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Le rôle du virologue


Médecine Thérapeutique / médecine de la reproduction. Volume 9, Number 3, 168-71, Mai-Juin 2007, Revue

DOI : 10.1684/mte.2007.0078


Author(s) : Vincent Thibault , Laboratoire de virologie, CERVI, groupe hospitalier Pitié Salpêtrière, 83, bd de l’Hôpital, 75651 Paris cedex 13.

ARTICLE

Auteur(s) : Vincent Thibault

Laboratoire de virologie, CERVI, groupe hospitalier Pitié Salpêtrière, 83, bd de l’Hôpital, 75651 Paris cedex 13

La prise en charge d’un couple sérodifférent pour le virus de l’hépatite B (VHB) intègre de nombreux aspects qui dépassent largement le cadre de la virologie médicale et soulève de nombreuses questions pour lesquelles les réponses ne font pas l’objet d’un large consensus.Au-delà de la sérologie virale, recommandée à ce jour, qui fournit des données indispensables pour une prise en charge en AMP à risque viral pour le VHB, le laboratoire de virologie peut fournir des indications complémentaires grâce à la mesure précise de la réplication virale. Appliquée au plasma, celle-ci permet d’apprécier le risque d’évolution de la maladie hépatique, de poser l’indication au traitement et de suivre l’efficacité thérapeutique ; appliquée au sperme, elle permettrait de quantifier le risque inhérent à la manipulation et à l’utilisation thérapeutique d’un échantillon potentiellement infectieux.

Un contexte qui évolue rapidement

La prise en charge de l’infection par le VHB connaît une évolution extrêmement rapide du fait d’une meilleure connaissance de l’histoire naturelle de la maladie, du développement de nouvelles molécules très actives sur la réplication du virus et d’outils diagnostiques beaucoup plus performants. Les données épidémiologiques françaises récentes contribuent également à cette évolution [1]. De façon très schématique, on pourrait résumer qu’il est désormais possible d’abroger rapidement et significativement la réplication virale du VHB au moyen de traitements dont les effets secondaires sont minimes et que la mesure précise et sensible de la charge virale du VHB constitue le marqueur de choix pour le suivi thérapeutique. En raison de ces changements récents, des propositions peuvent être formulées quant à la prise en charge des couples sérodifférents pour cette infection.

AMP, VHB et laboratoire de virologie

L’arrêté du 10 mai 2001 relatif aux règles de bonnes pratiques pour la prise en charge des couples sérodifférents laisse une portion congrue au virus de l’hépatite B et ne préconise qu’une approche vaccinale pour le partenaire et une sérovaccination anti-VHB pour l’enfant à naître.

Le suivi virologique recommandé

Le diagnostic de l’hépatite B repose largement sur une approche sérologique et l’arrêté en vigueur cantonne le virologue à cette simple démarche qui consiste à vérifier la présence d’anticorps protecteurs anti-HBs chez le partenaire non infecté par le VHB. Les techniques actuelles de dosage sérologique s’appuient sur des méthodes immunoenzymatiques extrêmement fiables dont les sensibilités et spécificités sont au-delà de 99,5 %. La disponibilité de ces techniques dans la plupart des laboratoires justifie pour tous candidats à l’AMP, en parallèle avec la recherche de l’Ag HBs, le dosage systématique des anticorps anti-HBs, marqueurs de vaccination efficace si le taux est supérieur à 10 mUI/mL, et la recherche des anticorps anti-HBc dont la présence signerait un contact antérieur avec le VHB et par conséquent une protection contre une éventuelle réinfection.

A titre de rappel, tout dépistage positif d’un Ag HBs doit être contrôlé sur un second prélèvement [2]. En cas de confirmation, la recherche de l’ADN du VHB doit être réalisée. La détection confirmée d’un Ag HBs doit conduire systématiquement à la recherche des anticorps anti-virus de l’hépatite Delta (VHD), celui-là emprunte en effet obligatoirement l’enveloppe du VHB pour réaliser une infection chronique. La prise en charge d’un couple dont l’un des partenaires est infecté par le VHD n’est pas prévue dans l’arrêté mais il faut noter que la vaccination anti-VHB protège également contre une infection par le VHD. Si l’on considère que l’on s’adresse à une population parfaitement protégée contre le VHB du fait d’une vaccination efficace, la notion de co-infection delta ne devrait pas poser de problème particulier. En revanche, la vigilance s’impose sur la conservation du matériel potentiellement infectieux ; le risque serait de surinfecter des personnes déjà infectées par le VHB lors de brèches dans les procédures d’asepsie.

La prise en charge recommandée pour le VHB se révèle donc très simple et se contente du contrôle de la vaccination du partenaire non infecté et de la manipulation du sperme potentiellement infecté dans un circuit dédié au risque viral. Le stockage du matériel potentiellement infecté par le VHB doit s’effectuer dans une cuve d’azote spécifique.

Au-delà des recommandations

Un virus, une charge virale et des traitements

Comme indiqué auparavant, nous possédons maintenant des outils performants pour la quantification du génome viral du VHB plasmatique avec un niveau de sensibilité et de fiabilité identique à ce qui est proposé pour le VIH et le VHC [3, 4]. Ainsi, la prise en charge des patients chroniquement infectés par le VHB s’organise de plus en plus sur la base du niveau de réplication virale. Les conférences d’experts récentes proposent volontiers un traitement antiviral aux patients ayant une charge virale supérieure à 17 000 UI/mL en présence d’Ag HBe et supérieure à 1 700 UI/mL en l’absence d’Ag HBe (virus “mutant”) mais la tendance s’oriente plutôt vers une prise en charge thérapeutique lorsqu’il y a une réplication virale, quel que soit le niveau, et une cytolyse même modérée. En effet, les traitements les plus récents sont bien tolérés, induisent rapidement une diminution de la réplication virale mais conduisent parfois à la sélection de virus résistants [5, 6].

La place prépondérante de la mesure de la réplication virale du VHB dans le plasma s’explique par le fait que cette dernière représente un fidèle reflet du risque de progression de la maladie hépatique mais également du risque d’infectiosité ; plus le niveau de réplication virale est élevé plus le risque de transmission du virus est important [7]. Il a ainsi été démontré qu’une forte charge virale se traduisait par une transmission verticale plus fréquente et un risque de transmission nosocomial plus élevé [8, 9].

Le VHB, le sperme et le laboratoire de virologie

Le VHB est l’un des rares virus infectant l’homme dont le niveau de réplication virale peut atteindre des valeurs extrêmes au-delà du milliard de particules infectieuses par mL de sang et que l’on retrouve dans la plupart des liquides biologiques manipulés au laboratoire dont le sperme [10, 11]. Ainsi, plus un individu aura une charge virale plasmatique élevée, plus les chances de détecter du virus dans le sperme seront élevées [12]. Par ailleurs, le VHB a été également retrouvé dans le sperme associé à la fraction leucocytaire et aux spermatozoïdes [13]. Dans cette dernière fraction, le génome viral pourrait être intégré à l’ADN génomique et pourrait donc être transmis à la descendance directement par le père [14, 15]. Dans cette dernière situation, la détection du génome viral dans le sperme ne serait pas directement corrélée au niveau de réplication virale sanguin.

Les progrès des techniques de biologie moléculaire et surtout des méthodes d’isolement des acides nucléiques viraux permettent de quantifier de façon fiable les génomes viraux dans ces liquides habituellement non analysés [16]. Ces améliorations technologiques rendent rapidement désuètes les études antérieures, par ailleurs peu abondantes sur le VHB et le sperme qui reposaient sur des techniques d’hybridation suivies d’autoradiographie. Étant donné la relative faible sensibilité des techniques utilisées alors, ces études ne pouvaient fournir qu’une vue partielle sur des niveaux de réplications assez élevés et étaient trop imprécises pour les patients ayant de faibles charges virales. Ainsi, dans notre expérience personnelle sur une trentaine d’échantillons provenant de patients chroniquement infectés par le VHB, deux constats peuvent être faits. Tout d’abord, nous n’avons jamais retrouvé de VHB dans le plasma séminal de patients avec une charge virale plasmatique sanguine indétectable. Par contre, nous avons détecté jusqu’à 25 000 copies/mL (4 800 UI/mL) de VHB dans le liquide séminal d’un patient dont la charge virale plasmatique était élevée (V. Thibault, résultats non publiés). Ces résultats sont comparables à ceux rapportés par Jenison et al. avec un ratio de concentrations plasma/liquide séminal de l’ordre de 1 000 [12]. La présence de virus à un tel niveau soulève évidemment la question du risque nosocomial même si les procédures d’hygiène adéquates doivent être respectées pour s’affranchir d’une transmission de patient à patient, de patient à soignant ou de prélèvement à manipulateur. Ce risque a d’ailleurs été bien objectivé par la transmission du VHB par le sperme d’un homme infecté lors d’un acte d’AMP avant que la vaccination ne soit répandue [17]. Le stockage de ces recueils potentiellement contaminants doit aussi être particulièrement contrôlé pour éviter, comme cela s’est déjà produit avec des cellules hématopoïétiques stockées au sein d’une même bonbonne d’azote liquide, une infection d’autres prélèvements [18, 19].

En pratique

En pratique, la vision idéaliste serait que toute personne ayant recours à l’AMP à risque viral, le personnel soignant la prenant en charge, voire les autres candidats à l’AMP soient immunisés contre le VHB, situation aujourd’hui totalement utopique mais qui simplifierait l’approche infectieuse de l’AMP à risque pour le VHB. Il ne faut en effet pas occulter la mauvaise place internationale de la France par rapport à la vaccination antihépatite B. Alors qu’un récent travail vient de démontrer à nouveau l’innocuité de cette vaccination, le taux de couverture de moins de 30 % des enfants de 1 an en France doit nous alerter quant aux possibles conséquences à long terme de ce malaise national par rapport à la prise en charge en AMP de patients infectés par le VHB [20].

En parallèle, une attitude plus interventionniste serait de limiter la prise en charge des patients ayant une charge virale du VHB élevée et la limite pourrait être fixée à 1 700 UI/mL, seuil au-delà duquel un traitement antiviral est généralement considéré ; cette valeur de réplication virale est d’ailleurs celle préconisée en Hollande pour les personnels soignants infectés réalisant des gestes à risque d’exposition [21]. Alors que cela ne modifie en rien les procédures recommandées pour la prise en charge de ces patients en AMP à risque viral (vaccination du partenaire), cette approche pourrait limiter la quantité de virus présent dans le sperme et par conséquent réduire le risque global de contamination, en particulier pour les actes médicaux et le stockage ultérieur. Certes, il est peu probable que l’instauration d’un traitement antiviral permette une éradication virale à court terme mais il est légitime de penser que cela limiterait la présence de virus dans le sperme. Par contre, si la contamination fœtale peut effectivement avoir lieu par l’intermédiaire de spermatozoïdes ayant intégré le génome viral, il faudrait démontrer l’impact du traitement antiviral sur cette voie de contamination [14, 22]. Techniquement, les méthodes actuelles autoriseraient une quantification du VHB dans les différentes fractions du sperme et permettraient de proposer une validation virologique du recueil comme cela est fait pour le VIH et le VHC selon des critères à préciser.

Le seuil proposé de 1 700 UI/mL, soit environ 10 000 copies/mL est discutable si on se réfère aux travaux de Buster et al. qui, en calculant la quantité de sérum potentiellement transmise lors de l’accouchement ou d’une exposition percutanée, démontrent qu’il est très improbable qu’une contamination intervienne pour une charge virale sérique inférieure à 107 équivalent génome/mL [9]. Il est cependant très difficile d’appliquer simplement une règle mathématique à un processus biologique complexe, en particulier si l’on considère les nombreux cas de transmission nosocomiale rapportés dans la littérature.

Pour compléter l’apport du laboratoire dans la prise en charge des patientes infectées, la mesure de la réplication virale en fin de grossesse pourrait également être proposée de manière à instaurer un traitement chez les personnes à charge virale élevée afin de limiter le risque de contamination du nouveau-né malgré la sérovaccination recommandée [23].

Conclusion

Alors que les recommandations actuelles reposent uniquement sur le contrôle sérologique et la vaccination, attitude évidemment indispensable pour la maîtrise du risque infectieux par le VHB, l’apport des nouvelles thérapeutiques et des méthodes diagnostiques récentes pourrait désormais être considéré pour la prise en charge des couples sérodifférents pour le VHB. Les mesures habituelles appliquées pour les patients infectés par le VIH et/ou le VHC qui visent à réduire la présence de virus dans le sperme, en particulier le contrôle des infections bactériennes du tractus génital associées à la présence de cellules mononucléées, semblent également pertinentes dans le cadre du VHB.

Références

1 Meffre C. In : Prévalence des hépatites B et C en France en 2004. Rapport INVS. Vol. I. Saint Maurice : INVS, 2006 : 1-176.

2 ANAES. Diagnostic et suivi virologiques des hépatites virales. Vol. 2006. ANAES HAS, 2001.

3 Allice T, Cerutti F, Pittaluga F, et al. COBAS AmpliPrep/COBAS TaqMan hepatite B virus (HBV) test : a novel automated real-time PCR assay for the quantification of HBV DNA in plasma. J Clin Microbiol 2007 ; 45 : 828-34.

4 Laperche S, Thibault V, Bouchardeau F, et al. Expertise of laboratories in viral load quantification, genotyping, and precore mutant determination for hepatitis B virus in a multicenter study. J Clin Microbiol 2006 ; 44 : 3600-7.

5 Schreibman I, Schiff E. Entecavir : a new treatment for chronic hepatitis B infection. Future Virology 2006 ; 1 : 541-52.

6 Thibault V. Where does adefovir stand amongst newly developed antivirals : from pharmacology to virology. Future Virology 2006 ; 1 : 553-65.

7 Chen CJ, Yang HI, Su J, et al. Risk of hepatocellular carcinoma across a biological gradient of serum hepatitis B virus DNA level. JAMA 2006 ; 295 : 65-73.

8 del Canho R, Grosheide PM, Mazel JA, et al. Ten-year neonatal hepatitis B vaccination program, The Netherlands, 1982-1992 : protective efficacy and long-term immunogenicity. Vaccine 1997 ; 15 : 1624-30.

9 Buster EH, van der Eijk AA, Schalm SW. Doctor to patient transmission of hepatitis B virus : implications of HBV DNA levels and potential new solutions. Antiviral Res 2003 ; 60 : 79-85.

10 Heathcote J, Cameron CH, Dane DS. Hepatitis-B antigen in saliva and semen. Lancet 1974 ; 1 : 71-3.

11 Denis F, Thibault V, Alain S. Hepadnaviridae. In : Traité de Virologie Médicale. Paris. Estem, ed, 2003 : 293-306.

12 Jenison SA, Lemon SM, Baker LN, Newbold JE. Quantitative analysis of hepatitis B virus DNA in saliva and semen of chronically infected homosexual men. J Infect Dis 1987 ; 156 : 299-307.

13 Davison F, Alexander GJ, Trowbridge R, Fagan EA, Williams R. Detection of hepatitis B virus DNA in spermatozoa, urine, saliva and leucocytes, of chronic HBsAg carriers. A lack of relationship with serum markers of replication. J Hepatol 1987 ; 4 : 37-44.

14 Hadchouel M, Scotto J, Huret JL, et al. Presence of HBV DNA in spermatozoa : a possible vertical transmission of HBV via the germ line. J Med Virol 1985 ; 16 : 61-6.

15 Wang S, Peng G, Li M, et al. Identification of hepatitis B virus vertical transmission from father to fetus by direct sequencing. Southeast Asian J Trop Med Public Health 2003 ; 34 : 106-13.

16 Pasquier C, Souyris C, Moinard N, Bujan L, Izopet J. Validation of an automated real-time PCR protocol for detection and quantitation of HIV and HCV genomes in semen. J Virol Methods 2006 ; 137 : 156-9.

17 Berry WR, Gottesfeld RL, Alter HJ, Vierling JM. Transmission of hepatitis B virus by artificial insemination. JAMA 1987 ; 257 : 1079-81.

18 Tedder RS, Zuckerman MA, Goldstone AH, et al. Hepatitis B transmission from contaminated cryopreservation tank. Lancet 1995 ; 346 : 137-40.

19 Clarke GN. Sperm cryopreservation : is there a significant risk of cross-contamination? Hum Reprod 1999 ; 14 : 2941-3.

20 Mallol-Mesnard N, Menegaux F, Auvrignon A, et al. Vaccination and the risk of childhood acute leukaemia : the ESCALE study (SFCE). Int J Epidemiol 2007.

21 Buster EHCJ, van der Eijk AA, de Man RA, Janssen HLA, Schalm SW. Prolonged antiviral therapy for hepatitis B virus-infected health care workers : a feasible option to prevent work restriction without jeopardizing patient safety. J Viral Hepat 2007 ; 14 : 350-4.

22 Huang JM, Huang TH, Qiu HY, Fang XW, Zhuang TG, Qiu JW. Studies on the integration of hepatitis B virus DNA sequence in human sperm chromosomes. Asian J Androl 2002 ; 4 : 209-12.

23 Ranger-Rogez S, Denis F. Hepatitis B mother-to-child transmission. Expert Review of Anti-Infective Therapy 2004 ; 2 : 133-45.


 

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