ARTICLE
Auteur(s) : Laetitia Bon1, Serge
Belliard1,2, Francis Eustache1, Béatrice
Desgranges1
1Inserm-EPHE, Université
de Caen/Basse-Normandie, Unité U923, GIP Cyceron, CHU
Côte-de-Nacre, Caen
2Service de neurologie, CHU Pontchaillou,
Rennes
En 1989, Snowden et al. introduisent le terme de « démence
sémantique » (DS) [1], syndrome d’atrophie focale progressive,
affectant les régions temporopolaires et inférotemporales [2].
Le tableau cognitif est défini par la détérioration
progressive et prédominante de la mémoire sémantique. Cette perte
des connaissances sur le monde concerne les savoirs sur les objets
et leurs attributs, les concepts, les faits encyclopédiques, les
personnes, les événements publics et le sens des mots, et se
caractérise cliniquement par une anomie, des paraphasies
sémantiques et un déficit de compréhension des mots.
Les difficultés des patients ne sont pas confinées au domaine
verbal et concernent aussi les visages, les objets, les odeurs, les
goûts et les bruits. En revanche, les aspects phonologiques et
syntaxiques du langage sont préservés, de même que la résolution de
problèmes non verbaux, les capacités perceptives et visuospatiales,
la mémoire de travail et la mémoire épisodique « au jour le jour
».
Les recherches actuelles montrent que l’on a sous-estimé la
prévalence des troubles du comportement dans la DS. Rankin et al.
[3] ont décrit une modification importante de l’empathie et de
l’attachement à autrui, un égocentrisme et une indifférence aux
autres, ce que les auteurs nomment cold hearted. Les familles
rapportent fréquemment l’apparition de conduites égocentriques chez
les patients DS. Ce changement de personnalité se caractérise
par l’impossibilité des patients à se décentrer d’eux-mêmes lors
des interactions sociales. L’exemple le plus évocateur de cet
égocentrisme comportemental se manifeste dans le discours des
patients, que les cliniciens ont qualifié de « monologue égocentré
». En effet, les patients orientent systématiquement les
discussions sur leurs souvenirs, les événements qui leur sont
arrivés, sans se rendre compte que leurs propos ne sont adaptés ni
au thème de la conversation ni au contexte social. Ils restent
insensibles aux tentatives de recadrage de la discussion par leurs
interlocuteurs et reprennent aussitôt le même discours.
Les patients semblent écouter, mais spontanément ou lorsqu’ils
sont invités à prendre la parole, ils abordent un sujet
complètement différent et hors propos, centré sur leur propre
existence. Les familles évoquent également un manque
d’empathie, une indifférence affective, une concentration sur leurs
propres besoins, sans égard ni intérêt pour ceux des autres.
Cet égocentrisme ne semble pas être un phénomène restreint à la
sphère comportementale, puisque les cliniciens ont également pu
l’observer au niveau cognitif. Chez ces patients qui souffrent
d’une atteinte de la mémoire sémantique, subsistent
préférentiellement, au sein du système sémantique, les
connaissances personnelles, individuelles et singulières, tandis
que les connaissances générales ou collectives disparaissent. Par
analogie au comportement égocentrique, le terme d’« égocentrisme
cognitif » a été proposé par Belliard et al. [4] pour rendre compte
du statut spécifique des représentations sémantiques teintées par
l’expérience personnelle (EP) dans la DS. Snowden et al. [5, 6] ont
remarqué un paradoxe entre la sévérité de la perte sémantique mise
en évidence par les tests de dénomination et le langage
conversationnel qui peut être composé d’un éventail surprenant de
substantifs parfois peu fréquents. Selon les auteurs, les patients
DS pourraient conserver certaines connaissances à condition d’avoir
une relation directe et personnelle avec elles. Snowden et al. [6]
ont ainsi montré qu’une patiente pouvait tout à fait expliquer les
mots ou les expressions extraits de son langage conversationnel,
mais était incapable d’expliquer de nouvelles expressions créées en
combinant les mots issus de ses conversations. Par ailleurs, ses
définitions étaient toujours spécifiques et contraintes par son
propre domaine d’expérience. En 1994, Snowden et al. [5] ont
proposé à des patients DS et à des patients atteints de maladie
d’Alzheimer des épreuves d’identification de personnes et de lieux
liés ou non à leur EP (des proches versus des célébrités ; des
lieux effectivement visités versus des lieux non visités).
Les patients DS étaient capables de fournir davantage
d’informations sur les stimuli avec lesquels ils avaient engagé une
relation personnelle, ce qui n’était pas le cas chez les patients
atteints de maladie d’Alzheimer. Les auteurs ont aussi montré une
supériorité des performances pour les stimuli liés à l’EP dans une
tâche d’identification d’objets en faisant varier ce facteur d’EP
(pour chaque objet, deux exemplaires étaient proposés : l’un
appartenait au patient, l’autre à l’examinateur). Snowden et al.
[7] ont suggéré l’existence d’une interaction continue entre la
mémoire sémantique et la mémoire épisodique pour expliquer l’effet
de l’EP. Les connaissances sémantiques ne seraient pas
statiques mais renforcées, enrichies, modifiées et mises à jour en
permanence sous l’influence de l’EP. Quand le néocortex est altéré,
comme dans la DS, les patients deviennent plus dépendants de la
mémoire expérientielle. Les concepts se limitent à un
exemplaire particulier issu de leur domaine d’expérience.
Toutefois, Graham et al. [8] ont avancé plusieurs facteurs autres
que l’EP susceptibles d’expliquer les résultats obtenus, tels que
la fréquence de rencontre, la valence émotionnelle associée aux
personnes ou la récence de l’information, considérant que l’effet
de l’EP ne serait qu’un biais méthodologique. Par ailleurs, ces
mêmes auteurs remettent en cause l’hypothèse du maintien
d’informations sémantiques grâce à l’EP, car les connaissances
restituées par les patients sont hautement spécifiques et ne
seraient donc pas de nature sémantique, la mémoire sémantique
n’étant pas une mémoire égocentrée par nature. Ils ont
également montré que l’effet de l’EP n’opère pas sur le système
sémantique proprement dit, mais uniquement sur le niveau
présémantique. En effet, si deux patients DS, joueurs de golf et de
bowling, présentaient de meilleures performances dans une tâche
simple d’appariement des nom et prénom de leurs partenaires
sportifs par rapport à ceux de joueurs célèbres, ce bénéfice lié à
l’EP n’apparaissait plus quand on leur demandait de fournir des
informations sémantiques pour ces deux types d’items.
Parmi les troubles du comportement décrits dans la DS, des
études récentes suggèrent des difficultés d’ajustement de ces
patients dans les situations interpersonnelles. Un aspect clé du
fonctionnement social concerne la capacité d’attribuer et d’inférer
des états mentaux aux autres et de les utiliser pour expliquer,
comprendre, prédire, anticiper et juger leurs comportements, et
donc s’y adapter. Cette aptitude à prévoir et à adopter les
perspectives des autres, à voir les choses de leur point de vue est
référencée sous le terme de « théorie de l’esprit » (ToM pour
theory of mind). De nombreuses études, réalisées auprès de
patients cérébrolésés [9-12] ou en neuro-imagerie [13-15], ont
montré le rôle pivot des lobes frontaux et, plus spécifiquement, du
cortex préfrontal médian dans la ToM. L’objectif des premières
recherches portant sur la ToM dans le champ des pathologies
neurodégénératives était de mettre en évidence un lien entre un
éventuel trouble de ToM et la genèse des troubles du comportement.
La majorité des études s’est donc naturellement intéressée à
la variante frontale de la démence frontotemporale (vf-DFT) du fait
de la localisation des lésions et de la prédominance des troubles
du comportement. Les patients vf-DFT avaient effectivement des
performances déficitaires dans les tests de ToM, dès les stades
précoces de la maladie [10, 12, 16], et des corrélations entre ces
troubles et ceux du comportement ont été mises en évidence [10]. À
notre connaissance, aucune étude n’a porté sur les processus de ToM
dans la DS. Pourtant, certains patients DS ont une perte du social
awareness définie par une désinhibition, un repli social, une
moindre participation dans les conversations, un manque d’intérêt
pour les membres de la famille [17] et une réduction significative
de l’empathie [18]. De plus, les études d’imagerie ont suggéré
que la ToM était sous-tendue par d’autres régions cérébrales que le
cortex préfrontal, notamment les pôles temporaux qui sont affectés
dans la DS. Ainsi, les troubles du comportement, les études
préliminaires sur l’empathie et la localisation des lésions dans la
DS justifient d’évaluer la ToM, afin de mieux comprendre la genèse
des changements dans les relations interpersonnelles.
L’objectif de ce travail est d’aboutir à une meilleure
compréhension des mécanismes qui sous-tendent les processus à
l’origine de l’égocentrisme comportemental dans la DS, à partir
d’une étude de cas unique. Deux hypothèses peuvent être envisagées
pour expliquer cet égocentrisme comportemental. Les troubles
du comportement et, plus particulièrement l’émergence de conduites
égocentriques, peuvent être la conséquence de la façon dont se
dégrade la mémoire sémantique et de l’égocentrisme cognitif :
la meilleure résistance des connaissances en lien avec l’EP par
rapport aux connaissances communes ne leur permettrait pas de
conceptualiser et d’envisager des besoins, des attentes, des
sentiments, des points de vue ou des idées en dehors des leurs. Ces
troubles du comportement pourraient aussi être la conséquence d’un
trouble de la ToM, les empêchant de se représenter des états
mentaux différents des leurs, ce qui les conduirait alors à
l’impossibilité de se décentrer d’eux-mêmes. Les fonctions
exécutives peuvent, par ailleurs, intervenir dans le cadre de cette
seconde hypothèse, dans la mesure où une atteinte primaire des
mécanismes de l’inférence peut être majorée par un déficit exécutif
[9].
Matériel et méthode
Participants
L’étude porte sur un patient, L.G., atteint d’une DS, répondant aux
critères de Neary et al. [19], recruté au sein du service de
neurologie du centre hospitalo-universitaire Pontchaillou de
Rennes. L.G. est un homme âgé de 60 ans. Il a bénéficié de 14
années d’études. Les premiers troubles, apparus en 2002, se
sont manifestés par des problèmes de compréhension, un manque du
mot et des difficultés de reconnaissance des personnes.
Il existait également des troubles du comportement, notamment
une apathie. Le diagnostic de DS a été porté en 2004. Deux
examens neuropsychologiques complets ont été réalisés, le premier
en mai 2004 et le second, en avril 2006 (tableau
1). Ils soulignent la prédominance du déficit de
mémoire sémantique et montrent quelques éléments dysexécutifs
(troubles de l’inhibition, de la catégorisation et persévérations).
Les autres fonctions cognitives (capacités perceptives,
visuoconstructives, visuospatiales, mémoire épisodique visuelle)
sont préservées. L’IRM montre une importante atrophie temporale
bilatérale, largement prédominante à droite. L’examen du
métabolisme cérébral par tomographie de positons, réalisé en juin
2006, met en évidence un hypométabolisme bilatéral prédominant à
droite, au niveau du pôle temporal et du lobe temporal moyen et
inférieur. L’hypométabolisme affecte également le cortex
orbitofrontal (figure
1). Dans cette étude, réalisée un an plus tard, le patient
L.G. a été comparé à un groupe témoin composé de 27 sujets sains
appariés pour l’âge (moyenne ± écart type : 69,07 ± 8,33 ; étendue
: 50-80 ans) et pour le niveau d’études (moyenne ± écart type
: 10,26 ± 4,17). L’échelle de la MATTIS (Dementia Rating Scale) a
permis d’écarter les sujets âgés sains arborant des déficits
cognitifs supérieurs à ceux attendus pour l’âge (moyenne ± écart
type : 141,56 ± 3,57), le seuil choisi étant de 132/144, et de
quantifier la sévérité de la démence pour le patient (score :
120/144).
D’une durée moyenne totale de six heures par participant, le
protocole a été scindé en deux sessions séparées de quelques jours,
nécessaires à l’élaboration des protocoles individuels pour
l’évaluation de l’égocentrisme cognitif. La première session
s’effectue avec le conjoint et comprend la complétion de l’échelle
d’égocentrisme comportemental et le travail préexpérimental de
recueil de noms de personnes familières et célèbres et des
informations sémantiques relatives aux premières. La seconde
session s’effectue avec le participant et est consacrée à
l’évaluation de l’égocentrisme cognitif, de la ToM et des fonctions
exécutives.
Tableau 1 Performances brutes du patient L.G. aux
épreuves neuropsychologiques
|
|
Mai 2004
|
Avril 2006
|
|
Langage
|
Lecture mots réguliers (/18)
|
18
|
18
|
|
Lecture mots irréguliers (/18)
|
18
|
18
|
|
Répétition mots (/10)
|
10
|
10
|
|
Répétition phrases concrètes (/8)
|
8
|
8
|
|
Répétition phrases abstraites (/8)
|
8
|
8
|
|
Token test (/36)
|
33
|
30
|
|
DO 80 (/80)
|
49a
|
39a
|
|
Gnosies
|
PEGV figures identiques (/10)
|
10
|
10
|
|
PEGV figures enchevêtrées (/36)
|
36
|
36
|
|
Benton visages (/54)
|
46
|
46
|
|
Visuoconstruction
|
Figure de Rey (/36)
|
35
|
36
|
|
Mémoire épisodique
|
Test de la ruche
|
|
|
|
Rappel libre 1 (/10)
|
9
|
4
|
|
Rappel libre 2 (/10)
|
7
|
8
|
|
Rappel libre 3 (/10)
|
10
|
10
|
|
Rappel libre 4 (/10)
|
10
|
10
|
|
Rappel libre 5 (/10)
|
10
|
10
|
|
Rappel libre différé (/10)
|
10
|
10
|
|
Reconnaissance (/10)
|
10
|
10
|
|
Mémoire sémantique
|
Épreuve de catégorisation
|
|
|
|
Superordonnée à partir de mots (/64)
|
58a
|
57a
|
|
Superordonnée à partir d’images (/64)
|
62a
|
63a
|
|
Fonctionnelle à partir de mots (/64)
|
60a
|
52a
|
|
Fonctionnelle à partir d’images (/64)
|
55a
|
54a
|
|
Morphologique à partir de mots (/64)
|
54a
|
51a
|
|
Épreuve de reconnaissance et d’identification de personnes
célèbres
|
|
|
|
Décision de familiarité à partir des noms (/10)
|
9a
|
3a
|
|
Décision de familiarité à partir des visages (/10)
|
7a
|
0a
|
|
Identification à partir des noms (%)
|
57a
|
39,93a
|
|
Identification à partir des visages (%)
|
47,57a
|
0a
|
|
Fonctions exécutives
|
Empan endroit
|
5
|
7
|
|
Empan envers
|
5
|
7
|
|
Trail making test partie A (temps en secondes)
|
104a
|
98a
|
|
Trail making test partie B (temps en secondes)
|
112
|
150
|
|
Stroop (indice d’interférence)
|
– 8a
|
|
|
Modified Cart Sorting Test nombre de catégories
|
6
|
2a
|
|
Modified Cart Sorting Test nombre de persévérations
|
0
|
18a
|
|
Codes WAIS-R (note standard)
|
10
|
10
|
|
Matrices de Raven (PM 47) (/36)
|
34
|
31
|
aScore pathologique.
Échelle d’égocentrisme comportemental
Cette échelle, en partie inspirée de l’IRI (Interpersonal
Reactivity Index) [20], a été spécialement conçue pour cette étude
(pour une description détaillée, voir les annexes A et B). Elle est
constituée de 36 questions explorant quatre types de conduites
distinctes :
- – le monologue égocentré (items 2, 7, 9, 13, 16, 24, 27,
30, 31) ;
- – le manque d’empathie et l’indifférence affective
(items 3, 6, 12, 17, 21, 25, 28, 33, 35) ;
- – les préférences des patients imposées à leur famille
(items 4, 11, 19, 22, 23, 26, 29, 34, 36) ;
- – la non-prise en compte des autres dans leurs actions
ou dans leurs paroles (items 1, 5, 8, 10, 14, 15, 18, 20, 32).
Le conjoint doit remplir cette échelle en tenant compte du
niveau d’égocentrisme comportemental actuel du sujet. Le mode
de cotation employé pour les items à cotation directe (par exemple
: « Il lui arrive parfois d’interrompre les autres pour recentrer
la discussion sur lui/elle ») est le suivant : tout à fait d’accord
égal à 3 points ; plutôt d’accord égal à 2 points ; plutôt pas
d’accord égal à 1 point ; pas du tout d’accord égal à 0 point.
Ce mode de cotation diffère pour les items à cotation inverse
(par exemple : « On le/la décrit habituellement comme une personne
assez sensible et ayant du cœur »). Le score global à cette
échelle est obtenu en totalisant les scores attribués à chaque item
et peut donc varier de 0 à 108 points. Plus le score est élevé,
plus le sujet présente un égocentrisme comportemental marqué.
Tâche d’égocentrisme cognitif
Nous avons comparé les connaissances disponibles sur des concepts
expérimentés personnellement à celles se rapportant à des concepts
pour lesquels les sujets n’ont mis en place aucune interaction
réelle. La méthodologie employée dans la présente étude
s’inspire largement du travail de Péron [21]. L’effet de l’EP est
mesuré à l’aide d’une tâche de décision de familiarité et d’un
questionnaire d’identification par le biais de 20 noms de personnes
avec EP, incarnés par des personnes personnellement connues du
sujet avant le début de sa maladie (c’est-à-dire membres de sa
famille, de sa belle-famille, voisins, amis, etc.), de 20 noms de
personnes sans EP, correspondant à des personnes célèbres
(c’est-à-dire acteurs, chanteurs, sportifs, hommes politiques,
humoristes, présentateurs, etc.) et de 20 noms de personnes
fictives qui font office de distracteurs. Lors de la tâche de
décision de familiarité, le sujet doit trier les 60 vignettes de
noms de personnes en mettant, d’un côté, les noms qui lui semblent
familiers et, de l’autre, ceux qui lui sont totalement inconnus.
Le sujet doit ensuite répondre à un questionnaire
d’identification composé de deux questions à choix multiples
portant sur la profession et sur un attribut spécifique pour les
items familiers.
Les noms de personnes avec et sans EP ont été recueillis auprès
du conjoint et ont fait l’objet d’un contrôle minutieux de la
fréquence de rencontre, de la date de première et de dernière
rencontres et de la valence émotionnelle, compte tenu de leur
possible influence. Nous avons sélectionné les personnes connues du
sujet depuis au moins dix ans, et dont la dernière rencontre se
situe dans l’année écoulée. La fréquence de rencontre et la
valence émotionnelle étaient évaluées par le conjoint grâce à deux
échelles analogiques visuelles, graduées au dos de 1 à 10.
Les items dont le score est inférieur à 5 étaient considérés
comme ayant une fréquence faible ou une valence émotionnelle
faible, les items dont le score est supérieur à 5 étaient
considérés comme ayant une fréquence forte ou une valence
émotionnelle forte. Enfin, nous avons demandé au proche de fournir
la profession et un attribut spécifique pour chaque personne pour
le questionnaire d’identification. Nous avons alors effectué une
sélection des items en ne conservant que ceux ayant obtenu des
scores extrêmes sur l’échelle de fréquence et de valence
émotionnelle, afin d’établir des items les plus discriminants
possibles.
Tests de ToM
Hormis le test du regard, les épreuves de ToM sont composées d’une
partie expérimentale et d’une partie contrôle, permettant de
distinguer un trouble spécifique des mécanismes d’inférence d’un
trouble plus global touchant les autres processus cognitifs
impliqués.
La tâche d’attribution d’intentions de Sarfati et al. [22]
consiste en une série de bandes dessinées composées de trois images
racontant une courte histoire. Le sujet doit désigner, parmi
trois propositions, l’image qui termine l’histoire de manière
logique. La partie expérimentale, composée de 20 bandes
dessinées, met en jeu les capacités de ToM. La réponse
correcte représente la mise en action de l’intention du personnage.
La partie contrôle, constituée de 20 planches de causalité
physique avec ou sans personnages, ne fait pas appel aux capacités
de ToM, car elle rend impossible l’application d’une logique
intentionnelle. Les connaissances sur les propriétés physiques
des objets et des individus suffisent pour trouver l’image
manquante.
Le test des fausses croyances (FaC), inspiré de Wimmer et Perner
[23], a été élaboré au sein de l’unité Inserm U923 et permet de
juger des capacités à attribuer des états mentaux épistémiques.
Il consiste en une série de cinq bandes dessinées, composées
de trois dessins en couleur accompagnés chacun d’une légende
verbale, qui permettent de tester la capacité à résoudre des
problèmes impliquant des fausses croyances de premier ordre.
Les histoires représentent des situations quotidiennes qui
engendrent, pour l’un des personnages, une croyance erronée sur
l’état effectif du monde. Dans chaque histoire, une situation
matérielle ou interpersonnelle impliquant un personnage qui prend
connaissance d’un certain nombre d’informations est décrite ; à
l’insu du personnage, la situation évolue ; on questionne alors le
sujet sur les réactions attendues du personnage qui est porteur de
croyances erronées sur son environnement. La question ToM,
inscrite au bas de la page, comprend deux choix de réponses.
La charge cognitive imposée en mémoire de travail est donc
réduite au maximum, puisque le matériel et la question sont
visibles sur une même page. La réponse correcte désigne la
croyance (fausse) que le personnage a en fonction des informations
insuffisantes qui sont à sa disposition, tandis que la réponse
incorrecte correspond à la réalité du monde et à la perspective du
sujet qui, lui, a connaissance de toutes les informations. Aucun
retour n’est donné au sujet quant à ses réponses. Une fois la
partie expérimentale achevée, on présente à nouveau les cinq
histoires, et le sujet doit répondre à une nouvelle question
permettant de s’assurer de sa bonne compréhension de l’histoire.
Les deux choix de réponses sont les mêmes que pour la question
ToM. Par exemple, l’une des histoires représente une jeune femme,
Marie, qui raconte à un ami, François, avoir décidé de se faire
couper les cheveux très courts et lui donne ensuite rendez-vous
dans un bar. Chez le coiffeur, elle change d’avis et fait friser
ses cheveux longs. La dernière image montre deux jeunes femmes
de dos. Pour la question ToM, le sujet doit dire quelle est celle
qui, selon l’ami, est Marie (figure 2). Pour la
question contrôle, le sujet doit préciser où est réellement
Marie.
Le test du regard de Baron-Cohen et al. [24] permet d’estimer
l’attribution d’états mentaux affectifs (ou ToM affective).
La tâche du sujet consiste à faire des inférences sur l’état
émotionnel ou motivationnel d’une personne sur la base de son seul
regard. Le matériel cible se compose de 36 photographies de
regards en noir et blanc. Le participant doit choisir parmi
les deux émotions sociales proposées (comme la séduction,
l’arrogance, la culpabilité, etc.) celle qui décrit le mieux ce que
la personne est en train de penser ou de ressentir. Nous avons
modifié la tâche originale en ne proposant que deux possibilités de
réponses, au lieu des quatre initialement prévues. Un glossaire des
adjectifs est mis à disposition du sujet.
Le faces test de Baron-Cohen et al. [25] est constitué de 20
photographies de visages. Nous avons modifié cette épreuve en ne
conservant que la partie du visage relative au regard pour chaque
photographie. Comme pour le test du regard, le participant doit
choisir parmi les deux émotions proposées celle qui décrit le mieux
ce que la personne est en train de penser ou de ressentir.
Toutefois, à la différence du test du regard, dix des 20
photographies impliquent la reconnaissance d’émotions primaires
(comme la surprise, la colère, la joie, etc.) qui font office de
tâche contrôle et permettent d’explorer une compétence de la
cognition sociale autre que la ToM.
L’épreuve de jugement de préférence est largement inspirée du
travail de Snowden et al. [12] et implique la capacité à juger
d’une préférence sur la simple base de l’orientation du regard.
Le matériel se compose de 20 cartes, chacune montrant une
figure en position centrale et quatre dessins en couleur de la même
catégorie sémantique (ex. : fraise, raisin, orange, pomme)
positionnés aux quatre coins de la page. Le regard de la
figure centrale est orienté vers l’un des dessins. Cinq catégories
d’objets sont utilisées : des personnages de dessins animés, des
colliers, des montres, des maisons et des fruits. La tâche du
sujet est de déterminer parmi les quatre dessins celui que préfère
la figure centrale. Aucun retour n’est donné au sujet sur ses
réponses. Après avoir présenté tous les items, ceux pour lesquels
le sujet a donné une mauvaise réponse sont à nouveau montrés, et il
doit indiquer celui que la figure centrale est en train de
regarder. Dans une seconde condition, 20 nouvelles cartes sont
présentées au participant, avec les mêmes dessins aux quatre coins,
mais sans la figure centrale, le sujet doit simplement indiquer le
dessin qu’il préfère, ce qui permet de vérifier sa capacité à se
décentrer. Dans la condition expérimentale, chaque bonne réponse
(BR) est créditée d’un point. Les erreurs sont cotées de la
façon suivante : « erreurs préférées » si le sujet choisit le
dessin qui correspond à sa préférence personnelle, « erreurs
persévératives » si le sujet désigne de façon incorrecte un item
dans la même position que celui qui l’a immédiatement précédé et «
erreurs aléatoires » en cas de réponse incorrecte qui ne correspond
pas aux erreurs préalablement décrites.
Épreuves exécutives
Le fonctionnement exécutif est exploré selon la conception de
Miyake et al. [26]. Nous mesurons les processus de flexibilité,
d’inhibition et de mise à jour, en utilisant l’épreuve du Trail
Making Test (TMT), le test de Stroop et une tâche de running span
[27], respectivement. En outre, selon le modèle de mémoire de
travail de Baddeley, nous utilisons l’épreuve des empans
numériques, endroits et envers de la WAIS III, pour tester la
boucle phonologique et l’administrateur central. Une épreuve de
fluence verbale catégorielle et littérale est également proposée
afin d’évaluer les stratégies de recherche en mémoire.
Résultats
Vingt-sept sujets témoins (ST) ont réalisé les tâches de ToM et les
tests exécutifs, tandis que, parmi ces 27 ST, seuls sept ont
bénéficié de la totalité du protocole, incluant donc aussi
l’échelle d’égocentrisme comportemental et la tâche d’égocentrisme
cognitif. Nous avons utilisé la méthode du z-score, le seuil
pathologique est fixé à ±1,65 lorsque la performance du patient
L.G. est comparée à celles des 27 ST et à ±1,94, lorsque la
performance du patient est comparée à celles des sept ST.
Le score total obtenu par L.G. à l’échelle de mesure de
l’égocentrisme comportemental est significativement supérieur à la
moyenne des ST (z = + 3,44). Le patient obtient des
performances significativement différentes dans les domaines
relatifs au manque d’empathie (z = + 5,3) et à la non prise en
compte des autres (z = + 2,3) (figure 3).
Les performances du patient L.G. sont significativement
inférieures à celles des ST dans la tâche de décision de
familiarité pour les personnes familières et dans la tâche
d’identification pour les personnes familières et célèbres (figure 4).
Le z-score pour la décision de familiarité des personnes
célèbres ne peut être calculé, puisque tous les ST reconnaissent
parfaitement les personnes célèbres (l’écart type est donc nul).
Afin de comparer directement les performances en fonction du type
d’items (avec EP versus sans EP), nous avons calculé un indice
d’égocentrisme cognitif, défini par le rapport de pourcentage de BR
pour les personnes familières sur le pourcentage de BR pour les
personnes célèbres pour les tâches de décision de familiarité et
d’identification.
Un indice supérieur à 1 indique que les performances sont
meilleures pour les items liés à l’EP comparativement aux items
sans EP. Nous avons ensuite calculé les z-scores pour L.G. à partir
de la moyenne et de l’écart type des indices d’égocentrisme
cognitif relevés chez les ST. L’indice d’égocentrisme cognitif est
supérieur à 1 chez L.G. dans les deux tâches, ce qui indique une
supériorité des items avec EP, tandis que chez les ST, ce rapport
est proche de 1.
En outre, le calcul des z-scores sur ces indices montre une
différence significative entre ces deux types d’items dans la tâche
de décision de familiarité (z = + 30,17) et dans celle
d’identification (z = + 9,16).
Au niveau des tests de ToM, les performances à la tâche
d’attribution d’intentions de L.G. sont significativement
inférieures à la moyenne des ST, et ce, aussi bien pour la partie
contrôle que pour la partie expérimentale. Au test du regard, il
n’existe pas de différences significatives entre le patient L.G. et
les ST quant au nombre de BR. Au faces test, la comparaison des
scores du patient à ceux des ST ne montre pas de différences
significatives ni pour les émotions sociales, ni pour les émotions
primaires. Concernant la partie expérimentale du test FaC, le
patient obtient des performances significativement inférieures à
celles des ST. En revanche, les scores obtenus par le patient à la
partie contrôle sont strictement comparables à celles des ST.
Le score obtenu à l’épreuve de jugement de préférence est
extrêmement déficitaire. Le patient commet essentiellement des
erreurs liées à sa préférence personnelle, mais aussi des erreurs
persévératives et des erreurs autres (figure 5).
Pour les épreuves exécutives, l’épreuve des empans numériques
est parfaitement réussie aussi bien pour l’empan endroit (z = +
1,61) que pour l’empan envers (z = + 4,81). Au TMT, le score issu
de la comparaison entre les parties A et B en termes de temps
est comparable à la moyenne des ST (z = + 0,33). Au test de Stroop,
les performances en situation d’interférence révèlent un temps
supérieur aux normes (z = + 1,88). Le nombre total d’essais
réussis à la tâche de running span ne diffère pas de celui des ST
(z = – 0,63). Enfin, le patient produit significativement moins de
mots en fluence verbale catégorielle (z = – 2,91), mais il n’existe
pas de différences significatives avec les ST pour la fluence
littérale (z = – 0,65).
Discussion
Les résultats de cette étude ont montré une augmentation
significative des comportements égocentriques chez le patient L.G.
Par ailleurs, nous avons montré que L.G. présentait, d’une part, un
égocentrisme cognitif, dans la mesure où il tirait profit de l’EP
pour les traitements présémantique et sémantique et, d’autre part,
un défaut de ToM, concernant l’attribution d’états mentaux
épistémiques et le jugement de préférence à partir de la direction
du regard, tandis que la ToM affective reste préservée.
Nous avons relevé un égocentrisme comportemental marqué chez
L.G. En accord avec la littérature récente qui retrouve une
modification importante de l’empathie émotionnelle [3, 18] et de
l’attachement à autrui [3], les perturbations sont prépondérantes
dans le domaine évaluant l’empathie, mais aussi dans celui ayant
trait à la prise en compte des autres. L’intérêt de cette nouvelle
échelle réside dans le fait qu’elle est mieux adaptée à
l’observation des troubles du comportement caractéristiques de la
DS, en prenant en compte des dimensions qui ne le sont pas dans les
échelles comportementales habituellement utilisées en clinique,
telles que le NPI (Neuropsychiatric Inventory).
Nous avons mis en évidence chez L.G. un bénéfice de l’EP, à la
fois, dans la tâche de décision de familiarité et dans celle
d’identification. La construction de protocoles individuels, y
compris pour les noms de personnes célèbres, très coûteux en temps,
a cependant permis de montrer que la supériorité des familiers sur
les célèbres demeure après le contrôle des variables évoquées par
Graham et al. [8] pour rendre compte de ce phénomène, ce qui plaide
en faveur de la réalité neuropsychologique de l’effet de l’EP.
Il semble donc que ce soit bien l’interaction directe, réelle
et privée qui facilite le maintien des connaissances. De plus,
nos résultats appuient l’hypothèse défendue par Snowden et al. [5]
qui postule un effet bénéfique de l’EP sur le système sémantique
proprement dit, mais vont à l’encontre des idées défendues par
Graham et al. [8].
Au niveau de la ToM, seuls les tests d’attribution de fausses
croyances et de jugement de préférence montrent des perturbations
spécifiques de la ToM, tandis que les performances obtenues à la
tâche d’attribution d’intentions, déficitaires à la fois pour la
partie expérimentale et la partie contrôle, ne permettent pas de
statuer sur la capacité de ToM mise en jeu par cette épreuve.
Enfin, au faces test et au test du regard, les capacités de ToM
affective sont préservées. À notre connaissance, aucune étude n’a
cherché à caractériser ces mécanismes dans la DS, peut-être en
partie à cause de la difficulté de créer des tâches adaptées qui
s’affranchissent au maximum des répercussions des troubles
sémantiques. Au test FaC, il existe une dissociation entre les
performances obtenues aux questions ToM et aux questions contrôles
qui permettent de s’assurer de la bonne compréhension de
l’histoire. L.G. présente donc des troubles de l’attribution
d’états mentaux épistémiques. Il adopte une perspective
égocentrique ne lui permettant pas de se rendre compte que ses
connaissances ne se propagent pas directement à autrui ; en effet,
les justifications de L.G. pour les réponses incorrectes sont
toujours induites par la réalité. Contrairement aux sujets sains,
le patient emploie très rarement les verbes mentalistiques (croire,
penser, etc.). Enfin, alors que la grande majorité des ST obtient
une performance parfaite à l’épreuve de jugement de préférence, le
patient L.G. ne réussit que 7 items sur 20. L’analyse de ses
performances et de ses erreurs dans les conditions expérimentale et
contrôle nous permet de conclure à de réelles difficultés de
décentration chez ce patient. En effet, il ne réussit pas à
déterminer l’item que la figure centrale préfère, car il base le
plus souvent ses réponses sur ses préférences personnelles (dix
erreurs de cette nature), sans tenir compte de l’orientation du
regard. En outre, le fait qu’il réussisse parfaitement à déterminer
l’item que la figure centrale est en train de regarder nous
autorise à exclure des troubles de l’analyse de la tâche. Cette
épreuve semble plus indépendante d’autres processus cognitifs
(mémoire, fonctions exécutives ou langage) que les autres épreuves
de ToM. Elle ne fait intervenir ni la manipulation mentale ou
l’intégration d’informations ni les processus d’inhibition et de
flexibilité. Ce résultat est donc particulièrement
intéressant, car il suggère une atteinte per se des processus de
ToM. De plus, il peut être rapproché de l’hypométabolisme mis
en évidence au niveau du cortex orbitofrontal chez L.G., structure
cérébrale connue pour son implication dans la cognition sociale
[28]. L’atteinte de la région orbitofrontale chez L.G. pourrait
donc participer à ses difficultés de lecture d’états mentaux.
Concernant la tâche d’attribution d’intentions, malgré le caractère
pathologique de ses performances dans la partie expérimentale, nous
ne pouvons conclure à une réelle altération de ces mécanismes dans
la mesure où le patient ne réussit pas la tâche contrôle impliquant
une causalité physique. Il est possible que la lecture des
bandes dessinées ne lui soit pas familière. Cette difficulté a
également été rencontrée chez plusieurs sujets âgés sains. En
effet, cette tâche, utilisée originalement dans la schizophrénie, a
été élaborée pour examiner des sujets jeunes, plus habitués à lire
des bandes dessinées. Enfin, L.G. ne se distingue pas des ST pour
l’inférence d’états mentaux affectifs. Il ne présente pas non
plus de troubles de l’identification des émotions basiques qui, au
même titre que la ToM, est l’une des composantes essentielles de la
cognition sociale. Ces résultats sont en désaccord avec ceux
de Rosen et al. [29], qui ont, de plus, montré que les difficultés
des patients DS étaient plus importantes pour les émotions à
valence négative (tristesse, peur, colère) que pour la joie.
Le rôle de l’amygdale dans le traitement des émotions, et
particulièrement les émotions négatives, est aujourd’hui bien connu
[30]. Or, cette structure est sévèrement atteinte dans la DS [31].
L.G. présente d’ailleurs un hypométabolisme droit de l’amygdale
(figure 1). Au
vu de ces données, nous avons analysé les performances du patient
en tenant compte de la valence émotionnelle des stimuli.
Le patient L.G. ne se différencie pas des sujets sains pour
les émotions négatives.
L’atteinte exécutive du patient est très modérée. Seule une
perturbation du processus d’inhibition est mise en évidence. En
effet, à l’épreuve de fluence verbale, le patient obtient des
performances pathologiques à partir du critère sémantique
uniquement. Ce déficit peut donc être davantage mis en lien
avec la détérioration du stock lexicosémantique qu’avec un trouble
des stratégies de recherche active d’informations en mémoire. Selon
Channon et Crawford [9], les échecs aux épreuves de mentalisation
peuvent s’expliquer par une altération spécifique de la ToM, mais
aussi par un syndrome dysexécutif. Quand les lésions sont focales,
les déficits de ToM peuvent être spécifiques et donc indépendants
des déficits exécutifs ; en revanche, quand les lésions sont
étendues, les déficits primaires de ToM peuvent être majorés par
l’ampleur des troubles exécutifs. Nous émettons l’hypothèse d’une
atteinte authentique des mécanismes de ToM chez notre patient, dont
témoigne surtout l’épreuve de jugement de préférence qui est
relativement pure, cette atteinte étant possiblement majorée par
d’autres troubles cognitifs, notamment les troubles sémantiques et
un déficit exécutif discret.
Enfin, notre patient présentant à la fois un trouble de la ToM
et un égocentrisme cognitif, il apparaît difficile de déterminer
les origines précises de l’égocentrisme comportemental. Toutefois,
ce travail préliminaire constitue un premier pas vers la
compréhension des mécanismes sous-jacents à l’émergence des
comportements égocentriques dans la DS. Il est possible que
les troubles de la ToM et l’existence d’un égocentrisme cognitif
agissent conjointement sur l’apparition de telles conduites. Dans
une perspective future, il serait intéressant de poursuivre ce
travail dans le cadre d’une étude de groupe, afin de pouvoir
procéder à des analyses corrélationnelles qui permettraient de
tester les hypothèses formulées dans cet article.
Remerciements
Les auteurs remercient le patient L.G. et son épouse, Anne-Lise
Sammartano pour son aide dans le recueil des données aux épreuves
de ToM, chez les sujets témoins, Marc Lalevée, pour la réalisation
des dessins de l’épreuve de FaC et Philippe Conejero pour celle des
figures.
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Annexe A. Échelle de comportement (Bon et al., 2009)
: partie A destinée au proche du patient
Consignes : ce questionnaire s’intéresse à des comportements que
certaines personnes présentent parfois. Sur les prochaines pages,
nous souhaitons que vous lisiez attentivement les affirmations
suivantes et que vous évaluiez les comportements de votre proche,
en fonction de votre propre expérience actuelle et le plus
honnêtement possible, sur une échelle en quatre points (« tout à
fait d’accord », « plutôt d’accord », « plutôt pas d’accord » et «
pas du tout d’accord ») en cochant la proposition qui vous apparaît
la plus appropriée.
Annexe B. Échelle d’égocentrisme comportemental (Bon
et al., 2009) : partie B destinée à l’examinateur
Cette version représente les items par rubrique, permet à
l’examinateur de coter les productions et de fournir quelques
données recueillies chez des sujets sains.
Ces 36 questions explorent quatre types de conduites distinctes
: 1) le monologue égocentré (en rouge), 2) le manque d’empathie et
l’indifférence affective (en vert), 3) les préférences des patients
imposées à leur famille (en bleu) et 4) la non-prise en compte des
autres dans leurs actions ou dans leurs paroles (en orange).
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