ARTICLE
Le diabète de type MODY
Le diagnostic d'une hyperglycémie modérée non insulinoprive
chez le jeune, est essentiellement celui du diabète de type MODY
[1]. Il s'agit d'une forme de diabète non insulinodépendant
(DNID), ou diabète de type 2, qui a deux particularités.
D'une part, il est identifiable dès l'enfance ou l'adolescence,
d'où son nom de Maturity-onset diabetes of the young, ou
diabète de type adulte chez le jeune. D'autre part, il est familial,
transmis selon une hérédité autosomique dominante
: on le retrouve dans les deux sexes, chez la moitié des sujets
dans chaque génération (fratrie) au sein d'une famille (figure
1).
Ces caractéristiques distinguent le MODY des autres DNID dont
la transmission n'est pas dominante et qui ne se révèlent
à l'âge pédiatrique que dans des circonstances très
particulières : traitement corticoïde à forte dose,
administration de ß-mimétiques... Un MODY peut néanmoins
être révélé par la prise de ces médicaments.
Il est bien entendu important de faire chez l'enfant et l'adolescent le
diagnostic différentiel avec le diabète insulinodépendant
(DID) autoimmun ; il faut épargner à ces diabétiques
une insulinothérapie. Le MODY se distingue du DID par l'histoire
familiale de diabète toujours présente, et par le caractère
modéré de l'hyperglycémie sans tendance à
la cétose. Du point de vue biologique, la réponse insulinosécrétoire
au glucose (HGPO, HGPIV) est conservée ou modérément
diminuée et l'auto-immunité absente. Un diagnostic moléculaire
des mutations des principaux gènes du MODY est maintenant possible.
Expression clinique du
MODY
Dans l'enfance, le MODY n'a aucune expression clinique [1-3]. Souvent,
il se traduit simplement par une élévation modérée
(1,1 à 1,3 g/L) de la glycémie à jeun. La tolérance
au glucose, testée par une hyperglycémie provoquée
orale (HGPO) est normale ou modérément altérée
(intolérance au glucose glycémie entre 1,4 et 2 g/L deux
heures après la prise de glucose) et montre rarement des niveaux
glycémiques correspondant aux critères du diabète
(plus de 2 g/L). A cet âge, il vaut mieux parler d'hyperglycémie
non insulinodépendante du jeune et éviter le terme diabète.
L'hyperglycémie est découverte à l'occasion d'un
dosage systématique de la glycémie (bilan de santé,
intervention chirurgicale) ou d'un dépistage dans une famille MODY
connue. Une glycosurie due à un défaut rénal primitif
et sans relation directe avec la sévérité de l'hyperglycémie
peut être observée dans certaines formes de MODY [4].
A l'âge adulte, le MODY peut rester cliniquement silencieux très
longtemps voire indéfiniment, et les circonstances de découverte
sont alors les mêmes que chez les sujets jeunes. Cependant, l'hyperglycémie
peut s'aggraver et entraîner l'apparition d'un diabète clinique
qu'il est alors pratiquement impossible de distinguer des autres DNID
de l'adulte, si ce n'est du fait du contexte familial évocateur
: grande fréquence de DNID, y compris chez des sujets jeunes.
L'origine du MODY
Le MODY est un des rares DNID dont on a identifié la cause ou
plus exactement les origines génétiques (tableau
1). Les études cliniques avaient déjà montré
que l'expression clinique de cette entité pourtant strictement
définie pouvait être très variable : l'hyperglycémie
est plus ou moins sévère d'une famille à l'autre
ou même au sein d'une famille. Les études génétiques
ont confirmé l'hétérogénéité
du MODY qui peut être par ordre chronologique de découverte
:
* MODY1 : dû à des mutations du gène HNF-4-alpha
situé sur le chromosome 20 (1991)[5, 6]
* MODY2 : dû à des mutations du gène de la glucokinase,
localisé sur le chromosome 7 (1992) [7, 8]
* MODY3 : dû à des mutations du gène HNF-1-alpha
situé sur le chromosome 12 (1994) [9, 10]
* MODY4 : dû à des mutations du gène IPF-1 situé
sur le chromosome 13 (1997) [11]
* MODY5 : dû à des mutations du gène HNF-1-bêta
situé sur le chromosome 17 (1997) [12, 13]
* MODY-X : sans relation avec ces cinq gènes. [14]
Il y a pratiquement une mutation différente pour chaque famille
: très rares sont celles qui sont retrouvées dans plusieurs
familles.
On ne dispose d'aucune donnée épidémiologique sur
la fréquence du MODY que certains estiment, avec cependant beaucoup
de réserve, entre 2 et 5 % des DNID. Le MODY n'est donc pas une
maladie exceptionnelle. Des mutations du gène MODY1 ont été
décrites dans une dizaine de familles dans le monde. Les mutations
de la glucokinase (MODY2), identifiées sur la moitié d'un
groupe de familles françaises, ont été retrouvées
partout dans le monde, mais avec une fréquence moins élevée.
Les mutations du gène MODY3 sont identifiées dans environ
un quart des familles françaises de MODY, mais sont retrouvées
d'une façon beaucoup plus fréquente dans d'autres pays d'Europe,
aux USA et au Japon. MODY4 et MODY5 sont des formes très rares
de la maladie. Dans 15 à 20 % des cas, le MODY est dû a des
mutations dans des gènes encore non identifiés (MODY-X).
Conséquences métaboliques
des anomalies génétiques
La découverte des gènes du MODY a fait considérablement
avancer la compréhension des mécanismes de l'hyperglycémie
des différents sous types de la maladie. La glucokinase est une
enzyme-clé du contrôle du métabolisme du glucose dans
les cellules insulinosécrétoires du pancréas endocrine
et dans les hépatocytes [15] (figure
2). La phosphorylation du glucose en glucose-6-phosphate, catalysée
par la glucokinase dans ces tissus, est en effet la première étape
du métabolisme cellulaire du glucose. La production in vitro
(par mutagenèse dirigée) des glucokinases mutées
identifiées dans les familles MODY a montré que ces mutations
diminuaient l'activité enzymatique de phosphorylation du glucose.
Or, dans les cellules bêta-pancréatiques, le métabolisme
du glucose et l'insulinosécrétion sont fortement dépendants
de l'activité de l'enzyme. On observe chez les sujets porteurs
des mutations, une élévation du seuil glycémique
induisant la libération de l'insuline et un décalage vers
la droite de la courbe dose/réponse de la sécrétion
d'insuline en fonction de la glycémie (figure
3) [16, 17]. Chez ces patients, les mutations de la glucokinase
entraînent une diminution de moitié de la quantité
d'insuline libérée pour un niveau glycémique donné.
La glycémie à jeun est réglée à un
niveau un peu plus élevé que normalement et, après
un repas, la glycémie s'élève aussi plus que normalement
parce que la sécrétion d'insuline est toujours « en
retard » sur la montée glycémique, et parce que le
foie capte moins de glucose alimentaire. En effet, dans le foie, la glucokinase
joue un rôle important dans la captation hépatique postprandiale
et le stockage du glucose (figure
2). La synthèse postprandiale du glycogène hépatique,
explorée par spectroscopie de résonance magnétique
nucléaire, est diminuée, et la production hépatique
de glucose augmentée chez les porteurs de mutations de la glucokinase
[18]. Le diabète par déficience en glucokinase est donc
à la fois une maladie pancréatique et hépatique.
Dans les autres formes de MODY, on a clairement démontré
qu'il y avait aussi un déficit de la sécrétion d'insuline
bien qu'on n'en connaisse pas le mécanisme exact. Les gènes
MODY 1, MODY 3, MODY 4 et MODY 5 codent pour des facteurs de transcription
qui semblent avoir un rôle-clé dans le développement
foetal du pancréas, dans la différenciation et la prolifération
des cellules sécrétrices d'insuline, et dans l'expression
d'autres gènes impliqués dans la production d'insuline.
L'étude approfondie de la sécrétion d'insuline montre
que les perturbations sont différentes et plus sévères
chez les patients ayant un MODY de type 1 et 3 que dans les mutations
du gène de la glucokinase [19, 20]. Dans tous les cas, il n'y a
pas d'anomalie primitive de l'action de l'insuline (résistance
à l'insuline) dans l'utilisation du glucose par le muscle.
Traduction clinique de l'hétérogénéité
génétique et métabolique
L'une des retombées les plus intéressantes des découvertes
génétiques est de mieux délimiter les différences
d'expression clinique [1]. En effet, l'étude des familles MODY
a montré des différences importantes entre les patients
qui ont des mutations du gène de la glucokinase/MODY 2 et ceux
qui ont un MODY 3 ou un MODY 1.
Les mutations du gène de la glucokinase s'expriment très
tôt chez les patients affectés : presque tous ont une anomalie
métabolique avant la puberté, et l'hyperglycémie
à jeun peut être retrouvée chez des enfants de moins
de deux ans. La progression de l'hyperglycémie est très
lente et chez certains patients, la tolérance au glucose reste
inchangée pendant plusieurs décennies. Les deux tiers des
patients n'ont aucun traitement médicamenteux et la fréquence
de la microangiopathie est faible (inférieure à 5 %) [2].
Les patients chez qui aucune liaison génétique n'a pu pour
l'instant être identifiée (MODY-X) ont souvent un profil
clinique assez voisin [14].
Par comparaison, les patients ayant un MODY 3 ou un
MODY 1 ont une expression plus tardive, au moment de ou après la
puberté. La glycémie à jeun, souvent supérieure
à 1,4 g/L, et surtout la tolérance au glucose mesuré
par une HGPO (glycémie à 2 heures presque toujours supérieure
à 2 g/L) sont plus sérieusement altérées.
Leur état s'aggrave avec le temps et 80 % sont traités par
des antidiabétiques oraux ou l'insuline. Enfin, des rétinopathies
et néphropathies sont trouvées dans environ 20 % des cas,
une fréquence à peine inférieure à celle des
DNID à révélation plus tardive [3]. MODY3/HNF 1alpha
est exprimé également dans les reins. A cet égard,
nous avons observé que des défauts de résorption
rénale de glucose sont fréquemment associés au défaut
insulinosécrétoire chez des patients MODY3 [4].
Les formes MODY 4 et MODY 5 sont beaucoup plus rares et ses manifestations
cliniques peu décrites. Il est cependant intéressant de
noter que, dans les quelques familles MODY 5 cités dans la littérature,
les porteurs des mutations d'HNF 1ß présentaient fréquemment,
en plus du diabète, des malformations rénales sévères,
avec des reins polykystiques [12, 13].
En résumé, on peut donc distinguer une forme de diabète
proche par ses caractéristiques du DNID de l'adulte (MODY 3 et
MODY 1) et une forme identifiable très tôt et relativement
bénigne (MODY 2). Cependant, même dans ces formes bénignes,
une aggravation de l'hyperglycémie est toujours possible du fait
d'une grossesse, d'une prise de poids ou tout simplement de l'âge,
et un suivi médical régulier est toujours recommandé.
Les relations entre l'origine génétique et l'expression
clinique montrent l'intérêt de rechercher les mutations des
gènes connus dans une famille présentant les caractéristiques
d'un MODY. En pratique, l'analyse d'un seul sujet affecté peut
suffire à identifier les mutations dans les formes connues de la
maladie. Cependant, en dehors d'un contexte familial très évocateur,
la question doit être sérieusement posée quant aux
indications de ces examens longs et coûteux.
Le traitement du MODY
Il dépend de sa cause et surtout de la gravité de l'hyperglycémie.
Dans beaucoup de cas, les hyperglycémies par mutation du gène
de la glucokinase ne nécessitent aucun traitement médicamenteux.
Les patients doivent prendre l'habitude de manger peu sucré et
surtout de ne pas prendre de poids et de garder une activité physique
régulière. Un suivi régulier doit être institué,
basé simplement sur la clinique, le dosage de l'hémoglobine
A1C et de la glycémie. La grossesse doit être considérée
comme à risque ; une insulinothérapie est souvent nécessaire
Dans les formes plus évoluées, quelle que soit l'origine
génétique, les indications des antidiabétiques oraux
et de l'insuline ne diffèrent pas de celles du diabète non
insulinodépendant. La surveillance, en particulier la recherche
de microangiopathies, doit être aussi rigoureuse que dans n'importe
quelle forme de diabète.
Comment faire le diagnostique d'un MODY
* Découverte d'une hyperglycémie à jeun
- Absence de symptômes
- Absence de cétose
- Absence d'anticorps ICA, GAD, insuline
* Enquête familiale
- Histoire familiale de diabète: parents, fratrie, grands-parents
- HGPO
- Diagnostic moléculaire
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