ARTICLE
Auteur(s) : Bernadette Lavollay1, Pia de
Rancourt2
1Maternité de Melun, Hôpital Marc Jacquet, 2 rue
Freteau de Pény, 77000 Melun. Fax : 01 64 71 65 08
2Maternité de Bichat, 40 rue Henri Huchard, 75018 Paris.
Institut Mutualiste Montsouris, 42 Bd Jourdan, 75014 Paris.
Fax : 01 56 61 63 33.
En France, l’allaitement1 tend, à la
suite de nombreux pays, à devenir une discipline médicale à part
entière. Les recommandations de l’Anaes [1], la création récente
d’un diplôme d’université de lactation humaine [2], une meilleure
connaissance des données de la littérature y ont largement
contribué.Du fait de l’évolution de la société, la transmission du
savoir-faire en matière d’allaitement a été transférée vers les
associations et les professionnels, les obligeant à parfaire leurs
connaissances. Le pédiatre, le médecin généraliste, sont des
maillons de cette chaîne de transmission ; ils se doivent
d’avoir une solide formation pour accompagner avec compétence les
mères et les bébés, notamment lorsqu’ils sont consultés en cas de
difficultés.Ils doivent aussi savoir indiquer les grands principes
de la surveillance médicale des bébés allaités et de leurs mères,
réfléchir, en concertation avec les autres professionnels, aux
modifications à apporter à l’organisation du service pour faciliter
la mise en place de l’allaitement. Il leur faut évaluer les
pratiques en sachant les modifier, et veiller avec les cadres à la
formation continue des professionnels. La formation initiale est en
effet pour le moment insuffisante dans notre pays : les
pratiques s’appuient donc sur des croyances, des données
empiriques, plus que sur de réelles connaissances.Les aspects
psychologiques ne sont pas les moindres tant du côté des mères que
du côté des soignants.
Quelques éléments de physiologie de la lactation
Plusieurs éléments sont nécessaires à l’instauration, au maintien
et à la régulation de la lactation [3].
La synthèse du lait par les lactocytes sous l’action de la
prolactine, action libérée par la chute de la progestérone et des
œstrogènes après l’accouchement.
L’éjection du lait grâce à l’ocytocine, neurohormone sous la
dépendance étroite des émotions et dont la libération est
inhibée par le stress et la douleur.
La régulation du volume de lait produit dépend de plusieurs
facteurs :
- – La capacité de stockage, c’est-à-dire la capacité
maximale du sein à stocker du lait potentiellement disponible pour
l’enfant, est variable d’une femme à l’autre. La quantité de lait
produite par 24 heures est en revanche relativement constante.
Les bébés dont les mères ont une faible capacité de stockage du
lait tètent alors plus fréquemment. D’où l’importance de ne pas
fixer arbitrairement la fréquence des tétées pour permettre à
l’enfant de réguler librement ses besoins.
- – La vidange du sein conditionne la synthèse du lait
sous l’influence du facteur d’inhibition de la
lactation (FIL). Cette protéine, lorsque l’extraction du lait
est limitée, s’accumule dans le lait, assurant un phénomène de
feed-back négatif ; la synthèse du lait est alors diminuée
voire inhibée.
L’efficacité de la succion du bébé est donc très importante.
Elle permet à la fois l’extraction et le transfert du lait à
l’enfant. Une observation correcte permettra de s’en assurer.
Observation de la tétée
La seule observation permet de s’assurer que les conditions
optimales sont réunies pour une tétée efficace, conduisant à un bon
démarrage puis à un bon entretien de la lactation, et d’apporter
des solutions adaptées en cas de difficultés. L’observation doit
être quotidienne en maternité. Nous préférons le terme
d’ « observation » à celui, impropre, de « mise
au sein ». Observation ne signifie ni jugement ni enseignement
de préceptes rigides, mais regard bienveillant sur la mère et son
nouveau-né (en présence du père, si cela est possible) ( (figure 1) ). Il est
utile de le rappeler quand on écoute certaines mères parler de
l’aide qu’elles ont reçues et quand on entend quotidiennement les
jugements à l’emporte-pièce, les phrases négatives ou définitives
parfois prononcées par les professionnels, quand l’on voit
également les bébés forcés à prendre le sein.
Il existe une véritable clinique de l’enfant au sein, avec des
éléments séméiologiques de bonne ou de mauvaise prise du sein, de
tétée efficace ou inefficace (figures 2-6).
L’analyse clinique de la tétée demande de la disponibilité.
L’enfant doit être éveillé, prêt à téter, la mère dans un
environnement calme et confortable. L’observation ne peut se faire
en quelques secondes, l’enfant pouvant mettre un long moment à
prendre le sein et à téter. Mais le temps consacré initialement à
donner des conseils adaptés sera largement compensé par la suite.
L’aide individuelle est préférable au moins au début, en évitant
d’être intrusif.
Les informations transcrites sont une aide précieuse pour noter
les acquisitions, faciliter la transmission entre les équipes, et
la cohérence des attitudes. Certaines maternités ont rédigé des
fiches à cet effet.
La position de la mère
La position de la mère, son confort, sa sécurité, doivent faire
l’objet d’une attention toute particulière. Ils sont au premier
plan dans la réussite de l’allaitement. Quelle que soit la position
choisie, il faut assurer le soutien du dos et des membres, en
s’aidant d’oreillers ou d’un coussin d’allaitement ( (figure 2) ).
La posture du bébé
Le corps du nouveau-né doit être également confortablement installé
contre sa mère, de profil. La position « ventre à
ventre » ne suffit pas. L’axe oreille-épaule-hanche doit être
respecté, et le bébé ni recroquevillé ni en hyperextension. La tête
est libre, légèrement défléchie, ce qui facilite l’ouverture de la
bouche (figures 3-5).
Prise du sein
Le bébé doit être éveillé. S’il pleure, il est souhaitable
d’essayer de le calmer avant la tétée. C’est la proximité du sein,
de jour comme de nuit, qui favorise les périodes d’éveil. Les
stimulations désordonnées et les contraintes notamment sur la tête
peuvent être délétères ; elles mettent le bébé en insécurité
et sont susceptibles de déclencher des résistances.
Si les seins, l’aréole sont volumineux, la mère peut les
« reformer », en empaumant le sein à distance du mamelon
et de l’aréole, sans le comprimer. Il est parfois nécessaire dans
ce cas de dégager le nez du bébé. On veillera à ce que la maman ne
retire pas le mamelon de la bouche du nouveau-né à cette
occasion.
C’est le bébé qui s’avance vers le sein. On ne doit pas le lui
mettre dans la bouche ; le bébé risque alors de pincer le
mamelon et de fermer la bouche ( (figure 6) ).
Le bébé est face au mamelon, le mamelon pointe vers son
nez ; le menton est « collé » dans le sein, la lèvre
inférieure éversée. La bouche grande ouverte, langue en bas, saisit
le mamelon et tout ou partie de l’aréole en remontant sous le sein,
occultant surtout la partie inférieure de l’aréole. La langue sera
ainsi bien placée sous l’aréole et le mamelon, et l’étanchéité
assurée. Les joues restent gonflées et ne se creusent pas lors des
mouvements de succion, témoignant d’une « bonne prise en
bouche ».
Dynamique de la tétée
La tétée efficace et nutritive est faite de mouvements de succion
amples, lents et réguliers avec de longues salves de
succion/déglutition répétées régulièrement 30 à 50 fois
s’enchaînant avec de courtes pauses sans lâcher le sein. Cette
parfaite coordination succion-déglutition-respiration est
essentielle pour affirmer qu’une tétée est efficace (tableau 1)(
Tableau 1 ). Elle se voit et s’entend
parfois : les mouvements rythmés du maxillaire inférieur
s’observent au niveau de l’articulation temporomaxillaire ;
les oreilles peuvent même bouger avec le crâne et la déglutition se
voir dans le cou de l’enfant. On observe une pause au niveau du
menton, contemporaine de la déglutition. Ces conditions réunies
minimisent le risque de douleurs maternelles et sont les meilleures
garanties pour éviter crevasses, engorgement et lymphangite,
permettre un transfert efficace de lait et une durée libre de la
tétée. L’usage de la sucette durant les premiers jours risque de
perturber la buccomotricité de certains nouveau-nés et de détourner
leur énergie : pendant qu’il tète une sucette, le bébé n’est
pas au sein.
Le déroulement de la tétée évolue selon l’âge de l’enfant ;
si certains ont d’emblée une tétée efficace et rythmée, d’autres,
même à terme, peuvent n’acquérir cette bonne dynamique et ce rythme
qu’en deux à trois jours. Ainsi, lors des premiers jours de vie, on
peut observer une tétée un peu anarchique avec ébauche de tétée
efficace et rythmée alternant avec des mouvements mal organisés,
plus rapides et superficiels, anarchiques, le bébé se retirant du
sein et y revenant à plusieurs reprises : il s’agit-là d’une
tétée non nutritive et non efficace, que l’on peut nommer
« tétée d’apprivoisement » ou « tétée
d’apprentissage ». La mère apprendra à bien distinguer ces
différents types de tétée. L’observation de la tétée s’attachera
également aux échanges entre la mère et son bébé : regards,
sourires, caresses…, témoins de l’établissement de liens
harmonieux.
Tableau 1 Caractéristiques de la succion
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Succion non nutritive (SNN) :
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Alternance désordonnée de salves et de pauses sans ingestion de
lait
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3 à 5 succions par salve
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Ratio succion/déglutition élevé : 8/1
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Rythme rapide ≥ 2 succions par salve
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Succion nutritive (SN) :
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Longues salves de succion entrecoupées de pauses brèves
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10 à 30 succions ou plus par salve
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Ratio succion /déglutition bas : 1/1 à 3/1 en fin de tétée
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Évaluation clinique de l’allaitement
Cette évaluation, purement clinique, permet d’éviter ou de corriger
les difficultés éventuelles. Les éléments de cette évaluation sont
les suivants.
Chez l’enfant
L’efficacité de la tétée : c’est l’observation.
La durée de la tétée varie d’un bébé à l’autre et d’une
tétée à l’autre. Elle ne doit pas être restreinte ; trop
brève, elle peut empêcher l’acquisition d’une pleine capacité de
lactation initialement, la vidange complète du sein ensuite, et
limiter les apports ; trop longue, elle peut faire évoquer une
succion inefficace.
Un seul sein ou les deux ? La tétée des deux seins
successivement est recommandée par certains durant les deux
premiers jours de vie afin de stimuler le démarrage de la lactation
et de multiplier les récepteurs à la prolactine. La vidange
complète d’un sein lors de chaque tétée est préférable à partir de
« la montée laiteuse » afin d’éviter engorgement et
lymphangite, et de favoriser la fabrication du lait sous la
dépendance du FIL. Lorsque la lactation est installée, le bébé peut
passer d’un schéma de tétée à l’autre en fonction de ses besoins et
de ceux de sa mère.
La fréquence des tétées est déterminante pour la mise en route
de l’allaitement et pour son entretien. Cependant, elle est
variable d’une femme à l’autre selon sa capacité de stockage, et
d’un bébé à l’autre. Yamauchi et Yamanouchi ont étudié 140 enfants
en bonne santé, à terme [4] : la fréquence des tétées varie de
0 à 11 dans les 24 premières heures et la fréquence moyenne
est de 4,3 (± 2,5) ; elle est de 7,4 ± 3,9 dans les
24 heures suivantes. Lorsque la lactation est installée, une
moyenne de 6 tétées par jour est un minimum et sera plutôt de 8 à
12.
L’évaluation se fera également sur les conséquences d’une bonne
nutrition et hydratation.
La courbe de poids des premiers jours est une donnée bien connue
et à laquelle chacun s’attache. Elle doit être interprétée en
fonction des autres données, n’étant à elle seule qu’un élément
très insuffisant de l’appréciation clinique ; cette courbe est
ininterprétable si l’enfant reçoit des compléments. Croissante,
elle peut être faussement rassurante, décroissante elle peut
inquiéter à tort. On s’appuiera donc sur les autres éléments
suivants :
- – Les selles sont un fidèle témoin du bon fonctionnement
de la lactation : selles transitionnelles après le méconium
des deux premiers jours, dès J3 elles doivent prendre un aspect
liquide, jaune d’or et grumeleux et constatées au moins deux fois
par jour, et ceci durant le premier mois. Une constipation doit
faire rechercher un mauvais transfert de lait.
- – La fréquence d’émission des urines, 4 à 6 fois
par jour après J3, doit être observée pour les mêmes raisons
[5].
- – L’ictère recrudescent ou persistant de façon intense
(en dehors d’une hémolyse ou d’une autre pathologie) est également
un signe d’alarme d’un allaitement non démarré ou insuffisant. Il
est alors associé à des selles et urines rares et à une chute
pondérale.
- – L’état d’éveil et le tonus sont de fidèles reflets de
la bonne marche de l’allaitement. Méfions-nous des bébés
somnolents, trop sages, en économie d’énergie et qui font de très
bonnes nuits au troisième jour et après ; s’ils sont regardés
comme confortables par les mères et le personnel, ils peuvent être
en réel danger. À l’opposé, on peut voir des bébés irritables,
hurlant et se débattant lors de la « mise au sein » ou
s’en détournant. Ces symptômes traduisent une difficulté dans
l’allaitement et peut-être dans l’établissement de la relation
mère-enfant. Les soignants auront pour rôle d’aider à rompre ce
cercle vicieux et de recréer un climat de confiance sans rechercher
la performance et la rentabilité nutritive. À noter que les
nouveau-nés ayant subi des contraintes utérines (torticolis, siège)
doivent être repérés et aidés.
Du côté des mères
L’interrogatoire de la mère permet de repérer des ATCD de chirurgie
ou pathologie mammaire.
L’examen des seins recherche une rare pathologie infectieuse ou
malformative. Précisons que les mamelons réellement ombiliqués sont
exceptionnels ; il s’agit fréquemment de rétraction ou de
mamelons plats que la mère et le bébé peuvent lever en stimulant le
mamelon. Protège mamelons, coupelles, tire-lait ne sont pas une
solution à toutes les difficultés ; ils peuvent aider, mais
leur efficacité n’a pas été précisément évaluée.
La mère constate ou ressent des signes témoins du bon
fonctionnement de l’allaitement :
- – La synthèse du lait : présence spontanée ou
provoquée de colostrum puis de lait. Sensation de tension
mammaire.
- – L’éjection du lait : ce sont tous les effets de
l’ocytocine sur les muscles lisses et le cerveau.
- – L’absence de douleurs, de crevasses, d’engorgement
conforte ces données. Des douleurs sont cependant ressenties par de
nombreuses femmes en l’absence de lésion du sein ou de mauvaise
position du bébé durant la première semaine.
L’allaitement sera évalué en fonction des autres éléments de
l’histoire maternelle, des antécédents (en particulier les
allaitements antérieurs éventuels) et du contexte
sociofamilial.
Allaitement et mécanismes de sécurité énergétique du
nouveau-né : la place des carburants alternatifs
L’équilibre énergétique est bouleversé à la naissance. Celle-ci est
marquée par le froid, la discontinuité des apports énergétiques et
des pertes hydriques importantes. Tout doit donc être fait pour
permettre au nouveau-né d’économiser ses dépenses et d’optimiser
ses ressources, limitant ainsi sa perte de poids. Le lait est
évidemment une ressource importante, mais nous nous intéresserons,
dans cet article, aux ressources internes que le nouveau-né à
terme, en bonne santé est capable de mobiliser, d’autant plus qu’il
est allaité exclusivement. Ces sources d’énergie, encore appelées
« carburants alternatifs » ou « contre-régulation
glycémique » sont constituées d’une part par des
apports glucidiques provenant du glycogène et de la néoglucogenèse,
et d’autre part par les lactates et les corps cétoniques [6].
Le glycogène, réserve immédiatement disponible en cas d’urgence
énergétique, est stocké dans le foie en fin de grossesse,
permettant la libération du glucose durant les 6 à 12 premières
heures de vie.
La néoglucogenèse représente, d’après les études de Kalhan et
Parimi [7], 30 à 50 % de l’énergie disponible pour le
nouveau-né avec :
- – 10 à 20 % de glucose produit à partir du glycérol
(lipides) ;
- – 10 % de glucose produit à partir de l’alanine
(protides) ;
- – jusqu’à 50 % à partir des lactates, le
pyruvate représentant le « rond-point métabolique ».
Les lactates produits par les muscles en anaérobie, notamment
par le muscle utérin lors du travail, outre leur rôle dans la
néoglucogenèse, sont également directement utilisables comme source
d’énergie, en particulier par le cerveau. Ils sont stockés dans les
astrocytes [8].
Les corps cétoniques sont utilisables également directement par
le cerveau du nouveau-né, 40 fois plus que chez l’adulte.
L’allaitement favorise la cétogenèse et l’utilisation des corps
cétoniques grâce à la présence d’acides gras à longue chaîne, à la
carnitine-palmitoyl-transférase et au faible taux de lactose dans
le colostrum (moitié du lait mature) [9]. Cette cétogenèse est
limitée chez le prématuré et l’hypotrophe ; cependant, l’étude
de L. de Rooy et J. Hawdon montre que la capacité de fabriquer des
corps cétoniques quand la glycémie est basse dépend plus de la
réussite de l’allaitement maternel que de l’âge gestationnel ou du
statut nutritionnel néonatal [10].
Mais tous ces mécanismes sont inhibés par l’apport de sucre qui
déclenche une insulinosécrétion. Il faut au contraire une
diminution de l’insuline et une augmentation du glucagon pour
permettre les réactions nécessaires à la glycogénolyse, à la
néoglucogenèse et à la lipolyse. Cette inversion du rapport
insuline/glucagon est déclenchée par l’élévation massive des
catécholamines à la naissance.
Le cerveau du nouveau-né a ses propres réserves en glycogène, en
lactates et en corps cétoniques dans les astrocytes, réserves
immédiatement disponibles pour les neurones [11-13].
Un autre mécanisme de sécurité est l’augmentation du flux
sanguin cérébral quand la glycémie baisse, dirigeant
préférentiellement le glucose vers le cerveau.
Par ailleurs, le taux d’utilisation du glucose par le cerveau
est faible chez le nouveau-né. Il augmentera durant l’enfance
proportionnellement au développement fonctionnel cérébral.
Les oligosaccharides, en grande quantité dans le lait maternel
et dans le colostrum, outre leur rôle bien identifié sur les
défenses intestinales, ont probablement un rôle métabolique.
Rappelons le rôle important du tissu adipeux brun chez le
nouveau-né ; cette réserve lipidique est disponible
essentiellement pour la thermorégulation, mais les équilibres
thermique, métabolique et hydrique sont indissociables.
Tous ces mécanismes de sécurité et carburants alternatifs sont
indécelables par un dosage de la glycémie et sont inhibés par des
apports de sucre.
« La mesure de la glycémie ne reflète que le taux de
glucose sanguin mais pas celui des autres substrats énergétiques
que le nouveau-né a la capacité de produire et d’utiliser »
selon Hawdon.
Ces données sur le métabolisme néonatal ont des conséquences
pour la conduite de l’allaitement.
Conséquences pratiques chez le nouveau-né à terme, eutrophe et
en bonne santé [14, 15]
L’allaitement précoce et exclusif suffit aux besoins du nouveau-né
sain laissé en proximité avec sa mère.
L’apport d’eau, d’eau sucrée et de préparations pour nourrisson
est potentiellement néfaste pour l’adaptation métabolique du
nouveau-né et la prévention de l’hypoglycémie. Ces apports en effet
diminuent l’utilisation des carburants alternatifs par le
nouveau-né, et augmentent son insulinémie aux dépens du glucagon.
Les pleurs du bébé sont trop souvent interprétés comme de la
« faim », par insuffisance de lait avant la montée
laiteuse, et donc « calmés » par des substituts de lait.
Apporter une réponse « alimentaire » peut être rassurant
à court terme, mais potentiellement délétère. Il s’agit plutôt de
respecter l’adaptation physiologique du nouveau-né aux
bouleversements créés par la naissance et de ne pas compromettre la
bonne mise en route de l’allaitement.
La surveillance glycémique est inutile chez les bébés en
neutralité thermique, y compris si les tétées sont espacées,
notamment durant les premières 24 heures. Mais plus le bébé
sera en proximité avec sa mère, plus il sera éveillé fréquemment
pour téter ; il optimisera ainsi son apprentissage, facilitera
la sécrétion du lait et augmentera donc ses ressources.
L’allaitement « à la demande » ne se conçoit que si le
bébé est au contact du sein et non laissé de longues heures dans
son berceau ou en nurserie comme cela se pratique encore
fréquemment. Le risque est alors de voir se créer un cercle
vicieux : le bébé trop longtemps séparé de sa mère n’a pas
tété pendant de longues heures, inquiétant ainsi la mère et les
professionnels ; il est « mis au sein » alors qu’il
n’est pas toujours prêt à téter, et donc complété... ce qui
retardera d’autant la tétée suivante, et donc interfèrera avec la
bonne mise en place de l’allaitement. Si certains bébés ne
souffrent pas de telles pratiques, d’autres peuvent être mis en
grande difficulté.
Accueil en salle de naissance
Les objectifs sont ici de veiller à ce que le nouveau-né reste en
proximité avec sa mère, économise son énergie, tout en respectant
les règles élémentaires de sécurité.
Favoriser le contact mère-enfant
Il est souhaitable de favoriser le contact mère-enfant le plus
précocement possible, et au mieux en peau à peau. De nombreuses
études ont montré que le peau à peau permet un maintien
efficace de la température [16], une diminution des pertes
hydriques et une limitation des pertes caloriques, une meilleure
adaptation métabolique, un effet analgésique, avec diminution des
cris [17, 18] et une augmentation du bien-être global, une
colonisation bactérienne par la flore maternelle préférentiellement
à la flore hospitalière, de meilleures interactions mère-bébé.
Durant les deux premières heures de vie, le nouveau-né,
« inondé » de catécholamines, est souvent très éveillé,
et peut ainsi utiliser sa sensorialité et ses réflexes
nutritionnels pour apprendre à téter. Les bébés ne sont cependant
pas tous prêts à téter au même moment, et une tétée différée de
quelques heures ne compromet pas l’allaitement ; il est très
important de rassurer les mères sur ce point ; il n’est pas
utile dans ce cas de doser une glycémie ou de compléter par du lait
artificiel si l’état clinique du bébé est satisfaisant et s’il
n’existe pas d’autres facteurs de risque.
Les gestes
Dans cette perspective, certains gestes sont utiles, d’autres
peuvent être différés, d’autres encore sont potentiellement
néfastes.
Le nouveau-né doit être séché immédiatement sur le ventre de sa
mère, coiffé d’un bonnet et recouvert d’un linge chaud.
Le contrôle de la perméabilité des choanes et de l’œsophage,
s’il est réalisé, doit être le plus doux et le moins intrusif
possible, avec des sondes de faible calibre, en évitant les
aspirations répétées, génératrices de stress, de douleur et
d’encombrement nasal. Certains remettent en cause le caractère
systématique de ces gestes chez le nouveau-né sain, réservant leur
indication aux signes d’appel [19, 20].
Le bruit, la luminosité, sont également facteurs de stress.
L’administration de vitamine K et de collyre, les mensurations,
le bain devraient idéalement pouvoir être différés, réalisés
seulement après que le bébé ait effectué sa première tétée.
Ceci dans le respect des règles de sécurité.
Les règles de sécurité
Les nouveau-nés doivent être surveillés par un professionnel en
salle de naissance ; il faut veiller à leur installation
correcte pour permettre la liberté des voies aériennes, notamment
chez les mères ayant des seins volumineux et les primipares. Les
textes réglementaires concernant la périnatalité prévoient
d’ailleurs une obligation de surveillance dans les deux heures
suivant la naissance.
La surveillance doit être particulièrement attentive chez les
nouveau-nés à risque : terme inférieur à 37 SA, souffrance
fœtale chronique, ou aiguë même si la récupération a été rapide,
prise de toxiques ou de médicaments par la mère, mère fatiguée par
un travail long.
Le respect de ces objectifs alliant sécurité et confort pour le
nouveau-né et sa mère nécessite de modifier les pratiques et de
réfléchir à l’organisation et au fonctionnement de la salle de
naissance puis des soins en suites de couches. L’initiative
« hôpital ami des bébés » (et on pourrait ajouter
« des mères ») (tableau 2( Tableau
2 )) peut être en cela une aide précieuse. La modification
des pratiques en salle de naissance peut s’appliquer avec bénéfice
aux nouveau-nés alimentés au biberon.
Tableau 2 Les dix conditions pour le succès de
l’allaitement maternel (OMS/Unicef 1989)
|
1. Adopter une politique d’allaitement maternel formulée par écrit
et systématiquement portée à la connaissance de tous les personnels
soignants.
|
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2. Donner à tous les personnels soignants les compétences
nécessaires pour mettre en œuvre cette politique.
|
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3. Informer toutes les femmes enceintes des avantages et de la
pratique de cet allaitement.
|
|
4. Laisser le bébé et sa mère en peau à peau immédiatement après la
naissance et pendant une heure au moins et encourager l’allaitement
lorsque le bébé est prêt (révision 2005).
|
|
5. Indiquer aux mères comment pratiquer l’allaitement au sein et
comment entretenir la lactation même si elles se trouvent séparées
de leur nourrisson.
|
|
6. Ne donner aux nouveau-nés aucun aliment ni aucune boisson autres
que le lait maternel sauf indication médicale.
|
|
7. Laisser l’enfant avec sa mère 24 heures par jour.
|
|
8. Encourager l’allaitement au sein à la demande de l’enfant.
|
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9. Ne donner aux enfants nourris au sein aucune tétine artificielle
ou sucette.
|
|
10. Encourager la constitution d’associations de soutien à
l’allaitement maternel et leur adresser les mères dès leur sortie
de l’hôpital ou de la clinique.
|
Les compléments à l’allaitement maternel
Pourquoi compléter ?
L’apport de compléments de lait artificiel est une pratique
courante, banale en maternité. En l’absence de consensus dans la
littérature et rarement sous-tendus par des protocoles, ces
compléments sont souvent donnés spontanément et sans aucune
indication médicale, réponse immédiate à de nombreuses difficultés
ou questions se posant devant un bébé allaité :
- – Questions quant à la qualité et la quantité de
lait absorbé, avec crainte d’hypoglycémie et de déshydratation.
Précisons que la quantité de colostrum absorbée par 24 heures
varie de 7 à 122 ml (7,5 ml par tétée en moyenne à J1) [21].
- – Difficultés à gérer les pleurs des bébés, les
angoisses des mères, notamment la nuit. Les compléments nocturnes
sont fréquemment donnés pour « permettre aux mères de se
reposer », et pour « calmer les bébés ». Ceci est
préjudiciable à la mise en route de l’allaitement, et risque
d’engendrer d’autres problèmes douloureux et générateurs
d’insomnie, d’engorgement notamment. Des études effectuées en
maternité montrent que la durée de sommeil des mères qui restent en
proximité la nuit avec leur bébé n’est pas significativement
diminuée, et que la qualité du sommeil des bébés est meilleure
[22].
La réflexion doit être menée dans chaque maternité pour
permettre la cohabitation mère bébé particulièrement la nuit en
respectant les règles de sécurité.
L’apport de compléments comporte pourtant de réels inconvénients
pour la mère :
- – Obstacle à l’instauration de la lactation, risque
d’engorgement, mais aussi risque de crevasses puisque
l’apprentissage de la succion est perturbé. Ajoutons la perte de
confiance de la mère en ses compétences et en celles du
nourrisson.
- – Il en existe aussi pour l’enfant : l’apport de
compléments sans indication médicale est lié à une diminution
significative de la durée de l’allaitement [23] ; ceci
implique une perte de chance d’un allaitement exclusif et prolongé
avec perte des bénéfices métaboliques, nutritionnels,
immunologiques, anti-infectieux que cela comporte [24].
Une meilleure connaissance de la physiologie de la lactation et
des rythmes du nouveau-né devrait permettre de ne garder que les
indications réellement médicales des compléments.
Quand compléter ?
La mère peut être dans l’incapacité physique momentanée d’allaiter
(réanimation, hémorragie, éclampsie), présenter une pathologie
mammaire (hypoplasie, chirurgie), prendre des médicaments
présentant une contre indication documentée. Elle peut également
avoir un retard de la lactogenèse II (montée laiteuse) :
césarienne, prématurité, diabète, obésité, rétention placentaire
anémie.
Ces situations peuvent amener à compléter ou remplacer
provisoirement le lait maternel par une préparation pour
nourrisson.
Chez l’enfant, les facteurs de risque classiquement retenus
sont :
- – La prématurité, la postmaturité, la macrosomie, le
nouveau-né de mère diabétique, des pathologies induisant une
dépense énergétique accrue ; l’hypotrophie, en particulier si
le Doppler anténatal est pathologique [25], ou si le rapport
périmètre brachial/périmètre céphalique est diminué [26], est une
situation à haut risque.
Ce sont aussi les nouveau-nés qui présentent :
- – Une hypoglycémie documentée.
- – Une perte de poids > 8 % associée à l’un des
signes suivants : déshydratation, succion inefficace, retard
de lactation, ictère, somnolence et hypotonie, succion immature,
plus rarement agitation et pleurs.
Un seul facteur de risque n’est pas une indication absolue à
compléter mais invite à une vigilance particulière. L’association
de plusieurs facteurs de risque peut constituer une indication.
Tous ces enfants nécessitent une surveillance particulière –
clinique, température, glycémie – et doivent avoir des apports
nutritionnels précoces, suffisants et réguliers pouvant nécessiter
des compléments s’ils ne tètent pas suffisamment souvent. Les
nouveau-nés sains, à terme, eutrophes ne nécessitent pas de
compléments (OMS 1997).
Comment extraire le lait ?
Il est très souvent possible de compléter avec du lait maternel
exprimé.
- – Par massage de l’aréole et expression
manuelle : durant les deux premiers jours de vie, alors que le
colostrum est en faible quantité, il est facile de l’extraire par
pression des aréoles et de le recueillir dans une cuillère ou une
coupelle (( figure
7 )), ensuite le recueil au jet se fait dans un récipient.
Ce geste doit être bien maîtrisé par les professionnels.
- – Avec un tire-lait électrique, efficace pour amorcer et
entretenir une lactation en remplacement des tétées par le bébé.
Soulignons l’intérêt du double pompage qui augmente la production
de lait en économisant temps et fatigue maternels (( figure 8 )). Le tire-lait
manuel peut également être utilisé.
Le tire-lait doit être proposé et jamais imposé ; son
intérêt et son fonctionnement doivent être correctement expliqués
aux mères. Il est habituel de ne pas recueillir de lait, ou
seulement quelques gouttes, lors des premières extractions. Ceci ne
doit pas faire augmenter l’intensité du vide, ce qui aurait pour
effet de créer des traumatismes au niveau des mamelons.
- – Dans tous les cas, cette extraction du lait, qu’elle
soit faite par une tétée efficace, par extraction manuelle ou au
tire-lait, doit être effectuée le plus précocement possible après
l’accouchement et suffisamment souvent, 6 fois minimum et plutôt 8
fois/24 heures dont au moins une fois la nuit. La plupart des
insuffisances de lait et des nécessités de complément sont induites
par une fréquence insuffisante des tétées ou d’extraction du lait,
et création d’un cercle vicieux insuffisance de
lait/complément.
A contrario, lors de la « montée laiteuse » à J3-J4,
lorsque les seins sont très tendus, un bébé peut avoir davantage de
difficulté à téter ; une ou deux expressions manuelles ou au
tire-lait facilitent parfois la tâche et soulagent la maman,
rompant cette fois le cercle vicieux de l’engorgement.
Comment donner le lait maternel exprimé ?
Ce lait peut être donné directement à l’enfant durant les
48 heures (conservation au réfrigérateur)2 qui suivent son extraction ; les
sérologies maternelles doivent avoir été contrôlées pendant la
grossesse et l’autorisation d’allaitement doit être signée par le
médecin. Au-delà de 48 heures, une circulaire oblige de plus à
une pasteurisation ou au transit du lait par un lactarium, et à un
prélèvement bactériologique du lait [27]. Ces données sont à
respecter lorsque le don de lait de la mère à son bébé sans tétée
directe se fait de façon répétée (prématuré, bébé hospitalisé…).
Durant les deux premiers jours de vie, lorsque les quantités
sont encore minimes, l’enfant peut sucer, lécher, le lait exprimé
par la mère qui fait sourdre les gouttes de colostrum
progressivement. Ceci peut être l’amorçage ou le complément d’une
succion peu efficace ou mal organisée initialement mais qui peut
initier une succion-déglutition de plus en plus efficace au fil des
jours.
Le lait peut être donné à la cuiller, à la tasse, à la seringue
ou en gavage avec les précautions d’usage. Avec le dispositif
d’aide à l’allaitement (figure 9) qui, en apportant du lait en même
temps que le bébé tète, crée un conditionnement où téter et
recevoir du lait stimule la succion déglutition.
Le biberon ne sera proposé qu’exceptionnellement. Citons le
biberon Haberman avec une tétine particulièrement longue indiquée
spécialement pour les enfants présentant une fente palatine, mais
qui peut avoir son indication chez les bébés hypotoniques.
Un protège-mamelon, souvent appelé « bout de sein »,
facilite parfois la succion de certains bébés, en cas de mamelon
rétracté ou plat ou très douloureux ; son indication doit être
réservée à des cas très particuliers. Il faudra veiller
soigneusement au choix et au bon placement du protège-mamelon (en
particulier à l’absence d’obstruction narinaire), et à la bonne
« prise en bouche » par le nourrisson, en vérifiant
rigoureusement l’efficacité de la tétée et en limitant si possible
la durée d’utilisation.
Complications maternelles de l’allaitement
La prévention, qui consiste en des tétées quand le bébé est prêt,
des tétées efficaces, en bonne position, non limitées dans le
temps, reste la meilleure approche des difficultés [1].
Les crevasses
Les crevasses sont des lésions plus ou moins profondes du mamelon.
Les causes
Le plus souvent, elles sont causées par une mauvaise position et/ou
une ouverture insuffisante de la bouche du bébé, elles sont aussi
la conséquence :
- – d’un nettoyage trop fréquent des seins. Une douche par
jour suffit. Les crèmes à base de lanoline purifiée actuellement
utilisées ne nécessitent pas de nettoyage avant la
tétée ;
- – d’un frein de langue trop court, empêchant la bonne
mobilité de la langue ;
- – d’un retrait intempestif du mamelon de la bouche du
bébé, sans prendre la précaution de glisser préalablement un doigt
entre les gencives.
Le traitement
La douleur doit être reconnue, et les mères particulièrement
entourées, avec observation des tétées suivantes.
La correction de la position du bébé, le rappel des conseils
appropriés pour l’hygiène, la bonne prise et le retrait correct du
sein, sont rapidement efficaces.
La section du frein de langue par une personne compétente a de
très bons résultats si l’indication est bien posée [28].
Le colostrum, le lait maternel, la lanoline ou autres topiques
sont de pratique courante. Les données de la littérature ne
permettent pas de conclure sur leur efficacité. Les écrans
siliconés sont parfois utiles pour passer la phase douloureuse.
Il n’est pas nécessaire d’interrompre l’allaitement, même en cas
de saignement.
L’engorgement
L’engorgement est physiologique lors de « la montée
laiteuse » (congestion vasculaire et œdème interstitiel). Il
est pathologique lorsque c’est un phénomène douloureux et que
l’extraction de lait devient difficile voire impossible, conduisant
à une possible baisse de la lactation.
Les causes
Il est favorisé par la mauvaise prise du sein, une inefficacité des
tétées ou une restriction de la durée ou de la fréquence des
tétées.
Le traitement
La restriction hydrique des mères, les diurétiques et les bandages
compressifs sont inutiles, voire néfastes.
La douleur peut être calmée par des antalgiques (paracétamol) et
des anti-inflammatoires, l’ibuprofène en première intention, en
raison de son faible passage dans le lait. Ce traitement sera de
courte durée.
Le soutien empathique visant à restaurer la confiance de la mère
et à supprimer les freins au réflexe d’éjection du lait est ici
plus que nécessaire d’autant que l’engorgement, lorsqu’il survient,
est contemporain du « baby-blues ».
L’extraction du lait est indispensable :
- – massage aréolaire facilitant la prise du
sein ;
- – tétées fréquentes et en bonne position ;
- – éventuellement recours prudent au tire-lait pour
initier l’écoulement.
Les autres « petits moyens » peuvent être un bon
appoint :
- – les coupelles (en plastique souple et aéré) sont
parfois utiles si elles sont mises par intermittence ;
- – les douches ou l’application de chaud ou de froid
soulagent certaines mères ; les coussins d’allaitement
apaisants contiennent un gel colloïdal pouvant être réfrigéré ou
chauffé.
Tous les « petits moyens » susceptibles de favoriser
l’écoulement du lait peuvent être utilisés : sein plongé dans
un verre d’eau chaude, massages du dos et des épaules de la
maman…
Nous ne traiterons pas des mastites et abcès du sein, de
survenue plus tardive.
Difficultés liées au bébé
Elles ont été évoquées, rappelons les principales :
- – Refus de téter : rechercher une pathologie ou des
résistances secondaires à un mauvais démarrage ; évoquer la
douleur chez le nouveau-né, conséquence de forceps, fracture de
clavicule, torticolis par exemple.
- – Hypotonie, troubles de l’éveil, quelles qu’en soient
les causes.
- – Dysfonctionnement de la buccomotricité : une
rééducation buccofaciale par une orthophoniste spécialisée peut
alors s’avérer utile [29].
Sorties précoces
La diminution de la durée du séjour des mères et des bébés en
maternité réduit le temps nécessaire pour veiller à la bonne mise
en place de l’allaitement. Les courbes de poids sont difficilement
interprétables à J2-J3, et parfois faussées par l’apport de
compléments.
Avant la sortie il est donc indispensable :
- – d’évaluer cliniquement l’allaitement ;
- – d’informer les mères sur les critères d’un bon
transfert de lait durant le premier mois ;
- – de repeser l’enfant dans les 7 à 10 premiers jours de
vie [30], afin d’éviter les complications à type de déshydratation
ou de stagnation liées à un mauvais démarrage de la lactation
durant le premier mois [31] ;
- – d’organiser un réseau dont les structures pourront
informer et accompagner les mères : médecins libéraux,
sages-femmes, PMI, consultations à la maternité, consultantes en
lactation, associations.
Il est inutile de prescrire à la sortie un lait de
« complément éventuel » au risque de faire perdre
confiance aux mères dans leurs capacités d’allaiter.
Conclusion
Considéré comme « naturel », l’allaitement pourrait
paraître une fonction devant se mettre simplement en place au
décours de l’accouchement de femmes qui souhaitent ainsi nourrir
leur enfant. C’est en fait un champ plus vaste que la lactation et
l’alimentation du bébé au sein. Il requiert la connaissance de la
physiologie, de la clinique de l’enfant au sein, des interactions
précoces, base d’un accompagnement personnalisé de chaque couple
mère-enfant [32].
Références
1 Anaes. Allaitement maternel. Mise en œuvre et poursuite dans les
six premiers mois de vie de l’enfant. Recommandations. Mai 2002.
www. anaes.fr.
2 Diplôme universitaire « lactation humaine et allaitement
maternel ». Université Joseph Fourier, Faculté de médecine,
38000 Grenoble.
3 Hartmann P. Régulation de la synthèse du lait chez les
femmes. Les dossiers de l’allaitement. Hors série, Mars 2000.
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9 Hawdon JM. Hypoglycaemia in the neonatal brain. Eur J
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10 De Rooy L, Hawdon JM. Nutritional factors that
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11 Eyre JA, Stuart AG, Forsyth RJ,
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Cornulier M. Facteurs influençant la durée de l’allaitement
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27 Delaitre C, et al. Réalisation pratique du don de
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28 Ballard JL, Auer CE, Khoury JC.
Ankyloglossia : assessment, incidence, and effect of
frenuloplasty on the breastfeeding dyad. Pediatrics 2002 ;
110(5) : e63.
29 Bruwier S, Paques V. Les stimulations oro-faciales
en néonatologie. Les dossiers de l’allaitement mars 2000 :
38-40 ; (Hors série).
30 Anaes. Sortie précoce après accouchement : conditions
pour proposer un retour précoce à domicile. Texte des
recommandations Mai 2004. Newman J. Letter to the editor. Arch Dis
Child Fetal Neonatal Ed 2002 ; 87 : F 158.
31 Newman J. Letter to the editor. Arch Dis Child Fetal
Neonatal Ed 2002 ; 87 : F158.
32 Thirion M. Des recettes au regard : accompagner,
soigner, et non enseigner. In : Cahiers de maternologie.
1999 : 99-106.
2 Recommandations Afssa, juillet 2005.
www.afssa.fr1 Le mot allaitement sera
utilisé pour l’alimentation au sein.
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