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MS : an inflammatory or a degenerative disease?


Neurologie.com. Volume 1, Number 4, 110-7, juin 2009, Revue flash

DOI : 10.1684/nro.2009.0062

Résumé   Summary  

Author(s) : Dalia Dimitri , Centre de référence des maladies neuromusculaires, Hôpital Henri-Mondor, Créteil Réseau SINDEFI.

Summary : For neurologists the two major questions for the management of multiple sclerosis (MS) patients are : “Did disease- modifying treatments prevent the long term disability?” and « how early should MS be treated?” Evidence from disease-modifying therapy trials is reviewed. Arguments in favour of early treatment, new perspective in immunotherapy and neuroprotection are summarized.

Keywords : multiple sclerosis, disease-modifying treatments, immunosuppressants, neuroprotection

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ARTICLE

Auteur(s) : Dalia Dimitri

Centre de référence des maladies neuromusculaires, Hôpital Henri-Mondor, Créteil Réseau SINDEFI

Deux questions principales se posent au clinicien : les traitements actuels préviennent-ils le handicap à long terme dans la SEP ? Quand commencer le traitement ? Dans cette mise au point, une synthèse des essais des traitements immuno-modulateurs (TIM), les données concernant leur effet à long terme et les perspectives de l'immunothérapie et de la neuroprotection sont exposées.

Cibler l'inflammation : les traitements immuno-modulateurs

Efficacité des traitements immuno-modulateurs

Apport de la médecine fondée sur la preuve

La médecine fondée sur la preuve est un excellent outil de lecture structuré et critique des essais thérapeutiques aboutissant à des recommandations utiles au praticien (tableaux 1 et 2) [1, 2]. Cependant, elle ne remplace pas la « subjectivité » du praticien qui doit trouver un équilibre entre sa propre expérience et la solidité des preuves scientifiques, et ensuite extrapoler ces données à un patient en particulier [1]. L'activité inflammatoire est évaluée sur des critères cliniques (taux de poussées, pourcentage de patients sans poussée) et IRM (lésions prenant le contraste, nouvelles lésions T2, ou les 2). La sévérité de la maladie est évaluée sur l'augmentation d'au moins 1 point d'EDSS confirmée à 3 ou 6 mois et sur l'IRM (charge lésionnelle T2, nombre ou volume des trous noirs, atrophie). Les paramètres IRM, utilisés comme critères principaux en phase II, ne sont que des critères secondaires dans les phases III, car ils ne sont pas considérés comme des marqueurs de substitution assez solides de la clinique, notamment du handicap. L'efficacité des TIM de première intention (les interférons bêta [IFNb] et la Copaxone®) est solidement établie sur les poussées dans la SEP rémittente (SEP-R) et dans la SEP secondairement progressive (SEP-SP) avec poussées (pour les IFNb). Leur efficacité sur l'accumulation du handicap dans la SEP-R et surtout sur sa progression dans la SEP-SP reste en revanche modeste [1].

Tableau 1 Résultats à 2 ans des essais des traitements ayant l'AMM dans la SEP rémittente (d'après [2])

Classea

Critères cliniques

Critères IRM

Taux moyen de poussée

Progressiond

Nouvelles lésions T2

Gd+ ou LCU

Charge lésionnelle

Betaferon® (IFNb-1b S/C)

I

- 34 %

- 29 % (ns)

- 83 %**

nr

- 17 %

Avonex® (IFNb-1a IM)

I

- 18 %*

- 37 %*

- 36 %**

- 42 %*

- 4 % (ns)

Rebif® (IFNb-1a S/C)

I

- 32 %

- 30 %*

- 78 %

- 88 %

- 15 %

Copaxone® (glatiramère acétate)

I

- 29 %**

- 12 % (ns)

- 38 %**

- 33 %**

- 8 %**

Elsep® (mitoxantrone)b

I

- 42 %

- 75 %*

- 79 %*

- 79 % (ns)

nr

Tysabri® (natalizumab)c

I

- 68 %

- 42 %

- 83 %

- 92 %

- 18 %

IFNb : interféron bêta ; S/C : sous-cutané ; IM : intramusculaire.

Gd+ : prise de gadolinium ; LCU : nouvelle lésion T2, ou Gd+, ou lésion combinée unique ; ns : non significatif ; nr : non reporté.

* p ≤ 0,05 ; **p ≤ 0,01 ; p ≤ 0,001 ; pourcentage de réduction calculé en divisant le taux du groupe traité par le taux du groupe placebo ; pour la charge lésionnelle, le pourcentage est calculé comme la différence des pourcentages médians entre les deux groupes.

a La classification d'un essai (preuve décroissante de I à IV) repose sur la présence d'un groupe contrôle, la représentativité de la population, l'évaluation en aveugle, le caractère randomisé et prospectif.

b À la dose de 12 mg/m2, IV pendant 3 mois, essai incluant en majorité des SEP-SP.

c Étude AFFIRM en monothérapie.

d Progression : aggravation d'un point EDSS confirmée à 3 mois (pour Avonex® à 6 mois et l'interféron bêta à 3 ans).



Tableau 2 Recommandations de l'American Academy of Neurology selon le niveau de preuve (d'après [1, 2])

  • Interféron-β (IFNb)
  • Traiter par IFNb les patients atteints de SMS à haut risque de développer une SEP, de SEP-R ou de SEP-SP ayant toujours des poussées est approprié (type A). L'efficacité de l'IFNb sur la SEP-SP sans poussée est incertaine (type U).
  • La décision de commencer un traitement chez un patient donné doit être mise en balance avec le fait que la magnitude de l'effet bénéfique reste modeste, que les mesures utilisées dans les essais ont une relation incertaine avec le développement du handicap à long terme, que certains patients développeront des effets secondaires tandis que d'autres auront une évolution bénigne sans traitement.
  • Il est possible que certaines populations de patients (ceux ayant beaucoup de poussées ou à un stade précoce de la maladie) soient les meilleurs candidats pour le traitement (type U).
  • Un effet dose existe probablement pour le traitement par IFNb (type B).
  • Le traitement par IFNb est associé à la production d'anticorps neutralisants (type A). Cette production est probablement moindre avec l'interféronβ-1a par rapport à l'interféronβ-1b (type B). L'effet biologique de ces anticorps est possiblement la réduction de l'efficacité (type C).


  • Glatiramère acétate (GA)
  • Traiter par GA les patients atteints de SEP-R est approprié (type A).
  • Le GA réduit possiblement l'accumulation du handicap chez les patients atteints de SEP-R (type C).


  • Mitoxantrone (MTX)
  • La MTX réduit probablement le taux de poussées dans la SEP-R (type B). Sa toxicité potentielle pourrait dépasser les bénéfices cliniques attendus dans la phase précoce de la maladie.
  • La MTX a probablement un effet bénéfique sur la progression chez des patients s'aggravant rapidement (type B). En raison de sa toxicité, elle doit être réservée aux patients ayant une aggravation rapide et réfractaire aux autres traitements.


  • Natalizumab (NZB)
  • Le NZB réduit l'activité et la sévérité de la SEP-R (type A).
  • L'efficacité relative du NZB par rapport aux autres traitements de la SEP ne peut être définie avec précision (type U).
  • L'intérêt du NZB dans le traitement de la SEP-SP est inconnu (type U).
  • L'intérêt de la combinaison du NZB avec l'IFNb est inconnu (type U).
  • Il existe une augmentation du risque de LEMP chez les patients traités par NZB, en association (type A), et en monothérapie (type C). Une augmentation du risque d'autres infections opportunistes est possible (type C).
  • Le risque de LEMP est estimé à 1/1 000 patients traités pour une durée moyenne de 17,9 mois, mais ce chiffre peut changer*.


Le niveau de recommandation est établi en fonction de la classification des essais disponibles. Efficacité, inefficacité ou dangerosité, recommandation A : établie ; B : probable ; C : possible ; U : données contradictoires ou inadéquates.

SMS : syndrome monosymptomatique ; LEMP : leucoencéphalite multifocale progressive.

* Chiffre calculé avant les trois nouveaux cas déclarés en 2008.

Apport des études observationnelles

L'effet des TIM sur le handicap à long terme, notamment sur l'évolution vers la phase SP, ne peut être extrapolé des essais disponibles qui durent de 2 à 3 ans. Des études observationnelles sur des cohortes de patients fondées géographiquement fournissent des éléments de réponse. Une étude portant sur 1 504 patients, dont 73 % étaient traités par les IFNb, suivis de façon prospective pendant 7 ans a montré une réduction nette et significative de l'évolution vers la phase SP, vers un EDSS ≥ 4 ou EDSS ≥ 6 dans le groupe traité [3]. Une étude incluant 590 patients SEP-R et SP traités par les 4 TIM a comparé l'évolution de l'EDSS avant et après traitement [4]. L'augmentation annuelle de l'EDSS en prétraitement pour les groupes SEP-R, SEP-SP et SEP à début rémittent était respectivement de 0,1, 0,31 et 0,16 sur 1 point d'EDSS. L'augmentation de l'EDSS évitée par année de traitement était significative pour les SEP-R (- 0,103 ; 0,000), les SEP-SP (- 0,065 ; 0,011) et le groupe entier (- 0,162 ; 0,000). L'effet bénéfique des TIM était plus important pour les SEP-R. Ainsi, les études observationnelles démontrent-elles un effet bien plus robuste sur la progression du handicap que les essais cliniques. Cette différence peut s'expliquer par le fait que les études observationnelles représentent une population plus proche de celle vue en pratique clinique, et comportent un nombre de patients plus important pour une durée de traitement plus longue. Les biais possibles liés à l'absence de randomisation sont la limite de ces études. Une méthodologie rigoureuse peut limiter ces biais. En fait, ces études sont complémentaires des essais cliniques, et fournissent des arguments solides pour le traitement précoce avant un seuil de handicap irréversible. Certains éléments pronostiques permettent d'identifier les patients à risque d'atteindre ce seuil. Cependant, ces résultats sont à mettre en balance avec certaines études d'histoire naturelle qui, selon la définition, évaluent les formes bénignes à 10-20 % des SEP-R. Une étude a montré que les patients ayant un EDSS ≤ 2 10 ans après le début de la maladie ont 90 % de chance de rester ambulatoires (EDSS ≤ 3) 10 ans après.

Optimisation du traitement de la SEP rémittente

Étape diagnostique, modalités de suivi

Il existe un consensus actuel pour établir le diagnostic le plus précocement possible. Cela permet de réduire l'anxiété, de commencer une éducation précoce du patient qui participera aux choix thérapeutiques et prendra des décisions concernant son style de vie. Les critères de McDonald, récemment simplifiés, permettent le diagnostic de SEP un an après un premier événement démyélinisant dans 50 % des cas.

Il n'y a pas de consensus concernant les outils de suivi. Le minimum requis est un examen neurologique régulier (EDSS, évaluation objective du périmètre de marche) complété par l'interrogatoire : nombre de poussées, réduction des capacités fonctionnelles dans la vie quotidienne, en précisant le degré de déconditionnement à l'effort qui peut en être responsable. La place de l'IRM dans l'arbre décisionnel n'est pas clairement définie, mais une IRM avant le début du traitement et avant son changement paraît utile.

Quand proposer le traitement immuno-modulateur ?

Les données actuelles sont fortement en faveur d'un traitement précoce sans consensus clair sur le moment où le commencer. Les essais CHAMPS, ETOMS et BENEFIT, ont démontré l'efficacité des IFNb à retarder l'évolution vers la SEP après un premier épisode démyélinisant [1]. Le bénéfice relatif d'un traitement immédiat par rapport à un traitement différé sur la progression du handicap a été mis en évidence. Cependant, ce bénéfice était modeste [1]. L'instauration du traitement entre EDSS 0 et 3 paraît indiquée. Une stratégie « wait and see » chez des patients ayant un premier épisode démyélinisant peu sévère avec une bonne récupération se justifie sur les données d'histoire naturelle. Il est toutefois important, une fois le diagnostic établi, d'informer le patient sur les traitements actuels disponibles, leur effet bénéfique à court terme, les espoirs quant au long terme, et de peser avec lui les bénéfices attendus par rapport aux effets secondaires. La décision de traiter sera prise selon le degré de motivation du patient et les critères cliniques (et IRM ?) d'évolutivité. Cette démarche pourrait diminuer le taux de non-observance évalué à plus de 30 % dans certaines études.

Définir la réponse au traitement

La définition même de non-réponse au traitement n'est pas clairement établie. Selon les critères choisis, le pourcentage de patients non répondeurs dans une cohorte de patients traités par IFNb varie de 10 à 50 % [5]. La pertinence des critères reposerait sur leur précision à prédire de façon précoce la progression du handicap à long terme. Dans une étude, la progression du handicap dans les deux premières années de traitement avait une sensibilité et une spécificité bien supérieures à la fréquence des poussées pour prédire le développement d'un handicap à 6 ans. La seule variable démographique qui prédisait la non-réponse était l'EDSS de départ [5]. En pratique, l'aggravation par rapport à la période de prétraitement en termes de poussées et/ou de progression justifie la recherche d'alternative thérapeutique.

Alternatives thérapeutiques

Dosage des anticorps neutralisants chez les patients non répondeurs

Leur persistance réduit l'efficacité des IFNb. Aucune stratégie ne peut être utilisée actuellement en raison de l'absence de consensus sur le test à utiliser et le seuil de positivité [1].

Remplacement d'un immuno-modulateur à un autre

Trois grandes études comparatives sont disponibles. Les études INCOMIN et EVIDENCE ont montré une meilleure efficacité respectivement du Betaferon® (interféron bêta) et du Rebif® par rapport à l'Avonex®, ce qui était en faveur d'un effet-dose [1]. Cependant, les résultats sur les poussées étaient significatifs de façon marginale [1]. L'étude REGARD n'a pas montré de différences significatives entre le Rebif® et la Copaxone® [6]. Chez un patient non répondeur mais ayant une maladie peu agressive, changer un TIM pour un autre de mécanisme d'action différent ou passer à un IFNb plus fortement dosé est justifié.

Traitement de la SEP-R agressive, réfractaire aux TIM

Une intervention précoce chez les patients évolutifs malgré un TIM (dans les 6 mois à 1 an) et en première intention dans les SEP malignes est recommandée [7]. Le mauvais pronostic à court terme de ce type de SEP, justifie l'utilisation de l'immuno-suppression intensive ou du natalizumab, malgré l'absence d'étude de classe I validant de façon formelle cette indication [1, 2, 7]. L'utilisation de ces thérapeutiques comme traitements d'induction permettrait de limiter la durée de traitement et potentiellement les effets secondaires. Le traitement d'entretien pourrait être ensuite assuré par les TIM (figure 1) [7]. En effet, certaines données suggèrent que des TIM inefficaces pendant la période active de la maladie deviennent efficaces après une immuno-suppression intensive.

L'immuno-suppression intensive

La mitoxantone (MTX) a une efficacité remarquable sur le taux de poussées et la progression du handicap dans les SEP-R et SP agressives et a l'AMM dans ces indications (tableaux 1 et 2) [1]. Cependant, sa toxicité (cardiaque dans 2 % des cas, leucémie dans 0,25 %) restreint son utilisation.

Le cyclophosphamide (CP) a montré son efficacité dans de nombreux essais ouverts dans la SEP-R et SEP-SP évolutives. Certaines études suggèrent une efficacité équivalente à celle de la MTX. Les avantages du CP sont l'absence de dose cumulative maximale, l'absence de cardiotoxicité et de leucémie. Il existe en revanche un risque de cystite hémorragique et une augmentation des cancers à long terme [7].

Le natalizumab

Cet anticorps monoclonal dirigé contre l'intégrine α4β1 lymphocytaire, inhibant la migration lympho-monocytaire à travers la BHE, a montré dans 2 essais de phase III une efficacité remarquable seul ou en association avec l'Avonex® sur le taux de poussées, la progression du handicap et les paramètres IRM [2]. Ce traitement avait une indication initiale de première intention dans la SEP-R. Trois cas de leucoencéphalite multifocale progressive (LEMP) sont survenus chez deux patients SEP (en association avec l'Avonex®) et chez 1 patient Crohn immunodéprimé. Le risque de LEMP a été estimé à 1/1 000 pour un traitement de 17,9 mois en moyenne [2]. Les indications en monothérapie ont été limitées à la SEP-R réfractaire aux TIM, ou ayant une évolution initiale agressive. Trois nouveaux cas chez des patients en monothérapie sont survenus en 2008. Pour les 6 cas, la LEMP est survenue après 8, 14, 14, 17, 28 et 37 cures. Le risque de LEMP est actuellement évalué à 1/10 000 patients-années.

Traitement des formes progressives de SEP

La SEP-SP

La phase SP semble hétérogène comme le montrent les résultats contradictoires des deux essais Betaferon® [1]. Les patients répondeurs à l'IFNb étaient au début de leur phase SP et avaient une maladie plus active en termes de poussée mais également de progression [1]. L'effet reste cependant modeste. La MTX a démontré son efficacité dans les formes SP agressives mais avec une toxicité potentielle importante [1, 7].

La SEP progressive d'emblée (SEP-P)

PROMISE, seul essai de phase III dans la SEP-P, a testé la Copaxone® contre placebo chez 943 patients. La négativité de l'essai serait en faveur de la nature dégénérative de la SEP-P. Mais elle pourrait être en partie expliquée par le faible taux de progression dans le groupe placebo [8].

Les perspectives thérapeutiques

Plus de 150 essais sont répertoriés sur le site www.clinical.trials.gov. Les différentes stratégies sont résumées dans le tableau 3 [9].

Les anticorps monoclonaux

Le natalizumab a ouvert avec succès l'ère des anticorps monoclonaux dans la SEP. De nombreux anticorps, utilisés dans les hémopathies malignes ou des maladies auto-immunes sont actuellement testés dans la SEP (tableau 4). L'alemtuzumab, qui induit une déplétion lymphocytaire T profonde, a montré dans un essai dans la SEP-R précoce contre le Rebif® une efficacité remarquable sur le taux de poussée, la progression et les paramètres IRM. Des cas de purpura thrombopénique chez 3 % des patients (avec un cas fatal) sont survenus [10]. Le rituximab et le daclizumab semblent également très prometteurs. Trois cas de LEMP chez des patients lupiques immunodéprimés sont survenus sous rituximab.

Tableau 3 Thérapeutiques émergentes dans la SEP (d'après [9]).

Stratégie thérapeutique

Options thérapeutiques

Mécanismes d'action supposés

A) Immuno-suppression

- Autogreffe de moellec - Paclitaxelc - Daclizumaba, b

- Réduction globale des LT - Réduction globale des LT - Prévient l'activation des LT

B) Immuno-modulation

1) Induction de la tolérance

- Altered peptide ligands (APL)b - Vaccination avec les LT autologues et peptides formant le RCT*, b - Statinesb - CTLA-4Ig, anti-CD40 L (ligand)

- Blocage et compétition avec la liaison aux peptides encéphalitogènes - Induction d'anticorps et de LT dirigés contre les peptides des RCT autoréactifs. - Réduction de l'expression du CMH-II et de la présentation antigénique - Anergie des LT lors de l'interaction LT/peptide/MHCII

2) Délétion des cellules autoréactives

- Rituximaba, b, c - Alemtuzumabc

- Déplétion des LB - Déplétion de tous les LT et de certains monocytes

3) Interférence avec les chémokines et leurs récepteurs

- Anti-CCR1b, anti-CCR2b

- Réduit l'inflammation et la migration de LT mémoire effecteurs activés

4) Altération de l'équilibre des cytokines pro-inflammatoires (Th1) et immuno-modulatrices (Th2)

- Œstrogènesb, SERMb, statinesb - Interféron oral taub - Fumaratec - Inhibiteur de la phopsphodiésterase type IVb

- Déviation Th1 à Th2 - Antagonise l'effet de l'IFN gamma - Augmente les cytokines Th2, induit l'apoptose des lymphocytes activés - Réduit les cytokines Th1, stabilise la BHE

5) Diminution de l'effet délétère des anticorps dirigés contre les antigènes du SNC

- Rituximaba, b, c - Récepteurs solubles du complémentb

- Diminution des anticorps - Diminution de l'activation du complément

C) Inhibition de la migration à travers la BHE

1) Prévention de la migration lymphocytaire

- FTY720 : agoniste des récepteurs à la sphingosine-1-phosphate (S1P1)c

- Séquestration des LT et des LB dans les ganglions

2) Diminution de l'expression des molécules d'adhésion

- Statinesb

- Diminution de l'expression des molécules d'adhésion sur les LT et les cellules endothéliales

3) Diminution des MMP ou augmentation de leurs inhibiteurs

- Inhibiteurs des MMPd, minocyclineb, statinesb

- Inhibition des protéases qui facilitent la migration des LT à travers la BHE

4) Diminution de la migration cellulaire à travers la BHE

- Fumaratec, laquinimodc, teriflunomidec

- Diminution de l'infiltration des macrophages et lymphocytes

D) Neuroprotection et réparation

1) Neuroprotection

- Riluzoleb, talampanelb, statinesb, immunophillines (ciclosporine A, FK-506)d, minocyclineb, memantineb, bloqueurs des canaux sodium et calcium (phénytoine, carbamazépine, lamotrigine et flécaïne)

- Prévention de la mort neuronale et oligodendrocytaire

2) Promotion de la réparation

- Progéteroned, cellules souchesd

- Promotion de la remyélinisation

Vaccination avec des LT autologues autoagressifs dirigés contre des autoantigènes, inactivés ou atténués.

a Utilisation hors AMM aux États-Unis et en Europe. b Essai Phase I-II.

c Essais de phase III. d Tests précliniques.

LT : lymphocytes T ; RCT : récepteur de la cellule T ; LB : lymphocyte B ; MMP : matrice métalloprotéases ; BHE : barrière hémato-encéphalique ; SERM : specific estrogen receptor modulators.



Tableau 4 Les anticorps monoclonaux testés dans la SEP

Anticorps/cible

Phase de l'essai/patients traités

Effets

Alemtuzumab (Campath-1H) Anti-CD52 [10]

- Phase II : 334 SEP-R, EDSS≤ 3, 2 doses IV vs Rebif®, 3 ans. - Phase II, SEP-SP - 2 phases III dans la SEP-R, en cours.

- Réduction de la progression du handicap, et du taux de poussée de 75 % par rapport au Rebif® Réduction de la charge lésionnelle et augmentation du volume cérébral - Thyroïdite 23 %, PTI 3 % (1 décès) - Réduction des poussées, mais pas de la progression dans la SEP-SP

Rituximab Anti-CD20

- Phase II : 104 SEP-R, 1 dose IV vs PBO, 6 mois. - Phase II/III, 450 SEP-P, 2 ans, en cours

- Réduction significative des lésions Gd+ et diminution de 50 % du nombre de patients avec poussées, bonne tolérance

Daclizumab Anti-CD25

- Phase II (CHOICE) : 230 SEP, 2 doses S/C vs PBO, en cours

- Réduction de 75 % des nouvelles lésions Gd+ (p = 0,004), et de 35 % du taux de poussées (ns) - Bonne tolérance

Ustekinumab Anti-IL12/23 P40

- Phase II : 249 SEP-R, 4 doses S/C vs PBO, 23 semaines

- Inefficacité, bonne tolérance

Infliximab Anti-TNFα

- Phase I : SEP progressive, arrêtée

- Majoration des lésions IRM

TGN1412 Anti-CD28

- Phase I arrêtée

- Défaillance multiviscérale grave chez les 6 volontaires sains

PBO : placebo ; PTI : purpura thrombopénique immunologique.

Les traitements par voie orale

Quatre molécules ont démontré leur efficacité en phase II et sont actuellement testées en phase III : le teriflunomide, le FTY720, le fumarate, et le laquinimod (tableau 5) [11-14].

Tableau 5 Les principaux essais de phase II des traitements par voie orale testés dans la SEP.

Traitements

Phase de l'essai/patients

Effets

Fumarate (BG00012) [13]

- Phase IIb : 257 SEP-R, 120 mg/j, 120 mg X 3/j et 240 mg X 3/j vs PBO, 24 semaines - Phase III en cours

Positifs pour 240 mg x 3/j : - Réduction significative des nouvelles lésions Gd+ de 69 %, et des nouvelles lésions T2 et hypointenses T1 de 50 %. - Réduction du taux de poussées de 32 % (ns) - Bien toléré ; flush et douleurs abdominales.

Laquinimod [14]

- Phase IIb : 306 SEP-R, 0,3 mg/j et 0,6 mg/j vs PBO, 36 semaines - Phase III en cours

Positifs pour 0,6 mg/j : - Réduction significative du nombre de lésions Gd+ de 40 % - Pas d'effet sur les poussées - Bien toléré ; cytolyse hépatique réversible, 1 syndrome de Budd-Chiari

Fingolimod (FTY720) [12]

- Phase II : 281 SEP-R, 1,25 mg/j vs 5,0 mg/j vs PBO, 6 mois - Phase III en cours

Positifs pour les 2 doses : - Réduction significative du nombre de lésions Gd+ - Réduction significative du taux annuel de poussées de 55 % pour 1,25 mg et de 53 % pour 5 mg - Bien toléré ; une encéphalopathie postérieure réversible, cytolyse hépatique, nasopharyngites, nausées, diarrhée, céphalées

Teriflunomide [11]

- Phase II : 179 SEP-R et 22 SEP-SP, 7 mg/j et 14 mg/j vs PBO, 36 semaines - Phase III en cours

Positifs pour les 2 doses : - Réduction significative de plus de 60 % du nombre de lésions combinées uniques actives vs PBO, réduction des lésions Gd+ et de nouvelles lésions T2 - Réduction de 32 % du taux annuel de poussées pour 14 mg vs PBO (ns), réduction significative du nombre de patients ayant une progression du handicap pour 14 mg vs PBO - Bien toléré ; cytolyse hépatique modérée

Cladribine

Phase III dans SEP-R et après premier événement démyélinisant, phase II dans SEP-R en add-on avec IFNb

Effets positifs sur les poussées et sur l'IRM dans certaines études en ouvert

Cibler la neurodégénérescence

À la phase précoce de la SEP, les TIM auraient un effet neuroprotecteur en agissant sur l'inflammation (tableau 3). Certains immuno-modulateurs auraient un effet neuroprotecteur indépendant de l'action anti-inflammatoire : le GA (sécrétion du BNDF par les LT), le fumarate (effet antioxydant) et les immunophillines (action antiglutamate).

Le riluzole s'est révélé décevant dans la SEP-P. Une phase II est en cours dans la SEP-R précoce.

La greffe de cellules souches présente d'importants obstacles chez l'homme : faisabilité, innocuité… Cette approche, qui soulève par ailleurs des questions éthiques semble donc très prématurée dans la SEP.

Conclusion

Si le concept d'une stratégie à la fois anti-inflammatoire et neuroprotectrice pour un traitement optimal de la SEP est devenu une évidence, force est de constater que la neuroprotection n'en est qu'à ses balbutiements. Le vide thérapeutique pour la SEP-P est criant. Cependant, un espoir réel de retarder la phase secondairement progressive en traitant précocement la SEP-R émerge des études observationnelles. Dans un futur proche, potentiellement quatre molécules par voie orale et trois anticorps monoclonaux renforceront l'arsenal thérapeutique dans la SEP-R. Paradoxalement, ce sont les progrès rapides de l'immunothérapie qui mettent le neurologue dans une position inédite : l'apparition de produits plus efficaces s'accompagne d'effets secondaires engageant parfois le pronostic vital dans une maladie certes invalidante mais qui n'est pas mortelle. Le natalizumab en est l'illustration : efficacité remarquable, mais risque de LEMP possiblement plus important avec un traitement prolongé. Alors que l'arbre décisionnel ne fait pas encore consensus, la décision du neurologue devient un équilibre délicat entre la médecine fondée sur les preuves, son expérience propre et la participation indispensable du patient. Entre attentisme injustifié et enthousiasme imprudent, il y a une place pour une réflexion adaptée aux données scientifiques et au dialogue avec le patient.

Références

1 Goodin DS, Frohman EM, Garmany Jr GP, et al. Disease modifying therapies in multiple sclerosis : report of the Therapeutics and Technology Assessment Subcommittee of the American Academy of Neurology and the MS Council for Clinical Practice Guidelines. Neurology 2002 ; 58 : 169-78.

2 Goodin DS, Cohen BA, O'Connor P, et al. Assessment : the use of natalizumab (Tysabri) for the treatment of multiple sclerosis (an evidence-based review) : report of the Therapeutics and Technology Assessment Subcommittee of the American Academy of Neurology. Neurology 2008 ; 71 : 766-73.

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