ARTICLE
Auteur(s) : Jean-Marie Antoine
Hôpital Tenon, 4, rue de la Chine, 75020 Paris
La Société de médecine de la reproduction (SMR) a une nouvelle
fois confirmé sa vocation particulière de large rassemblement de
toutes les disciplines intéressées par la médecine et la biologie
de la reproduction en France et dans les pays francophones. Sa
sixième réunion annuelle a réuni à Paris plus de 500
participants.
Traitement hormonal de la ménopause
R. Sitruk-Ware (New-York) et Ph. Bouchard (Paris) ont
proposé une rencontre de qualité avec les auteurs des grandes
études qui ont bouleversé nos habitudes : J.C. Stevenson (UK)
pour les effets cardiovasculaires, S. Shapiro (New-York) sur les
risques de cancer du sein à partir d’une analyse épidémiologique
des études WHI et MWS, P.Y. Scarabin (Paris) sur le risque
thromboembolique, Ch. Roux (Paris) sur la prévention de
l’ostéoporose.
R. Sitruk-Ware (New-York) a enfin parlé des perspectives du
traitement hormonal de la ménopause.
Les critères d’exclusion de la prise en charge féminine en
AMP
Le groupe d’intérêt en AMP a cherché à les préciser.
Après un rappel de J. Gonzalez (Paris) sur la physiologie de
l’hormone anti-müllérienne (AMH), A. Hazout (Paris) a présenté ses
résultats qui suggèrent une forte valeur pronostique du dosage
plasmatique de l’AMH sur la réponse ovarienne à la stimulation en
AMP. Ce nouveau marqueur paraît mieux corrélé à l’intensité et à la
qualité de la réponse folliculaire que l’inhibine B. Il est plus
facile à doser et plus constant au cours du cycle.
A. Pellicer (Valence-Espagne) a rappelé la place des autres
critères : âge de la femme (42 ans devant être la
limite), FSH et inhibine B qui ont une valeur prédictive de 70 à
80 % sur la réponse ovarienne. La FSH est un critère de la
quantité de follicules recrutables, l’âge prédit leur qualité. Le
test dynamique EFFORT évaluant les modifications de l’estradiol et
de l’inhibine plasmatiques en réponse à une stimulation par
gonadotrophines est également très prédictif.
B. Broussin (Bordeaux) a rappelé les apports de l’échographie
utéro-ovarienne, en particulier du compte du nombre de petits
follicules dans les deux ovaires en début de cycle et les apports
toujours discutés du Doppler.
D. Lemler (Strasbourg) a fait un exposé sur le rôle décisionnel
du « psy », qui ne doit pas se substituer au praticien
mais qui a certainement un rôle à jouer lorsque les décisions sont
difficiles, notamment lorsque l’équipe est embarrassée pour
exprimer un avis de refus de prise en charge.
Les modalités d’expression des résultats de la FIV
Ce fut l’objet d’un autre débat animé.
Laura Schieve (Atlanta, USA) a décrit le modèle du rapport
américain du CDC, montrant de quelle façon les résultats des
centres de FIV américains sont rendus publiques de la façon la plus
transparente.
Jacques De Mouzon (Paris) a mis en lumière les importantes
disparités des taux de grossesses entre les différents centres de
FIV français et analysé l’importance des facteurs affectant les
résultats dans le registre national FIVNAT.
Jean-Luc Pouly (Clermont-Ferrand) a exprimé le point de vue du
bureau de FIVNAT et son point de vue personnel en faveur d’une plus
grande transparence des résultats des centres de FIV en France.
Les propositions d’un groupe d'experts réunis par la SMR sur le
mode de présentation de ces résultats ont été développées par Jean
Parinaud (Toulouse).
Cancer et ostéoporose
Le groupe d'intérêt en Vieillissement hormonal a développé ce
thème.
Le rôle de l'aromatase dans la régulation du remodelage osseux a
été rappelé par C. Ribot (Toulouse), l'impact osseux des
traitements adjuvants du cancer du sein a été précisé par Ch. Roux
(Paris).
J-M. Pouillés (Toulouse) a précisé comment prévenir le risque
d’ostéoporose chez une femme traitée pour cancer du sein. Avec
l’âge, les risques d’ostéoporose et de cancer du sein augmentent
conjointement. La chimiothérapie a un effet délétère sur la
fonction ovarienne, surtout avant la ménopause, et donc sur l’os.
Les estrogènes restent contre-indiqués après cancer du sein. Les
agents préventifs et thérapeutiques utilisables comprennent le
raloxifène qui a de plus une activité antiestrogénique au niveau du
sein et les biphosphonates. Il serait justifié de réaliser une
mesure préventive de la densité minérale osseuse avant toute
chimiothérapie adjuvante, traitement par analogues du GnRH ou
anti-aromatase, et de la surveiller ensuite régulièrement.
Prise en charge du risque vasculaire chez la femme
Le groupe d'intérêt en Endocrinologie gynécologique a développé
ce thème.
S. Bernard (Lyon) a montré comment interpréter les constantes
cliniques et biologiques prédictives du risque vasculaire. J.
Blacher (Paris) a analysé les variations endogènes et les effets
des hormones exogènes sur les marqueurs biologiques de
l'inflammation et de l'endothélium. P. Boutouyrie (Paris) a parlé
des marqueurs structuraux et fonctionnels de l'artère.
Une autre thématique a concerné l’évaluation de l'atteinte des
organes cibles et la valeur pronostique des plaques au niveau des
lésions artérielles carotidiennes (C. Arquizan, Paris) et
coronaires (N. Danchin, Paris). Les liens entre coagulation et
risque vasculaire artériel ont été développés par L. Drouet
(Paris), ceux entre accident vasculaire cérébral et hormones par I.
Crassard (Paris).
Enfin le risque vasculaire en gynécologie a été analysé dans le
cadre de l’OPK et de l’insulinorésistance par
S. Christin-Maître (Paris), de la contraception par
A. Gompel (Paris) et de l’hormonothérapie de la ménopause par
G. Plu-Bureau (Paris).
Diagnostic préimplantatoire
Le groupe d'intérêt en Procréation & Génétique a fait un
point intéressant sur ce sujet.
Du fait des conditions légales en vigueur, le diagnostic
préimplantatoire (DPI) n’est pas possible en France pour la prise
en charge des fausses-couches (FCS) à répétition. Il est cependant
utilisé ailleurs et a été évalué par A. Pellicer (Valence,
Espagne). Les causes les plus fréquentes des FCS sont les anomalies
accidentelles de nombre, en particulier les trisomies 16, 22, 21,
plus rarement 13 et 18. Son équipe a pu réaliser des biopsies au
stade 8 cellules de 1 ou 2 blastomères et leur analyse
par FISH pour les chromosomes 13, 16, 18, 21, 22, X et Y :
241 DPI ont été faits chez des couples avec au moins
2 FCS inexpliquées, sur un total de 1 347 embryons.
Ils ont été comparés à un groupe contrôle de 35 femmes de même
âge ayant eu un DPI pour maladie liée au sexe. La proportion
d’embryons anormaux était très significativement plus élevée dans
le groupe avec FCS (66,1 % contre 33,3 % ;
p = 0,0001). Dans 27 % des cycles dans ce groupe,
tous les embryons étaient anormaux et aucun transfert n’a été
possible. Dans le reste des cycles, le taux de grossesses a été de
36,5 % avec seulement 12,3 % de nouvelles FCS
(respectivement 39,1 % et 10 % chez les femmes de moins
de 37 ans). La FIV avec DPI apporte donc à ces couples un taux
élevé de grossesses avec une réduction importante du risque de
nouvelle FCS.
Le suivi des enfants nés après DPI constitue une donnée très
récente et encore limitée sur le plan numérique. A. Lashwood
(Londres) a rapporté une série de 59 enfants :
25 venant de grossesses uniques, 28 de 14 grossesses
doubles et 6 de 2 grossesses triples. Sur 56 enfants
examinés à la naissance, un avait une hydronéphrose nécessitant un
traitement et 6 présentaient des anomalies mineures. Sur 27 enfants
revus à deux ans, 21 étaient apparemment normaux, quatre
présentaient des anomalies mineures, un avait un retard moteur et
un issu de grossesse triple avait un retard de développement.
L’équipe de Clamart (N. Frydman) a présenté son expérience
débutée en décembre 1999 : 125 couples ont été pris en
charge au cours de 317 cycles et 211 ponctions. Les
indications étaient :
– une translocation chez un des partenaires
(58 couples : 35 translocations robertsoniennes et
23 réciproques) : 56 transferts, 16 grossesses
cliniques (28,5 % par transfert), 14 enfants nés et
3 attendus,
– une maladie liée au chromosome X (27 couples) :
36 transferts, 11 grossesses cliniques (33,3 % par
transfert), 8 enfants nés et 4 attendus,
– une maladie autosomique (40 couples :
27 récessives, 13 dominantes) : 46 transferts,
8 grossesses cliniques (17 % par transfert),
8 enfants nés et un attendu.
Au total, 125 couples ont été pris en charge,
31 couples ont vu leur tentative aboutir à un succès et deux
couples en sont à leur deuxième succès, 30 enfants sont déjà
nés et 8 sont attendus.
À Strasbourg (C. Moutou), 64 cycles ont été réalisés pour
47 couples : 28 % des cycles ont été annulés pour
réponse insuffisante ou hyperstimulation. Sur 32 cycles avec
transfert d'embryon, 9 grossesses ont été obtenues (28 %
par transfert), dont 8 évolutives et 3 enfants nés.
Les pathologies prises en charge en cytogénétique sont les
translocations robertsoniennes, certaines translocations
réciproques et la détermination du sexe pour les maladies
récessives liées au chromosome X. En biologie moléculaire, les
diagnostics concernent différentes maladies monogéniques :
mucoviscidose, amyotrophie spinale, maladie de Huntington, myotonie
dystrophique de Steinert, retard mental avec X fragile,
achondroplasie, drépanocytose, bêta-thalassémie, maladie de
Tay-Sachs, polypose colique familiale et maladie de Von-Hippel
Lindau.
À Montpellier (A Girardet), 12 couples ont été pris en
charge :
– 5 pour indications chromosomiques : translocation
robertsonienne et diagnostic de sexe pour adrénoleucodystrophie
liée à l’X et myopathie de Duchenne.
– 7 pour indications monogéniques : dystrophie myotonique
de Steinert, myopathie de Duchenne, prédisposition au
rétinoblastome héréditaire et syndrome d’Angelman.
Groupe d'intérêt d'Actualités en AMP
M. Meseguer (Valence, Espagne) a parlé de l’étude de la
fragmentation de l’ADN des spermatozoïdes. La chromatine des
spermatozoïdes diffère de celle des cellules somatiques par la
ploïdie (un seul jeu de chromosomes) et par l’environnement
protéique (remplacement des histones dans les spermatocytes par la
protamine dans les spermatides). L’état de l’ADN est donc dépendant
du stade. Ses altérations peuvent conduire à une spermatogenèse
défectueuse et à une hypofertilité.
La fragmentation de l’ADN des spermatozoïdes peut notamment être
mesurée par la méthode TUNEL et par le SCSA test d’Evenson et
al, 1999). Le seuil le plus élevé prédictif de l’absence de
grossesse est discuté : 27 à 30 %.
Cette approche permet des études épidémiologiques sur les
conséquences d’agents chimiques, de toxiques comme le tabac, de la
radio et chimiothérapie. Sur le plan thérapeutique, le sélénium et
des agents anti-oxydants peuvent être proposés. En cas de
fragmentation très élevée, l’utilisation de sperme de donneur est
la solution ultime.
P. Vanderzwalmen a développé le thème de la vitrification. La
formation de cristaux de glace lors d’une congélation lente est
responsable de dégâts cellulaires. La vitrification permet à un
liquide de se solidifier sans formation de cristaux de glace. Elle
suscite encore peu d’intérêt dans le domaine de l’AMP car elle
nécessite d’utiliser des concentrations élevées en cryoprotecteurs
(30 % à 50 %) potentiellement toxiques. La technique de
la vitrification peut être appliquée aux ovocytes matures, aux
zygotes, aux embryons au stade de 8 cellules et aux
blastocystes. À ce dernier stade, la méthode constitue une
alternative de valeur du fait des médiocres résultats de la
congélation classique. Dans sa série personnelle, sur
260 cycles de vitrification d’embryons à J5, un taux de survie
de 62 % et 70 grossesses ont été obtenus. Les méthodes de
vitrification ultrarapides offrent une approche simple et rapide
pour la cryopréservation des blastocystes ainsi que pour les
ovocytes.
Ch. Pineau (Rennes) a parlé de son programme de recherche sur
les peptides anti-infectieux d’origine testiculaire. Au niveau du
testicule existent des mécanismes de défense contre les infections
par des micro-organismes pathogènes, potentiellement néfastes pour
la fonction de reproduction. Cette immunité innée ou naturelle
ferait intervenir des protéines et peptides antimicrobiens,
capables de protéger efficacement le tractus génital mâle et les
spermatozoïdes d'une agression par des agents pathogènes.
Parmi les protéines de l'immunité innée figurent les défensines
à large spectre d'activité anti-microbienne. Plusieurs formes ont
été identifiées au niveau du plasma séminal. Une approche
systématique a consisté à rechercher de nouvelles défensines
humaines, pouvant permettre à terme la mise en évidence de nouveaux
peptides anti-infectieux utilisables en thérapeutique.
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