale et cognitive.
Le choix des participants est également un élément déterminant
de la réussite de l’étude par rapport aux objectifs visés. De façon
à se donner plus de chances d’obtenir un effet positif des
programmes d’activité physique, il faut choisir des participants
ayant un faible niveau d’engagement dans des activités physiques.
Ces personnes seront difficiles à convaincre de participer à
l’étude (voir infra : Changer les habitudes de vie des
seniors), mais elles constitueront la population cible idéale dans
une campagne de prévention cherchant à prolonger l’autonomie des
seniors. Les études interventionnelles sont coÛteuses en temps et
en argent, car elles demandent un suivi, pendant plusieurs mois, de
plusieurs groupes de participants par une équipe de professionnels
qualifiés dans différents domaines (e.g., professeurs
d’activités physiques adaptées, psychologues, neuropsychologues,
diététiciens). Elles se déroulent généralement selon la procédure
décrite sur la figure 1.
Le tableau 3 présente dix études
interventionnelles dont deux seulement sont incluses dans les
récentes méta-analyses de Colcombe et Kramer [19], d’Angevaren
et al. [20] et de Smith et al. [21]. Une
fois encore, toutes ces études présentent des arguments
convaincants en faveur d’une influence positive et effective de
l’exercice chronique sur le vieillissement cérébral et
cognitif.
Tableau 3 Études interventionnelles récentes sur les
effets chroniques de l’exercice sur la santé cérébrale et/ou
cognitive.
| Échantillons |
Caractéristiques du programme |
Interventions |
Mesures de la santé cérébrale et/ou cognitive |
Principaux résultats |
Références |
| 69 seniors (60-79 ans) |
3 × 60 minutes par semaine pendant
6 mois |
GT : exercices aérobies à 60-70 %
FCR
GC : étirements |
Tâche d’Ericksen
IRMf : activation des aires cérébrales |
GT O2-max (16,1 %)
GT coÛt
conflit
GT > GC activation GFM
GT < GC activation CCA |
Colcombe et al.
(2004) - étude 2 [11] |
| 29 seniors (M = 67,3 ans) |
3 × 40-45 minutes par semaine pendant
6 mois |
GT : exercices aérobies
GC : étirements |
IRM : volume de matière grise |
GT O2-max (10,2 %)
GT > GC volume CCA |
Colcombe et al. (2006) [22] |
| 62 seniors (M = 68,2 ans) |
3 × 60 minutes par semaine pendant
6 mois |
GT1 : 80 % d’une RM
GT2 : 50 % d’une RM
GC : travail sans charge |
Mémoire à court terme
Attention
Mémoire épisodique
IGF-1 plasmatique |
GT1 et GT2 > GC
Force musculaire
Sur tous les tests cognitifs
IGF-1 |
Cassilhas et al. (2007) [23] |
| 170 seniors (M = 68,7 ans) |
3-4 × 50 minutes par semaine pendant
6 mois |
GT : activité physique autogérée
GC : vie sédentaire habituelle |
Tests cognitifs de la batterie ADAS |
GT > GC
Score global de la batterie ADAS-Cog |
Lautenschlager et al. (2008) [24] |
| 57 seniors (M = 70,2 ans) |
3 × 60 minutes par semaine pendant
10 mois |
GT : exercices aérobies
à 65-80 % FCR
GC : étirements |
Tâches de TR
Test de Stroop
WCST |
GT > GC
O2-max (18 % pour
GT)
Test de Stroop uniquement |
Smiley-Oyen et al. (2008) [25] |
| 24 seniors (M = 70,7 ans) |
3 × 60 minutes par semaine pendant
12 semaines |
GT : exercices aérobies
à 40-60 % FCR
GC : gymnastique douce |
WCST
VFC |
GT > GC
WCST (erreurs de décision)
VFC (hautes fréquences) |
Albinet et al. (2010) [26] |
| 37 seniors (M = 66,3 ans) |
2 × 60 minutes par semaine pendant
21 semaines |
GT : natation et gymnastique aquatique à
60-80 % FCmax
GC : relaxation, coordination et étirements |
Batteries de 8 tâches sollicitant
3 fonctions exécutives |
GT et GC O2-max (13,9 %)
GT > GC
Inhibition comportementale
Mise à jour MdT |
Audiffren et al. (2010) [27] |
| 44 seniors (62-79 ans) |
3 × 60 minutes par semaine pendant
12 mois |
GT1 : marche soutenue
GT2 : coordination motrice
GC : relaxation et étirements |
Contrôle exécutif
Vitesse perceptive
IRMf : activation des aires cérébrales |
GT1 O2-max (15,7 %)
GT1 et GT2 précision
GT1 et GT2 activation région
préfrontale |
Voelcker-Rehage et al. (2011)
[28] |
| 62 seniors (50-72 ans) |
3 × 50 minutes par semaine pendant
6 mois |
GT1 : marche nordique
GT2 : gymnastique
GC : relaxation et étirements |
Mémoire épisodique
IRM : volume de matière grise |
GT2 mémoire
épisodique
GT1 et GT2 > GC
Volume de matière grise |
Ruscheweyh et al. (2011) [29] |
| 120 seniors (M = 66,6 ans) |
3 × 10-40 minutes par semaine pendant
12 mois |
GT1 : exercices aérobies
GC : exercices d’étirement |
Mémoire spatiale
BDNF plasmatique
IRM : volume hippocampique |
GT1 O2-max (7,8 %)
GT1 volume hippocampe (2 %)
Corrélation mémoire et volume |
Erickson et al. (2011) [30] |
GT : groupe expérimental subissant un traitement supposé
améliorer la santé cérébrale et cognitive ; GC : groupe
contrôle ; FCR : fréquence cardiaque de réserve ;
IRMf : imagerie par résonance magnétique fonctionnelle ;
GT : amélioration significative
du score de la variable concernée entre le prétest et le post-test
pour le groupe expérimental ; GT : diminution significative du score de la
variable concernée entre le prétest et le post-test pour le groupe
expérimental ; coÛt conflit : différence entre les temps
de réponse de la condition congruente (signal de réponse et
distracteurs identiques) et ceux de la condition non congruente
(signal de réponse et distracteurs différents) ;
GT > GC : l’amélioration observée entre le prétest et le
post-test est plus importante chez le groupe expérimental que chez
le groupe contrôle ; O2-max : volume maximal
d’oxygène utilisé par l’organisme au cours d’un exercice
d’intensité croissante ; GFM : gyrus frontal
médian ; CCA : cortex cingulaire antérieur ;
80 % RM : signifie que le sujet travaille à 80 % de
la charge maximale qu’il peut soulever sur une seule
répétition ; IGF-1 : facteur 1 de croissance de
l’insuline ; ADAS : Alzheimer Disease Assessment
Scale ; TR : temps de réaction ; WCST :
Wisconsin Card Sorting Test ; erreurs de
décision : nombre d’essais pour lesquels le sujet donne une
solution erronée au problème posé ; FCmax :
fréquence cardiaque maximale ; MdT : mémoire de
travail ; VFC : variabilité de la fréquence
cardiaque.
De nombreuses études sont également réalisées chez l’animal pour
déterminer les mécanismes neurophysiologiques qui sous-tendent les
effets observés chez l’humain. Ces études, généralement assez
invasives, sont présentées plus loin (Mécanismes sous-jacents).
Caractéristiques des programmes d’activités physiques induisant
les effets les plus importants sur les fonctions cognitives des
seniors
Nous partirons des caractéristiques listées dans le tableau 2 pour discuter des conditions optimales
à mettre en place pour obtenir un effet positif, d’amplitude
modérée, de l’exercice sur la santé cognitive des seniors. Nous
nous baserons sur les résultats de trois méta-analyses et d’autres
publications plus spécifiques pour étayer notre argumentation
[19-21]. Le premier paramètre important est la durée du programme
d’activités physiques. Étant donné que nous nous intéressons à des
effets chroniques susceptibles de modifier l’anatomie de certaines
structures cérébrales, il faut suffisamment de temps pour que ces
mécanismes se mettent en place et entraînent des effets observables
au niveau biologique puis au niveau comportemental. La question est
donc ici de déterminer la durée minimale pour observer des effets
positifs au niveau comportemental. À notre connaissance, aucune
étude ne s’est spécifiquement intéressée à cette question. Seule la
méta-analyse de Colcombe et Kramer [19] apporte des éléments précis
sur ce point. Se basant sur 18 études interventionnelles
publiées entre 1966 et 2001 et conduites sur des échantillons de
seniors sans pathologie du système nerveux central, ces auteurs
montrent que ce sont les programmes dont la durée excède 6 mois qui
donnent lieu aux effets les plus grands (g = 0,674). Il est
cependant surprenant de noter que les programmes courts (1 à 3
mois) donnent lieu à des effets d’amplitude significativement plus
grande que les programmes de durée moyenne (4 à 6 mois) :
respectivement 0,522 contre 0,269. Aucune explication n’est donnée
concernant ce paradoxe, mais il est possible que des phénomènes
d’apprentissage à court terme et/ou de motivation expliquent en
partie les effets plus importants des programmes très courts. Quoi
qu’il en soit, il semble que la durée minimale pour obtenir des
améliorations significatives et durables de la performance
cognitive se situe aux alentours de 3 à 5 mois [26, 27]. Il
est très probable que la durée minimale pour observer des effets
comportementaux dépend aussi de la fréquence des séances
d’entraînement. On peut supposer que plus la fréquence sera
importante, plus la durée minimale nécessaire pour observer des
effets positifs sera courte.
La fréquence des séances d’entraînement est ainsi un deuxième
paramètre déterminant de la réussite du programme d’activités
physiques mis en place dans une étude interventionnelle. Il semble
exister une relation dose-réponse entre la quantité d’activité
physique pratiquée et la santé. L’Institut américain de médecine du
sport (American College of Sport Medicine) recommande, par
exemple, de pratiquer au moins cinq séances de 30 minutes
d’activités physiques d’intensité modérée par semaine ou cinq
séances de 20 minutes d’activités d’intensité vigoureuse, ou encore
une combinaison équivalente des deux options [31]. L’une des
barrières à la pratique régulière d’une activité physique étant la
difficulté à participer à d’autres activités concurrentes (par
exemple, s’occuper de ses petits-enfants, participer à des
activités culturelles ou ludiques), il est capital que le programme
d’activités physiques ne soit pas trop contraignant au niveau de
l’emploi du temps (voir infra : Changer les habitudes
de vie des seniors). Un bon compromis est de proposer cinq créneaux
d’activités physiques par semaine et de donner comme consigne de
participer au minimum trois fois par semaine en cherchant chaque
fois que c’est possible à participer à l’ensemble des cinq séances
hebdomadaires.
L’intensité des exercices physiques est le troisième paramètre
fondamental du programme d’activités physiques et peut être l’un
des deux paramètres les plus critiques du programme avec sa durée.
L’intensité est intimement liée au type d’activités proposées. Nous
verrons dans la section Mécanismes sous-jacents que différents
mécanismes physiologiques, supposés sous-tendre les effets
bénéfiques de l’activité physique sur la santé cérébrale et
cognitive, nécessitent une intensité d’exercice modérée à
vigoureuse. Généralement, l’intensité de l’exercice est exprimée en
pourcentage du O2-max
utilisé au cours d’un exercice incrémentiel ou, plus, pratiquement
en pourcentage de la fréquence cardiaque maximale
(FCmax) ou de la FCR
(FCR = FCmax - FCrepos). Toujours selon
l’Institut américain de médecine du sport, une intensité faible
correspond à 20-39 % de la FCR, une intensité modérée à
40-59 % de FCR et une intensité élevée à 60-84 % de la
FCR [31]. En conséquence, l’intensité des exercices dans le groupe
traitement doit excéder 40 % de la FCR pour entraîner une
amélioration significative de la santé cardio-respiratoire et
cardio-vasculaire supposée responsable de la santé cérébrale et
cognitive. Inversement, l’intensité doit être inférieure à
40 % de la FCR pour le groupe contrôle. La grande majorité des
études interventionnelles recensées dans les trois méta-analyses
mentionnées plus haut comparent un groupe traitement pratiquant une
activité physique d’intensité modérée à élevée à un groupe contrôle
pratiquant une activité de faible intensité.
La durée des séances d’entraînement est un paramètre moins
critique mais qu’il convient néanmoins de fixer avec soin. La
méta-analyse de Colcombe et Kramer montre, en effet, que les
séances de 31 à 45 minutes donnent lieu à un effet
significativement plus grand (g = 0,614) que celles de 46 à
60 minutes (g = 0,466) et que celles de 15 à 30 minutes
(g = 0,176). Les personnes âgées sédentaires se fatiguant
relativement vite, il convient de ne pas dépasser 60 minutes
d’entraînement par séance. En général, les séances d’entraînement
comprennent trois phases : une phase de préparation, une phase
de travail à l’intensité cible (corps de séance proprement dit) et
une phase de retour au calme. Considérant les différents éléments
mentionnés ci-dessus, il est bon que les séances d’entraînement
aient une durée maximale de 60 minutes avec un corps de séance de
30 à 45 minutes.
Le type de séance d’entraînement peut se décliner selon quatre
questions :
- –. les séances se déroulent-elles individuellement ou
collectivement ?
- –. se déroulent-elles sous la supervision d’un ou de
plusieurs professionnels de l’entraînement, ou sous le seul
contrôle du participant ?
- –. sont-elles personnalisées ou standardisées pour
l’ensemble des participants ?
- –. se déroulent-elles à domicile ou dans des
installations extérieures appropriées ?
À notre connaissance, la supériorité d’un type de séance par
rapport aux autres, concernant les bénéfices sur la santé cérébrale
et cognitive, n’a jamais été clairement montrée dans la
littérature. Il est toutefois établi que les bénéfices
cardio-respiratoires sont bien plus importants lorsque l’intensité
des exercices est individualisée et adaptée aux capacités de chacun
[31]. Bien entendu, les séances individuelles standardisées à
domicile sous le seul contrôle du participant sont les moins
coÛteuses pour le promoteur de l’étude. Elles présentent cependant
deux inconvénients majeurs :
- –. il est très difficile de contrôler la qualité et
l’intensité des entraînements réellement effectués par les
participants ;
- –. le matériel et/ou l’espace à disposition des
participants est généralement très limité.
Nous recommandons donc, si les moyens financiers le permettent,
des séances collectives, de 20 participants maximum, encadrées
par un ou deux professionnels qui personnaliseront les exercices en
fonction des caractéristiques individuelles et utiliseront des
équipements et des installations adaptés à leurs objectifs. Il est
important que les types de séance soient comparables dans le groupe
traitement et dans le groupe contrôle, afin de contrôler les
interactions sociales et de ne pas introduire de variables
confondues. Il faut également prendre soin que le principe de
progressivité dans l’augmentation de la charge soit respecté quel
que soit le type de séance choisie.
Le type d’exercices et d’activités réalisés au cours des séances
doit être compatible avec les objectifs à atteindre en termes
d’intensité d’exercice. Par exemple, il est relativement facile de
faire travailler des participants à des intensités allant de 40 à
85 % de la FCR avec des activités telles que la marche, le
jogging, le cyclisme, la natation ou le ski de fond, qui permettent
de développer la capacité et la puissance aérobie. Si l’on souhaite
en revanche faire pratiquer une activité d’intensité inférieure à
40 % de la FCR, il faudra plutôt choisir des exercices
d’étirement, de coordination intersegmentaire, d’équilibre
postural, de prise de conscience du corps que l’on peut trouver
dans des activités telles que le yoga, le taï-chi-chuan, la
gymnastique douce, l’eutonie ou la méthode Feldenkrais, ces deux
dernières activités corporelles insistant sur la relaxation, le
contrôle du tonus musculaire, la dissociation segmentaire et/ou la
focalisation de l’attention sur les informations somesthésiques et
kinesthésiques. La méta-analyse de Colcombe et Kramer montre, par
ailleurs, que les programmes combinés d’exercices aérobies et
d’exercices de musculation donnent lieu à des effets d’importance
significativement plus élevée (g = 0,59) que les programmes
seulement constitués d’exercices aérobies (g = 0,41). Ce
résultat a été confirmé par la méta-analyse de Smith
et al. [25]. Il est enfin important de remarquer que
toutes les activités qui viennent d’être listées sont des pratiques
individuelles dans lesquelles les activités de coopération et
d’opposition entre les participants sont très limitées, voire
absentes. Les activités de coopération impliquent de planifier des
actions à plusieurs partenaires – comme, par exemple, le
développement d’un schéma tactique lors d’une montée offensive ou
d’un repli défensif en sport collectif. Les activités d’opposition
impliquent de planifier, d’inhiber et de modifier rapidement des
actions en fonction du comportement d’un ou de plusieurs
adversaires comme, par exemple, dans les sports de combat lors
d’une feinte d’attaque réalisée par l’adversaire. On pourrait ainsi
très bien envisager d’utiliser des activités collectives
d’opposition sollicitant de manière plus importante la vitesse de
traitement de l’information et certaines fonctions exécutives
telles que la planification, l’inhibition comportementale et la
flexibilité cognitive, et d’examiner si ce type d’activités
entraîne des effets plus grands sur certaines fonctions cognitives.
À notre connaissance, aucune étude ne s’est encore intéressée à
cette question chez les seniors.
La colonne de droite du tableau 2
résume les recommandations développées dans cette section et fixe
les valeurs des paramètres qui nous paraissent les plus appropriées
pour obtenir un effet positif de l’exercice chronique sur la santé
cérébrale et cognitive. Ces recommandations sont partagées par
d’autres spécialistes du domaine [32].
Sélectivité de l’effet de l’exercice chronique sur les
processus cognitifs
Nous avons vu plus haut que l’effet positif de la pratique
régulière d’une activité physique sur la cognition était
aujourd’hui clairement établi par des études épidémiologiques,
transversales et interventionnelles. L’objectif de cette troisième
section est d’examiner si l’effet de l’exercice affecte
positivement l’ensemble des fonctions cognitives ou s’il affecte
seulement certaines d’entre elles. Bien entendu, seules les
fonctions subissant un effet délétère du vieillissement cérébral
nous intéresseront ici. Par exemple, l’allongement de la vitesse du
traitement de l’information observé au cours du vieillissement
explique un fort pourcentage de la variance de l’effet de l’âge sur
l’ensemble des fonctions cognitives. Ainsi, on pourrait s’attendre
à ce que l’allongement de la vitesse de traitement observé avec
l’âge soit réduit fortement par les effets positifs de l’activité
physique. Selon un autre point de vue, on pourrait s’attendre à ce
que ce soient les fonctions exécutives, sous-tendues en grande
partie par le cortex préfrontal, celles-là et celui-ci étant tous
deux très altérés par le vieillissement cérébral, qui bénéficient
le plus des effets de l’activité physique. Enfin, la diminution des
performances cognitives observées au cours du vieillissement
s’explique aussi largement par une réduction des fonctions
sensorielles. On pourrait donc s’attendre, en ce cas, à ce que ce
soient les fonctions sensorielles qui bénéficient le plus de
l’effet chronique de l’exercice, et, par contrecoup, à ce que
l’ensemble des fonctions cognitives s’appuyant sur les fonctions
sensorielles soient positivement affectées par l’exercice.
Une fois encore, la méta-analyse de Colcombe et Kramer [19] a
été la première à montrer que les différentes fonctions cognitives
ne sont pas toutes affectées de la même manière. Dans leur
méta-analyse, l’importance des effets de l’exercice était calculée
en comparant les performances observées en prétest et en post-test,
d’une part, pour le groupe traitement et, d’autre part, pour le
groupe contrôle. Ces auteurs distinguaient, par ailleurs, quatre
types de tâches :
- –. les tâches de vitesse qui sollicitent des processus
sensorimoteurs de bas niveau (e.g., tâche de temps de
réaction [TR] simple) ;
- –. les tâches visuospatiales qui sollicitent des
processus cognitifs de transformation ou de rappel d’une
information visuelle ou spatiale (e.g., tâche de rétention
visuelle de Benton) ;
- –. les tâches contrôlées qui nécessitent un contrôle
attentionnel mais n’impliquent pas les fonctions exécutives
(e.g., tâche de TR de choix) ;
- –. les tâches exécutives qui sollicitent les fonctions
exécutives telles que la planification des actions, l’inhibition
comportementale, la flexibilité cognitive ou la mise à jour de la
mémoire de travail (e.g., tâche d’Ericksen qui sollicite
l’inhibition de réponses associées à des signaux non congruents
présentés de façon concomitante au signal de réponse).
À partir de cette classification, ils montrent que l’effet de
l’exercice est significativement plus grand dans les tâches
exécutives (g = 0,68) que dans tous les autres types de
tâches dont les amplitudes d’effet ne se distinguent pas
significativement les unes des autres : respectivement 0,461
pour les tâches contrôlées, 0,426 pour les tâches visuospatiales et
0,274 pour les tâches de vitesse.
Dans leur méta-analyse, Angevaren et al. [20] se
sont basés sur 11 études interventionnelles publiées entre
1989 et 2002, réalisées auprès de seniors sans pathologie du
système nerveux central. Ils ont choisi de calculer l’amplitude de
l’effet en comparant les performances du groupe traitement et
celles du groupe contrôle uniquement en post-test. Ils ont
distingué 11 fonctions cognitives :
- –. la vitesse cognitive (e.g., tâche de TR simple
ou de choix) ;
- –. la mémoire verbale (e.g., tâche
d’apprentissage auditivoverbal de Rey, listes I-V) ;
- –. la mémoire visuelle (e.g., test de rétention
de Benton) ;
- –. la mémoire de travail (e.g., tâche d’empan de
symboles à rebours) ;
- –. la mémoire à long terme (e.g., tâche de rappel
différé) ;
- –. les fonctions exécutives (e.g., test de
fluence verbale) ;
- –. la perception (e.g., tâche de reconnaissance
faciale) ;
- –. l’inhibition cognitive (e.g., tâche stop dans
laquelle le sujet doit interrompre soudainement un processus
cognitif ou une action en cours de réalisation) ;
- –. l’attention visuelle (e.g., tâche de recherche
de lettres) ;
- –. l’attention auditive (e.g., tâche d’empan de
symboles) ;
- –. la fonction motrice (e.g., tâche de tapotement
du doigt).
Si l’on prend en compte leurs résultats sur la comparaison entre
programmes d’exercices aérobies et programmes d’exercices
d’étirement et d’équilibre postural, aucun effet ne s’avère
significatif. En revanche, si l’on se base sur la comparaison
programmes d’exercices aérobies versus pas d’intervention,
on obtient deux effets significatifs : sur l’attention
visuelle, avec une amplitude d’effet de 0,52, et sur la fonction
motrice, avec une amplitude de 1,17. Enfin, si l’on compare l’effet
des programmes d’exercices aérobies à tout autre type
d’intervention (programmes d’exercices de musculation, d’étirement
et d’équilibre postural, d’entraînement mental ou de séances
d’interactions sociales autour de thématiques variées), on obtient
là aussi deux effets significatifs : sur la vitesse cognitive
(g = 0,24) et sur l’attention visuelle
(g = 0,26).
La méta-analyse de Smith et al. [21] portait quant à
elle sur un ensemble de 29 essais contrôlés randomisés
réalisés sur des échantillons de personnes de plus de 18 ans,
avec ou sans pathologie du système nerveux central. L’amplitude de
l’effet était là aussi estimée à partir de la comparaison entre
groupe traitement et groupe contrôle en post-test. Les auteurs
distinguent quatre grands domaines :
- –. l’attention et la vitesse de traitement (e.g.,
tâche de TR simple et de choix) ;
- –. les fonctions exécutives (e.g., interférence
de Stroop) ;
- –. la mémoire de travail (e.g., tâche d’empan de
symboles) ;
- –. la mémoire déclarative (e.g., test
d’apprentissage auditivoverbal de Rey).
Ces auteurs ont observé un effet positif, de faible ampleur, de
l’exercice chronique sur l’attention et la vitesse de traitement
(g = 0,158), les fonctions exécutives (g = 0,123) et
la mémoire déclarative (g = 0,128). L’effet sur la mémoire
de travail n’était pas significatif.
On voit que les résultats de ces trois méta-analyses conduisent
à des conclusions radicalement différentes quant à la sélectivité
des effets de l’exercice chronique sur les fonctions cognitives. De
manière globale, on constate que l’exercice chronique affecte un
vaste répertoire de fonctions cognitives. La méta-analyse de
Colcombe et Kramer, et certaines études transversales et
interventionnelles, suggèrent cependant que certaines fonctions
seraient plus sensibles que d’autres à l’effet positif de
l’exercice chronique. D’autres études seront requises pour répondre
à cette question spécifique, avec au moins trois précautions
méthodologiques à prendre. Premièrement, plusieurs mesures de
performance peuvent être extraites d’une même tâche cognitive, mais
ces différentes variables dépendantes peuvent rendre compte des
variations de variables latentes distinctes. Par exemple, dans la
tâche de génération aléatoire de chiffres, le score d’adjacence est
un bon indicateur de l’efficience des processus d’inhibition du
comptage alors que le score de redondance est censé refléter la
mise à jour de la mémoire de travail [33]. Il conviendra donc, pour
une tâche donnée, de justifier théoriquement le choix d’une
variable dépendante particulière dans sa représentativité d’une
fonction cognitive cible. Deuxièmement, même si elle reflète une
fonction donnée, une mesure de performance extraite d’une tâche
n’est pas une pure mesure de cette fonction. Seule une part de sa
variance explique la fonction cognitive qu’elle représente. Il sera
donc préférable d’utiliser une approche multivariée plutôt
qu’univariée dans l’étude de l’effet de l’exercice chronique sur la
cognition. Ainsi, l’utilisation d’une batterie de trois tâches
cognitives pour chaque fonction cognitive cible paraît appropriée,
une analyse factorielle confirmatoire permettant de déterminer le
pourcentage de variance expliquée par chacune des trois variables
dépendantes sélectionnées. Troisièmement, il semblerait que des
tâches cognitives sollicitant la même fonction cognitive n’aient
pas la même sensibilité à l’effet de l’exercice chronique. Deux
études utilisant une approche multivariée réalisées dans notre
laboratoire montrent en effet que pour la fonction d’inhibition,
par exemple, certaines tâches montrent un effet significatif de
l’exercice chronique alors que d’autres non [27, 34]. Avant
d’entreprendre des études interventionnelles coÛteuses sur les
effets de l’exercice chronique sur le vieillissement cognitif, il
faudra donc être sÛr que les tâches sélectionnées pour représenter
une même fonction cognitive sont bien toutes trois sensibles à
l’effet de l’exercice chronique.
Mécanismes sous-jacents
Maintenant que le lien de cause à effet entre l’exercice
physique chronique et l’amélioration des performances cognitives
chez les seniors a été clairement argumenté, il est important
d’examiner les différents mécanismes neurophysiologiques ou
psychologiques qui peuvent expliquer cette relation. Cinq
principaux mécanismes induits par la pratique régulière d’une
activité physique ont été évoqués dans la littérature et seront
discutés dans cet article :
- –. une augmentation du débit sanguin cérébral régional
dans certaines aires corticales ;
- –. une augmentation de la plasticité
synaptique ;
- –. une augmentation de la neurogenèse ;
- –. une augmentation des catécholamines
cérébrales ;
- –. une augmentation de l’effort investi dans les tâches
cognitives.
L’hypothèse de l’augmentation du flux sanguin cérébral, mieux
connue sous le nom d’hypothèse circulatoire [25], est certainement
le mécanisme le plus souvent évoqué pour expliquer l’effet positif
de l’exercice sur le vieillissement cognitif. Elle considère que
l’exercice chronique aérobie provoque une augmentation de la
perfusion cérébrale et du flux sanguin régional. Au cours du
vieillissement cérébral non pathologique chez l’homme, on observe
généralement une baisse du flux sanguin cérébral au repos, une
diminution de l’activité cérébrale de base, surtout dans les
régions frontales, et une baisse du flux sanguin cérébral régional
mesuré dans les régions frontales au cours de tâches impliquant un
contrôle exécutif [35, 36]. Chez les patients atteints de la
maladie d’Alzheimer, il est également courant d’observer un
dysfonctionnement cérébrovasculaire provoqué par une angiopathie
amyloïde cérébrale qui participe à une hypoperfusion régionale, une
réduction du métabolisme cérébral et un déclin cognitif [37].
Quelques études menées chez l’animal [38] et chez l’homme [39]
suggèrent que l’exercice aérobie chronique augmente la perfusion
cérébrale et conduit à l’apparition de nouveaux capillaires
cérébraux, phénomène connu sous le nom d’angiogenèse [3]. Il semble
ainsi raisonnable de penser que l’on puisse augmenter la perfusion
cérébrale et le flux sanguin cérébral dans certaines régions
cérébrales, notamment les zones frontales et pariétales du cortex,
par la pratique régulière d’une activité physique d’intensité
modérée à élevée. L’intégrité hémodynamique de ces régions,
particulièrement vulnérables au déficit de flux sanguin avec
l’avancée en âge, et siège des fonctions exécutives, serait ainsi
préservée, voire améliorée, par l’exercice physique aérobie. Cela
aurait pour conséquence un maintien, voire une augmentation des
performances cognitives au cours du vieillissement. Cette hypothèse
n’a, jusqu’à présent, reçu que très peu de preuves empiriques
directes chez l’homme.
L’hypothèse de l’augmentation de la plasticité synaptique
provient initialement des études réalisées chez l’animal sur
l’influence de la privation ou de l’enrichissement des stimulations
environnementales sur le développement du cerveau, sur les
apprentissages et, plus récemment, sur la potentialisation à long
terme (PLT). L’un des précurseurs de cette hypothèse est Donald
Hebb, neuroscientifique célèbre, également à l’origine de
l’hypothèse du renforcement de l’efficacité de la transmission
synaptique sous l’effet d’un apprentissage. L’hypothèse de
l’augmentation de la plasticité synaptique considère que, sous
l’effet de nouvelles expériences sensorielles et motrices liées à
la pratique des activités physiques, le réseau de connectivité
cérébral va se modifier en créant de nouvelles connexions
(synaptogenèse) ou en renforçant l’efficacité de la transmission
synaptique de certaines connexions (PLT). Cette hypothèse a déjà
reçu de nombreuses vérifications chez l’animal [3] mais jamais chez
l’homme. L’induction de ce phénomène serait donc surtout provoquée
par la confrontation des participants à de nouvelles tâches
sensorimotrices à réaliser, et à de nouveaux problèmes
sensorimoteurs à résoudre.
L’hypothèse de l’augmentation de la neurogenèse est relativement
récente, car il y a encore quelques décennies, le phénomène de
neurogenèse chez l’animal ou l’homme adulte était contesté et peu
enseigné. Aujourd’hui, le phénomène est établi chez un nombre
limité d’espèces (e.g., rongeurs, primates) et dans un
nombre limité de régions cérébrales (e.g., hippocampe,
néocortex) [40]. Il a par ailleurs été montré chez l’animal que
l’exercice physique chronique facilite la neurogenèse [3] et que
ces nouveaux neurones parviennent à s’intégrer dans des réseaux de
connectivité tout à fait fonctionnels. Dans cette perspective,
Pereira et al. [41] ont observé une neurogenèse au
niveau du gyrus denté de l’hippocampe à la fois chez la souris et
chez l’homme (jeunes adultes) suite à un programme d’exercices
physiques. L’augmentation du volume cérébral était, par ailleurs,
corrélée à l’amélioration de la santé cardio-respiratoire et des
performances cognitives (tâche d’apprentissage auditivoverbal de
Rey). Une étude plus récente d’Erickson et al. [30]
ayant montré qu’un programme d’activités physiques aérobies de 6
mois entraîne une augmentation du volume de l’hippocampe de
2 %, associée à une amélioration des performances de la
mémoire spatiale, on peut supposer que ce mécanisme de neurogenèse
hippocampique ou néocorticale induite par l’exercice chronique
participe à l’amélioration de la santé cérébrale et cognitive des
seniors.
L’hypothèse de l’augmentation des catécholamines cérébrales,
mieux connue sous le nom d’hypothèse dopaminergique, considère que
l’exercice chronique aérobie provoque une libération cérébrale de
catécholamines (dopamine, noradrénaline) et conduit à la longue à
une augmentation des récepteurs dopaminergiques centraux, notamment
dans les régions préfrontales. Le vieillissement cérébral
s’accompagne généralement d’une détérioration des voies
dopaminergiques. Une baisse générale de la concentration de
dopamine cérébrale ainsi qu’une baisse du taux de dopamine
cérébrale nécessaire au bon fonctionnement des fonctions exécutives
ont ainsi été observées chez des personnes ayant un vieillissement
cérébral normal [42]. Différentes maladies du système nerveux
central liées au vieillissement cérébral (e.g., maladie de
Parkinson, maladie d’Alzheimer) sont également caractérisées par
une réduction anormale du taux de dopamine dans les noyaux gris
centraux, associée à des déficits cognitifs. On sait par ailleurs,
grâce à des études menées chez l’homme et chez l’animal, que les
performances dans des tâches qui sollicitent les fonctions
exécutives préfrontales sont sensibles au taux de dopamine
cérébrale [43]. Ainsi, de faibles doses d’agonistes des récepteurs
à dopamine D1 améliorent la mémoire de travail et le contrôle de
l’attention [44], alors que des niveaux élevés de dopamine
cérébrale affectent négativement les fonctions exécutives
préfrontales [45]. Enfin, plusieurs études essentiellement menées
chez l’animal montrent que l’exercice chronique aérobie augmente le
nombre de récepteurs dopaminergiques D2 dans les régions striatales
et facilite la synthèse de dopamine cérébrale [3]. Il est donc tout
à fait plausible d’envisager que la pratique régulière d’une
activité physique aérobie, connue pour induire une libération
cérébrale de catécholamines, entraîne avec le temps une
modification du taux d’occupation des récepteurs dopaminergiques
dans différentes régions cérébrales telles que le cortex préfrontal
et le striatum et donc une amélioration des fonctions cognitives
fortement sous-tendues par les voies dopaminergiques. Cette
hypothèse n’a, à notre connaissance, jamais été testée directement
chez l’homme. Elle pourrait cependant l’être grâce, notamment, à
l’utilisation de la tomographie par émission de positons (TEP) avec
le marqueur 18F-fallypride, un ligand très sélectif se
fixant sur les récepteurs dopaminergiques D2 et D3, afin de mesurer
le taux d’occupation de ces récepteurs dans les régions striatales
et extrastriatales au repos.
Ces quatre premières hypothèses seraient toutes sous-tendues par
un même mécanisme moléculaire connu sous le nom d’hypothèse
neurotrophique. Différentes études réalisées chez l’animal
montrent, en effet, que l’exercice entraîne la libération de
facteurs neurotrophiques qui augmentent la plasticité cérébrale,
notamment en participant à l’angiogenèse, la neurogenèse, la
synaptogenèse et la synthèse de neurotransmetteurs [3, 46].
Les trois principaux facteurs neurotrophiques identifiés à ce jour
sont :
- –. le facteur neurotrophique dérivé du cerveau
(brain-derived neurotrophic factor [BDNF]), une protéine
déterminante dans la plasticité cérébrale, les apprentissages et la
neurogenèse hippocampique ;
- –. le facteur de croissance de l’endothélium vasculaire
(vascular endothelial-derived growth factor [VEGF]), une
protéine dont le rôle principal est de stimuler
l’angiogenèse ;
- –. le facteur de croissance 1 de l’insuline
(insulin-like growth factor 1 [IGF-1]), une hormone
peptidique sécrétée par le foie, qui stimule la croissance des
cartilages, passe la barrière hématoencéphalique et stimule la
neurogenèse et l’angiogenèse.
La figure
2 synthétise les principaux mécanismes neurophysiologiques
et moléculaires qui pourraient participer à l’amélioration des
performances cognitives sous l’effet de la pratique régulière
d’activités physiques. D’autres mécanismes moléculaires impliquant,
par exemple, l’oxyde nitrique [47] ou les dérivés réactifs de
l’oxygène [48] ont été envisagés mais ne seront pas développés
ici.
L’hypothèse de l’augmentation de l’effort investi a été évoquée
dans différents articles [20] mais n’a jamais été testée
expérimentalement jusqu’à maintenant. Elle se distingue des
hypothèses précédentes, car elle fait appel à un mécanisme
psychologique pour expliquer l’effet positif de l’exercice
chronique sur certaines tâches ou fonctions cognitives. Cette
hypothèse considère que des individus confrontés à un programme
d’activités physiques qui demande un engagement conséquent
développent des compétences et des métacognitions dans le domaine
de la gestion de l’effort mental. Ces dernières seraient ensuite
réinvesties lors de la réalisation de tâches cognitives nécessitant
un investissement en effort mental. La mise à l’épreuve de cette
hypothèse nécessitera la mesure de l’investissement en effort
mental au cours des tâches cognitives ainsi que la mesure des
métacognitions relatives à l’effort mental en prétest et en
post-test.
Tous les mécanismes explicatifs évoqués ci-dessus ne sont bien
entendu pas exclusifs et peuvent très bien coexister selon les
caractéristiques du programme d’activités physiques mis en place.
Il conviendra dans l’avenir d’inclure des mesures
neurophysiologiques et psychophysiologiques en liaison avec les
différentes hypothèses listées plus haut afin d’examiner, grâce à
l’utilisation d’analyses de régression, la contribution relative de
chacun de ces mécanismes à l’amélioration des performances
cognitives chez les seniors suite à un programme d’activités
physiques.
Modérateurs des effets positifs de l’exercice chronique sur le
vieillissement cognitif et cérébral
Différents facteurs peuvent atténuer ou amplifier la relation
supposée directe entre l’exercice chronique et le vieillissement
cérébral et cognitif. Ces facteurs sont communément appelés des
modérateurs. Deux modérateurs de cette relation de cause à effet
ont été mis en évidence par la méta-analyse de Colcombe et Kramer
[19]. Le premier facteur est l’âge des seniors, la question étant
de savoir si l’ampleur de l’effet positif de l’exercice chronique
est plus importante chez des jeunes seniors (55 à 65 ans), des
seniors d’âge médian (66 à 70 ans) ou des vieux seniors (71 à
80 ans). La méta-analyse montre que l’effet est
significativement plus important chez les seniors d’âge médian
(g = 0,693) que chez les vieux seniors (g = 0,549) ou
les jeunes seniors (g = 0,298), l’effet étant aussi
significativement plus grand chez les vieux seniors que chez les
jeunes seniors. Ces données ont été confirmées dans une étude
transversale réalisée dans notre laboratoire [34]. L’effet de
l’activité physique était significativement plus important chez
30 vieux seniors (71 à 81 ans) que chez 30 jeunes
seniors (60 à 70 ans) pour deux fonctions exécutives :
l’inhibition comportementale et la mise à jour de la mémoire de
travail. Cela suggère que l’organisme serait plus sensible aux
effets positifs de l’exercice à partir de 65 ans, que cet
effet se prolonge jusqu’à un âge avancé et qu’il est donc
recommandé de continuer à pratiquer une activité physique avec
l’avancée en âge.
Le deuxième modérateur mis en évidence par Colcombe et Kramer
est le sexe des participants. Leur méta-analyse met en effet
clairement en évidence que les femmes sont significativement plus
sensibles à l’effet positif de l’exercice chronique
(g = 0,604) que les hommes (g = 0,150). Cet effet
modérateur du sexe pourrait être expliqué par le fait que certaines
femmes suivent un traitement hormonal de substitution à base
d’œstrogènes après la ménopause, et que ce traitement agit sur la
fabrication intracérébrale de BNDF et magnifie l’effet chronique de
l’exercice sur la santé cérébrale et cognitive. Une étude
d’Erickson et al. [49] a confirmé cette hypothèse.
Parmi 54 femmes âgées de 54 à 80 ans, ce sont celles qui
avaient suivi un traitement hormonal de substitution de courte
durée et qui avaient la meilleure condition physique qui ont montré
les effets bénéfiques les plus élevés au niveau du volume cérébral
de matière grise des cortex préfrontaux droit et gauche et des
performances au test de classement de cartes du Wisconsin (moins
d’erreurs de persévération). Il est également intéressant de noter,
d’une part, qu’un traitement hormonal de longue durée était associé
aux performances les moins bonnes au test du Wisconsin et au volume
de matière grise le plus réduit dans les deux cortex préfrontaux
et, d’autre part, qu’une bonne santé cardio-respiratoire parvenait
à compenser cet effet délétère.
Le troisième modérateur concerne les habitudes alimentaires des
participants, la question étant de savoir si celles-ci peuvent
affecter l’amplitude de l’effet de l’exercice chronique sur le
vieillissement cérébral et cognitif. Depuis 5 ans environ,
différentes études ont mis en évidence que le régime alimentaire
peut influencer spécifiquement certains mécanismes moléculaires
impliqués dans le fonctionnement cognitif [50]. Par exemple, un
régime riche en acide gras oméga-3, tel que l’acide
docosahexaénoïque (DHA) que l’on peut trouver dans les poissons
gras et le krill (une sorte de crevette vivant dans l’océan
Atlantique) semble avoir des effets positifs sur les processus
cognitifs chez l’homme [51] et interagir positivement avec l’effet
de l’exercice sur la plasticité synaptique [52]. Un apport
alimentaire important de fruits, de légumes et de flavonoïdes,
sources d’antioxydants, a également été associé à de meilleures
performances cognitives et à un moindre risque de maladie
d’Alzheimer [53]. L’activité physique augmentant le stress oxydant,
un apport adéquat en nutriments antioxydants devrait potentialiser
ses effets. Par ailleurs, l’apport énergétique journalier total est
très lié à l’activité physique. Or, certaines études ont montré
qu’un apport énergétique excessif était associé à un risque accru
de maladie d’Alzheimer, surtout chez les porteurs de
l’apolipoprotéine E epsilon 4 (APOE*4) [54]. Il est donc tout
à fait possible que les habitudes alimentaires puissent magnifier
les effets positifs de l’exercice chronique sur le vieillissement
cérébral et cognitif. À notre connaissance, une seule étude
réalisée par Wu et al. chez l’animal [52] a examiné le
rôle modérateur du régime alimentaire sur l’effet positif de
l’exercice. De futurs essais contrôlés randomisés réalisés chez
l’homme seront indispensables pour tester cette hypothèse
particulièrement intéressante.
Le quatrième modérateur concerne le patrimoine génétique des
participants et constitue en fait une famille de modérateurs liés à
trois polymorphismes génétiques susceptibles d’interagir avec les
effets positifs de l’exercice chronique. Le premier polymorphisme,
celui du gène de l’APOE, favorise le développement de
l’athérosclérose et des maladies cardio-vasculaires [55]. Il a été
montré que les individus porteurs de l’allèle APOE*4 et
ayant un faible niveau d’activité physique présentaient un risque
plus élevé de développer un déclin cognitif et la maladie
d’Alzheimer au cours du vieillissement [5, 6, 8]. Une
étude récente suggère même que l’effet positif de l’exercice
physique chronique sur la cognition est plus important chez les
individus porteurs du génotype APOE*4 [56]. Cependant, ces
résultats relatifs au rôle modérateur du polymorphisme de
l’APOE sur les effets de l’exercice chronique restent très
controversés et des études interventionnelles sont nécessaires pour
confirmer cette hypothèse.
Le deuxième polymorphisme susceptible de jouer un rôle
modérateur dans la relation exercice-vieillissement cérébral et
cognitif est celui du gène du BDNF. Son implication est fortement
suggérée par les mécanismes neurophysiologiques qui sont supposés
sous-tendre l’effet positif de l’exercice sur la plasticité
cérébrale (voir section 4). Le gène du BDNF peut
posséder un allèle méthionine (Met) ou valine (Val). Plusieurs
études récentes ont montré que les performances cognitives et le
volume cérébral étaient réduits chez les porteurs de l’allèle Met
par comparaison à ceux des homozygotes Val [57]. Il a par ailleurs
été montré que la concentration intracérébrale de BDNF augmentait
significativement avec la pratique régulière d’une activité
physique [46], ainsi qu’avec la restriction alimentaire ou les
régimes riches en acides oméga-3 [50]. Les effets de l’activité
physique pourraient donc interagir avec le polymorphisme du gène du
BDNF et le régime alimentaire. À notre connaissance, aucune étude
n’a encore cherché à tester ces hypothèses.
Le troisième polymorphisme possiblement modérateur de la
relation causale exercice chronique-santé cérébrale et cognitive
est celui du gène de la catéchol-O-méthyltransférase (COMT), la
principale enzyme responsable du catabolisme de la dopamine
intracérébrale qui affecte les fonctions exécutives et la
physiologie du cortex frontal [57]. Les individus possédant un
allèle Met au codon 158 auraient une faible activité
enzymatique de la COMT, et donc une diminution de la métabolisation
de dopamine conduisant à des concentrations locales plus élevées,
alors que ceux possédant un allèle Val auraient une activité élevée
de cette même enzyme. La dopamine est un neurotransmetteur
déterminant dans de nombreuses fonctions cognitives comme, par
exemple, les fonctions exécutives [43] et le fonctionnement de la
mémoire épisodique chez la personne âgée [58]. Le gène de la COMT
déterminerait donc la concentration de dopamine corticale et les
performances dans différentes tâches cognitives. Plusieurs études,
utilisant l’imagerie cérébrale chez l’homme, confirment cette
hypothèse [59]. Des études réalisées chez l’animal ayant montré que
la pratique régulière d’une activité physique induisait une
augmentation de la concentration intracérébrale de dopamine [60],
il est possible que l’effet positif de l’exercice chronique sur les
fonctions exécutives varie en fonction du polymorphisme du gène de
la COMT. À notre connaissance, une seule étude s’est jusqu’à
présent intéressée à cette question et confirme le rôle modérateur
de ce polymorphisme sur l’influence positive de l’activité physique
sur la santé cognitive [61].
Le dernier facteur modérateur de la relation activité
physique-vieillissement cérébral et cognitif dont il nous paraît
important de parler ici est la réserve cognitive. Selon Stern [62],
on peut distinguer deux types de réserves :
- –. la réserve cognitive qui peut être utilisée par les
personnes ne présentant aucune pathologie du système
nerveux ;
- –. les mécanismes de compensation utilisés par les
personnes ayant subi des lésions du système nerveux [63].
Dans cette perspective, le concept de réserve cognitive peut
être défini comme la capacité à utiliser différentes stratégies
cognitives afin d’optimiser la performance en faisant appel à des
réseaux neuronaux alternatifs pour atteindre le but de la tâche. La
compensation correspond quant à elle à l’utilisation de structures
et de réseaux neuronaux normalement non utilisés afin de compenser
des déficits provoqués par des lésions du système nerveux central.
La réserve cognitive se constitue tout au long de la vie sur la
base de notre éducation et des activités culturelles et
professionnelles que nous pratiquons, et s’évalue généralement à
l’aide de questionnaires autorapportés. Une hypothèse possible
serait que plus le niveau de réserve cognitive est élevé, moins
l’effet de l’exercice est important. L’expérience accumulée au
cours de la vie par la pratique des activités physiques est une
façon de constituer la réserve cognitive. L’apprentissage des
mathématiques, d’une ou de plusieurs langues étrangères, et
l’acquisition de connaissances au cours du parcours scolaire et
universitaire sont d’autres moyens de constituer la réserve
cognitive. L’hypothèse présentée ci-dessus considère que la réserve
cognitive est limitée, quel que soit le moyen utilisé pour
atteindre sa capacité maximale. Ainsi, si la réserve cognitive d’un
individu est proche de sa capacité maximale grâce aux connaissances
accumulées au cours de son parcours scolaire et universitaire ou de
sa vie professionnelle, les activités physiques qu’il pratiquera
après le départ en retraite auront moins d’impact que chez un
individu dont la réserve cognitive est réduite. Cette hypothèse n’a
jamais été testée à notre connaissance et mériterait de l’être dans
l’avenir.
Changer les habitudes de vie des seniors
Les campagnes de sensibilisation, d’incitation ou de prévention
destinées à informer et à sensibiliser les seniors sur l’intérêt
d’une pratique régulière d’activités physiques pour prolonger la
santé sont indispensables et de plus en plus fréquentes. Toutefois,
malgré un intérêt initial, les personnes éprouvent généralement des
difficultés à maintenir un programme régulier d’exercices
physiques. Le problème du maintien d’une activité physique,
également appelé adhésion, reste donc central. L’adhésion doit être
envisagée comme un processus temporel allant de l’initiation d’un
comportement nouveau à son maintien dans le temps. Parmi les
modèles les plus employés dans les approches thérapeutiques, deux
semblent émerger :
- –. les modèles basés sur les étapes ou les phases de
changement de comportement (e.g., modèle transthéorique)
[64] ;
- –. les modèles axés sur les intentions à changer de
comportement (e.g., modèle du comportement planifié)
[65].
Afin de faciliter la compréhension du rôle des intentions dans
le processus de changement, partons de l’idée selon laquelle tout
changement de comportement ne peut être envisagé qu’en relation
avec les attitudes qui les sous-tendent. Par exemple, le sentiment
de vulnérabilité face à la maladie (e.g., le cancer des
poumons) détermine la force de l’intention d’entrer dans un
changement de comportement (e.g., l’arrêt du tabac). Une
méta-analyse conduite par Webb et Sheeran [66] a montré que la
force de la relation intention-comportement dépendait de certains
modérateurs tels que :
- –. le contrôle que pense avoir la personne sur la mise
en place du nouveau comportement (contrôle volitionnel) ;
- –. la force de l’habitude d’un comportement
problématique (e.g., la sédentarité) ;
- –. le type de comportement (s’engager dans une activité
pour avoir une meilleure santé versus stopper un
comportement à risque).
Parmi les modèles axés sur les intentions, la théorie du
comportement planifié [65] et les techniques associées
(e.g., soutien social et récompenses) sont ceux qui
permettent d’obtenir les changements les plus importants.
Toutefois, la rechute n’est pas directement envisagée dans les
méthodes interventionnelles basées sur les intentions. Certaines
études mériteraient d’être menées sur l’impact des méthodologies
d’intervention sur le type de comportement à changer. Il s’agirait
alors de développer des interventions axées sur le renforcement du
contrôle comportemental chez les seniors. Plus particulièrement,
les méthodes favorisant la spécification de buts progressifs, ainsi
que la mise en œuvre des intentions, semblent montrer les effets
les plus importants sur le changement de comportement [67]. Par
exemple, au lieu de formuler l’intention « J’ai le projet
d’aller courir ce week-end », la planification suivante
est préférable « Lorsque je rentrerai du marché dimanche,
j’irai courir 20 minutes autour du parc ».
Parmi les différents modèles de changement de comportement, le
modèle transthéorique proposé par Prochaska et DiClemente [64] est
sans doute le plus exploité. Une méta-analyse réalisée par Marshall
et Biddle [68] montre qu’aux différentes étapes de changement est
associé un niveau de pratique d’activité physique. Autrement dit,
plus une personne progresse dans les stades, plus sa pratique
d’activité physique est importante. La problématique repose ici
essentiellement sur les moyens dont dispose le thérapeute, le
chercheur ou l’éducateur pour favoriser l’adhésion et éviter la
rechute. Parmi ces moyens, les auteurs citent l’efficacité
personnelle (i.e., confiance à réaliser un nouveau
comportement) et la balance décisionnelle (i.e., les
avantages et les inconvénients d’un comportement à adopter).
Toutefois, sans remettre en question l’importance de ces variables,
Marshall et Biddle suggèrent de remplacer les études transversales
par des études interventionnelles. En effet, des biais
méthodologiques relatifs aux études transversales pourraient
expliquer que certaines études portant sur les seniors montrent des
effets moins importants sur ces deux variables qu’une population
plus jeune.
Si le modèle transthéorique et le modèle du comportement
planifié se distinguent, d’une part, sur la base des variables
psychologiques permettant de prédire le changement de comportement
(intention versus prise de décision) et, d’autre part, sur
les modèles interventionnels, ils se rejoignent en revanche sur la
nécessité de mesurer les stratégies de contrôle volitionnel lors de
l’adhésion à un nouveau comportement. Ces stratégies correspondent
aux pensées et/ou aux comportements qui sont dirigés vers le
maintien de sa propre intention d’atteindre un but spécifique face
à des distractions à la fois internes et externes, et elles sont le
résultat d’un apprentissage antérieur. Par conséquent, dans le
cadre d’un programme interventionnel destiné à maintenir l’effort
investi dans des exercices physiques, ces stratégies renseignent
sur l’intention de s’engager et de maintenir l’investissement
personnel. Prenons, par exemple, un senior sédentaire qui
déciderait de changer une habitude de vie et de passer de la
sédentarité à la pratique régulière d’une activité physique. Les
stratégies volitionnelles qu’il pourrait mettre en place pour
maintenir cette nouvelle activité le plus longtemps possible
pourraient être les suivantes :
- –. trouver un lieu près de chez lui dans lequel il
pourra pratiquer cette activité physique (contrôle
environnemental) ;
- –. faire régulièrement des rappels en mémoire du
bien-être qu’il a éprouvé pendant ou après les séances
d’entraînement afin de faciliter sa mémorisation des sensations de
plaisir associées à la pratique d’une activité physique (contrôle
de la récupération) ;
- –. s’engager dans des dialogues internes destinés à se
convaincre qu’il possède les capacités nécessaires pour réaliser
les exercices proposés et ainsi réduire son anxiété (contrôle des
émotions) ;
- –. se promettre quelques récompenses s’il parvient à
pratiquer pendant au moins 30 minutes (contrôle de la
motivation).
Si le rôle de l’éducateur ou du thérapeute est important dans la
mise en place de ces stratégies, l’objectif ultime est de rendre la
personne autonome dans la gestion de sa vie physique.
Toutes ces études menées sur les changements de comportement
dans un but thérapeutique ou de prévention montrent, quel que soit
le modèle utilisé, l’importance de la prise en compte des variables
motivationnelles dans un essai contrôlé randomisé s’intéressant aux
effets de l’exercice chronique sur la santé cérébrale et cognitive
chez des personnes sédentaires.
Conclusions et perspectives
L’existence d’un effet positif de la pratique régulière d’une
activité physique sur la santé cérébrale et cognitive des seniors
n’est aujourd’hui plus discutée. De nombreux essais contrôlés
randomisés confirment, par ailleurs, le lien de cause à effet entre
l’exercice chronique et l’amélioration des performances cognitives.
La taille de l’effet, bien que faible à modérée, atteste de
l’intérêt scientifique qui doit être porté à ce phénomène.
L’ensemble des mécanismes neurophysiologiques envisagés pour
expliquer cet effet prophylactique de l’activité physique sur la
plasticité cérébrale atteste de son caractère plausible et
rationnel. Enfin, les conséquences très positives qu’il semble
induire sur la préservation de l’autonomie des seniors, le
ralentissement du vieillissement cérébral pathologique et non
pathologique, la réduction des risques d’apparition de
neuropathologies et l’amélioration de la qualité de vie des
personnes âgées montrent également tout son intérêt sur le plan
clinique, économique et social.
Toutes les questions relatives à la compréhension de cet effet
neuroprophylactique de l’exercice chronique ne sont, cependant, pas
résolues. Nous avons vu qu’une méthodologie rigoureuse et complexe
doit être mise en place pour garantir la qualité des essais
contrôlés réalisés chez l’homme. Notamment, la définition des
caractéristiques des programmes d’activités physiques, le contrôle
de différents facteurs modérant la relation entre exercice et
cognition (habitudes alimentaires, traitement hormonal de
substitution chez les femmes ménopausées, polymorphismes génétiques
en lien avec la santé cérébrale, réserve cognitive), la sélection
d’une batterie de tâches cognitives sollicitant fortement des
fonctions cognitives précises et sensibles aux effets de
l’exercice, l’enregistrement concomitant de plusieurs variables
biologiques, neurophysiologiques et psychophysiologiques qui
peuvent permettre d’élucider les mécanismes qui sous-tendent ce
phénomène et ainsi mieux prescrire les exercices nécessaires pour
augmenter la plasticité cérébrale. Enfin, il est important de
prendre en compte les processus motivationnels qui vont intervenir
dans l’adhésion des participants aux programmes d’activités
physiques et dans la force de leur engagement dans les exercices
proposés afin d’augmenter l’amplitude de l’effet de l’exercice et
de limiter les abandons.
Dans les années à venir, pour prolonger les réflexions
précédentes, il nous semble important de répondre aux questions
suivantes chez l’homme :
- –. Combien de temps vont persister les effets bénéfiques
de l’exercice après l’arrêt du programme d’activités
physiques ?
- –. Les effets combinés d’un programme d’activités
physiques aérobies et d’un entraînement mental (atelier mémoire)
sont-ils sous-additifs, additifs ou sur-additifs ?
- –. Les effets combinés d’un programme d’activités
physiques aérobies et d’un régime alimentaire riche en antioxydants
et en acide gras polyinsaturés sont-ils sous-additifs, additifs ou
sur-additifs ?
- –. Quelle est la contribution de chacun des mécanismes
évoqués plus haut dans l’effet positif de l’exercice chronique sur
la santé cérébrale et cognitive ?
- –. Quelle est l’efficacité réelle de l’exercice physique
dans la prévention et le traitement de certaines pathologies du
système nerveux central tels que la maladie d’Alzheimer, la maladie
de Parkinson, les accidents vasculaires cérébraux ?
Conflits d’intérêts: Aucun.
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