ARTICLE
Les déformations du pied de
l'infirme moteur cérébral
Toute déformation rencontrée doit être
étudiée et considérée dans l'optique de l'ensemble
du membre inférieur et des possibilités globales de l'enfant.
Les attitudes vicieuses ou déformations sont la conséquence
du déséquilibre musculaire induit par le désordre
neurologique (faiblesse de certains groupes musculaires, contractions
excessives ou anarchiques). L'effondrement postural en charge, le mauvais
positionnement chez un enfant immobile ajoutent leurs effets déformants.
Chez l'enfant en croissance, le déséquilibre musculaire
persistant entraîne des déformations structurales nécessitant
une prise en charge orthopédique ou chirurgicale.
Pied équin
Cette déformation est due à un déséquilibre
musculaire entre un triceps hyperactif et des releveurs du pied (jambier
antérieur) normaux ou faibles. Elle gêne la stabilité
lors de la station debout et impose une démarche digitigrade avec
hyperextension du genou ou à l'inverse attitude en flexion compensatrice
du genou.
L'équin dynamique peut être traité
par neurotomie sélective [3] ou injection intra-musculaire d'alcool
à 45° ou plus récemment par de la toxine botulinique
[4]. Ces procédés affaibliront temporairement le muscle
et contribueront à réduire le déséquilibre
musculaire. L'utilisation de la toxine botulinique est de plus en plus
répandue avec des effets bénéfiques pouvant durer
près de 6 mois et une possibilité de répéter
les injections. Ces infiltrations constituent aussi des tests avant tout
traitement chirurgical définitif.
Une déformation en équin fixé sera
traitée chez l'enfant en croissance par des plâtres successifs
suivis d'un maintien orthétique nocturne et éventuellement
diurne. Les plâtres et orthèses ont souvent un effet bénéfique
pour lutter contre l'hypoextensibilité musculo-tendineuse et envisager
le traitement chirurgical de la rétraction à un âge
ultérieur.
Le traitement chirurgical comporte une fasciotomie des
jumeaux si l'équin est correctible genou fléchi ou un allongement
du tendon d'Achille mesuré si l'équin ne se corrige pas
genou fléchi [5]. Le maintien orthétique sera prolongé.
Déformation en talus
Cette déformation peut être iatrogène
après allongement trop important du triceps, mais peut se voir
aussi quand on a négligé de traiter les déformations
sus jacentes (genu flexum - flexum de hanche) qui imposent des contraintes
dans le sens de la flexion dorsale du pied (talus).
Déformation en varus
Dans cette déformation il y a déséquilibre
entre les inverseurs (jambier antérieur, jambier postérieur
et triceps) et les éverseurs (péroniers latéraux).
Elle entraîne une instabilité du pied en charge (figure
1), un steppage en phase oscillante de la marche et parfois des
difficultés de chaussage.
Les transferts tendineux ont une place de choix pour la
correction de ce déséquilibre : hémitransfert du
jambier antérieur ou hémitransfert du jambier postérieur
(figure 2) selon les résultats
de l'examen clinique et instrumental [6]. En cas de déformation
fixée, des ostéotomies correctrices ou même une double
arthrodèse en fin de croissance doivent être associées
à la chirurgie de rééquilibration musculaire.
Déformations en valgus
et équin valgus
Elles sont très fréquentes chez le diplégique
infirme moteur cérébral, alors que les déformations
en varus sont plus fréquentes chez l'hémiplégique.
Elles sont dues au déséquilibre entre un triceps hyperactif
avec un jambier postérieur faible et des muscles péroniers
spastiques. Ces déformations sont souvent associées à
des anomalies de rotation des membres inférieurs (figure
3) avec antéversion excessive des fémurs et rotation
externe compensatrice excessive des squelettes jambiers. Les saillies
osseuses anormales des pieds déformés peuvent entraîner
des conflits cutanés et rendre le chaussage difficile. De plus,
ces déformations diminuent l'efficacité mécanique
de l'appui du pied au sol lors de la station debout et de la marche.
Le traitement des déformations souples en valgus
peut être initialement contrôlé par des orthèses
(coque moulée, attelle plastique jambe-pied). Cependant, avec l'âge,
elles sont de moins en moins bien tolérées et difficiles
à maîtriser par des traitements orthopédiques. La
chirurgie sera ostéoarticulaire avec traditionnellement une intervention
dite de Grice (arthrodèse de la région du sinus du tarse
fixant astragale et calcanéum dans une position de correction de
la déformation en valgus) ou actuellement des ostéotomies
calcanéennes d'allongement non enraidissantes [7]. En fin de croissance,
les déformations majeures et raides seront souvent traitées
par double arthrodèse.
Le genou
Genu flexum et attitude en triple
flexion (figure 4)
Le flexum du genou peut être dû à une
hypertonie - rétraction des ischiojambiers, une hypertonie - rétraction
des fléchisseurs de hanches compensée par un genu flexum,
une faiblesse du muscle triceps imposant un genu flexum compensateur.
Tous ces facteurs sont à considérer pour un traitement global
en un temps de cette attitude en triple flexion.
La correction de la rétraction des ischiojambiers
chez un enfant à potentiel de déambulation est faite par
un allongement fractionné des ischiojambiers internes dans leur
partie distale près du genou.
La persistance d'une démarche en flexion du genou
conduit avec la croissance à l'apparition d'une patella alta (figure
5), d'une élongation du tendon rotulien, de sursollicitations
sur la tubérosité tibiale antérieure ou la pointe
de la rotule avec déficit de l'extension active du genou et douleurs.
Cette déformation est traitée chez le grand enfant par abaissement
de la rotule, plicature du tendon rotulien et allongement distal du droit
antérieur [8].
Déformation en hyperextension
du genou et démarche genou raide en extension (figure
6)
La spasticité du droit antérieur diminue
ou empêche la flexion du genou pendant la phase oscillante de la
marche et se traduit par une démarche jambe raide avec une difficulté
au passage du pas. Elle est souvent la conséquence d'un allongement
chirurgical important des ischiojambiers en présence d'un droit
antérieur spastique et à activité électromyographique
continue pendant la phase oscillante de la marche. Son traitement est
le transfert distal du droit antérieur sur les ischiojambiers [9].
La hanche
La surveillance d'une hanche en croissance impose un examen
semestriel des amplitudes articulaires en abduction et un examen radiographique
annuel (radio du bassin de face standard) (encadré
1, figures 7a à 7e).
Raideur en extension
Elle est observée chez un enfant tétraparésique
et empêche la station assise en raison de la perte de flexion de
la hanche (figure 8).
Une cyphose est créée dans la région lombaire ou
thoracolombaire. A la longue, une luxation antérieure des têtes
fémorales peut survenir.
Le traitement orthopédique consiste initialement
en des mobilisations des muscles rétractés (ischiojambiers,
grand fessier). associées à un positionnement correct des
membres inférieurs pour éviter l'attitude préférentielle
(attitude en batracien, par exemple) et ce dès la période
néonatale.
Dans les cas plus sévères, un traitement
chirurgical de libération des parties molles concernées
(ischiojambiers près de l'ischion, grand fessier) peut être
indiqué pour autoriser une station assise correcte et éviter
une détérioration rachidienne et des hanches [10].
Flexum de hanche
Les déformation en flexion sont dues à une
rétraction - contraction des muscles fléchisseurs de hanche
(psoas iliaque, iliaque +++, muscle tenseur, droit antérieur).
Chez l'enfant qui n'a pas de potentiel de marche, cette
déformation sera uniquement traitée par des mobilisations
et postures. Par contre, chez l'enfant déambulant, cette déformation
sera évaluée dans le contexte global du membre inférieur
et de l'adaptation posturale du bassin et du rachis lombaire. Le traitement
chirurgical sera proposé si le flexum excède une vingtaine
de degrés. La technique actuellement préconisée est
l'allongement du tendon du psoas au sein de sa masse charnue au niveau
du bassin. Tout en libérant l'attitude vicieuse, elle préserve
au maximum la force fléchissante.
Attitude vicieuse en adduction
Elle est due à des contractions sur les adducteurs
de hanche courts (moyen adducteur - petit adducteur) et/ou longs (droit
interne). Chez l'enfant en cours d'acquisition de la déambulation,
l'attitude en adduction entraîne une marche en ciseaux. Chez tous
les enfants, cette attitude vicieuse prédispose à la dysplasie
de hanche et si non traitée à la subluxation, puis luxation
de hanche [11].
Le traitement initial chez le petit enfant comporte des
mobilisations passives et surtout une posture correcte des membres inférieurs
la journée dans un siège moulé ou une valve de verticalisation
et la nuit dans un appareillage s'opposant à l'attitude vicieuse.
Le traitement chirurgical est indiqué en cas d'accentuation
de la rétraction, de la gêne entraînée lors
de la déambulation et en cas de dégradation du centrage
articulaire des hanches avec majoration de la dysplasie osseuse.
La libération isolée des parties molles comporte
habituellement la section des moyen adducteur et droit interne près
du pubis [12]. En cas de dysplasie importante de hanche (antéversion
excessive, inclinaison excessive, dysplasie du cotyle) ou a fortiori
en cas de subluxation ou luxation de hanche, le traitement chirurgical
associe à la libération des adducteurs une correction de
la dysplasie osseuse fémorale et pelvienne (figure
9) [13].
Il faut noter la plus grande fréquence des luxations
de hanche chez les enfants tétraparésiques et/ou avec retard
mental.
Attitude vicieuse en rotation
interne
La démarche en rotation interne résulte d'une
persistance anormale d'une antétorsion excessive des extrémités
supérieures du fémur. Elle peut être associée
à une hyperactivité des muscles rotateurs internes de hanche
(ischiojambiers internes, moyen fessier, muscle tenseur). Cette antéversion
excessive est souvent associée chez le diplégique spastique
à d'autres anomalies du membre inférieur : flexum de hanches
et de genoux, rotation externe importante du squelette jambier, ...
Cette antéversion fémorale excessive sera
corrigée quand elle est associée à une subluxation
ou dysplasie de hanche. L'intervention comportera une ostéotomie
de dérotation fémorale associée à une ostéotomie
pelvienne.
L'indication chirurgicale est plus difficile à poser
en cas de bon centrage radiographique avec un cotyle normal. L'ostéotomie
de dérotation fémorale sera alors indiquée si l'enfant
tombe fréquemment en raison de l'endorotation, a un équilibre
précaire ou développe des anomalies rotationnelles secondaires.
Le moment idéal est mal défini tout en sachant que l'antéversion
excessive ne se corrigera pas avec le temps.
Les déformations du rachis
[14]
Elles surviennent essentiellement chez l'enfant quadriplégique.
Il faut bien distinguer entre les attitudes du tronc défectueuses
réductibles et les déformations structurées. Deux
types de déformations sont en pratique rencontrés (figure
10) : celles où le profil est le plus perturbé (cyphose
localisée ou globale, hyperlordose), celles où la déformation
est tridimensionnelle (scoliose). L'examen du tronc doit faire la part
entre les raideurs passives structurales et les limitations liées
aux contractions parasites. Les rétractions musculaires du tronc
les plus fréquentes touchent les muscles des ceintures, le carré
des lombes et la masse sacro-lombaire. Certaines attitudes vicieuses de
hanche peuvent retentir sur la statique rachidienne (encadré
2).
En procubitus, cuisses pendantes au bord de table, on apprécie
la scoliose, l'équilibre du tronc et du bassin. En position assise,
on évalue en plus les gibbosités, l'effondrement du tronc,
la répartition des appuis ischiatiques et les capacités
kinesthésiques.
Les mesures radiologiques se heurtent à 2 difficultés
: imprécision liée aux contractions irrépressibles
de repos et choix de l'incidence. La radiographie du rachis couché
doit être faite après relâchement, rééquilibration
du tronc et du bassin en conservant les attitudes vicieuses des membres
inférieurs.
En ce qui concerne l'évolution et la croissance
du rachis, le plus grand nombre des scolioses ne font vraiment parler
d'elles qu'en puberté avec un accroissement évolutif brutal.
L'âge de survenue de cet événement peut surprendre
en raison de sa précocité et du caractère isolé
de la pilosité pubienne (phénomène pubertaire particulier
propre à certaines atteintes cérébrales où
la phase surrénalienne reste isolée). Parfois au contraire,
la puberté est tardive et souvent explosive.
A l'âge adulte, il ressort d'une étude rétrospective
que l'étendue de l'atteinte neurologique et la sévérité
de la scoliose sont corrélées [14]. La fréquence
du bassin oblique augmente avec la gravité de la scoliose. Les
douleurs se rencontrent plus fréquemment dans le groupe de scolioses
non opérées.
Le traitement des déformations du rachis ne peut
se concevoir qu'en fonction de la prise en charge globale de l'enfant
: épilepsie, troubles respiratoires, troubles digestifs, traitement
des contractions.
Le traitement orthopédique médical comporte
:
* la kinésithérapie avec, comme pour les
déformations rachidiennes idiopathiques, l'assouplissement des
ceintures et du rachis, le renforcement musculaire, la rééducation
proprioceptive et respiratoire ;
* les installations sont utiles car elles cassent un schéma
moteur préférentiel, améliorent ou rendent possible
la station assise, libèrent les possibilités motrices fonctionnelles
(pelvipédieux pour la nuit, corset siège pour le jour, verticalisation
des enfants ne marchant pas). Les installations permettent de varier les
positions dans la journée, elles sont à adapter à
chaque cas.
Pour une meilleure station assise,
on utilise différents types de corset :
Le corset anti-effondrement, le corset TLSO (thoracolombosacral
orthosis), le corset en cuir chez les grands adolescents ou jeunes
adultes et le corset monovalve avec simple mousse au niveau du pince taille.
Dans les scolioses très évolutives, il semble que ce soit
le corset garchois qui donne les résultats les plus intéressants
et permet d'attendre le bon moment pour l'arthrodèse. Son pouvoir
correcteur est bon en raison de l'excellente tenue du bassin. Il n'est
pas contraignant au niveau gastrique, intestinal ou respiratoire.
Les indications du traitement chirurgical [15] sont :
L'évolutivité en période de croissance,
la détérioration fonctionnelle due au retentissement de
la déformation rachidienne sur la déambulation et les transferts,
ainsi que sur la station assise.
La stratégie chirurgicale prend en compte la déformation
rachidienne (réductibilité, bassin oblique, équilibre
global, retentissement des membres inférieurs), la maturation,
le statut fonctionnel et le terrain. La fixation - fusion postérieure
s'étend vers le bas jusqu'au sacrum si il y a un collapsus rachidien
majeur frontal ou sagittal ou s'il existe un bassin oblique homologue.
L'arthrodèse vertébrale antérieure associée
est indiquée dans les déformations raides (libération
par discectomies totales étagées), en cas de jeune âge
(épiphysiodèse) et en cas de conditions mécaniques
défavorables pour la stabilité à long terme.
La présence d'une obliquité pelvienne impose
une analyse clinique à la recherche de la cause de l'obliquité
pour adopter au mieux le traitement chirurgical (encadré
3).
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ENCADRÉ 2
Retentissement
des attitudes vicieuses
des
hanches sur le rachis
Attitudes
vicieuses sans retentissement rachidien
Celles qui sont symétriques, à
condition qu'elles ne retentissent pas sur le statut fonctionnel
ou les installations.
Exemples :
* Limitation du volant d'abduction
* Rotation prédominante dans un secteur
* Flexum modéré
Attitudes
vicieuses avec retentissement rachidien
Attitudes vicieuses en extension :
* Perturbent la station assise
* Entraînent une déformation
en cyphose
Bassin oblique de cause basse
:
* Déformation tridimentionnelle
* Entraîne une courbure scoliotique
Faut-il
traiter les attitudes vicieuses de hanche ?
OUI pour mener au mieux le traitement orthopédique
ou chirurgical de la déformation rachidienne.
MAIS, il n'est pas démontré
que le traitement des attitudes vicieuses de hanche influence l'évolutivité
de la déformation rachidienne. Cependant, la suppression
des causes basses néfastes permettra un meilleur positionnement
du bassin et facilitera le traitement de la déformation rachidienne.
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ENCADRÉ 3
Bassin
oblique - coup de vent des membres inférieurs
L'obliquité pelvienne
est une déformation tridimensionnelle entre le rachis et
les membres inférieurs.
Dans l'obliquité infrapelvienne,
les rétractions et déformations des hanches (coup
de vent des hanches) déplacent le bassin. Son obliquité
sera corrigée par la correction des attitudes vicieuses des
hanches et des genoux.
L'obliquité suprapelvienne
est due à une déformation rachidienne qui se continue
jusqu'au bassin. Les hanches ne pourront être symétriques
qu'après rééquilibration du tronc sur le bassin
(par corset ou chirurgie).
Dans le cas où l'obliquité
pelvienne sera de cause mixte infra et suprapelvienne, des hanches
stables et symétriques ne pourront être obtenues qu'après
traitement du rachis et des hanches.
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CONCLUSION Les
anomalies orthopédiques rencontrées chez l'enfant et adolescent
infirme moteur cérébral sont la conséquence directe
de l'atteinte neurologique chez un sujet en croissance. Le traitement préventif
(installations optimales dès la période néonatale,
appareillage) a une place prépondérante pour lutter contre
le déséquilibre musculaire, les mauvaises postures et l'effondrement
en charge. Le traitement des déformations constituées peut
être médicamenteux (infiltration), orthopédique ou chirurgical.
Chaque déformation nécessite une analyse rigoureuse dans le
contexte orthopédique et neurologique global de l'enfant. Le traitement
chirurgical a considérablement évolué et fait partie
intégrante de la prise en charge globale quel que soit l'âge
de l'enfant. REFERENCES
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