ARTICLE
Auteur(s) : Patrick
Fénichel
Service d’Endocrinologie et médecine de la Reproduction, Hôpital
de l’Archet, CHU de Nice
La mise en évidence, par Barker en 1989, d’un lien entre petits
poids à la naissance et risques métaboliques et cardiovasculaires à
l’âge adulte, a été confortée par la suite par les données
épidémiologiques et expérimentales. De la même manière, l’hypothèse
formulée par Skakkebaeck dans les années 1990 d’un lien entre
l’exposition fœtale in utero à des perturbateurs endocriniens
estrogéno-mimétiques ou anti-androgènes et la baisse de la
fertilité masculine, l’augmentation des malformations génitales et
du cancer du testicule, dans le cadre du syndrome de dysgénésie
testiculaire, a également été confortée par des données
expérimentales chez les rongeurs, ainsi que l’expérience dramatique
des femmes exposées au Distilbène®. Cela a été illustré
récemment de façon magistrale dans un article de 2005, paru dans
Science, par l’équipe de Skinner aux Etats-Unis, qui a démontré
l’effet transgénérationnel de cette programmation fœtale à
distance, en l’occurrence, l’apoptose exagérée des cellules
germinales mâles après exposition in utero à un anti-androgène, le
flutamide, retrouvé jusqu’à la 5e génération.Ceci exige
que l’on s’intéresse de plus prêt au concept de l’épigénétique. En
effet, cette possibilité de moduler l’expression d’un gène sans
modification nucléotidique (mutation), de façon durable,
transmissible mais potentiellement réversible, invite à
reconsidérer totalement les liens entre environnement, génétique et
pathologies en particulier dans le domaine du métabolisme, des
cancers et de la reproduction. Ce nouveau concept devrait permettre
de nouvelles avancées non seulement dans la physiopathologie mais
aussi dans le domaine de la prévention et en thérapeutique où il
existe déjà des outils permettant de moduler les empreintes
épigénétiques, en particulier, la méthylation du promoteur de gènes
suppresseurs, les modifications des histones ou l’action des
cofacteurs et dont l’intérêt commence à être testé en
cancérologie.La période fœtale constitue vraisemblablement une
période particulièrement critique pour les empreintes épigénétiques
potentielles et cela conduit, par conséquent, à être
particulièrement attentif à l’environnement fœtal in utero.
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