ARTICLE
Auteur(s) : Pauline Renou
Département de neurologie, CHU Pellegrin, Bordeaux
Les accidents vasculaires cérébraux (AVC) constituent une
urgence thérapeutique, notamment en raison de la possibilité de
réaliser une thrombolyse intraveineuse, qui lorsqu’elle est
effectuée dans les 4 h 30 suivant l’apparition des
symptômes (validation scientifique, non validé par l’AMM), permet
d’améliorer le pronostic fonctionnel des patients [1]. L’imagerie
cérébrale, qui constitue l’élément clé du diagnostic d’AVC, a connu
dernièrement des avancées majeures aussi bien en imagerie par
résonance magnétique (IRM) qu’en scanner. Ces techniques
d’exploration sont multimodales et permettent, dans un même temps,
de différencier un infarctus d’une hémorragie, et de fournir des
informations sur l’ensemble de la vascularisation cervicale et
intracrânienne, mais également sur la viabilité du tissu cérébral.
Dans le cadre de l’évaluation en urgence d’une suspicion d’AVC,
l’exploration par scanner devrait inclure un scanner cérébral non
injecté, un angio-TDM des troncs supra-aortiques (TSA) et du
polygone de Willis, et une tomodensitométrie (TDM) de perfusion
(figure 1).
L’exploration par IRM devrait comprendre les séquences fluid
attenuation inversion recovery (FLAIR), diffusion weighted imaging
(DWI), perfusion weighted imaging (PWI), T2* gradient recalled echo
(GRE), et une angio-IRM (ARM) des TSA et du polygone de Willis
(figure 2).
L’imagerie cérébrale doit permettre, dans un premier temps, de
poser le diagnostic d’AVC ischémique ou hémorragique. Bien que la
TDM ait longtemps été considérée comme le gold standard pour la
détection des hémorragies intracrâniennes, l’IRM, grâce à la
séquence T2*, est au moins aussi fiable que la TDM. Le T2*,
sensible aux artéfacts de susceptibilité magnétique de la
désoxyhémoglobine et de la méthémoglobine, permet une distinction
presque parfaite entre les hémorragies récentes et les infarctus,
et est plus sensible que la TDM pour la détection des saignements
anciens [2, 3].
La séquence IRM de DWI permet de confirmer précocement le
diagnostic d’AVC ischémique en montrant la lésion ischémique dès la
30e minute. Cette séquence est sensible aux mouvements
browniens des molécules d’eau extracellulaire, or lors d’une
ischémie, il existe une diminution des apports énergétiques à la
cellule ce qui conduit à une défaillance des pompes Na+/K+
transmembranaires. Cette défaillance entraîne un passage de l’eau
extracellulaire vers le compartiment intracellulaire aboutissant à
un œdème cytotoxique. La diminution de l’eau extracellulaire
est responsable de la restriction de la mobilité des molécules
d’eau se traduisant par une chute du coefficient apparent de
diffusion (ADC) et par un hypersignal sur les images isotropiques.
Cette séquence de DWI a augmenté la sensibilité de la détection
précoce des infarctus cérébraux à 83 %, comparée à 16 % avec la TDM
cérébrale [2]. À la différence de la TDM, il existe une
reproductibilité interobservateur élevée avec la séquence de DWI
pour la détection des lésions ischémiques précoces [4].
Les faux négatifs en DWI sont rares. Cependant, certaines
lésions ischémiques de petite taille, en particulier au niveau du
tronc cérébral, peuvent ne pas être visualisées dans les
24 premières heures [5], ces faux négatifs peuvent être
limités en réalisant des coupes fines sur la fosse postérieure, ou
en utilisant des IRM à plus haut champ (ex : 3 Tesla).
En cas d’infarctus cérébral, la présence et le siège d’une
occlusion artérielle sont des informations importantes car cela va
conditionner la prise en charge thérapeutique (thrombolyse
intraveineuse/thrombectomie endovasculaire) et le pronostic du
patient (plus péjoratif en cas de thrombose carotidienne ou du
tronc basilaire). L’angio-TDM et l’angio-IRM des TSA sont deux
techniques avec une résolution suffisante et de sensibilité
équivalente pour identifier une thrombose artérielle et sa
localisation [6].
Une des questions les plus débattues dans l’évaluation des
infarctus cérébraux à la phase aiguë concerne l’utilisation de la
TDM et de l’IRM pour distinguer le tissu cérébral irréversiblement
lésé, de la pénombre ischémique qui correspond au tissu cérébral à
risque d’infarcissement mais pouvant récupérer en cas de
recanalisation artérielle. La sélection des patients fondée
sur la présence et l’étendue d’une pénombre ischémique pourrait
théoriquement permettre d’élargir la fenêtre d’administration d’un
thrombolytique au-delà de 4 h 30. Si les premières études
utilisant ce concept ont été encourageantes [7], l’essai récent
DIAS 2 a montré qu’il n’y avait pas de différence
significative entre le placebo et la thrombolyse réalisée entre
3 h et 9 h chez des patients sélectionnés sur la présence
d’une pénombre ischémique. La pénombre ischémique est imagée
en IRM par le mismatch DWI/PWI : l’ischémie irréversible est
représentée par les anomalies en DWI, la pénombre par le tissu
hypoperfusé en PWI autour de la région en restriction de diffusion.
Les principaux paramètres utilisés pour étudier la perfusion
cérébrale sont :
- le TTP : temps au pic ;
- le MTT : temps de transit moyen ;
- le CBF : débit sanguin cérébral.
Bien que ce concept soit attractif, il fait actuellement l’objet
d’une révision critique. À la différence de la tomographie par
émission de positon (TEP), l’IRM de perfusion ne permet pas une
étude quantitative mais simplement qualitative de l’hémodynamique
cérébrale. De plus, les seuils de viabilité tissulaire à
l’aide des paramètres IRM ne permettent pas encore une approche
précise de la zone de pénombre [8]. À ce jour, aucun consensus
n’est établi sur le choix et les seuils des paramètres
hémodynamiques définissant la zone de mismatch. Quant aux lésions
détectées en IRM de DWI, des publications récentes ont montré que
jusqu’à 30 % du volume lésionnel initial en DWI étaient réversibles
[9].
L’ischémie irréversible et la pénombre ischémique peuvent
également être appréhendées en TDM de perfusion, qui permet
d’évaluer les débits et volumes sanguins cérébraux. L’approche
optimale pour définir l’ischémie irréversible semble être le volume
sanguin cérébral (CBV) inférieur à 2 mL/100 g [10]. Cette
valeur basse de CBV indique une défaillance de la vasodilatation
cérébrale, qui est un mécanisme d’autorégulation protecteur, et
représente le tissu cérébral sévèrement lésé, avec une excellente
corrélation avec les anomalies en DWI. La description la plus
fiable de la pénombre en TDM de perfusion est la région ayant un
retard d’arrivée du produit de contraste sur le TTP ou MTT. Là
encore, il existe une bonne corrélation entre TDM de perfusion et
IRM de PWI. Néanmoins, la TDM de perfusion a été beaucoup moins
évalué que l’IRM dans les études, et il n’est validé dans aucun
essai thérapeutique. La plupart des TDM de perfusion ne
couvrent que quelques centimètres d’épaisseur de parenchyme
cérébral ce qui réduit nettement la sensibilité de détection des
anomalies ischémiques, notamment pour les petits infarctus par
occlusion artérielle distale. Enfin, bien que la TDM de perfusion
soit de réalisation plus rapide qu’une IRM, elle expose à une
injection d’iode et une irradiation supplémentaire.
Pour conclure, de multiples informations sont maintenant
disponibles pour l’évaluation de l’AVC à la phase aiguë, tant avec
la TDM qu’avec l’IRM. L’IRM a été plus largement évaluée, en
particulier pour les paramètres de perfusion, que la TDM
multimodale et devrait donc constituer le gold standard de
l’imagerie en urgence de l’AVC. Cependant, dans les centres, encore
nombreux, où l’IRM est d’accès difficile en urgence, la TDM
multimodale constitue une bonne alternative. Des essais
thérapeutiques prospectifs plus larges sont nécessaires pour
déterminer l’utilité de la détection de la pénombre ischémique dans
l’identification des patients pouvant bénéficier d’une
thrombolyse.
Références
1 Hacke W, Kaste M, Bluhmki E, et al.
Thrombolysis with alteplase 3 to 4.5 hours after acute ischemic
stroke. N Engl J Med 2008 ; 359 : 1317-29.
2 Chalela JA, Kidwell CS, Nentwich LM,
et al. Magnetic resonance imaging and computed tomography in
emergency assessment of patients with suspected acute stroke: a
prospective comparison. Lancet 2007 ; 369 : 293-8.
3 Kidwell CS, Chalela JA, Saver JL, et al.
Comparison of MRI and CT for detection of acute intracerebral
hemorrhage. JAMA 2004 ; 292 : 1823-30.
4 Fiebach JB, Schellinger PD, Jansen O,
et al. CT and diffusion-weighted MR imaging in randomized
order: diffusion-weighted imaging results in higher accuracy and
lower interrater variability in the diagnosis of hyperacute
ischemic stroke. Stroke 2002 ; 33 : 2206-10.
5 Oppenheim C, Stanescu R, Dormont D, et al.
False-negative diffusion-weighted MR findings in acute ischemic
stroke. AJNR Am J Neuroradiol 2000 ; 21 : 1434-40.
6 Wintermark M, Meuli R, Browaeys P, et al.
Comparison of CT perfusion and angiography and MRI in selecting
stroke patients for acute treatment. Neurology 2007 ;
68 : 694-7.
7 Hacke W, Albers G, Al-Rawi Y, et al. The
Desmoteplase in Acute Ischemic Stroke Trial (DIAS): a phase II
MRI-based 9-hour window acute stroke thrombolysis trial with
intravenous desmoteplase. Stroke 2005 ; 36 : 66-73.
8 Sobesky J, Zaro Weber O, Lehnhardt FG,
et al. Does the mismatch match the penumbra? Magnetic
resonance imaging and positron emission tomography in early
ischemic stroke. Stroke 2005 ; 36 : 980-5.
9 Fiehler J, Foth M, Kucinski T, et al.
Severe ADC decreases do not predict irreversible tissue damage in
humans. Stroke 2002 ; 33 : 79-86.
10 Wintermark M, Flanders AE, Velthuis B,
et al. Perfusion-CT assessment of infarct core and penumbra:
receiver operating characteristic curve analysis in 130 patients
suspected of acute hemispheric stroke. Stroke 2006 ; 37 :
979-85.
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