ARTICLE
Auteur(s) : Patrick Vermersch
Pôle de neurologie, CHU de Lille et Université
Lille-Nord de France, Lille
Ces derniers jours, plusieurs articles ont rapporté dans le
célèbre New England Journal of Medicine les résultats de trois
études de phase III concernant l’impact thérapeutique de la
cladribine et du fingolimod dans les formes rémittentes de sclérose
en plaques (SEP). Les promoteurs de ces études ont initié les
démarches auprès des agences américaines et européennes, visant à
leur autorisation de mise sur le marché. Après les
immunomodulateurs, la mitoxantrone et le natalizumab, l’arrivée de
ces traitements par voie orale va nous faire franchir une nouvelle
étape dans la prise en charge de la SEP. Ces nouvelles options
thérapeutiques vont avoir des conséquences importantes dans notre
stratégie thérapeutique. Alors que les changements thérapeutiques
actuels ne font pas encore l’objet d’un consensus absolu, l’arrivée
de ces nouveaux traitements va compliquer nos stratégies.
La demande sera forte pour les traitements par voie orale. Que
dire notamment aux patients vous sollicitant pour ces nouveaux
traitements lorsque l’évolution est satisfaisante sous
immunomodulateur injectable ?
Ces trois études avaient pour objectif primaire l’évolution du
taux de poussées. La cladribine à deux dosages différents et
prescrite sous forme de brèves cures annuelles a été comparée au
placebo dans l’étude CLARITY, incluant 1 326 patients
[1]. Le taux de poussées a été diminué selon la dose de 57,6 %
et de 54,5 % par rapport au placebo sur une période de
96 semaines. Le risque de progression confirmé du
handicap mesuré par l’EDSS a été réduit également de 33 et 31 %
dans les groupes recevant la cladribine par rapport au placebo.
Les données IRM ont largement conforté ces résultats cliniques
avec, selon les paramètres étudiés, de nouvelles lésions T2 et
lésions actives rehaussées par le gadolinium une réduction par
rapport au placebo de 75 à 85 % environ. Le fingolimod,
prescrit quotidiennement a été évalué dans deux études, FREEDOMS
comparant le fingolimod au placebo [2], et TRANSFORMS comparant le
fingolimod à un interféron bêta par voie intramusculaire une fois
par semaine [3], incluant respectivement 1 272 et
1 292 patients. À deux ans, et par rapport au placebo, la
réduction relative du taux de poussées était de 54 % pour la dose
la plus faible, et de 60 % pour la dose la plus élevée.
La réduction du risque de progression était respectivement de
30 et de 32 %. Dans l’étude versus interféron bêta, la réduction
relative du taux de poussées à 1 an était respectivement de 52
et 38 %. De même et sur tous les paramètres IRM, le fingolimod
démontre une efficacité importante.
Les effets secondaires le plus souvent rapportés sous cladribine
sont une lymphopénie parfois durable, en rapport avec son mode
d’action. Une augmentation significative de la fréquence du zona a
été rapportée, sans généralisation. Des cas isolés de cancers
ont été observés chez les patients recevant de la cladribine
comprenant un cas de néoplasie du pancréas, un mélanome et un
carcinome ovarien. Un cancer in situ du col utérin a été
diagnostiqué chez une patiente infectée avant l’étude par un
papillomavirus et recevant la dose la plus élevée. Un diagnostic de
choriocarcinome a été posé 9 mois après la fin de l’étude chez
une patiente traitée aussi avec la dose la plus élevée. Chez les
patients sous fingolimod, il a été également constaté une fréquence
élevée de lymphopénie, là aussi en rapport avec le mode d’action du
produit, schématiquement une séquestration des lymphocytes dans les
ganglions lymphatiques. Des infections herpétiques sont été
observées dans l’étude TRANSFORMS, dont deux d’évolution fatale
chez les patients recevant la dose la plus élevée.
Des cancers, notamment trois mélanomes et quatre cancers du
sein, ont été rapportés. D’autres effets secondaires ont été notés,
comprenant des œdèmes maculaires et des troubles de la conduction
cardiaque. Dans l’étude FREEDOMS, ces effets secondaires étaient
également observés mais l’on n’y a pas déploré d’autres décès lors
des infections herpétiques, qui sont restés focalisées. Il a
été déclaré sept cas d’œdèmes maculaires, tous dans le groupe de
patients recevant la dose la plus élevée, d’évolution régressive en
quelques mois chez 6 des 7 cas.
Ainsi, ces deux médicaments ont démontré leur efficacité dans
les formes rémittentes de SEP. Les résultats cliniques des
deux produits semblent assez proches. Sur une période d’un an, le
fingolimod semble plus efficace que l’interféron bêta
intramusculaire. Les espoirs suscités sont grands mais la
durée brève de ces études limite les conclusions pour leurs effets
à moyen et long termes. Surtout, il est absolument indispensable
d’avoir les résultats de tolérance, qui seront obtenus grâce aux
phases d’extension. Avec les données actuelles, il est impossible
de préciser le risque infectieux, toutefois probable comme cela a
été montré avec les infections herpétiques. De même, s’il est
impossible de faire des statistiques sur le risque oncologique, il
existe déjà quelques signaux d’alerte, nous incitant à la prudence.
Il est hautement souhaitable que ces prescriptions soient
encadrées dans un plan de contrôle du risque dans des cohortes
importantes de patients, afin de préciser au mieux le rapport
bénéfice/risque. Même si l’on peut présumer une amélioration
notable de la qualité de vie avec ces traitements par voie orale,
nous ne pourrons pas déraisonnablement augmenter les risques
iatrogènes pour le confort exclusif au quotidien.
Remerciements
L’auteur est investigateur principal d’essais cliniques pour
Merck-Serono et Novartis ; et réalise des interventions ponctuelles
pour Merck-Serono, Novartis, Bayer Shering Pharma, Biogen Idec,
Teva et Sanofi Aventis.
Références
1 Giovannoni G, Comi G, Cook S, et al. A
placebo-controlled trial of oral fingolimod in relapsing multiple
sclerosis. N Engl J Med 2010 : 362 ; (Epub ahead of
print).
2 Kappos L, Radue EW, O’Connor P, et al. A
placebo-controlled trial of oral fingolimod in relapsing multiple
sclerosis. N Engl J Med 2010 : 362 ; (Epub ahead of
print).
3 Cohen JA, Barkhof F, Comi G, et al. Oral
fingolimod or intramuscular interferon in relapsing multiple
sclerosis. N Engl J Med 2010 : 362 ; (Epub ahead of
print).
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