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Les gènes des NEM2 (RET) et de la maladie de VHL (VHL)
sont d'analyse plus facile, et certaines de leurs mutations sont fréquemment
associées à un phéochromocytome: pour RET,
les mutations des exons 10 et surtout 11 au codon 634, et pour VHL
plusieurs mutations faux-sens, disséminées sur ses 3 exons.
Cependant, dans les NEM2, les patients qui présentent un phéochromocytome
associé à une mutation des exons 10 et 11 de RET
ont également une pathologie des cellules C de la thyroïde,
détectable par mesure de la calcitonine à l'état
basal ou après stimulation par la pentagastrine. Chez un patient
porteur de phéochromocytome isolé la mesure de la calcitonine
offre donc une alternative valable à la recherche de mutations
germinales de RET, au moins pour les exons 10 et 11. En revanche
chez certains patients atteints de maladie de VHL le phéochromocytome
est réellement la seule lésion détectable. Si ces
patients n'ont pas d'antécédents familiaux la recherche
de mutations germinales de VHL devient indispensable au diagnostic
En conclusion chez un patient porteur d'un phéochromocytome apparemment
isolé la recherche d'une forme génétique passe d'abord
par la reconstitution des antécédents familiaux, la recherche
systématique de lésions cliniques et radiologiques associées,
et le dosage de la calcitonine. Si ces explorations sont négatives
un diagnostic génétique est justifié lorsque le patient
est jeune ou le phéochromocytome bilatéral. Il faut alors
analyser en priorité le gène VHL. L'analyse de RET
ne serait faite que dans un deuxième temps, et elle ne devra pas
se limiter aux exons 10 et 11. L'analyse de NF1 ne semble pas justifiée
dans l'état actuel des techniques.
Par ailleurs, un diagnostic génétique est indispensable
chez tout patient porteur d'une NEM2 ou d'une maladie de VHL avérée,
qu'il présente un phéochromocytome ou non. En effet, ce
diagnostic permet de préciser chez le patient le risque de développer
un phéochromocytome. Dans la famille du patient, il permet également
le dépistage des sujets prédisposés génétiquement
à différentes néoplasies, dont le phéochromocytome.
Phéochromocytomes familiaux
ou génétiques
3 maladies ou plus
Il existe au moins trois maladies génétiques qui prédisposent
au phéochromocytome : les néoplasies endocriniennes multiples
de type 2 (NEM2A et NEM2B), la maladie de Von Hippel-Lindau (VHL), et
la neurofibromatose de type 1 (NF1), appelée aussi maladie de Von
Recklinghausen (figure 1).
Pour chacune les gènes ont été identifiés
: il s'agit respectivement de RET, VHL, et NF1. Ces
maladies génétiques ont toutes une transmission autosomique
dominante : les patients sont porteurs d'une mutation germinale sur un
seul allèle du gène morbide, et ils ont un risque de 50
% de transmettre à chacun de leurs enfants leur mutation et le
phénotype correspondant. Ainsi les phéochromocytomes associés
à ces pathologies sont généralement appelés
« familiaux ». Cependant les antécédents familiaux
peuvent être impossibles à reconstituer, ou être réellement
absents : soit par pénétrance clinique incomplète
de la maladie, soit parce que le patient porte une néomutation.
On pourrait donc aussi employer le terme de phéochromocytomes «
d'origine génétique ».
Il existe par ailleurs des familles porteuses de phéochromocytome,
chez lesquelles aucun individu n'a révélé d'autres
lésions de NEM2, VHL ou NF1. Il est probable qu'il existe d'autres
gènes de prédisposition au phéochromocytome, et une
étude internationale actuellement en cours vise à les identifier.
Il faut cependant souligner que certaines mutations du gène VHL
ne s'expriment que par un phéochromocytome : une partie au moins
de ces familles n'expriment qu'une forme particulière de la maladie
de VHL (type 2A) [1-3].
Fréquence relative des formes familiales:
10 % ou >20 % ?
Le chiffre de 10 % est souvent admis, mais plusieurs arguments suggèrent
qu'il est sous-estimé. Dans une série de 82 patients se
présentant pour phéochromocytome Neumann retrouvait 23 %
de formes familiales (19 % de maladie de VHL, 4 % de NEM2) [4], et ce
chiffre ne prenait pas en compte les patients pour lesquels le diagnostic
de NEM2 ou VHL était déjà établi avant le
diagnostic de phéochromocytome. Si l'on rajoute ces derniers, la
fréquence des formes familiales de phéochromocytomes atteignait
51 % dans ce centre allemand de référence, chiffre élevé
qui peut, bien sûr, souffrir d'un biais de recrutement. Si l'on
calcule de façon un peu théorique la prévalence des
phéochromocytomes familiaux à partir de la prévalence
admise des NEM2, VHL et NF1, et de la fréquence du phéochromocytome
dans chacune de ces pathologies, on arrive à une fourchette de
0,2 à 0,35 pour 10 000, soit 20 à 35 % de la prévalence
de 1/10 000 admise pour le phéochromocytome dans la population
générale [5] (tableau
1). Enfin 3 à 9 % des patients présentant des phéochromocytomes
apparemment sporadiques sont porteurs de mutations germinales de VHL,
témoignant d'une maladie de VHL [6-8] (cf. plus loin). En
conclusion, la fréquence réelle des formes familiales ou
génétiques de phéochromocytome avoisine probablement
20 % du total des phéochromocytomes, voire plus .
Présentation
Les phéochromocytomes familiaux se distinguent généralement
des phéochromocytomes sporadiques par trois caractères :
leur bilatéralité (ou multifocalité), leur survenue
précoce, et la présence de lésions associées
caractéristiques de NEM2,VHL ou NF1. Cependant, au diagnostic initial
la bilatéralité n'est présente que dans environ 50
% des cas (NEM2 et VHL), et elle est rare dans la NF1 (tableau
2). Par ailleurs, à l'échelon individuel, l'âge
de survenue n'est pas très discriminant car il existe de grands
recoupements avec l'âge de survenue des phéochromocytomes
sporadiques. Un âge de survenue précoce, avant 12 ans reste
très suspect de maladie de VHL (exceptionnellement NF1) (tableau
2). Enfin au moment de l'apparition du phéochromocytome
les lésions associées ne sont pas toujours présentes,
au moins cliniquement. Ainsi on doit considérer a priori
que tout patient porteur d'un phéochromocytome, même unilatéral,
présente un certain risque d'être porteur d'une mutation
germinale de RET, VHL, ou NF1. Pour le patient ceci
implique le risque de développer un phéochromocytome controlatéral,
et les autres lésions associées à une NEM2, maladie
de VHL ou NF1. Pour la famille du patient les implications sont également
considérables. Il est donc nécessaire de savoir quand et
comment faire le diagnostic de phéochromocytome familial.
Diagnostic phénotypique ou génétique
?
Avant l'ère de la génétique moléculaire
les diagnostics de NEM2, VHL ou NF1 reposaient sur deux éléments
: les antécédents familiaux, et la présence de lésions
associées, qui permettent un diagnostic phénotypique. Cependant
les antécédents sont parfois difficiles à reconstituer,
et la recherche exhaustive des lésions associées impose
de nombreux examens complémentaires (tableau
4). L'identification des gènes RET, VHL,
ou NF1 a ouvert la voie au diagnostic génétique :
celui-ci a d'abord été indirect par analyse de liaison,
puis direct par recherche de mutation germinale. Le diagnostic génétique
direct ne nécessite qu'un prélèvement de sang total
chez le patient (le résultat doit cependant être confirmé
sur un deuxième prélèvement indépendant).
Cet outil diagnostique semble donc extrêmement attractif pour le
clinicien : si une mutation est retrouvée, il peut effectuer chez
le patient une recherche des lésions associées qui sera
ciblée et efficace. Il pourra également rechercher parmi
les membres de la famille ceux qui sont porteurs du gène morbide.
Si aucune mutation n'est retrouvée, on imagine que le diagnostic
de phéochromocytome familial sera exclu, ce qui dispensera le patient
et sa famille d'examens complémentaires.
Cependant il est nécessaire de connaître les performances
de ce diagnostic génétique en terme de sensibilité
et spécificité, et il faut également évaluer
sa faisabilité, son coût, et sa disponibilité. Cette
revue a pour objectif principal de préciser les apports du diagnostic
génétique chez les patients porteurs d'un phéochromocytome,
en particulier lorsque celui-ci semble apparemment sporadique.
Gène RET et néoplasies endocriniennes
multiples de type 2 (NEM2A et 2B)
Mutations germinales de RET prédisposant
au phéochromocytome
Les NEM2 font partie des formes familiales de cancer médullaire
de la thyroïde (CMT), qui regroupent 3 entités cliniques :
NEM2A, NEM2B, et CMT Familial isolé. Dans la NEM2A le CMT est associé
à un phéochromocytome, plus rarement une hyperparathyroïdie,
exceptionnellement un syndrome de Hirschsprung ou un lichen cutané
scapulaire (appelée aussi notalgie paresthésique [9]). Dans
la NEM2B, le CMT peut aussi être associé à un phéochromocytome,
et il existe un syndrome marfanoïde, et une neuromatose cutanéo-muqueuse
(tableau 1). On sait maintenant
que ces trois entités cliniques correspondent à différentes
mutations germinales du proto-oncogène RET, qui code pour
un récepteur de facteur de croissance à activité
tyrosine kinase (figure 1A).
Des mutations germinales de RET sont retrouvées dans 99
% des NEM2B, 97 % des NEM2A et 95 % des CMT familiaux isolés [10-17].
Certaines équipes avancent même le chiffre de 100 % pour
l'ensemble des 3 formes [18]. L'essentiel des mutations sont représentées
dans la figure 1A. Il
s'agit pour la quasi-totalité de mutations faux-sens, qui touchent
deux domaines fonctionnels de la protéine RET. Le premier est la
région riche en cystéines de la portion extra-cellulaire,
codées par les exons 10 et 11: les mutations de ces cystéines
permettent d'activer le récepteur en entraînant sa dimérisation
indépendamment de la présence de son ligand (glial derived
neurotrophic factor GDNF). Ces mutations de cystéine sont responsables
de 98 % des NEM2A. Le deuxième domaine porte l'activité
tyrosine kinase intra-cellulaire. Dans ce domaine une mutation du codon
918, qui modifie la spécificité du substrat de l'activité
tyrosine kinase, est à elle seule responsable de 98 % des NEM2B.
Il existe donc une assez bonne corrélation entre la présence
d'une mutation particulière de RET et le développement
des lésions associées au CMT, en particulier le phéochromocytome
(corrélation génotype/phénotype). En particulier
les mutations du seul codon 634 (exon 11) représentent la grande
majorité des cas de NEM2A (84 % des familles françaises
[19]). Cependant pour être absolument exhaustive la recherche de
mutations de RET responsables de phéochromocytome doit se
faire sur les exons 10,11,13,14,15,16 . On peut calculer que si le risque
de développer un phéochromocytome atteint 58 % pour les
mutations du codon 634, il tombe à 8 % pour les mutations de l'exon
10 [11] et devient très faible pour les mutations des codons 768
ou 844 [12].
Diagnostic de NEM2A ou NEM2B chez un patient
porteur d'un phéochromocytome
Diagnostic phénotypique : recherche
du CMT par dosage de la calcitonine à l'état basal et sous
stimulation par la pentagastrine
L'atteinte des cellules C de la thyroïde est incontestablement
la lésion la plus précocement détectable dans les
NEM2. En effet la mesure de la calcitonine (CT) permet de diagnostiquer
la lésion des cellules C dès le stade d'hyperplasie (HCC),
qui précède le CMT. La mesure de la CT à l'état
basal est jugée pathologique au-dessus de 10 pg/ml et cette mesure
peut être sensibilisée par un test de stimulation par la
pentagastrine (Pg). Celui-ci pose cependant des problèmes de spécificité
lorsque la calcitonine n'atteint pas 100 pg/ml après stimulation.
En effet, 4 % des témoins normaux (surtout hommes) atteignent 30
à 50 pg/ml et plusieurs circonstances physiopathologiques non liées
au CMT peuvent expliquer des concentrations plus élevées,
mais qui ne dépassent en général pas 100 pg/ml [20].
Il est important de noter que toutes ces valeurs sont établies
pour le seul dosage immunoradiométrique CIS-BIO et ne sont pas
transposables à d'autres kits de dosage. Pour ce qui nous importe,
la question est de savoir si la sensibilité du test est suffisante
: chez un patient porteur d'un phéochromocytome peut-on éliminer
le diagnostic de NEM2 si la calcitonine est normale à l'état
basal et ne s'élève pas sous pentagastrine ? En d'autres
termes est-il possible qu'un patient porteur d'une mutation de RET
révèle un phéochromocytome avant de présenter
un test à la pentagastrine anormal ?
Diagnostic génétique : est-il justifié chez
un patient porteur d'un phéochromocytome
avec calcitonine normale ?
L'analyse de la littérature montre qu'il est incontestable qu'un
phéochromocytome puisse être la première lésion
révélée chez un individu porteur d'une mutation germinale
de RET. Ainsi dans une étude européenne rétrospective
portant sur 300 patients porteurs de NEM2, le diagnostic de phéochromocytome
avait précédé celui de CMT dans 25 % des cas [21].
Cependant dans ce travail le CMT n'avait pas été recherché
systématiquement par mesure de la calcitonine au moment du diagnostic
de phéochromocytome chez tous les patients. Il est en fait très
probable que la plupart de ces patients étaient déjà
porteurs d'un CMT cliniquement silencieux, mais accessible à un
diagnostic biologique par mesure de la calcitonine. A l'appui de cette
hypothèse il existe plusieurs arguments :
dans les familles françaises soumises à un dépistage
régulier prospectif, un travail récent du Groupe d'Etudes
des Tumeurs à Calcitonine (GETC) a montré que, chez des
sujets porteurs d'une mutation de RET prédisposant au phéochromocytome,
le CMT était toujours présent lors du diagnostic de phéochromocytome
[22]. Ce travail portait sur 87 patients âgés de 1 à
29 ans dont 14 ont révélé un phéochromocytome
(le plus jeune à 12 ans) : 12 étaient porteurs d'une mutation
de RET au codon 634 (exon 11) et 2 au codon 918 (exon 16).
plusieurs études ont recherché la présence
des mutations germinales (ADN leucocytaire) de RET chez des patients
porteurs de phéochromocytome apparemment sporadique, non associé
à un CMT. Dans trois études, totalisant 67 patients, aucune
mutation germinale des exons 10 et 11 de RET n'a été
retrouvée dans l'ADN leucocytaire [23-25]. Il faut noter que chez
certains de ces patients des mutations de RET ont été retrouvées,
mais uniquement dans les cellules tumorales. La signification de ces mutations
est très différente : il s'agit de mutations somatiques,
acquises par une cellule médullo-surrénalienne au début,
ou au cours, du développement tumoral, et qui ne prédisposent
bien sûr pas à une NEM2. Une quatrième étude
portant sur 120 cas de phéochromocytome sporadique retrouve un
seul cas de mutation germinale du gène RET, au codon 790
(exon 13). Ce patient avait eu un dosage de calcitonine retrouvé
normal à l'état basal, mais il n'avait pas été
possible de pratiquer de test à la pentagastrine. Ainsi, seule
cette exception montre qu'il est possible que certaines mutations rares
de RET soient associées à l'apparition d'un phéochromocytome
sans pathologie des cellules C détectable, ou du moins sans élévation
de la concentration basale de la calcitonine [26].
Conclusion : RET ou calcitonine?
En conclusion chez un sujet porteur de phéochromocytome, le test
à la pentagastrine a une sensibilité pour le diagnostic
de NEM2 qui approche 100 %. Ce test a ainsi une très grande valeur
prédictive négative : s'il est normal, le risque d'être
porteur d'une NEM2 est quasiment nul. La spécificité (évaluée
à 80 %) et la valeur prédictive positive sont un peu moins
bonnes, puisque il a été décrit des hyperplasies
des cellules C non prénéoplasiques, chez des sujets qui
ne portent pas de mutation du gène RET : on ne pourra donc
pas affirmer avec certitude une NEM2 chez un patient porteur d'un phéochromocytome
sur la seule base d'un test à la pentagastrine faiblement positif
(< 100 pg/ml en dosage CIS-BIO). Il semble exceptionnel que des patients
porteurs d'une NEM2 puisse révéler un phéochromocytome
avant de positiver leur test à la pentagastrine, et ceci n'a pas
été décrit chez les patients porteurs d'une mutation
de RET au codon 634, cause la plus fréquente des phéochromocytome
NEM2A. Il ne semble donc pas justifié de chercher cette mutation
de RET chez des patients qui ont un phéochromocytome avec
test à la pentagastrine normal
En pratique devant un patient porteur d'un phéochromocytome nous
proposons que la recherche systématique d'une NEM2A se fasse sur
les éléments suivants : recherche soigneuse d'antécédents
familiaux, dosage de la calcitonine à l'état basal et si
possible après stimulation par la pentagastrine, calcémie.
Il est utile de connaître certaines manifestations cliniques rares,
mais d'expression très précoce dans certaines familles:
Hirschsprung, prurit scapulaire. Il est peut-être préférable
de faire le test à la pentagastrine après l'exérèse
du phéochromocytome, pour deux raisons : tout d'abord même
si ce test est très sûr, il a été exceptionnellement
rendu responsable de troubles du rythme cardiaque. Par ailleurs, les phéochromocytomes
peuvent, très rarement, secréter eux-mêmes de la calcitonine,
ce qui peut brouiller l'interprétation des explorations pré-opératoires.
Lorsque toutes ces explorations phénotypiques sont négatives,
il n'est probablement pas justifié de rechercher une mutation germinale
de RET en première intention. Cette recherche ne devrait
être entreprise qu'après avoir recherché une mutation
du gène VHL (cf. plus loin). En cas de négativité
de cette dernière il faudra alors rechercher toutes les mutations
rares de RET et non pas se limiter à la recherche d'une
mutation du codon 634.
Gène VHL et maladie
de Von-Hippel Lindau (VHL)
Diversité des lésions de la
maladie de Von-Hippel Lindau
La maladie de VHL est caractérisée par des lésions
tumorales affectant le système nerveux central et la rétine:
hémangioblastome, qui représente la lésion la plus
fréquente. Les autres lésions affectent les reins (kystes
et cancers) le pancréas (kystes et tumeurs) la médullo-surrénale
(phéochromocytome : 11-19 %), et le rocher (tumeurs du sac endolymphatique,
environ 20 %) (tableau 1).
Les cystadénomes de l'épididyme ne sont généralement
plus considérés comme spécifiques de la maladie [27].
On distingue plusieurs sous-types de maladie de VHL suivant que le phéochromocytome
est absent (type 1) ou présent (type 2A : phéochromocytome,
mais sans lésions rénales ni pancréatiques, type
2B : phéochromocytome avec lésions rénales et pancréatiques)
[28]. Toutes formes comprises, la maladie de VHL a une incidence de 1/36000.
Les manifestations cliniques apparaissent généralement entre
18 et 30 ans, l'âge moyen de décès est actuellement
de 49 ans.
Le phéochromocytome peut s'observer avec une fréquence
particulièrement élevée dans certaines familles,
où il touche jusqu'à 90 % des malades. Lorsque le phéochromocytome
est présent, il est souvent la première manifestation de
la maladie, qu'il révèle une fois sur deux [4, 29]. Il a
été décrit des phéochromocytomes liés
à la maladie de VHL dès l'âge de 5 ans (âges
extrêmes : 5-62 ans), donc bien avant les plus précoces des
phéochromocytome liés aux NEM2 (13 ans), et avant la plupart
des phéochromocytomes sporadiques : jusqu'à preuve du contraire,
la survenue d'un phéochromocytome chez un jeune enfant doit être
considéré comme liée à une maladie de VHL
(il peut exceptionnellement s'agir d'une NF1 [30]).
Mutations germinales du gène VHL prédisposant
au phéochromocytome
Le gène VHL, situé sur le bras court du chromosome
3 (3p25-26), est composé de seulement trois exons totalisant 284
codons [31]. Il code pour une protéine (pVHL) de 213 acides aminés,
exprimée dans tous les tissus, et dont la localisation est essentiellement
cytoplasmique. La protéine pVHL forme un complexe tétramérique
avec les élongines B et C [32] et la culline CUL2, et ce complexe
est impliqué dans la dégradation de différente protéines
intracellulaires [33]. pVHL semble avoir plusieurs fonctions, dont la
régulation de l'expression des gènes induite par l'hypoxie,
notamment VEGF (vascular endothelial growth). pVHL régule
négativement la production de VEGF [34].
Les mutations de VHL sont soit des mutations ponctuelles, réparties
dans les trois exons du gène VHL, soit des délétions
partielles ou totales. Les tumeurs des patients atteints de maladie de
VHL, en particulier les phéochromocytomes, présentent des
délétions acquises sur le bras court du chromosome 3 [35].
Ces pertes d'hétérozygotie font disparaître l'allèle
non muté de VHL, ce qui est en faveur d'un rôle suppresseur
de tumeur du gène VHL. Grâce à la combinaison des
techniques de séquençage, de FISH et de Southern blot
semi-quantitatif, le taux de détection des mutations de VHL
est voisin de 100 % [36].
De solides corrélations génotype-phénotype ont
été établies pour le phéochromocytome : en
effet, plus de 90 % des mutations identifiées dans la maladie de
VHL de type 2 (avec phéochromocytome) sont des mutations de type
faux-sens (qui aboutissent au remplacement d'un acide aminé par
un autre). Par contre, les mutations identifiées chez des patients
porteurs de VHL de type 1 (sans phéochromocytome) sont des mutations
avec décalage du cadre de lecture, des mutations non-sens aboutissant
à une protéine tronquée, ou des délétions.
Dans le type 2, il existe un hot spot au niveau du codon 167 (région
codant pour le domaine de fixation à l'élongine C), très
spécifique du type 2B. Plusieurs mutations sont responsables du
phénotype 2A, un effet fondateur a notamment été
décrit pour une mutation touchant le codon 98, qui affecte de nombreux
patients de la Forêt Noire en Allemagne, et quelques familles américaines
[37, 38]. Certaines mutations sont associées à l'expression
quasi-exclusive d'un phéochromocytome, conduisant à des
familles porteuses de phéochromocytome familial isolé [1-3].
L'étude du gène VHL est ainsi devenue un réel
moyen de diagnostic de la maladie de VHL, en particulier chez les patients
présentant une seule atteinte évocatrice de cette pathologie.
Lorsqu'une mutation est identifiée chez un patient, l'analyse génétique
des apparentés permet de proposer aux seuls sujets à risque,
porteurs de cette mutation, un bilan de surveillance pour dépister
de nouvelles atteintes et les traiter précocement.
Diagnostic de maladie de VHL (type 2A et 2B)
chez un patient porteur d'un phéochromocytome
Diagnostic phénotypique : bilan exhaustif
d'une maladie de VHL
En dehors du phéochromocytome, les autres lésions de la
maladie de VHL ont des âges moyens de diagnostic qui varient entre
27 ans (hémangioblastome rétinien) et 39 ans (cancer rénal).
Cependant, pour toutes les lésions la fourchette est très
large, et chez un patient donné il n'y a pas de chronologie bien
établie d'apparition des différentes lésions. Pour
le diagnostic phénotypique de la maladie de VHL, le clinicien est
donc dans une situation moins favorable que la NEM2 : ici, il n'existe
pas de lésion de valeur diagnostique équivalente à
l'atteinte des cellules C, c'est-à-dire, présente précocement
chez tous les porteurs du gène morbide. Le diagnostic phénotypique
d'une maladie de VHL est donc nécessairement exhaustif.
Quelles lésions doit-on rechercher systématiquement ?
Les hémangioblastomes de la rétine et du SNC sont incontestablement
les lésions les plus fréquentes (60 à 80 % des patients).
Par ailleurs, dans un contexte de phéochromocytome, il est particulièrement
important de savoir si le patient est porteur d'un hémangioblastome
de la fosse postérieure : en effet celui-ci induit un risque d'hémorragie
potentiellement fatale lors de l'intervention chirurgicale sur le phéochromocytome.
Il est donc indispensable de faire au minimum une imagerie par résonance
magnétique de la fosse postérieure (recommandation orale
de P.F. Plouin). Le bilan exhaustif comprend un fond d'oeil, une IRM non
seulement de la fosse postérieure mais de tout l'axe cérébro-spinal,
un scanner abdominal qui devra être centré non seulement
sur les aires surrénales et les sites habituels des phéochromocytomes
ectopiques, mais également sur les reins et le pancréas,
enfin une échographie testiculaire, dont l'intérêt
est contesté par certains.
Diagnostic génétique : la recherche
de mutations germinales de VHL est-elle justifiée chez un
patient porteur d'un phéochromocytome isolé ?
Comme pour les NEM2, il a été rapporté de nombreux
cas de maladie de VHL révélées par un phéochromocytome
[4, 29, 39]. Parmi ces patients, plusieurs présentaient au moment
du diagnostic d'autres lésions, notamment hémangioblastome
rétinien ou cérébral, ou cancer du rein, qui permettaient
de rattacher leur phéochromocytome à une maladie de VHL.
Cependant certains patients n'exprimaient qu'un phéochromocytome,
malgré une recherche soigneuse des autres lésions du VHL.
Avant l'avènement de la génétique moléculaire
le phéochromocytome de ces patients pouvait être rattaché
à une maladie de VHL lorsqu'il était mis en évidence
des antécédents familiaux. Cependant deux situations échappaient
au diagnostic : les familles où l'on retrouve uniquement des phéochromocytomes,
sans aucune autre lésion de maladie de VHL, et les patients porteurs
de néomutations, donc sans antécédents familiaux
de VHL.
L'avènement de la biologie moléculaire a permis de montrer
que dans ces deux situations il pouvait aussi s'agir d'une maladie de
VHL : plusieurs familles atteintes de phéochromocytome bilatéral
isolé sont en fait porteuses de mutations germinales du gène
VHL : il s'agit pour celles-là de formes particulières
de VHL (type 2A) [1-3]. Enfin, il a été mis en évidence
des néomutations germinales du gène VHL qui peuvent
s'exprimer uniquement par un phéochromocytome, chez un patient
sans aucun antécédent familial [69].
Gène NF1 et neurofibromatose
de type 1 (NF1 ou maladie de Von Recklinghausen)
Diversité des lésions de la
NF1
La NF1 est une des maladies génétiques les plus fréquentes
(environ 1/3500 naissances). Son expression est très variable :
dans une même famille, les patients porteurs de la même mutation
peuvent présenter des tableaux cliniques très différents,
allant de formes bénignes, se limitant à la présence
de quelques taches café au lait et de deux neurofibromes, jusqu'à
des formes graves, comportant par exemple un névrome plexiforme,
une scoliose dystrophique ou des tumeurs malignes [40] (tableau
1). Environ 50 % des patients sont porteurs de néomutations
et n'ont donc pas d'antécédents familiaux. Le phéochromocytome
est une lésion assez rare dans la NF1 : il atteint 0,1 à
5,7 % des patients [30]. Cependant la fréquence élevée
de la NF1 fait que l'incidence des phéochromocytomes liés
à la NF1 est comparable à celle des phéochromocytomes
liés aux NEM2 ou à la maladie de VHL (tableau
1).
Mutations germinales du gène NF1
Le gène NF1 localisé sur le chromosome 17 a été
cloné en 1990 [41, 42]. Il s'agit d'un gène de très
grande taille : sa région codante s'étend sur 350kb et il
comprend 60 exons. NF1 est transcrit en plusieurs ARN messagers,
résultant d'épissages alternatifs, et dont la majorité
ont une taille comprise entre 11 et 13 kb [43]. Les mutations de NF1 sont
très nombreuses, réparties sur tout le gène, et le
taux de néomutations est très élevé, de l'ordre
de 50 % [44, 45]. Le gène NF1 code pour une protéine
cytoplasmique de 2818 acides aminés appelée neurofibromine.
La neurofibromine contient un domaine de 360 acides aminés qui
présente une forte homologie avec le domaine catalytique des protéines
GAP (GTPase activating protein). Ce domaine permet aux protéines
GAP de désactiver les protéines de la famille des petites
protéines G monomériques, comme le proto-oncogène
p21ras. La plupart des mutations du gène NF1
entraînent la synthèse d'une protéine anormale qui
a perdu son activité GTPase [46], ce qui a pour effet d'augmenter
le taux de p21ras activé et donc de stimuler la prolifération
cellulaire. Cet effet sera plus prononcé si la cellule a aussi
perdu l'allèle normal de NF1. Ainsi l'effet des mutations
inactivatrices de NF1 est similaire à celui des mutations
activatrices de p21ras. Mais à la différence
de p21ras qui est un oncogène, NF1 est un gène
suppresseur de tumeur comme VHL. Son effet oncogénique nécessite
l'inactivation des deux allèles : un par mutation germinale, l'autre
par délétion somatique, selon la théorie du double
hit de Knudson, initialement formulée pour le rétinoblastome.
Le rôle de NF1 comme gène suppresseur de tumeur a
été confirmé par l'étude des tumeurs retrouvées
chez les patients porteur de NF1. Ces tumeurs, en particulier certains
phéochromocytomes, montrent en effet des pertes d'hétérozygotie
dans la région du gène NF1, qui sont liées
à la perte de l'allèle normal dans la tumeur [47] et associées
à une perte d'expression de la neurofibromine [48].
Diagnostic de NF1 chez un patient porteur
d'un phéochromocytome
Diagnostic phénotypique : recherche
des critères cardinaux cliniques et radiologiques
En 1998, la conférence de consensus du National Institute
of Health (NIH) à Bethesda a défini sept critères
cardinaux pour le diagnostic de NF1 (tableau
3). Pour poser le diagnostic chez un sujet, il faut qu'il réunisse
au moins deux signes. Parmi ces signes les taches café au lait
représentent un marqueur très sensible : elles apparaissent
en général avant l'âge d'un an et seraient présentes
chez plus de 99 % des patients [40]. Les nodules de Lisch (hamartomes
pigmentés de l'iris, recherchés à la lampe à
fente) sont également retrouvés chez 94 % des patients de
plus de 6 ans, et ils seraient relativement spécifiques de cette
affection. Par contre le phéochromocytome apparaît relativement
tardivement, il serait exceptionnel chez les jeunes enfants. Il a cependant
été rapporté un cas survenu à l'âge
d'un an et demi [30].
En pratique, chez un adulte porteur de phéochromocytome la recherche
des critères diagnostiques de la NF1 au cours de l'examen clinique
permet de savoir si le phéochromocytome peut être rattaché
à une NF1. Chez un enfant les critères diagnostiques de
NF1 sont plus difficiles à affirmer, mais la présence isolée
d'un phéochromocytome est peu probable. En cas de doute diagnostique
avec la présence d'un seul critère, la recherche d'un second
critère doit être entreprise, et en particulier la recherche
d'un antécédent familial : elle passe par un interrogatoire
rigoureux mais également par l'examen clinique (examen dermatologique
et ophtalmologique en particulier) des parents et/ou de la fratrie. Théoriquement,
cette stratégie diagnostique ne peut laisser échapper que
les patients qui auraient une expression de la maladie limitée
à un phéochromocytome isolé, et seraient de plus
porteurs d'une néomutation de NF1. Dans la NF1, l'existence
de tels patients ne semble pas avoir été décrite.
Reste-t-il une place pour le diagnostic génétique ?
Diagnostic génétique de la NF1
: un gène de grande taille, d'étude difficile, pas de corrélations
génotype/phénotype.
Le diagnostic génétique direct de NF1 se heurte
à plusieurs difficultés : la grande taille du gène,
l'absence de hot spot [44], des mutations le plus souvent individuelles
et réparties sur l'ensemble du gène. Actuellement des mutations
sont détectées chez seulement 20 à 70 % des patients
en fonction des techniques utilisées, et aucune technique ne permet
à elle seule de détecter l'ensemble des mutations [43, 49,
50]. Par ailleurs très peu de relations entre le phénotype
et les mutations du gène NF1 ont été retrouvées
à ce jour : seules les délétions contenant l'ensemble
du gène NF1 et la région du génome environnante
semblent être corrélées avec un tableau clinique particulièrement
sévère : dysmorphie faciale, multiples neurofibromes cutanés
d'apparition précoce et troubles de l'apprentissage, voire retard
mental [51, 52]. A la différence des NEM2 et de la maladie de VHL,
aucune mutation n'a été associée à un risque
plus élevé de phéochromocytome. Ainsi, le diagnostic
génétique de NF1 chez un patient porteur de phéochromocytome
nécessiterait l'étude extensive d'un gène immense,
et avec les techniques actuelles l'absence de mutations retrouvées
n'éliminerait pas le diagnostic.
La recherche de mutations germinales de NF1
est-elle justifiée chez un patient porteur d'un phéochromocytome
et qui ne présente pas de critères cardinaux de NF1 ?
Actuellement pour la NF1, la balance penche nettement pour le diagnostic
phénotypique. En effet on dispose de marqueurs sensibles et précoces,
accessibles à l'examen clinique ou radiologique, alors que le diagnostic
génétique direct se heurte à sa lourdeur et à
son faible taux de détection. Il ne semble donc pas logique de
demander une analyse mutationnelle du gène NF1 chez un sujet
porteur de phéochromocytome, même bilatéral, chez
lequel aucun autre signe clinique de NF1 n'est retrouvé.
Une telle recherche pourrait trouver son indication dans le futur pour
les cas douteux où quelques signes sont présents, sans pour
autant remplir les critères actuellement admis. Cependant, pour
cela, il faudrait auparavant que les techniques de détection de
mutation soient plus accessibles et plus efficaces.
Il faut par contre noter que, lorsqu'une famille a été
identifiée, il est possible de pratiquer un diagnostic génétique
indirect par analyse de liaison, en utilisant des marqueurs polymorphiques
de la région du gène NF1, ou intragénique.
Cette stratégie, qui nécessite de prélever plusieurs
membres de la famille, permet d'identifier avec une grande sensibilité
et spécificité, les sujets porteurs du gène et donc
à risque de développer, entre autres, un phéochromocytome.
Dépistage du phéochromocytome
chez un patient porteur d'une mutation germinale de RET, VHL, voire
NF1
Dans les familles atteintes de NEM2 ou maladie de VHL, le développement
du diagnostic génétique permet de repérer des individus
qui portent des mutations de RET ou VHL prédisposant
au phéochromocytome, mais qui n'ont pas encore exprimé celui-ci.
Chez ces sujets il n'est pas justifié de pratiquer une surrénalectomie
bilatérale préventive, car celle-ci leur imposerait la contrainte
d'une substitution gluco- et minéralocorticoïde et les exposerait
au risque d'insuffisance surrénale aiguë en cas de mauvaise
observance thérapeutique. Ces individus, qui sont le plus souvent
des enfants, posent donc la question du dépistage du phéochromocytome.
Marqueurs du phéochromocytome
Manifestations cliniques
Il faut les rechercher systématiquement : HTA paroxystique, HTA
permanente, sueurs, céphalées, palpitations, accès
de pâleur, notions de malaises, parfois hypotension orthostatique
isolée. Lorsqu'ils sont attribuables à un phéochromocytome,
ces signes traduisent l'existence d'une tumeur secrétante, accessible
au diagnostic hormonologique et morphologique. Cependant les manifestations
cliniques restent des marqueurs peu sensibles, car une proportion importante
des patients porteurs de phéochromocytomes familiaux sont asymptomatiques
: jusqu'à 50 % dans la NEM2 [53], 35 % dans la maladie de VHL [38],
au moins 20 % dans la NF1 [30].
Marqueurs hormonaux
Le diagnostic hormonologique du phéochromocytome de la NEM2 est
identique à celui du phéochromocytome sporadique. A noter
cependant la fréquence de tumeurs avec sécrétion
préférentielle d'adrénaline [54]. La mise en évidence
d'une hypersécrétion de catécholamines repose essentiellement
sur le dosage, dans les urines de 24 heures, de leurs dérivés
méthoxylés appelés aussi métanéphrines
(terme qui regroupe métadrénaline et normétadrénaline).
La mesure des métanéphrines doit être préférée
à celle des catécholamines, qui est moins sensible. En effet
certaines tumeurs peuvent métaboliser elles-mêmes les catécholamines,
ce qui est à l'origine d'une concentration normale de catécholamines,
mais une concentration élevée de métanéphrines
[55]. Le dosage des VMA doit être abandonné en raison de
sa plus faible sensibilité et spécificité. Pour les
dosages urinaires il est important que le recueil porte réellement
sur 24 heures, dans des cantines acides conservées à 4°
C pendant toute la durée du prélèvement. Les interférences
médicamenteuses dépendent de la technique de séparation,
elles sont quasiment absentes avec la technique de chromatographie liquide
à haute pression (HPLC) [56]. Le dosage des métanéphrines
urinaires par HPLC, rapportée à la créatininurie,
a une sensibilité et spécificité de respectivement
à 100 % et 98 % [57]. Les dosages plasmatiques des catécholamines
ne sont pas recommandés, car la variabilité des concentrations
plasmatiques de catécholamines et leur demi-vie très courte
imposent des techniques de prélèvement et de dosage qui
ne sont pas correctement maîtrisées dans tous les laboratoires.
Un autre dosage plasmatique offre par contre des perspectives très
intéressantes: la mesure des métanéphrines plasmatiques
par HPLC. Ce dosage est en train de s'imposer comme un marqueur très
sensible et spécifique, et il a été validé
dans les formes familiales de phéochromocytome [58-61]. Il a le
très grand avantage pratique de dispenser d'un recueil urinaire,
fastidieux pour les patients qui doivent être soumis à un
dépistage régulier.
Un problème particulier est celui des phéochromocytomes
à sécrétion intermittente. La plupart de ces lésions
ont en fait également une sécrétion permanente qui
permet leur diagnostic par la stratégie précédente.
Il existe cependant de très rares phéochromocytomes dont
la sécrétion ne peut être mise en évidence
que au décours d'une manifestation paroxystique (céphalée,
sueurs, palpitation). Il faut alors remettre au patient une cantine acide
pour lui permettre un recueil des urines des 4 heures suivant la manifestation
paroxystique. Dans ces urines seront dosées les catécholamines,
et non les métanéphrines, qui n'auraient pas le temps d'être
synthétisées dans ce laps de temps.
Imagerie
Il faut souligner que la fréquence des lésions surrénaliennes
de rencontre (incidentalomes) dans la population générale
fait que la spécificité de l'imagerie par tomodensitométrie
(TDM) ou par résonance magnétique nucléaire (IRM)
est inférieure à celle de l'exploration hormonale. Cette
dernière reste donc dans tous les cas indispensable. La sensibilité
de la TDM approche 100 % dans les phéochromocytomes sporadiques,
au moins surrénaliens, mais elle n'atteindrait que 76 % dans une
étude comprenant des phéochromocytomes dépistés
chez les sujets prédisposés génétiquement
[53]. Cette étude comporte cependant des patients explorés
dans les années 80, donc avec une imagerie moins performante que
maintenant. L'aspect typique d'un phéochromocytome est une lésion
de densité relativement élevée avant injection de
produit de contraste, et qui prend celui-ci de façon intense au
temps artériel. Il existe une controverse sur le risque spécifique
de l'injection de produit de contraste iodé par voie veineuse.
Pour certains ce risque (réel en cas d'artériographie) est
très faible. L'IRM a l'intérêt de pouvoir montrer
un hypersignal en T2, signe qui n'est cependant pas totalement spécifique
du phéochromocytome. Pour le moment la sensibilité de l'IRM
reste un peu inférieure à celle de la TDM. La scintigraphie
MIBG a l'intérêt de permettre la détection globale
de lésions extra-surrénaliennes, ou de métastases
des phéochromocytomes malins, qui restent cependant très
rares dans les NEM2 et la maladie de VHL.
En pratique, le dépistage du phéochromocytome chez les
patients porteurs d'une mutation germinale de RET ou VHL
repose sur la recherche systématique annuelle de signes cliniques,
et la mesure des métanéphrines urinaires rapportées
à la créatininurie, ou des métanéphrines plasmatiques.
Une TDM abdominale de référence est pratiquée, et
jusqu'à preuve du contraire, il ne faut la répéter
que lorsqu'une élévation des métanéphrines
est démontrée. Avant intervention chirurgicale, une deuxième
imagerie (IRM ou scintigraphie) est pratiquée pour confirmer les
données morphologiques de la première.
Conclusion : diagnostic des phéochromocytomes
familiaux
Les NEM2, la maladie de VHL, et dans une moindre mesure la NF1 sont
des maladies prédisposant génétiquement au phéochromocytome.
Ces pathologies illustrent bien la double problématique que posent
les maladies génétiques: nécessité du dépistage
d'une NEM2, maladie de VHL et NF1 chez les patients porteurs d'un phéochromocytome,
et nécessité du dépistage du phéochromocytome
chez les patients porteurs de ces maladies, ou porteurs au moins des mutations
de leurs gènes.
L'avènement du diagnostic génétique moléculaire
pose la question de sa place dans la stratégie de prise en charge
des patients porteurs de phéochromocytome. Pour la NF1 la grande
sensibilité des signes cliniques et radiologiques et les difficultés
d'analyse du gène font que le diagnostic génétique
n'est généralement ni nécessaire ni faisable. Pour
les NEM2, le gène RET est plus facilement analysable, mais
la très grande fréquence et la précocité de
l'atteinte des cellules C expliquent que le dosage de la calcitonine à
l'état basal et après stimulation par pentagastrine garde
une sensibilité excellente pour la reconnaissance d'une NEM2 chez
un patient porteur de phéochromocytome. Si le test à la
pentagastrine est négatif, il est très peu rentable de rechercher
une mutation germinale de RET, et en tout cas il ne faut alors
pas se limiter à la recherche de mutations dans les exons 11 et
10, car elle sera presque certainement négative. Si le test est
faiblement positif, il ne faudra pas oublier qu'il n'est pas totalement
spécifique : après exérèse du phéochromocytome,
il sera nécessaire de rechercher une mutation de RET avant
de décider d'une thyroïdectomie totale.
Par contre, dans la maladie de VHL, le phéochromocytome peut
être réellement la seule lésion détectable
de la maladie, ce qui fait que la recherche de mutation de VHL
peut être irremplaçable. Par chance, la petite taille du
gène rend son analyse relativement facile. L'analyse de VHL
doit être pratiquée systématiquement devant un phéochromocytome
bilatéral ou du sujet jeune avec concentration de calcitonine normale.
Traitements des phéochromocytomes familiaux
Cette revue n'a pas pour objectif d'aborder dans le détail le
traitement des phéochromocytomes familiaux. Cependant on peut rappeler
les points suivants: le traitement curatif est toujours chirurgical. L'abord
par voie laparascopique tend à se généraliser pour
les lésions de moins de 6 cm sans arguments pré-opératoires
de malignité. Lorsque les lésions sont bilatérales
d'emblée le geste est une surrénalectomie bilatérale,
mais lorsque il y a une lésion unilatérale, deux attitudes
s'affrontent : surrénalectomie bilatérale d'emblée
en raison du risque élevé d'apparition d'une lésion
controlatérale, ou surrénalectomie unilatérale, complétée
dans un deuxième temps par un geste controlatéral si l'évolution
le justifie. Les arguments en faveur de la première solution sont
qu'il faut se mettre à l'abri d'une récidive controlatérale,
redoutable chez les patients difficile à suivre. Cependant, les
arguments en faveur de la deuxième solution sont que la surrénalectomie
bilatérale a une morbidité et mortalité à
long terme non négligeables, liée aux problèmes de
suivi de la substitution de l'insuffisance corticosurrénale [62].
Une perspective très intéressante et la réalisation
d'une chirurgie surrénalienne sélective, éliminant
la quasi-totalité du tissu médullosurrénalien mais
laissant suffisamment de tissu corticosurrénalien. Ce pari qui
est difficile à tenir en raison de l'interpénétration
des deux tissus, semble cependant avoir été gagné
récemment par plusieurs équipes. Il a cependant été
noté des récidives dans plusieurs cas de maladie de VHL
[63-66].
CONCLUSION En
l'an 2000, il est donc possible de détecter des phéochromocytomes
génétiques avant tout symptôme, puis de les traiter
sans laisser de séquelles. Ceci est tout à fait remarquable
pour une maladie autrefois fréquemment responsable de décès
subits. Cependant, il est très probable que ces accidents fatals
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