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MS immunomodulatory treatments today


Neurologie.com. Volume 2, Number 3, 57-9, mars 2010, Revue flash

DOI : 10.1684/nro.2009.0136

Résumé   Summary  

Author(s) : Caroline Bensa, Olivier Gout , Service de neurologie, Fondation Rothschild, Paris.

Summary : Disease modifying drugs (DMD) : interférons and glatiramer acetate are widely used in RRMS for about 10 years. Latest studies give us more informations on these molecules and their use. They are indicated in RRMS and their relative efficiency is comparable on relapses frequency reduction. Above effective dose, “dose-effect” seems to be minimal. Some of these molecules have an agreement after first relapse, if diagnosis is defined according to 2005 revised Mac Donald criteria. In this indication, prescription is to weight under circumstances, depending on clinical and radiological disease activity. DMD efficacy on long-term disability progression remains controversial.

Keywords : multiple sclerosis, interferon beta, glatiramer acetate

ARTICLE

Auteur(s) : Caroline Bensa, Olivier Gout

Service de neurologie, Fondation Rothschild, Paris

Les immunomodulateurs (IFNβ1a, IFNβ1b et acétate de glatiramère [AG]) ont obtenu leur AMM en France depuis plus de dix ans. Depuis cette période, ils sont utilisés en pratique neurologique courante dans le traitement de la SEP rémittente, et l’état des connaissances sur ces molécules a évolué. Dans la SEP, les IFNβ ont montré une action anti-inflammatoire et immunomodulatrice en inhibant la production de cytokines Th1 et en activant la sécrétion de cytokines Th2, ainsi qu’en diminuant le passage des lymphocytes autoréactifs à travers la barrière hémato-encéphalique. L’AG provoque une réaction croisée avec la protéine basique de la myéline et entraîne une induction des lymphocytes T suppresseurs antigène-spécifiques, qui sécrètent des cytokines anti-inflammatoires.

Les études de phase III respectives pour chaque produit ont montré une efficacité sur la fréquence des poussées de la maladie et sur les lésions observées en IRM. Les populations de départ des différentes études ne sont pas tout à fait identiques en termes de fréquence des poussées avant l’entrée dans l’étude, mais la réduction relative du taux annualisé de poussées par rapport au groupe placebo, est comparable pour les différents produits (IFNβ1b RR- 34 % ; IFNβ1a IM RR - 32 % ; IFNβ1a SC RR- 33 % ; AG RR -33 %). Au cours de ces études, une réduction d’environ 60 à 70 % des lésions actives en IRM cérébrale a également été mise en évidence. Si ces 4 traitements sont administrés par voie injectable, leurs dosages, fréquence et mode d’administration sont différents.

Notion d’un effet-dose

Dans les études de phase III, randomisées, en double aveugle contre placebo, les preuves d’un effet-dose sont pour le moins ténues. Si l’étude pivot du Betaferon®, comparant deux doses d’IFNβ1b en injections sous-cutanées (SC) (8 MUI vs 1,6 MUI) versus placebo, montrait un effet-dose sur le critère principal d’évaluation, en revanche, l’étude PRISMS qui comparait deux doses d’IFNβ1a SC (22 μg vs 44 μg x 3/semaine) à un placebo ne montrait un effet-dose que sur l’un des critères secondaires d’évaluation (charge lésionnelle T2), et celle qui comparait 2 doses d’IFNβ1a (30 μg et 60 μg IM 1 fois/semaine) ne montrait aucun effet-dose.

D’autres études randomisées en ouvert ont comparé les interférons entre eux. Les patients n’étaient pas « aveugles » du traitement reçu (étude EVIDENCE [IFNβ1a 44 μg SC x 3/semaine vs 30 μg IM x 1/semaine] et INCOMIN [IFNβ1b 8MUI SC/2 j vs IFNβ1a 30 μg IM x 1/semaine]) et dans certaines, le neurologue évaluateur n’était pas « aveugle » du traitement reçu par le patient (étude INCOMIN) ; de fait, l’interprétation des résultats cliniques de ces études est délicate. En revanche, il semble exister un effet-dose sur les critères d’évaluation IRM (nouvelles lésions T2 et lésions rehaussées par le gadolinium). Les études récentes semblent confirmer cette absence d’effet-dose sur les paramètres cliniques. Ainsi, l’étude BEYOND qui a comparé l’administration de IFNβ1b à simple dose (897 patients) et à double dose (899 patients) avec l’AG (448 patients) dans une très large cohorte pendant deux ans, ne trouve pas de différence significative entre les taux annualisés de poussée. L’ensemble de ces résultats démontre que les posologies utilisées pour les différents interférons sont « optimales » en ce qui concerne les critères d’évaluation cliniques.

Comparaison d’efficacité des produits

Beaucoup de choses ont été dites dans ce domaine, notamment à partir des chiffres des études pivots qui, nous l’avons vu, sont très proches, et dont les populations sont faibles et non comparables. L’étude rétrospective QUASIMS [1], sur 3 991 patients traités par IFNβ, montre une efficacité équivalente entre les différents interférons, en termes de proportion de patients libres de poussées, et de taux annualisé de poussées. Deux études prospectives sur de larges cohortes, comparant l’AG à un interféron (étude BEYOND [2] ; étude REGARD [IFNβ1a 44 μg SC x 3/semaine vs AG 20 mg SC/j] [3]) ont conclu à l’absence de différence d’efficacité des molécules en termes de fréquence des poussées.

Comparaison de tolérance

Que ce soit dans ces deux études ou dans celles qui les ont précédées et suivies, comme dans l’observation de la pratique courante, les effets secondaires des quatre molécules sont maintenant bien connus et gérés de façon habituelle. Il s’agit, pour les interférons, des syndromes pseudo-grippaux, de myalgies et d’élévation des transaminases hépatiques, et pour l’AG de réactions au point d’injection et de dyspnée aiguë. Le pourcentage de patients qui arrêtent les traitements en raison de la survenue d’effets indésirables est faible dans les études (autour de 7 % dans l’étude REGARD). La présence d’anticorps neutralisants anti-interféron semble annuler l’efficacité clinique du produit, les immunogénicités des interférons β1b puis β1a SC étant légèrement supérieures à celles de l’IFN β1a IM. En revanche, il n’a pas été mis en évidence de neutralisation de l’effet clinique de l’AG par les anticorps anti-AG qui sont présents chez la majorité des patients traités.

Essais après un premier événement clinique (CIS) et traitement précoce

Le constat d’un effet équivalent des immunomodulateurs sur le risque de conversion en SEP après un premier événement démyélinisant renforce l’impression d’une efficacité similaire des différents produits commercialisés.

Tous les immunomodulateurs ont donné lieu à une étude randomisée contre placebo dans le cadre d’un premier événement démyélinisant (étude CHAMPS, BENEFIT [4], PRECISE [5], ETOMS, REFLEX). Ces études ont conduit, ou devraient conduire, dans un avenir proche, à une extension d’AMM.

Les immunomodulateurs sont efficaces dans cette indication et retardent l’apparition d’une deuxième poussée. Faut-il pour autant traiter tous les patients dès la première poussée lorsque le suivi radiologique confirme le diagnostic de SEP ? L’objectif du clinicien, en prescrivant un traitement contre la SEP, est d’éviter, ou au moins de retarder, l’apparition d’un handicap fixé, et l’effet des immunomodulateurs sur le handicap à moyen terme est incertain. Les traitements existants ne sont pas anodins en termes de mode d’administration et d’effets secondaires, et les effets indésirables des traitements altèrent la qualité de vie. Parmi les patients atteints de SEP, 1/3 vont être des formes bénignes, c’est-à-dire faire peu de poussées et avoir un score de handicap inférieur à 3, à 15 ans. En théorie, ceux-là n’auraient peut-être pas d’intérêt à être traités. S’il n’est pas possible de prévoir quels patients vont évoluer de façon bénigne, le suivi des premières années peut permettre de mieux les identifier. D’un autre côté, l’atteinte axonale est précoce et irréversible ; les traitements sont efficaces dans la phase rémittente, pas secondairement progressive. Il ne s’agit pas non plus de proposer un traitement « après la bataille ». Il est logique de penser qu’en diminuant le risque de poussées, on diminue le risque de poussées avec séquelles. L’étude PRISMS à 4 ans a montré que les patients qui recevaient un placebo pendant deux ans, puis qui ont reçu l’IFNβ1a SC pendant 2 ans, avaient une évolution moins favorable au terme des 4 ans que les patients qui étaient sous interféron depuis le début. Dans l’étude BENEFIT, la réduction de 40 % du risque de progression d’un point EDSS à 3 ans pour les patients traités précocement (42/292) par rapport à secondairement (40/176) semble importante, toutefois le nombre de patients qui progressent est faible, et proche de celui des perdus de vue (n = 68), et l’analyse de sensibilité révèle l’absence de différence statistiquement significative si l’on exclut les visites non prévues au protocole et si l’on considère que la progression est soutenue jusqu’à la fin de l’essai (28/192 vs 27/176, p = 0,063). Dans l’étude CHAMPIONS (prolongation à 5 ans de l’étude CHAMPS) il n’existe pas de différence du score EDSS à 5 ans entre les patients traités précocement ou secondairement. Une étude récente [6] qui a étudié les groupes placebo de 31 études randomisées d’une durée de 2 ans, a montré qu’en utilisant une définition de l’amélioration du handicap symétrique à celle de l’aggravation, soit une « modification de l’EDSS d’au moins 0,5 ou 1 point maintenue à 6 ou 12 mois », il y a autant de patients qui s’améliorent que de patients qui s’aggravent, soulignant que les définitions de la progression utilisées dans les études à court terme reflètent des variations aléatoires, des erreurs de mesure, ou des poussées rémittentes. Dans ces situations, et puisqu’il n’y a toujours pas de preuve de l’effet sur le handicap à long terme de débuter un traitement tôt, le prescripteur doit évaluer pour chaque patient la balance bénéfices/inconvénients du traitement. Les corrélations entre nombre de lésions T2 sur l’IRM initiale et handicap au long terme sont modestes (coefficient de corrélation de 0,48 à 14 ans pour la cohorte du Queen Square Hospital [7], 0,17 à 10 ans pour la cohorte de l’Optic Neuritis Treatment Trial [8]) si bien qu’aujourd’hui, les meilleurs critères pronostiques sont cliniques (intervalle P1-P2, fréquence des poussées, séquelles après les poussées, âge de début, EDSS initial), et il est légitime de se laisser un temps d’observation afin d’évaluer le profil évolutif d’un patient.

L’effet sur le handicap à long terme

Maintenant que les interférons sont utilisés depuis une dizaine d’années, avons-nous plus de données sur leur effet à long terme, sur l’aggravation du handicap et le délai de passage à une forme secondairement progressive ?

Les études pivot des immunomodulateurs sont des essais à court terme (2, 3 ans). Des essais contre placebo à long terme seraient nécessaires, mais matériellement impossibles et considérés par certains comme non éthiques. Les études d’extension en ouvert témoignent de la bonne tolérance et de la bonne adhésion aux traitements sur du long terme. En revanche, il est impossible de tirer des conclusions sur l’efficacité à long terme (perte de la randomisation initiale, perdus de vue, changement de traitement, etc.).

Les études observationnelles sur du long terme ont l’avantage de rapporter l’expérience des cliniciens dans la pratique quotidienne. Une étude canadienne observationnelle [9], sur une population incluant la quasi-totalité des SEP rémittentes traitées de la Nouvelle Écosse, a comparé l’évolution des données individuelles de progression pendant 3 périodes : prétraitement, pendant et après. La durée du traitement était de 0,1 à 8,4 ans. Les patients étaient tous naïfs de traitement. Durant la phase précédant le traitement, l’augmentation annuelle d’EDSS était de 0,162 Pt/an. Chez les SEP rémittente, l’augmentation d’EDSS évitée estimée par année de traitement était – 0,162. Dans une autre étude observationnelle sur la population de deux centres spécialisés italiens [10], suivie en moyenne 5,7 ans, la population traitée (1 103 patients) est comparée à la population non traitée (401 patients), et la conclusion est que les patients traités (en considérant les interférons comme une classe médicamenteuse) atteignent plus tard les scores EDSS de 4, 6 et le passage à la progression. Dans cette étude, l’utilisation du score de propension pour compenser la disparité entres les populations traitées et non traitées est insuffisante (absence de prise en compte des données initiales de la maladie et des données IRM) et ne permet pas de conclure.

Ainsi, malgré 10 ans de recul et l’accumulation de données sur la tolérance et l’innocuité des immunomodulateurs, les données sur l’efficacité des interférons sur le handicap à long terme restent faibles.

Conclusion

Au vu des travaux disponibles, les effets cliniques des différents immunomodulateurs sont similaires et indiscutables sur la fréquence des poussées au cours de la phase rémittente. Dix ans après leur mise sur le marché, ces traitements restent toujours au premier plan comme traitements de fond de la maladie. Si les résultats des différents suivis de cohorte à long terme sont rassurants sur le plan de la tolérance, en revanche, il n’a pas été démontré, jusqu’à présent, d’effet sur le passage à la forme secondairement progressive ou sur le handicap au long terme. Leur utilisation après un seul épisode clinique est possible, mais ne doit pas être systématique. Par ailleurs, la perspective de disposer de nouveaux immunomodulateurs (teriflunomide, fumarate, FTY720, etc.), dont certains administrables per os, est de plus en plus proche.

Références

1 Limmroth V, Malessa R, Zettl UK, et al. Quality Assessment in Multiple sclerosis Therapy (QUASIMS): a comparison of interferon beta therapies for relapsing-remitting multiple sclerosis. J Neurol 2007 ; 254 : 67-77.

2 Betaferon efficacy Yielding Outcomes of a new dose in multiple sclerosis (BEYOND study). European Charcot foundation symposium, 2007.

3 Mikol D, Barkhof F, Chang P, et al. Comparison of subcutaneous interferon beta-1a with glatiramer acetate in patients with relapsing multiple sclerosis (the REbif vs Glatiramer Acetate in Relapsing MS Disease [REGARD] study): a multicentre, randomised, parallel, open-label trial. Lancet Neurol 2008 ; 7 : 903-14.

4 Kappos L, Freedman MS, Polman CH, et al. Effect of early versus delayed interferon beta 1-b treatment on disability after a first clinical event suggestive of multiple sclerosis: a 3-year follow-up analysis of the BENEFIT study. Lancet 2007 ; 370 : 389-97.

5 Comi G, Carra A, Fazekas F, et al. For the preCISe study group. Treatment with glatiramer acetate delays conversion to clinically definite multiple sclerosis in patients with clinically isolated syndrome: subgroup analyses. ACTRIMS/ECTRIMS 2008 (poster P32).

6 Ebers GC, Heigenhauser L, Daumer M, Ledererer C, Noseworthy JH. Disability as an outcome in MS clinical trials. Neurology 2008 ; 71 : 624-31.

7 Brex PA, Ciccarelli O, O’Riordan JI, et al. A longitudinal study of abnormalities on MRI and disability from multiple sclerosis. N Engl J Med 2002 ; 346 : 3.

8 The Optic Neuritis Study Group. Multiple sclerosis risk after optic neuritis: final optic neuritis trial treatment trial follow-up. Arch Neurol 2008 ; 65 : 727-32.

9 Brown MG, Kirby S, Skedgel C, et al. How effective are disease-modifying drugs in delaying progression in relapsing-onset MS? Neurology 2007 ; 69 : 1498-507.

10 Trojano M, Pellegrini F, Fuiani A, et al. New natural history of IFNβ treated relapsing multiple sclerosis. Ann Neurol 2007 ; 61 : 300-6.


 

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