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Les protéines G sont incriminées dans plusieurs pathologies
endocriniennes de l'enfant, pseudohypoparathyroidie, puberté précoce,
hyperthyroïdie[1,2]. Cependant, le champ de leurs implications physiopathologiques
s'élargit chaque année un peu plus (tumorigenèse,
HTA), il devient donc indispensable à tous, et non uniquement au
groupe restreint des endocrinologues pédiatres, de connaître
leur fonction afin de savoir quand et comment les étudier devant
certains diagnostics.
Les protéines G sont appelées ainsi parce qu'elles lient
avec une grande affinité et une forte spécificité
les nucléotides guanine (GTP)[3]. Elles interagissent avec les
récepteurs à 7 domaines transmembranaires. Ces récepteurs
sont activés par plusieurs hormones (PTH, TSH, gonadotropines,
glucagon, catécholamines) ou certains stimuli non peptidiques (photons
lumineux, odeurs, ions). Lors des 20 dernières années, plusieurs
maladies endocriniennes ont été attribuées à
des mutations de ces protéines, permettant ainsi une meilleure
compréhension de la physiopathologie et de la transmission du signal
intracellulaire. Ces mutations peuvent être de deux sortes. Soit
elles entraînent une diminution, voire une interruption de la transmission
du signal, il s'agit de mutations "pertes de fonction ". Soit elles conduisent
à une activation permanente du signal et sont alors appelées
mutations " gain de fonction ".
Protéines G : structure et fonction
Les protéines G forment un complexe hétérotrimérique
de trois sous-unités alpha, ß, gamma et se présentent
sous deux formes principales. Un état inactif dans lequel les trois
sous-unités sont associées et n'interagissent pas avec les
effecteurs. Et un état actif, dans lequel la sous-unité
alpha lie le GTP, et se sépare du dimère ßgamma. L'hydrolyse
du GTP en GDP par l'activité GTPase intrinsèque de la sous-unité
alpha permet le retour à l'état inactif (figure
1A). Lors de l'état actif, les protéines G régulent
l'activité de plusieurs effecteurs : enzymes (adénylate
cyclase, phospholipase C) ou canaux ioniques. Ces effecteurs modifient
alors les concentrations en ions ou en seconds messagers (AMPc, GMP, phosphatidil
inositol), ce qui aboutit finalement à la réponse cellulaire
(figure 1B).
Chacune des trois sous-unités des protéines G appartient
à une famille protéique spécifique codée par
des gènes différents[4]. A ce jour, 16 sous-unités
alpha, 6 sous-unités ß et 12 sous-unités gamma sont
décrites. Les sous-unités alpha définissent différentes
protéines G selon leur mode de transmission du signal (tableau
1). Ces protéines ont toutes une expression ubiquitaire.
Inactivation des protéines
G :
le signal n'est plus transmis !
Une pathologie pédiatrique décrite par Albright en 1942[5],
la pseudohypoparathyroïdie, a permis d'étudier les résistances
hormonales, puis le rôle des protéines G dont l'activité
biologique diminuée empêche la transmission du signal en
aval de l'hormone.
la Pseudohypoparathyroïdie Ia :
La pseudohypoparathyroïdie est la première maladie décrite
due à une résistance hormonale (la parathormone PTH). Il
s'agit d'une maladie hétérogène à transmission
autosomique dominante regroupant des signes divers dépendant ou
non du déficit hormonal. L'âge moyen au moment du diagnostic
est de 6 ans et 4 mois (de 3 mois à 15 ans)[6]. Le syndrome dysmorphique
observé par Albright comprend une brachymétacarpie, généralement
du IVème et Vème, parfois une brachymétatarsie, un
faciès lunaire, une petite taille, une obésité, des
calcifications hétérotopiques (sous-cutanées, intracérébrales,
tendineuses), un canal lombaire étroit, inconstamment un
retard mental (figure 2).
La résistance à la PTH est définie par l'association
hypocalcémie, hyperphosphorémie, le taux sérique
élevé de PTH et l'absence d'élévation de l'AMPc
urinaire après injection de PTH exogène. D'autres résistances
à des hormones utilisant le même système de couplage
protéine G / adénylate cyclase / AMPc (TSH, gonadotropines,
ACTH, glucagon, calcitonine [7]) sont parfois associées. L'activité
biologique de la protéine G est diminuée chez ces patients
[8] et l'étude du gène GNAS1 codant pour la sous-unité
alpha a alors mis en évidence des mutations hétérozygotes
inactivatrices chez 50 [9] à 80 % des cas index (données
personnelles). Cette pathologie a la particularité de se présenter
sous des phénotypes très variables. En effet, dans la famille
d'un patient atteint de pseudohypoparathyroïdie, il est fréquent
d'observer des sujets présentant le syndrome dysmorphique sans
aucune résistance hormonale décelable, ceux-ci sont décrits
sous le terme de pseudopseudohypoparathyroïdie. Par ailleurs, l'expression
de la maladie diffère également d'une famille à l'autre,
l'apparition des résistances hormonales se faisant progressivement
et n'étant pas constante chez les individus atteints.
Il existe probablement un lien entre la nature de la lésion génétique
et la sévérité du phénotype observé.
En effet, il est facile de concevoir qu'une délétion importante
du gène conduisant à la production d'une protéine
tronquée, amputée de ses domaines d'activités biologiques
(liaison au récepteur, à l'effecteur, au GTP, activité
GTPase), empêche la transmission du signal intracellulaire malgré
la présence de l'hormone. Cependant, ce mécanisme n'explique
pas d'une part, la coexistence au sein d'une même famille de sujets
ayant des phénotypes très différents, et d'autre
part, l'association d'un phénotype sévère à
une mutation hétérozygote, permettant la production de 50
% de protéine active non mutée. Plusieurs arguments suggèrent
un rôle important de l'empreinte parentale comme facteur de cette
variabilité phénotypique (encadré 1). Premièrement,
l'étude de la transmission des phénotypes de 66 sujets [10]
a révélé que les 60 patients atteints de pseudohypoparathyroïdie
avaient hérité le phénotype de leur mère,
alors que les 6 sujets atteints de pseudopseudohypoparathyroïdie
l'avaient hérité de leur père. Deuxièmement,
le gène GNAS1 est localisé en 20q13, région synténique
avec le gène gnas1 de la
souris situé dans une région soumise à empreinte.
Troisièmement l'invalidation de ce gène chez la souris [11]
a produit deux phénotypes différents (l'un sévère,
l'autre beaucoup moins) selon l'origine paternelle ou maternelle du gène
lésé. Plus précisément, l'étude de
différents tissus chez ces souris a montré une tissu-spécificité
de l'empreinte parentale. Ainsi, seul l'allèle maternel s'exprime
dans le cortex rénal (site d'action de la PTH) ou dans le tissu
adipeux blanc, alors que les deux allèles, paternel et maternel
s'expriment dans la médullaire rénale. Cette spécificité
tissulaire apporte un éclairage nouveau sur le phénotype
particulier de cette maladie (obésité, os, retard mental)
causée par une anomalie sévère d'une protéine
ubiquitaire.
Deux mutations inactivatrices
particulières de la sous-unité as
Une observation remarquable de pseudohypoparathyroïdie Ia et testotoxicose
(pseudopuberté précoce liée à une hypersecrétion
de testostérone testiculaire) a été décrite[12].
Ces deux syndromes mettent en jeu la protéine G sous deux angles
différents, l'un (pseudohypoparathyroïdie) est lié
à une inactivation, l'autre à une hyperactivation de la
protéine (synthèse de testostérone malgré
de faibles taux de LH). Une mutation particulière a pu être
identifiée et étudiée. Celle-ci (A366S) modifie considérablement
la stabilité de la protéine en fonction de la température
environnementale. A 37 °C, température du corps, la demi-vie
de la protéine est très brève, responsable d'une
nette diminution de la transmission du signal et donc du phénotype
de pseudohypoparathyroïdie.
A 32-35 °C, température du testicule, la dénaturation
de la protéine est réduite et la sous-unité alpha
est maintenue en conformation active, liée au GTP. Elle stimule
localement l'adénylate cyclase de façon permanente et il
en résulte la testotoxicose.
La pseudohypoparathyroïdie Ib est caractérisée par
une résistance à la PTH limitée au rein, sans anomalie
clinique et sans diminution de l'activité Gsalpha érythrocytaire.
La recherche de mutation du gène du récepteur à la
PTH et de la sous-unité alpha n'a rien donné. Cependant,
le gène responsable de cette pathologie, également soumise
à empreinte parentale, a été récemment localisé
par analyse de liaison en 20q13.3 [13], région très proche
du gène GNAS1 (20q13) de la sous-unité alpha. Il devient
alors possible de concevoir dans cette région la présence
d'un promoteur ou d'un enhancer du gène GNAS1 à expression
uniquement rénale et responsable de ce phénotype particulier.
Congenital night blindness
D'autres types de sous-unité alpha ont également été
incriminés en pathologie humaine. Dans une famille atteinte d'une
forme particulière de cécité (vision normale en pleine
lumière mais cécité complète dans les environnements
mal éclairés), l'étude génétique systématique
des gènes candidats a permis d'identifier une mutation inactivatrice
de la sous-unité alpha de la rod-transducine (protéine G
couplée au récepteur rhodopsine)[14]. Cette mutation conduit
à l'interruption du signal lors de la stimulation du récepteur
rhodopsine, normalement stimulé par les photons lors de la vision
nocturne.
La coqueluche : un exemple d'inactivation de Galphai
La toxine pertussique produit une ADP-ribosylation de la protéine
Galphai empêchant ainsi toute activité biologique
de la protéine. Le lien entre la symptomatologie de la coqueluche
et la diminution de l'activité de Galphai n'a pas clairement
été établi.
Mutations des autres sous-unités ß
ou gamma : une possibilité à ne pas négliger
Les travaux sur l'hypertension artérielle essentielle de l'adulte
ont récemment fourni plusieurs arguments impliquant les protéines
G. En effet, les lymphocytes de 50 % des patients hypertendus ont une
activité accrue de leurs canaux échangeurs d'ions Na+/H+,
activité qui reste élevée si ces lymphocytes sont
immortalisés en culture [15]. Cette augmentation d'activité
a ensuite été attribuée à une activation du
signal transmis par les protéines G[16]. Parallèlement,
une mutation a été identifiée sur le gène
codant pour la sous-unité ß3, la protéine
mutée étant retrouvée de façon significative
dans les cellules des patients hypertendus[17]. Cependant, plusieurs points
restent à éclaircir : la sous-unité ß3
interagissant avec Galphai (inhibitrice), quel est le mécanisme
conduisant à une augmentation du signal ? Même si ce polymorphisme
est présent chez 53 % des sujets hypertendus, comment expliquer
sa présence chez 44 % des sujets normotendus ? N'est-il pas uniquement
le reflet de la population générale ?
Hyperactivation des protéines
G :
le signal ne s'arrête plus !
Le signal intracellulaire est dit activé lorsqu'il est transmis
malgré l'absence ou la faible quantité du ligand stimulateur
(Figure 1B). L'un des
mécanismes activant le signal est l'intensification de l'activité
des protéines G. En effet, lorsque la sous-unité alpha est
modifiée sur deux sites précis (les résidus arginine
en 201 (cible de la toxine cholérique) et glutamine en 227), il
en résulte un gain de fonction de la protéine G. Ces deux
acides aminés permettent une hydrolyse rapide du GTP lié
à la protéine. Leur modification entraîne un changement
de conformation et une plus grande stabilité de la forme liée
au GTP, c'est à dire de la forme active de la protéine (Figure
1A).
Activation transitoire de Gsalpha : le choléra
Le choléra représente un modèle d'activation de
la sous-unité alphas[18]. La toxine cholérique modifie le
résidu arginine 201 de la protéine alphas par ADP-ribosylation.
L'augmentation secondaire de la concentration d'AMPc dans les cellules
de la muqueuse intestinale conduit alors à des modifications de
la perméabilité cellulaire et au syndrome diarrhéique.
Exprimée par les cellules somatotropes de souris transgéniques,
la toxine cholérique induit alors par ce mécanisme une hyperplasie
pituitaire et un gigantisme[19].
Activation permanente de Gsalpha :
les mutations gain de fonction (syndrome de McCune-Albright, acromégalie)
Le syndrome de McCune-Albright (MAS) est une maladie sporadique diagnostiquée
à tous les âges, regroupant différentes atteintes
endocriniennes ou non : dysplasie osseuse multifocale, tâches café-au-lait,
puberté précoce d'origine gonadique, acromégalie
par adénome pituitaire à GH, nodules thyroïdiens, adénomes
corticotropes. Les formes sévères [20] à révélation
néonatale sont exceptionnelles et comportent une atteinte cardiaque
(troubles du rythme, mort subite) ou hépatique (cytolyse, cholestase).
Elles aboutissent généralement à un décès
précoce. Cette pathologie est la conséquence d'une mutation
activatrice somatique de Gsalpha [21], dans un ou plusieurs tissus (l'os,
la thyroïde, la surrénale, les gonades, les hépatocytes,
le myocarde). La mutation se produit à un stade postzygotique plus
ou moins précoce ; plus l'événement survient tôt,
plus le nombre de tissus atteints est important. Cela correspond au mosaïcisme
tissulaire observé chez ces patients. Les mutations germinales
activatrices des protéines G ne sont pas compatibles avec la vie.
La protéine Gsalpha activée est appelée oncogène
gsp (G stimulatory protein) ; elle a été retrouvée
dans plusieurs types de proliférations cellulaires : 40 % des tumeurs
pituitaires sécrétant de la GH[22], 0 à 73 % des
cancers thyroïdiens selon les séries[23], dans une faible
proportion des adénomes toxiques thyroidiens[24], dans 66 % d'une
série de 6 tumeurs à cellules de Leydig ovariennes ou testiculaires[25].
Elle semble également être impliquée dans la tumorigenèse
de certains cancers prostatiques[26]. Le potentiel oncogénique
de la protéine gsp a été confirmé
lors de l'observation de l'apparition de tumeurs thyroïdiennes chez
la souris transgénique[27].
Un autre mécanisme d'hyperactivation de la sous-unité
alphas a été évoqué pour certaines tumeurs
de la granulosa ovarienne et de la cortico-surrénale. En effet,
dans ces tissus néoplasiques a été identifiée
une mutation de la sous-unité Galphai2, sous-unité
inhibitrice (oncogène gip2)[28]. Elle supprimerait les mécanismes
d'inhibition de transmission du signal. Mais ceci n'a pas été
confirmé[29,30] et semble rarement impliqué dans l'apparition
de ces tumeurs.
Perspectives et avenir...
Compréhension de la physiopathologie
L'identification des mutations des sous-unités alpha des protéines
G a permis de comprendre le rôle et la structure des différents
composants du signal intracellulaire et d'appréhender des mécanismes
de régulation importants, tels que l'empreinte parentale. Il devient
alors possible d'identifier d'autres pathologies liées aux protéines
G, soit par analogie avec les mécanismes existants, soit par des
souris transgéniques, excellents modèles physiopathologiques
(tableau 2). D'autre part,
la progression dans la connaissance de ces protéines permet d'imaginer
des systèmes responsables de pathologies plus subtils que la simple
relation mutation-maladie : par exemple, une modification prétranscriptionnelle
(activation d'un enhancer à expression rénale évoquée
pour la pseudohypoparathyroïdie Ib), post-traductionnelle (transport,
phosphorylation de la protéine) ou la présence de polymorphismes
entraînant une prédisposition pour certaines pathologies
(HTA).
Il faut cependant se rappeler qu'un defect ou une activation du signal
intracellulaire ne sont pas forcément dus à une anomalie
des protéines G. De nombreux autres acteurs sont impliqués
et méritent d'être explorés : récepteurs couplés
aux protéines G, sous-unités ß ou gamma, régulateurs
du signal des protéines G (RGS)[31].
Implications pour le diagnostic et le traitement
L'identification d'une lésion génétique peut, pour
la pseudohypoparathyroïdie Ia, donner lieu à un conseil génétique
: risque de transmission de 50 %, prédiction d'une atteinte sévère
si la mère est atteinte ou d'une pseudopseudohypoparathyrïdie
si le père est atteint. Les mutations activatrices, survenant sporadiquement,
n'induisent pas de conseil génétique, excepté pour
rassurer quant au très faible risque de récidive lors d'une
grossesse ultérieure.
Les conséquences thérapeutiques actuelles du diagnostic
moléculaire des pathologies des protéines G sont limitées
: remplacement de l'hormone manquante dans les mutations entraînant
une perte de fonction, traitement médical ou surtout chirurgical
des hypersécrétions hormonales. Cependant, chez les patients
acromégales, la présence de l'oncogène gsp semble
prédire une meilleure réponse au traitement médical
par la somatostatine (la somatostatine agit par l'intermédiaire
d'un récepteur couplé à une protéine G alpha
inhibitrice)[32,33]. Il est pourtant possible d'imaginer plusieurs possibilités
thérapeutiques : pour les maladies à mutations gain de fonction,
identification d'un agoniste inhibiteur ou activation d'un gène
inhibiteur par thérapie génique ; pour les maladies à
mutation perte de fonction, remplacement du gène atteint. Plusieurs
obstacles restent encore à franchir : identification des tissus
mutés, ubiquité de la protéine, stabilité
de la transfection...
ENCADRÉ 1
L'empreinte parentale, une explication [34]
Sur les autosomes, chaque gène est présent en double :
l'un sur le chromosome d'origine paternelle, l'autre sur celui d'origine
maternelle. Les gènes paternels ou maternels ne s'expriment pas
forcément de façon équivalente. Ainsi, le gène
paternel peut être inactivé, il est soumis à l'empreinte
parentale, alors que seul le gène maternel s'exprime.
L'exemple le plus célèbre de pathologies liées
à l'empreinte parentale est celui des syndomes de Prader-Willi
et Angelman.
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