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Limits in assisted reproductive techniques for biologists


Médecine Thérapeutique / médecine de la reproduction. Volume 9, Number 6, 399-402, Novembre-Décembre 2007, Revue

DOI : 10.1684/mte.2007.0114

Résumé   Summary  

Author(s) : Brigitte Leroy-Martin , Laboratoire de Biologie de la Reproduction, Hôpital Jeanne de Flandre, 2 avenue Oscar Lambret, 59037 Lille Cedex.

Summary : Since Assisted Reproductive techniques (ART) began, human have always tried to push away clinical and biological limits to help sterile couples. In the absence of male or female gametes donation still represents an alternative option. However, even when gametes are available, the success of ART encounters limits : spermatozoa limits or oocyte limits and their consequences on embryonic development. Focusing on the biological limits today allow an awareness of techniques evolution since thirty years and an evaluation of future solutions in ART failures.

Keywords : ART, limits, techniques, spermatozoa, oocyte

ARTICLE

Auteur(s) : Brigitte Leroy-Martin

Laboratoire de Biologie de la Reproduction, Hôpital Jeanne de Flandre, 2 avenue Oscar Lambret, 59037 Lille Cedex

Pour qu’un bébé naisse, il suffit de fabriquer un embryon et donc en théorie, il suffit d’un ovocyte et d’un spermatozoïde. Mais qu’en est-il en réalité ?

Depuis les débuts de l’AMP, l’homme a toujours essayé de dépasser les limites tant sur le plan clinique mais aussi sur le plan biologique et tout cela dans un seul et unique but : résoudre toutes les infertilités des couples pour que ceux-ci puissent tous connaître le bonheur d’une grossesse et d’une naissance. Plus de 3 millions d’enfants sont nés à travers le monde grâce aux progrès constants des techniques et pourtant, en 2007, nous nous heurtons à certaines limites impliquant spermatozoïdes, ovocytes ou embryons.

Les techniques classiques et leurs limites

La première technique, bien sûr la plus simple et la première proposée aux couples si cela s’avère possible, est l’insémination intra-utérine. Cependant, elle présente d’emblée ses limites puisqu’elle nécessite pour la femme, une bonne ovulation associée à une perméabilité tubaire et pour l’homme, un sperme correct. Il nous faut donc obtenir, après optimisation par gradients de densité, plus d’1 million de spermatozoïdes mobiles progressifs à inséminer.

La deuxième technique est la fécondation in vitro classique (FIV). C’est le point de départ de toutes les techniques en AMP. Elle date de bientôt 30 ans avec la naissance de Louise Brown en 1978 en Angleterre et d’Amandine en France en 1982. Elle est bien maîtrisée mais a aussi ses limites. Elle implique d’une part l’obtention d’un ou plusieurs ovocytes fécondables donc en métaphase de 2e division méiotique (avec expulsion du 1er globule polaire) après une stimulation hormonale et d’autre part la présence d’un nombre suffisant de spermatozoïdes mobiles progressifs : on considère qu’il faut au moins 500 000 spermatozoïdes mobiles fléchants après optimisation du sperme pour pouvoir obtenir des embryons en FIV.

Les limites biologiques de l’AMP ont été repoussées finalement assez récemment. La mise au point et le développement de l’injection intracytoplasmique d’un spermatozoïde (ICSI) ont révolutionné le traitement de nombreuses infertilités d’origine masculine. Le premier bébé conçu par ICSI est né en Belgique en 1992 et en France en 1994. L’ICSI comme la FIV implique aussi l’obtention d’un ou plusieurs ovocytes fécondables mais ne nécessite plus cette fois qu’un nombre minimal de spermatozoïdes utilisables en ICSI. Il faut donc suffisamment de spermatozoïdes de morphologie normale mobiles ou au moins vivants pour pouvoir injecter tous les ovocytes matures obtenus. Plus de 6 000 enfants sont nés par ICSI l’année dernière en France.

Mais en 2007, cette technique a encore ses limites et ne peut résoudre toutes les déficiences spermatiques.

Les limites spermatiques de l’ICSI

1re limite : limite de nombre

La cryptoazoospermie se caractérise par une absence de spermatozoïdes à l’examen direct du sperme et par la mise en évidence de spermatozoïdes après examen minutieux du culot de centrifugation. Les patients faisant l’objet d’une cryptoazoospermie risquent de présenter une azoospermie le jour de la tentative même si 2 recueils sont réalisés. Pour appréhender sereinement la tentative, ces patients peuvent bénéficier d’autoconservations itératives préalables [1]. Plusieurs recueils de sperme peuvent être effectués par le patient afin de pouvoir confectionner au moins 2 pailles avant la tentative. Il est nécessaire que l’éjaculat contienne une bonne dizaine de spermatozoïdes mobiles injectables pour qu’une paille puisse être réalisée. Une fois les pailles confectionnées et cryoconservées, la tentative est programmée en ICSI. Un certain nombre de patients échappent ainsi à un geste chirurgical et évitent le prélèvement testiculaire.

L’azoospermie (absence de spermatozoïdes) est soit d’origine excrétoire, soit d’origine sécrétoire. Elle représente 8 % des infertilités masculines. En cas d’azoospermie excrétoire (40 % des azoospermies), on peut en général récupérer des spermatozoïdes par prélèvement épididymaire (microchirurgical epididym sperm aspiration ou MESA). En cas d’azoospermie sécrétoire (60 % des azoospermies), on réalise une biopsie testiculaire uni ou bilatérale (testicular sperm extraction ou TESE) et on recherche les spermatozoïdes dans la pulpe par dilacération. Dès la mise en évidence d’un spermatozoïde mobile injectable, il est possible, soit d’utiliser les spermatozoïdes frais en ICSI si un cycle synchrone a été réalisé, soit, pour éviter un prélèvement ovocytaire avec biopsie testiculaire négative, de congeler immédiatement la suspension testiculaire en plusieurs paillettes selon la richesse du prélèvement. Ce n’est qu’après décongélation que les spermatozoïdes seront utilisés en ICSI [2]. En moyenne 50 % des biopsies testiculaires sont positives et congelables. Malheureusement, il est difficile de prédire avec certitude le résultat de la biopsie testiculaire à partir des critères échographiques (taille des testicules) ou biologiques (FSH, inhibine).

Pour pallier l’absence de spermatozoïdes matures, certaines équipes ont essayé de réaliser des tentatives d’ICSI à partir de spermatides rondes retrouvées soit dans l’éjaculat, soit dans les prélèvements testiculaires. Les résultats ont été décevants avec de faibles taux de fécondation, un risque élevé de fausses couches et un risque de malformations a priori plus important [3]. L’efficacité et l’innocuité de cette technique restent ainsi encore à prouver.

2e limite : limite de morphologie

Une tératospermie majeure n’empêche pas l’obtention de fécondation et de grossesse mais les chances de grossesse sont nettement moins grandes. De plus, il faut prendre en compte l’éventuel risque génétique de certaines anomalies morphologiques pour l’enfant à naître : par exemple, il ne faut pas injecter de spermatozoïdes macrocéphales qui sont dans 60 % des cas diploïdes ou aneuploïdes avec risque génétique pour le conceptus.

Une nouvelle approche technologique des anomalies morphologiques est apparue récemment : elle consiste à observer le spermatozoïde en microscopie haute résolution, c’est-à-dire à un très fort grossissement, à x par 6 600. Le spermatozoïde est ainsi grossi plus de 16 fois soit plus qu’avec le grossissement habituel : c’est la technique du MSOME (motile sperm organellar morphology examination) qui a été décrite par Bartoov et son équipe dès 2002 [4]. On distingue beaucoup mieux les anomalies morphologiques et un spermatozoïde considéré comme normal au grossissement habituel peut être porteur d’anomalies, en particulier de vacuoles intranucléaires. Cette technique permet une sélection plus rigoureuse du spermatozoïde à injecter : c’est ce qu’on appelle l’IMSI (injection intracytoplasmique avec magnification du spermatozoïde). En cas d’échecs répétés d’implantation après ICSI qui sont probablement d’origine paternelle, ce procédé permet d’augmenter le taux de grossesses évolutives [5]. Cependant, c’est une technique lourde qui n’est réalisée que dans certains centres.

3e limite : limite de mobilité

L’akinétozoospermie absolue, donc l’absence de mobilité totale, est une situation qui peut être rencontrée lors de dyskinésies flagellaires ou avec des spermatozoïdes testiculaires. Le problème majeur en ICSI est de distinguer les spermatozoïdes vivants des spermatozoïdes morts. L’utilisation du test hypoosmotique (HOS : hypo osmotic swelling test) permet de repérer les spermatozoïdes vivants qui réagissent à la solution hypoosmotique par un gonflement et un enroulement du flagelle. Un autre procédé consiste à utiliser la pentoxifylline qui, grâce à son action sur l’AMP cyclique, permet aux spermatozoïdes immobiles mais vivants de retrouver une mobilité de courte durée facilitant ainsi la technique de l’ICSI [6].

4e limite : la fragmentation de l’ADN du spermatozoïde

La fragmentation de l’ADN est présentée par certains auteurs comme un facteur d’échec d’implantation ou de fausse couche après ICSI sans anomalie de l’embryogenèse précoce. Elle serait due à l’action délétère de radicaux libres. La susceptibilité au stress oxydatif du spermatozoïde est d’autant plus grande que la réorganisation du noyau avec en particulier sa condensation pendant la spermiogenèse n’a pas été parfaite. Le taux de fragmentation de l’ADN du spermatozoïde peut être quantifié par cytométrie en flux : un taux de fragmentation supérieur à 30 % pourrait expliquer certains échecs d’implantation ou des fausses couches répétés. Pour essayer de pallier ce problème, il est possible de proposer au patient un traitement antioxydant pendant 3 mois et en cas d’échec, il serait peut-être alors intéressant d’envisager l’IMSI [7].

Les limites ovocytaires de l’ICSI

La qualité ovocytaire est un élément majeur du succès de la technique et il est indispensable de disposer d’ovocytes matures en métaphase de 2e division méiotique pour assurer une fécondation et un bon développement embryonnaire. Environ 75 % des ovocytes ponctionnés sont matures et présentent une intégrité morphologique.

La technique de MIV (maturation in vitro) des follicules consiste à mener in vitro la transformation de l’ovocyte immature en ovocyte mature en le plaçant dans un milieu de culture adapté contenant des hormones et des facteurs de croissance. Sans stimulation ou après une très faible stimulation, les follicules de 3 à 11 mm de diamètre sont ponctionnés et on recherche les complexes cumulo-ovocytaires que l’on va faire maturer. Une fois l’obtention d’ovocytes matures, ceux-ci sont injectés par ICSI. Cette technique peut être utile pour des femmes présentant des ovaires polykystiques avec risque d’hyperstimulation sévère ou lorsqu’il existe de nombreux ovocytes immatures en stimulation classique, même si les taux de grossesse sont inférieurs à ceux de la FIV conventionnelle [8]. Les limites de cette technique se situent actuellement dans les conditions de recueil et de culture des ovocytes.

Les limites des techniques associées à l’ICSI

La congélation embryonnaire à 48 heures, 72 heures ou au 5e jour (qui correspond en général à un embryon à 4 cellules, à 8 cellules ou au stade blastocyste) est une technique qui a vu la naissance du premier bébé à avoir connu l’état congelé pendant sa vie embryonnaire en 1984 en Australie et en 1986 en France. Cette technique consiste à congeler les embryons surnuméraires obtenus en FIV ou en ICSI et qui présentent moins de 30 % de fragments cytoplasmiques. En effet, les embryons présentant plus de 30 % de fragments résistent très mal au processus de congélation-décongélation. La technique de congélation la plus utilisée est la congélation dite lente – descente en température progressive – utilisant comme cryoprotecteurs le sucrose et, soit le propane diol pour les embryons jusqu’à 8 cellules, soit le glycérol pour les blastocystes. Certaines équipes pratiquent la congélation ultrarapide par vitrification – descente brutale en température – nécessitant des fortes concentrations de cryoprotecteurs (Ficoll, DMSO, éthylène glycol) avec un risque toxique potentiel pour les embryons [9].

La culture prolongée jusqu’au stade de blastocyste à J5 ou J6 permet une meilleure sélection embryonnaire et va mettre en évidence l’activation du génome embryonnaire à J3. Le problème de cette technique est celui du blocage embryonnaire à J3 et d’un arrêt de l’embryon au stade de 8 cellules [10]. Par ailleurs, le blastocyste doit être réimplanté ou congelé avant son éclosion en général au 7e jour.

Le hatching consiste à perforer la zone pellucide située autour de l’embryon afin d’en faciliter l’éclosion et ainsi l’implantation. Le hatching peut être réalisé de façon mécanique, chimique, enzymatique ou avec laser. Les résultats sont controversés mais cette technique peut donner des bons résultats en termes de grossesse sur des embryons décongelés car la congélation embryonnaire entraîne un durcissement de la zone pellucide [11].

La congélation d’ovocytes est une technique qui a permis la naissance du premier bébé dès 1986 à Taïwan. Elle ne s’est développée que plus récemment avec l’arrivée de l’ICSI et l’amélioration des techniques de congélation embryonnaire. Le principal problème technique rencontré est la fragilité de l’ovocyte II dont les chromosomes sont bloqués en métaphase sur leur fuseau mitotique. Elle a surtout pour but de congeler de façon préventive des ovocytes dans le cadre de traitement stérilisant pour une réutilisation ultérieure dans le cadre d’une AMP [12].

Enfin, la congélation de tissu ovarien est une technique qui consiste à congeler des fragments de cortex ovarien chez des patientes qui vont devoir subir un traitement castrateur et qui souhaitent une grossesse dans l’avenir. C’est une technique efficace : en effet, 80 % des follicules primordiaux survivent au processus de congélation-décongélation. Cependant, elle pose le problème de la réutilisation des fragments congelés. S’il n’y a aucun risque de transmission de la maladie résiduelle, la greffe est possible et la première naissance par cette technique a été obtenue en 2004 en Belgique [13]. Dans l’autre cas, la seule possibilité est la maturation in vitro des follicules primordiaux afin d’obtenir des ovocytes matures utilisables en AMP. Cette technique qui a déjà permis l’obtention de grossesses chez l’animal, reste du domaine de la recherche dans l’espèce humaine.

Conclusion

Il existe encore des limites biologiques aux techniques en AMP. Cependant l’être humain, comme depuis les débuts de l’AMP, cherchera toujours à essayer de les dépasser. Cela impliquera d’améliorer encore les techniques en particulier la sélection des gamètes, spermatozoïdes comme ovocytes. En l’absence de ceux-ci, peut-être l’homme arrivera-t-il à fabriquer des gamètes à partir de cellules souches embryonnaires ? Certains échecs demeurent encore inexpliqués et les progrès constants réalisés en AMP permettront peut-être de proposer les solutions adéquates à ces couples présentant un désir d’enfant.

Références

1 Koscinski I, Wittemer C, Lefebvre-Khalil V, Marcelli F, Defossez A, Rigot JM. Optimal management of extreme oligozoospermia by an appropriate cryopreservation programme. Hum Reprod 2007 ; 22 : 2679-84.

2 Rigot JM, Saint Pol P. Indications et résultats de la cryoconservation de spermatozoïdes testiculaires. Expérience des CECOS. Contracept Fertil Sex 1998 ; 26 : 578-9.

3 Zech H, Vanderzwalmen P, Prapas Y, Lejeune B, Duba E, Schoysman R. Congenital malformations after intracytoplasmic injection of spermatids. Hum Reprod 2000 ; 15 : 969-71.

4 Bartoov B, Berkovitz A, Eltes F, Kogosowski A, Menezo Y, Barak Y. Real-time fine morphology of motile human sperm cells is associated with IVF-ICSI outcome. J Androl 2002 ; 23 : 1-8.

5 Berkovitz A, Eltes F, Lederman H, et al. How to improve IVF-ICSI outcome by sperm selection. Reprod Biomed Online 2006 ; 12 : 634-8.

6 Terriou P, Hans E, Giorgetti C, et al. Pentoxifylline initiates motility in spontaneously immotile epididymal and testicular spermatozoa and allows normal fertilization, pregnancy and birth after intracytoplasmic sperm injection. J Assist Reprod Genet 2000 ; 17 : 194-9.

7 Tesarik J, Mendoza-Tesarik R, Mendoza C. Sperm nuclear DNA damage : update on the mechanism, diagnosis and treatment. Reprod Biomed Online 2006 ; 12 : 715-21.

8 Poirot C, Abirached F, Vauthier-Brouzes D, et al. Maturation in vitro des ovocytes : bilan et perspectives dans l’espèce humaine. Gynecol Obstet Fertil 2003 ; 31 : 803-12.

9 Vanderzwalmen P, Zech N, Greindl AJ, Ectors F, Lejeune B. Cryopréservation des embryons humains par vitrification. Gynecol Obstet Fertil 2006 ; 34 : 760-9.

10 Plachot M, Guérin JF, Jimenez C. Prolongation des cultures embryonnaires et intérêt du transfert au stade de blastocyste. Gynecol Obstet Fertil 2002 ; 30 : 159-65.

11 Gabrielsen A, Agerholm I, Toft B, et al. Assisted hatching improves implantation rates on cryopreserved- thawed embryos. A randomized prospective study. Hum Reprod 2004 ; 19 : 2258-62.

12 Porcu E, Venturoli S. Progress with oocyte cryopreservation. Curr Opin Obstet Gynecol 2006 ; 18 : 273-9.

13 Donnez J, Dolmans MM, Demylle D, et al. Livebirth after orthotopic transplantation of cryopreserved ovarian tissue. Lancet 2004 ; 364 : 1405-10.


 

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