ARTICLE
Auteur(s) : Thierry Van Den Abbeele
Service d'ORL et chirurgie cervico-faciale, Hôpital Robert
Debré, CHU Bichat, Université Paris VII, 48 Boulevard
Sérurier, 75019 Paris, France
Tél. : 33 1 40 03 24 49 – Fax :
33 1 40 03 47 17
L'implant cochléaire est un procédé électronique permettant de
réhabiliter des surdités profondes ou totales bilatérales trop
sévères pour bénéficier d'une prothèse conventionnelle. Les
premiers implants ont été posés dans les années 60-70 chez
l'adulte puis chez l'enfant depuis le milieu des années 80. Chez
les individus adultes ou enfants devenus sourds, c'est-à-dire ayant
perdu l'audition après acquisition du langage (surdités dites
post-linguistiques), les effets bénéfiques de l'implant cochléaire
sont évidents et très rapides avec des scores de reconnaissance de
la parole permettant de téléphoner et de récupérer une insertion
socio-professionnelle ou scolaire normale [1]. Actuellement, la
question se pose, chez certains de ces enfants, de proposer une
implantation bilatérale ou une implantation même lorsqu'existent
des restes auditifs.
En revanche, l'implantation des jeunes enfants sourds
congénitaux, c'est-à-dire avant acquisition du langage (ou surdité
pré-linguistique), s'est avérée nettement plus controversée, avec
notamment un vif débat opposant les équipes médicales et la
communauté des sourds. Cette dernière, issue essentiellement
d'enfants sourds congénitaux dont la caractéristique est la
communication gestuelle, a ressenti les progrès de l'implant
cochléaire comme une menace potentielle pour l'identité culturelle
qu'elle défend, ce d'autant que 90 % des parents d'enfants
sourds congénitaux ont une audition normale et souhaitent
spontanément orienter l'éducation de leurs enfants vers une
communication orale [2]. En fait, les données actuelles n'excluent
pas le recours chez un même enfant à des modes de communication
aussi variés que l'expression orale ou gestuelle. Un consensus fort
s'est progressivement dégagé quant aux bénéfices de l'implantation
cochléaire chez l'enfant sourd congénital, à la condition d'une
prise en charge précoce par des structures adaptées de
réhabilitation et d'éducation spécialisées. Une des particularités
de l'enfant est la notion de période critique de la naissance
jusque vers l'âge de 6 ans, durant laquelle la plasticité du
système nerveux auditif central est maximale et correspond à la
période d'acquisition du langage chez l'enfant normo-entendant
[1].
Actuellement, plus de 25 000 enfants ont été implantés
dans le monde [3] et la tendance est de diminuer l'âge
d'implantation, notamment à la faveur de la mise en place dans de
nombreux pays d'un dépistage néonatal systématique des surdités
congénitales. La mise en place de ce dépistage est d'autant plus
légitime que l'incidence des surdités congénitales est élevée (une
naissance sur mille) et que la prise en charge précoce améliore
considérablement le pronostic.
Principes de l'implant cochléaire et avancées
technologiques
Principes généraux de l'implant cochléaire
La grande majorité des surdités congénitales de l'enfant
comporte une atteinte de l'organe neurosensoriel de l'audition, ou
organe de Corti, dont la fonction est de transformer l'onde sonore
en influx nerveux électrique véhiculé sur les fibres du nerf
auditif. Cet organe est composé de cellules neurosensorielles ou
cellules ciliées, particulièrement fragiles, tandis que les fibres
nerveuses du nerf auditif restent le plus souvent stimulables. Dans
la cochlée normale, il existe un codage tonotopique de
l'information sonore, c'est-à-dire que les fréquences les plus
hautes ou aiguës sont codées à la base de la cochlée tandis que les
fréquences de plus en plus basses (ou graves) sont progressivement
codées vers l'apex cochléaire.
Le principe de l'implant cochléaire consiste donc à placer des
électrodes de stimulation dans la cochlée le plus près possible des
fibres du nerf auditif. L'évolution technologique apporte
régulièrement des améliorations aux implants cochléaires mais le
principe initial demeure identique. Schématiquement, ce dispositif
comprend deux parties individualisées : un porte-électrode
implanté par voie chirurgicale dans l'oreille interne, et un
microprocesseur externe permettant d'apporter aux fibres auditives
fonctionnelles restantes une information sonore préalablement
transformée en signal électrique selon une stratégie de codage
préétablie. La transmission entre les deux parties de l'implant est
transcutanée par l'intermédiaire d'une antenne aimantée, et le
transfert des informations s'opère grâce à une onde de
radiofréquence. La figure 1 représente la
partie implantable d'un implant et la figure 2 le schéma de
principe d'un implant. Quatre types d'implants sont actuellement
disponibles chez l'enfant, avec des caractéristiques techniques et
des résultats cliniques assez voisins :
• l'implant australien Nucleus (Cochlear®)
actuellement le plus utilisé dans le monde tant chez l'enfant que
chez l'adulte
• l'implant américain Clarion (Advanced Bionics®)
• l'implant autrichien Combi40 (MedEl®)
• l'implant français Digisonic DX10 (MXM®), le
premier a avoir utilisé un traitement numérique complet du
signal.
La partie distale la plus fine est insérée dans la cochlée et
contient les contacts électriques.
Le prix d'un implant cochléaire en France est de l'ordre de
20 000 euros.
Avancées technologiques récentes
Les développements récents de l'implantation cochléaire
reflètent la tendance actuelle à optimiser la fidélité du transfert
de l'information fréquentielle vers les fibres du nerf auditif.
Ainsi, les modifications des porte-électrodes ont visé à rapprocher
le plus possible les contacts électriques des fibres nerveuses
situées dans le modiolus. En théorie, ces électrodes dites
péri-modiolaires permettraient une stimulation plus sélective des
fibres nerveuses voisines, une diminution de la consommation
d'énergie, une moindre interaction électrique entre électrodes
voisines et donc un meilleur codage fréquentiel. Toutefois, les
bénéfices cliniques de ces nouvelles électrodes restent encore
incertains [4, 5]. De nouveaux dispositifs à l'étude visent à
conserver au maximum l'audition résiduelle, voire même à utiliser
des stimulations hybrides électriques et acoustiques.
Parallèlement, les stratégies de traitement du signal de la
parole ont largement bénéficié des progrès de l'informatique et du
traitement numérique du signal. Ces nouvelles stratégies sont à
l'origine des principaux progrès. On distingue deux grands groupes
de stratégies suivant qu'elles privilégient les aspects
fréquentiels ou temporels du signal de la parole.
• Les stratégies privilégiant les aspects fréquentiels
(F0F1F2, Mpeak, Speak, développées sur les premières versions de
l'implant Nucleus®) sont basées sur l'analyse du signal
de la parole en combinaison de fréquences, Fo ou fréquence
fondamentale produite par le larynx et ses harmoniques F1, F2, F3
produits par les résonateurs pharyngés et buccaux. Ces combinaisons
de fréquences sont extraites et réparties sur les différentes
électrodes en fonction de leur position dans la cochlée de façon à
imiter la tonotopie physiologique. Seules quelques électrodes sont
utilisées et de manière simultanée.
• Les stratégies privilégiant les aspects temporels (CIS
développées sur les 4 implants, MPS et SAS spécifiquement sur
l'implant Clarion®) utilisent toutes les électrodes de
façon simultanée (comme le SAS) ou de façon légèrement décalée
(CIS). L'avantage de cette dernière technique apparaît chez des
patients ayant un faible nombre de fibres résiduelles pour
lesquelles l'activation simultanée d'électrodes voisines
stimulerait les mêmes contingents de fibres avec une perte de
spécificité fréquentielle de l'information. De plus, la fréquence
de stimulation élevée de ces stratégies (de 833 Hz à
1200 Hz suivant les implants) permet d'apporter plus
d'informations sonores par unité de temps.
De nouvelles stratégies hybrides (ACE de Nucleus®)
tentent de concilier les deux aspects fréquentiels et temporels. Le
développement de processeurs à haute capacité permet d'élaborer des
stratégies dites de haute résolution (ou HiRes de
Clarion®) visant, par des fréquences de stimulation
encore plus élevées, à recréer l'activité stochastique naturelle du
nerf auditif.
Indications d'implantation cochléaire
Sélection des candidats : les critères
classiques
La sélection des candidats à l'implantation cochléaire est un
problème difficile particulièrement chez l'enfant. Il s'agit d'un
processus global dit holistique considérant l'ensemble des aspects
audiologiques, médicaux et chirurgicaux, psychologiques, éducatifs
et familiaux. Il convient d'apprécier le retentissement de la
surdité chez l'enfant sur ses acquisitions, son comportement, ses
relations, ses capacités de suppléance, et de déterminer son
appétence à une communication orale, afin d'évaluer ses capacités
d'utilisation de nouveaux éléments acoustiques apportés par un
éventuel implant.
Du point de vue parental, le deuil de l'audition d'un enfant
prend du temps ; il faut l'accepter, adapter sa vie à ce
nouvel état, se préparer à assumer la prise en charge éducative de
l'enfant. Ces considérations peuvent paraître contradictoires avec
la nécessité d'une prise en charge précoce et rapide, mais ces
étapes sont nécessaires à l'élaboration d'un projet éducatif
cohérent, indispensable pour tirer le meilleur bénéfice de
l'implant.
De nombreux intervenants doivent s'impliquer, dont l'équipe
médico-chirurgicale du centre d'implantation, mais aussi tous les
professionnels de la surdité s'occupant de l'enfant.
Les indications classiques d'implantation cochléaire ont été
longtemps très restrictives :
Les enfants de 2 ans ou plus, présentant une surdité
profonde, c'est-à-dire sans réponse à des stimulations de
100 dB sur les fréquences 500-1000-2000 Hz et ne tirant
aucun bénéfice des prothèses auditives surpuissantes
conventionnelles malgré une intensification du processus
rééducatif. Ce diagnostic de surdité profonde est très difficile
chez le très jeune enfant et ne peut résulter que de la
confrontation des résultats de ces tests d'audiométrie objective
avec ceux des tests subjectifs comportementaux, langagiers,
neuropsychologiques et des bilans audio-prothétiques. Le délai
obligatoire nécessaire à cette évaluation est mis à profit pour
l'information complète de la famille et des rééducateurs. Il permet
en outre de mettre en place le projet pédagogique adapté à cet
enfant, surtout quand on ne dispose pas, à proximité de son
domicile, d'une institution susceptible de le prendre en
charge.
Bilan médical pré-implantatoire
L'évaluation médicale des enfants sourds candidats à une
implantation cochléaire doit rechercher les conditions qui
pourraient remettre en cause les résultats à attendre de
l'implantation, influencer la technique chirurgicale de mise en
place de l'implant, voire des facteurs de risques anesthésiques.
Plus que l'étiologie proprement dite (nature génétique ou non de la
surdité), l'existence de lésions neurologiques peut constituer une
contre-indication relative à l'implant (lésions cérébrales
post-méningitiques, infection maternofoetale sévère, lésions
périnatales hypoxiques, ictère nucléaire néonatal, etc...).
Le rôle de l'imagerie moderne
Les progrès récents de l'imagerie médicale permettent un bilan
anatomique très précis grâce à la combinaison des coupes de scanner
en haute résolution étudiant le labyrinthe osseux et des séquences
IRM en T2 étudiant les liquides labyrinthiques et les nerfs (figure 3). Ces deux
techniques sont parfaitement complémentaires et sont devenues
d'utilisation quasi-systématique dans notre expérience car le
risque de malformation n'est pas négligeable chez l'enfant (environ
10 à 20 % suivant les séries). L'existence d'une malformation
de type Mondini ou cavité commune, voire d'une petite cochlée,
n'est donc pas exceptionnelle et ne constitue plus à proprement
parler une contre-indication à l'implantation cochléaire. Il semble
même que les résultats obtenus soient comparables à ceux des
enfants ne présentant pas ces malformations [6]. Par contre, le
risque de complications (fuite de liquide céphalo-rachidien,
méningite) est plus élevé et doit être parfaitement pris en compte
avant l'intervention.
Les ossifications cochléaires séquellaires de méningites sont
souvent partielles concernant la base de la cochlée, mais
autorisent dans la majorité des cas la mise en place du
porte-électrodes au prix de modifications de la technique
chirurgicale ou, si besoin, du porte-électrode lui-même (nombre de
contacts moindres, doubles porte-électrodes, espacement réduit
entre les contacts...). Les performances semblent liées à
l'importance de l'ossification et au nombre de fibres nerveuses
résiduelles, mais il apparaît qu'à peine 10 % de fibres
nerveuses résiduelles suffisent à obtenir des résultats dans la
moyenne [7]. L'existence d'une ossification quasi-complète de la
cochlée secondaire à une méningite bactérienne ne constitue donc
pas une contre-indication absolue à l'implantation cochléaire, mais
elle doit faire craindre des résultats médiocres et des seuils de
stimulation élevés liés au faible nombre de fibres nerveuses
résiduelles stimulables.
Par contre, l'existence d'une aplasie complète de la cochlée
(malformation de Michel), une aplasie du conduit auditif interne,
l'absence de nerf cochléaire visible en IRM constituent des
contre-indications quasi-absolues à l'implantation.
Le rôle de l'électrophysiologie
En cas de doute sur l'existence de fibres nerveuses capables de
transmettre l'information sonore, des tests électrophysiologiques
objectifs peuvent aider à la décision. Ces tests utilisent une
stimulation électrique délivrée par une électrode posée sur le
promontoire, ou mieux, sur la fenêtre ronde avec enregistrement des
potentiels évoqués électriques du tronc cérébral recueillis par des
électrodes de surface. Chez l'enfant, le recours à une anesthésie
générale est indispensable et en limite notablement l'utilisation,
réservée dans notre pratique aux cas où l'existence d'un nerf
stimulable est mise en doute par l'imagerie radiologique. Ces tests
sont techniquement difficiles et l'absence de réponse nerveuse
décelable ne signifie pas toujours l'absence de fibres stimulables.
Par contre, en cas de positivité, la stimulabilité du nerf auditif
peut être affirmée [8].
Les potentiels évoqués électriques [9] ont été développés dès
les débuts de l'implantation cochléaire et peuvent être utilisés en
pré-opératoire, mais aussi durant l'intervention chirurgicale et en
post-opératoire lors de réglages. Ces enregistrements sont
particulièrement utiles chez le jeune enfant pour lequel les
réactions comportementales ne sont pas facilement analysables de
façon à identifier les seuils de stimulation. La forme et les
caractéristiques des ondes obtenues par stimulation électrique sont
très voisines de celles obtenues par stimulation acoustique (figure 4). Leurs
latences sont cependant plus précoces et indépendantes de
l'intensité de stimulation car l'étape de transduction cochléaire
est supprimée du fait de la stimulation directe des fibres
nerveuses. Les potentiels évoqués du tronc cérébral permettent
aussi d'étudier les relais du tronc cérébral, siège de phénomènes
de plasticité neuronale après mise en place de l'implant, en
montrant des modifications d'amplitude et de latence des ondes,
notamment chez les enfants sourds congénitaux (figure 4).
D'autres tests objectifs sont utilisés, comme l'enregistrement du
réflexe stapédien électrique (RS) dont le seuil est corrélé au
niveau maximal de confort (C-level) et, de façon plus récente,
l'enregistrement du potentiel d'action du nerf auditif (encore
appelé NRT ou NRI) dont les seuils sont assez bien corrélés aux
seuils subjectifs.
Parallèlement, certains tests électriques permettent d'étudier
le bon fonctionnement de l'implant, comme la mesure d'impédance des
électrodes.
Le choix du côté à implanter
Les considérations audiologiques et anatomiques sont bien
entendu primordiales, et on privilégiera l'implantation du côté où
les restes auditifs sont les plus faibles et pour lequel l'anatomie
est la plus favorable. En cas de surdité progressive sur oreille
unique chez un grand enfant (existence d'une surdité ancienne
unilatérale et profonde), l'implant sera posé le plus souvent du
côté qui a entendu en dernier car le nombre de fibres résiduelles
du nerf auditif est supposé y être plus important. En l'absence de
côté préférentiel, la latéralité (gaucher-droitier) de l'enfant est
importante pour des raisons de manipulation des prothèses.
Enfin il apparaît de plus en plus que les épreuves vestibulaires
peuvent jouer un rôle dans le choix du côté à implanter. En effet,
l'atteinte vestibulaire associée à la surdité n'est pas rare,
souvent asymétrique, et il apparaît souhaitable, à audition égale,
de préserver le côté du vestibule le plus fonctionnel.
Les nouvelles indications
La constatation récente que l'implant cochléaire apporte de
meilleurs résultats en termes de discrimination de la parole que
les prothèses conventionnelles chez des sujets présentant des
surdités sévères (seuils à plus de 90 dB) avec un score de
compréhension de moins de 30 % permet certainement d'élargir
les indications de l'implant cochléaire à certains enfants
présentant des surdités sévères mais avec de mauvais résultats
prothétiques [10].
De même, des enfants porteurs de pathologies multiples,
notamment visuels et auditifs, peuvent bénéficier d'un implant
cochléaire. L'exemple type est celui du syndrome de Usher associant
une surdité profonde d'emblée ou progressive avec atteinte
vestibulaire et une rétinite pigmentaire responsable d'une cécité
progressive [11]. L'implantation précoce de ces enfants peut
permettre une compensation auditive du déficit visuel.
La mise en place de l'implant
La procédure chirurgicale d'implantation
La chirurgie de l'implantation cochléaire obéit aux principes
généraux de la microchirurgie de l'oreille moyenne. La partie
interne (récepteur-porte électrode) est placée dans une logette
osseuse confectionnée en arrière du pavillon d'oreille. La voie
d'abord cutanée est plus ou moins large selon le type d'implant
posé (figure 5).
Le porte-électrode est introduit dans la cochlée par une ouverture
calibrée de l'oreille interne (appelée cochléostomie) au voisinage
de la fenêtre ronde via une mastoïdectomie avec tympanotomie
postérieure. Il s'agit d'un geste délicat au voisinage du trajet du
nerf facial mais dont les repères anatomiques sont parfaitement
connus des chirurgiens otologistes entraînés à la chirurgie de
l'otite chronique. Cependant, certaines particularités méritent
d'être soulignées :
• L'intervention nécessite habituellement une anesthésie
générale de 2 à 3 heures suivant le type d'implant utilisé,
mais peut s'avérer bien plus longue en cas de difficultés
techniques (malformations cochléaires congénitales, ossification
labyrinthique) et la réalisation éventuelle de tests
électrophysiologiques peropératoires.
• Les conditions d'asepsie doivent être parfaites car il s'agit
de mettre en place un dispositif constituant un corps étranger et
pouvant favoriser le risque infectieux, particulièrement dans la
période de cicatrisation post-opératoire.
• De même, l'étanchéité de la cochléostomie, c'est-à-dire de la
zone de pénétration du porte-électrode dans l'oreille interne, doit
être assurée par un colmatage soigneux à l'aide de tissu
conjonctif. La survenue d'otites moyennes aiguës post-opératoires
chez l'enfant implanté expose à un risque théorique de
contamination labyrinthique, voire méningée, mais celles-ci restent
exceptionnelles et semblent moins fréquentes après l'implantation,
probablement du fait de la mastoïdectomie réalisée pour mettre en
place l'implant et de l'antibiothérapie prophylactique per- et
post-opératoire réalisée par la plupart des équipes [12]. De même,
les vaccinations anti-Haemophilus et anti-pneumococcique
sont recommandées par l'Agence française de sécurité sanitaire
(AFSSAPS). La survenue récente de méningites après implantation
cochléaire a pu être attribuée à un défaut d'étanchéité de la
cochléostomie avec un type particulier d'implant qui comportait
deux éléments assemblés mais dissociables, le porte-électrode et un
positionneur. Ce dispositif visant à rapprocher les contacts
électriques des terminaisons nerveuses dans l'oreille interne a
depuis été retiré du marché ; cependant les mesures de
précaution notamment vaccinales, restent indiquées.
Les premières séances de réglage
Les premières séances de réglage débutent environ trois semaines
après la mise en place de l'implant. Ce délai est nécessaire à la
bonne cicatrisation de la voie d'abord, à l'intégration du
récepteur dans la logette osseuse et à la diminution de l'œdème du
lambeau sur lequel l'antenne magnétique doit être posée. Les
premières sensations auditives de l'enfant sont toujours un moment
d'intense émotion pour l'enfant, les parents et l'équipe médicale.
L'anxiété d'un mauvais fonctionnement de l'implant peut paraître
irrationnelle étant donné la très haute fiabilité des systèmes
actuels, mais elle reste toujours bien présente. Toutefois, la
réalisation des tests électrophysiologiques notamment
peropératoires a largement contribué à dédramatiser cette crainte
en apportant la confirmation du bon fonctionnement de l'implant et
des voies nerveuses dès sa mise en place.
Les premières séances de réglage visent à obtenir une
stimulation progressivement croissante de façon à éviter toute
sensation désagréable ou trop forte. Schématiquement, chaque
électrode est réglée en utilisant deux paramètres, le T-level ou
niveau seuil le plus bas de stimulation, et le M ou C-level, niveau
le plus élevé (ou confort) de stimulation. Les réactions de
l'enfant sont évaluées selon les techniques habituelles
d'audiométrie comportementale. Chez le très jeune enfant, ces
réglages peuvent être aidés par la réalisation d'enregistrements
objectifs (potentiels évoqués électriques ou télémétrie), mais
l'absence de corrélation absolue entre les valeurs obtenues par des
méthodes objectives et celles par les tests comportementaux ne
permet pas actuellement d'envisager des réglages automatisés.
Résultats de l'implantation cochléaire chez l'enfant
L'évaluation complète des effets de l'implantation cochléaire
chez l'enfant sourd est complexe car nécessitant la mesure de
multiples paramètres à la fois sur le plan audiologique,
orthophonique et langagier, psychologique et en matière de qualité
de vie, notamment scolaire, mais aussi concernant les loisirs et
l'épanouissement général de l'enfant et de sa famille. Ces
évaluations sont effectuées régulièrement après la mise en place de
l'implant et lors des séances de réglage, rapprochées lors des
premiers mois, puis à la demande tous les 3 à 6 mois à partir
de la fin de la première année.
De nombreuses études ont déjà démontré les bénéfices de
l'implantation cochléaire chez l'enfant [13-18].
Les résultats en termes de perception
Les performances auditives des enfants implantés sont testées
par des batteries de tests qui permettent d'évaluer la perception
des caractéristiques suprasegmentales de la parole (durée, rythme,
intensité), la reconnaissance de mots ou de phrases en liste fermée
(de type question à choix multiples), la reconnaissance de mots ou
de phrases en liste ouverte (audition pure). Les listes ouvertes de
mots monosyllabiques sont devenues le test de référence chez
l'adulte mais, comme chez l'enfant normo-entendant, doivent être
adaptées à l'âge de l'enfant et à son niveau de développement.
Ainsi, une méta-analyse récente [18] rapportant l'expérience de
44 publications portant sur plus de 1 900 enfants
sourds congénitaux implantés retrouvait des performances en listes
ouvertes chez plus de la moitié des enfants implantés avec un recul
de plus de 2 ans. L'âge d'implantation est le facteur de
meilleur pronostic le plus constamment retrouvé (moins de
5 ans pour les études les plus anciennes [19] et moins de
3 ans pour les études plus récentes [20], voir figure 6).
La durée d'implantation constitue aussi un facteur très
important. Ainsi les résultats semblent initialement supérieurs
chez les enfants présentant une surdité progressive par rapport aux
enfants présentant une surdité profonde d'emblée mais les
différences entre ces deux groupes d'enfants s'amenuisent avec la
durée d'implantation [18].
Les résultats en termes de production
L'existence d'une restauration des capacités de perception
sonore chez l'enfant implanté n'est pas automatiquement corrélée à
une amélioration de la communication verbale. C'est pourquoi
l'évaluation des deux composantes, perception et production, est
indispensable, le critère principal d'une bonne qualité de
production sonore étant l'intelligibilité de la parole produite par
l'enfant implanté. Certaines études ont démontré l'existence d'un
décalage temporel entre les progrès en termes de perception et de
production de la parole, comparable à ce qui se passe chez l'enfant
normo-entendant [21]. L'écart des capacités de langage entre un
enfant implanté et un enfant normo-entendant semble entièrement lié
au délai d'implantation, donc d'autant moindre que l'enfant a été
implanté plus tôt.
Les conséquences éducatives
Les enfants présentant des troubles de l'audition ont un risque
plus élevé de retard scolaire, mais il est reconnu qu'une prise en
charge active comportant notamment une meilleure utilisation des
restes auditifs et un appareillage précoces permet de limiter ce
risque [1]. Ceci semble être le cas pour les enfants recevant un
implant cochléaire. Ainsi près des deux tiers des enfants sourds
congénitaux implantés réussissent une scolarité en intégration
après un recul moyen de 5 ans après implantation (données
personnelles, figure
7).
Les conséquences sur la qualité de vie ont été étudiées
principalement dans les pays anglo-saxons à l'aide d'échelles de
type QALY intégrant des composantes économiques de type
coût-efficacité [22, 23]. Ces études ont permis de démontrer que,
si la prise en charge des enfants sourds implantés reste coûteuse
dans la période initiale de l'implant, l'éventualité d'une
scolarité intégrée permet ensuite d'importantes économies (de
l'ordre de 30 000 à 100 000 euros, implantation
comprise).
Conclusions
L'implantation cochléaire constitue certainement le progrès le
plus significatif dans la prise en charge des surdités profondes de
l'enfant. Les résultats obtenus chez les enfants sourds profonds
congénitaux implantés sont très encourageants et peuvent replacer
ces enfants dans la situation de surdités appareillables avec la
possibilité d'une oralisation et d'une scolarité intégrée. Les
critères prédictifs de bons résultats actuellement reconnus sont
principalement l'âge d'implantation et la qualité du support
éducatif. L'objectif visé par l'implantation cochléaire chez
l'enfant est de permettre une intégration sociale la plus complète
possible dans nos sociétés modernes dont les activités
professionnelles nécessitent toujours plus de compétences en
communication.
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