ARTICLE
mte.2012.0377
Auteur(s) : Céline Faure1,,2 c.faure@uren.smbh.univ-paris13.fr,
Charlotte Dupont1,2, Nathalie Sermondade1,2, Rachel Lévy1,2
1 AP-HP,
hôpital Jean-Verdier,
service d’histologie-embryologie-cytogénétique-biologie de la
reproduction - CECOS,
avenue du 14 juillet,
93140 Bondy,
France
2 Université Paris-13,
Cnam,
CRNH IdF,
UMR U557 Inserm,
U1125 Inra,
unité de recherche en épidémiologie nutritionnelle,
93017 Bobigny,
France
Tirés à part : C. Faure
Environ 15 % des couples en désir d’enfants sont confrontés
à l’infertilité. Pour près de la moitié de ces couples,
l’infertilité masculine est directement impliquée ou est un facteur
contribuant [1].
La cause du facteur masculin peut être multiple, souvent
complexe. Cependant, les récentes études convergent vers le rôle
central du stress oxydatif et son rôle pathogène dans l’infertilité
masculine.
Dans des conditions physiologiques, de petites quantités
d’espèces oxygénées réactives (EOR) sont produites par les
spermatozoïdes et plusieurs piégeurs agissent pour réduire la
concentration de ces EOR dans le plasma séminal. Ces EOR sont
nécessaires pour la capacitation, la réaction acrosomique et,
enfin, la fécondation [2]. Cependant, une production excessive
d’EOR et/ou une diminution de leur séquestration conduit à un excès
de stress oxydatif dans le sperme, avec, pour conséquences, des
altérations de l’ADN nucléaire des spermatozoïdes, une réduction de
leur mobilité et une atteinte d’intégrité de leur membrane [3-6].
Les antioxydants pourraient aider à équilibrer la balance entre la
production d’EOR et leur capture, améliorant ainsi la qualité des
spermatozoïdes.
Suivant ce principe, une supplémentation en antioxydants est
souvent préconisée dans le traitement de l’infertilité masculine.
Ces antioxydants sont souvent prescrits en association, de façon
empirique, sans contrôle préalable de l’implication du stress
oxydatif, sans évaluation d’une potentielle carence en un
antioxydant précis, alors que de nombreux patients consomment déjà
certains antioxydants via des aliments enrichis, ou d’autres
compléments alimentaires. Enfin, ces antioxydants sont prescrits
sans limite de temps et aucune surveillance particulière n’est
recommandée.
Cette revue présente les effets des antioxydants sur la
fertilité masculine, bénéfiques lors de carence, mais pouvant
s’avérer négatifs en cas d’excès.
Zinc
Le zinc est une métalloprotéine, cofacteur pour les protéines de
liaison à l’ADN (protéines en doigt de zinc) et pour de nombreuses
métalloenzymes impliquées dans la synthèse de l’ADN. Ses propriétés
anti-apoptotiques sont reconnues [7].
Les sources de zinc sont principalement les huîtres, les
céréales complètes et le fromage. On peut aussi absorber du zinc
dans de nombreux produits enrichis (jus de fruits par exemple), par
contact des aliments avec certains articles ménagers en caoutchouc
synthétique ainsi que dans certaines pastilles contribuant à lutter
contre la plaque dentaire.
La concentration en zinc dans le plasma séminal est plus élevée
que dans les autres tissus [8]. C’est la prostate qui sécrète le
zinc du plasma séminal.
Le zinc a un rôle important dans le développement des testicules
et les paramètres spermatiques (concentration, mobilité et
vitalité des spermatozoïdes) [9]. Il influence la consommation en
oxygène des spermatozoïdes [10], la réaction acrosomique [11], la
décondensation de la chromatine [12]. Il a un effet protecteur
(antioxidant-like) contre les anions superoxydes [13]. La
concentration en zinc dans le plasma séminal influencerait ainsi la
qualité du sperme [14].
La carence en zinc
La carence en zinc est associée a un hypogonadisme, une
déplétion en testostérone (due à l’altération de l’activité de
l’enzyme de conversion de l’angiotensine), une diminution du volume
des testicules, un développement inadéquate des caractères sexuels
secondaires et une atrophie des tubules séminifères (avec
altération de la spermatogenèse [15-17]. Des études plus récentes
émettent aussi l’hypothèse que l’insuffisance d’apport en zinc
altèrerait les défenses antioxydantes, compromettant le mécanisme
de réparation de l’ADN et exposant les spermatozoïdes aux dommages
oxydatifs [18, 19]. Des études cliniques chez des hommes
dépourvus expérimentalement en zinc ont montré une diminution de la
sécrétion de testostérone par les cellules de Leydig [16, 20].
La concentration en zinc dans le plasma séminal semble souvent plus
faible chez les hommes infertiles comparés à des hommes fertiles
[9], mais les études sont contradictoires [21].
La supplémentation en zinc
Des études de supplémentation en zinc d’hommes partenaires de
couples infertiles rapportent un effet bénéfique :
augmentation du nombre de spermatozoïdes, amélioration de leur
mobilité et de l’intégrité de leur membrane ainsi qu’une
augmentation de la concentration en testostérone [22]. D’autres
auteurs montrent l’effet positif de la supplémentation combinée en
zinc et acide folique [23].
Un excès de zinc
À l’inverse, un excès de zinc aurait un effet délétère sur la
fertilité masculine. De fortes supplémentations en zinc
diminueraient la concentration en spermatozoïdes et leur mobilité
[20, 24, 25] et augmenteraient la nécrospermie [26].
Evenson et al. ont aussi montré que des niveaux élevés
en zinc contribueraient à déstabiliser les ponts disulfures de
l’ADN ainsi que la complexation du zinc sur la chromatine des
spermatozoïdes [27].
Plus récemment, chez des souris supplémentées avec différentes
doses de zinc, une corrélation négative entre quantité de zinc et
nombre et mobilité des spermatozoïdes a été observée. La dissection
des animaux fortement supplémentés en zinc a révélé une
dégénérescence des tubes séminifères et une fibrose des tissus
intestinaux [28].
En 2011, une supplémentation élevée en zinc a un effet délétère
sur la qualité de l’ADN des spermatozoïdes porcins. Lorsque la
concentration en zinc augmente dans la ration alimentaire, une
augmentation de la concentration en zinc dans le foie, les
testicules, l’épididyme et le plasma séminal est observée [29].
Deux études ont aussi montré l’effet délétère d’une
supplémentation en zinc sur le risque de cancer. Les études SUVIMAX
et VITAL ont montré qu’une supplémentation en antioxydants (dont
20 mg de zinc par jour) contre placebo entraîne une augmentation du
risque de mélanome [30, 31].
D’autres études montrent qu’un excès de zinc peut induire une
carence en cuivre (par absorption compétitive) et donc une anémie
[32, 33].
Enfin, des effets délétères neurologiques (myélopathie et
démyélinisation) d’un excès de zinc ont été rapportés par plusieurs
études [34, 35].
Ces résultats suggèrent qu’une attention particulière doit être
accordée en cas de supplémentation en zinc dans le but d’améliorer
la fertilité, car une surdose de zinc peut avoir des effets opposés
sur la qualité des spermatozoïdes. Les formules de complémentation
destinées à l’amélioration de la fertilité apportent, en moyenne
15 mg de zinc par jour. Ces doses sont au-dessus des
recommandations de l’institut de médecine (11 mg/j pour les hommes)
[36]. Le zinc nécessite d’être utilisé avec prudence et uniquement
lorsqu’une carence spécifique est détectée.
Sélénium
Le sélénium est présent en concentration élevée dans les organes
reproducteurs mâles avec un maximum dans les testicules [37]. Il
est incorporé dans les mitochondries des spermatozoïdes, au niveau
de la pièce intermédiaire [17]. Chez le rat, la concentration en
sélénium est régulée par un mécanisme homéostatique assurant une
priorité aux gonades par rapport aux autres tissus [38].
Le sélénium est un composant de la glutathion peroxydase [39].
Cette enzyme assure un rôle de protection contre les effets
délétères des métabolites toxiques et des radicaux libres,
prévenant ainsi la peroxydation des lipides des membranes des
spermatozoïdes [40].
Plusieurs études montrent une corrélation positive entre la
concentration en sélénium dans le plasma séminal et la quantité de
spermatozoïdes [37, 41, 42].
Le sélénium se trouve essentiellement dans les viandes et les
poissons ainsi que dans l’ail et le poivron. Certaines boissons
peuvent être enrichies en sélénium (boisson lactée notamment). Le
sélénium se trouve aussi dans de nombreux compléments alimentaires
destinés aux « adultes actifs stressés et surmenés »
ainsi qu’aux « sportifs avertis et de haut niveau ».
La carence en sélénium
La carence en sélénium a un effet délétère sur la fonction de
reproduction. Elle est associée à un retard de croissance des
testicules, une diminution de leur poids, une altération
morphologique des spermatozoïdes, une diminution de la
concentration en testostérone [43, 44]. La carence en sélénium
induit aussi une diminution de la mobilité et une cassure du
flagelle du spermatozoïde [45].
La supplémentation en sélénium
La supplémentation en sélénium améliore la mobilité et la
morphologie des spermatozoïdes, diminue leur peroxydation et a un
impact positif sur la fertilité [46-48]. Hawkes et al.
ont montré une amélioration de la concentration, de la mobilité et
des formes normales des spermatozoïdes lors d’une supplémentation
en sélénium ; toutefois, si cette supplémentation est
prolongée, la mobilité diminue à nouveau [49].
Un excès de sélénium
Un excès de sélénium est associé à une diminution de la mobilité
et du nombre des spermatozoïdes, ainsi qu’à une augmentation du
risque de fausses couches [50]. D’autres études rapportent un effet
toxique sur la qualité des spermatozoïdes [51]. Un excès de
sélénium (comme sa carence) entraîne des cassures de l’ADN des
spermatozoïdes [52] avec production de radicaux libres [53]. La
production d’ions superoxydes lors d’excès de sélénium serait dû à
l’oxydation du glutathion [54].
Vitamine A
La carence sévère en vitamine A reste rare dans les pays
industrialisés, car une alimentation « normale » apporte
suffisamment de vitamine A. Sa forme active est le rétinol, ou
acide rétinoïque, que l’on trouve dans les graisses animales
(beurre et œufs) et dans le foie où il est stocké. L’alimentation
est riche aussi en précurseurs de vitamine A, comme le
β-carotène, la lutéine ou le lycopène, que l’on trouve
majoritairement dans les carottes, les abricots, le persil et les
tomates. Mais un apport insuffisant peut être constaté chez
certaines personnes qui suivent un régime et diminuent les graisses
animales.
La vitamine A est essentielle pour la fertilité masculine.
Elle induit la production de testostérone, joue un rôle
indispensable dans le maintien des jonctions serrées dans les
cellules de Sertoli, contribuant à la barrière hématotesticulaire
[55]. Elle intervient au cours de la spermatogenèse
(différenciation des spermatogonies), dans l’adhésion des cellules
germinales aux cellules de Sertoli et le re-largage des spermatides
matures dans la lumière des tubes séminifères [56].
Il existe deux familles de récepteurs à l’acide
rétinoïque : RAR (retinoic acid receptor, qui lie tous
les isomères trans et le 9-cis de acide rétinoïque)
et RXR (retinoid X receptor, qui ne lie que le 9-cis)
pouvant homo- ou hétérodimériser [57]. Deux classes de ces
récepteurs semblent essentiels dans la fertilité masculine (RARα,
RXRβ) puisque leur KO entraîne une stérilité [58, 59].
L’expression de ces récepteurs, localisés sur les différentes
cellules des testicules immatures et matures (cellules de Sertoli,
cellules germinales et cellules de Leydig), varie au cours du
développement des testicules [60, 61] et leur localisation
(cytoplasmique/inactif ou translocation dans le noyau/actif) est
modifiée selon les différents stades de différenciation des
spermatozoïdes [62]. Ces modifications de localisation sont
induites par la présence ou la carence de vitamine A. En
présence de vitamine A, les récepteurs sont transloqués dans
le noyau et sont donc actifs ; en absence de vitamine A,
les récepteurs restent cytoplasmiques, donc inactifs, bloqués par
FSH.
La carence en vitamine A
Dès 1963, Howell et al. ont montré une implication
de la vitamine A dans la fertilité masculine. Une carence en
vitamine A chez des rats mâles se caractérise par une
dégénérescence des cellules germinales (les tubes séminifères ne
contiennent plus que des cellules de Sertoli, des spermatogonies et
un petit nombre de spermatocytes), une diminution de la taille des
vésicules séminales et une diminution du taux circulant
d’androgènes [63]. Quelques années plus tard, ces résultats sont
confirmés montrant que la carence en vitamine A induit l’arrêt
de la spermatogenèse au stade prophase de la méiose ; la
sévère déplétion en cellules germinales qui en découle entraîne un
taux élevé de FSH dans le sérum des rats carencés. Ces effets sont
réversibles par une renutrition en vitamine A.
Un autre rôle a été attribué pour la vitamine A, observé
lors de carence. Les activateurs de l’acrosine et du plasminogène
sont des enzymes protéolytiques du spermatozoïde essentielles à la
réaction acrosomique (liaison du spermatozoïde à l’oocyte et
pénétration de la barrière ovocytaire) ; leur activité chute
lors de carence en vitamine A. La vitamine A a donc aussi
un rôle dans la capacité fécondante chez l’homme.
Enfin, plusieurs études anciennes ont montré une concentration
plus faible en vitamine A dans le plasma séminal d’hommes
infertiles (sévère oligozoospermie) par rapport à des
normozoospermiques.
La supplémentation en vitamine A
Peu de publications ont testé la supplémentation en
vitamine A sur la qualité du sperme. Il s’agit surtout d’une
renutrition en vitamine A faisant suite à une carence
induite.
Cependant, une hypervitaminose A peut être observée lors de
prise de suppléments vitaminiques ou lors de certains traitements
(hyper-rétinoïdémie thérapeutique dans le traitement de certains
cancers, de l’acné ou du psoriasis). La vitamine A a des
effets nocifs à forte dose ; elle réduit la masse
testiculaire, crée des lésions au niveau de l’épithélium séminifère
et perturbe le cycle de la spermatogenèse [64]. À très fortes
doses, un blocage complet de la spermatogenèse est observé
[65].
Plusieurs articles montrent un effet délétère de
l’hypervitaminose A aiguë (forte dose sur une courte durée),
mais aussi chronique (faible dose sur une longue période).
L’hypervitaminose A chronique est associée à des maux de tête
par augmentation de la pression intracrânienne, nausées,
vomissements, vertiges ou desquamation de la peau [66]. Les
manifestations d’une hypervitaminose A chronique sont
l’anxiété et la dépression [66, 67], mais aussi une
augmentation de la résorption osseuse, une diminution de la densité
osseuse et un risque augmenté de fractures [68, 69].
La vitamine A est donc indispensable à la fertilité
masculine, mais peut s’avérer délétère à fortes doses. Il est donc
nécessaire d’évaluer ses apports avant de supplémenter les hommes
infertiles.
Vitamine C
La vitamine C, ou acide ascorbique, est un composant
essentiel de l’alimentation humaine. La vitamine C est une
vitamine hydrosoluble que l’on trouve particulièrement dans
les fruits et les légumes mais aussi dans les abats. Elle est
essentielle dans de nombreuses fonctions du corps et a un rôle
précis dans l’infertilité masculine. En effet, la production d’EOR
par différents organes, notamment les testicules, est un événement
physiologique normal ; nous avons vu précédemment que la
surproduction d’EOR est délétère pour les spermatozoïdes et est
associée à l’infertilité. La vitamine C, facilement oxydable,
va donc jouer un rôle d’antioxydant majeur pour les spermatozoïdes.
L’acide ascorbique est retrouvé à des niveaux élevés dans le
liquide épididymaire et dans le plasma séminal (en concentration
huit à dix fois plus élevée que dans le plasma sanguin [70]). Cette
concentration élevée dans le plasma séminal a un rôle protecteur
des spermatozoïdes contre les EOR et maintient leur intégrité
génétique en prévenant les altérations oxydatives de leur ADN [71].
Les testicules et le plasma séminal sont extrêmement sensibles à
une diminution du niveau d’acide ascorbique dans le corps [72].
La carence en vitamine C
Plusieurs études ont montré chez l’animal une diminution des
performances reproductives en présence de faibles niveaux d’acide
ascorbique [72]. La carence induit la dégénérescence de
l’épithélium testiculaire germinal. Un traitement concomitant en
vitamine C a un effet positif sur la croissance des gonades.
Cela suggère que l’acide ascorbique a un effet à la fois sur
l’intégrité de la structure tubulaire et sur la fonctionnalité des
spermatozoïdes.
Des études associent la carence ou de faibles concentrations en
acide ascorbique avec une diminution du nombre de spermatozoïdes,
une diminution de leur mobilité, une augmentation du nombre de
spermatozoïdes anormaux et une agglutination dans l’éjaculat
[73-75]. Un faible concentration en vitamine C dans le sperme
est associée à une diminution des activités enzymatiques des
enzymes antioxydantes : superoxyde dismutase, catalase,
glutathion réductase et glutathion peroxydase, augmentant les
niveaux de peroxyde d’hydrogène et la peroxydation des lipides dans
les spermatozoïdes [76].
La supplémentation en vitamine C
De nombreuses études de supplémentation montrent un effet
positif de l’acide ascorbique pour améliorer la qualité du
sperme ; augmentation de la quantité de spermatozoïdes,
amélioration de la mobilité et de la morphologie des spermatozoïdes
[77]. La supplémentation en vitamine C est aussi très efficace
chez les fumeurs [78]. Une étude ne rapporte aucun effet de fortes
doses orales d’acide ascorbique sur les paramètres spermatiques
d’hommes infertiles [79].
Les effets bénéfiques d’une supplémentation en vitamine C
résulteraient de l’élimination des radicaux libres (diminution de
la 8-oxoDG dans les spermatozoïdes, marqueur de l’oxydation, et
diminution de la peroxydation) [71, 80]. De plus, l’acide
ascorbique active à la fois la FSH et la LH, qui vont, à leur tour,
stimuler la spermatogenèse et, par conséquent, augmenter la
concentration en spermatozoïdes. Enfin, l’élévation de la
concentration de la vitamine C, dans le sang et donc dans le
sperme, entraîne aussi une élévation de la concentration en
testostérone (stimulation de l’activité de stéroïde-déshydrogénase)
dans le sang, améliorant ainsi la fertilité [81].
Un excès d’absorption de vitamine C
À l’inverse, un excès d’absorption de vitamine C a des
effets négatifs sur la reproduction chez l’homme [82]. L’acide
ascorbique agit comme un antioxydant en régénérant la mélatonine.
La mélatonine réduit le stress oxydatif en piégeant les radicaux
libres mais a aussi une influence sur l’activité sécrétoire des
cellules de Leydig en inhibant leur capacité à sécréter des
stéroïdes [83]. Il en résulte donc une diminution de sécrétion de
testostérone. Mais les réactions toxiques à l’acide ascorbique
apparaissent pour des doses supérieures à 4 g/j.
La vitamine C est donc majoritairement considérée comme un
facteur bénéfique sur la qualité du sperme. La supplémentation en
vitamine C doit concerner uniquement les hommes infertiles
carencés. Les surdoses excessives, souvent temporaires, car la
vitamine C s’élimine en 24 heures dans les urines [84], sont
de plus en plus fréquentes, voire chroniques. De nombreux hommes
bénéficient en effet, en plus de leur supplémentation pour
infertilité, de compléments alimentaires ou consomment des produits
de plus en plus enrichis (jus de fruits principalement).
Vitamine E
La vitamine E, ou tocophérol, se trouve principalement dans
les huiles végétales, les graines de plantes et les margarines. La
vitamine E a une capacité antioxydante en inactivant les EOR
et en piégeant les radicaux libres, mais va aussi interagir
directement avec les composants des membranes. Elle va donc avoir
un effet direct sur la qualité du sperme.
La carence en vitamine E
La carence en vitamine E est associée à l’infertilité. Une
faible concentration en vitamine E dans le sperme se traduit
par l’altération de l’ADN des spermatozoïdes [85]. Cooper
et al. ont montré chez l’animal, que la carence en
vitamine E entraîne une déplétion des testicules en cellules
germinales, une diminution de production de sperme et une
dégénérescence testiculaire [86].
La supplémentation en vitamine E
De nombreuses études (chez l’animal et chez l’homme infertile)
rapportent un effet bénéfique de la supplémentation en
vitamine E sur la qualité du sperme : diminution de la
quantité des TBARS (marqueurs de la peroxydation des lipides) dans
le plasma séminal avec amélioration de la mobilité et la vélocité
des spermatozoïdes, augmentation de leur concentration et
diminution des spermatozoïdes anormaux [48, 87-89].
Kessopoulou et al. ont aussi montré un effet positif
sur la pénétration du spermatozoïde dans l’ovocyte [90].
Un excès de vitamine E
À l’inverse, un excès de vitamine E a des effets délétères
sur la fertilité masculine. Dès 1966, Czyba avait montré que
l’injection sous-cutanée de fortes doses de vitamine E
induisait une diminution du poids des testicules et perturbait la
spermatogenèse [91].
L’excès de vitamine E dans l’alimentation conduit à
l’augmentation de la concentration d’α-tocophérol dans le sperme
qui, à son tour, a une influence négative sur les paramètres
spermatiques : diminution du nombre total de spermatozoïdes et
augmentation du nombre de spermatozoïdes anormaux [92].
Une étude de co-supplémentation en fortes doses de vitamines E
et C montre une diminution du nombre des spermatozoïdes et une
augmentation des spermatozoïdes anormaux (têtes déformées, gonflées
dans la partie distale). La supplémentation en vitamine E peut
donc déréguler la spermatogenèse à forte dose [93].
La vitamine E est ubiquitaire et souvent surdosée. Une
méta-analyse regroupant 19 études randomisées montre qu’une
supplémentation orale en vitamine E augmente significativement
toute cause de mortalité [94]. Les signes d’une
hypervitaminose E sont l’hypertension, la fatigue et les
manifestations dermatologiques [95].
Il faut rappeler que la dose journalière recommandée pour
la vitamine E est de 15 mg. La majorité des compléments
alimentaires destinés à améliorer la fertilité apportent
30 mg/j.
Carnitine
Les aliments possédant la plus grande concentration de carnitine
sont la viande rouge et les produits laitiers. On en trouve
également dans diverses graines (citrouille, tournesol, sésame) et
légumes (artichaut, asperge, betterave ou choux).
La carnitine est responsable du transport des acides gras à
longue chaîne du cytosol vers les mitochondries lors du catabolisme
des lipides dans le métabolisme énergétique [96]. La carnitine
assiste le métabolisme du spermatozoïde comme source d’énergie et
intervient dans sa mobilité et sa maturation [97]. La carnitine a
aussi un rôle d’antioxydant protégeant contre les EOR [98].
Les deux principales formes de carnitine sont la L-carnitine
(LC) et la L-acétylcarnitine (LAC) [99]. Les deux formes sont
concentrées dans l’épididyme, les spermatozoïdes et le plasma
séminal [100].
Il y a une corrélation significative entre la concentration en
carnitine dans le plasma séminal et la concentration spermatique,
la mobilité, l’intégrité de l’ADN et la capacité de pénétration de
la glaire cervicale des spermatozoïdes [101].
La supplémentation
De nombreuses études de supplémentation d’hommes infertiles
montrent un effet bénéfique de la carnitine sur la fertilité. Les
supplémentations en LC ou en LAC semblent avoir le même effet
[102]. Après quelques mois de supplémentation en carnitine, une
augmentation de la mobilité et du nombre de spermatozoïdes est
observée [103-106]. Balercia et al. montrent aussi une
augmentation de la capacité antioxydante lorsqu’il y a association
de LC et de LAC [107].
Sigman et al. n’ont, cependant, trouvé aucune
différence entre le groupe supplémenté en carnitine et le groupe
recevant un placebo sur les paramètres spermatiques [108].
Il n’existe pas de publication sur les effets délétères d’un
excès de carnitine sur la fertilité masculine mais des doses
supérieures à 4 g sont associées à une augmentation des effets
secondaires tels que des problèmes gastro-intestinaux
[109, 110].
Coenzyme Q10
Les sources alimentaires de coenzyme Q10 sont les poissons
(maquereau et sardines), les abats de viande (foie, cœur, reins),
les graines complètes et certains végétaux (carottes, oignons,
pommes de terre ou épinards) [110, 111]. Le corps en fabrique
aussi de façon naturelle.
Le coenzyme Q10 joue un rôle essentiel dans les transport
d’électrons dans la chaîne respiratoire mitochondriale [112]. Il
stabilise et protège la membrane cellulaire contre le stress
oxydatif [113]. Le coenzyme Q10 agit aussi comme antioxydant
dans la membrane des cellules de l’appareil reproducteur masculin
[114]. Il est donc impliqué dans la production d’énergie par les
mitochondries, afin d’apporter l’énergie nécessaire dans la pièce
intermédiaire des spermatozoïdes [115].
La concentration en coenzyme Q10 dans le plasma séminal
serait directement corrélée avec le nombre et la mobilité des
spermatozoïdes [116]. Une corrélation positive entre un niveau
élevé de coenzyme Q10 séminal et la mobilité et le pouvoir
fécondant des spermatozoïdes chez des hommes partenaires de couples
en FIV a pu être observée [114].
La supplémentation en coenzyme Q10
Plusieurs études de supplémentation en coenzyme Q10
montrent un effet positif sur la mobilité et le nombre des
spermatozoïdes [114, 117]. Lewin et al. ont montré
une augmentation du taux de la fertilité chez les couples dont
l’homme a été supplémenté en coenzyme Q10, mais sans effet sur
les paramètres spermatiques [118].
Les apports optimaux semblent être compris entre 200 et
300 mg/j. Il n’existe pas de publication sur les effets de fortes
doses de coenzyme Q10 sur la fertilité.
Les compléments alimentaires
De nombreux compléments alimentaires indiqués en cas
d’infertilité masculine associent ces différents antioxydants ou
cofacteurs sous formes de cocktails, à des doses extrêmement
variables. Un grand nombre de publications ont souligné l’intérêt
des compléments alimentaires en cas d’infertilité masculine,
essentiellement d’origine idiopathique. Peu ont fait l’objet
d’études randomisées, en double insu contre placebo. Une récente
méta-analyse collige 34 essais cliniques portant sur
2 876 couples [119]. Seules trois études rapportent une
augmentation significative du taux de naissances vivantes après
prise d’antioxydants par rapport à une population témoin : au
total, ces trois études se basent sur seulement 20 naissances
vivantes (214 couples). L’étude de Zini et al.
conclut à un effet bénéfique des compléments alimentaires sur les
lésions de l’ADN, en particulier pour les hommes présentant une
fragmentation importante de l’ADN spermatique. Leur mécanisme
d’action reste cependant à élucider [120].
Cependant, leur prise prolongée, ou inappropriée, en l’absence
de carence, peut avoir un effet délétère sur les spermatozoïdes
avec une sensibilité accrue de l’ADN spermatique à la
décondensation [121]. De plus, de nombreux produits alimentaires
sont aujourd’hui supplémentés en différents antioxydants et le
risque de surdosage existe. Il est donc nécessaire de vérifier
l’apport alimentaire et surtout de mesurer les concentrations de
ces différents antioxydants dans le sang des patients consultant
pour infertilité avant de prescrire une supplémentation.
Enfin, des publications ont observé de nombreux effets
secondaires défavorables, jusqu’à une augmentation du risque de
cancer de la peau en cas de prise excessive d’antioxydants
[30, 31].
Conflits d’intérêts: aucun.
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