ARTICLE
mtp.2012.0415
Auteur(s) : Béatrice Pellegrino1 bpellegrino@chi-poissy-st-germain.fr,
Sylvie Combettes1, Elodie Mathis1, Magali Le Blay1, Fanny Hageli1, Brigitte Chenal1, Stéphanie Praet2, Marie De Beauchêne2, Jean Donadieu3, Nathalie Gaspar4
1 Service de pédiatrie générale,
Centre hospitalier intercommunal-
10, rue du champ Gaillard,
BP 3082,78303 Poissy cedex,
France
2 Unité mobile de soins palliatifs,
Centre hospitalier intercommunal,
10, rue du champ Gaillard,
BP 3082,
78303 Poissy cedex,
France
3 Service d’hématologie et d’oncologie pédiatrique,
Hôpital d’enfant Armand Trousseau-
26, avenue du docteur Arnold Netter,
75571 Paris cedex 12,
France
4 Département de cancérologie de l’enfant et de
l’adolescent,
Institut Gustave Roussy,
39, rue Camille-Desmoulins,
94805 Villejuif cedex,
France
Tirés à part : B. Pellegrino
Dans un service de pédiatrie générale, la mort d’un enfant est
un événement exceptionnel. En 2010, 3 enfants sont décédés dans
notre service sur plus de 3 500 enfants hospitalisés.
Au regard des décès survenus dans le service, ces dernières
années, on peut distinguer 4 situations différentes :
- –. le décès d’un enfant présentant une pathologie
d’emblée ou secondairement incurable, pour lequel une prise en
charge palliative a pu être discutée, réfléchie. Impliqués depuis
de nombreuses années dans la prise en charge de proximité des
enfants atteints de pathologie cancéreuses, ces prises en charges
sont pluriannuelles dans le service.
- –. le décès d’un enfant présentant une pathologie
chronique « équilibrée » chez lequel survient un accident
aigu, imprévisible à ce moment-là. Par exemple, un accident
vasculaire cérébral chez un enfant drépanocytaire, une
décompensation aiguë d’une maladie métabolique. La mort a fait
partie de la discussion à l’annonce du diagnostic, puis a été
enfouie, refoulée, oubliée. Elle resurgit imparable, avec questions
et regrets.
- –. le décès d’un enfant présentant une maladie chronique
dont l’évolution entraîne une dégradation physique et/ou psychique
lente, sur de nombreuses années. La survenue d’une complication va
poser au médecin (qui souvent ne connaît pas l’enfant), dans une
situation d’urgences, la question du seuil de tolérance, des
limites, de l’obstination déraisonnable.
- –. le décès brutal, rapide, d’un enfant
« sain » jusqu’alors : mort subite, chocs
infectieux, déshydratation. Situations rares heureusement, elles
font se heurter des temporalités opposées, et confrontent bien
souvent le soignant à un isolement trop pesant, dans l’agitation de
l’urgence.
Autant de questions que de particularités, mais ces événements
sont toujours humainement et professionnellement difficiles pour
l’ensemble des équipes soignantes, vécus comme une injustice, un
échec, une faute parfois.
Réflexion sur la loi Leonetti dans un service de pédiatrie
générale
La prise en charge, dans notre service, des enfants atteints de
cancers a permis d’ouvrir, il y a plusieurs années déjà, une
réflexion constructive autour des soins palliatifs.
Le 1er temps a été un temps de réflexion générale,
avec les soignants qui le souhaitaient (médecins, cadres,
infirmières, auxiliaires, psychologues) autour des craintes de
chacun, puis des souhaits pour limiter les difficultés de prise en
charge de ces enfants en fin de vie.
La plus grande crainte exprimée par tous était
l’inexpérience : « Vais-je bien faire dans cette
situation que je ne connais pas ? ».
L’autre question fondamentale est celle de la place du
soignant : non plus « entre » l’enfant et ses
parents, voire « à la place » des parents lorsque la
situation curative impose aux soignants des décisions, des soins
parfois difficiles, mais désormais « autour » de l’enfant
et de ses parents, parfois même autour d’une famille plus élargie,
pour écouter, aider, apaiser toujours [1].
De ces réunions toujours très intéressantes par l’échange de
points de vue, d’expériences, il est ressorti 3 points fondamentaux
pour une prise en charge palliative de qualité :
- –. le respect de la volonté de l’enfant et de sa
famille : une relation Enfants-Parents-Soignants de qualité,
dans le respect, l’écoute, la confiance mutuelle, est fondamentale
pour soulager au mieux les souffrances physiques et psychiques de
l’enfant et de ses proches, apporter du réconfort et un sens à
cette période ultime de la vie ;
- –. la réflexion collégiale : elle repose sur des
réunions pluridisciplinaires permettant d’échanger et d’éclaircir
des problématiques survenant au cours de la prise en charge
palliative (traitements, projets de vie…), pour qu’aucun soignant
ne se sente seul, face à un soin difficile, une décision, un regret
parfois.
- –. le souci constant d’éviter « l’obstination
déraisonnable » telle que définie par la loi Leonetti, en
s’interrogeant toujours sur les limites, dans ces situations toutes
« singulières » et différentes.
Ces 3 points sont complémentaires pour aboutir à une prise en
charge de qualité, ressentie comme telle par le patient et sa
famille, et vécue ainsi par les soignants.
Après cette réflexion générale, sur plusieurs mois, la prise en
charge, dans le service, de plusieurs enfants atteints de cancers,
en situation palliative puis en fin de vie, nous a permis de nous
confronter à la réalité de situations toutes différentes mais au
combien instructives, riches humainement et
professionnellement.
La 1re chose importante dans la prise en charge d’un
patient est la connaissance du malade et de sa maladie.
Avant la phase palliative, l’enfant bénéficie souvent de soins
ambulatoires, de consultations, dans les services spécialisés et à
l’hôpital de proximité. Seul le médecin référent, en lien avec les
intervenants extérieurs, détient « l’histoire » de cet
enfant, qu’il lui faut partager avec les soignants du service
lorsque des complications s’annoncent.
Dans notre service, l’hôpital de jour (HDJ) est séparé de
l’unité d’hospitalisation avec un personnel soignant distinct,
attaché à chaque unité. Les enfants en phase palliative sont
souvent bien connus des soignants de l’HDJ, mais parfois inconnus
des autres soignants. Il est donc indispensable de présenter la
situation, de façon concise mais précise à cette nouvelle
équipe.
Un document est rédigé par le médecin référent lorsque la
situation palliative d’un enfant l’expose à des complications
pouvant menacer sa vie. Se document comprend :
- –. une présentation de l’enfant et de sa famille, avec
les faits particuliers, s’il y en a, nécessaires à la prise en
charge (structure familiale, problèmes antérieurs, difficultés
sociales, centres d’intérêt de l’enfant, etc.) ;
- –. un résumé de l’histoire médicale de l’enfant
(pathologie, traitements, etc.) ;
- –. les traitements en cours, notamment
antalgiques ;
- –. les complications pouvant l’amener à arriver en
urgence, et la conduite à tenir en termes d’examens, de traitements
immédiats.
Ce document est dans le dossier de l’enfant et disponible aux
urgences. En effet, le temps de garde représentant 70 % du
temps de la semaine, il reste possible qu’une aggravation survienne
la nuit ou le week-end. L’anticipation permet alors de limiter
l’improvisation souvent source de stress et d’inconfort
supplémentaire pour le patient et les soignants.
Lorsque l’hospitalisation survient, ce document sert de support
à une première réunion « d’entrée » entre le médecin
référent et le personnel soignant présent. Il servira ensuite à la
transmission de l’information entre les équipes successives, avec
l’aide du cadre.
Puis vient le temps de la réflexion collégiale. Dans la loi
Leonetti, cette collégialité est attachée à la décision d’une
limitation des traitements apportés à un malade inconscient, en
toute fin de vie. Mais cette collégialité, nous l’avons ressentie
comme indispensable, dans la réflexion quotidienne autour d’un
enfant hospitalisé en fin de vie.
Elle repose sur des réunions pluridisciplinaires, généralement
quotidiennes, auxquelles participent :
- –. le pédiatre référent et si possible, le pédiatre de
l’unité d’hospitalisation ;
- –. un ou plusieurs représentants de l’Équipe Mobile
Douleur et Médecine Palliative ;
- –. le cadre de l’unité d’hospitalisation ;
- –. les infirmières, puéricultrices, auxiliaires de
puéricultures de l’unité ;
- –. un psychologue, l’éducatrice selon les
situations.
Chacun s’exprime librement afin de faire part des éléments
recueillis dans sa prise en charge, des questions posées et peut
proposer des adaptations. Au terme de la discussion, la décision
revient au médecin référent de l’enfant.
Mise en pratique de la loi Leonetti dans un service de
pédiatrie générale
Nous allons voir par l’énoncé de 2 observations successives, les
questions qui ont pu être débattues et les réponses apportées lors
de ces réunions collégiales.
Description de la prise en charge de Jonathan
Jonathan est un petit garçon de 5 ans ½, aîné d’une fratrie de
2, dans une famille anglo-saxonne. Le diagnostic de néphroblastome
avec métastases hépatiques est posé en mai 2010, avec une
évolution initialement très défavorable, nécessitant une
hospitalisation quasi continue dans un service spécialisé parisien
(Trousseau) de mai à octobre 2010. Ce n’est qu’au terme d’un
parcours déjà très lourd que nous l’accueillons en octobre 2010, en
HDJ, ou il bénéficiera d’un suivi biologique et de quelques
transfusions, entre les cures de chimiothérapie réalisées à Paris.
Il est pris en charge quelques jours en décembre 2010, dans notre
unité d’hospitalisation, pour une aplasie fébrile.
En janvier 2011, il présente une rechute tumorale sous forme de
ganglions abdominaux et de métastases pulmonaires. La situation
palliative est annoncée aux parents, par le médecin référent du
centre spécialisé. Une chimiothérapie de 3e ligne est
proposée au vu du bon état général de l’enfant.
Il est réhospitalisé en urgence, à Trousseau, le 9 février 2011
pour des douleurs abdominales intenses, en rapport avec une
progression tumorale abdominale. Les symptômes régresseront après
une radiothérapie localisée à visée antalgique. Devant
l’amélioration de la situation et le souhait des parents de rentrer
à domicile après plus d’un mois d’hospitalisation, l’organisation
d’une prise en charge de proximité est discutée. Le médecin de
notre service rencontre les parents, avec le médecin référent de
Trousseau pour définir la place de chacun dans la prise en charge
de l’enfant. Un protocole de soins palliatif est rédigé comme
défini ci-dessus, afin d’organiser la prise en charge de proximité.
Avec l’accord des parents, ce protocole est transmis au médecin
régulateur du Samu, afin que Jonathan soit transporté rapidement à
Poissy, en cas de problème. Il peut ainsi rentrer chez lui, en
hospitalisation à domicile (HAD), le 14 mars 2011, avec une
surveillance en HDJ à Poissy 2 fois par semaine.
Il revient en HDJ dès le lendemain, dans un tableau d’occlusion
intestinal, et on nous communique les résultats d’hémocultures
positives à Staphylococcus epidermidis sur sa chambre
implantable. Jonathan est pris en charge en HDJ puis transféré
quelques heures plus tard dans l’unité d’hospitalisation, le temps
d’organiser au mieux l’information de l’équipe. A son arrivée,
l’infirmière et l’auxiliaire de puériculture qui le prennent en
charge (et ne le connaissent pas), trouvent un enfant au teint
gris, fatigué, douloureux, s’exprimant peu, n’appréciant pas le
contact physique. Afin de limiter les vomissements, une aspiration
digestive est mise en place, permettant une amélioration partielle.
Les traitements sont nombreux, associant :
Jonathan est décédé dans le service après 2 semaines
d’hospitalisation.
Description de la prise en charge de Morgane
Morgane est une jeune fille de 14 ans, dont le diagnostic de
tumeur cérébrale avec métastases lepto-méningées avait été porté
aux urgences de Poissy en février 2009. Après une prise en charge
initiale en neurochirurgie, elle bénéficie d’un traitement par
chimiothérapie puis radiothérapie dans un service spécialisé
(IGR).
Elle est prise en charge en HDJ à Poissy à partir de
mars 2009 pour des bilans sanguins et quelques transfusions.
Elle ne nécessite aucune hospitalisation conventionnelle dans notre
service, jusqu’à l’arrêt du traitement en septembre 2009.
En janvier 2010, elle présente une hémiplégie gauche avec
hypertension intracrânienne d’installation rapide sur une
ré-évolution tumorale. Afin d’en limiter le volume, un réservoir
d’Omaya est mis en place dans la portion kystique de la tumeur,
permettant un drainage pluri-hebdomadaire percutané durant 1 mois.
On constate une bonne réponse clinique après mise en route d’une
chimiothérapie de 2e ligne faisant envisager un retour à
domicile.
Là encore, la discussion de la répartition des soins entre le
centre spécialisé, le centre de proximité et l’HAD a été discutée
avec les parents et les médecins référents des 2 centres, avant le
retour à domicile début mars 2010. Un protocole de prise en
charge est rédigé à Poissy, comme défini ci-dessus, afin d’informer
l’équipe et les médecins de garde, de la conduite à tenir en cas de
complications. Le suivi en HDJ à Poissy se fera durant quelques
semaines, « à la demande », afin de limiter les
déplacements rendus difficiles par les troubles neurologiques. Les
ponctions du réservoir d’Omaya s’espaceront rapidement, avec
parallèlement une régression progressive du déficit moteur.
Début mai 2010, Morgane est réhospitalisée en urgence à
l’IGR pour une nouvelle ré-évolution tumorale. La famille est
informée de la situation palliative. Ils expriment le souhait que
Morgane décède à l’IGR. Un courrier destiné au médecin du Samu leur
est remis afin que l’adolescente soit transférée rapidement vers
l’IGR en cas d’aggravation à domicile, sans manœuvre de
réanimation.
Elle rentre à domicile pendant une quinzaine de jours, en HAD,
avec suivi en HDJ à Poissy.
Elle est amenée par ses parents en HDJ à Poissy, le 26 mai
2010, dans un tableau de troubles de conscience avec probables
convulsions. Après quelques heures d’évaluation et de discussion
avec les parents, il est décidé de l’hospitaliser dans l’unité
d’adolescents du service. Le dossier de Morgane est présenté à
l’équipe soignante qui ne l’avait jamais prise en charge
auparavant. À son arrivée, ils découvrent une adolescente dont la
conscience n’est que très partielle et intermittente, ne semblant
pas douloureuse.
Les traitements associent :
Morgane est décédée dans le service après 12 jours
d’hospitalisation.
Le décès et l’après-décès dans un service de pédiatrie
générale
Au moment du décès, là encore, il apparaît fondamental d’éviter
la solitude pour les soignants présents. Morgane est décédée dans
l’après-midi, en présence des médecins, du cadre de l’unité
d’hospitalisation, qui ont pu immédiatement reconstituer autour de
l’infirmière diplômée d’état (IDE) et de l’auxiliaire de
puériculture (AP) une structure pluridisciplinaire aidante pour
tous. Jonathan est décédé dans la soirée. Le médecin référent et le
médecin de l’unité sont revenus rapidement pour entourer la famille
et les soignants.
Il est étonnant de constater l’importance du groupe à ce moment
précis de la mort, l’importance pour chacun des derniers soins
apportés, de l’accompagnement jusqu’au départ de la famille et du
corps de l’enfant. Ces moments soudent une équipe. Sans beaucoup de
mots, on sait qu’on a vécu ensemble une épreuve.
Dans le mois qui suit chaque décès, une dernière réunion est
organisée afin de faire le point. La plupart des soignants ayant
participé à la prise en charge sont généralement présents. Lors des
dernières réunions, nous avons convié également un membre de
PALIPED (Cellule de coordination des soins palliatifs pédiatriques
en Ile-de-France), comme intervenant extérieur au service. Cette
réunion commence par une synthèse du dossier médical de l’enfant.
Puis chacun peut exprimer librement les points positifs ou négatifs
de la prise en charge, les questions, les regrets. À chaque fois,
la parole des soignants présents au moment du décès est un moment
fort, permettant sans doute de conclure l’histoire écrite ensemble,
autour d’un enfant et d’une famille.
Discussion
La mort, dans un service de pédiatrie générale a longtemps été
exceptionnelle, presque « accidentelle », lorsque les
pathologies graves étaient affaires de « spécialistes »,
dans les services de référence. Mais le développement du travail en
réseau, l’accès à des formations de qualité, la valorisation de la
prise en charge de proximité, a fait revenir dans les hôpitaux
généraux certains enfants atteints de maladies chroniques dont
l’évolution peut être défavorable. Lorsque la prise en charge a
lieu durant plusieurs mois dans le service de proximité, une
relation de confiance s’installe entre l’enfant, sa famille et
l’équipe soignante. Ce lien de qualité permet d’aborder la phase
palliative, quand elle survient, dans une continuité rassurante
pour l’enfant et sa famille [2, 3].
Afin d’avancer vers une meilleure prise en charge de ces enfants
en fin de vie, pour eux comme pour les soignants qui traversent
ensemble cette épreuve, il nous a paru fondamental de mettre en
place une réflexion collégiale sur le sujet. D’abord informatives
et générales, ces réunions de réflexions on fait émerger les
difficultés des soignants face à l’inconnu que constituait la fin
de vie d’un enfant. Comment improviser une prise en charge dans un
temps si difficile ? Comment être sûr de faire au mieux pour
ne pas ajouter des regrets au chagrin ? La verbalisation de
toutes ces questions, de beaucoup de craintes, a permis d’apporter
des réponses grâce à l’expérience de certains et à ce sens de la
« bientraitance » qui caractérise le professionnel de
santé.
Puis nous avons pris en charge plusieurs fins de vie, dans le
service. À chaque fois, les difficultés rencontrées ont été
partagées lors de réunions pluridisciplinaires. La complémentarité
des membres de l’équipe (médecins, IDE, AP, psychologue,
éducateurs), dont l’implication était différente auprès de l’enfant
et de sa famille, a permis d’éviter des prises de décisions
impulsives, sous le coup de l’émotion.
Très vite, nous avons souhaité l’intervention, dans le service,
de l’équipe mobile de soins palliatifs de l’hôpital. Nous avons
bénéficié de leur aide dans l’évaluation et la prise en charge de
la douleur, dans l’installation de l’enfant dont la mobilisation
est difficile. Ils ont donné à l’équipe leur opinion plus
extérieure, plus objective peut-être, à partir d’une expérience
évidente dans le soin palliatif de l’adulte. Ils ont aussi apporté
un soutien fondamental à l’équipe, une réponse rassurante à la
question : « Est-ce qu’on fait bien ? ».
Au fur et à mesure de ces prises en charge palliatives, nous
avons acquis une « expérience » désormais rassurante pour
l’équipe. L’organisation dans le service est définie, le type de
soins possibles bien établi. Mais chacune de ces histoires nous
interroge sur des problèmes différents, alimente notre réflexion
éthique. Nous devenons riches de ce que nous transmettent ces
enfants mourants, ces familles dans le deuil [4].
La prise en charge d’une fin de vie reste, dans le service, un
temps particulier pour les soignants impliqués : un temps
d’échange permanent, de complicité, d’attention aux autres. Sans
doute ce constat permet-il de diminuer l’appréhension de ceux qui
se trouvent confrontés du jour au lendemain à cette situation
humainement et professionnellement difficile.
Conclusion
La réflexion autour de la mort de l’enfant est riche de réponses
sur le rôle du soignant. Si les objectifs des soins palliatifs
diffèrent de la période curative, la fin de vie reste bien souvent
le temps d’une activité intense autour de l’enfant et de sa famille
[5]. Loin de l’obstination déraisonnable qui effraie, il s’agit
pour tous de s’obstiner à faire pour le mieux. Le travail en équipe
est protecteur. Protecteur pour l’enfant et sa famille qui peuvent
trouver des personnes ressources différentes, une aide variée, des
réponses concertées, plus de sécurité. Protecteur pour le personnel
soignant qui peut échanger, s’entraider, se réconforter et
traverser ensemble les difficultés d’une épreuve enrichissante
humainement et professionnellement.
Reste en pédiatrie générale, dans la continuité du travail
réalisé autour des soins palliatifs préparant au mieux une fin de
vie prévisible, à travailler autour de la mort
« imprévue » dont la brutalité est d’autant plus
traumatisante pour les soignants qu’elle est souvent assimilée à
une possible erreur médicale [6]. Autre temporalité que celle de
l’urgence, autres réalités, autres difficultés. Là encore, le
partage d’expérience est gage d’avancée pour chacun d’entre
nous.
Conflits d’intérêts: aucun.
Références
1. La mort d’un enfant. Fin de vie de l’enfant, le deuil
des proches. Sous la direction de Michel Hanus. Paris :
Collection Espace Ethique Edition Vuibert, 2006.
2. Meyer EC, Ritholz MD, Burns JP, Truog RD. Improving
the quality of end-of-life care in the pediatric intensive care
unit : parents’priorities and recommendations. Pediatrics
2006 ; 117 : 649-57.
3. Truog RD, Meyer EC, Burns JP. Toward interventions to
improve end-of-life care in pediatric intensive care unit. Crit
Care Med 2006 ; 34 (suppl) : 373-9.
4. Plouf JP. L’approche narrative des parents en soins
palliatifs pédiatriques : expérience d’un travailleur social.
Med Pal 2009 ; 8 : 213-7.
5. Petit A, Aerts I, Lobut JB, et al. Fin de vie en
Oncologie pédiatrique : une période active de traitement.
MTP 2009 ; 12 : 127-33.
6. Pompes Funèbres Générales. La mort de l’enfant, le
scandale absolu. Reportage au CHU de Rennes. Passage – n̊14 :
dossier.
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