ARTICLE
Un bref historique
La LH et la FSH sont deux hormones d'origine hypophysaire qui stimulent
la gamétogenèse et la stéroïdogenèse
dans l'ovaire et le testicule, alors que l'hCG, d'origine placentaire,
agit en maintenant une forte production de progestérone par le
corps jaune en début de grossesse. Ces trois hormones sont des
glycoprotéines composées de deux sous-unités liées
de façon non covalente, les sous-unités alpha et beta (figure
1). La sous-unité alpha est commune aux trois hormones alors
que la sous-unité beta est différente, permettant de conférer
à chaque hormone dimérique une activité biologique
spécifique. Composée de 92 acides aminés, la sous-unité
alpha contient 5 ponts disulfures qui contribuent à sa structure
tertiaire, et deux chaînes glucidiques localisées au niveau
des asparagines 52 et 78 (sites de N-glycosylation). Les sous-unités
beta sont composées de 111 (FSH), 121 (LH) ou 145 (hCG) acides
aminés. Bien que différentes, les sous-unités beta
comprennent des régions très conservées. Elles ont
notamment en commun 12 résidus cystéines localisés
à la même position. Alors que la sous-unité beta de
la LH (LHbeta) a un site de N-glycosylation, les sous-unités beta
de la FSH (FSHbeta) et de l'hCG (l'hCGbeta) ont deux sites de N-glycosylation.
Enfin, la sous-unité hCGbeta présente 4 sites de O-glycosylation
sur les résidus sérine dans sa partie carboxyl-terminale.
Les chaînes oligosacchariques branchées sur les sites de
N-glycosylation ou de O-glycosylation représentent 18 à
45% de la masse totale des gonadotrophines et sont responsables de la
micro-hétérogénéité observée
entre les différentes préparations de gonadotrophines. Surtout,
la présence de ces chaînes est indispensable pour induire
une réponse biologique dans les tissus cibles.
Historiquement, les gonadotrophines naturelles humaines ont été
utilisées en thérapeutique bien avant la caractérisation
de leur structure biochimique, et c'est à partir des années
1960 que les gonadotrophines ont été préparées
et distribuées par l'industrie pharmaceutique. Initialement, un
mélange de FSH et de LH préparé à partir d'urines
de femmes ménopausées (Human menopausal gonadotropin
ou HMG) a été produit. En parallèle, des préparations
d'hCG ont été effectuées à partir d'urines
de femmes enceintes. Si les HMG contenant à la fois de la FSH et
de la LH dans un rapport de 1 se sont avérées efficaces
dans le traitement des anovulations, il a été nécessaire
de modifier leur composition pour répondre à d'autres indications,
notamment pour la stimulation simultanée de plusieurs follicules
pour la fécondation in vitro (FIV) ou pour la stimulation
d'un follicule dominant en cas d'ovaires polykystiques (OPK). Les observations
cliniques et les progrès dans la compréhension des mécanismes
physiopathologiques ont montré que la présence de LH dans
les préparations n'était pas essentielle, et des techniques
industrielles de purification ont été développées
pour éliminer la LH grâce à une chromatographie d'affinité
qui retenait cette gonadotrophine. Cependant, le principe actif de ces
préparations, à savoir la FSH, représentait moins
de 5% des protéines présentes, et les protéines urinaires
contaminantes co-purifiées avec le principe actif pourraient être
à l'origine d'effets secondaires. Grâce à une chromatographie
d'affinité qui permet d'éluer la FSH, il a été
possible d'éliminer les protéines contaminantes et, en conséquence,
d'augmenter considérablement l'activité spécifique
des préparations de FSH [1].
La première génération d'analogues
de gonadotrophines
Les procédés d'extraction de gonadotrophines à
partir d'un milieu biologique naturel (urine) posent le problème
de la constance des préparations d'un lot à l'autre. Ce
problème a pu être résolu en grande partie grâce
aux techniques de recombinaison génétique et à la
production de gonadotrophines recombinantes. Les caractéristiques
physico-chimiques et structurales des gonadotrophines ont orienté
le choix du système d'expression de ces hormones recombinantes
et notamment : (i) la structure tertiaire de chaque sous-unité
impliquant de nombreux ponts disulfures (11 pour la FSH) ; (ii)
la structure quaternaire (l'hétérodimérisation des
deux sous-unités) ; et (iii) les modifications post-traductionnelles
(la présence de chaînes oligosaccharidiques appropriées).
A titre d'exemple, la FSH recombinante a été produite
après isolation des gènes codant pour les sous-unités
alpha et beta à partir d'une banque d'ADN génomique de cellules
de foie ftal humain. Ces gènes ont été introduits
dans des vecteurs d'expression distincts sous le contrôle d'un promoteur
fort. Ces vecteurs ont ensuite été transfectés dans
des cellules d'ovaire de hamster chinois (CHO). Ces cellules de mammifère
produisent des sous-unités alpha et beta correctement repliées,
glycosylées et assemblées en hormone dimérique avant
d'être secrétées dans le milieu de culture dans une
conformation biologiquement active. La caractérisation biochimique
de la FSH recombinante a montré que, à l'instar des préparations
de FSH d'origine hypophysaire ou urinaire, la FSH recombinante contient
à la fois des sous-unités dont la séquence en acides
aminés correspond à la séquence nucléotidique
et des formes tronquées ne comprenant pas les acides aminés
aux extrémités N-terminales des deux sous-unités.
De façon intéressante, les structures oligosaccharidiques
de la FSH recombinante se caractérisent par une sialilation incomplète
mais toutes les structures oligosaccharidiques de la FSH recombinante
se retrouvent dans le pool de structures de la FSH urinaire.
En pratique, les études cliniques effectuées avec la FSH
recombinante, la LH recombinante ou l'hCG recombinante concluent à
une remarquable efficacité de ces hormones recombinantes. Par exemple,
il a été montré que le taux de réussite de
la stimulation ovarienne en termes de grossesse après fécondation
in vitro (IVF) ou injection intra-cytoplasmique de spermatozoïde
(ICSI) était semblable en utilisant la FSH recombinante ou les
HMG [2]. Une autre étude comparant l'efficacité de la LH
recombinante et celle de l'hCG urinaire sur la maturation folliculaire
finale (après désensibilisation avec un agoniste de la GnRH
et stimulation ovarienne par la FSH recombinante) conclut que la LH recombinante
a une efficacité comparable à l'hCG urinaire pour induire
la maturation folliculaire finale et la lutéinisation précoce
après fécondation in vitro et transfert de l'embryon
[3]. Un autre essai clinique a comparé l'hCG recombinante et l'hCG
urinaire pour induire la maturation folliculaire et la lutéinisation
(après stimulation folliculaire initiale avec la FSH recombinante)
chez les femmes bénéficiant de la technologie de reproduction
médicalement assistée. Cette étude a montré
que l'hCG recombinante est aussi efficace et mieux tolérée
que l'hCG urinaire [4]. Finalement, ces différentes études
cliniques confirment que ces hormones recombinantes sont de véritables
analogues biologiquement actifs et peuvent être considérées
comme une première génération d'analogues des gonadotrophines.
Vers une nouvelle génération d'analogues
de gonadotrophines
De nouvelles données scientifiques ont dû être obtenues
avant d'imaginer et de construire de nouveaux analogues des gonadotrophines.
Ces données ont porté sur la structure tertiaire et quaternaire
des gonadotrophines et sur les relations entre ces structures et leur
activité sur les récepteurs.
Les études de structure ont été réalisées
par cristallographie et c'est en 1994 qu'a été publiée
la structure d'une première gonadotrophine, l'hCG. Il s'avère
que l'hCG fait partie de la superfamille des facteurs de croissance à
nud de cystine. Surtout, il a été montré que,
de façon surprenante, les sous-unités alpha et beta, bien
que n'ayant aucune similitude dans leurs séquences en acides aminés,
ont des structures tridimensionnelles remarquablement proches (figure
2). Enfin, il apparaît que l'hétérodimère
serait stabilisé par une « ceinture » formée par
l'extrémité carboxyl-terminale de la sous-unité beta
qui vient entourer la sous-unité alpha. Des données récentes
publiées par le groupe de James Dias montrent que les structures
de la FSH présentent des caractéristiques assez semblables.
Pour étudier les relations structure-activité, il a été
employé des approches par cartographie épitopique à
l'aide d'anticorps, par clivage enzymatique ou chimique ou par mutagenèse
dirigée. Grâce à ces approches, il a été
montré que l'extrémité carboxyl-terminale de l'hCGbeta
(CTP) est responsable de la longue demi-vie de l'hCG dans la circulation.
Puisque l'un des problèmes rencontrés en clinique avec la
FSH est sa courte demi-vie qui impose des injections multiples, il a été
réalisé par recombinaison génétique une fusion
du CTP de l'hCGbeta à la sous-unité FSHbeta afin d'obtenir
un agoniste de la FSH avec une demi-vie plus longue dans la circulation
et une bioactivité
in vivo supérieure (figure
3a). A l'inverse, une FSH à demi-vie courte peut être
avantageuse dans certaines situations cliniques à haut risque d'hyperstimulation
ovarienne. Ceci a été réalisé en éliminant
un ou plusieurs groupes sucrés fixés sur les résidus
asparagines des chaînes alpha ou beta, ce qui a conduit à
des analogues de la FSH éliminés plus rapidement de la circulation
et avec une activité in vivo plus faible.
Les études structurales et les données obtenues par mutagenèse
dirigée ont également permis de construire des analogues
où les problèmes liés à l'assemblage et à
la dissociation des sous-unités alpha et beta sont surmontés.
Ainsi, il a été construit des analogues de l'hCG «
simple chaîne » par fusion de l'extrémité carboxyl-terminale
de l'hCGbeta avec l'extrémité amino-terminale de l'hCGalpha
(figure 3b). Cette orientation
était basée sur les données montrant que les extrémités
C-terminale de l'hCGbeta et N-terminale de l'hCGalpha contiennent des
sites déterminants pour la liaison avec le récepteur. De
plus, l'extrémité CTP de l'hCGbeta sert de « maillon
» (linker) entre les deux chaînes [5]. De façon
également surprenante, il a été montré que
l'analogue ainsi produit en cellules CHO ou en cellules d'insectes avait
une activité biologique in vitro et in vivo comparable
à celle de l'hCG native. Sur ce modèle, des analogues «
simple chaîne » de la LH et de la FSH (figure
3c) ont été construits en utilisant toujours le CTP
comme « maillon », et il a également été
montré que ces analogues étaient biologiquement actifs.
Une autre approche a été utilisée pour lier les chaînes
alpha et beta : en introduisant des résidus cystéines dans
ces chaînes, il a été réalisé des ponts
disulfures et il s'avère que les mutants de l'hCG, de la FSH et
de la LH ainsi construits se lient à leur récepteur, sont
biologiquement actifs et sont plus thermostables que les hormones natives.
En fait, ces modèles « simple chaîne » ont été
de puissants outils pour mieux comprendre les relations structure-activité
des gonadotrophines. Ils ont montré que les résidus de la
sous-unité alpha importants pour l'assemblage des sous-unités
n'ont pas une forte influence sur la bioactivité puisqu'ils peuvent
être remplacés dans les analogues « simple chaîne
» sans affecter l'activité biologique de ces analogues. En
fait, une association étroite entre les domaines d'interaction
alpha et beta n'est pas nécessaire pour l'activité biologique
des dimères. Ces données impliquent que, si les interactions
quaternaires sont essentielles pour le trafic intracellulaire des hétérodimères
(assemblage, apprêtage des oligosaccharides spécifiques de
chaque hormone et secrétion), elles ne le sont pas pour la reconnaissance
du récepteur et pour l'activation des signaux. Le fait que les
hétérodimères alpha-beta avec différentes
conformations (native, « simple chaîne », addition de
ponts disulfures...) se lient et activent le récepteur suggèrent
que les récepteurs des gonadotrophines reconnaissent différentes
formes de ligands. Une telle permissivité pour des variations structurales
des dimères alpha-beta pourrait être due au domaine extracellulaire
des récepteurs pour ces hormones, qui est particulièrement
large.
Cette permissivité a des implications importantes
dans la définition d'analogues de gonadotrophines utilisables en
clinique puisque des contraintes structurales modérées facilitent
la construction d'agonistes ou d'antagonistes avec une taille et une complexité
réduites. Ainsi, il a été construit une « mini
»- hCG. De tels « mini »-analogues pourraient être
utiles en clinique, en association avec d'autres formes de gonadotrophines
ou pour éviter la voie parentérale.
A l'inverse des « mini »-analogues, il a été
construit des « maxi »-analogues, en l'occurrence des chimères
« triple domaines » sur les bases rationnelles suivantes : (i)
il existe une permissivité dans la structure quaternaire des dimères
alpha-beta sans modification importante de l'activité biologique
(voir paragraphes précédents) ; et (ii) les sites
de contact de la sous-unité alpha avec les différentes sous-unités
beta différent en fonction de la sous-unité beta, rendant
possible l'interaction d'une sous-unité a avec deux sous-unités
beta. Une chimère «triple domaines» a alors été
construite avec l'orientation FSHbeta-CTP-CGbeta-alpha (figure
3d). Produite dans des cellules CHO, il s'avère que cette chimère
« triple domaines » se lie avec une forte affinité à
la fois au récepteur FSH et au récepteur CG/LH. Surtout,
il apparaît que les activités biologiques de ces structures
trimériques peuvent être influencées par les arrangements
des sous-unités beta. Ceci pourrait avoir des implications cliniques.
En effet, ces observations suggèrent une méthode pour modifier
les rapports entre l'activité FSH sur LH d'une même molécule,
conduisant à la définition d'analogues des gonadotrophines
avec une activité biologique double et modulable. De tels analogues
pourraient être utilisés pour un traitement « sur mesure
» des infertilités où la demi-vie et l'activité
de la FSH et de la LH seraient adaptées à la patiente.
CONCLUSION Alors
que des esprits étroits tentent parfois d'opposer recherche cognitive
et recherche appliquée, l'histoire des analogues des gonadotrophines
constitue un exemple remarquable où des données cognitives
issues de la recherche fondamentale alliées aux progrès des
technologies conduisent à des applications cliniques. Sur le plan
fondamental, une des données majeures a été la mise
en évidence d'une permissivité des récepteurs aux gonadotrophines
pour des variations structurales de ces hormones dimériques. Une
telle permissivité a conduit à la construction d'analogues
variés des gonadotrophines avec des activités biologiques
modulables. Ces analogues de deuxième génération pourraient
être utilisés en clinique pour un traitement des infertilités
mieux adapté à chaque patiente. Finalement, l'histoire des
analogues des gonadotrophines confirme l'opinion de Louis Pasteur qui pensait
qu'il y a « la science et les applications de la science, comme il
y a l'arbre et le fruit ». REFERENCES
1. Dreano M., Ythier. A. 1997. Production et purification des
gonatropines naturelles et recombinantes pour la clinique humaine. In
: Les gonadotropines. Y. Combarnous & P. Volland-Nail, Eds.
INRA Paris, pp. 305-317.
2. Strehler E., Abt M., El-Danasouri I., De Santo M., Sterzik.
K. 2001. Impact of recombinant follicle-stimulating hormone and human
menopausal gonadotropins on in vitro fertilization outcome.
Fertil Steril 75 : 332-336.
3. The European recombinant LH study group. 2001. Human recombinant
luteinizing hormone is as effective as, but safer than, urinary human
chorionic gonadotropin in inducing final follicular maturation and ovulation
in in vitro fertilization procedures : results of a multicenter
double-blind study. J Clin Endocrinol Metab 86 : 2607-2618.
4. International recombinant human chorionic gonadotropin study
group. 2001. Induction of ovulation in world health organization group
II anovulatory women undergoing follicular stimulation with recombinant
human follicle-stimulating hormone: a comparison of recombinant human
chorionic gonadotropin (rhCG) and urinary hCG. Fertil Steril 75
: 1111-1118.
5. Garcia-Campayo V., Boime I. 2001. Novel recombinant gonadotropins.
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