ARTICLE
Auteur(s) : Dalia Dimitri
Centre de référence des maladies neuromusculaires,
Hôpital Henri-Mondor, Créteil Réseau SINDEFI
Deux questions principales se posent au clinicien : les
traitements actuels préviennent-ils le handicap à long terme dans
la SEP ? Quand commencer le traitement ? Dans cette mise au point,
une synthèse des essais des traitements immuno-modulateurs (TIM),
les données concernant leur effet à long terme et les perspectives
de l'immunothérapie et de la neuroprotection sont exposées.
Cibler l'inflammation : les traitements
immuno-modulateurs
Efficacité des traitements immuno-modulateurs
Apport de la médecine fondée
sur la preuve
La médecine fondée sur la preuve est un excellent outil de lecture
structuré et critique des essais thérapeutiques aboutissant à des
recommandations utiles au praticien (tableaux 1
et 2) [1, 2]. Cependant, elle ne remplace pas la «
subjectivité » du praticien qui doit trouver un équilibre entre sa
propre expérience et la solidité des preuves scientifiques, et
ensuite extrapoler ces données à un patient en particulier [1].
L'activité inflammatoire est évaluée sur des critères cliniques
(taux de poussées, pourcentage de patients sans poussée) et IRM
(lésions prenant le contraste, nouvelles lésions T2, ou les 2).
La sévérité de la maladie est évaluée sur l'augmentation d'au
moins 1 point d'EDSS confirmée à 3 ou 6 mois et sur l'IRM
(charge lésionnelle T2, nombre ou volume des trous noirs,
atrophie). Les paramètres IRM, utilisés comme critères
principaux en phase II, ne sont que des critères secondaires dans
les phases III, car ils ne sont pas considérés comme des marqueurs
de substitution assez solides de la clinique, notamment du
handicap. L'efficacité des TIM de première intention (les
interférons bêta [IFNb] et la Copaxone®) est solidement
établie sur les poussées dans la SEP rémittente (SEP-R) et dans la
SEP secondairement progressive (SEP-SP) avec poussées (pour les
IFNb). Leur efficacité sur l'accumulation du handicap dans la SEP-R
et surtout sur sa progression dans la SEP-SP reste en revanche
modeste [1].
Tableau 1 Résultats à 2 ans des essais des
traitements ayant l'AMM dans la SEP rémittente (d'après [2])
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Classea
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Critères cliniques
|
Critères IRM
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Taux moyen de poussée
|
Progressiond
|
Nouvelles lésions T2
|
Gd+ ou LCU
|
Charge lésionnelle
|
|
Betaferon® (IFNb-1b S/C)
|
I
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- 34 %
|
- 29 % (ns)
|
- 83 %**
|
nr
|
- 17 %
|
|
Avonex® (IFNb-1a IM)
|
I
|
- 18 %*
|
- 37 %*
|
- 36 %**
|
- 42 %*
|
- 4 % (ns)
|
|
Rebif® (IFNb-1a S/C)
|
I
|
- 32 %
|
- 30 %*
|
- 78 %
|
- 88 %
|
- 15 %
|
|
Copaxone® (glatiramère acétate)
|
I
|
- 29 %**
|
- 12 % (ns)
|
- 38 %**
|
- 33 %**
|
- 8 %**
|
|
Elsep® (mitoxantrone)b
|
I
|
- 42 %
|
- 75 %*
|
- 79 %*
|
- 79 % (ns)
|
nr
|
|
Tysabri® (natalizumab)c
|
I
|
- 68 %
|
- 42 %
|
- 83 %
|
- 92 %
|
- 18 %
|
IFNb : interféron bêta ; S/C : sous-cutané ; IM : intramusculaire.
Gd+ : prise de gadolinium ; LCU : nouvelle lésion T2, ou Gd+, ou
lésion combinée unique ; ns : non significatif ; nr : non
reporté.
* p ≤ 0,05 ; **p ≤ 0,01 ; p ≤ 0,001 ; pourcentage de réduction
calculé en divisant le taux du groupe traité par le taux du groupe
placebo ; pour la charge lésionnelle, le pourcentage est calculé
comme la différence des pourcentages médians entre les deux
groupes.
a La classification d'un essai (preuve
décroissante de I à IV) repose sur la présence d'un groupe
contrôle, la représentativité de la population, l'évaluation en
aveugle, le caractère randomisé et prospectif.
b À la dose de 12 mg/m2, IV pendant
3 mois, essai incluant en majorité des SEP-SP.
c Étude AFFIRM en monothérapie.
d Progression : aggravation d'un point EDSS confirmée
à 3 mois (pour Avonex® à 6 mois et
l'interféron bêta à 3 ans).
Tableau 2 Recommandations de l'American Academy of
Neurology selon le niveau de preuve (d'après [1, 2])
- Interféron-β (IFNb)
- Traiter par IFNb les patients atteints de SMS à haut risque de
développer une SEP, de SEP-R ou de SEP-SP ayant toujours des
poussées est approprié (type A). L'efficacité de l'IFNb sur la
SEP-SP sans poussée est incertaine (type U).
- La décision de commencer un traitement chez un patient
donné doit être mise en balance avec le fait que la magnitude de
l'effet bénéfique reste modeste, que les mesures utilisées dans les
essais ont une relation incertaine avec le développement du
handicap à long terme, que certains patients développeront des
effets secondaires tandis que d'autres auront une évolution bénigne
sans traitement.
- Il est possible que certaines populations de patients
(ceux ayant beaucoup de poussées ou à un stade précoce de la
maladie) soient les meilleurs candidats pour le traitement (type
U).
- Un effet dose existe probablement pour le traitement par IFNb
(type B).
- Le traitement par IFNb est associé à la production
d'anticorps neutralisants (type A). Cette production est
probablement moindre avec l'interféronβ-1a par rapport à
l'interféronβ-1b (type B). L'effet biologique de ces anticorps est
possiblement la réduction de l'efficacité (type C).
|
- Glatiramère acétate (GA)
- Traiter par GA les patients atteints de SEP-R est approprié
(type A).
- Le GA réduit possiblement l'accumulation du handicap chez
les patients atteints de SEP-R (type C).
|
- Mitoxantrone (MTX)
- La MTX réduit probablement le taux de poussées dans la
SEP-R (type B). Sa toxicité potentielle pourrait dépasser les
bénéfices cliniques attendus dans la phase précoce de la
maladie.
- La MTX a probablement un effet bénéfique sur la
progression chez des patients s'aggravant rapidement (type B). En
raison de sa toxicité, elle doit être réservée aux patients ayant
une aggravation rapide et réfractaire aux autres traitements.
|
- Natalizumab (NZB)
- Le NZB réduit l'activité et la sévérité de la SEP-R (type
A).
- L'efficacité relative du NZB par rapport aux autres traitements
de la SEP ne peut être définie avec précision (type U).
- L'intérêt du NZB dans le traitement de la SEP-SP est inconnu
(type U).
- L'intérêt de la combinaison du NZB avec l'IFNb est inconnu
(type U).
- Il existe une augmentation du risque de LEMP chez les
patients traités par NZB, en association (type A), et en
monothérapie (type C). Une augmentation du risque d'autres
infections opportunistes est possible (type C).
- Le risque de LEMP est estimé à 1/1 000 patients
traités pour une durée moyenne de 17,9 mois, mais ce chiffre
peut changer*.
|
Le niveau de recommandation est établi en fonction de la
classification des essais disponibles. Efficacité, inefficacité ou
dangerosité, recommandation A : établie ; B : probable ; C :
possible ; U : données contradictoires ou inadéquates.
SMS : syndrome monosymptomatique ; LEMP : leucoencéphalite
multifocale progressive.
* Chiffre calculé avant les trois nouveaux cas déclarés en
2008.
Apport des études observationnelles
L'effet des TIM sur le handicap à long terme, notamment sur
l'évolution vers la phase SP, ne peut être extrapolé des essais
disponibles qui durent de 2 à 3 ans. Des études
observationnelles sur des cohortes de patients fondées
géographiquement fournissent des éléments de réponse. Une étude
portant sur 1 504 patients, dont 73 % étaient traités par les
IFNb, suivis de façon prospective pendant 7 ans a montré une
réduction nette et significative de l'évolution vers la phase SP,
vers un EDSS ≥ 4 ou EDSS ≥ 6 dans le groupe traité [3]. Une étude
incluant 590 patients SEP-R et SP traités par les 4 TIM a comparé
l'évolution de l'EDSS avant et après traitement [4]. L'augmentation
annuelle de l'EDSS en prétraitement pour les groupes SEP-R, SEP-SP
et SEP à début rémittent était respectivement de 0,1, 0,31 et 0,16
sur 1 point d'EDSS. L'augmentation de l'EDSS évitée par année de
traitement était significative pour les SEP-R (- 0,103 ; 0,000),
les SEP-SP (- 0,065 ; 0,011) et le groupe entier (- 0,162 ; 0,000).
L'effet bénéfique des TIM était plus important pour les SEP-R.
Ainsi, les études observationnelles démontrent-elles un effet bien
plus robuste sur la progression du handicap que les essais
cliniques. Cette différence peut s'expliquer par le fait que les
études observationnelles représentent une population plus proche de
celle vue en pratique clinique, et comportent un nombre de patients
plus important pour une durée de traitement plus longue.
Les biais possibles liés à l'absence de randomisation sont la
limite de ces études. Une méthodologie rigoureuse peut limiter ces
biais. En fait, ces études sont complémentaires des essais
cliniques, et fournissent des arguments solides pour le traitement
précoce avant un seuil de handicap irréversible. Certains éléments
pronostiques permettent d'identifier les patients à risque
d'atteindre ce seuil. Cependant, ces résultats sont à mettre en
balance avec certaines études d'histoire naturelle qui, selon la
définition, évaluent les formes bénignes à 10-20 % des SEP-R. Une
étude a montré que les patients ayant un EDSS ≤ 2 10 ans après
le début de la maladie ont 90 % de chance de rester ambulatoires
(EDSS ≤ 3) 10 ans après.
Optimisation du traitement de la SEP
rémittente
Étape diagnostique, modalités de suivi
Il existe un consensus actuel pour établir le diagnostic le plus
précocement possible. Cela permet de réduire l'anxiété, de
commencer une éducation précoce du patient qui participera aux
choix thérapeutiques et prendra des décisions concernant son style
de vie. Les critères de McDonald, récemment simplifiés,
permettent le diagnostic de SEP un an après un premier événement
démyélinisant dans 50 % des cas.
Il n'y a pas de consensus concernant les outils de suivi.
Le minimum requis est un examen neurologique régulier (EDSS,
évaluation objective du périmètre de marche) complété par
l'interrogatoire : nombre de poussées, réduction des capacités
fonctionnelles dans la vie quotidienne, en précisant le degré de
déconditionnement à l'effort qui peut en être responsable.
La place de l'IRM dans l'arbre décisionnel n'est pas
clairement définie, mais une IRM avant le début du traitement et
avant son changement paraît utile.
Quand proposer le traitement immuno-modulateur ?
Les données actuelles sont fortement en faveur d'un traitement
précoce sans consensus clair sur le moment où le commencer.
Les essais CHAMPS, ETOMS et BENEFIT, ont démontré l'efficacité
des IFNb à retarder l'évolution vers la SEP après un premier
épisode démyélinisant [1]. Le bénéfice relatif d'un traitement
immédiat par rapport à un traitement différé sur la progression du
handicap a été mis en évidence. Cependant, ce bénéfice était
modeste [1]. L'instauration du traitement entre EDSS 0 et 3 paraît
indiquée. Une stratégie « wait and see » chez des patients ayant un
premier épisode démyélinisant peu sévère avec une bonne
récupération se justifie sur les données d'histoire naturelle.
Il est toutefois important, une fois le diagnostic établi,
d'informer le patient sur les traitements actuels disponibles, leur
effet bénéfique à court terme, les espoirs quant au long terme, et
de peser avec lui les bénéfices attendus par rapport aux effets
secondaires. La décision de traiter sera prise selon le degré
de motivation du patient et les critères cliniques (et IRM ?)
d'évolutivité. Cette démarche pourrait diminuer le taux de
non-observance évalué à plus de 30 % dans certaines études.
Définir la réponse au traitement
La définition même de non-réponse au traitement n'est pas
clairement établie. Selon les critères choisis, le pourcentage de
patients non répondeurs dans une cohorte de patients traités par
IFNb varie de 10 à 50 % [5]. La pertinence des critères
reposerait sur leur précision à prédire de façon précoce la
progression du handicap à long terme. Dans une étude, la
progression du handicap dans les deux premières années de
traitement avait une sensibilité et une spécificité bien
supérieures à la fréquence des poussées pour prédire le
développement d'un handicap à 6 ans. La seule variable
démographique qui prédisait la non-réponse était l'EDSS de départ
[5]. En pratique, l'aggravation par rapport à la période de
prétraitement en termes de poussées et/ou de progression justifie
la recherche d'alternative thérapeutique.
Alternatives thérapeutiques
Dosage des anticorps neutralisants
chez les patients non répondeurs
Leur persistance réduit l'efficacité des IFNb. Aucune stratégie ne
peut être utilisée actuellement en raison de l'absence de consensus
sur le test à utiliser et le seuil de positivité [1].
Remplacement d'un immuno-modulateur à un autre
Trois grandes études comparatives sont disponibles. Les études
INCOMIN et EVIDENCE ont montré une meilleure efficacité
respectivement du Betaferon® (interféron bêta) et du
Rebif® par rapport à l'Avonex®, ce qui était
en faveur d'un effet-dose [1]. Cependant, les résultats sur les
poussées étaient significatifs de façon marginale [1]. L'étude
REGARD n'a pas montré de différences significatives entre le
Rebif® et la Copaxone® [6]. Chez un patient
non répondeur mais ayant une maladie peu agressive, changer un TIM
pour un autre de mécanisme d'action différent ou passer à un IFNb
plus fortement dosé est justifié.
Traitement de la SEP-R agressive, réfractaire
aux TIM
Une intervention précoce chez les patients évolutifs malgré un TIM
(dans les 6 mois à 1 an) et en première intention dans les SEP
malignes est recommandée [7]. Le mauvais pronostic à court
terme de ce type de SEP, justifie l'utilisation de
l'immuno-suppression intensive ou du natalizumab, malgré l'absence
d'étude de classe I validant de façon formelle cette indication [1,
2, 7]. L'utilisation de ces thérapeutiques comme traitements
d'induction permettrait de limiter la durée de traitement et
potentiellement les effets secondaires. Le traitement
d'entretien pourrait être ensuite assuré par les TIM (figure 1) [7]. En effet,
certaines données suggèrent que des TIM inefficaces pendant la
période active de la maladie deviennent efficaces après une
immuno-suppression intensive.
L'immuno-suppression intensive
La mitoxantone (MTX) a une efficacité remarquable sur le taux de
poussées et la progression du handicap dans les SEP-R et SP
agressives et a l'AMM dans ces indications (tableaux 1 et 2) [1]. Cependant, sa toxicité
(cardiaque dans 2 % des cas, leucémie dans 0,25 %) restreint son
utilisation.
Le cyclophosphamide (CP) a montré son efficacité dans de
nombreux essais ouverts dans la SEP-R et SEP-SP évolutives.
Certaines études suggèrent une efficacité équivalente à celle de la
MTX. Les avantages du CP sont l'absence de dose cumulative
maximale, l'absence de cardiotoxicité et de leucémie.
Il existe en revanche un risque de cystite hémorragique et une
augmentation des cancers à long terme [7].
Le natalizumab
Cet anticorps monoclonal dirigé contre l'intégrine α4β1
lymphocytaire, inhibant la migration lympho-monocytaire à travers
la BHE, a montré dans 2 essais de phase III une efficacité
remarquable seul ou en association avec l'Avonex® sur le
taux de poussées, la progression du handicap et les paramètres IRM
[2]. Ce traitement avait une indication initiale de première
intention dans la SEP-R. Trois cas de leucoencéphalite multifocale
progressive (LEMP) sont survenus chez deux patients SEP (en
association avec l'Avonex®) et chez 1 patient Crohn
immunodéprimé. Le risque de LEMP a été estimé à 1/1 000
pour un traitement de 17,9 mois en moyenne [2].
Les indications en monothérapie ont été limitées à la SEP-R
réfractaire aux TIM, ou ayant une évolution initiale agressive.
Trois nouveaux cas chez des patients en monothérapie sont survenus
en 2008. Pour les 6 cas, la LEMP est survenue après 8, 14, 14, 17,
28 et 37 cures. Le risque de LEMP est actuellement évalué à
1/10 000 patients-années.
Traitement des formes progressives de SEP
La SEP-SP
La phase SP semble hétérogène comme le montrent les résultats
contradictoires des deux essais Betaferon® [1].
Les patients répondeurs à l'IFNb étaient au début de leur
phase SP et avaient une maladie plus active en termes de poussée
mais également de progression [1]. L'effet reste cependant modeste.
La MTX a démontré son efficacité dans les formes SP agressives
mais avec une toxicité potentielle importante [1, 7].
La SEP progressive d'emblée (SEP-P)
PROMISE, seul essai de phase III dans la SEP-P, a testé la
Copaxone® contre placebo chez 943 patients.
La négativité de l'essai serait en faveur de la nature
dégénérative de la SEP-P. Mais elle pourrait être en partie
expliquée par le faible taux de progression dans le groupe placebo
[8].
Les perspectives thérapeutiques
Plus de 150 essais sont répertoriés sur le site
www.clinical.trials.gov. Les différentes stratégies sont
résumées dans le tableau 3 [9].
Les anticorps monoclonaux
Le natalizumab a ouvert avec succès l'ère des anticorps monoclonaux
dans la SEP. De nombreux anticorps, utilisés dans les
hémopathies malignes ou des maladies auto-immunes sont actuellement
testés dans la SEP (tableau 4).
L'alemtuzumab, qui induit une déplétion lymphocytaire T profonde, a
montré dans un essai dans la SEP-R précoce contre le
Rebif® une efficacité remarquable sur le taux de
poussée, la progression et les paramètres IRM. Des cas de
purpura thrombopénique chez 3 % des patients (avec un cas fatal)
sont survenus [10]. Le rituximab et le daclizumab semblent
également très prometteurs. Trois cas de LEMP chez des patients
lupiques immunodéprimés sont survenus sous rituximab.
Tableau 3 Thérapeutiques émergentes dans la SEP
(d'après [9]).
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Stratégie thérapeutique
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Options thérapeutiques
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Mécanismes d'action supposés
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A) Immuno-suppression
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- Autogreffe de moellec - Paclitaxelc -
Daclizumaba, b
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- Réduction globale des LT - Réduction globale des LT - Prévient
l'activation des LT
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B) Immuno-modulation
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1) Induction de la tolérance
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- Altered peptide ligands (APL)b - Vaccination avec les
LT autologues et peptides formant le RCT*, b -
Statinesb - CTLA-4Ig, anti-CD40 L (ligand)
|
- Blocage et compétition avec la liaison aux peptides
encéphalitogènes - Induction d'anticorps et de LT dirigés contre
les peptides des RCT autoréactifs. - Réduction de l'expression du
CMH-II et de la présentation antigénique - Anergie des LT lors de
l'interaction LT/peptide/MHCII
|
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2) Délétion des cellules autoréactives
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- Rituximaba, b, c - Alemtuzumabc
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- Déplétion des LB - Déplétion de tous les LT et de certains
monocytes
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3) Interférence avec les chémokines et leurs récepteurs
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- Anti-CCR1b, anti-CCR2b
|
- Réduit l'inflammation et la migration de LT mémoire effecteurs
activés
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4) Altération de l'équilibre des cytokines pro-inflammatoires (Th1)
et immuno-modulatrices (Th2)
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- Œstrogènesb, SERMb, statinesb -
Interféron oral taub - Fumaratec - Inhibiteur
de la phopsphodiésterase type IVb
|
- Déviation Th1 à Th2 - Antagonise l'effet de l'IFN gamma -
Augmente les cytokines Th2, induit l'apoptose des lymphocytes
activés - Réduit les cytokines Th1, stabilise la BHE
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5) Diminution de l'effet délétère des anticorps dirigés contre les
antigènes du SNC
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- Rituximaba, b, c - Récepteurs solubles du
complémentb
|
- Diminution des anticorps - Diminution de l'activation du
complément
|
|
C) Inhibition de la migration à travers la BHE
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1) Prévention de la migration lymphocytaire
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- FTY720 : agoniste des récepteurs à la
sphingosine-1-phosphate (S1P1)c
|
- Séquestration des LT et des LB dans les ganglions
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2) Diminution de l'expression des molécules d'adhésion
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- Statinesb
|
- Diminution de l'expression des molécules d'adhésion sur les LT et
les cellules endothéliales
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3) Diminution des MMP ou augmentation de leurs inhibiteurs
|
- Inhibiteurs des MMPd, minocyclineb,
statinesb
|
- Inhibition des protéases qui facilitent la migration des LT à
travers la BHE
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4) Diminution de la migration cellulaire à travers la BHE
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- Fumaratec, laquinimodc,
teriflunomidec
|
- Diminution de l'infiltration des macrophages et lymphocytes
|
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D) Neuroprotection et réparation
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1) Neuroprotection
|
- Riluzoleb, talampanelb,
statinesb, immunophillines (ciclosporine A,
FK-506)d, minocyclineb,
memantineb, bloqueurs des canaux sodium et calcium
(phénytoine, carbamazépine, lamotrigine et flécaïne)
|
- Prévention de la mort neuronale et oligodendrocytaire
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2) Promotion de la réparation
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- Progéteroned, cellules souchesd
|
- Promotion de la remyélinisation
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Vaccination avec des LT autologues autoagressifs dirigés contre des
autoantigènes, inactivés ou atténués.
a Utilisation hors AMM aux États-Unis et en Europe.
b Essai Phase I-II.
c Essais de phase III. d Tests
précliniques.
LT : lymphocytes T ; RCT : récepteur de la
cellule T ; LB : lymphocyte B ; MMP : matrice
métalloprotéases ; BHE : barrière
hémato-encéphalique ; SERM : specific estrogen receptor
modulators.
Tableau 4 Les anticorps monoclonaux testés dans la
SEP
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Anticorps/cible
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Phase de l'essai/patients traités
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Effets
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Alemtuzumab (Campath-1H) Anti-CD52 [10]
|
- Phase II : 334 SEP-R, EDSS≤ 3, 2 doses IV vs
Rebif®, 3 ans. - Phase II, SEP-SP - 2 phases III
dans la SEP-R, en cours.
|
- Réduction de la progression du handicap, et du taux de poussée de
75 % par rapport au Rebif® Réduction de la charge
lésionnelle et augmentation du volume cérébral - Thyroïdite
23 %, PTI 3 % (1 décès) - Réduction des poussées, mais
pas de la progression dans la SEP-SP
|
|
Rituximab Anti-CD20
|
- Phase II : 104 SEP-R, 1 dose IV vs PBO, 6 mois. - Phase
II/III, 450 SEP-P, 2 ans, en cours
|
- Réduction significative des lésions Gd+ et diminution de
50 % du nombre de patients avec poussées, bonne tolérance
|
|
Daclizumab Anti-CD25
|
- Phase II (CHOICE) : 230 SEP, 2 doses S/C vs PBO, en
cours
|
- Réduction de 75 % des nouvelles lésions Gd+ (p = 0,004), et
de 35 % du taux de poussées (ns) - Bonne tolérance
|
|
Ustekinumab Anti-IL12/23 P40
|
- Phase II : 249 SEP-R, 4 doses S/C vs PBO, 23 semaines
|
- Inefficacité, bonne tolérance
|
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Infliximab Anti-TNFα
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- Phase I : SEP progressive, arrêtée
|
- Majoration des lésions IRM
|
|
TGN1412 Anti-CD28
|
- Phase I arrêtée
|
- Défaillance multiviscérale grave chez les 6 volontaires sains
|
PBO : placebo ; PTI : purpura thrombopénique
immunologique.
Les traitements par voie orale
Quatre molécules ont démontré leur efficacité en phase II et sont
actuellement testées en phase III : le teriflunomide, le FTY720, le
fumarate, et le laquinimod (tableau 5)
[11-14].
Tableau 5 Les principaux essais de phase II des
traitements par voie orale testés dans la SEP.
|
Traitements
|
Phase de l'essai/patients
|
Effets
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|
Fumarate (BG00012) [13]
|
- Phase IIb : 257 SEP-R, 120 mg/j, 120 mg X 3/j et 240 mg X
3/j vs PBO, 24 semaines - Phase III en cours
|
Positifs pour 240 mg x 3/j : - Réduction significative des
nouvelles lésions Gd+ de 69 %, et des nouvelles lésions T2 et
hypointenses T1 de 50 %. - Réduction du taux de poussées de
32 % (ns) - Bien toléré ; flush et douleurs
abdominales.
|
|
Laquinimod [14]
|
- Phase IIb : 306 SEP-R, 0,3 mg/j et 0,6 mg/j vs PBO, 36
semaines - Phase III en cours
|
Positifs pour 0,6 mg/j : - Réduction significative du nombre
de lésions Gd+ de 40 % - Pas d'effet sur les poussées - Bien
toléré ; cytolyse hépatique réversible, 1 syndrome de
Budd-Chiari
|
|
Fingolimod (FTY720) [12]
|
- Phase II : 281 SEP-R, 1,25 mg/j vs 5,0 mg/j vs PBO, 6 mois -
Phase III en cours
|
Positifs pour les 2 doses : - Réduction significative du
nombre de lésions Gd+ - Réduction significative du taux annuel de
poussées de 55 % pour 1,25 mg et de 53 % pour 5 mg - Bien
toléré ; une encéphalopathie postérieure réversible, cytolyse
hépatique, nasopharyngites, nausées, diarrhée, céphalées
|
|
Teriflunomide [11]
|
- Phase II : 179 SEP-R et 22 SEP-SP, 7 mg/j et 14 mg/j vs PBO,
36 semaines - Phase III en cours
|
Positifs pour les 2 doses : - Réduction significative de plus
de 60 % du nombre de lésions combinées uniques actives vs PBO,
réduction des lésions Gd+ et de nouvelles lésions T2 - Réduction de
32 % du taux annuel de poussées pour 14 mg vs PBO (ns),
réduction significative du nombre de patients ayant une progression
du handicap pour 14 mg vs PBO - Bien toléré ; cytolyse
hépatique modérée
|
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Cladribine
|
Phase III dans SEP-R et après premier événement démyélinisant,
phase II dans SEP-R en add-on avec IFNb
|
Effets positifs sur les poussées et sur l'IRM dans certaines études
en ouvert
|
Cibler la neurodégénérescence
À la phase précoce de la SEP, les TIM auraient un effet
neuroprotecteur en agissant sur l'inflammation (tableau 3). Certains immuno-modulateurs auraient
un effet neuroprotecteur indépendant de l'action anti-inflammatoire
: le GA (sécrétion du BNDF par les LT), le fumarate (effet
antioxydant) et les immunophillines (action antiglutamate).
Le riluzole s'est révélé décevant dans la SEP-P. Une phase II
est en cours dans la SEP-R précoce.
La greffe de cellules souches présente d'importants obstacles
chez l'homme : faisabilité, innocuité… Cette approche, qui soulève
par ailleurs des questions éthiques semble donc très prématurée
dans la SEP.
Conclusion
Si le concept d'une stratégie à la fois anti-inflammatoire et
neuroprotectrice pour un traitement optimal de la SEP est devenu
une évidence, force est de constater que la neuroprotection n'en
est qu'à ses balbutiements. Le vide thérapeutique pour la
SEP-P est criant. Cependant, un espoir réel de retarder la phase
secondairement progressive en traitant précocement la SEP-R émerge
des études observationnelles. Dans un futur proche, potentiellement
quatre molécules par voie orale et trois anticorps monoclonaux
renforceront l'arsenal thérapeutique dans la SEP-R. Paradoxalement,
ce sont les progrès rapides de l'immunothérapie qui mettent le
neurologue dans une position inédite : l'apparition de produits
plus efficaces s'accompagne d'effets secondaires engageant parfois
le pronostic vital dans une maladie certes invalidante mais qui
n'est pas mortelle. Le natalizumab en est l'illustration :
efficacité remarquable, mais risque de LEMP possiblement plus
important avec un traitement prolongé. Alors que l'arbre
décisionnel ne fait pas encore consensus, la décision du neurologue
devient un équilibre délicat entre la médecine fondée sur les
preuves, son expérience propre et la participation indispensable du
patient. Entre attentisme injustifié et enthousiasme imprudent, il
y a une place pour une réflexion adaptée aux données scientifiques
et au dialogue avec le patient.
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