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Drépanocytose, quels vaccins et quand ?


Médecine thérapeutique / Pédiatrie. Volume 11, Number 1, 32-4, janvier-février 2008, Dossier

DOI : 10.1684/mtp.2008.0145

Résumé  

Author(s) : Philippe Reinert, Robert Cohen , Rédacteur en chef de Médecine thérapeutique pédiatrie, ancien chef du service de pédiatrie, CHI de Créteil, 94010 Créteil cedex, Service de microbiologie, CHI de Créteil, 94010 Créteil cedex.

ARTICLE

Auteur(s) : Philippe Reinert1, Robert Cohen2

1Rédacteur en chef de Médecine thérapeutique pédiatrie, ancien chef du service de pédiatrie, CHI de Créteil , 94010 Créteil cedex
2Service de microbiologie, CHI de Créteil, 94010 Créteil cedex

La survenue d’infections bactériennes chez le drépanocytaire homozygote, notamment à pneumocoque, est une cause importante de morbidité et de mortalité surtout dans l’enfance [1].

D’autres germes, tels Hæmophilus influenzae b, Salmonella et certains méningocoques, sont plus fréquents que chez l’enfant sain. Mais certaines infections virales telles que la grippe peuvent déclencher des crises vaso-occlusives et provoquer des surinfections pulmonaires.

De plus, tout drépanocytaire a été ou sera transfusé : il pourra être menacé d’hépatite B.

Enfin, pour beaucoup, les séjours en zone intertropicale vont constituer un risque supplémentaire d’hépatite A, B et d’infections à méningocoque A ou W 135.

Si l’antibiothérapie préventive a fait la preuve de son efficacité contre les infections invasives à pneumocoque (efficacité partielle), les vaccinations demeurent indispensables [2] contre ces germes.

Les anomalies immunitaires font-elles perdre de l’efficacité aux vaccins ?

S’il est vrai que le drépanocytaire fait souvent des infections fréquentes, parfois graves, voire foudroyantes, ceci dès l’âge de 2 mois jusqu’à la fin de sa vie, cette susceptibilité aux infections est mal expliquée.

Cependant, deux anomalies immunitaires sont toujours retrouvées [3] :

  • – l’asplénisme fonctionnel,
  • – les altérations de la voie alterne du complément.

La rate, véritable filtre bactérien, joue mal son rôle de clearance dès la naissance ; ensuite, ces fonctions phagocytaires se dégradent encore, car les thromboses itératives de ses vaisseaux aboutissent à une atrophie progressive : on comprend pourquoi une bactériémie vis-à-vis de laquelle il n’est pas encore apparu une immunité spécifique peut se transformer en septicémie.

Quant à la voie alterne du complément, elle constitue un système d’urgence activant les cellules phagocytaires, polynucléaires et macrophages, temps essentiel de la réponse immunitaire en particulier lors de la vaccination.

Pour toutes ces raisons, on a longtemps cru que l’immunogénicité des vaccins était diminuée chez le drépanocytaire.

La réalité semble tout autre : pour les vaccins contre l’Hæmophilus b [4] et le pneumocoque (vaccin conjugué), la réponse anticorps et la persistance de l’immunité induite s’est avérée identique aux témoins. Il semble en revanche que pour l’hépatite B, les séroconversions obtenues après trois doses de vaccin soient plus faibles que dans la population générale, ce qui justifie un rappel et un contrôle sérologique ultérieur.

Quels vaccins ?

Plus qu’un autre, l’enfant drépanocytaire doit bénéficier des vaccins usuels en s’intégrant le plus possible dans les recommandations officielles du pays où il demeure (tableau 1).

Le BCGID doit être administré systématiquement les premiers jours de vie dans la mesure où cet enfant a souvent au moins deux facteurs de risque : des conditions socio-économiques défectueuses et une forte probabilité de séjourner dans un pays à forte incidence de tuberculose.

Comme les autres enfants, il doit recevoir la prévention vaccinale prévue contre la diphtérie, le tétanos, la poliomyélite, la coqueluche, les infections à Hæmophilus de type b, la rubéole, la rougeole et les oreillons.

Vaccination pneumococcique

Une étude multicentrique réalisée aux États-Unis [5] a évalué la fréquence et la gravité des infections pneumococciques chez l’enfant drépanocytaire malgré l’antibioprophylaxie et la vaccination par le vaccin pneumococcique à 23 valences.

Le taux d’infections invasives à pneumocoque chez l’enfant d’un an était estimé de 36,5 à 63,4 pour 1 000 patients-années et la mortalité de 1,4 à 2,8 pour 1 000 patients-années, soit respectivement 10 et 100 fois plus que la population générale. De plus, 38 % des souches de pneumocoque étaient de sensibilité diminuée à la pénicilline. Plus de 2/3 des souches isolées étaient de sérotypes inclus dans le vaccin heptavalent désormais disponible.

Une autre étude randomisée [6] réalisée chez des enfants âgés de 2 ans ou plus a comparé l’immunogénicité de 2 schémas vaccinaux, l’un associant le vaccin conjugué et le vaccin polyosidique à 23 valences, l’autre utilisant le vaccin polyosidique seul. Un taux d’IgG antipneumococciques significativement plus élevé a été observé avec l’association des 2 vaccins, sans augmentation des effets secondaires.

Cette dernière étude nous a incité à effectuer une étude multicentrique [7] chez l’enfant drépanocytaire vivant en région parisienne avec un schéma vaccinal comprenant 3 doses de vaccin conjugué heptavalent à 2, 3, 4 mois suivies d’un rappel par le vaccin polyosidique à 23 valences entre 15 et 18 mois. Après la première immunisation, > 95 % des 49 enfants avaient un taux d’anticorps pneumococciques > 0,35 gammas/mL pour les 7 sérotypes. Après le rappel la moyenne géométrique obtenue fut élevée pour tous les sérotypes comprise entre 6,32 pour le sérotype 18C et 29,49 pour le sérotype 4. Ces GMT furent très supérieures à celles obtenues dans d’autres études utilisant un schéma à 4 doses de vaccin conjugué, tant chez l’enfant sain que chez l’enfant drépanocytaire. Pour 3 sérotypes non contenus dans le vaccin conjugué (mais présents dans le vaccin à 23 valences), des taux élevés furent observés 1 mois après l’injection de rappel, ces taux étant plus élevés que ceux obtenus après une injection de vaccin polysaccharidique vers 18 mois chez l’enfant sain. Ces résultats encourageants ne permettent pas pour l’instant d’en déduire que la protection conférée par ce schéma vaccinal entraîne une meilleure protection contre les infections invasives à pneumocoque.

Pour ce qui est du portage pharyngé, dans notre étude, il fut bas : inférieur à 14,3 % avant la première injection, 17,6 % après la troisième et 20 % après le rappel.

Aucune réaction adverse importante ne fut observée.

L’arrivée prochaine d’un vaccin pneumococcique conjugué à 13 valences, contenant en particulier le sérotype 1 si fréquent en Afrique, devrait en améliorer l’efficacité.

Tableau 1 Calendrier vaccinal de l’enfant drépanocytaire

Âge

BCG

DTPC Hib

ROR

HEP B

Prévenar®

Pneumo 23

Grippe

Méningo

Hépa

Ty

1 mois

×

2 mois

×

×

×

3 mois

×

×

4 mois

×

×

×

6 mois

×

12 à 15 mois

×

×

×

×

×

×

16 à 18 mois

×

×

24 mois

×

×

×

×

3 à 5 ans

×

6 ans

DPT

×

×

×

×

11 à 13 ans

DPTC

×

×

×

×

16 à 18 ans

DTP

×

×

×

×

Vaccination contre l’hépatite

Du fait de la fréquence des transfusions et de la possibilité de séjour en pays à forte incidence d’hépatite B, l’enfant drépanocytaire, plus qu’un autre, doit pouvoir bénéficier de cette vaccination. Si le schéma vaccinal admis comporte 3 injections séparées respectivement d’un mois et de 6 mois, une publication [8] portant sur 150 enfants drépanocytaires rapporte une séroconversion plus faible chez ces enfants (89 % versus 97 % chez les témoins) et propose une injection de rappel si les taux d’anticorps après vaccination sont < 10 UI/ml.

La vaccination antigrippale est tout aussi justifiée en période hivernale à partir de 6 mois, devant la fréquence des complications pulmonaires au cours de la grippe.

Le risque accru d’infections à Neisseria méningitidis ne fait pas l’unanimité : en France, la Haute Autorité de santé [9] recommande la vaccination contre le méningocoque C (vaccin conjugué) entre 2 mois et 2 ans, et au-delà le vaccin polysaccharidique tétravalent A, CW135, Y avec un rappel tous les 3 à 5 ans en attendant l’arrivée prochaine du vaccin tétravalent conjugué.

Pour les voyageurs en zone d’endémie, la vaccination contre l’hépatite A à partir de 1 an et la vaccination contre la typhoïde à partir de 2 ans est fortement recommandée.

Calendrier vaccinal de l’enfant drépanocytaire

Le schéma vaccinal proposé pour l’enfant drépanocytaire correspond aux recommandations françaises actuelles [10] : il pourra bien sur être modifié en cas de séjour en Afrique par exemple.

La vaccination grippale doit être annuelle à partir de 1 an mais peut être débutée à 6 mois.

La vaccination méningococcique C peut débuter à 12 mois avec une dose, le vaccin ACW135Y à partir de 2 ans avec un rappel tous les 4 ans (arrivée prochaine du vaccin ACW135Y conjugué nécessitera sans doute moins de rappels).

Les vaccins contre l’hépatite A et la typhoïde sont à réserver aux séjours en zone d’endémie.

Références

1 Lepage P, Dresse MF, Forget P, et al. Infections and antibiotic prophylaxis in sickle disease. Rev Med Liege 2004 ; 59 : 145-8.

2 Overturf GD. Infections and immunizations of children with sickle cell disease. Adv Pediatr Infect Dis 1999 ; 14 : 191-218.

3 Girot R, Bégué P, Galactéros F. La Drépanocytose. Paris : John Libbey Eurotext, 2003.

4 de Montalembert M, Begué P, Fritzell B, Houmeau P. Immunogenicity and tolerability of Hæmophilus b tetanus-protein-conjugated vaccine in children with sickle cell anemia. Arch Fr Pediatr 1993 ; 50(10) : 863-6.

5 Adamkiewicz TV, Sarnack S, Buchanan GR, et al. Invasive pneumococcal infections in children with sickle disease in the era of penicillin prophylaxis, antibiotic resistance and 23 valen pneumococcal polysaccharide vaccination. J Pediatr 2003 ; 143(4) : 438-44.

6 Vernacchio L, Neufeld RJ, Mac Donald K, et al. Combined schedule of 7 valent pneumococcal conjugated vaccine in children and young adults with sickle disease. J Pediatr 1998 ; 133 : 275-8.

7 Reinert P, Benkerrou M, de Montalembert M, et al. Immunogenicity and safety of a Pneumococcal conjugate 7 valent vaccine in infants with sickle disease. Pediatr Infect Dis J 2007 ; 26(12) : 1105-9.

8 Hord J, Windsor B, Koehler M, Blatt J, Janoski J, Mirro J. Diminisched anribody response to hepatitis Bimmunization in children with sickle disease. J Pediatr Hematolol Oncol 2002 ; 24(7) : 548-9.

9 HAS. Prise en charge de la drépanocytose chez l’enfant et l’adolescent. Haute autorité de santé. Agence nationale d’accréditation (France). Septembre 2006.

10 Conseil Supérieur d’Hygiène Publique de France. Calendrier vaccinal 2006. BEH 2006 ; 29-30 : 211-26.


 

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