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Neuropsychology and genetics


Revue de neuropsychologie. Volume 1, Number 2, juin 2009, Point de vue

DOI : 10.1684/nrp.2009.0019


Author(s) : Didier Hannequin , Service de neurologie et Inserm U614, CHU de Rouen.

ARTICLE

Auteur(s) : Didier Hannequin

Service de neurologie et Inserm U614, CHU de Rouen

Les relations entre neuropsychologie et génétique répondent à « l’élargissement de l’horizon » auquel nous conviait le Pr Jeannerod dans le premier numéro de la Revue de neuropsychologie. Les neuropsychologues, au contact des patients et des familles, entendent ces questions relatives aux facteurs génétiques impliqués dans les pathologies développementales ou dégénératives. Nous sommes à l’époque des premières réponses et nous devons nous préparer aux résultats attendus des progrès en génétique. À titre d’exemple, comment comprendre la fréquence intrafamiliale des troubles développementaux de la parole, du langage oral ou écrit ? C’est au sein du cerveau que s’exprime le plus grand nombre de gènes, en assumant, bien évidemment, qu’il n’y pas plus de « gène de la grammaire » que de « gène des muscles de la langue ». Le raisonnement très général est que de nombreux gènes codent pour des protéines impliquées dans les structures et les circuits nécessaires au développement de la parole et du langage, que l’expression de ces gènes dépend à la fois d’autres gènes constituant le « fond génétique » et de conditions environnementales telles qu’un individu présente ou non de tels troubles. Jusqu’à présent, les connaissances se limitaient à des familles exceptionnelles au sein desquelles la mutation d’un seul gène était identifiée. Par exemple, les mutations de FOXP2 identifiées pour la première fois en 2001 dans la célèbre famille KE expliqueraient moins de 2 % des dyspraxies de la parole. En revanche, cette découverte a permis de s’intéresser à de nombreux gènes régulés par FOXP2 au sein du cerveau, comme autant de candidats potentiels. Les méthodes actuelles d’exploration du génome attestent que les mutations d’un seul gène peuvent ne toucher que de rares individus mais que l’addition de ces cas, concernant de nombreux gènes différents, finit par représenter un nombre significatif d’individus partageant le même phénotype. A contrario, démonstration est faite que des mutations identiques de gènes codant par exemple pour les neurexines ou les neuroligines, peuvent toucher des patients répondant à des critères aussi différents et hétérogènes que ceux de retard mental, autisme ou schizophrénie. Les neurexines ou les neuroligines intervenant dans la synaptogenèse, il est plausible qu’un dysfonctionnement synaptique puisse être à l’origine commune de dysfonctionnements cognitifs aussi variés. L’intérêt de ces nouvelles connaissances d’ordre génétique est d’inciter à de nouvelles questions. En pratique, les neuropsychologues devraient exercer tout particulièrement leur curiosité dans ces familles au sein desquelles coexistent des patients souffrant de diverses pathologies que certaines soient étiquetées neurologiques et d’autres psychiatriques, qu’elles soient neurodégénératives ou développementales. Il y a là une ambition renouvelée pour l’expertise neuropsychologique puisque la génétique offre de nouvelles entrées physiopathologiques. À partir de cas génétiquement déterminés, considérés comme des modèles de dysfonctionnement (par exemple, du langage ou de la parole), l’objectif est d’affiner l’analyse des dysfonctions cognitives en la couplant avec une approche d’imagerie anatomo-fonctionnelle. Cette approche pourrait contribuer à une meilleure connaissance des mécanismes sous-jacents et de leurs désordres (à titre d’hypothèses, déterminer la possible nature des relations entre la mise en place des circuits des voies dorsales, l’acquisition des verbes et l’organisation syntaxique). Il y aura probablement, dans cette approche conjointe, une possibilité supplémentaire de répondre à des questions d’ordre plus général telles que la délimitation entre une compétence grammaticale « partagée » avec les primates et une compétence qui serait spécifiquement humaine ; la détermination de la part relative des spécificités linguistiques et des mécanismes communs à la communication non verbale ou aux régulations sociales.

Dans le domaine des pathologies dégénératives, les progrès en génétique posent également de nouvelles questions. Par exemple, il est possible de décrire la genèse des modifications des fonctions exécutives ou de la mémoire procédurale chez des personnes asymptomatiques porteuses de mutations du gène IT15, responsables de la maladie de Huntington, ou des perturbations de la mémoire épisodique chez des personnes porteuses de mutations des gènes APP ou PSEN1, responsables de la maladie d’Alzheimer. Dans un groupe de personnes porteuses à l’état homozygote du génotype APOE4, facteur de risque majeur de la maladie d’Alzheimer, des IRM fonctionnelles successives pourraient objectiver les mécanismes de compensation (réserve cognitive) assurant des performances mnésiques normales avant la phase prodromale de la maladie. Ces protocoles, justifiant un encadrement éthique strict, sont actuellement réservés à la recherche, mais deviendront une réalité pour les neuropsychologues dès que des traitements préventifs seront disponibles.

En conclusion, même en se limitant à ces deux domaines de la pathologie neurodéveloppementale et neurodégénérative, l’horizon des relations entre génétique et neuropsychologie semble riche de nouvelles questions/réponses qui devraient animer notre revue.


 

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