Home > Journals > Medicine > Médecine thérapeutique / Pédiatrie > Full text
 
      Advanced search    Shopping cart    French version 
 
Latest books
Catalogue/Search
Collections
All journals
Medicine
Médecine thérapeutique / Pédiatrie
- Current issue
- Archives
- Subscribe
- Order an issue
- More information
Biology and research
Public health
Agronomy and biotech.
My account
Forgotten password?
Online account   activation
Subscribe
Licences IP
- Instructions for use
- Estimate request form
- Licence agreement
Order an issue
Pay-per-view articles
Newsletters
How can I publish?
Journals
Books
Help for advertisers
Foreign rights
Book sales agents



 

Texte intégral de l'article
 
  Printable version
  Version PDF

[[ Titre anglais ]]


Médecine thérapeutique / Pédiatrie. Volume 11, Number 1, 67-73, janvier-février 2008, Dossier

DOI : 10.1684/mtp.2008.0153

Résumé  

Author(s) : Françoise Bernaudin , Centre de référence de la drépanocytose, Service de pédiatrie, Centre hospitalier intercommunal de Créteil, 40 avenue de Verdun, 94010 Créteil.

Pictures

ARTICLE

Auteur(s) : Françoise Bernaudin

Centre de référence de la drépanocytose, Service de pédiatrie, Centre hospitalier intercommunal de Créteil, 40 avenue de Verdun, 94010 Créteil

La drépanocytose, première maladie monogénique caractérisée dès 1949, de transmission autosomale récessive, présente néanmoins une expressivité clinique variable dépendant de nombreux facteurs polygéniques tels que l’association ou non à une alphathalassémie, le génotype des chaînes β [1, 2], les facteurs régulant le taux d’hémoglobine fœtale.

Le dépistage néonatal [3] ciblé généralisé à toute la France depuis 2000, permet avec la mise en route précoce de la prophylaxie antipneumococcique [4] et l’éducation parentale d’éviter bon nombre de complications.

Les explorations systématiques par Doppler transcrânien et IRM cérébrale nous ont appris l’importance du risque de vasculopathie cérébrale chez l’enfant drépanocytaire et sa prévention possible permettant d’éviter les accidents vasculaires cérébraux [5-13, 49].

La prise en charge thérapeutique s’est beaucoup modifiée au cours des 15-20 dernières années avec l’utilisation de l’hydroxyurée [14-19] pour la réduction des crises vaso-occlusives, les succès obtenus avec l’allogreffe [20-28], les améliorations apportées avec les programmes transfusionnels au long cours [29-33] et l’espoir suscité par le démarrage des essais de thérapie génique [34].

Description des différentes thérapeutiques intensives

Programme transfusionnel au long cours

La transfusion joue un rôle considérable dans le traitement et la prévention des complications de la drépanocytose. Elle sert à améliorer l’oxygénation tissulaire par l’apport de globules rouges normaux contenant l’HbA. Elle augmente l’Ht et décroît par dilution le pourcentage de globules rouges contenant de l’HbS. C’est le meilleur moyen pour désobstruer les microvaisseaux à condition de veiller à ne pas accentuer l’hyperviscosité [35]. Alors que chez le sujet normal le relargage de l’oxygène est maximal pour un hématocrite de 35-40 %, chez le patient drépanocytaire avec 95 % d’HbS, cela se situe autour d’un hématocrite de 20-25 %. Ainsi, toute augmentation brutale de l’Ht par une transfusion massive chez le drépanocytaire augmente l’hyperviscosité et diminue le relargage de l’O2 aux tissus. En revanche, après avoir abaissé le taux d’HbS en dessous de 25 %, des hématocrites de 30-40 % peuvent et doivent être visés de façon à obtenir une oxygénation maximale des tissus et inhiber l’érythropoïèse SS.

Le programme transfusionnel consiste à maintenir le taux d’HbS < 40 % ou < 30 % selon les indications par un apport transfusionnel mensuel ou, mieux, par des échanges manuels ou sur machine (érythrocytaphérèses). Les risques sont ceux de la contamination virale, l’allo-immunisation et la surcharge en fer.

Risque viral

Depuis la mise en place du dépistage génomique viral en 2001, le risque de transmission viral a été considérablement réduit : 1/3,9 millions de dons pour le VIH, 1/6 millions de dons pour le VHC. Le risque pour HBV reste de 1/1 million de dons mais les enfants drépanocytaires sont correctement vaccinés et surveillés.

Allo-immunisation

Le risque d’allo-immunisation est important et estimé à 30 % chez les patients drépanocytaires dont les antigènes de groupe diffèrent de ceux des donneurs de sang caucasiens [35-38]. En effet les patients drépanocytaires sont plus fréquemment que les donneurs : C-, E-, K-, S-, Fy (a-b-), Jkb-. Il est bien sûr fondamental d’avoir établi le groupe phénotypé étendu avant la première transfusion, de ne transfuser qu’en culots compatibles Rh (C, D, E, c, e) et K, et de toujours tenir compte des antécédents d’immunisations. Dans notre expérience à Créteil, 20/78 (25 %) des enfants placés sous programmes transfusionnels à long terme ont développé des alloanticorps restreignant le choix des donneurs possibles. Le risque d’hémolyse retardée [39] doit être connu et évoqué en cas de survenue de crise douloureuse survenant dans les 7 à 10 jours d’une transfusion accompagnée d’urines rouges en rapport avec une hémoglobinurie et une destruction rapide des globules rouges transfusés qui se recherche par l’électrophorèse de l’Hb montrant un chiffre d’HbA inférieur à celui attendu.

Surcharge en fer

Ce risque peut être limité par l’emploi des échanges mais nécessite la mise en route de la chélation au-delà de 18 mois de programme transfusionnel correspondant à des valeurs de ferritine > 1 500. L’apparition d’un chélateur oral efficace et apparemment sûr va en faciliter grandement la prise en charge [40].

Problèmes d’abords veineux

Les difficultés d’abords veineux sont fréquentes chez ces patients souvent perfusés et peuvent faire discuter la pose de chambres implantables. Celles-ci ont été accusées d’être à l’origine de complications infectieuses et/ou thrombotiques mais dans notre expérience, à condition de n’être utilisées que chez ceux en programme de transfusions/échanges mensuels maintenant le taux d’HbS < 40 %, le taux de complications est très faible et le confort des enfants très amélioré [41].

Indications

  • Séquestrations spléniquesLe risque de récidive après séquestration splénique est majeur et justifie pour la plupart des auteurs la mise en route d’un programme transfusionnel mensuel jusqu’à l’âge minimum de 2 ans et l’injection du Pneumo 23. Les risques et avantages de la splénectomie doivent être pesés sans oublier que les enfants drépanocytaires ont de toute façon une asplénie fonctionnelle très précoce. La splénectomie chirurgicale permet la prévention des récidives de séquestration parfois mortelles. Elle peut être également envisagée chez certains enfants présentant un hypersplénisme responsable d’une anémie majeure. Mais nous conseillons de réaliser le typage HLA de la fratrie, l’existence d’un donneur compatible pouvant orienter vers une décision d’allogreffe et préserver la fonction splénique.
  • Antécédent d’accident vasculaire cérébral (AVC)Le programme transfusionnel poursuivi indéfiniment vise à maintenir le taux d’HbS inférieur à 30 % et le taux d’Hb entre 9 et 12 g/dl. Il permet de réduire le risque de récidive de 67 % à 10 % [29]. Il convient de rechercher un donneur HLA compatible, la greffe étant le seul traitement permettant d’arrêter le programme transfusionnel. Les échanges devront être privilégiés de façon à retarder la surcharge en fer et à mieux abaisser le taux d’HbS. La chélation s’imposera dès la seconde année de programme transfusionnel et la pose de port-a caths ou de fistules devront être envisagés en cas de difficultés d’abords veineux.
  • Vitesses pathologiques au DTCLa présence de vitesses moyennes maximales anormalement élevées au DTC (> 200 cm/s) est prédictive d’un risque élevé de survenue d’AVC (40 % dans les 3 ans) [5, 8]. Quelle que soit la raison de ces vitesses élevées (une anémie basale trop intense, une sténose artérielle ou une hypoxie tissulaire), elles exposent au risque d’AVC. Elles imposent alors la mise en route d’un programme transfusionnel pouvant abaisser progressivement le taux d’HbS en dessous de 30 % puis de le maintenir < 30 % par des transfusions mensuelles. Ce programme permet la réduction du risque de survenue d’un AVC de 40 % dans les 3 ans à moins de 2 % [8]. Dans notre expérience à Créteil où le DTC a été effectué systématiquement dès l’âge de 12-18 mois depuis 1992, le risque d’AVC avant l’âge de 18 ans qui était auparavant de 11 % a été réduit à moins de 2 % [42, 49]. Les vitesses pathologiques concernant principalement les jeunes enfants entre 2 et 7 ans aux abords veineux difficiles, nous recommandons de débuter le programme par des transfusions simples de 10 à 15 ml/kg maximum : elles permettent, au rythme de une toutes les 3 à 4 semaines, de parfaitement maintenir le taux d’HbS < 30 %. Il faut se méfier des échanges qui dans le premier temps de saignée abaissent l’Hb chez ces patients suspects d’avoir des sténoses artérielles cérébrales. Les échanges seront entrepris dans un second temps après obtention de la confiance de l’enfant et devront toujours être adaptés au taux d’Hb et au pourcentage d’HbS du jour. Les études récentes menées aux États-Unis [12] montrent qu’il n’est pas sécuritaire d’arrêter le programme transfusionnel, même chez les enfants dont les vitesses se sont normalisées (< 170 cm/s) et chez qui l’angio-MR est normale (absence de sténoses). C’est pourquoi, un protocole national « Drépagreffe » est en cours de validation et proposera de réaliser précocement la greffe chez les patients ayant un donneur compatible.
  • AVC infracliniquesIls sont définis par la mise en évidence à l’IRM de lésions ischémiques de la substance blanche chez des enfants n’ayant aucun antécédent neurologique clinique. Ces lésions sont, en revanche, significativement associées à des perturbations cognitives [10]. Leur traitement n’est pas encore défini de façon consensuelle justifiant le protocole international en cours : « SITT » (Silent Infarct Transfusion Trial) randomisant un programme transfusionnel sur 3 ans à l’observation simple. Ils représentent de toute façon un témoin de la sévérité de la maladie justifiant la recherche d’un éventuel donneur.
  • Ostéonécroses aseptiques des têtes fémoralesElles sont le plus souvent révélées par des douleurs de hanche. Les images à l’IRM précèdent celles à la radiographie. Les adolescents pubères peuvent bénéficier des traitements par injection de moelle autologue dans les têtes fémorales. Mais les autres, dans notre expérience à Créteil, bénéficient de la mise en route d’un programme transfusionnel qui permet l’atténuation rapide des douleurs, une mobilisation précoce et d’en stopper l’évolution. Les orthopédistes peuvent poser des indications d’ostéotomie permettant l’appui sur des zones non nécrosées. Nous conseillons la poursuite du programme transfusionnel durant toute la période de croissance.
  • OstéomyélitesIl est important d’encadrer le traitement orthopédique et antibiotique des ostéomyélites par un programme transfusionnel de plusieurs mois de façon à favoriser la microcirculation et l’arrivée des antibiotiques sur le lieu des lésions.

Perspectives transfusionnelles

Le problème majeur reste à l’heure actuelle étant celui du risque d’allo-immunisation et la disponibilité des produits sanguins, il va être fondamental de sensibiliser la population ethnique concernée au don du sang. Une difficulté est liée aux problèmes rencontrés lors de la déleucocytation par filtres des sangs AS. De ce fait, les donneurs s’annonçant comme étant AS sont exclus du don, ce qui ne permet pas la sensibilisation des familles de drépanocytaires au don du sang. De nouvelles techniques de déleucocytation sont à l’étude, le sang AS pouvant parfaitement être utilisé pour les indications transfusionnelles hors drépanocytose.

Hydroxyurée

Nous disposons maintenant d’un recul de 15 ans d’expérience de l’Hydréa® dans la drépanocytose [14-19]. Il s’agit d’une avancée considérable dans la prise en charge de cette pathologie et du seul traitement médicamenteux ayant prouvé son efficacité dans des essais cliniques randomisés [14]. Ce traitement oral agit dans la drépanocytose en stimulant de nouveau la fabrication de l’HbF, dont la présence dans le globule rouge inhibe très activement la polymérisation de l’HbS : l’hémolyse est diminuée et l’anémie améliorée. De plus, son action myélosuppressive entraîne une diminution des leucocytes et des plaquettes, bénéfique pour la rhéologie sanguine. Une étude américaine randomisée vs placebo a montré une réduction de 50 % du nombre de CVO, de STA et des besoins transfusionnels [14]. L’introduction progressive en 2 à 3 mois jusqu’à la dose habituelle utilisée en France de 160 mg/kg/sem (environ 23 mg/kg/jour) permet d’éviter la myélotoxicité et d’améliorer la plupart des patients [15, 16]. Sa bonne tolérance à court et moyen terme est certaine [19], mais on peut observer une mélanonychie et des nausées et céphalées en début de traitement. Il persiste toutefois des doutes quant à son innocuité à très long terme chez l’enfant. En effet, dans des maladies préleucémiques telles que la polyglobulie de Vaquez et la thrombocytémie essentielle, l’Hydréa® augmente le risque de transformation et d’apparition d’une délétion 17p [43, 44]. Mais dans la drépanocytose, il n’a pas été constaté jusqu’à maintenant après 15 ans d’expérience d’augmentation significative du risque leucémogène [45, 46]. Des azoospermies en général réversibles sont classiquement décrites sous Hydréa® et justifient la proposition de cryopréservation du sperme chez les adolescents pubères. Ce risque éventuel leucémogène et son éventuel risque gonadique en limitent les indications : on le réserve aux patients faisant de nombreuses CVO (3 ou plus pendant au mois 2 années), à ceux ayant fait au moins 2 STA et ceux dont l’anémie est très sévère < 7 g. Le principal problème lié à l’Hydréa® reste la variabilité extrême de son efficacité d’un patient à l’autre, certains ayant la vie réellement transformée favorablement avec le plus souvent une obtention de taux d’HbF > 25 % tandis que d’autres sont simplement améliorés et que d’autres, heureusement rares, n’en tirent aucun bénéfice. Son efficacité dans la prévention des atteintes organiques n’est en revanche pas démontrée : un protocole américain [17] l’a proposé en essai ouvert à tous les nourrissons SS/Sb0 et cela n’a pas empêché la survenue de plusieurs complications (STA, séquestrations spléniques, AVC…) dont certaines mortelles. Nous estimons fondamental de se garder un temps d’observation minimal de 3 ans avant de discuter un tel traitement dont le démarrage et la surveillance à long terme doivent relever des centres de référence.

Allogreffe de cellules souches hématopoïétique (SCT)

Il s’agit du seul traitement potentiellement curateur, permettant d’espérer le remplacement pour la vie de toutes les cellules hématopoïétiques par celles du donneur. À ce jour, plus de 250 greffes ont été réalisées dans le monde dont 100 en France à partir d’un donneur familial HLA identique de la fratrie AA ou AS [20-28]. Dans une fratrie, la chance d’être identique est de 25 % pour chaque frère ou sœur. Le greffon peut être soit la moelle osseuse recueillie par ponction sous anesthésie générale ou le sang placentaire [26, 28]. Ce traitement lourd nécessite une hospitalisation de 6 semaines en moyenne en centre de greffe et un suivi étroit d’une année. Les résultats se sont considérablement améliorés au cours des dernières années avec, depuis 2000, un espoir de guérison de 95 % [28]. Les échecs sont liés au risque de rejet mais surtout à la GVH (réaction du greffon contre l’hôte) qui impose d’alourdir les traitements immunosuppresseurs exposant à un risque infectieux. Le risque de rejet n’est plus que de 2 % et aboutit au retour à la maladie antérieure. Néanmoins, la symptomatologie est souvent longtemps améliorée grâce à l’expression d’un taux élevé d’HbF observé en post-greffe. Le risque de GVH est significativement lié à l’âge et d’autant plus élevé que le receveur est plus âgé, ce qui doit inciter à une proposition précoce de la greffe. Ce traitement est envisagé lorsque la maladie elle-même expose à un risque jugé supérieur à long terme. En plus de la correction sanguine avec obtention d’un profil électrophorétique de l’hémoglobine identique à celle du donneur AA, AS ou A/Thal, la greffe permet une amélioration de plusieurs atteintes organiques préexistant à la greffe : une amélioration indiscutable de la fonction splénique, la prévention des récidives d’AVC et la disparition complète des crises vaso-occlusives et STA [23, 24, 27, 28]. En dehors du risque vital de 3 % environ, l’inconvénient principal est son risque gonadique qui encourage la cryopréservation ovarienne prégreffe. Les greffes de sang placentaire sont très intéressantes dans cette indication [26, 47] car elles exposent à un risque de GVH significativement moindre.

Enfin, la thérapie génique réalisée jusqu’à maintenant avec succès chez la souris [34], intègre dans les érythroblastes, grâce à des vecteurs rétroviraux, un gène codant pour une β-globine humaine modifiée « antidrépanocytaire » et inhibant suffisamment la polymérisation de l’HbS. Le premier essai humain vient de démarrer en France.

En pratique

Avant de considérer le recours à des thérapeutiques intensives, il conviendra toujours chez un enfant faisant de nombreuses CVO de s’assurer qu’il ne présente pas d’obstruction de la filière nasopharyngée pouvant favoriser leur survenue. Dans ce cas, on n’hésitera pas à réaliser une saturométrie nocturne puis une adénoïdectomie et amygdalectomie si nécessaires après préparation pré-anesthésique. De même, l’éventuel terrain atopique sera traité. Les mesures simples préventives des CVO seront réexpliquées : boissons abondantes, évitement des écarts de température et des efforts physiques intenses. Seront contre-indiqués la compétition, le sprint, l’endurance. A contrario, l’éducation physique modérée sera encouragée. Il faut également contre-indiquer l’apnée, les séjours en altitude au-dessus de 1 500 m et expliquer l’éventuel danger d’un voyage en avion.

L’hydroxyurée sera proposé aux enfants de plus de 3 à 4 ans ayant fait au moins 3 CVO/an ou 2 STA en rapport avec la drépanocytose (à l’exclusion des pneumonies). L’efficacité de ce traitement ne sera appréciée qu’après un minimum de 6 mois de traitement. En cas d’échec se manifestant par la persistance de CVO et/ou STA fréquentes, une augmentation de dose sera proposée jusqu’à un maximum de 30 mg/kg/j ou jusqu’à la dose maximale tolérée. La numération formule sanguine devra être régulièrement surveillée ainsi que la réponse en HbF et le bilan hépatique. Tout échec total ou partiel sur la fréquence des crises ou l’apparition d’ostéonécroses (fréquentes dans notre expérience) devra faire poser l’indication d’un programme transfusionnel visant à maintenir le taux d’HBS < 40 % dont l’efficacité est constante et rechercher un éventuel donneur dans la fratrie. Les parents doivent être informés des nouvelles possibilités de diagnostic préimplantatoire qui permettent par double sélection maladie-HLA (décret application de décembre 2006) d’éviter le recours aux interruptions de grossesse et la venue d’enfants non malades et pouvant éventuellement « guérir » l’enfant drépanocytaire [48]. Certaines circonstances telles que les périodes d’examen important tels que le baccalauréat ou le BEP peuvent faire discuter chez les patients très symptomatiques la mise en route d’un programme encadrant ces périodes de stress.

Dans notre expérience à Créteil, concernant 242 enfants drépanocytaires SS/SbO dépistés à la naissance depuis 1988 (figure 1), la probabilité d’être traité par Hydréa® avant l’âge de 18 ans est de 35 %, celle de recourir à un programme transfusionnel de plus de 4 mois de 48 % et celle d’être greffé de 16 %.

Conclusion

Le dépistage néonatal ciblé, généralisé à la France entière, permet une prise en charge précoce de la prévention antipneumococcique, l’éducation parentale et la mise en route d’une surveillance systématique spécialisée permettant la détection des formes sévères pouvant justifier de thérapeutiques plus intensives. Une bonne coordination interdisciplinaire est indispensable ainsi qu’une collaboration étroite entre les pédiatres hospitaliers de proximité et les centres de référence dans la prise en charge de cette pathologie de façon, d’une part, à agir au plus vite en cas d’urgence infectieuse et, d’autre part, à tenir les parents parfaitement informés des progrès récents survenus dans la prise en charge et la prévention. La vasculopathie des gros vaisseaux relève des programmes transfusionnels tandis que l’Hydréa® doit être proposé aux enfants faisant de nombreuses crises vaso-occlusives. Les chances de guérison offertes par la greffe étant maximales avant l’âge de 15 ans, il faut savoir évoquer cette possibilité dans l’enfance, rechercher les donneurs éventuels, encourager la cryopréservation des sangs placentaires de la fratrie à venir.

Références

1 Nagel RL. Severity, pathobiology, epistatic effects and genetic markers in sickle cell anemia. Semin Hematol 1991 ; 28(3) : 180-201.

2 Powars DR. Sickle cell anemia : βs-gene-cluster haplotypes as prognostic indicators of vital organ failure. Semin Hematol 1991 ; 28(3) : 202-8.

3 Galactéros F. Détection néonatale de la drépanocytose en France métropolitaine. Path Biol 1999 ; 47(1) : 13-8.

4 Gaston MH, Verter JI, Woods G, et al. Prophylaxis with oral penicillin in children with sickle cell anemia. N Engl J Med 1986 ; 314 : 1593-9.

5 Adams R, McKie V, Nichols F, et al. The use of transcranial ultrasonography to predict stroke in sickle cell disease. N J Med 1992 ; 326(9) : 605-10.

6 Adams RJ, Kutlar A, McKie V, et al. Alpha thalassemia and stroke risk in sickle cell anemia. Am J Hematol 1994 ; 45 : 279-82.

7 Verlhac S, Bernaudin F, Tortrat D, et al. Detection of cerebrovascular disease in Sickle Cell Disease children by transcranial Doppler sonography. Correlation with MRI and MRA and conventionnal angiography. Pediatr Radiol 1995 ; 25 : S14-S19.

8 Adams RJ, McKie VC, Hsu L, et al. Prevention of a first stroke by transfusions in children with sickle cell anemia and abnormal results on transcranial Doppler ultrasonography. N Engl J Med 1998 ; 339 : 5-11.

9 Ohene-Frempong K, Weiner SJ, Sleeper LA, et al. Cerebrovascular accidents in sickle cell disease : rates and risk factors. Blood 1998 ; 91(1) : 288-94.

10 Bernaudin F, Verlhac S, Fréard F, et al. A multicenter prospective study of children with sickle cell disease : radiographic and psychometric correlation PHRC 95. J Child Neurol 2000 ; 15 : 333-43.

11 Bernaudin F, Verlhac S, Coïc L, Lesprit E, Brugières P, Reinert P. Long term follow-up of pediatric sickle cell disease patients with abnormal high velocities on transcranial Doppler. Pediatr Radiol 2005 ; 35(3) : 242-8.

12 Adams RJ, Brambilla D. Discontinuing prophylactic transfusions used to prevent stroke in Sickle Cell Disease. N Engl J Med 2005 ; 353 : 2769-78.

13 Lee MT, Piomelli S, Granger S, et al., STOP Study Investigators. Stroke Prevention Trial in Sickle Cell Anemia (STOP) : extended follow-up and final results. Blood 2006 ; 108(3) : 847-52.

14 Charache S, Terrin ML, Moore RD, et al. Effect of hydroxyurea on the frequency of painful crisis in sickle cell anemia. N Engl J Med 1995 ; 332(20) : 1317-22.

15 De Montalembert M, Belloy M, Bernaudin F, et al., The French Study Group on Sickle Cell Disease. Three-year follow-up of hydroxyurea treatment in severely ill children with sickle cell disease. J Pediatr Hematol Oncol 1997 ; 19(4) : 313-8.

16 de Montalembert M, Begue P, Bernaudin F, Thuret I, Bachir D, Micheau M, French Study Group on Sickle Cell Disease. Preliminary report of a toxicity study of hydroxyurea in sickle cell disease. Arch Dis Child 1999 ; 81(5) : 437-9.

17 Hankins JS, Ware RE, Rogers ZR, et al. Long-term hydroxyurea therapy for infants with sickle cell anemia : the HUSOFT extension study. Blood 2005 ; 106(7) : 2269-75.

18 Bakanay SM, Dainer E, Clair B, et al. Mortality in sickle cell patients on hydroxyurea therapy. Blood 2005 ; 105(2) : 545-7.

19 de Montalembert M, Brousse V, Élie C, Bernaudin F, Shi J, Landais P, French Study Group on Sickle Cell Disease. Long-term hydroxyurea treatment in children with sickle cell disease : tolerance and clinical outcomes. Haematologica 2006 ; 91(1) : 125-8.

20 Vermylen C, Fernadez Robles E, Ninana J, Cornu G. Bone marrow transplantation in five children with sickle cell anaemia. Lancet 1988 ; 1 : 1427.

21 Bernaudin F, Souillet G, Vannier JP, et al., For the SFGM. Bone Marrow Transplantation in 14 children with severe Sickle cell disease : the French experience. Bone Marrow Transpl 1993 ; 12(S1) : 118-21.

22 Walters MC, Patience M, Leisenring W, et al. Bone marrow transplantation for sickle cell disease. N Engl J Med 1996 ; 335(6) : 369-76.

23 Bernaudin F, Souillet G, Vannier JP, et al., For the SFGM. Sickle cell disease (SCD) and BMT : report of the French experience concerning 26 children transplanted for severe SCD. Bone Marrow Transpl 1997 ; 19(S2) : 112-5.

24 Walters MC for the Multicenter Investigation of Bone Marrow Transplantation for Sickle Cell Disease. Impact of bone marrow transplantation for symptomatic sickle cell disease : an interim report. Blood 2000 ; 95 : 1918-24.

25 Bernaudin F. Greffe Et Drépanocytose. In : La Drépanocytose. John Libbey Eurotext, 2003 : 267-73.

26 Locatelli F, Rocha V, Reed W, et al., Eurocord Transplant Group. Related Umbilical Cord Blood Transplantation In Patients With Thalassemia and Sickle Cell Disease. Blood 2003 ; 101(6) : 2137-43.

27 Bernaudin F. Indications et résultats de la greffe. Rev Prat 2004 ; 54(14) : 1565-7.

28 Bernaudin F, Socié G, Kuentz M, et al. Long-term follow-up of a multicenter collaborative study of genoidentical myeloablative stem cell transplantation for sickle cell disease. Blood 2007 ; 110 : 2749-56.

29 Russell MO, Goldberg HI, Hodson A, et al. Effect of transfusion therapy on arteriographic abnormalities and on recurrencce of stroke in Sickle Cell Disease. Blood 1984 ; 63(1) : 162-9.

30 Wang WC, Morales KH, Scher CD, et al. STOP Investigators. Effect of long-term transfusion on growth in children with sickle cell anemia : results of the STOP trial. J Pediatr 2005 ; 147(2) : 244-7.

31 Hankins J, Jeng M, Harris S, Li CS, Liu T, Wang W. Chronic transfusion therapy for children with sickle cell disease and recurrent acute chest syndrome. J Pediatr Hematol Oncol 2005 ; 27(3) : 158-61.

32 Arnaud C, Kamdem A, Coic L, et al. Comparative effects of transfusion program (TP), hydroxyurea (HU) or stem cell transplant (SCT) on frequency of hospitalizations in pediatric sickle cell patients. Blood 2005 ; 106(11) : 3196 ; abstract 318, 97a.

33 Bernaudin F, Lesprit E, Coic L, et al. Long term prospective follow-up after treatment intensification in pediatric sickle cell patients : comparative effects of transfusion program (TP), hydroxyurea (HU) or stem cell transplant (SCT) on annual check-up. Blood 2005 ; 106(11) : 3196 ; abstract 3196, 893a.

34 Pawliuk R, et al. Correction of SCD in transgenic mouse models by gene therapy. Science 2001 ; 294 : 2368-71.

35 Wayne AS, Kevy SV, Nathan DG. Transfusion management of sickle cell disease. Blood 1993 ; 81(5) : 1109-23.

36 Vichinsky EP, Earles A, Johnson RA, Hoag MS, Williams A, Lubin B. Alloimmunization in sickle cell anemia and transfusion of racially unmatched blood. N Engl J Med 1990 ; 322 : 1617-21.

37 Norol F, Nadjahi J, Bachir D, et al. Transfusion et alloimmunisation chez les patients drépanocytaires. Transf Clin Biol 1994 ; 1(1) : 27-34.

38 Noizat-Pirenne F. Immunohematologic characteristics in the Afro-caribbean population. Consequences for transfusion safety. Transfus Clin Biol 2003 ; 10(3) : 185-91.

39 Talano JA, Hillery CA, Gottschall JL, Baylerian DM, Scott JP. Delayed hemolytic transfusion reaction/hyperhemolysis syndrome in children with sickle cell disease. Pediatrics 2003 ; 111(6) : 661-5.

40 Vichinski E, Onyekwere O, Porter J, et al. A randomised comparison of deferasirox versus deferoxamine for the treatment of transfusional iron in sickle cell disease. Br J Haematol 2007 ; 136 : 501-6.

41 Arnaud C, Coïc L, Beriel P, Leveille E, Yim F, Bernaudin F. Totally implantable ports for patients with sickle cell disease treated by a long-term transfusion therapy (soumis).

42 Bernaudin F, Verlhac S, Coïc L, et al. Efficient stroke prevention based on early detection of cerebral vasculopathy by transcranial Doppler : the Creteil newborn sickle cell cohort. Blood 2006 ; 108(11) : 1212a.

43 Najean Y, Rain JD. Treatment of polycythemia vera : the use of hydroxyurea and pipobroman in 292 patients under the age of 65 years. Blood 1997 ; 90(9) : 3370-7.

44 Sterkers Y, Preudhomme C, Lai JL, et al. Acute myeloid leukemia and myelodysplastic syndromes following essential thrombocythemia treated with hydroxyurea : high proportion of cases with 17pdeletion. Blood 1998 ; 91(2) : 616-22.

45 de Montalembert M, Davies SC. Is hydroxyurea leukemogenic in children with sickle cell disease? Blood 2001 ; 98(9) : 2878-9.

46 Ferster A, Sariban E, Meuleman N. Belgian Registry of Sickle Cell Disease patients treated with Hydroxyurea. Malignancies in sickle cell disease patients treated with hydroxyurea. Br J Haematol 2003 ; 123(2) : 368-9.

47 Rocha V, Wagner Jr. JE, Sobocinski KA, et al. Graft-versus-host disease in children who have received a cord-blood or bone marrow transplant from an HLA-identical sibling. Eurocord and International Bone Marrow Transplant Registry Working Committee on Alternative Donor and Stem Cell Sources. N Engl J Med 2000 ; 342(25) : 1846-54.

48 De Rycke M, Van de Velde H, Sermon K, et al. Preimplantation genetic diagnosis for sickle-cell anemia and for b-thalassemia. Prenat Diagn 2001 ; 21 : 214-22.

49 Bernaudin F, Verlhac S, Coïc L, et al. Efficacité de l’exploration précoce par Doppler transcrânien dans la prévention des accidents vasculaires cérébraux : expérience monocentrique d’une cohorte d’enfants drépanocytaires dépistés en néonatal. Hématologie 2007 : 31 ; (S2, 13, résumé 3-31).


 

About us - Contact us - Conditions of use - Secure payment
Latest news - Conferences
Copyright © 2007 John Libbey Eurotext - All rights reserved
[ Legal information - Powered by Dolomède ]