ARTICLE
Epidémiologie en France
Elle repose sur le réseau EPIBAC [2] et l'enquête conduite
dans le groupe de pédiatrie infectieuse pédiatrique (GPIP)
[3]. Le réseau EPIBAC évalue l'incidence annuelle globale
et par classe d'âge, à partir des laboratoires hospitaliers
de microbiologie en France métropolitaine (près de deux
tiers des cas). Les services cliniques travaillant avec ces laboratoires
constituent 62 % des admissions dans les services hospitaliers de médecine
et de pédiatrie susceptibles de prendre en charge les pathologies
étudiées, à l'exception de trois régions moins
représentatives. L'incidence des infections invasives à
S. pneumoniae a augmenté régulièrement de
plus de 4 % par an depuis 1994, concernant à partir de 1996, les
méningites comme les bactériémies et plutôt
les enfants de moins de un an. L'incidence des méningites à
pneumocoque pour 100 000 habitants a été de 0,98/100 000
en 1997 atteignant 12/100 000 avant l'âge de 5 ans, 45/100 000 avant
un an. Elles représentaient 60 % des méningites avant l'âge
de 1 an, 33 % entre 1 et 2 ans, 42 % entre 3 et 14 ans.
L'enquête du GPIP a porté sur trois années (1993
à 1995). Chaque année, tous les services hospitaliers de
pédiatrie remplissaient un questionnaire postal par cas observé.
Simultanément, les résultats (bactériologie, antibiogramme)
du service correspondant de microbiologie étaient communiqués.
Du fait des habitudes d'hospitalisation en France, seuls les services
de pédiatrie générale et/ou de réanimation
pédiatrique ont été retenus. Pendant ces trois années,
près des trois-quarts ont répondu au moins une fois. Leur
répartition était homogène dans les provinces métropolitaines.
Bien que ce travail ait un caractère rétrospectif (risque
de recueil de données incomplet), un lien probable a existé
entre l'absence de données rapportées et l'absence de cas
observés pour une année donnée compte tenu de cas
signalés par un même service une autre année. L'effectif
moyen annuel observé a été de 110 cas par an (enfants
de 1 mois à 15 ans). En admettant que le recueil global de données
a été de l'ordre de 60 à 70 % (taux minimum), le
nombre annuel vraisemblable de méningites à S. pneumoniae
observé en France dans cette tranche d'âge se situe entre
150 et 200 (le réseau EPIBAC propose, entre 1993 et 1995 un nombre
annuel de 141 à 177, avant l'âge de 14 ans, période
néonatale incluse). Chez l'enfant, elles sont rares : les services
participants à ce travail n'ont pas rencontré un cas par
an pendant ces trois années.
Une épidémiologie microbiologique
Une épidémiologie microbiologique [3] a été
possible grâce aux antibiogrammes communiqués (plus de 90
% chaque année) avec réalisation des CMI de la pénicilline
G et des céphalosporines de 3ème génération
C3G (progression d'année en année : moins de 40 % des cas
en 1993 et plus de 70 % en 1995). Le test de sensibilité (bandelette
E test) était pratiqué simultanément au disque d'oxacilline
d'un microgramme ou dés que possible. En l'absence de détermination
de la CMI, les souches étaient dites sensibles aux deux antibiotiques
pénicilline G et C3G sur le résultat du test à l'oxacilline.
Pour l'interprétation des valeurs de concentration minime inhibitrice
(CMI) des souches, les normes du National committee of clinical laboratory
standard (NCCLS) ont été retenues pour une comparaison
facile avec les résultats internationaux. Les souches sont pénicilline
G sensible (CMI < 0,06 mg/l), intermédiaire (CMI >
0,12-1 mg/l) ou résistante (CMI > 2 mg/l) et céfotaxime
sensible (CMI < 0,50mg/l), intermédiaire (CMI >
1mg/l) ou résistante (CMI > 2 mg/l) (équivalent
pour l'amoxicilline). D'année en année, le taux des pneumocoques
de sensibilité diminuée à la pénicilline G
(PSDP) et aux C3G a été croissant, respectivement de 27
à 32 % et de 14 à 23 %, de même leur niveau de résistance.
La valeur la plus élevée de la CMI, en 1995, a été
pour la pénicilline G de 3 mg/l et pour les C3G de 2 mg/l. Les
cas liés à des pneumocoques C3G intermédiaires ou
résistants ne concernaient pratiquement que des enfants de moins
de 4 ans en 1993 et 1994 et ont diffusé aux enfants plus âgés
en 1995.
Le sérotypage, insuffisamment pratiqué en 1993 et 1994,
n'a pas été retenu. En 1995, parmi les souches sérotypées
par le laboratoire de P. Geslin (52/116 : 45 %), celles du portage naso-pharyngé
(23F, 6, 14, 19) étaient les plus fréquentes (41/52 : 79
% ) et significativement associées au caractère C3G I ou
R (p 0,007) de la souche.
Les données du centre national de référence, complètes
jusqu'en 1997 [4], donnent des taux et des niveaux de résistance
similaires. Après avoir été d'une extrême sensibilité
aux antibiotiques, l'émergence et la brusque dissémination
de PSDP et de souches multi-résistantes est spectaculaire. La résistance
à la pénicilline est croisée à toutes les
bêta-lactamines, entraînant l'augmentation de leur CMI. L'apparition
de ces souches en France dès 1978 est devenue notable à
partir de 1989 et depuis, leur fréquence d'isolement a une allure
exponentielle. En 1996, tous âges confondus, plus de la moitié
des souches étaient PSDP (haut niveau de résistance : la
moitié des cas). Les CMI des C3G (cefotaxime, ceftriaxone) sont
en règle générale inférieures à celles
de la pénicilline G ; très peu (1 %) ont un haut niveau
de résistance (CMI > 2 mg/l). En France, quatre sérotypes
(23F, 9V, 6B, 14) occupent une place prédominante dans la résistance
aux bêta-lactamines et la multi-résistance. En 1996, deux
tiers des PSDP isolés du LCR présentaient deux à
quatre marqueurs de résistance associés (tétracycline,
érythromycine, cotrimoxazole, chroramphenicol).
Résultats européens
Les résultats européens ont été regroupés
en décembre 2000 [5]. Aucun n'est exhaustif. Ils reposent en règle
générale sur des données rétrospectives et
sont dans la majorité des cas issus des laboratoires de microbiologie.
Le report des cas est volontaire, reflétant peut-être les
formes les plus sévères. Les habitudes de prélèvements
ne sont pas identiques dans tous les pays (les hémocultures chez
les patients fébriles ne sont pas une habitude constante). L'Allemagne
vient de conduire une étude épidémiologique prospective
chez les enfants de moins de 16 ans, à l'aide du report de deux
systèmes indépendants (microbiologique et clinique). Parmi
les 896 cas de maladies invasives observées, 31 à 51 % étaient
des méningites. Leur incidence, compte tenu d'un défaut
de report d'environ 11 % peut être évaluée à
1,63/100 000 enfants de moins de 16 ans, dix fois plus élevée
avant l'âge de un an avec, alors, une mortalité de l'ordre
de 17 % (mortalité globale proche de 10 %). Seuls 2,7 % étaient
PSDP. Un seul isolat avait un haut niveau de résistance (CMI à
2 mg/l) entre 1992 et 1997. Trois quarts des sérotypes étaient
représentés par dix d'entre eux. Les plus fréquents
dans les maladies invasives étaient les 1, 14, 18C. En Angleterre,
chez les enfants de moins de 15 ans, de janvier 1996 à décembre
1998, les méningites ont représenté 24 % (485/1985
des maladies invasives). La moitié des cas est survenue dans la
tranche d'âge 2-5 mois. La mortalité a été
de 16% versus 9% pour les autres infections invasives, atteignant 23 %
avant l'âge de 2 mois. Parmi les 31 sérotypes observés,
le sérotype 14 a été le plus commun, quel que soit
l'âge. Les sérotypes 14, 19, 6, 18 étaient les plus
fréquents. Le sérotype 1 prédominait après
l'âge de 5 ans. La résistance à la pénicilline
de 3 % en 1996 a subi une augmentation (6,2 %) en 1997 pour chuter en
1998 à 2,3% ; seize des 20 isolats correspondaient à ceux
inclus dans le vaccin 7-valent. Aux Pays-Bas, en 10 ans (1990-1999),
le laboratoire de référence a reçu 1959 liquides
céphalorachidiens (LCR) (soit 80 % des LCR) positifs à S.
pneumoniae, dont 226 méningites en 1999, avec une mortalité
de 17 %. L'incidence de la méningite à pneumocoque a
été, tous âges confondus, de 1/100 000 en 1990 à
1,5/100 000 en 1996 et avant l'âge de 5 ans de 8,2/100 000 en 1999.
Les sérotypes les plus fréquents (50% de l'ensemble) sont
les 6B, 14, 18 C, 19F ; viennent ensuite les 3, 7F, 9V. Les sérotypes
sont âge-dépendant : la communauté avec ceux du vaccin
7-valent est meilleure quand l'enfant est plus jeune. Moins de 1 % des
souches sont PSDP. En Grèce, une étude rétrospective
conduite de 1995 à 1999 dans un des hôpitaux principaux d'Athènes
a retrouvé 33 méningites parmi 590 infections invasives,
avec un âge médian de 1.4 ans (60 % des cas avant l'âge
de 2 ans, 36 % des cas avant l'âge de 1 an). L'incidence des méningites
a été évaluée à 2/100 000 avant l'âge
de 14 ans et 6/100 000 avant l'âge de 5 ans. Le taux de mortalité
a été de 6 %. Parmi les 15 % de souches sérotypées,
les trois quarts étaient : 14, 19F, 18C, 6B, 4, 23F, 19A. En
Suisse, l'incidence tous âges confondus (moins de 17 ans) a
été de 2.7/100 000 et avant l'âge de 2 ans de 11/100
000. En Finlande, l'incidence annuelle a été de 8.9/100
000 chez les enfants de moins de 16 ans et 24/100 000 avant l'âge
de 5 ans. En Suède, entre 1990 et 1999, 39 LCR ont été
recueillis dont 65 % avant 2 ans. L'incidence annuelle était de
5,8/100 000 avant l'âge de 5 ans, 10/100 000 avant l'âge de
2 ans. Un seul décès a été noté. Les
sérotypes contenus dans le vaccin 7-valent représentaient
83 % des souches résistantes. En Italie, entre 1994 et 1998,
S. pneumoniae occupait la deuxième place des méningites
bactériennes avec 24 % (918/3 918). L'incidence était de
1,1/100 000 chez les enfants de 0 à 4 ans. Le taux des PSDP était
de 10,2 % (haut niveau de résistance 4,1 %). Parmi les sérotypes
observés, douze représentaient 85 % : 23F, 14, 6 prédominaient
(10 à 12 %) puis venaient les 4, 3, 8, 19 (7 à 9 %) et les
9, 12, 1, 18F (3 à 4 %). Avant l'âge de 5 ans les sérotypes
prédominants étaient les : 14, 6, 23, 1, 4. En Espagne,
moins de 5 % des 3 921 souches invasives étaient dues à
des méningites, ne permettant pas d'établir une incidence.
Les cinq sérotypes, 6, 9, 14, 19, 23, de taux variable selon l'âge,
portaient le plus souvent (85 % des cas) la résistance à
la pénicilline. Le sérotype 18 était le plus fréquent
dans le sang et le LCR.
Au total, en Europe
Au total, en Europe, l'incidence annuelle des maladies invasives à
pneumocoque varie selon les pays : 11 à 43/100 000 enfants, constamment
plus élevée avant deux ans. L'incidence des méningites
est plus élevée chez les jeunes enfants (6,8-17,4/100 000
avant un an) que chez les enfants plus âgés ; l'âge
médian est à 1 an. Enfin, 70 % (+ 10 %) des sérotypes,
souvent PSDP, sont compris dans le vaccin 7-valent.
Aux États-Unis
Aux États-Unis, [6, 7] le pneumocoque fait partie des dix premières
causes de décès annuels. Chaque année, 17 000 maladies
invasives dont 700 méningites sont observées avant l'âge
de 5 ans. L'incidence des infections invasives, en 1998, était
de 203/100 000 enfants de 12 à 23 mois, de 165/100 000 avant l'âge
de 12 mois (enfants de 6 à 11 mois : 235/100 000). Avant l'âge
de 5 ans, l'ethnie est un facteur de risque : les Indiens et les natifs
d'Alaska ont une incidence multipliée par quatre (enfants de 6
à 11 mois : près de 600 /100 000) ; le risque chez les enfants
Afro-Américains est deux à trois fois plus élevé
que chez les enfants blancs. Les situations d'asplénie, de splénectomie
ou de drépanocytose élèvent l'incidence à
1200-1500/100 000. L'immuno-dépression (HIV) multiplie le risque
par un facteur 2.8 (avant l'âge de 5 ans) à 12,6 (avant l'âge
de 3 ans), amenant l'incidence à 6,1/100 patients/année
chez les enfants infectés âgés de moins de 7 ans.
Les séjours en crèche multiplient le risque par 2,3 (enfants
de 12-23 mois) à 3,2 (enfants de 24-59 mois). L'incidence annuelle
des méningites est de 10/100 000 avant l'âge d'un
an, de 1 à 2/100 000, tous âges confondus (plus élevée
chez les enfants âgés de 6 à 24 mois) ; elle est deux
fois plus élevée chez les Africains noirs que chez les blancs
et les hispaniques.
Le taux des PSDP (CMI > 2 µg/ml) est passé de
1,3 % en 1992 à 13,6 % en 1997. Les facteurs de risque sont l'âge
jeune, les séjours en crèche, une antibiothérapie
dans les trois derniers mois, une otite moyenne aiguë récurrente.
Aux États-Unis, avant l'âge de 6 ans, 80 % des sérotypes
des souches issues du sang et de LCR sont contenus dans le vaccin 7-valent
: 14, 6B, 19F, 18C, 23F, 4, 9V (après l'âge de 6 ans, ils
ne représentent plus que 50 %) dont 80 % sont PSDP; les sérotypes
1 et 5 sont rares.
Le pneumocoque occupe la première place (47 %) des méningites
bactériennes [8], tous âges confondus, avec une mortalité
de 21 %. Des variations significatives de la sensibilité à
la pénicilline [84/117 méningites à pneumocoque intermédiaire
: 18 (21 %) isolats ou résistant (CMI > 2 mg/l) : 12
(14 %) isolats] existent selon le lieu géographique.
Au total, des tendances générales épidémiologiques
se dessinent dans tous les pays. Les enfants les plus jeunes sont plus
à risque avec un pic d'incidence dans le deuxième semestre
de la vie ou à la fin de celui-ci. Des facteurs de risque similaires
sont retrouvés. Le risque de la résistance à la pénicilline
et aux bêta-lactamines est élevé dans certains pays
d'Europe (importantes variations selon les pays), encore en ascension
en terme de taux et de niveau. Les sérotypes [9] même s'ils
subissent quelques variations selon les continents, sont pour la moitié
d'entre eux, voire les deux tiers, ceux du portage naso-pharyngé,
souvent PSDP. Les réseaux de surveillance, sans être exhaustifs,
permettent néanmoins de suivre l'évolution.
Physiopathologie [10, 11]
L'habitat naturel du pneumocoque est l'oropharynx de l'homme. Cette
bactérie est capable de résister aux facteurs non spécifiques
de défense et de se multiplier dans les tissus de l'hôte.
Grâce à des facteurs spécifiques, il peut envahir
les méninges et créer une inflammation. L'ensemencement
du LCR se fait par voie hématogène avec franchissement secondaire
de la barrière hémato-méningée (endothélium
des capillaires méningés et des plexus choroïdes, formant
la barrière hémato-encéphalique avec l'endothélium
des capillaires cérébraux). Des modèles expérimentaux
(singe, macaque, rat nouveau-né) le démontrent. Le LCR est
quasiment incapable de se protéger après la pénétration
des bactéries, par déficit local en anticorps et en complément.
La production de cytokines, [facteur de nécrose tumorale alpha
(TNF), interleukine 1 (IL-1) et 6 (IL-6)], pré-requis essentiel
au déclenchement de la méningite, conditionne le déclenchement
de la réaction inflammatoire. Elle a lieu in situ dans le
LCR, indépendamment de la production systémique. Les cytokines
permettent l'apparition de l'exsudat inflammatoire avec augmentation de
la protéïnorrachie, afflux de polynucléaires et dème
tissulaire. Elles entraînent une diminution rapide de l'étanchéité
de la barrière hémato-encéphalique et des lésions
des capillaires cérébraux. Les polynucléaires recrutés
dans le LCR, sont extravasés dans les tissus infectés après
activation de l'endothélium. Dans un deuxième temps, un
dème cérébral vasogénique et interstitiel
s'accompagne d'hypertension intra-crânienne : elle explique en grande
partie la symptomatologie des méningites. La pauvreté nutritionnelle
du LCR activerait les systèmes autolytiques bactériens mis
en jeu à l'arrêt de la croissance bactérienne ce qui
libérerait les composants nécessaires au déclenchement
de l'exsudat inflammatoire. L'inflammation méningée aboutit
à des altérations des vaisseaux méningés,
véritable vascularite accompagnée de thromboses participant
à l'anoxie cérébrale et aux altérations du
débit sanguin cérébral conduisant au coma, à
des manifestations neurologiques graves.
Approche biologique [3, 12]
L'examen biologique et bactériologique du LCR oriente vers une
méningite bactérienne purulente avec un aspect trouble,
une cellularité supérieure à 1000/mm3
à prédominance de polynucléaires neutrophiles, une
glycorrachie abaissée à moins de 2 mmol/l avec abaissement
du rapport glycorrachie/glycémie (< 0,3) et une protéinorrachie
> 1 g/l (nombreuses variations qualitatives). L'examen direct avec
coloration de Gram est essentiel pour un diagnostic étiologique
rapide (dans l'heure qui suit le prélèvement) dans plus
de 90 % des cas. La culture du LCR permet l'isolement, l'identification
dans plus de 95 % des cas et l'antibiogramme (résultats obtenus
en 18 à 24 heures). Le disque d'oxacilline à 1 µg identifie
la résistance aux bêta-lactamines, complété
en parallèle par la détermination des CMI (vis-à-vis
de la pénicilline G et des bêta-lactamines : méthode
classique de dilution, E-test). La recherche d'antigènes solubles
(techniques d'agglutination de particules de latex sensibilisées)
peut conforter le diagnostic lorsque le Gram est douteux ; le gain diagnostic
est très faible lorsque le Gram est négatif.
Les hémocultures sont indispensables : 100 % des diagnostics
microbiologiques sont portés par l'association avec la culture
du LCR [3]. Les résultats des examens biologiques (polynucléose,
élévation de la protéine C-réactive sanguine)
ne sont pas spécifiques d'une étiologie bactérienne.
Diagnostic clinique [3, 12-15]
La méningite à pneumocoque, comme les autres méningites
purulentes communautaires, se définit par l'existence d'un syndrome
infectieux avec signes méningés fréquents mais non
indispensables au diagnostic. Les facteurs de risque sont l'immuno-dépression
(2,5 %), la splénectomie (moins de 1 %), une brèche méningée
et/ou une malformation de l'oreille interne (plus de 10 % des cas ; pré-éxistant
à la méningite ou retrouvées à l'occasion
de celle-ci). Plus d'un tiers des enfants ont reçu une antibiothérapie
préalable (bêta-lactamines surtout).
Le tableau initial est sévère : troubles de la conscience
(près de deux tiers des cas), convulsions (près d'un quart
des cas) et signes neurologiques en foyer (près d'un enfant sur
10) au moment du diagnostic. Ces enfants sont adressés en réanimation,
dans plus d'un tiers des cas, pour une durée moyenne de 6 jours.
La virulence du germe rend compte de la fréquence des complications,
de la létalité et des séquelles. Une mortalité
de 10 % a été observée [3]. Presque tous les décès
ont été précoces, dans les 3 premiers jours, et étaient
associés à un pneumocoque de sensibilité normale.
Ce taux de mortalité est celui observé dans les pays industrialisés
(8 à 15 %, chez l'enfant), moins important que chez l'adulte âgé.
Les pays en voie de développement ont des taux de mortalité
plus élevés. La morbidité est restée globalement
inchangée au cours des dernières années avec un risque
de séquelles de 20 à 30 %, avant tout sensorielles (surdité
de perception). Les facteurs de risque de sa survenue [13-15], sont l'augmentation
de la pression intracrânienne, le sexe masculin et une rigidité
de la nuque exprimant l'importance de l'dème cérébral.
Les autres complications sont à type d'épilepsie, de déficit
moteur, de retard du développement psychomoteur de sévérité
variable. L'évaluation du retentissement sur les fonctions cognitives
(entrée à l'école) nécessite un suivi prolongé.
Traitement des méningites à pneumocoque
La résistance croissante aux antibiotiques du pneumocoque a rendu
difficile le traitement des méningites [16-18]. En 2001, l'arsenal
thérapeutique est moins performant que dix ans plus tôt.
Le traitement optimal doit respecter les critères prédictifs
d'efficacité des antibiotiques : éradication rapide des
bactéries du LCR, quotient inhibiteur (QI : rapport entre la concentration
d'un antibiotique et la CMB in situ) > 10 et temps au-dessus
de la concentration minimale bactéricide (CMB) de 100 %.
La stérilisation rapide du LCR dépend de la rapidité
de mise en route du traitement, de l'importance de l'inoculum initial
bactérien, des propriétés pharmaco-cinétiques
et pharmaco-dynamiques des antibiotiques choisis, en particulier de leur
pénétration dans le LCR (tableau
1). Néanmoins, leurs concentrations subissent des variations
importantes du fait des caractéristiques physico-chimiques, des
doses utilisées, du degré d'inflammation des méninges
(quand elle augmente, la pénétration des molécules
augmente également ; les corticoïdes en expérimentation
animale diminuent la pénétration de la vancomycine et à
un degré moindre celle des C3G). Globalement la demi-vie des molécules
dans le LCR est plus longue que dans le sérum.
Le QI a une importance capitale. Pour une activité optimale,
des concentrations de bêta-lactamines supérieures de 10 à
30 fois à la CMB sont nécessaires. Plus la sensibilité
du pneumocoque est diminuée plus on observe une baisse du QI. Pour
des bactéries à haut niveau de résistance à
la pénicilline, aucun antibiotique y compris la vancomycine ou
la rifampicine n'obtient de QI suffisant. Ceci conduit à augmenter
les doses de C3G, utiliser des associations synergiques, pour le contrôle
rapide de l'éradication bactériologique du LCR.
L'activité bactéricide des bêta-lactamines est temps
dépendant. Le temps pendant lequel leur concentration est au-dessus
de la CMI est le meilleur paramètre prédictif d'efficacité.
Parmi les antibiotiques [12], certaines céphalosporines injectables
doivent être écartées : céphalosporines de
1ère et 2ème génération
ainsi que certaines C3G (ceftazidine, ceftizoxime, cefotiam, cefmenoxime,
latamoxef) ; le cefepime et le cefpirome dont l'activité in
vitro est intéressante, ont une expérience clinique
insuffisante. L'imipénème, très actif sur l'ensemble
des pneumocoques, peut entraîner un risque de convulsions (comme
la pénicilline G) à des concentrations trop élevées
dans le LCR. Parmi les autres classes antibiotiques, la vancomycine et
la teicoplanine sont actives sur tous les pneumocoques ; la rifampicine
et la fosfomycine, régulièrement actives, doivent être
utilisées en association du fait du risque de sélection
de mutants résistants. Plusieurs associations d'antibiotiques,
ayant in vitro un effet additif et synergique, sont intéressantes
sur les souches PSDP. L'association de cefotaxime ou de ceftriaxone avec
la vancomycine apparaît la plus pertinente, à partir de données
expérimentales et cliniques.
Des recommandations thérapeutiques ont été
faites en France en 1996 (figure
1) [12] et aux États-Unis [19, 20]. Elles sont basées
sur des données épidémiologiques, bactériologiques
expérimentales et des études cliniques ouvertes. Avec les
posologies proposées : cefotaxime 200 à 300 mg/kg/j en 4
perfusions ou ceftriaxone 100 mg/kg/j en 1 à 2 injections, associées
à la vancomycine 60 mg/kg/j en 4 perfusions d'au moins une heure,
aucun échec microbiologique n'a été enregistré
pour des CMI ne dépassant pas 2 mg/l. Le risque existe lors d'autres
décisions thérapeutiques : monothérapie d'une dose
classique de cefotaxime, de ceftriaxone ou d'amoxicilline, autres associations
thérapeutiques. Le traitement initial ayant été débuté
immédiatement, une réévaluation se fait à
36-48 heures sur les données cliniques et une deuxième PL
dite de contrôle. Un éventuel dosage d'antibiotiques in situ
pouvant être utile dans certaines situations cliniques, la conservation
d'un tube est souhaitable. L'échec microbiologique se définit
pas une culture positive de la deuxième PL. Plusieurs observations
ont été rapportées dans le monde [21, 22]. Lorsque
le traitement recommandé a été introduit, les enfants
dits en échec ont guéri sans avoir plus de séquelles
que les autres.
La durée proposée pour l'antibiothérapie est de
10 à 14 jours (elle était de 14 jours dans l'enquête
française) voire plus en cas de CMI > 0,5 mg/l vis a
vis de la bêta-lactamine utilisée et/ou une évolution
lentement favorable.
Une situation de méningite récurrente implique la recherche
d'une malformation de l'oreille interne ou d'une brèche méningée.
Quelques cas sont décrits dans un contexte d'immuno-suppression,
chez des enfants soignés pour cancers.
L'intérêt des corticoïdes [12] est de prévenir
la réponse inflammatoire en réduisant la production des
cytokines. Ils se discutent devant les réactions inflammatoires
locales responsables d'dème cérébral, les phénomènes
de vascularite. Néanmoins, ils ont des limites d'utilisation :
possible interférence sur l'efficacité du traitement antibiotique
par réduction de l'inflammation méningée et de la
pénétration des antibiotiques dans l'espace méningé,
risque de dissémination de l'infection, apparition d'infections
secondaires, interférence avec le traitement et la surveillance
de l'évolution. Si des résultats intéressants ont
été constatés dans les méningites à
H. influenzae b, la démonstration de leur efficacité
dans les méningites à pneumocoque n'est pas bien étayée
dans la littérature. La corticothérapie, quand elle est
utilisée, doit l'être précocement, quelques minutes
avant la première dose d'antibiotique, sous forme de dexaméthasone
IV à la dose de 0,6 mg/kg/j en 2 à 4 injections pour une
durée de 2 à 4 jours. Certains auteurs ont montré
un effet sur les séquelles neuromotrices.
La place de l'imagerie est limitée dans la prise en charge initiale
[12]. La survenue, à un moment de l'évolution, de signes
neurologiques focalisés ou de tout autre signe faisant craindre
une complication intracrânienne, mérite la réalisation
d'un scanner cérébral. Il suffit pour le diagnostic de la
plupart d'entre elles : hydrocéphalie, abcès, empyème,
infarcissement hémorragique, ventriculite. L'IRM, plus performante
(spécificité et sensibilité supérieures à
celle du scanner), souvent d'accès plus difficile, n'apporte d'argument
complémentaire décisif qu'en cas de thrombophlébite
(l'IRM ou l'angio-IRM est l'examen de choix). Chez le nourrisson, l'échographie
transfontanellaire, de réalisation facile, permet le dépistage
d'abcès, ventriculite ou hydrocéphalie. Dans les méningites
post-traumatiques ou récidivantes, le scanner en coupe millimétrique
axiale et frontale, examen de choix, met en évidence les petites
déhiscences osseuses (brèche ostéodurale, malformation
de l'oreille interne).
CONCLUSION Les
méningites à pneumocoque, peu fréquentes chez l'enfant,
sont graves : mortalité de l'ordre de 10 %, morbidité atteignant
30 %. La résistance du pneumocoque aux beta-lactamines est croissante
en taux et en niveau de résistance, entraînant des problèmes
thérapeutiques complexes et un risque d'échec. Le vaccin conjugué
anti-pneumococcique 7-valent dont l'efficacité est démontrée,
rend possible la prévention des cas dus aux sérotypes contenus
dans celui-ci [20, 23, 24]. REFERENCES
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