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Congenital hypogonadotropic hypogonadism: diagnostic, pathophysiological and genetic aspects


Médecine Thérapeutique / médecine de la reproduction. Volume 9, Number 5, 318-28, novembre-décembre 2007, Revue

DOI : 10.1684/mte.2007.0106

Résumé   Summary  

Author(s) : Jacques Young , Université Paris SUD 11–APHP, Service d’Endocrinologie et des Maladies de la Reproduction, Hôpital de Bicêtre, 78, rue du Général Leclerc, 94275 Le Kremlin Bicêtre.

Summary : The last 20 years, a great deal has been learned about the mechanism underlying congenital gonadotropin deficiency. Kallmann syndrome (KS) is a developmental disease that combines hypogonadotropic hypogonadism and anosmia. Anosmia is related to the absence or hypoplasia of the olfactory bulbs. Hypogonadism is due to GnRH deficiency and is likely to result from the failed embryonic migration of GnRH-synthesizing neurons. KS is phenotypically and genetically heterogeneous. The gene responsible for the X-chromosome linked form of the disease (KAL1) has been identified in 1991. KAL1 encodes anosmin-1, a glycoprotein present locally in various extracellular matrices during the period of organogenesis. The more recent finding that FGFR1 mutations are involved in one autosomal dominant form of Kallmann syndrome (KAL2), suggests that the disease results from a deficiency in FGF signaling at the earliest stage of olfactory bulb morphogenesis. It has been propose that the role of anosmin-1 is to enhance FGF signaling and suggest that the gender difference in anosmin-1 dose (because KAL1 partially escapes X-inactivation) could explain the higher prevalence of the disease in males. Mutations in these 2 genes, however, only account for approximately 20% of all Kallmann syndrome cases. In 2006, using a candidate gene strategy, mutations in the genes encoding the G protein coupled prokineticin receptor-2 (PROKR2) and one of its ligands, prokineticin-2 (PROK2), were found. These findings reveal that insufficient prokineticin-signaling through PROKR2 leads to abnormal development of the olfactory system and reproductive axis in man. They also shed new light on the complex genetic transmission of Kallmann syndrome. Isolated hypogonadotropic hypogonadism (IHH) is characterized by complete or partial failure of pubertal development due to impaired secretion of luteinizing hormone (LH) and follicle-stimulating hormone (FSH) but with a normal sense of smell. In the molecular pathogenesis of IHH, the gonadotropin-releasing hormone receptor (GnRH-R) plays a central role. GnRH-R germline mutations were among the first genetic alterations identified in eunosmic patients with IHH. These mutations are associated with impaired GnRH binding, ligand-induced signal transduction, or both, leading to various degrees of LH and FSH deficiency. In 2003, mutations of the KiSS-1-derived peptide receptor GPR54, involved in the control of GnRH secretion, were identified in patients with IHH, opening a new pathway in the physiologic regulation of puberty and reproduction.

Keywords : hypogonadotropic-hypogonadism, Kallmann, GnRH, gonadotropin, puberty

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ARTICLE

Auteur(s) : Jacques Young

Université Paris SUD 11–APHP
Service d’Endocrinologie et des Maladies de la Reproduction, Hôpital de Bicêtre, 78, rue du Général Leclerc, 94275 Le Kremlin Bicêtre

Les déficits gonadotropes congénitaux sont une affection hétérogène relativement rare ayant une prévalence estimée à près de 1/10 000. La majorité des cas est sporadique, mais il existe aussi des formes familiales. Dans près de 90 % des cas, les individus diagnostiqués sont de sexe masculin. Le diagnostic d’hypogonadisme hypogonadotrophique (HH) est rarement fait avant l’âge de la puberté devant l’existence d’une cryptorchidie uni- ou bilatérale ou d’un micropénis au cours de la période néonatale. Il peut être évoqué plus tard devant ces signes associés ou non à des symptômes évoquant un syndrome de Kallmann comme une anosmie ou des syncinésies surtout quand il existe déjà un cas familial. Le diagnostic d’hypogonadisme hypogonadotrophique congénital (HHC) est en fait le plus souvent suspecté devant une absence de développement pubertaire après l’âge de 13-14 ans. À ce stade, la présence d’un micropénis et/ou d’une cryptorchidie (figure 1A) affirme l’HHC et exclut un retard pubertaire simple. Lorsque le diagnostic est tardif, une pilosité pubienne peut apparaître (figure 1B), secondaire à la conversion tissulaire en testostérone de la DHEA surrénalienne qui peut à tort rassurer un médecin non expérimenté. Les déficits gonadotropes partiels se caractérisent par un certain degré de virilisation et un volume testiculaire supérieur à 6 millilitres (mL) et souvent inférieur à 10 mL [1, 2]. La croissance staturale pendant l’enfance est normale, et malgré l’absence de pic de croissance pubertaire, un retard statural n’est que très rarement un symptôme de consultation. Au contraire, l’absence de fermeture des cartilages de conjugaison des os longs explique l’aspect eunuchoïde (figure 1C), et la grande taille souvent observée chez ces patients. Lorsque le déficit gonadotrope est découvert à l’âge adulte, un retard de maturation osseuse et une ostéopénie sont fréquents [3].Un fait intéressant, découvert il y a longtemps mais décrit de plus en plus au cours de ces dernières années, est l’existence de formes réversibles d’HHC avec anosmie ou olfaction normale. Ces patients se présentent entre 15 et 20 ans avec des caractéristiques cliniques et hormonales (voir ci-dessous) typiques d’HHC. La réévaluation quelques années plus tard lors de fenêtres thérapeutiques permet de percevoir une augmentation spontanée du volume testiculaire accompagnée d’une augmentation des gonadotrophines et de la testostérone [4].

Exploration hormonale

Le diagnostic d’hypogonadisme hypogonadotrophique repose sur la mise en évidence d’une concentration plasmatique de testostérone basse (figure 2A) associée dans la majorité des cas à une baisse concomitante des gonadotrophines LH et FSH (figure 2B). Ce diagnostic est extrêmement facile en présence d’un déficit gonadotrope complet (ce qui est le cas dans plus de 90 % des cas) où la testostérone totale est pratiquement toujours inférieure à 1 ng/mL voire à 0,5 ng/mL. Le dosage d’inhibine B permet d’objectiver une baisse de ce peptide témoin de l’atteinte fonctionnelle sertolienne dans les déficits gonadotropes profonds [5-9]. Cependant, ce marqueur est d’une sensibilité insuffisante pour le diagnostic positif de l’hypogonadisme car il peut être normal dans les formes partielles mais, tout comme le volume testiculaire auquel il est bien corrélé. L’inhibine B apporte surtout des renseignements sur la profondeur de l’atteinte gonadotrope. Le maintien au niveau prépubère de l’hormone antimüllérienne (AMH) circulante [8-9] est une autre caractéristique des hommes atteints d’un hypogonadisme hypogonadotrophique mais compte tenu de sa régulation complexe par la testostérone testiculaire et la FSH [7-9], son utilisation en pratique clinique est délicate.

Le test à la GnRH

Bien que le test à la GnRH soit très utilisé, l’intérêt pratique de cette exploration dynamique est de plus en plus remis en question compte tenu d’un rapport, coût/efficacité médiocre. En effet, il ne contribue pas au diagnostic positif d’HHC ni ne permet de définir le siège hypothalamique ou hypophysaire du déficit gonadotrope : il peut être négatif dans les atteintes hypothalamiques profondes et positif dans les atteintes hypophysaires partielles [1, 10-12]. Dans les déficits gonadotropes congénitaux, la réponse au test est très variable et dépend de la profondeur du déficit souvent reflétée par le degré d’atrophie testiculaire. Ainsi, dans les formes complètes avec un volume des gonades inférieur à 3 mL, la réponse est souvent très faible ou absente alors que chez des patients ayant un déficit partiel avec des testicules supérieurs à 6 mL, la réponse peut être positive, voire exagérée pour la LH [10-12]. De toute façon, quelle que soit la réponse, seule une administration pulsatile de GnRH pendant une période supérieure à 10 jours permet dans la majorité des cas de reconnaître le niveau hypothalamique d’une atteinte. En résumé, le test à la GnRH sert plus à évaluer la profondeur d’un déficit gonadotrope congénital qu’à faire le diagnostic positif de celui-ci.

Exploration des autres fonctions antéhypophysaires et du métabolisme du fer

Avant de porter le diagnostic de déficit gonadotrope congénital isolé, une exploration de l’ensemble des fonctions antéhypophysaires est obligatoire de façon à ne pas méconnaître une hyperprolactinémie, une insuffisance antéhypophysaire globale ou une endocrinopathie associée. De même une hémochromatose juvénile doit être écartée (lire Salenave et al. sur « Les hypogonadismes hypogonadotrophiques acquis » p. 329-36).

Étiologies

Les causes d’hypogonadisme hypogonadotrophique congénital sont multiples (tableau 1) mais en fait, seules quelques étiologies concernent au plan diagnostique les endocrinologues adultes, l’HH isolé (HHI) et le syndrome de Kallmann qui représentent la grande majorité du recrutement d’un service d’endocrinologie d’adultes spécialisé dans cette pathologie (tableau 2). En effet, les autres causes, plus rares, sont le plus souvent diagnostiquées et prises en charge après la naissance et pendant l’enfance par des services pédiatriques (endocrinologie, nutrition ou neurologie).

Le syndrome de Kallmann

Description

Le syndrome de Kallmann est une maladie du développement neuronal définie par l’association d’un déficit gonadotrope congénital et d’une anosmie ou une hyposmie. Le premier cas a été rapporté en 1856 par l’anatomopathologiste espagnol Maestre de San Juan qui décrivit l’absence des lobes olfactifs chez un individu présentant une anosmie et une atrophie des organes génitaux externes [13]. Près d’un siècle plus tard, le généticien Kallmann montra le caractère familial de cette maladie. De Morsier confirma en 1954 les observations initiales de M. de San Juan et fit état d’autres anomalies neurologiques associées à ce syndrome [14]. Le syndrome de Kallmann est une cause fréquente de déficit gonadotrope congénital chez l’homme. La fréquence chez la femme serait au moins 5 fois plus faible (tableau 2). Dans la grande majorité des cas, le syndrome est découvert comme les autres HHC à l’occasion de l’exploration d’un retard pubertaire. Plus rarement, la maladie peut être suspectée chez le jeune garçon devant l’existence d’un micropénis et/ou une cryptorchidie associée à une anosmie. L’anosmie est liée à l’hypoplasie ou à l’aplasie des bulbes olfactifs fréquemment visualisée à l’IRM [15]. Avant l’âge pubertaire, le diagnostic hormonal ne peut être évoqué chez le nourrisson que dans les 6 premiers mois de vie. Dans ces cas, le diagnostic hormonal peut être confirmé au plan hormonal dans les 6 premiers mois de vie devant l’effondrement des gonadotrophines et de la testostérone et donc devant l’absence d’activation de l’axe gonadotrope physiologique en postnatal [16]. Le syndrome de Kallmann peut s’accompagner d’autres anomalies neurologiques et malformatives [1, 17-20] (tableau 3).

Tableau 1 Causes des déficits gonadotropes congénitaux

• Isolés

– Mutations inactivatrices du récepteur GnRH

– Mutation de la βLH

– Mutations de la βFSH

– Mutations de GPR54

– Idiopathiques (gènes non identifiés)

• Associés à d’autres endocrinopathies

– Avec hypoplasie congénitale des surrénales (DAX-1)

– Avec insuffisance ante-hypophysaire (PROP-1)

– Avec obésité morbide par mutation des gènes de la leptine, de son récepteur, de la POMC et de la proconvertase PC1

• Associés à des atteintes neurologiques

– Syndrome de Kallmann (mutations de KAL1, FGFR1/KAL2, PROKR2, PROK2)

– Syndrome de CHARGE

– Syndrome de Gordon Holmes (syndrome cérébelleux)

– Syndrome de Willi-Prader

– Syndrome de Laurence Moon

– Syndrome de Bardet-Bield (gènes BBS)

– HH avec surdité avec mutation de la connexine 26 ?



Tableau 2 Principales caractéristiques des 174 patients avec un hypogonadisme hypogonadotrophique congénital évalués dans le service d’Endocrinologie et Reproduction du CHU de Bicêtre (septembre 2007)

Hommes, n = 139

Femmes, n = 35

Kallmann, n = 78

– 12 avec mutations de Kal1

– 14 avec mutations de Kal2

HHI avec olfaction normale, n = 79

– 10 avec mutations du récepteur GnRH

– 6 avec mutations de GPR54

Autres causes, n = 17

– 1 avec mutation de βFSH

– 4 avec mutations de DAX1

– 2 syndrome de CHARGE

– 2 Gordon Holmes

– 2 avec anomalies de PROP1

– 2 Bardet Bield

– 4 Willi-Prader et non classés



Tableau 3 Principaux signes associés chez des patients atteints de Kallman avec mutations de KAL-1 et KAL-2

KAL-1

KAL-2

Localisation chromosomique

Xp22.3

8p11.2

Cas sporadiques

Rares

Fréquents

Agénésie rénale

Oui (30 %)

Non rapportée

Agénésie des déférents

Oui

?

Syncinésies controlatérales

Oui (75 %)

Rare

Fente labiale et/ou palatine

Non ? (palais ogival)

Oui

Agénésies dentaires

?

Oui

Surdité

Rare

Rare

Ptosis

Rare

?

Agénésie du cartilage nasal

Non

Oui

Génétique

En dehors des cas sporadiques qui semblent toujours les plus fréquents, trois modes de transmission ont été évoqués dans les formes familiales après étude des pedigrees : récessive liée au chromosome X (avec seulement des cas de sexe masculin) ; autosomique dominante (typiquement avec des sujets des deux sexes et des ascendants atteints) et autosomique récessive [19, 20]. Dans les familles, tout particulièrement celles présentant un mode de transmission autosomique, une dissociation des deux principaux symptômes, l’anosmie et l’hypogonadisme, est parfois observée (figure 3). Cette dissociation a été observée chez des jumeaux monozygotes et chez des frères. Enfin, l’absence de pénétrance de la maladie dans les formes autosomiques dominantes récemment décrites (voir plus loin) mimant des formes autosomiques récessives, rend difficile la détermination de la place réellement occupée par ces dernières.

Découverte du gène KAL1

Le gène responsable du syndrome de Kallmann lié à l’X a été localisé puis identifié, il y a près de 15 ans [21] grâce à une stratégie de clonage positionnel. Il est localisé au niveau du bras court du chromosome X près de la région pseudo-autosomique en Xp22.3. Ces mutations de KAL1 ont été décrites surtout dans des cas familiaux mais aussi, bien que rarement, dans des formes sporadiques masculines [19, 20].

Découverte du gène FGFR1/KAL2

Ce gène découvert en 2002, est responsable d’une des 3 formes autosomiques dominantes du syndrome de Kallmann [22]. Dans ce travail princeps, les 18 exons et les sites d’épissage adjacents de ce gène avaient été séquencés chez 129 malades présentant un syndrome de Kallmann. Dans 4 cas familiaux et 8 cas sporadiques, des mutations à l’état hétérozygote de FGFR1 ont été retrouvées. De plus, dans une famille consanguine, une mutation ponctuelle à l’état homozygote au niveau de l’exon 5 a été retrouvée. Cette famille présentait une forme plus sévère de la maladie. Depuis cette publication, d’autres mutations de ce gène ont été mises en évidence par plusieurs équipes [22-25].

Comme nous l’avons vu, au plan phénotypique, les patients avec syndrome de Kallmann peuvent présenter en plus de l’hypogonadisme et l’anosmie de nombreuses anomalies neurologiques et urogénitales. Parmi celles-ci, certaines semblent assez spécifiques de cette forme autosomique dominante par mutation de FGFR1/KAL2, telles que le bec-de-lièvre, la fente palatine, les agénésies dentaires multiples et l’absence unilatérale de cartilage nasal (tableau 3). On sait aussi que les mouvements en miroir ou syncinésies d’imitation ne sont pas totalement spécifiques des formes liées à l’X mais seulement plus fréquentes [22-25]. De même, la réalisation systématique d’une échographie rénale à tous les patients atteints de Kallmann permettra de savoir si les agénésies rénales peuvent aussi se voir en cas de mutation de FGFR1/KAL2 et pas seulement dans les anomalies de KAL-1 ou rarement dans d’autres formes autosomiques.

Découverte de la responsabilité des gènes de la prokinéticine 2, PROK2 et de son récepteur de type 2, PROKR2, dans 2 formes de syndrome de Kallmann autosomique dominant

Découverts en 2006 en tant que responsables de formes autosomiques de syndrome de Kallmann, ces gènes dont l’invalidation chez le rongeur [26, 27] est responsable d’un hypogonadisme hypogonadotrophioque et/ou une anosmie codent respectivement pour la prokinéticine 2 et son récepteur de type 2 qui est un récepteur à 7 domaines transmembranaires (figure 4). Les mécanismes par lesquels ces acteurs interagissent avec l’anosmine et FGFR1/KAL2 pour générer la maladie sont en cours d’étude. De même, les particularités cliniques des patients atteints de ces formes génétiques sont actuellement en cours d’évaluation. Il semble pour l’instant que dans ces formes génétiques les signes associés décrits chez les patients avec mutations de KAL1 et de FGFR1/KAL2 ne soient pas présents.

Comment orienter les explorations génétiques chez un sujet atteint d’un syndrome de Kallmann ?

Tout d’abord, il est important de faire une enquête familiale systématique et la plus exhaustive possible en recherchant des cas d’hypogonadisme et/ou d’anosmie dans la famille. Parallèlement, on recherchera chez les sujets atteints les différents signes cliniques associés (tableau 3) car leur relative spécificité peut faciliter la recherche de mutations des gènes impliqués dans cette maladie. D’une façon générale, lorsque seuls des individus de sexe masculin d’une famille présentent la maladie on débutera l’analyse génétique par KAL1 a fortiori s’il existe une agénésie rénale ou des mouvements en miroir (tableau 3). Si celle-ci est négative, on étudiera FGFR1/KAL2, puis PROK2 et PROKR2. En cas d’atteinte féminine, seuls ces 3 derniers gènes seront étudiés. La possibilité de digénisme (deux gènes responsables de Kallmann mutés touchant le même individu) a été évoquée comme cause pouvant accentuer le phénotype mais cette éventualité semble rare.

La recherche de mutations chez les patients atteints d’un Kallmann est utile pour le conseil génétique

Depuis vingt-cinq ans, le traitement de l’infertilité des sujets atteints d’hypogonadisme hypogonadotrophique congénital idiopatique ou secondaire à un syndrome de Kallmann s’est nettement amélioré. L’obtention de maternités et de paternités chez les femmes et les hommes avec un déficit en gonadotrophines est actuellement assurée en pratique clinique courante dans les services d’endocrinologie et de médecine de la reproduction par l’administration pulsatile de GnRH ou les injections répétées de gonadotrophines. L’efficacité de ces traitements pose actuellement le problème de la transmission de la maladie à descendance. En dehors des cas rares de consanguinité, le risque de transmission de l’HHC dans les formes autosomiques récessives sans anosmie est très faible.

La situation est différente dans les syndromes de Kallmann liés à l’X (anomalies de KAL1) ou autosomique dominant par mutation de FGFR1, PROK2 ou PROKR2. Dans le premier cas, le traitement depuis un quart de siècle de l’infertilité d’hommes avec mutations de KAL1 a eu comme effet de générer une descendance féminine, porteuse des mutations de KAL1 transmises par leurs pères, qui arrive progressivement à l’âge adulte. Nous sommes de plus en plus sollicités par ces femmes conductrices qui s’interrogent sur les risques de transmettre la maladie à des enfants de sexe masculin. Nous avons déjà programmé des surveillances de grossesse pour vérifier l’absence d’anomalie rénale qui est fréquente dans cette forme génétique. D’autre part, nous avons été confrontés à la naissance d’enfants de sexe masculin avec ou sans signes cliniques évocateurs d’HHC chez qui le diagnostic moléculaire (facilité par la connaissance de la mutation de la mère) a pu être fait rapidement. Ce diagnostic, corroboré par des explorations hormonales a permis dans certains cas de débuter un traitement androgénique d’un micropénis ou d’une cryptorchidie et même de débuter un traitement substitutif par les gonadotrophines en période néonatale de façon à rétablir le pic physiologique de ces hormones. Le diagnostic et ces traitements précoces vont probablement permettre d’améliorer la sexualité et la fertilité de ces patients à l’âge adulte qui reste imparfaite malgré les progrès accomplis. La connaissance précoce du diagnostic permettra aussi de débuter sans retard, dès l’âge physiologique de la puberté, un traitement hormonal substitutif ce qui va certainement limiter les conséquences psychologiques et osseuses du retard pubertaire qui sont actuellement la règle chez ces malades.

Une situation similaire est rencontrée lors de la prise en charge de l’infertilité des femmes et des hommes avec Kallmann par mutation de FGFR1/KAL2. Dans ce cas, le risque de transmission de la mutation est de 50 % avec les mêmes conséquences potentielles chez les nouveau-nés de sexe masculin. Là encore nous avons été confrontés à la nécessité d’un diagnostic prénatal rapide qui a débouché sur une prise en charge néonatale de la maladie.

Les hypogonadismes hypogonadotrophiques congénitaux sans anosmie dits idiopathiques ou isolés (HHI)

Classer un malade dans cette catégorie suppose d’avoir fait réaliser une olfactométrie. En l’absence de cet examen, le risque existe de méconnaître un syndrome de Kallmann avec hyposmie difficilement décelable par le simple interrogatoire. De plus, une difficulté supplémentaire de classification a été mise en évidence par des publications récentes montrant des individus ou des familles avec des mutations de FGFR1/KAL2 mais sans altération de l’odorat [28].

Chez l’homme, aucune mutation du gène de la GnRH n’a été décrite dans des hypogonadismes hypogonadotropes isolés sans anosmie

Les gènes de la GnRH ont été clonés dans plusieurs espèces et chez l’homme. C’est le gène de la GnRH de type 1 qui est impliqué dans la cascade gonadotrope. Il contient 4 exons séparés par 3 introns. En 1986, Masson et al. ont décrit une délétion du gène de la GnRH chez la souris hypogonadique hpg. La souris hpg est un modèle de déficit gonadotrope autosomique récessif dû à une carence en GnRH. Chez ces souris, les gonadotrophines hypophysaires répondent à la GnRH exogène. Une délétion de 33,5 kb incluant le troisième et la quatrième exon du gène de la GnRH a été démontrée chez la souris hpg. La preuve de la relation entre le génotype et le phénotype chez cette souris a été apportée par la réversion du phénotype grâce à l’introduction d’un fragment de 13,5 kb provenant du gène d’une souris normale et introduit par transgenèse [29]. Ces animaux transgéniques hgp ont une expression normale de la GnRH dans l’hypothalamus et un développement normal des organes reproducteurs leur permettant de se reproduire. Chez l’homme, aucune preuve de l’implication du gène de la GnRH dans les HHI n’a été jusqu’ici apportée. Aucune des études réalisées jusqu’à présent, en utilisant différentes techniques n’a montré d’anomalie (39, 40). Il en est de même dans plus d’une quarantaine de cas d’HHC idiopathiques que nous avons étudié. Seul un polymorphisme a été identifié sans que l’on puisse établir une relation causale avec la maladie (ML. Kottler, J. Young, données non publiées).

Mutations avec perte de fonction du récepteur de la GnRH et HHC

Devant l’absence d’anomalie du gène de la GnRH, en 1996, nous avions émis l’hypothèse qu’un dysfonctionnement du récepteur de la GnRH de type 1 pouvait être responsable de la sécrétion insuffisante de gonadotrophines et donc d’un déficit gonadotrope isolé sans anosmie. Dans une publication princeps, nous avons décrit des mutations responsables d’une perte de fonction du récepteur de la GnRH chez un homme et sa sœur, tous deux atteints d’un déficit gonadotrope partiel [2]. Les deux patients étaient des hétérozygotes composites alors que les parents et une autre sœur étaient hétérozygotes et avaient un phénotype normal. Une mutation (A ---> G) entraînait un changement de la glutamine 106 en arginine et une substitution G ---> A était responsable du changement de l’arginine 262 en une glutamine. L’activation de l’hydrolyse des P1P2 par la phospholipase C, lors d’une stimulation par la GnRH, était fortement diminuée pour les deux récepteurs mutés par rapport au récepteur sauvage. La mutation Glu 106 Arg localisée dans la première boucle extracellulaire diminuait fortement la liaison de la GnRH sur le récepteur. Par contre, la mutation Arg 262 Glu, localisée dans la partie C-terminale de la troisième boucle intracellulaire ne modifiait pas l’affinité pour la GnRH mais diminuait la transduction du signal. Depuis cette première description, de nombreux cas de familles présentant un déficit gonadotrope et des mutations du récepteur de la GnRH ont été rapportées [1, 2, 12] avec des déficits gonadotropes de sévérité variable (figure 5). Une anomalie partielle peut rendre compte du caractère incomplet du phénotype et de la réponse plus ou moins positive à la GnRH [2, 12]. Ces pertes de fonction peuvent concerner la liaison du ligand ou altérer la transduction du signal sans perturber la liaison de la GnRH à son récepteur.

Les anomalies du récepteur GPR54 : une cause inattendue de déficit gonadotrope congénital sans anosmie

En 2003, deux publications rapportent l’existence de mutations homozygotes responsables d’une perte de fonction d’un récepteur codé par le gène GPR54 dans 2 familles consanguines et 2 cas sporadiques [30, 31]. Au plan phénotypique, les sujets atteints ont un hypogonadisme hypogonadotrophique isolé sans anosmie. Rien ne semble a priori distinguer ces patients avec HHI de ceux avec une anomalie du R-GnRH si ce n’est la très bonne sensibilité à l’administration pulsatile de la GnRH exogène documentée dans un cas de mutation de GPR54 qui contraste avec la résistance, parfois complète, observée chez les sujets avec perte sévère de la fonction du R-GnRH surtout lorsque celle-ci est associée avec un profil de sécrétion de LH apulsatile.

Cette réponse à la GnRH pulsatile exogène conduit naturellement à s’interroger sur le niveau et le mécanisme de l’atteinte gonadotrope chez les sujets avec HHI et mutations de GPR54. La bonne réponse à l’administration de GnRH est en faveur d’une intégrité anatomique et fonctionnelle des cellules gonadotropes hypophysaires suggérant une origine hypothalamique de la maladie, donc un déficit de la sécrétion de GnRH.

Mutations de GPR 54, HHC et rôle du système KiSS-1-GPR54 dans la physiologie de l’axe gonadotrope [30-36]

GPR54 a été cloné en 2000 chez le rat. Il s’agit d’un récepteur à sept domaines transmembranaires ayant une analogie de séquence avec le récepteur de la galanine. Plus tard, l’orthologue humain GPR54, appelé aussi AXOR12 ou hOT7T175 a été identifié. La recherche de ligands naturels a permis de découvrir un peptide sécrété de 54 acides aminés, dérivé par clivage protéolytique, du produit protéique du gène supresseur de métastase KiSS-1 ayant une forte affinité pour GPR54. Cette nouvelle protéine, appelée metastin, contient à son extrémité C terminale une séquence Arg-Phe-NH2, caractéristique de la famille des peptides à motifs Rfamide. À ce jour, plusieurs peptides dérivés de KiSS-1 ont été identifiés. Désignés sous le terme général de kisspeptins, ils comprennent, outre la metastin (kisspeptin-54), la kisspeptin-14 et la kisspeptin-13. Ces trois peptides ont une capacité de stimulation de GPR54 similaire.

Initialement purifiée dans le placenta, la metastin est aussi exprimée dans le cerveau en particulier au niveau hypothalamique. Le récepteur GPR54, quand à lui est aussi exprimé dans le placenta ainsi qu’au niveau hypothalamique et hypophysaire.

Au plan fonctionnel, c’est essentiellement l’activité anti-métastase sur certaines tumeurs de la metastin qui a été explorée après sa découverte. La démonstration plus récente qu’une altération de cette voie de signalisation empêche le fonctionnement de l’axe gonadotrope chez l’homme et la souris a rapidement fait exploser le nombre de recherches consacrées aux effets physiologiques de KiSS-1/GPR54 sur la sécrétion des gonadotrophines.

Dans un travail publié par le groupe espagnol de Tena-Sempere, il a été exploré de façon plus précise chez le rat l’expression de KiSS-1 et de GPR54 au cours du développement et après certaines manipulations hormonales. Ces chercheurs ont montré une expression hypothalamique de ces 2 acteurs tout le long de la période post-natale chez le rat avec notamment une augmentation au cours de la période pubertaire aussi bien chez les mâles que chez les femelles. D’autre part, l’expression de KiSS-1 et de GPR54 dans l’hypothalamus, variable au cours du cycle oestral, était augmentée après castration chez le mâle et la femelle. Cette augmentation étant inhibée par l’administration de testostérone et d’estradiol respectivement. Enfin, dans cette publication était montrée une stimulation de la LH circulante chez le rat par un fragment actif de KiSS-1 administré par voie intracérébroventriculaire.

Parallèlement à ce travail, un autre groupe retrouvait, chez la souris, la capacité de 2 peptides dérivés de KiSS-1, kisspeptin –54 et kisspeptin –10 à stimuler aussi bien la LH que la FSH. Fait intéressant, cette stimulation était inhibée par l’administration concomitante d’un antagoniste de la GnRH. Ce résultat, en accord avec la pathologie humaine, suggère qu’en l’absence d’intégrité fonctionnelle de la voie de signalisation GnRH/Récepteur-GnRH-1 dans les cellules gonadotropes hypophysaires, le système KiSS-1/GPR54 est inopérant et donc que Kiss pouvait agir en stimulant la sécrétion de GnRH. Finalement, ce groupe a apporté des précisions sur la cartographie d’expression du système KiSS-1/GPR54 montrant sa présence dans les régions de l’hypothalamus impliquées dans le contrôle neuroendocrine de la sécrétion des gonadotrophines. Ces études ont été complétées par des travaux montrant de façon plus précise encore une colocalisation au niveau hypothalamique des neurones à GnRH et du récepteur GPR54 chez les rongeurs et une colocalisation de Kiss et de GPR54 au niveau du noyau arqué de l’hypothalamus. En complément de ces descriptions neuro-anatomiques, l’équipe de Tena-Sempere à montré que l’administration chronique de Kiss-1 chez le rat femelle prépubère induit une activation précoce de la sécrétion de gonadotrophines et d’estradiol ayant comme conséquence l’apparition de signes pubertaires y compris chez des animaux en privation alimentaire. Cet effet de Kiss résulte probablement d’une activation de la sécrétion de GnRH comme cela a été montré chez la brebis.

À côté de ces données montrant de façon de plus en plus claire et précise l’implication du système KiSS-GPR54 dans l’activation des neurones à GnRH, des travaux très récents ont permis de mieux comprendre l’implication de ce système dans le rétrocontrôle exercé par la testostérone au niveau hypothalamique. L’augmentation de Kiss au niveau du noyau arqué chez des souris mâles castrées ainsi que sa réversion par l’administration de testostérone et d’estradiol conjointement à la coexpression des récepteurs de l’estradiol et des androgènes par les neurones exprimant Kiss suggèrent que le rétrocontrôle négatif des stéroïdes sexuels sur l’axe gonadotrope est indirect et médiée par les neurones sécrétant Kiss qui eux modulent la sécrétion de GnRH.

Enfin, des travaux plus récents suggèrent que la mise au repos de l’axe gonadotrope au cours de la malnutrition pourrait résulter d’une mise au repos de la voie KiSS-GPR54 qui entraînerait à son tour une diminution de la sécrétion de GnRH.

Ainsi, l’ensemble de ces travaux (29-35) suggèrent que les neurones hypothalamiques sécrétant Kiss 1 stimulent, via le récepteur GPR54, l’activité des neurones à GnRH permettant la libération du décapeptide dans le sang porte hypothalamo-hypophysaire qui aboutit à la sécrétion de gonadotrophines LH et FSH (figure 6).

Conclusion

Au cours de ces 20 dernières années, la connaissance des hypogonadismes hypogonadotrophiques congénitaux a connu des progrès spectaculaires. Jusqu’à la fin des années 1980, les cadres nosologiques étaient confus et la physiopathologie balbutiante. Grâce à la puissance des outils générés par la génétique moléculaire, de nombreux gènes responsables ont été isolés. Ces découvertes rendent possibles actuellement des diagnostics étiologiques précis et ont permis une meilleure connaissance de l’intérêt et des limites de l’exploration hormonale. De plus, associées à des travaux de biochimie et de biologie du développement, elles ont permis de décortiquer la physiopathologie complexe et variable de cette maladie et de mieux appréhender la physiologie de l’axe gonadotrope.

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