ARTICLE
Auteur(s) : Jean-Jacques
Mazeron1, Sophie Taillibert1,2,
Charles-Ambroise Valéry3
1Service d'oncologie-radiothérapique
2Service de neuro-oncologie
3Service de neurochirurgie, Hôpital de la
Pitié-Salpêtrière, Paris
La radiothérapie en conditions stéréotaxiques, souvent appelée
radiochirurgie bien qu'il s'agisse d'une irradiation transcutanée,
a été conçue par le neurochirurgien suédois Leksell dans les années
1960. Celui-ci a imaginé de remplacer un acte chirurgical d'exérèse
par une irradiation de très forte intensité (plusieurs dizaines de
Gy) en une seule séance dans un volume soigneusement ciblé chez un
malade dont la tête est immobilisée par un cadre stéréotaxique.
L'hospitalisation est courte (environ 48 heures) et il n'est
pas nécessaire d'avoir recours à une anesthésie générale.
Le traitement se fait dans la journée. Il commence par la
pose, sous anesthésie locale, du cadre de stéréotaxie, puis par le
repérage de la cible – à l'heure actuelle par IRM et scanographie
fusionnées avec un logiciel spécialisé. Ensuite, une fois que le
médecin a défini la cible et les organes à risque, le physicien
prépare le plan de traitement, puis celui-ci est réalisé, la tête
du patient étant immobilisée par le cadre, qui est enfin déposé une
fois que l'irradiation a été complétée. Le premier appareil
utilisé pour la radiothérapie en conditions stéréotaxiques a été le
Gamma-Knife® d'ElektaTM, conçu par Leksell.
La majorité des centres français qui se sont équipés récemment
pour la radiothérapie en conditions stéréotaxiques a cependant
choisi un accélérateur complètement ou partiellement dédié à la
radiochirurgie. Il s'agit typiquement d'un accélérateur
linéaire de 6 MV muni d'un collimateur microlame, ou encore d'un
accélérateur robotisé de type Cyberknife®.
Des tumeurs de faible diamètre, le plus souvent ne dépassant pas
3 cm, peuvent ainsi être traitées, ce qui n'est pas sans
interroger les praticiens sur la validité de la méthode dans le cas
des gliomes, tumeurs infiltrantes et mal limitées. Il est
apparu cependant raisonnable, compte tenu du fait que les échecs du
traitement des gliomes sont le plus souvent locaux, d'utiliser la
radiochirugie soit pour procéder à une escalade de dose dans le
cadre du traitement primaire, soit pour retraiter la tumeur dans le
cas d'une récidive, les techniques classiques n'étant pas, le plus
souvent, applicables.
La radiochirurgie a ainsi été évaluée dans le cadre d'un « boost
» délivré après une radiothérapie classique pour un gliome de haut
grade afin d'augmenter la dose dans les zones les plus à risque de
poursuite évolutive, en pratique, dans la plupart des cas, celles
prenant le produit de contraste lors de l'imagerie
tridimensionnelle (le plus souvent, IRM en séquence T1 après
injection de gadolinium). Cependant, il n'a pas été possible
jusqu'à maintenant de démontrer statistiquement l'intérêt de ce
« boost » de radiochirurgie dans la prise en charge par
irradiation des gliomes de haut grade [1]. La faible puissance
statistique de ces études en est peut-être la cause.
Parallèlement, la radiochirurgie a été employée pour traiter des
récidives de gliome de haut grade en territoire précédemment
irradié, situation où les ressources thérapeutiques sont bien
souvent limitées. Des résultats tout à fait appréciables ont
été publiés, avec par exemple pour Combs et al. dans une population
de 36 patients, dont 32 étaient atteints de glioblastomes, une
durée médiane de survie de 10 mois après le retraitement, sans
toxicité sévère à court ni long terme [2]. Ces résultats ont
été obtenus dans une population sélectionnée de patients en bon
état général et atteints de tumeurs de volume limité respectant les
enveloppes méningées, souvent après chirurgie de réduction
tumorale.
Il est certes évident que le diamètre des tumeurs, leur mauvaise
limitation et les difficultés à différencier le tissu tumoral du
cerveau normal et/ou de l'œdème, constituent autant de limitations
à une utilisation plus systématique de la radiochirurgie dans ce
dernier cas de figure.
Il est aussi admis que le taux de complications dépend du volume
irradié et de la dose totale d'irradiation délivrée.
Des praticiens ont ainsi proposé, afin d'améliorer cette
tolérance et donc d'élargir les indications des irradiations en
conditions stéréotaxiques à des récidives de plus grand volume, de
fractionner le traitement en un petit nombre de séances (par
exemple 3 à 5).
Il paraît de même raisonnable d'estimer que les progrès de
l'imagerie tridimensionnelle et métabolique permettront à l'avenir
de mieux délimiter les récidives, et donc d'affiner les indications
de la radiothérapie en conditions stéréotaxiques. C'est le cas
notamment de l'imagerie spectrométrique de résonance magnétique, de
l'IRM de perfusion, de la TEP à la méthionine ou à thyrosine, etc.
[3]. L'utilisation conjointe de ces différentes modalités sera sans
nul doute de la plus grande utilité en permettant à la fois de
mieux sélectionner les indications et de faciliter la délinéation
du volume cible de radiochirurgie.
Ces restrictions étant définies, la radiothérapie en conditions
stéréotaxiques s'avère un traitement relativement peu contraignant
et toxique dont les résultats, en termes de contrôle de la tumeur
et de survie, sont appréciables au regard de la gravité de la
pathologie traitée.
Références
1 Baumert BG, Brada M, Bernier J, et al. EORTC
22972-26991/MRC BR10 trial: fractionated stereotactic boost
following conventional radiotherapy of high grade gliomas. Clinical
and quality-assurance results of the stereotactic boost arm.
Radiother Oncol 2008 ; 88 : 163-72.
2 Combs SE, Wilmer V, Thilman C, Debus J,
Schultz-Ertner D. Stereotactic radiosurgery: treatment option
for recurrent glioblastoma multiforme. Cancer 2005 ;
104 : 2168-73.
3 Kantor G, Laprie A, Huchet A, Loiseau H,
Dejean C, Mazeron JJ. Radiothérapie des tumeurs gliales :
techniques et indications. Cancer Radiother 2008 ; 12 :
687-94.
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