ARTICLE
Auteur(s) : Nathalie
Dejucq-Rainsford
Inserm U625, Université de Rennes I, Campus de Beaulieu, 35042
Rennes, France
L’extrême gravité des épidémies causées par des agents infectieux
sexuellement transmissibles comme le virus de l’immunodéficience
humaine (VIH) et le virus de l’hépatite B (VHB) a considérablement
relancé l’attention portée aux virus infectant la sphère génitale.
Outre la dissémination de virus dans la population par voie
sexuelle, l’infection virale du tractus génital masculin peut avoir
plusieurs autres conséquences graves : 1) la diminution de la
fertilité voire la stérilité, consécutive soit à une interaction
directe entre le virus et les spermatozoïdes et/ou les cellules
germinales testiculaires, soit suite à une altération indirecte de
la spermatogenèse ; 2) la transmission de virus à l’ovocyte et
à l’embryon, pouvant conduire à des avortements spontanés ou à des
malformations embryonnaires ; 3) l’incorporation du génome
viral dans le génome de la lignée germinale et sa transmission à la
descendance ; 4) l’établissement d’un réservoir viral ;
5) l’induction de cancers des organes uro-génitaux, dont celui de
la prostate.Dans le cadre de l’Assistance médicale à la procréation
(AMP), la présence de virus dans le tractus génital masculin pose
la question cruciale de la stratégie à adopter pour éviter la
transmission de l’agent infectieux à la mère et à l’embryon. De
plus, l’impact de l’infection sur la qualité des paramètres
spermatiques et des cellules germinales testiculaires représente un
enjeu majeur. La connaissance des virus infectant le tractus
génital masculin, des types de cellules et de fluides infectés mais
aussi des effets de l’infection sur le système reproductif et
endocrine apparaît donc primordiale pour identifier la meilleure
stratégie d’AMP possible.Cette revue résume l’état des
connaissances actuelles sur les principaux virus identifiés dans le
sperme et le testicule, la nature des cellules infectées et les
conséquences de l’infection sur la fonction de reproduction.
Virus et sperme
Le sperme représente un vecteur important pour la transmission de
maladies infectieuses et plusieurs virus ont été décrits au niveau
du liquide séminal mais aussi dans les cellules spermatiques, qui
comprennent les spermatozoïdes, des lymphocytes et macrophages, des
cellules germinales immatures et des cellules épithéliales (tableau 1). Dans le cadre de l’AMP, en dépit
des techniques développées pour purifier les spermatozoïdes et les
isoler du fluide séminal ou d’autres cellules contaminées, il est
important de noter que les spermatozoïdes eux-mêmes peuvent être la
cible d’attaques virales et il est donc primordial de s’assurer
qu’ils ne sont pas porteurs de virus. Par ailleurs, la présence
d’agents infectieux dans le tractus génital masculin peut entraîner
une altération des paramètres spermatiques et/ou une infertilité.
Nous détaillerons ici uniquement le cas de virus dont un effet a
été rapporté au niveau du sperme et/ou suspectés infecter la
fraction spermatozoïdes. Le tableau 1
résume l’ensemble des virus détectés dans le sperme et leurs
effets, lorsqu’ils ont été décrits.
Tableau 1 Virus décrits au niveau du sperme, nature des
cellules infectées et impact sur les paramètres spermatiques
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Virus détectés dans le sperme
|
- * Liquide séminal
- • Virus de l’immunodéficience humaine *
- • Cytomégalovirus *
- • Virus de l’hépatite B *
- • HTLV-I
- • Virus Herpès Humain-8
- • Papillomavirus *
- • Virus Herpès Simplex-1 & 2 *
- • Virus de l’hépatite C
- • Virus d’Epstein-Barr
- • Adénovirus *
- • Virus de l’hépatite G
|
- * Spermatozoïdes
- • Virus de l’hépatite B *
- • Virus de l’immunodéficience humaine * ?
- • Virus Herpès simplex-1 & 2 * ?
- • Virus Herpès humain-8 ?
- * Cellules du sperme (pas de type cellulaire
identifié)
- • Papillomavirus *
- • Adénovirus *
- * Monocytes/macrophages, lymphocytes
- • Virus de l’immunodéficience humaine *
- • Cytomégalovirus *
- • Virus de l’hépatite B *
- • HTLV-I
- • Virus Herpès humain-8
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Virus de l’immunodéficience humaine de type I
Bien que la présence du (VIH) dans le sperme ait été rapidement
établie suite à la découverte du virus en 1983, l’origine du virus
dans ce fluide reste mal définie. Elle ne peut pas être réduite à
la contamination par les lymphocytes/macrophages présents dans le
sperme dans la mesure où il existe souvent une forte discordance
entre la quantité de cellules infectées et la charge virale
spermatique (pour revue, [1, 2]). De plus, une étude phylogénétique
a montré que les souches de virus présentes dans le liquide séminal
sont différentes de celles présentes dans les
lymphocytes/macrophages contaminant le sperme [3].
Outre cet élément, plusieurs arguments indirects plaident en
faveur d’une infection de différents compartiments du tractus
génital mâle par le VIH :
- – il est établi qu’il existe une compartimentation
sang/sperme des souches virales: ainsi, la charge virale [4-7], le
génotype et le phénotype des souches de VIH [8-12] diffèrent entre
le sang et le sperme ;
- – chez certains patients traités pour lesquels la
virémie sanguine est en dessous du seuil de détection, la présence
d’ARN et de particules virales est retrouvée au niveau du sperme
[13, 14] ;
- – le profil et le taux d’émergence des souches
résistantes aux drogues varient entre le plasma sanguin et le
liquide séminal.
L’ensemble de ces éléments suggère fortement qu’au moins une
partie des particules virales présentes dans le sperme a une
origine locale, vraisemblablement dans les organes génitaux
participant à l’élaboration du sperme. Cet aspect sera discuté
ci-dessous dans la partie « Virus & Testicule ».
Il apparaît donc primordial chez les patients demandeurs d’AMP
de mesurer la virémie séminale indépendamment de la virémie
sanguine, étant maintenant bien établi que les deux virémies ne
sont pas nécessairement corrélées. Il est également important de
noter que le relargage du virus dans le sperme s’effectue de façon
intermittente [15, 16], et que des variations importantes peuvent
ainsi être observées entre différentes mesures. La question de
l’infection des spermatozoïdes par le VIH a été soulevée il y a
quelques années et a donné lieu à de vives controverses. Il est
généralement admis que les spermatozoïdes ne représentent pas une
source productive de virus [17, 18], la plupart des études n’ayant
pas retrouvé de provirus dans ces cellules [19-21]. Cependant, bien
que controversée [22], la possibilité de l’attachement du virus aux
spermatozoïdes ne peut être exclue : plusieurs études
morphologiques ont suggéré que le VIH peut se fixer à la surface
des spermatozoïdes et pourrait entrer dans ces cellules [20, 23],
voire transmettre le virus à l’ovocyte [20]. Par ailleurs, il a été
montré que les spermatozoïdes de donneurs sains peuvent fixer le
VIH et le transmettre à des lymphocytes en culture [24]. Plusieurs
récepteurs potentiels pour la fixation du VIH ont maintenant été
décrits au niveau des spermatozoïdes : l’expression d’un
galactoglycolipide [25], décrit dans d’autres cellules comme un
récepteur alternatif pour le VIH, a été rapportée et pourrait
permettre l’attachement du virus aux spermatozoïdes voire son
entrée en association avec un récepteur de la famille des
chimiokines, tel que CXCR4 ou CCR5. L’expression de CCR5 a
récemment été observée à la surface d’une sous-population de
spermatozoïdes [26] et d’autres récepteurs des chimiokines ont
également été mis en évidence au niveau de ces cellules [27-29].
Une autre étude a montré en Western-blot la présence dans les
spermatozoïdes d’une protéine capable de fixer la protéine
d’enveloppe du VIH [30]. Il reste à déterminer si ce nouveau
récepteur potentiel est exprimé à la surface des cellules.
Le fait que les spermatozoïdes pourraient constituer des
vecteurs de l’infection par le VIH renforce la nécessité de tester
la présence du virus dans la fraction de spermatozoïdes isolés pour
l’AMP de couples sérodifférents et requiert la plus grande prudence
dans le cadre des ICSI (intracytoplasmic sperm injection).
La qualité du sperme des patients VIH+ a été analysée dans
plusieurs études mais des résultats contradictoires ont été obtenus
[31-40]. Une absence d’effet de l’infection [32, 39] ou au
contraire différentes anomalies ont été rapportées : mobilité
réduite des spermatozoïdes, diminution de leur nombre total,
augmentation du taux d’anomalies morphologiques [33, 35-38, 40],
augmentation du nombre de cellules rondes [33, 37], diminution du
volume de l’éjaculat [36-38, 40]. Malgré ces différences, une
tendance générale à la détérioration des paramètres spermatiques
est observée chez les hommes à un stade avancé de la maladie. De
plus, la plupart des études récentes indiquent une altération de la
qualité du sperme chez des hommes asymptomatiques (les
modifications les plus fréquemment retrouvées étant une diminution
de la mobilité des spermatozoïdes et du volume de l’éjaculat)
[37-40]. Par ailleurs, des taux élevés de fausses couches
spontanées ont été rapportés par certains groupes pratiquant l’AMP
chez des couples sérodifférents [41]. Ces résultats soulèvent la
question de l’effet des traitements antirétroviraux, puisque la
majorité des individus inclus dans ces études sont traités. Les
inhibiteurs nucléosidiques de la transcriptase inverse (INTI) sont
suspectés générer des mutations ou des déplétions de l’ADN
mitochondrial et il a été mis en évidence une augmentation des
délétions de l’ADN mitochondrial chez les patients traités de façon
prolongée [42]. Par ailleurs, une altération de l’activité des
mitochondries des spermatozoïdes de rats traités par INTI a été
observée [43], toutefois sans répercussion significative sur la
mobilité de ces cellules. Très récemment, il a été suggéré qu’une
augmentation de l’ADN mitochondrial dans les spermatozoïdes de
patients traités versus patients non traités pourrait être à
l’origine des altérations observées [44]. Outre les effets
possibles des INTI sur les mitochondries, la possibilité de
l’incorporation de ces inhibiteurs dans le génome des
spermatozoïdes reste à explorer [41].
Virus de l’hépatite B
Alors qu’il est bien établi que le sperme représente un vecteur
important pour la dissémination du VHB, seules quelques études se
sont attachées à identifier les cellules contaminées dans le
sperme. Parmi celles-ci, Hadchouel et al. [45] ont, les premiers,
montré l’intégration de l’ADN du VHB dans le génome des
spermatozoïdes de patients avec une hépatite aiguë, suggérant une
transmission possible du virus par la lignée germinale. Chez des
porteurs chroniques du virus, le virus a été détecté dans
l’ensemble des spermes testés, les cellules infectées étant les
spermatozoïdes et les cellules mononuclées [46]. Il est important
de noter que pour certains patients, l’ADN du VHB a été retrouvé
dans le sperme en l’absence de marqueurs de réplication virale dans
le sérum, ce qui suggère que le tractus génital pourrait constituer
un réservoir [46]. Plus récemment, un troisième groupe a également
rapporté la présence du VHB au niveau des spermatozoïdes [47] et
observé une augmentation de la fréquence des aberrations
chromosomiques dans les spermatozoïdes d’hommes infectés par
rapport à ceux d’hommes sains. De façon importante, la transmission
du virus au foetus à travers la lignée germinale mâle a été décrite
dans deux autres études [48, 49]. L’ensemble de ces résultats
suggère donc une infection des spermatozoïdes par le VHB et la
possibilité d’une transmission verticale. Ces données nécessitent
d’être prises en compte et approfondies.
Virus herpès simplex
Les virus herpès simplex 1 et 2 (VHS-1 et VHS-2) ont été depuis
longtemps suspectés d’être impliqués dans des problèmes
d’infertilité. Cependant, le nombre d’études permettant d’étayer
cette hypothèse est limité. Une première étude a détecté le VHS ou
l’adénovirus dans le sperme de 40 % de patients infertiles et
mis en évidence la présence de virus sous forme latente dans
60 % des spermatozoïdes [50]. De la même façon, les VHS-1 ou-2
ont été retrouvés dans le sperme d’environ 25 à 50 % d’hommes
consultants pour infertilité au Japon [51] et en Grèce [52, 53].
Chez ces derniers, une association significative a été observée
entre la présence de VHS et une diminution du nombre de
spermatozoïdes et de leur mobilité [53]. Chez les hommes sains sans
problème de fertilité, la prévalence du VHS-2 dans le sperme est
faible, même dans les populations à haut risque d’infection [54] ou
avec une infection génitale par le VHS-2 [55]. L’augmentation de la
fréquence de détection chez une population d’hommes infertiles
renforce donc l’argument d’une association significative entre le
virus et les problèmes de fertilité. Bien que deux autres études
décrivent une absence ou une faible prévalence du VHS-2 chez des
patients consultants pour infertilité [56, 57], ces différences
pourraient s’expliquer par l’hétérogénéité des populations
analysées.
En ce qui concerne la nature des cellules infectées dans le
sperme, la présence du VHS-2 au niveau des spermatozoïdes reste
controversée : l’ADN du VHS a été détecté dans les spermatozoïdes
par hybridation in situ [52], mais l’analyse en microscopie
électronique n’a mis en évidence aucune relation ultrastructurale
entre le virus et les spermatozoïdes, tout du moins en présence de
liquide séminal [58, 59]. En revanche, l’incubation in vitro de
VHS-2 avec des spermatozoïdes débarrassés de leur liquide séminal
conduit à une adhésion entre les particules virales et les
spermatozoïdes [59]. Il est envisageable que le virus puisse
pénétrer dans les spermatozoïdes en l’absence de liquide séminal,
au niveau du testicule et/ou de l’épididyme, et que des
spermatozoïdes contaminés se retrouvent dans le sperme. Des études
supplémentaires sont nécessaires pour élucider le lien entre le
VHS, les spermatozoïdes et l’infertilité. Il est à noter que les
antiviraux comme l’aciclovir permettent d’éradiquer le virus du
sperme et pourraient constituer un traitement de choix pour les
patients infectés [50, 55]. Une étude ancienne montre ainsi la
survenue de grossesses chez des couples infertiles traités par
aciclovir [60].
Cytomégalovirus
Le cytomégalovirus (CMV) est présent dans le sperme, sécrété de
façon continue ou intermittente. Deux études ont montré que 3 à
5 % des spermes de donneurs étaient CMV positifs en PCR [61,
62]. Des études anciennes ont indiqué un effet négatif du CMV sur
la qualité spermatique : diminution du nombre de spermatozoïdes,
présence de leucocytes, augmentation du pH et baisse transitoire de
la mobilité des spermatozoïdes (pour revue, [63, 64]). Cependant
aucun effet direct du CMV sur la mobilité des spermatozoïdes n’a
été observé in vitro [59] et d’autres études plus récentes n’ont
pas révélé d’association entre les paramètres spermatiques et la
présence de CMV [53, 57]. Il demeure qu’un effet indirect du CMV
sur les paramètres spermatiques, variable selon la charge virale,
n’est pas à exclure : une altération de la spermatogenèse, via
l’infection des cellules de Leydig, a ainsi été montrée chez la
souris [65]. D’autres études ont montré l’infection des cellules
germinales et des spermatozoïdes murins par le CMV [66, 67].
Cependant, aucun effet sur la fertilité des animaux n’a été
détecté [65, 68]. Chez l’homme, le CMV a été détecté à différents
niveaux de l’appareil génital d’individus VIH+, notamment dans les
testicules et l’épididyme [69]. Dans le sperme humain, outre le
liquide séminal, les principales cellules infectées semblent être
les cellules hématopoïétiques [70], à l’exclusion des
spermatozoïdes [63].
Virus herpès humain de type 8
Des études épidémiologiques indiquent que le virus herpès humain de
type 8 (VHH-8) est un agent transmis sexuellement [71, 72]. Ce
virus, associé au développement du sarcome de Kaposi chez les
individus infecté par le VIH, présente une faible prévalence dans
la population générale et sa détection dans le sperme d’hommes
sains est très aléatoire, sans doute en raison d’une quantité très
faible de virus [73]. En revanche, la fréquence de détection du
virus est augmentée dans le sperme d’une population d’hommes VIH+
(pour revue, [1]). Récemment, un groupe a rapporté la présence de
VHH-8, non seulement dans la fraction de cellules mononuclées du
sperme comme précédemment décrit [73], mais aussi dans les
spermatozoïdes de 88 % d’hommes infectés par le VIH [74]. Ces
résultats surprenants, obtenus par PCR in situ et décrivant pour
certains spermatozoïdes une double infection par le VIH et VHH-8,
demandent à être confirmés ou infirmés par d’autres approches.
Virus et testicule
Bien que de nombreux virus aient été retrouvés au niveau du sperme,
peu d’études ont recherché leur présence au niveau du testicule.
Or, l’infection de cet organe peut avoir plusieurs conséquences
néfastes. Ainsi, le testicule peut non seulement constituer une
source productrice de virus alimentant le sperme, mais aussi
représenter un réservoir viral peu accessible aux traitements. En
effet, l’existence de la barrière hémato-testiculaire et la forte
expression de pompes à efflux de type P-glycoprotéines par les
cellules testiculaires limitent l’entrée de nombreuses molécules
dans cet organe. De plus, l’infection virale du testicule peut être
responsable d’une diminution de la qualité du sperme. Le virus peut
ainsi soit directement attaquer les cellules germinales, soit
induire une altération indirecte de la spermatogenèse, via
l’inflammation résultant de l’infection ou via l’infection des
cellules somatiques testiculaires. En rapport avec le manque de
connaissance sur les interactions virus-testicule, l’étiologie
virale des cancers testiculaires, un cancer de l’homme jeune qui
pourrait faire suspecter une origine virale en lien avec l’activité
sexuelle, a été peu explorée. Dans le cadre de l’AMP, l’impact
potentiel d’une infection virale du testicule représente un élément
à prendre en compte dans la recherche des facteurs responsables
d’une infertilité. Par ailleurs, la connaissance des virus présents
au niveau testiculaire est essentielle pour la technique d’ICSI
utilisant les cellules germinales testiculaires pour injection
intracytoplasmique dans l’ovocyte. La barrière représentée par la
zone pellucide de l’ovocyte étant contournée, il est primordial de
s’assurer que la cellule injectée n’est pas contaminée par un
virus.
Nous détaillerons ci-dessous les informations disponibles sur
les virus détectés dans le testicule humain, la nature des cellules
infectées et les conséquences de ces infections sur la
spermatogenèse. En ce qui concerne l’utilisation de spermatozoïdes
épididymaires pour l’ICSI, l’absence d’information disponible dans
la littérature sur l’infection virale de l’épididyme ne permet pas
de conclure quant aux risques ou à l’absence de risque de cette
pratique en termes de transmission virale.
Virus ourlien
Chez les hommes adultes, la complication la plus commune d’une
infection par le virus des oreillons est l’orchite [75, 76],
survenant chez 5 à 37 % des patients [77]. Pendant les
premiers jours de l’infection, le virus attaque directement le
testicule, détruisant le parenchyme testiculaire [78, 79] et
diminuant la production d’androgènes [80]. Les orchites bilatérales
surviennent chez 15 à 30 % des patients [81]. L’orchite peut
induire une atrophie testiculaire [75, 76, 82], une asthénospermie
[83, 84] ou une oligospermie voire une azoospermie dans le cas
d’une atteinte bilatérale [84-86]. La dégénérescence des cellules
germinales suite à l’orchite pourrait résulter de :
- – l’élévation de la température corporelle ;
- – la congestion des tubes séminifères consécutive à
l’œdème interstitiel ;
- – la modification de la production de testostérone par
les cellules de Leydig.
Une chute de la testostéronémie associée à une hausse de la LH et
FSH a en effet été observée chez des patients souffrant d’orchite
ourlienne [80, 87]. Or notre laboratoire a montré, d’une part, que
les cellules de Leydig étaient infectées par le virus des oreillons
in vitro et d’autre part que la réplication du virus conduisait à
une inhibition de la production de testostérone, cette inhibition
pouvant être levée par un traitement à la ribavirine [88]. Deux
études in vivo indiquent la capacité du virus des oreillons à se
répliquer dans les testicules [78, 89], et notamment dans le tissu
interstitiel [89].
Une étude récente a montré la présence du virus dans le sperme
plus d’un mois après le début de l’infection, ainsi que
l’apparition d’anticorps dirigés contre le sperme dans le liquide
séminal [84]. Bien que la détérioration des paramètres spermatiques
décrite soit transitoire, la présence d’anticorps anti-sperme
pourrait affecter la fertilité des patients à long terme.
VIH
L’infection du testicule par le VIH a été peu explorée. Or
l’infection de cet organe par le VIH pourrait avoir des
conséquences importantes pour l’éradication du virus dans le sperme
par les traitements antirétroviraux. En effet, l’existence de la
barrière hémato-testiculaire et de Pglycoprotéines (P-gp) au niveau
des cellules somatiques testiculaires (cellules endothéliales,
cellules de Leydig, cellules de Sertoli et cellules péritubulaires)
et des spermatides allongées limite l’accès des traitements à cet
organe, et notamment les traitements antirétroviraux (pour revue,
[90]). Il a été montré dans différents systèmes cellulaires que les
P-gp sont capables de refluer les inhibiteurs de protéases.
L’inhibition des P-gp module la concentration intracellulaire des
inhibiteurs de protéase et en particulier améliore leur
concentration dans le testicule et le cerveau de souris [91]. Une
faible pénétration de l’inhibiteur nucléosidique stavudine a
également été rapportée dans le testicule de rat, la concentration
de cette molécule dans cet organe étant la plus faible de
l’organisme, à l’exception du cerveau [92]. Ces résultats indiquent
que le testicule est susceptible de constituer un réservoir viral
résistant aux traitements. A ce jour, la concentration des
inhibiteurs de la réplication du VIH dans le testicule et les
autres organes génitaux n’est pas connue.
Des altérations de la spermatogenèse allant jusqu’au syndrome «
Sertoli cell only » ont été observées chez les hommes en phase sida
et pourraient résulter d’effets indirects de l’infection comme d’un
effet direct du virus (pour revue, [1]). L’infection du testicule
par le VIH lors des phases tardives de la maladie a été décrite
dans plusieurs études mais la nature des cellules cibles reste
controversée. La protéine p17 a initialement été mise en évidence
au niveau des cellules de Sertoli et de cellules germinales
dégénérescentes [93] alors qu’un autre groupe a retrouvé le virus
uniquement au niveau de lymphocytes et de macrophages infiltrant le
testicule [94]. La présence du virus dans les cellules germinales
testiculaires, rapportée par deux groupes [95, 96], reste
controversée [22].
En ce qui concerne la phase asymptomatique, aucun impact majeur
de l’infection sur la morphologie testiculaire n’a été observé. Une
augmentation de la testostéronémie a été rapportée chez certains
patients lors de la primo-infection [97], un phénomène inverse de
ce qui est généralement observé chez les patients au stade sida, à
savoir une diminution des androgènes circulants. Afin de tester
l’hypothèse d’un impact direct du virus sur la fonction
stéroïdogène des cellules de Leydig, nous avons étudié la
susceptibilité de ces cellules à l’infection par différentes
souches de VIH et de son équivalent simien, le VIS (virus de
l’immunodéficience simienne). Nos travaux ont montré que les
cellules de Leydig humaines ne sont pas infectées par le VIH-1 in
vitro mais peuvent en revanche être infectées productivement par
des souches de VIH-2 et de VIS CD4-indépendantes [98]. Nous avons
par la suite établi un système de culture organotypique de
testicule humain [99] et montré que cet organe est susceptible à
l’infection par le VIH-1 in vitro, en l’absence d’infiltrat
inflammatoire [100]. L’infection est faiblement productive mais les
particules produites sont infectieuses et contaminent des cellules
mononuclées isolées du sang. Les principales cellules productrices
de virus dans ce système de culture organotypique sont les
macrophages testiculaires résidents [100]. Aucun effet n’a été
observé sur la production basale de testostérone. Nos derniers
résultats obtenus chez un modèle animal de macaques infectés par le
VIS confirment l’infection du testicule lors de la phase
asymptomatique et indiquent que l’ensemble des organes génitaux
mâles est infecté de façon précoce [101]. La présence de virus dans
le tissu interstitiel a également été rapportée in vivo dans le
testicule de patients symptomatiques [3, 96] et de singes en phase
chronique [102]. Cette dernière étude décrit en outre une infection
des spermatogonies [102]. Une équipe italienne avait précédemment
observé l’infection de différentes catégories de cellules
germinales chez des patients asymptomatiques, sans altération de la
spermatogenèse [96]. En conclusion, s’il paraît maintenant établi
que le virus infecte les leucocytes testiculaires présents dans le
tissu interstitiel lors de la phase asymptomatique de la maladie,
la nature des interactions entre le VIH et les cellules germinales
testiculaires demande à être clarifiée.
Virus herpès simplex, adénovirus et adeno-associated virus
Le VHS-2, associé selon certaines études à une baisse de la
fertilité (cf. paragraphe correspondant dans la section « Virus
& sperme »), a pu être isolé à partir de cellules testiculaires
[103]. Cependant, la nature des cellules infectées n’a pas été
établie dans cette étude, unique et ancienne. Le VHS-1 et
l’adénovirus ont quant à eux été retrouvés dans le testicule de
40 % de patients souffrant d’infertilité et des expériences in
vitro ont montré que ces deux virus se répliquent dans des cellules
testiculaires isolées [50]. Là encore, le type de cellule infectée
n’a pas été déterminé.
L’adeno-associated virus (AAV) est un parvovirus défectif dont
la pathogénicité n’est pas connue, et qui nécessite la présence
d’un adénovirus, d’un virus herpès simplex ou d’un papillomavirus
pour sa réplication. Ce virus, suspecté dans une étude d’être
associé à des fausses couches précoces [104], a été détecté dans
l’éjaculat de 38 % d’hommes avec une oligoasthénozoospermie ou
une asthénozoospermie, alors que seul 1/22 individus avec un
spermogramme normal était positif [105]. La détection de l’AAV dans
le sperme n’était pas liée à la présence d’un virus helper.
L’ADN du virus étant retrouvé uniquement dans la fraction des
spermatozoïdes, les auteurs ont émis l’hypothèse que l’intégration
de l’AAV dans le génome des spermatozoïdes au niveau de sites
préférentiels pourrait altérer la mobilité des spermatozoïdes
[106]. Au niveau testiculaire, une même fréquence de détection
d’environ 25 % a été repérée dans les biopsies d’hommes
azoospermiques (10/38) et à partir d’orchidectomies d’hommes ne
consultant pas pour infertilité mais dont le spermogramme n’a pas
été établi (2/8) [105].
Pour l’ensemble de ces virus, le manque d’informations sur leurs
cellules cibles dans le tractus et leur mode d’action potentiel ne
permet pas de conclure quant à leur implication dans
l’infertilité.
Autres virus
Le virus d’Epstein-Barr (EBV) et le parvovirus B19 ont été détectés
dans le testicule de patients présentant des tumeurs germinales
[107-109] mais aussi chez des individus sans signes cliniques
associés [110, 111] et de ce fait, leur implication dans
l’étiologie de cancers testiculaires n’a pas à ce jour été
démontrée. La présence de papillomavirus au niveau du testicule a
récemment été décrite chez 6 % de patients azoospermiques, les
cellules infectées étant les cellules de Leydig et les cellules de
Sertoli [112]. Outre les virus dont la présence a été démontrée au
niveau du testicule, un nombre important de virus, dont le syndrome
respiratoire aigu (SRAS) [113] et le virus West Nile ou virus du
Nil occidental [114], peuvent induire une orchite, indépendamment
de l’infection directe de cet organe [2].
Conclusion
Les infections virales du tractus génital masculin et leurs
conséquences ont été insuffisamment étudiées, alors qu’elles
génèrent d’importantes questions :
- – quelles sont les origines des virus contaminant le
sperme ?
- – comment réduire les risques liés à la PMA chez les
couples sérodifférents ?
- – quelle est l’identité des cellules infectées dans le
testicule et l’appareil reproducteur ?
- – quelles sont les conséquences d’une infection virale
sur les différents composants du tractus et plus spécifiquement sur
la fertilité ?
- – le tractus génital mâle peut-il constituer un
réservoir viral ?
Dans ce domaine à l’interface de la virologie et de la biologie
de la reproduction, il existe peu de faits établis et beaucoup de
controverses, notamment sur la nature des cellules infectées dans
le sperme et le testicule (cas du VIH et du VHB) et sur la relation
causale entre infection virale et infertilité (cas du VHS et du CMV
notamment). L’ensemble de ces questions restera sans réponse en
l’absence d’études fondamentales visant à établir la cartographie
précise des cellules cibles des différents virus dans le tractus et
à comprendre le mécanisme d’action de ces virus. Il est donc urgent
de renforcer les recherches dans ce domaine afin d’améliorer l’état
des connaissances, condition nécessaire à la prise en charge
optimale des patients en AMP.
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