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La périménopause en 2007 : de la physiopathologie à la prise en charge thérapeutique


Médecine Thérapeutique / médecine de la reproduction. Volume 9, Number 2, 114-23, Mars-Avril 2007, Revue

DOI : 10.1684/mte.2007.0060

Résumé  

Author(s) : Geoffroy Robin, Didier Dewailly , Service de Gynécologie Endocrinienne et Médecine de la Reproduction - Hôpital Jeanne de Flandre - CHRU de Lille - Avenue Eugène Avinée - 59037 Lille cedex.

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ARTICLE

Auteur(s) : Geoffroy Robin, Didier Dewailly

Service de Gynécologie Endocrinienne et Médecine de la Reproduction - Hôpital Jeanne de Flandre - CHRU de Lille - Avenue Eugène Avinée - 59037 Lille cedex

La périménopause est une période complexe de la vie génitale féminine. Les phénomènes hormonaux qui la caractérisent vont d’une part être responsables de l’apparition de tout un cortège de symptômes très variables, plus ou moins invalidants selon les patientes, et d’autre part aussi aggraver, voire révéler, certaines pathologies gynécologiques œstrogéno-dépendantes. C’est la compréhension des mécanismes qui sous-tendent ces bouleversements hormonaux qui permet de mieux appréhender la prise en charge des patientes symptomatiques. En outre, cette dernière doit également tenir compte du risque de grossesse, faible mais encore possible.

Définition et épidémiologie de la périménopause

La périménopause, période de durée variable qui précède la ménopause physiologique, correspond à la diminution progressive mais inéluctable de la fonction exocrine ovarienne (ovulations de plus en plus rares), alors que la fonction endocrine persiste mais de manière incomplète et dissociée.

Pour l’OMS, elle « débute lorsqu’apparaissent des signes cliniques et/ou biologiques qui annoncent la survenue de la ménopause ; elle se termine une année, au moins, après les dernières règles ». Le tableau 1 permet de mieux resituer cette période au cours des différentes phases d’activité ovarienne survenant au cours de la vie d’une femme [1, 2].

Il existe une grande variabilité interindividuelle en ce qui concerne son âge de survenue, sa durée et l’importance relative des différents signes cliniques. L’origine ethnique et la valeur de l’indice de masse corporelle (IMC) seraient des facteurs susceptibles d’expliquer cette variabilité [3]. Par ailleurs, les bouleversements hormonaux de la périménopause surviennent en général à une période « charnière » dans la vie des femmes : le « cadre familial » évolue, la situation socio-professionnelle est incertaine et le corps se transforme. Tous ces éléments contribuent à déstabiliser ces femmes qui se retrouveront particulièrement « déroutées » face au cortège de symptômes invalidants dont peut être responsable cette période physiologique.

Physiopathologie et symptomatologie de la périménopause

La périménopause peut se décomposer en deux phases symptomatiques de durée variable.

Cycles menstruels d’abord réguliers, puis raccourcis avec syndrome d’hyperœstrogénie prédominant

Ce premier stade de la périménopause correspond sur le plan physiopathologique à une altération des phénomènes de recrutement et de dominance folliculaire secondaire à la diminution qualitative et quantitative du stock folliculaire ovarien [4]. Du fait de la diminution de ce stock et d’une moindre capacité des cellules de la granulosa à répondre à la FSH, la production d’inhibine B par les cellules de la granulosa va diminuer progressivement, avec une nette accélération de cette décroissance à partir de 40 ans [5, 6]. Il s’ensuit une augmentation de la libération de FSH et notamment une élévation de son pic intercyclique [7-9]. Ce phénomène aboutit à deux conséquences :
  • la première est une maturation folliculaire accélérée et exagérée (phénomène de maturation plurifolliculaire dénommé également « syndrome d’hyperstimulation endogène des ovaires » [10, 11]), provoquant progressivement un raccourcissement du cycle menstruel aux dépens de la phase folliculaire [12] ;
  • la seconde est une élévation de l’œstradiolémie en phases préovulatoire et lutéale, secondaire à une augmentation de l’activité catalytique de l’aromatase dans les cellules de la granulosa sous l’effet des taux croissants de FSH [13]. Elle est responsable d’un syndrome d’hyperœstrogénie ou syndrome prémenstruel (SPM) [4, 9, 14]. Le SPM associe mastodynies, pesanteur pelvienne, prise de poids par rétention hydrosodée (hyperminéralocorticisme secondaire à l’hyperœstrogénie), troubles neurovégétatifs divers (troubles du transit, nausées, asthénie, malaises, etc.), recrudescence de céphalées d’allure migraineuse et troubles du comportement avec prédominance de symptômes appartenant au registre des troubles anxieux (angoisse, irritabilité et agressivité). Cet inconfort psychologique est mal vécu par les patientes, car non maîtrisable. De plus, il est responsable de problèmes relationnels majeurs avec l’entourage proche. Ainsi, depuis plusieurs années maintenant, le syndrome prémenstruel sévère fait partie intégrante du DSM-IV et est considéré comme une pathologie psychiatrique invalidante susceptible d’altérer considérablement la qualité de vie des patientes [15].

En outre, cette hyperœstrogénie va favoriser l’apparition, voire aggraver, les pathologies gynécologiques œstrogéno-dépendantes :

  • l’hyperplasie endométriale simple, sans atypies cellulaires, responsable de méno-métrorragies. Cette étiologie fonctionnelle reste la cause la plus fréquente de saignements génitaux. Mais, même dans ce contexte hormonal, il s’agit d’un diagnostic d’élimination ; les investigations paracliniques seront alors incontournables (échographie, hystéro-sonographie, hystéroscopie, IRM, etc.) et ce d’autant que, pour certains auteurs, la périménopause correspond à une période « à risque » de survenue de l’adénocarcinome endométrial [16] ;
  • l’adénomyose et l’endométriose ;
  • les fibromyomes utérins ;
  • les mastodynies et mastopathies bénignes [17].

De plus, les ovulations deviennent de moins bonne qualité et le corps jaune qui en résulte est alors dit « inadéquat », incapable de sécréter suffisamment de progestérone. Il s’en suit une aggravation du SPM. Cette notion d’insuffisance lutéale relative a récemment été confirmée par l’étude SWAN de Santoro et al [3].

Enfin, la baisse de la fécondité qui résulte logiquement de tous ces bouleversements hormonaux sera présente dès le début du déclin ovarien et sera considérée comme le premier signe de la périménopause, avant même que ne s’installent tous les autres symptômes.

Irrégularités menstruelles avec syndrome d’hypoestrogénie prédominant

Au fur et à mesure du vieillissement ovarien, à l’approche du seuil critique du nombre de follicules, ceux-ci deviennent de plus en plus résistants aux gonadotrophines. L’intensité de ce phénomène varie d’un follicule à un autre. En effet, alors que certains n’ont plus la capacité de répondre à la FSH, d’autres ont conservé une « fenêtre » de sensibilité à la FSH suffisante pour répondre exagérément aux taux élevés de FSH circulante chez ces patientes. Ainsi, la longueur des cycles va devenir variable selon qu’il y a, ou non, maturation folliculaire terminale [18, 19]. Dès lors, deux phénomènes hormonaux vont alterner [4, 9] :

– Des phases d’hypofonctionnement ovarien, prédominantes et responsables d’un syndrome d’hypoestrogénie

Ce dernier associe des bouffées vasomotrices, avec sueurs nocturnes, une sécheresse vaginale, pouvant s’accompagner de dyspareunies, des troubles de l’humeur d’intensité variable, des troubles du sommeil à type d’insomnie, une baisse significative de la libido, des troubles génito-urinaires (recrudescence des cystites aiguës, incontinence urinaire d’effort, prolapsus…) [20] mais également un début de déminéralisation osseuse dont les conséquences dépendront du capital osseux initial.

– Des phases d’« hyperstimulation endogène » des ovaires responsables d’un SPM

En effet, de façon aléatoire, un ou plusieurs follicules vont redevenir sensibles à la FSH, et échapperont ainsi au phénomène d’atrésie. Ainsi, une maturation plurifolliculaire avec hyperœstrogénie, voire éventuellement une ovulation, va se produire. Néanmoins, ces cycles ovulatoires vont devenir d’une part de plus en plus rares, et d’autre part de plus en plus courts en raison du caractère de plus en plus médiocre de la qualité des ovulations.

L’intrication et l’alternance de ces différents états hormonaux (irrégularité menstruelle et alternance de signes d’hyperœstrogénie et d’hypoestrogénie), rendent cette « période charnière » difficile à gérer pour les cliniciens.

Diagnostic d’un état périménopausique

Il s’agit d’un diagnostic avant tout clinique, facile à évoquer devant l’association d’un raccourcissement des cycles menstruels ou d’une alternance de cycles longs et de cycles courts, avec un syndrome prémenstruel et/ou des signes de carence œstrogénique.

Les dosages de FSH et d’œstradiol ne sont d’aucune utilité au diagnostic de périménopause. En effet, comme évoqué précédemment, leurs taux sont soumis à d’importantes fluctuations, reflétant l’irrégularité du fonctionnement ovarien, ce qui rend leur interprétation délicate.

Il n’y a que dans un contexte d’infertilité que ces dosages, réalisés au 3e jour du cycle et couplés à une échographie pelvienne, gardent leur indication pour dépister une insuffisance ovarienne « incipiens ».

La chute du taux d’inhibine B sérique à J3 est pour certains auteurs un marqueur du vieillissement ovarien au cours de cette période [21]. Néanmoins, la grande variabilité de ce taux au cours du cycle rend l’interprétation délicate de son dosage et n’en fait donc pas un marqueur diagnostic formel.

Le dosage de l’hormone antimüllérienne (AMH), est apparu depuis plusieurs années comme un nouveau marqueur de la réserve ovarienne et donc du vieillissement ovarien [22]. Son dosage est fiable et la reproductibilité des résultats est bonne. Ainsi, l’équipe de Van Rooij et al. a émis l’hypothèse que le dosage de l’AMH pourrait s’avérer utile au diagnostic de périménopause dans les situations cliniques douteuses [23].

Prise en charge de la périménopause

À l’évidence, les femmes asymptomatiques ne relèvent d’aucun traitement. Un traitement ne sera proposé qu’aux femmes dont la périménopause est symptomatique et qui en font la demande. Ce traitement devra tenir compte du terrain métabolique de la patiente et des éventuelles contre-indications aux traitements hormonaux.

Le but de la prise en charge médicale de la périménopause est de faire disparaître les symptômes tout en conservant si possible un effet contraceptif. En effet, la grossesse, bien que rare compte tenu du net déclin de la fertilité, est encore possible à cette période, mais elle s’accompagne d’une augmentation du risque d’anomalies chromosomiques et d’accidents obstétricaux (prééclampsie, fausses couches précoces et tardives, mort fœtale in utero, diabète gestationnel, menaces d’accouchement prématuré) [24]. En outre, pour certains auteurs, le phénomène intermittent de maturation multifolliculaire expliquerait l’augmentation de fréquence des grossesses gémellaires dizygotes avec l’âge maternel, et ce malgré le déclin associé de la fertilité [25]. Ces dernières sont par ailleurs également reconnues comme étant à risque de certaines pathologies obstétricales.

Thérapeutiques hormonales

Elles seront envisagées chaque fois qu’il sera nécessaire de régulariser des cycles, d’atténuer les signes d’hyperœstrogénie, de compenser les manifestations d’hypoestrogénie, d’assurer une contraception efficace et enfin de prévenir les conséquences de cette période d’« anarchie hormonale » (hyperplasie endométriale, mastopathies bénignes, ostéopénie…).

Les progestatifs seuls

Ils sont indiqués dans la correction des troubles des règles, la protection de l’endomètre et la prise en charge de pathologies œstrogéno-dépendantes. La séquence progestative consiste à prescrire un progestatif de type prégnane ou norprégnane :
  • soit du 16e au 25e jour du cycle, pour simplement régulariser les cycles, en l’absence de méno-métrorragies et de désir de contraception ;
  • soit pendant 13 à 15 jours consécutifs en commençant leur administration plus tôt dans le cycle lorsque les signes d’hyperœstrogénie prédominent. L’inhibition de l’ovulation sera alors inconstante [26] ;
  • soit pendant 20 à 21 jours consécutifs (classiquement du 5e au 25e jour du cycle), ce qui permettra de renforcer l’activité antigonadotrope et d’assurer ainsi un effet contraceptif. Néanmoins, les progestatifs ainsi administrés ne disposent pas de l’autorisation de mise sur le marché en tant que contraceptifs.

Ce traitement progestatif permet de protéger l’endomètre et prévient l’apparition d’une hyperplasie endométriale, secondaire à l’hyperœstrogénie et/ou à l’anovulation [27].

Tant que persiste une sécrétion œstrogénique suffisante, une hémorragie de privation survient environ 3 jours après la fin de traitement. En l’absence de règles, il convient bien entendu de réaliser un dosage plasmatique d’hCG. Ce dernier dosage étant négatif, la séquence progestative peut être reprise comme si l’hémorragie de privation était survenue. Si l’aménorrhée se répète sur 3 cycles successifs, le diagnostic de ménopause est alors vraisemblable et l’on discutera de l’indication éventuelle d’un traitement hormonal substitutif (THS).

Les associations œstro-progestatives

Le traitement de « freinage-substitution » (TFS)

Il sera indiqué au moment de la période dite « charnière » avec alternance de signes d’hyperœstrogénie et d’hypo-œstrogénie [28]. Il consiste à administrer pendant 20 à 21 jours sur 28, un progestatif antigonadotrope de type prégnane ou norprégnane, pour freiner le fonctionnement ovarien et éviter ainsi les poussées d’hyperœstrogénie, et d’y associer une substitution œstrogénique pour palier les manifestations d’hypoestrogénie (induites à la fois par les phases d’hypofonctionnement ovarien à ce stade et par le freinage ovarien secondaire à l’administration du progestatif antigonadotrope). En effet, sous traitement progestatif antigonadotrope, les études longitudinales indiquent qu’il se produit une baisse significative de l’œstradiolémie au 10e jour d’administration, avec une réélévation lors de la fenêtre d’arrêt de traitement [29]. L’administration des œstrogènes est donc licite en seconde partie du traitement progestatif, pendant une dizaine de jours. Néanmoins, au fur et à mesure que l’on se rapproche de la ménopause, la reprise de la fonction ovarienne se fait de plus en plus difficilement et les signes d’hypo-œstrogénie apparaissent alors pendant la phase d’arrêt et pendant la première partie du traitement progestatif. L’adaptation du traitement passera par une augmentation de la durée d’administration de la séquence œstrogénique et il est fréquent qu’avec le temps, œstrogènes et progestatifs soient prescrits simultanément sur la même durée c’est-à-dire 20-21 jours sur 28.

En pratique, on prescrit le 17 β-œstradiol, à la posologie de 1 à 2 mg/jour en respectant les contre-indications habituelles des œstrogènes. En cas d’antécédents personnels ou familiaux de facteurs de risque vasculaires, la voie percutanée sera préférée à la voie orale, car elle permet de s’affranchir de l’effet de premier passage hépatique des œstrogènes.

Bien que peu d’études soient disponibles, ce traitement semble très satisfaisant sur le contrôle du cycle, des symptômes d’hyperœstrogénie et des bouffées de chaleur [30, 31]. Par ailleurs la tolérance métabolique reste bonne [32].

Et la pilule œstroprogestative ?

En France, son utilisation au cours de cette période de la vie génitale n’est pas courante en raison des craintes, plus ou moins fondées, vis-à-vis de la tolérance métabolique et vasculaire de l’éthinylestradiol par voie orale, réputée médiocre dans cette tranche d’âge. Pourtant, dans les pays anglo-saxons, elle est largement prescrite en période périménopausique, après recherche de contre-indications formelles bien entendu (tableau 2). Les œstroprogestatifs anticonceptionnels sont en effet une alternative acceptable dans la prise en charge de la période périménopausique à toutes ses phases : efficacité contraceptive et réduction prouvée des différents symptômes [33]. Les œstroprogestatifs de dernières générations faiblement dosés en éthinylestradiol (15 à 20 μg) sont utilisés de préférence, pour leur meilleure tolérance métabolique [34] et cardiovasculaire [35] (tableau 3). Parmi ces associations œstroprogestatives, Jasminelle® contient un progestatif intéressant, la drospirénone, dérivé de la spironolactone. Prise pendant 24 jours sur 28, elle a montré son efficacité dans l’amélioration de la symptomatologie du SPM [36, 37]. Son utilisation en période périménopausique mériterait donc d’être évaluée plus précisément chez les femmes présentant des SPM particulièrement invalidants.

La surveillance métabolique et mammaire sera, à cet âge, particulièrement soigneuse.

A noter par ailleurs que, bien que s’affranchissant théoriquement de l’effet de premier passage hépatique, il n’existe à l’heure actuelle aucun argument indiquant que les œstroprogestatifs anticonceptionnels administrés par voie extra-orale (patch cutané Evra® et anneau vaginal Nuvaring®), soient mieux tolérés sur les plans vasculaire et métabolique que ceux administrés par voie orale [38-40].
Tableau 2 Contre-indications absolues (soulignées) et relatives à la contraception œstroprogestative chez la femme de plus de 40 ans

Antécédents personnels de cancers œstrogéno-dépendants

Cancer du sein, cancer de l’endomètre

Tabagisme actif

Plus de 10 cigarettes par jour

Anomalies de l’hémostase connues (thrombophilies congénitales et acquises)

Lupus, syndrome des antiphospholipides, mutations des facteurs II et V ou du gène de la MTHF.

Antécédents personnels ou familiaux d’accidents vasculaires artériels ou veineux

  • Accidents vasculaires cérébraux, infarctus du myocarde, artériopathie oblitérante des membres inférieurs ;
  • thromboses veineuses profondes, embolies pulmonaires.


Hypertension artérielle

Composantes du syndrome métabolique

Diabète, intolérance aux hydrates de carbone

Hypertrigycéridémie

Hypercholestérolémie et/ou hypo-HDLémie

Indice de masse corporelle ≥ 30 kg/m2, tour de taille ≥ 88 cm


Tableau 3 Œstroprogestatifs utilisés préférentiellement en période périménopausique, pour leur meilleure tolérance métabolique et cardiovasculaire et commercialisés en France en 2007

Dosage en éthinylestradiol

Progestatif (dosage)

Nom commercial

Nombre de comprimés

20 μg

Gestodène (75 μg)

  • Méliane®
  • Harmonet®


21

Désogestrel (150 μg)

Mercilon®, Cycléane20®

21

Drospirénone (3 mg)

Jasminelle®

21

15 μg

Gestodène (60 μg)

  • Minesse®
  • Mélodia®


  • 28 (dont 4 placebos)
  • (Prise continue)


Comment affirmer le diagnostic de ménopause ou « quand passer du TFS ou de la contraception œstroprogestative au THS » ?

Habituellement sous TFS ou sous contraception œstroprogestative, la régularité des cycles est excellente et la symptomatologie clinique de la périménopause est quasi inexistante. Le diagnostic clinique de ménopause devient alors impossible. Deux méthodes sont alors envisageables [41] :
  • soit le traitement œstroprogestatif est interrompu et il est prescrit un test au progestatif jusqu’à ce que l’on obtienne une aménorrhée sur 3 mois consécutifs ; une méthode de contraception mécanique sera alors envisagée en attendant le diagnostic de certitude de ménopause ;
  • soit il est possible de réaliser des dosages d’œstradiol et de FSH plasmatiques à la fin de la fenêtre thérapeutique, le jour de la reprise du traitement œstroprogestatif : une FSH très élevée et une œstradiolémie franchement basse permettront d’évoquer avec une forte probabilité le diagnostic de ménopause. Une interruption de traitement, avec répétition des dosages hormonaux précités, la mise en route d’un test aux progestatifs sur 3 mois consécutifs ou un relais direct avec un THS sont autant d’options possibles, aucune n’étant validée à ce jour…

Le système intra-utérin au lévonorgestrel (Mirena®)

Commercialisé sous le nom de Mirena®, ce système intra-utérin (SIU) délivre en continu pendant 5 ans du lévonorgestrel dans la cavité utérine. Ce dispositif permet une réduction de près de 96 % de l’abondance du flux menstruel [42]. Il s’agit donc d’une méthode tout à fait envisageable chez une patiente en période périménopausique se plaignant surtout de méno-métrorragies, dont le caractère « fonctionnel » aura été formellement établi, et souhaitant une contraception efficace. Ce SIU hormonal représente ainsi une alternative acceptable à l’hystérectomie, au moins durant les premières années de prise en charge [43, 44]. Sa place dans la prise en charge des hémorragies génitales d’origine utérine liées à d’autres pathologies gynécologiques est en cours d’évaluation. Concernant l’adénomyose, les résultats sont plutôt prometteurs sur la réduction de l’abondance des méno-métrorragies [45] et de l’intensité des dysménorrhées [46].

En cas d’apparition de signes d’hypo-œstrogénie, il est tout à fait possible de prescrire une séquence d’œstrogènes seuls, par voie percutanée ou orale, la « protection » vis-à-vis de l’hyperplasie endométriale étant assurée « in situ » par le lévonorgestrel. Une étude récente, utilisant par contre les œstrogènes conjugués équins, est venue confirmer le bien fondé et l’innocuité de cette attitude [47].

Thérapeutiques non hormonales

Elles seront indiquées en cas de contre-indications aux traitements hormonaux ou si la patiente refuse un tel traitement. Il s’agit en fait de traitements purement symptomatiques.

Le syndrome prémenstruel

Un déficit partiel de la transmission synaptique sérotoninergique de certains circuits neuronaux, induit ici par l’ensemble des bouleversements hormonaux de la périménopause, semble jouer un rôle majeur dans la physiopathologie du SPM et expliquerait ainsi la symptomatologie psychique, mais également une partie des symptômes somatiques de ce syndrome [48, 49].

De nombreux travaux ont démontré l’efficacité des inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine (ISRS) dans la prise en charge des symptômes psychiques et somatiques du SPM en général, mais pas spécifiquement au cours de la périménopause [50].

Plus récemment, une première étude est sortie évaluant l’efficacité d’un ISRS, l’escitalopram (Ceroplex®), dans la prise en charge des femmes en période périménopausique. Les premiers résultats publiés sont en faveur d’un réel bénéfice de ce traitement, d’une part sur les troubles anxiodépressifs, et d’autre part sur les symptômes physiques du SPM [51]. Néanmoins, il s’agit des premiers résultats d’une étude prospective sur vingt femmes, sans comparaison avec un groupe témoin, ayant duré seulement huit semaines. Ainsi, d’autres travaux, sur de plus grandes cohortes, avec randomisation, en comparaison avec un placebo et sur de plus longues périodes d’évaluation sont nécessaires pour préciser la place exacte de cet ISRS dans la prise en charge du SPM survenant au cours de la périménopause.

Les bouffées vasomotrices ou bouffées de chaleur

La chute brutale des taux d’œstrogènes au cours des périodes d’hypoactivité ovarienne, va perturber certains systèmes neuronaux impliqués dans la régulation de la température corporelle : le système opioïde, dont le rôle est aujourd’hui contesté, le système dopaminergique [52], le système noradrénergique, dont l’implication semble actuellement primordiale [53] et le système sérotoninergique dont le rôle est probablement indirect [54, 55]. Une élévation des taux circulants d’interleukine 8 serait également impliquée dans les phénomènes de vasodilatation périphérique au cours des bouffées vasomotrices des femmes en période périménopausique [56].

Indépendamment des mesures hygiéno-diététiques (arrêt du tabac, limitation de la consommation d’alcool, de café) et plutôt que d’autres molécules de nature non hormonales, qui ont montré une efficacité plus ou moins franche dans la prise en charge des bouffées vasomotrices (β-alanine, véralipride, clonidine, α-méthyl-dopa), les inhibiteurs de la recapture de la sérotonine et de la noradrénaline (IRSNA) représentent un apport nouveau et intéressant. Ainsi, une étude a récemment démontré l’efficacité de la venlafaxine (Effexor®) sur la symptomatologie dépressive et vasomotrice des femmes en période périménopausique [57], confirmant ainsi les données recueillies chez les femmes ménopausées [58].

L’escitalopram, ISRS dont nous avons déjà évoqué le rôle prometteur dans la prise en charge du SPM, aurait également une efficacité sur les bouffées vasomotrices des femmes en période périménopausique. Là encore, des travaux supplémentaires sont nécessaires pour évaluer plus précisément l’efficacité de cette molécule dans cette indication [51].

Les troubles psychiques

Ils sont très variés et nécessitent l’utilisation, lorsqu’ils altèrent réellement la qualité de vie de la patiente, de psychotropes (anxiolytiques et antidépresseurs). Cette prescription se fera en tenant compte des antécédents psychiatriques personnels et familiaux de la patiente et si nécessaire en collaboration avec un psychiatre.

Des travaux récents semblent indiquer que la période périménopausique est une période à plus haut risque de développer un syndrome dépressif que la période ménopausique confirmée, et ce surtout lorsqu’il existe un antécédent personnel de dépression [59, 60]. Il semble donc opportun de chercher à dépister en consultation un syndrome dépressif chez toute femme en période périménopausique.

La sécheresse vaginale

Elle est en général source de dyspareunie superficielle ou d’intromission, qui rend les rapports sexuels pénibles. Il est possible d’utiliser des gels lubrifiants simples à base d’eau (gel Ky®, Prémicia®, Sensilube®, Taïdo®) ou plus élaborés (Replens® et Monasens®) voire des œstrogènes à action locale stricte, administrés par voie vaginale, sous la forme de crèmes ou d’ovules (Colpotrophine®, Trophigil®, Physiogyne®) et dont le passage systémique est infime.

Cas particuliers dans la prise en charge de la période périménopausique

Les mastodynies et mastopathies bénignes

La pathologie mammaire est fréquente à ce stade de la vie génitale : 47 % de mastodynies et 19 % de mastopathies bénignes chez ces femmes en période périménopausique selon l’enquête Propause de Lopès et al. [61]. Ces mastopathies sont en général révélées voire aggravées au cours des périodes d’hyperœstrogénie relative. L’efficacité des progestatifs sera d’autant plus grande que le traitement sera prescrit rapidement. Classiquement, ils seront prescrits au moins 15 jours par cycles. Les progestatifs 19-norstéroïdes, dérivés de la testostérone, seraient pour certains auteurs plus efficaces [62-64], mais leur tolérance clinique (acné, séborrhée, hirsutisme…), vasculaire et métabolique médiocre, surtout à cette période de la vie où le syndrome métabolique est particulièrement plus fréquent (cf. ci-dessus), font préférer les norprégnanes, dérivés de la 17-hydroxyprogestérone, en première intention [65]. Ces derniers ont fait la preuve de leurs effets antigonadotrope et anti-œstrogénique et de leur innocuité métabolique, tensionnelle et vasculaire [66, 67]. L’acétate de nomégestrol (Lutényl®) et la promégestone (Surgestone®) ont été évalués dans cette indication : ils ont tous les deux montré une amélioration significative de l’intensité des mastodynies, mais également une diminution, voire une disparition, des placards et nodules de mastose [68, 69]. Des dérivés prégnane, la médrogestone (Colprone®), et la dydrogestérone (Duphaston®) semblent également être efficaces dans la prise en charge de ces mastopathies avec mastodynies, même en étant administrés que 10 jours par cycle [70].

Quoi qu’il en soit, avant tout traitement hormonal, un bilan sénologique complet reste absolument indispensable à cette période de la vie génitale.

Ostéoporose en période péri-ménopausique

De nombreux travaux ont montré que les premiers remaniements osseux, prémices de l’ostéoporose post-ménopausique, débutent dès la période de périménopause [71-74]. L’ostéoporose, surtout en cas de facteurs de risque préexistants, pourrait ainsi apparaître dès cette période. Cela justifie de rechercher les principaux facteurs de risque d’ostéoporose chez toutes les femmes périménopausiques. Si cette enquête est positive, la réalisation d’une ostéodensitométrie sera incontournable et la substitution œstrogénique n’en est que plus recommandée (pilule œstroprogestative [75] ou TFS).

En cas de contre-indication aux œstrogènes et lorsqu’il faut prévenir, voire traiter, l’ostéoporose, indépendamment des conseils hygiéno-diététiques (arrêt du tabac, exercice physique doux et régulier, lutte contre la sédentarité, le surpoids et la maigreur…), d’autres classes thérapeutiques pourront être utilisées : compléments vitamino-calciques, biphosphonates, modulateurs sélectifs des récepteurs aux œstrogènes (SERM) et, plus récemment le ranélate de strontium. Un avis rhumatologique sera souhaitable en cas d’ostéoporose caractérisée (T-score < -2,5).

Les méno-métrorragies fonctionnelles (hyperplasies endométriales sans atypies cellulaires)

Après avoir éliminé une cause organique, un traitement par progestatifs pendant 15 à 20 jours pendant 2 à 3 cycles consécutifs environ, permet le plus souvent de traiter ces hyperplasies dites « simples » ou « fonctionnelles ». En phase aiguë, il peut être nécessaire d’adjoindre un traitement anti-fibrinolytique par voie orale ou intraveineuse selon l’importance de l’hémorragie (acide tranexamique (Exacyl® ou Spotof®) : 2 à 4 grammes par jour, ou étamsylate (Dicynone®) : 1,5 gramme par jour). Dans certaines situations urgentes, le curetage hémostatique est le seul moyen d’enrayer le saignement.

La prévention de ces hyperplasies endométriales « fonctionnelles » est quant à elle assurée, en période périménopausique, par la prescription d’une séquence progestative d’au moins 10 à 12 jours par cycle.

Par ailleurs, rappelons que le SIU au lévonorgestrel (Mirena®) est une alternative thérapeutique tout à fait pertinente dans ce contexte, que ce soit en préventif ou en curatif [42-44] (cf. ci-dessus).

L’hyperandrogénie

Des symptômes d’hyperandrogénie peuvent apparaître en période périménopausique, sous- tendus par une hyperandrogénie fonctionnelle ovarienne [76, 77]. Survenant le plus souvent sur des terrains prédisposés (syndrome des ovaires polymicrokystiques préexistant connu ou non, obésité, hyperinsulinisme), sa constatation nécessite néanmoins une évaluation clinique et paraclinique sérieuse afin de ne pas méconnaître une cause plus grave (tumeur ovarienne ou surrénalienne). Un traitement de type « freinage-substitution » utilisant l’acétate de cyprotérone (Androcur®), progestatif du groupe prégnane, puissamment antiandrogène et antigonadotrope, est envisageable en complément de mesures cosmétiques.

Problématique du syndrome métabolique en période périménopausique

Il est maintenant admis que la prévalence du syndrome métabolique dans la population générale augmente avec l’âge [78]. Ainsi, la période de périménopause est propice à son dépistage. En effet, il est maintenant admis par certains auteurs que la fréquence du syndrome métabolique croit progressivement dès le début de la périménopause et jusqu’à la ménopause [79]. La carence œstrogénique qui débute au cours de la périménopause tardive a été évoquée comme étant un des éléments déterminants dans la survenue de ce syndrome [80]. Néanmoins, le « profil androgénique » des patientes périménopausiques semble également jouer un rôle majeur : ainsi, celles qui présentent une hyperandrogénie biologique seraient plus à risque de développer un syndrome métabolique et donc d’aggraver leur profil de risque cardiovasculaire [81, 82].

En outre, les composantes clinico-biologiques du syndrome métabolique constituent pour certaines des contre-indications absolues ou relatives à la prescription de la contraception œstroprogestative (cf. tableau 2) ou du traitement hormonal de « freinage-substitution ». C’est pourquoi, son diagnostic constituera donc un élément clé dans la décision thérapeutique chez une femme souffrant de troubles attribuables à la périménopause (contre-indication absolue à tous les types de traitements œstroprogestatifs, choix entre une pilule contraceptive ou un traitement freinage-substitution, choix de la voie d’administration des œstrogènes).

Conclusion

Ainsi, il paraît clair que la prise en charge thérapeutique des femmes symptomatiques en période périménopausique repose à la fois sur une connaissance approfondie des phénomènes hormonaux qui la sous-tendent, mais aussi sur une écoute attentive des patientes. La prise en charge doit s’adapter à la grande variabilité des symptômes au cours de cette période. La périménopause représente le début du déclin de la fonction ovarienne et surtout l’approche inéluctable vers la ménopause, tant redoutée par les femmes. De plus, elle survient le plus souvent en même temps que de nombreux bouleversements familiaux et socioprofessionnels. Ainsi tous ces éléments devront être pris en compte pour une prise en charge la plus globale possible, garante d’une entrée plus sereine dans la ménopause.

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