ARTICLE
Auteur(s) : Jean-Philippe Brettes1, Carole
Mathelin
1 Service de gynécologie et obstétrique, Hôpital
civil, Hôpitaux Universitaires de Strasbourg, 1, place de
l’Hôpital, BP 426, 67091 Strasbourg
L’incidence du cancer du sein ne cesse de croître régulièrement
pour atteindre au cours d’une vie une femme sur huit ou dix dans
les pays occidentaux. Leur survenue est largement dépendante de
l’exposition de la glande mammaire aux hormones stéroïdes. Ces
cancers sont dits hormono-dépendants. Leurs cellules, au moins au
début, possèdent des récepteurs hormonaux où les hormones agissent.
Avec la conception de dépendance hormonale, on a aujourd’hui
tendance à n’imputer la responsabilité du risque qu’aux seules
causes hormonales iatrogènes (contraception orale
estroprogestative, traitement hormonal substitutif de la ménopause)
et principalement à ce dernier.
La réalité doit être cependant beaucoup plus nuancée. Le statut
nutritionnel des populations exposées ainsi que les causes liées à
l’environnement expliquent la dominance estrogénique. Avec les
avancées industrielles de nos sociétés modernes, un excès
d’estrogènes explique une large part de l’incidence élevée du
cancer du sein. Cette dominance estrogénique environnementale a
pour origine plusieurs grands facteurs :
– notre alimentation déséquilibrée : une carence
phyto-alimentaire, une alimentation malsaine par excès de sucres et
de viandes d’animaux sont les causes nutritionnelles de la
surcharge pondérale péri-ménopausique. Plus que le métabolisme des
lipides, l’altération du métabolisme des sucres, et notamment
l’augmentation de la résistance à l’insuline, qui résulte de ces
facteurs liés au mode de vie, est fortement corrélée au risque de
cancer du sein. L’exposition constante aux toxines et polluants
industriels en tous genres, dérivés de la pétrochimie
(xéno-estrogènes), contribue fortement à cette dominance
estrogénique, renforcée par l’apport exogène des hormones de
synthèse (contraception orale) ou bien naturelles et synthétiques
du traitement hormonal de la ménopause (THS) prescrites au cours de
la vie.
Pour l’instant, le foie et le rein, grands éliminateurs des toxines
estrogéniques, exercent à eux seuls la fonction salvatrice.
Celle-ci pourrait être débordée dans son rôle d’épuration, aggravée
en cela par l’utilisation large et sans compter de certaines
drogues (antidépresseurs, antagonistes des récepteurs H2),
contribuant à élever le niveau d’estrogènes circulants du fait d’un
dysfonctionnement de l’enzyme-clé P450.
Il est consternant de penser que cet environnement estrogénique
en excès n’est jamais réellement abordé, comme il est tout aussi
consternant de penser que, dans ce contexte, il devient facile
d’accuser le seul THS d’un excès de cancers induits. Dès 1997, la
NHS avait établi un niveau de risque mammaire que confirment
aujourd’hui les deux études récentes, très différentes l’une de
l’autre au plan méthodologique : celle de la WHI [1] et celle
de la MWS [2]. Une grande différence entre ces deux dates,
cependant, est l’effet médiatique d’une déstabilisation générale
savamment orchestrée avec une remise en cause généralisée de
l’utilisation du THS chez la femme ménopausée.
C’est pourquoi, recadrer la place du THS dans le respect global
en analysant les probables faiblesses, erreurs ou failles
accumulées dans son utilisation selon les connaissances actuelles,
devient désormais nécessaire. À l’aide de données biologiques, il
s’agit de clarifier, par ce survol, le rapport entre les risques
hormonaux endogènes et exogènes. Aussi, l’appréciation de
l’exposition de la glande mammaire au risque carcinogène avant la
prescription de THS nécessite une réflexion sénologique approfondie
sur l’addition des données aussi fondamentales, telles que les
prédispositions génétiques (risques familiaux), l’exposition
hormonale endogène selon les facteurs de reproduction, l’exposition
environnementale exogène, les habitudes alimentaires, les
xéno-estrogènes, et de corréler ces données avec la clinique et
l’imagerie.
Physiologie hormonale
À la puberté et au cours des cinq à dix années suivantes, une
prolifération intense du tissu épithélial et du stroma sous l’effet
conjoint des estrogènes et de la progestérone, ainsi que des
facteurs de croissance, accompagne la mise en place des structures
glandulaires, canaux, canalicules et lobules, en particulier de
l’unité terminale ductulo-lobulaire (UTDL), siège des cancers du
sein.
Durant une décennie, les niveaux hormono-circulants sont
particulièrement élevés en rapport avec le nombre d’ovulations
cumulées (E + P endogène), déterminant la période de
fertilité maximale. Au niveau de l’UTDL où sont concentrés des
récepteurs hormonaux, paradoxalement, une quantité de récepteurs
estrogéniques (RE) et progestéroniques (RP) est faible en
comparaison avec celle de l’endomètre, particulièrement élevée.
Cette donnée est importante pour comprendre la sensibilité mammaire
en postménopause. Cette prolifération épithéliale intense
postpubertaire correspond aussi à une sensibilité élevée aux
différents effets carcinogènes, radiques ou chimiques
(contraception orale, tabagisme précoce).
Au cours du cycle menstruel, le maximum de prolifération se
situe en post-ovulatoire, en phase lutéale du cycle, sous
l’influence de E + P endogène. À ce pic maximum de
prolifération de J22 à J25, fait suite l’élévation brutale du pic
apoptotique (mort cellulaire) entre J26 et J28 du cycle, au moment
de la chute de la progestérone plasmatique. Un équilibre
fondamental (prolifération-apoptose) génétiquement contrôlé,
détermine ainsi l’homéostasie cellulaire du tissu mammaire.
En postpubertaire, les UTDL sont histologiquement
indifférenciées, donc très proliférantes (lobules 1 et 2 à risque
élevé). La différenciation cellulaire, frein majeur à la
prolifération, apparaît au cours de la première grossesse puis des
suivantes (lobules 3 à faible risque). Celle-ci est parachevée au
cours de l’allaitement (lobules 4) où les cellules au repos
synthétisent le lait [3]. Il existe une correspondance entre les
différents types de lobules présents et l’exposition au risque de
cancer du sein (tableau 1), en
présence de stimuli hormonaux à la prolifération.
Tableau 1. Relation entre les types
de lobules existants et le risque histologique
| •
Lobules 1 |
très proliférants indifférenciés |
néoplasie canalaire HCA-CCIS |
| •
Lobules 2 |
proliférants |
néoplasie lobulaire HLA-CLIS |
| •
Lobules 3 |
peu
proliférants différenciés |
pathologie bénigne du lobule fibro-adénome, adénose, kystes |
| •
Lobules 4 |
non
proliférants |
grossesse-allaitement |
La survenue de la ménopause ne correspond pas au début de
l’involution mammaire. Celle-ci a débuté bien avant, vers l’âge de
35 ans, en rapport avec un mécanisme de vieillissement
probablement sous contrôle génétique. Mais la chute brutale
d’estradiol ovarien ne fait qu’accentuer ce phénomène d’involution
histologique. Les structures glandulaires s’atrophient plus ou
moins rapidement, le tissu adipeux se développe (involution
adipeuse), favorable au dépistage. Cliniquement, les seins
changent : ils deviennent souples, les tensions et les
sensibilités mammaires régressent, puis disparaissent en l’absence
de stimuli hormonaux endogènes ou exogènes.
Principaux facteurs de risque
Risque génétique
Risque génétique vrai
Si les gènes contrôlent la survenue des cancers du sein, il
convient cependant de distinguer le risque génétique vrai du risque
hormonal lié aux gènes de susceptibilité d’origine génétique. Le
premier est lié à la mutation de gènes de prédisposition BRCA1-2 à
forte pénétrance, responsable d’une large proportion de cancers du
sein familiaux et de cancers de l’ovaire : la prévalence de la
mutation estimée pour le gène BRCA1-2 est respectivement de
0,11 % et de 0,12 % dans la population générale et autour
de 12,8 à 16 % dans les familles à haut risque (plus de trois
cancers sein/ovaire) [4]. La probabilité est particulièrement
élevée pour une patiente d’être atteinte de sa vie : d’un
cancer du sein (87 % à 70 ans), d’un cancer controlatéral
et d’un cancer de l’ovaire aux environs de 60 % et 40 %.
Ces cancers concernent 5 % à 6 % des cancers du sein
diagnostiqués chez la femme avant 36 ans. Ils sont de
pronostic plus réservé. Il y aurait en effet, alors, une perte de
la corrélation habituelle entre la taille tumorale et l’atteinte
ganglionnaire, des tumeurs de grosse taille pouvant être
N – ; la dissémination générale par voie hématogène
pourrait alors être privilégiée [5]. Une mutation germinale de
BRCA1-2 s’accompagne dans le tissu mammaire normal d’une perte
de l’expression du récepteur à la progestérone qui porte uniquement
sur l’isoforme β (RPB), alors que seule l’isoforme A (RPA) est
prédominante et l’expression de RE est inchangée [6]. Dans le sein
normal des femmes porteuses de la mutation, la prédominance de RPA
contribue à une altération du milieu hormonal, facilitant le
développement du cancer. Cette étude souligne l’importance du rôle
du récepteur de la progestérone dans la cancérogenèse mammaire
humaine.
Gènes de susceptibilité, déterminant du risque hormonal
endogène
Les gènes de susceptibilité codent pour des enzymes intervenant
dans la synthèse, le métabolisme et l’élimination des estrogènes et
des androgènes (tableau 2) [7]. Leur
polymorphisme (gènes normaux mais avec variantes) expliquent en
postménopause les différences individuelles, portant à la fois sur
des niveaux circulants des hormones endogènes (périphérie), mais
aussi sur la production intra-mammaire d’estradiol (E2). La cellule
mammaire a la capacité de produire et de concentrer les estrogènes
en postménopause en relation ou bien indépendamment des niveaux
circulants, après la ménopause. La synthèse de E2 capable d’agir
localement sur son lieu de production, définit ainsi le concept
d’intracrinologie.
Tableau 2. Le métabolisme des
androgènes et des estrogènes surrénaliens et dans l’épithélium
mammaire pour différents gènes de susceptibilité impliqués dans le
cancer du sein
| Gènes d’exposition |
| • Niveaux circulants |
|
CYP 17 |
17 hydroxylase (17-20 lyase) |
– conversion P → A |
|
CYP 19 |
aromatase |
– conversion A → E |
|
Métabolites |
|
|
|
– des estrogènes |
|
|
|
CYP 1B1 |
aryl-hydrocarbone hydroxylase |
– conversion E → catéchol E |
|
COMT |
catéchol-O-méthyltransférase |
– méthylation des catéchol E |
|
– de progestérone |
|
|
|
3 αHSD |
3 α-hydroxystéroïd-oxydo-réductase |
– voie d’inhibition de prolifération et d’adhésivité
cellulaire |
|
5 αR |
5 α-réductase type 1 |
– voie de la prolifération et de la métastativité
– perte d’adhésivité |
|
– transport |
|
|
|
SHBG |
protéine de transport E2 et T |
détermine les formes libres bio-actives |
| • Synthèse
intramammaire-épithélium |
|
Voie des estrogènes |
|
|
|
CYP 19 Arom |
– conversion A → E |
|
|
Sulfatase |
– E1S → E actif |
|
|
17 HSD1 |
– E1 → E2 |
|
|
Voie des androgènes |
|
|
|
3 βHSD |
DHEA → Δ4A |
|
|
17 βHSD type 5 |
Δ4A
→ T |
|
|
5 αR |
T →
DHT |
|
| Gènes de protection |
| • Inactivation des estrogènes
actifs |
|
Famille des sulfotransférases SULT 1A1 |
E1
→ E1S inactif sulfo-conjugué |
|
A : androgène ; Δ4A : delta4 androstènedione ;
DHEA : déhydroépiandrostèrone ; DHET :
déhydrotestostérone ; E1 : estrone ; E1S :
estrone sulfate ; E2 : estradiol ; HSD :
hydroxystéroïde déhydrogénase ; P : progestérone ;
T : testostérone.
Après l’effondrement ménopausique attendu d’estradiol ovarien
qui définit la physiologie, le risque de cancer du sein dépend en
réalité de deux données : les niveaux circulants des
androgènes surrénaliens, possibles précurseurs estrogéniques d’une
part, et la production in situ intramammaire de E2 d’autre
part. De plus, la voie de métabolisation des estrogènes va
également intervenir pour moduler ce niveau de risque.
Relation entre les niveaux circulants des androgènes et le
risque mammaire
Leur seule source en postménopause est la glande surrénale et
non l’ovaire, et la conversion des androgènes en estrogènes est
dépendante du niveau d’activité de l’aromatase [8]. La Δ4
androstènedione (Δ4A) et la testostérone aromatisable sont les
précurseurs directs des estrogènes alors que la dehydroandrostérone
(DHEA) et son sulfate (DHEA-S) sont des prohormones (figure 1).
La réévaluation de neuf études sélectionnées par le groupe
collaboratif sur des hormones endogènes a bien montré que des
niveaux circulants de l’ensemble des androgènes et des estrogènes
(E1, E1S, E2) sont étroitement corrélés entre eux, mais également
au risque de cancer du sein. Le risque de cancer du sein augmente
avec l’augmentation des concentrations plasmatiques, et est
d’autant plus marqué pour les androgènes proches des estrogènes
(Δ4A et T).
Par ailleurs, l’estrone sulfate (E1S) circule en postménopause à
des niveaux particulièrement élevés (100 à 500 fois les taux
d’E1). Biologiquement inactif sous sa forme sulfatée, E1S constitue
un second niveau de risque parmi les hormones circulantes (figure 1).
L’adiposité, la surcharge pondérale, l’obésité sont corrélées à des
niveaux élevés de E1S du fait de la production de E1 par des
adipocytes périphériques. La grande famille des gènes SULT 1A1,
particulièrement polymorphes mais protecteurs, contrôle la
sulfatation de E1 en E1S [9]. À l’inverse, la sulfatase, enzyme
ubiquitaire, désulfate E1S circulant par hydrolyse ; E1 est
alors capable de franchir la membrane de la cellule épithéliale
[10].
Dans l’obésité postménopausique, aromatase (conversion) et
sulfatase (désulfatation) agissent de pair et expliquent pour une
part le sur-risque endogène induit [11].
Synthèse intramammaire d’estradiol et risque mammaire
Grâce à son système enzymatique en place, mais de niveau
d’activité très individuel (polymorphisme), la cellule mammaire est
capable de produire E2 ou bien la déhydrotestostérone (DHT) à
partir des androgènes circulants selon deux voies
différentes :
– la voie estrogénique (aromatisation de E2) ou voie de la
prolifération agissant sur RE ;
– la voie androgénique (voie de l’inhibition de la
prolifération), où la 5 α-réductase transforme T en DHT,
androgène puissant qui stimule ses propres récepteurs (RA) (figure 2).
Le rapport d’activité des enzymes aromatase/5 α-réductase
contrôle ainsi la modulation de la prolifération de l’épithélium
mammaire [12].
Pour un cancer donné, la contribution respective entre la
captation par la glande mammaire des niveaux circulants élevés
d’estrogènes et leur synthèse in situ est très variable dans
la capacité de la cellule mammaire à concentrer E2 dans la tumeur,
avec des niveaux dix fois supérieurs à ceux du plasma [13]. En
effet, dans le tissu mammaire en postménopause, les niveaux
d’estrogènes ne reflètent pas nécessairement le niveau des
estrogènes circulants. Ils peuvent se concentrer contre un gradient
avec une capacité locale de synthèse, à la fois dans le tissu
cancéreux, mais aussi dans l’adipocyte mammaire selon le niveau
d’activité aromatase [14].
Les estrogènes et leurs métabolites : risque lié à leur
dégradation
Pour être métabolisés puis éliminés de l’organisme, les
estrogènes sont transformés d’abord en catécholestrogènes, puis
méthylés. Pour cela, ils activent deux familles d’enzymes :
l’enzyme P450 1B1 (voie des catéchols E) et l’enzyme
catéchol-O-méthyltransférase (COMT) (voie de la méthylation),
permettant ainsi l’élimination de 90 % d’entre eux. Ces
métabolites ne sont cependant pas tous inoffensifs. Si la voie
2-hydroxylase (2OH) produit des métabolites protecteurs, à
l’inverse la voie 4-hydroxylase (4OH) est dangereuse, capable sous
l’effet de peroxydases de transformer les catéchols E en
estrogènes(E)-quinones, les plus puissants des estrogènes
génotoxiques. Les 4E-quinones, métabolites très dangereux, sont
responsables de lésions d’ADN. Ces adduits à l’ADN non seulement
sont mutagènes, notamment sur les oncogènes et les gènes
suppresseurs de tumeurs, mais aussi sont capables de se lier aux
récepteurs estrogéniques responsables de prolifération [15-17].
Dans le tissu cancéreux mammaire contenant des récepteurs, il
est établi que la voie des métabolites d’estrogène 4OH-quinone est
particulièrement élevée, comparée à celle des 2OH ou bien de 16OH,
laquelle non protectrice, n’a pas d’effet génotoxique.
En postménopause, la sensibilité mammaire aux estrogènes repose
aussi sur le fait que ces métabolites toxiques se lient aux
récepteurs estrogéniques, dont la fonctionnalité est augmentée.
D’importantes variations individuelles peuvent affecter le
fonctionnement des systèmes enzymatiques impliqués dans le
métabolisme des estrogènes (P450, COMT) pour diverses
raisons : génétique (polymorphisme), alimentaire (excès de
radicaux libres), excès de production d’estrogènes ou bien
d’exposition aux polluants industriels (xéno-estrogènes),
thérapeutique (inhibitrices d’enzymes), pouvant expliquer en partie
des niveaux circulants d’estrogènes exagérément élevés chez
certaines femmes. Ainsi, le fonctionnement normal des deux voies
biochimiques assure la sécurité de la transformation et de
l’élimination des estrogènes : la méthylation par le COMT et
la détoxication par le glutathion, remarquable antioxydant luttant
contre les radicaux libres. Un déficit de ses fonctions peut
augmenter les lésions cellulaires et la cancérisation.
Âge : expression génétique d’un risque endogène
augmenté
La sensibilité mammaire augmente avec l’âge et avec la
déprivation en estrogènes. Elle témoigne de la forte capacité de la
cellule à concentrer les estrogènes et explique le développement
des cancers hormono-dépendants, où la concentration intratumorale
d’estrogènes peut alors se situer à des niveaux 10 à 50 fois
supérieurs à ceux du plasma.
L’âge s’accompagne à la fois d’une augmentation d’expression de
gènes de l’aromatase et de la réceptivité en estrogènes portant sur
REα. Or, il est établi que REα et REβ ont un effet opposé. Dans la
cellule cancéreuse, REα est le médiateur des effets de la
prolifération et de la formation tumorale. Au contraire, REβ inhibe
la prolifération en réprimant les gènes de la prolifération (c-myc,
cycline D, cycline A) [6]. Il en résulte à la fois une augmentation
de production de E2 et une réceptivité estrogénique, dont la
traduction histologique est l’excès de prolifération.
L’hypersensibilité mammaire postménopausique n’est pas seulement
liée à l’âge. Elle dépend aussi de l’effet de
« déprivation » en estrogènes. Dans ce cadre, le modèle
de la souris HAN transgénique est intéressant. Il existe une
surexpression de l’aromatase dans le tissu mammaire rendu
prénéoplasique avec des niveaux élevés d’estrogènes. Après
plusieurs mois d’involution mammaire, l’âge est responsable de la
progression histologique vers des états néoplasiques, mais une
réintroduction d’estrogènes accélère et intensifie ces mécanismes
de progression histologique vers le cancer [18]. De la même façon,
l’utilisation de tamoxifène (TAM) pendant une longue durée
(supérieure à cinq ans) donne l’exemple d’une hypersensibilité
adaptative de sélection de clones avec certaines cellules devenant
insensibles au TAM, d’autres au contraire devenant des cellules
hypersensibles capables de récidive, altérant par là les bénéfices
acquis [19].
L’interaction et la synthèse des récepteurs nucléaires et
membranaires entre eux dans le contrôle de la prolifération,
peuvent expliquer une part de cette hypersensibilité cellulaire
postménopausique. Cette interaction entre la transcription
nucléaire et la transduction membranaire dans l’activation des
récepteurs est sous la dépendance de systèmes de phosphorylation
qui stimulent différentes voies de la prolifération nucléaire et
membranaire. Au centre de ces mécanismes d’hyperactivité, les gènes
nucléaires et membranaires sont peut-être une explication au
mécanisme d’oncogenèse lié à l’âge.
L’effet de la progestérone et des progestatifs sur la
phosphorylation des récepteurs pourrait permettre de mieux
comprendre pourquoi l’adjonction de P aux estrogènes du THS
constitue un risque biologique supplémentaire de prolifération
nettement plus marquée avec E + P qu’avec E seul, somme
toute modérée comme en témoignent les études épidémiologiques.
Ainsi, la sensibilité mammaire de la postménopause chez la femme
occidentale pourrait correspondre à un phénomène de « rupture
hormonale » en rapport avec des variations marquées des
niveaux hormonaux. Le tissu mammaire longtemps exposé à des niveaux
élevés d’estrogènes avant la ménopause, puis à des niveaux
particulièrement bas après, deviendrait plus sensible lors de cette
réintroduction d’hormones.
Au plan clinique, les mastodynies constituent un bon témoin de
cette hypersensibilité mammaire anormale. Elles témoignent d’une
souffrance mammaire en rapport avec des niveaux d’estrogènes locaux
élevés et une prolifération épithéliale, elle-même responsable de
densités mammographiques élevées. Le risque de cancer du sein a été
relié à leur durée et leur sévérité (tableau
3) [20, 21].
Tableau 3. Mastodynies
prémenstruelles et risque de cancer du sein
|
Association avec la durée [20] |
|
|
Durée cumulée |
RR |
|
inférieure à 6 mois |
1 |
|
6 mois à 3 ans |
1,12 (0,61-2,05) |
|
3 ans à 8 ans |
2,24 (0,77-6,52) |
|
> 8 ans |
5,54 (2,79-13,3) |
| Globalement, les mastodynies cycliques ou
douleurs mammaires sont corrélées avec le risque de cancer du
sein : RR = 2 |
| Association avec la sévérité
[21] |
| – association positive entre
tensions cycliques et risque cancer |
| – mastodynies
sévères – RR = 3,32 |
Facteurs de risque liés à la reproduction
Les facteurs de risque liés à la reproduction correspondent au
risque hormonal endogène. La durée, le niveau d’exposition de la
glande mammaire aux hormones stéroïdes (E + P ovulatoire
de la puberté précoce, E seul de la ménopause tardive) et le
rapport entre les lobules indifférenciés ou non selon les
antécédents gravidiques, expliquent un risque relatif généralement
compris entre 1 et 2 (tableau 4)
[22].
Tableau 4. Les risques liés aux
facteurs de reproduction
|
Facteurs d’exposition au risque |
Facteurs de protection |
|
– premières règles précoces, avant 12 ans |
– premières règles tardives |
|
– ménopause tardive, après 55 ans |
– ménopause précoce |
|
– nulligeste |
– grande multiparité |
|
– primigeste à terme tardive |
– allaitements cumulés |
|
– nombre d’ovulations cumulées |
– pauci ovulantes |
|
– contraception orale (sous-groupe) |
– poids/taille faible |
|
– poids/taille élevée |
|
L’absorption d’éthinylestradiol et d’un progestatif dérivé
androgénique utilisés pour la contraception orale entraîne un état
prolifératif maximum, supérieur au maximum de la prolifération de
la phase lutéale. Globalement, le risque de cancer du sein corrélé
à la pilule reste faible : RR = 1,24 en cours
d’utilisation. Cependant, pour certains sous-groupes, ce risque
pourrait être supérieur (prise précoce après la puberté :
RR = 1,59, pendant une longue durée, repoussant l’âge de
la première grossesse ou bien lorsque la contraception orale est
associée à un haut risque familial de cancer du sein :
RR = 3,3) [23]. Les données épidémiologiques manquent
pour des doses de plus en plus faibles d’éthinylestradiol, ainsi
que l’utilisation de nouveaux progestatifs comme la drospirénone et
le dienogest.
Bien qu’il soit établi que le tabagisme, dès lors qu’il débute
précocement, correspond à un véritable facteur de risque de cancer
du sein, l’association pilule/tabac prise précocement n’est pas
connue.
Risque histologique
Ce risque concerne principalement les états pathologiques
regroupés sous le terme de néoplasie intra-épithéliale (NIE) et une
pathologie bénigne appelée cicatrice radiaire ou radial
scar. Ce risque augmente selon le modèle multi-étape de la
cancérogenèse pour le cancer du sein [24, 25].
Tableau 5. Niveau du risque histologique selon l’état
lésionnel en présence
| Néoplasies intra-épithéliales |
Radial scar |
|
– hyperplasie simple |
RR = 1,5-1,9 |
– RS seul |
RR = 1,8 |
|
– hyperplasie avec atypies |
RR = 3-5 |
nombre RS > 1 |
RR = 4,3 |
|
– CCIS/CLIS |
RR = 9 |
taille RS > 4 mm |
RR = 3,5 |
|
– CCIS + microcalcifications |
RR = 11 |
|
|
|
– macrokystes |
RR = 5 |
– RS associé |
|
|
|
|
hyperplasie sans atypies |
RR = 3,0 |
|
|
|
1 RS + HEA |
RR = 8,4 |
|
|
|
1 RS > 4 mm + HEA |
RR = 8,8 |
CCIS : carcinome canalaire in situ ; CLIS :
carcinome lobulaire in situ ; RS : cicatrice
radiaire ; HEA : hyperplasie épithéliale atypique.
Facteurs de mode de vie et environnementaux
Obésité tardive de la péri- et postménopause
Elle constitue un facteur de risque majeur dans cette période
qui connaît, par tranches d’âge, une forte poussée d’incidence du
cancer du sein. Du fait de l’activité aromatase augmentée dans les
adipocytes périphériques, l’élévation des niveaux circulants
d’estrone expose de façon continue le tissu épithélial à l’effet
prolifératif des estrogènes [26, 27].
Les deux grandes familles des facteurs de prolifération et
d’oncogenèse sont dans ce contexte concerné, un niveau hormonal
circulant postménopausique constamment élevé en estrogènes (voie
génomique de la prolifération et stimulation constante des
récepteurs hormonaux), un niveau élevé des facteurs de croissance
qui stimulent les récepteurs de membrane (R-IGF, R-EGF, voie non
génomique de la prolifération). Par ailleurs, la graisse abdominale
est riche en production de glucocorticoïdes, qui augmente
l’activité aromatase concentrée dans les adipocytes par
l’intermédiaire de la production de cytokines IL6 et TNFα selon un
rapport abaissé DHEA/glucocorticoïdes [28]. De plus, les formes
libres circulantes s’élèvent davantage du fait de la baisse de la
protéine de transport, la SHBG.
Chez la femme mince, à l’inverse, la voie androgénique
intramammaire par la 5α-réductase est préférentiellement utilisée
en postménopause et représente un facteur de protection (figure 2).
L’obésité constitue un doublement du risque. Ce risque n’est pas
très élevé mais il atteint un nombre considérable de femmes en
postménopause, dont le niveau nutritionnel est trop élevé du fait
d’un excès calorique et d’une hygiène de vie inappropriés corrélés
à une sédentarité marquée [29, 30]. De plus, l’obésité augmente le
risque de récidive et diminue la survie après cancer du sein traité
[31].
Facteurs nutritionnels
Des relations entre cancer du sein et nutrition sont établies de
longue date par des épidémiologistes de la nutrition. Ces derniers
opposent le mode de vie occidental où le risque de cancer du sein
est élevé, à celui de la femme asiatique où le risque est beaucoup
plus faible. Comme chez ces dernières, des études ont établi une
corrélation nette entre la consommation de soja et le risque de
cancer du sein, de là est née une dérive avec l’utilisation des
isoflavones du soja, puis de la génistéine dont elle est issue, en
tant que facteur protecteur, réduisant à lui seul le rôle du soja
comme facteur de protection. Or cette protection est loin d’être
établie pour le cancer du sein. De plus, il n’est pas certain que
l’utilisation de doses trop fortes et/ou de manière trop tardive,
telle que préconisée par l’industrie occidentale du soja, en
comparaison avec les doses quotidiennes ingérées par la femme
asiatique, ne puisse au contraire s’avérer dangereux (effet
estrogen-like) pour le sein et pour le système nerveux
(excès d’acide phytique du soja, effet antityrosine kinase et
anti-GABA de la génistéine). Un éventuel effet protecteur de la
génistéine sur le tissu mammaire apparaîtrait plus dépendant de la
précocité de son absorption [32].
L’alimentation asiatique, qui contient certes beaucoup de soja,
est par ailleurs riche aussi d’autres aliments connus pour être
protecteurs du cancer et couramment utilisés, comme les boissons au
thé vert, les plantes aromatiques les plus variées (algues), ainsi
que de nombreux végétaux riches en fibres, maintenant un équilibre
respecté entre végétaux et viandes dont la cuisson à la vapeur,
très protectrice, évite les toxines des viandes grillées. Il y a
aussi peu de matières grasses, peu d’hydrates de carbone, peu
d’alcool et le tabagisme est rare. Beaucoup moins calorique,
l’alimentation des femmes asiatiques peut expliquer leur plus
petite taille, mais surtout leur minceur quasi généralisée. Il
n’existe pas d’obésité postménopausique et l’activité sportive est
maintenue jusqu’à un âge avancé.
Il est établi que, par rapport aux Occidentales, les niveaux
moyens d’estrogènes circulants au cours de leur vie sont nettement
inférieurs de 15 à 30 % avec des cycles menstruels plus longs
et moins ovulatoires, conséquence de ce mode de vie. Aussi, à la
ménopause, connaissent-elles moins de bouffées de chaleur en raison
probablement d’une rupture moins brutale entre la différence de
niveaux circulants d’estrogènes avant et après la ménopause.
Même si l’on admet que les prédispositions génétiques au cancer
du sein chez l’Asiatique puissent être différentes, moins marquées
que chez l’Occidentale, il n’en demeure pas moins que les facteurs
nutritionnels pris globalement jouent probablement un rôle majeur
de protection contre le cancer du sein. Comparant nos deux modes de
vie, la cuisine occidentale, trop riche, hypercalorique et
déséquilibrée, avec les conséquences sur la morphologie, la taille
et le poids des femmes et plus spécifiquement sur une fonction
ovarienne « hypersensibilisée » à produire de hautes
concentrations de progestérone, explique une part élevée du risque
endogène du cancer du sein, puisqu’un accroissement de 70 % du
taux de progestérone multiplierait par 8 le taux de cancer
[33, 34].
Tabac
Le lien établissant un risque entre le tabac et le cancer du
sein est resté longtemps discordant parmi les études
épidémiologiques. On sait aujourd’hui que l’effet carcinologique du
tabac varie en fonction du niveau d’estrogènes circulants et du
stade de maturité de la glande mammaire.
La susceptibilité de la glande mammaire aux carcinogènes du
tabac dépend du stade de différenciation de la glande mammaire. La
démonstration chez l’animal est désormais confirmée chez la femme
[35].
La sensibilité mammaire est maximale au moment de l’adolescence,
quand les fonctions ovariennes débutent et la prolifération
importante. Chez les femmes ayant eu une grossesse et dont le
tabagisme a débuté précocement dans les cinq années après la
puberté, le risque est augmenté : RR = 1,69. Ce
risque augmente à 7,08 chez la nullipare fumant
20 cigarettes par jour.
À l’inverse, chez la femme ménopausée et en surcharge pondérale,
le tabagisme commencé après une première grossesse diminue le
risque de cancer du sein (RR = 0,49). Cependant, selon le
polymorphisme des gènes lié à l’acétylation détoxifiant le
carcinogène, le risque augmente en post-ménopause en cas
d’acétylation lente, augmentant l’exposition aux carcinogènes
[36].
Chez les fumeuses « actives », si le risque paraît lié
à l’importance du tabagisme, RR = 2,2 pour 1 à
9 cigarettes par jour, RR = 2,7 pour 10 à
19 cigarettes par jour et RR = 4,6 pour
30 cigarettes par jour au cours de la vie, le risque augmente
aussi parmi les non-fumeuses exposées, le RR étant à 3,2 pour une
exposition à la fumée de cigarette deux heures par jour pendant
25 ans [37].
Alcool
La consommation d’alcool augmente le risque de cancer du sein.
Commencée tôt, avant 45 ans, le risque est plus élevé
(RR = 1,8) comparé à un âge plus avancé
(RR = 1,5). Par contre, la sévérité de l’alcoolisme ne
semble pas constituer un sur-risque.
La biologie moléculaire permet de mieux percevoir les mécanismes
inducteurs, jusque-là méconnus. L’éthanol stimule de façon
dose-dépendante deux voies : il augmente l’expression de REα,
et induit en même temps une baisse marquée de l’expression de
BRCA1, gène suppresseur de la tumeur, puissant inhibiteur de REα.
Ensemble, ces deux voies contribuent à stimuler l’activité
transcriptionnelle de REα. En inactivant BRCA1, gène suppresseur,
et en augmentant la réponse aux estrogènes, l’alcool contribue à
induire le cancer du sein. Cependant, la différence de risque entre
l’alcoolisme aigu et chronique n’est pas établie. L’alcool semble
pouvoir s’accumuler dans le tissu mammaire à des concentrations
très élevées, comme le montre l’expérimentation sur l’animal
lactant, où les valeurs tissulaires s’élèvent de 44 à 88 %
comparées à celles du plasma [38-40].
Dans tous les cas, il est important de reconnaître une
consommation importante d’alcool en cas de THS du fait de la
synergie d’augmentation du risque mammaire.
Conclusion
Il convient de garder en mémoire le fait que le sein reste un
tissu hormono-dépendant. Ayant subi une forte exposition au risque
hormonal de la puberté à la ménopause (courbe d’incidence), il est
normalement programmé pour connaître un repos hormonal après la
ménopause. En l’absence d’estrogène, il acquiert au cours de cette
période de déprivation une sensibilité élevée aux hormones, faisant
évoquer un mécanisme évolutif d’oncogenèse :
– Un mode de vie occidentale qui repose sur une alimentation
trop calorique, trop riche en hydrates de carbone et en lipides a
deux conséquences sur la production hormonale :
• l’augmentation de la sensibilité ovarienne au cours du cycle
menstruel favorisant une production élevée d’estrogènes et de
progestérone (cycles ovulatoires nombreux et cumulés) et donc, des
niveaux hormonaux prémenstruels élevés ;
• l’apparition d’une surcharge adipeuse péri- et
postménopausique corrélée aux niveaux hormono-circulants
(androgènes, estrogènes, glucocorticoïdes élevés), dont les effets
cumulés avant et après la ménopause favorisent une stimulation
exagérée de longue durée du tissu glandulaire mammaire (épithélium,
stroma) ;
– Les caractéristiques de la vie de reproduction dans ces mêmes
pays vient par ailleurs contrarier des facteurs de protection
mammaire : grossesse à terme tardive, absence d’allaitement,
utilisation de contraception orale prise précocement et pendant une
longue durée d’utilisation avant la première grossesse, favorisant
la non-différenciation de lobules proliférants, tabagisme précoce,
etc.
En raison d’un nombre élevé de femmes concernées, le risque
hormonal endogène paraît prédominant. Le THS avec ses effets
bénéfiques évidents sur la qualité de vie, si peu évoquée dans les
études WHI et MWS, est prescrit au cours de cette période à haut
risque endogène. Dans les conditions actuelles d’utilisation, le
sur-risque exogène paraît donc quasi inévitable. Il reste toutefois
modéré selon les données épidémiologiques globales, par rapport à
ce à quoi on aurait pu s’attendre. Le THS occulte en réalité un
véritable problème de santé publique, inquiétant, celui de
l’obésité (ici l’obésité tardive et la sédentarité de la femme
postménopausée) et du mode de vie à l’occidentale.
Dans le but de protéger la femme du risque mammaire, les
nombreuses recommandations américaines et européennes qui découlent
de deux études récentes, quoique utiles, paraissent cependant peu
adaptées à la pratique quotidienne : prescription uniquement
en cas de symptôme, THS de courte durée : quelle durée ?
sur quel critère ? pour quelle qualité de vie ?
Face au risque mammaire, la prescription du THS doit tendre à
instaurer un dialogue sénologique sur des facteurs de
risque :
– informer la femme sur les risques non modulables comme ceux de
la reproduction ;
– lutter contre les risques modulables : contrôle de
l’alimentation, de la surcharge pondérale, de la sédentarité, en
préconisant des facteurs de protection (perte de poids, activité
physique, modification du comportement alimentaire) ;
– mieux respecter la physiologie de la postménopause en prenant
en compte les données morphologiques, évitant la sommation des
risques endogènes, exogènes, hormonaux et non hormonaux ;
– pérenniser le THS redevient possible dans les conditions d’un
THS individuel sans mastodynies, à l’aide d’un examen sénologique
complet approprié, adapté à chaque femme pour leur « mieux
être » en postménopause.
La clinique, « la grande oubliée », devrait reprendre
tous ses droits. Le dialogue sur le THS dépasse largement THS et
individualité biologique. Il intègre la globalité de la femme avec
son environnement propre, hormonal, énergétique, psychologique,
émotionnel et culturel.
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