ARTICLE
mtp.2011.0407
Auteur(s) : Jean-Louis Stéphan1 j.louis.stephan@chu-st-etienne.fr,
Stéphane Darteyre1, Dominique
Allard3, Stéphane Chabrier2
1 CHU de Saint-Étienne,
hôpital Nord,
service de pédiatrie,
42055 Saint-Étienne,
France
2 CHU de Saint-Étienne,
hôpital Bellevue,
service de médecine physique et réadaptation pédiatrique,
Inserm, CIE3,
42055 Saint-Étienne,
France
3 CHU de Saint-Étienne,
hôpital Nord,
service de radiologie pédiatrique,
42055 Saint-Étienne,
France
Tirés à part : J. Stéphan
Les vascularites du système nerveux central (SNC) se définissent
« simplement » par une inflammation des vaisseaux
intracrâniens (artériels le plus souvent). Les infiltrats
mononucléés entraînent un épaississement des différentes tuniques
des vaisseaux et provoquent un rétrécissement de la lumière et une
ischémie du territoire vasculaire concerné. L’activation de
l’endothélium vasculaire favorise l’agrégation plaquettaire dans la
phase aiguë de l’inflammation et propage ainsi le risque
d’ischémie. L’inflammation concerne également le tissu cérébral
périvasculaire et pour peu qu’elle se perpétue, entraîne une mort
neuronale périvasculaire, une démyélinisation et une gliose
réactive. Tous ces éléments conduisent aux symptômes neurologiques
observés (infarctus cérébraux, convulsions, syndrome psychiatrique,
altération des fonctions cognitives). Le diagnostic est parfois
très difficile en l’absence de marqueur spécifique.
On distingue les affections qui sont apparemment confinées au
SNC (vascularites primitives du SNC), de celles dont l’atteinte
vasculaire apparaît comme la manifestation neurologique d’une
maladie générale, comme le lupus systémique ou la maladie de Behçet
(vascularites dites secondaires).
Vascularites primitives du système nerveux central
Définition
Le diagnostic repose chez l’adulte sur les critères de Calabrese
et Mallek (1988) [1], qui peuvent s’appliquer à l’enfant, en
retenant aussi les vascularites révélées par un syndrome
psychiatrique prédominant, un trouble de l’attention/hyperactivité
voire un autisme (encadré).
Critères diagnostiques de Calabrese modifiés des vascularites
primitives du SNC de l’enfant :
- –. un déficit neurologique ou psychiatrique ;
- –. + une vascularite du SNC prouvée à l’angiographie
et/ou par la biopsie ;
- –. en l’absence de toute maladie de système.
Bien que non exclusives mutuellement, deux formes sont
individualisées suivant la taille des vaisseaux impliqués à
l’angiographie et qui diffèrent selon la présentation clinique,
l’évolution et le traitement : la vascularite isolée des
petits vaisseaux (l’angiographie qui n’a pas une résolution
suffisante pour visualiser ces vaisseaux est normale par définition
dans cette forme) [2] et la vascularite isolée des vaisseaux de
gros et moyen calibre (l’angiographie est anormale). Cette dernière
comportant des formes progressives et non progressives [3].
Épidémiologie
L’incidence des infarctus cérébraux artériels chez l’enfant non
nouveau-né est estimée entre un et deux pour 100 000 enfants par an
avec une prédominance masculine. Les vascularites primitives du SNC
pourraient être l’une des causes principales des accidents
vasculaires cérébraux (AVC) avec des séries importantes publiées
depuis 2001 [4-6]. Les garçons sont plus volontiers concernés par
les vascularites des gros et moyens vaisseaux tandis que les
vascularites des petits vaisseaux sont plutôt rencontrées chez les
filles.
Étiologie
C’est la cellule endothéliale qui est vraisemblablement la cible
de la réponse inflammatoire (« auto-immune ? ») mais
le(s) facteur(s) déclenchant(s) ne sont pas connus. Les anomalies
angiographiques dans les formes non progressives des gros vaisseaux
sont très proches de l’artériopathie post-varicelle (voir plus
loin). Les vascularites sont observées dans certaines erreurs
innées du système immunitaire, telles que les déficits de perforine
[7] et le syndrome de Wiskott-Aldrich [8].
Manifestations cliniques
La vascularite isolée des petits vaisseaux
La vascularite isolée des petits vaisseaux [9] se manifeste par
des céphalées, une épilepsie réfractaire, des déficits
neurologiques multifocaux ou des troubles du comportement,
survenant de manière variable et progressive sur plusieurs semaines
ou plusieurs mois. Les signes systémiques sont parfois présents,
tels qu’une fièvre, un syndrome d’allure grippale ou encore un état
de malaise général. On peut observer une névrite optique ou une
myélite par extension du processus inflammatoire aux petits
vaisseaux du nerf optique et de la moelle [10, 11]. Les
lésions en IRM n’obéissent pas à une systématisation artérielle.
Elles sont le plus souvent multifocales, parfois bilatérales et
asymétriques. La prise de gadolinium (Gd) de ces lésions et leur
comportement sur les séquences de diffusion suggèrent leur
caractère inflammatoire. Elles sont « dynamiques » et
évoluent par poussées/amélioration. Une prise de contraste
leptoméningée peut être indicative de lésions inflammatoires des
petits vaisseaux des méninges. Dans cette forme, les marqueurs
inflammatoires sont sans doute plus souvent altérés que dans les
vascularites des plus gros vaisseaux : élévation de la vitesse
de sédimentation modérée, de la CRP, du C3, des IgG sériques ou du
facteur Willebrand. Il convient de réaliser un ionogramme sanguin
et une bandelette urinaire pour éliminer une atteinte glomérulaire
qui orienterait alors vers une affection systémique, ainsi que la
recherche d’auto-anticorps et de facteurs de thrombophilie pour le
diagnostic différentiel. L’analyse du liquide céphalorachidien
objective une cellularité modérée ou une hyperprotéinorachie, avec
des bandes oligoclonales. Ces données sont inconstantes et
variables dans le temps. L’angiographie par résonance magnétique
(ARM) par définition est normale dans cette forme.
La biopsie portant sur les méninges et le tissu cérébral,
obligatoire, révèle une infiltration segmentaire non
granulomateuse, de la paroi des vaisseaux de petit calibre :
artérioles, capillaires, veinules par des lymphocytes T.
Autour, on observe une gliose, des calcifications, une pâleur de la
coloration de la myéline et l’absence d’agents pathogènes ou
d’inclusion virale.
La vascularite isolée des vaisseaux de gros et moyen
calibre
La vascularite isolée des vaisseaux de gros et moyen calibre [6]
se présente sous la forme d’infarctus, d’hémorragies cérébrales ou
de céphalées. L’ARM montre des sténoses, des occlusions et des
anévrismes artériels multiples. Les lésions en hyper T2 sont le
plus fréquemment unilatérales, multifocales, impliquant la
substance blanche et grise. L’ARM est moins sensible que
l’angiographie conventionnelle dans la circulation postérieure et
les vaisseaux distaux. Mais, l’injection de Gd montre
habituellement une prise de contraste sur les parois et un
épaississement des vaisseaux dans les formes très actives
[12, 13]. Ces éléments très utiles pour le diagnostic méritent
cependant d’être validés [14].
Les marqueurs inflammatoires du sang périphérique sont élevés
une fois sur deux environ (vitesse de sédimentation, CRP, IgG) et
associés à une anémie, une hyperplaquettose et une augmentation du
compte des leucocytes. Mais, ces anomalies sont aussi très
inconstantes, tout comme les anomalies du liquide céphalorachidien,
présentes moins d’une fois sur deux, soit dans le sens de
l’inflammation (hypercellularité, hyperprotéinorachie), soit en
faveur d’une hémorragie. La biopsie cérébrale n’est pas utile en
raison de la présence des lésions sur l’ARM. On parle des formes
progressives lorsque l’on observe des lésions sténosantes dans un
autre territoire artériel, apparaissant à plus de trois mois du
début sur les imageries de surveillance, les formes non
progressives étant définies par le caractère stable ou régressif
des lésions, situées alors habituellement sur la carotide interne
distale ou la partie proximale de la cérébrale antérieure ou de la
sylvienne.
Trois variables semblent associées à une maladie progressive
pour les vascularites des moyens et gros vaisseaux :
l’atteinte cognitive à la présentation initiale, les lésions
hyper-intenses multifocales T2 sur l’IRM initiale et les sténoses
distales à l’angiographie. Au contraire, les enfants présentant un
AVC isolé et une sténose proximale n’évoluent en principe pas vers
la progression. Cette dernière forme est très proche de
l’artériopathie transitoire cérébrale post-varicelle (voir plus
loin).
L’évolution vers le décès ou vers des séquelles neurologiques
sévères semble plus fréquente que dans la vascularite isolée des
petits vaisseaux avec répétition des accidents vasculaires malgré
un traitement parfois agressif, dans les formes progressives.
Vascularites secondaires
Revue dans [15].
Le tableau 1 résume les causes
habituelles de vascularites du SNC secondaires en particulier aux
infections et aux maladies inflammatoires et immunes
[16, 17].
Tableau 1 Les vascularites secondaires.
| MALADIES INFLAMMATOIRES |
| Lupus systémique |
| Behçet |
| Sjogren's |
| Dermatomyosite |
| Sclérodermie |
| Vascularites systémiques |
| Périartérite noueuse |
| Kawasaki |
| Purpura rhumatoïde |
| Vascularites à ANCA |
| Wegener |
| Polyangéite microscopique |
| Churg-Strauss |
| Maladie inflammatoire du tube digestif |
| VASCULARITES
INFECTIEUSES/POST-INFECTIEUSES |
| Bactéries |
| Streptococcus pneumoniae |
| Salmonelles |
| Mycoplasma pneumoniae |
| Mycobacterium tuberculosis |
| Treponema pallidum |
| Borrelia burgdorferii |
| Virus |
| Hépatite C |
| Cytomegalovirus |
| Epstein-Barr virus |
| VIH |
| Parvovirus B19 |
| Virus varicelle-zona (VZV) |
| Entérovirus |
| West Nile |
| Fungi |
| Actinomycoses |
| Candida albicans |
| Aspergillus |
| Néoplasies |
| GVH |
ANCA : anticorps anticytoplasme du neutrophile ;
GVH : réaction du greffon contre l’hôte.
Les maladies de système
Des manifestations neuropsychiatriques surviennent chez un quart
des enfants présentant un lupus systémique. L’atteinte neurologique
centrale est très fréquente et parfois révélatrice de la maladie
[18]. La pathogénie est diverse : elle peut résulter d’un
processus de vascularite proprement dite, secondaire à l’activation
du complément ou d’une atteinte du neurone liée aux auto-anticorps
ou être secondaire à une occlusion des vaisseaux à destination
cérébrale en raison d’une thrombophilie acquise. Elle peut prendre
des formes multiples : céphalées, crises d’épilepsie, troubles
du comportement, atteinte des noyaux gris avec mouvements anormaux
(chorée), déficit focal par infarctus artériel ou veineux [19]. La
présence d’anticorps (AC) anti-phospholipides et d’AC
anti-bêta 2 GP1 est associée à un risque important de
thrombose [20] (figure
1).
Les atteintes vasculaires encéphaliques inflammatoires
compliquant les maladies infectieuses
La relation directe entre maladies infectieuses et pathologie
cérébrovasculaire est établie lorsque l’agent infectieux est en
contact avec les vaisseaux cérébraux. Artérites et thrombophlébites
cérébrales peuvent ainsi compliquer les méningites purulentes
(Haemophilus, Streptococcus pneumoniae).
L’envahissement de la paroi vasculaire par les cellules
inflammatoires est précoce et pratiquement constant (même s’il
reste le plus souvent silencieux), avec un maximum d’intensité du
troisième au sixième jour de l’évolution. Le flux circulant est
alors réduit par l’épaississement pariétal, éventuellement associé
à un vasospasme et à une thrombose in situ. Lorsqu’ils sont
patents, les accidents sont marqués par une aggravation
neurologique brutale : déficit focal, crise d’épilepsie ou
hypertension intracrânienne. L’imagerie confirme l’infarctus
cérébral, artériel ou veineux. Des phénomènes similaires,
intéressant surtout les sinus veineux, peuvent survenir au contact
d’importants foyers infectieux cervicoencéphaliques, notamment
mastoïdites et ethmoïdites.
La vasculopathie associée à l’infection par le VIH1 chez
l’enfant se caractérise par des ectasies des artères de la base
[21]. La symptomatologie est marquée par la survenue d’accidents
vasculaires cérébraux ischémiques ou hémorragiques. L’atteinte
vasculaire peut être due à l’invasion de la paroi du vaisseau par
le virus ou favorisée par les infections opportunistes associées,
notamment sinusite ou infection à virus varicelle-zona [22].
Différents types histologiques de vascularites (granulomateuse,
nécrosante ou lymphoïde) ont été démontrés, tandis que d’autres
présentaient des altérations vasculaires plus modérées, parfois non
inflammatoires [23]. Depuis l’avènement des thérapeutiques
antirétrovirales puissantes, cette complication est devenue
exceptionnelle.
L’artériopathie cérébrale transitoire
La maladie intéresse des jeunes enfants, en bonne santé
jusqu’alors. L’infarctus se révèle par une hémiplégie généralement
isolée ; céphalées, crises épileptiques ou altération de la
vigilance sont rares. L’imagerie met en évidence des infarctus de
petites tailles, localisés dans le territoire profond des artères
cérébrales du territoire carotidien : noyaux gris et capsule
interne. L’angiographie cérébrale montre des sténoses courtes et
régulières, unilatérales localisées à la partie proximale des
artères cérébrales antérieure ou moyenne ou distale de la carotide
interne. Ces lésions régressent en quelques mois, après parfois une
phase d’aggravation initiale. Il existe un risque naturel de
récidive dans le même territoire d’environ 25 %, au cours des
mois suivant l’accident initial. La majorité des patients a une
évolution favorable. Compte tenu de l’évolution naturellement
régressive des lésions, la vasculopathie est rapportée sous le nom
d’artériopathie cérébrale transitoire.
L’artériopathie cérébrale transitoire est statistiquement
associée à la survenue d’une varicelle dans les semaines ou mois
précédant l’infarctus [24, 25].
Le tableau clinique et l’imagerie vasculaire ressemblent
d’ailleurs point par point à l’artériopathie post-zostérienne bien
connue chez le sujet âgé, exception faite de l’évolution plus
défavorable pour ce dernier et le génome du VZV a pu être mis en
évidence dans le LCR ainsi que des anticorps spécifiques [26]. Il y
a peu de données de neuropathologie dans la littérature [27] mais
la présence de VZV dans la paroi endothéliale et des
oligodendrocytes suggère la réactivation de la réplication virale
dans les nerfs crâniens, l’invasion vasculaire et une atteinte
démyélinisante de proximité. Il n’y a aucune donnée disponible de
ce type pour l’enfant.
Diagnostics différentiels
Celui des vascularites des gros et moyens vaisseaux qui se
révèlent par des AVC (angiographie « positive »)
Les dissections artérielles
Les dissections artérielles [28] se caractérisent par une
déchirure vasculaire, le plus souvent intimale, avec la formation
d’un hématome intramural conduisant à un épaississement et une
fragilisation de la paroi, responsables selon sa localisation
(sub-intimale ou sub-adventitielle) d’une sténose ou d’un
anévrisme. Un hématome intramural primaire pourrait se constituer
par rupture des vasa vasorum. Le retentissement hémodynamique
d’aval et/ou l’embolie distale des caillots formés sur la lésion
pariétale explique la survenue de l’infarctus. La double lumière ou
le flap intimal sont caractéristiques sur l’artériographie de
contraste tandis que la visualisation de l’hématome mural est
caractéristique sur l’IRM. La dissection survient
« spontanément » ou à la suite d’un traumatisme souvent
en rapport avec un mouvement cervical en rotation et/ou en
hyperextension. Une maladie de la paroi artérielle sous-jacente est
suspectée, comme le suggèrent les rares associations décrites avec
les maladies du tissu conjonctif comme le syndrome de Marfan, les
dysplasies fibromusculaires et le syndrome d’Ehler-Danlos.
La maladie de Moya Moya
La maladie de Moya Moya [29] est une maladie chronique
vaso-occlusive caractérisée par un aspect très particulier à
l’angiographie avec un rétrécissement des artères cérébrales et la
présence d’un réseau de suppléance collatérale. Une vasculopathie
de type Moya Moya a été décrite en association avec des maladies
génétiques, telles que la trisomie 21, le syndrome de Williams, la
neurofibromatose de type 1, la drépanocytose, la vasculopathie
post-radique, etc. On parle alors de syndrome de Moya Moya. La
« maladie » de Moya Moya est la forme primitive. Les
études anatomopathologiques montrent un épaississement
fibrocellulaire de l’intima sans évidence d’athérosclérose,
d’inflammation ou d’embolie.
La drépanocytose homozygote
La drépanocytose homozygote [30] se complique à moyen terme
d’une artériopathie structurale responsable d’accidents vasculaires
silencieux ou d’infarctus aigus chez un patient sur dix environ.
C’est l’adhésion des globules rouges, à la paroi endothéliale
endommagée secondaire aux forces de stress, qui conduit à
l’hyperplasie de l’intima et le dépôt de fibrine [31, 32]
(figure
2).
La dysplasie fibromusculaire
La dysplasie fibromusculaire [33] est une maladie non
inflammatoire caractérisée par une hyperplasie focale des vaisseaux
à destination cervicale et intracrânienne impliquant habituellement
la carotide interne. À l’angiographie, la dysplasie fibromusculaire
prend un aspect assez caractéristique de collier de perle ou de
sténoses focales ou de sténoses étagées. De façon caractéristique,
cette maladie implique aussi les artères rénales, c’est la raison
pour laquelle le diagnostic peut être facilité par l’angiographie
rénale (tableau 2).
Tableau 2 Atteintes inflammatoires et non inflammatoires
des vaisseaux cérébraux de taille moyenne et grande.
| Inflammatoires |
| Vascularites primitives du SNC
(angiographie +) |
| Vascularites secondaires du SNC |
| Non inflammatoires |
| Dissection |
| Maladie thromboembolique |
| Dysplasie fibromusculaire |
| Syndrome et maladie de Moya Moya |
| Vasospasmes |
| Médicaments : cocaïne, amphétamines |
| Canalopathies |
| CADASIL syndrome |
| Hémoglobinopathies : drépanocytose |
| Vasculopathie post-radique |
| Maladie du conjonctif (neurofibromatose, syndrome
de Marfan, syndrome de Ehlers-Danlos) |
| Erreurs innées du métabolisme |
| Maladie de Fabry |
| Homocystinurie |
| Syndrome MELAS : mitochondrial
encephalopathy, lactic acidosis, stroke-like episodes |
Et les petits vaisseaux (angiographie normale)
L’atteinte du SNC peut se voir dans un grand nombre de maladies
auto-inflammatoires ou auto-immunes, telles que le lupus, [34] la
sarcoïdose [35] et la maladie cœliaque [36].
Les affections démyélinisantes aiguës du système nerveux
central
Les affections démyélinisantes aiguës (ADEM pour acute
disseminated encephalomyelitis) du SNC sont probablement le
diagnostic différentiel principal des vascularites des petits
vaisseaux. Les ADEM sont souvent précédées d’une infection virale
ou d’une vaccination dans le mois qui a précédé l’installation des
symptômes. L’ADEM est typiquement une maladie monophasique, avec
l’installation progressive et rapide d’une encéphalopathie et des
déficits neurologiques. L’ADEM est associée à une phase prodromique
de fatigue, malaise, céphalées et fièvre. L’analyse du liquide
céphalo-rachidien montre habituellement une hypercellularité
lymphocytaire et une augmentation de la protéinorachie. On peut
mettre en évidence la production intrathécale de bandes
oligoclonales. Les anomalies IRM sont l’existence d’hypersignaux T2
dans la substance blanche, une asymétrique multifocale mal
dessinée, et des anomalies en FLAIR. La présentation clinique et
les anomalies radiologiques des syndromes aigus de démyélinisation
et des vascularites des petits vaisseaux du SNC ne comportent
aucune différence. Une étude récente suggère cependant qu’une
vascularite des petits vaisseaux puisse être distinguée d’une
affection démyélinisante par l’absence des « trous
noirs », l’intégrité du corps calleux, l’absence de lésion
infratentorielle ou périventriculaire et un nombre de lésions
inférieur à cinq [37].
La neuromyélite optique (NMO) de Devic
La NMO de Devic est une affection auto-immune médiée par des
auto-anticorps et caractérisée par des épisodes de névrite optique
et de myélite transverse. L’examen du liquide céphalorachidien peut
montrer une hyperleucocytose et des bandes oligoclonales.
L’imagerie cérébrale peut être strictement normale ou montrer des
anomalies de la substance blanche en particulier du tronc cérébral,
du corps calleux, de l’hypothalamus et de la substance
périventriculaire. On distingue la NMO de la sclérose en plaques
sur la présence en IRM médullaire de lésions axiales qui s’étend au
moins sur trois segments vertébraux. Des auto-anticorps dirigés
contre l’aquaporine 4 ont été identifiés chez 75 % des
adultes et 11 % des enfants présentant cette affection
démyélinisante du SNC [38].
L’encéphalite de Rasmussen
L’encéphalite de Rasmussen se révèle par un tableau de
convulsion réfractaire, de déficits et de déclins cognitifs. Cette
condition est liée à une inflammation des neurones et des
astrocytes. L’IRM montre des hypersignaux corticaux et de la
substance blanche ainsi qu’une atrophie cérébrale.
Certaines causes métaboliques
Certaines causes métaboliques peuvent entraîner l’installation
des déficits aigus ou chroniques focaux, maladies mitochondriales,
leucodystrophies et mucopolysaccharidoses. La maladie
mitochondriale qui simule le plus la vascularite des petits
vaisseaux est l’encéphalopathie mitochondriale avec acidose
lactique et pseudo-AVC ou « MELAS ». Les lésions du
système nerveux sont liées aux anomalies du métabolisme oxydatif.
Les pics de lactate en spectroscopie ne sont pas spécifiques et
peuvent être observés dans des infarctus aigus. La topographie des
lésions ne suit pas une systématisation artérielle précise. En cas
de maladie mitochondriale, c’est l’analyse des mutations ou la
biopsie musculaire ou cutanée qui permettra de faire le
diagnostic.
Le CADASIL
Le CADASIL, artériopathie cérébrale dominante autosomale avec
infarctus corticaux et leuco-encéphalopathie, est une maladie
génétique très rare entraînée par des mutations du gène
NOTCH 3 qui se présente avec des migraines et
des accidents ischémiques à répétition. Il s’agit plutôt d’une
maladie de l’adulte entre la trentaine et la cinquantaine mais il y
a des cas authentiquement pédiatriques.
Les encéphalopathies inflammatoires avec anticorps
antineuronaux
Les encéphalopathies inflammatoires avec anticorps antineuronaux
sont des modes de révélation de certains cancers occultes
(E. paranéoplasiques) mais peuvent être observées de façon
isolée chez l’enfant [39]. La sémiologie de l’encéphalite limbique
associe classiquement perte de mémoire et démence, symptômes
psychiatriques (dépression, anxiété, changement de personnalité,
agitation, confusion, hallucinations, paranoïa) et crises
épileptiques. L’encéphalite associée à la présence d’anticorps
anti-N-methyl-D-aspartate receptor (NMDAR) comporte aussi
des symptômes psychiatriques, des convulsions et des troubles du
langage [40]. Le diagnostic repose sur la mise en évidence des
anticorps dans le LCR et dans le sérum des patients (figure
3).
Prise en charge des vascularites du système nerveux
central
Elle repose sur l’utilisation des immunosuppresseurs :
corticoïdes et cyclophosphamide mais il n’y a pas d’étude
contrôlée. Le traitement d’induction dans les formes progressives
des vascularites des gros vaisseaux et dans les vascularites des
petits vaisseaux comporte des assauts mensuels de cyclophosphamide
intraveineux sur la base de 500 à 750 mg/m2 [41]
(n = 7 sur six mois) associés à une corticothérapie
initialement sur la base de 2 mg/kg par jour de prednisone (maximum
60 mg/j), suivi par 18 mois de traitement de maintenance avec
azathioprine, Imurel® (1 à 2 mg par kilo de poids
corporel et par jour) ou du mycophénolate mofétil
(1 000-1 200 mg/m2 par jour) [42] et des doses faibles
de corticoïdes. Une antibiothérapie dissuasive par le cotrimoxazole
pour la prophylaxie du pneumocystis pendant le traitement
d’induction est de mise. Le pronostic à long terme n’est pas connu
en l’absence de grandes séries pédiatriques. Il semble corrélé à la
précocité du diagnostic et la mise en route précoce d’un traitement
adapté.
L’usage de l’anticoagulation est controversé. Elle est
recommandée dans les thromboses veineuses cérébrales qui peuvent
accompagner les vascularites inflammatoires (notamment la maladie
de Behçet) ou celles qui surviennent au contact d’un foyer
infectieux local (méningite, mastoïdite…) [43]. À l’inverse,
l’anticoagulation est plus discutée dans les accidents
artériels :
- –. certains proposent une héparinothérapie courte suivie
par un traitement antiplaquettaire dans les vascularites des gros
vaisseaux. Les deux tiers des vascularites des gros vaisseaux de la
série de Toronto ont ainsi été traitées avec une anticoagulation ou
les antiagrégants sans immunosuppression ;
- –. d’autres proposent un traitement par aspirine seule
pendant 18 mois ou tant que les lésions artérielles ne sont
pas stabilisées ;
- –. d’autres enfin associent aux antithrombotiques une
médication anti-inflammatoire voire de l’acyclovir.
Les formes de vascularite non progressive des gros vaisseaux
peuvent être traitées par des corticoïdes à forte dose pendant
trois mois [44] et un antiagrégant plaquettaire (aspirine 5 mg/kg
par jour pour une durée d’un à deux ans).
Les symptômes associés tels que les épilepsies, psychoses,
anomalies, mouvements anormaux peuvent justifier l’administration
de médications spécifiques.
La suite de la prise en charge repose sur une équipe
pluridisciplinaire (neuropédiatre, immunologiste, médecin
rééducateur, nutritionniste, psychologue), avec l’évaluation de la
qualité de vie, le retentissement scolaire et l’évaluation
cognitive. L’IRM doit être répétée à trois et à six mois du début.
Les complications sont liées à l’immunosuppression et à
l’anticoagulation. Les effets secondaires de la corticothérapie à
haute dose doivent être prévenus ou atténués. Une poussée de la
maladie est toujours possible et doit être investiguée par
l’imagerie pour justifier d’un éventuel renforcement de
l’immunosuppression.
Les deux tiers des vascularites des gros vaisseaux de la série
de Toronto ont une forme monophasique, non progressive. Malgré le
caractère non progressif, le pronostic neurologique à long terme
est le moins favorable. Le risque de récidive dans cette série est
de 40 à 60 %. Les vascularites des petits vaisseaux sont
accessibles à un traitement curatif reposant sur
l’immunosuppression. Des rechutes sont observées chez un tiers des
patients et peuvent être très tardives, sept ans après le premier
épisode.
Conflits d’intérêts: aucun.
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