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Métastase atriale droite d’un hépatocarcinome


Médecine thérapeutique Cardiologie. Volume 2, Number 5, 330-2, septembre-décembre 2004, Fait clinique



Author(s) : Jean-Philippe Mazzucotelli, Sébastien Gerelli, Mario Arguello, Jorge Giron, Ziad Mansour, Philippe Billaud, Sorin Popescu, Hélène Petit, Bernard Eisenmann , Service de chirurgie cardiovasculaire, Hôpital civil, 1, place de l’Hôpital, 67000 Strasbourg France.

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Auteur(s) :, Jean-Philippe Mazzucotelli*, Sébastien Gerelli, Mario Arguello, Jorge Giron, Ziad Mansour, Philippe Billaud, Sorin Popescu, Hélène Petit, Bernard Eisenmann

Service de chirurgie cardiovasculaire, Hôpital civil, 1, place de l’Hôpital, 67000 Strasbourg France

Les tumeurs du cœur constituent une pathologie rare dans la population générale et représentent moins de 1 % de l’activité des services de chirurgie cardiaque. Les tumeurs cardiaques correspondant à des localisations secondaires de cancer sont beaucoup plus fréquentes que les tumeurs cardiaques primitives et dans les séries autopsiques anciennes réalisées chez des adultes atteints de cancer, la fréquence des métastases cardiaques varie de 4 à 18 %. Si la présence de métastases constitue un élément péjoratif pour le patient atteint de cancer, la localisation cardiaque n’est pas forcément plus grave que les autres localisations viscérales. Nous rapportons ici le cas d’un patient atteint d’un hépatocarcinome et présentant une localisation secondaire atriale droite unique et accessible à l’exérèse chirurgicale complète.

Cas clinique

Il s’agit d’un homme de 65 ans ayant pour antécédents une hypertension artérielle, un double pontage coronarien pour cardiopathie ischémique 10 ans auparavant, un éthylisme chronique avec cirrhose micronodulaire. Un bilan systématique de surveillance de la cirrhose a montré la présence d’un adénocarcinome du segment 4 du foie pour lequel un traitement par chimio-embolisation a été réalisé. Un mois après l’institution du traitement, une tomodensitométrie thoracique et abdominale est réalisée et celle-ci montre l’absence de récidive locale de la tumeur hépatique mais par contre, une lésion tumorale circonscrite à l’intérieur de l’oreillette droite avec un prolongement dans la veine cave inférieure ( (figure 1) ). Le patient est totalement asymptomatique sur le plan cardiaque. L’échocardiographie confirme la présence d’une tumeur libre, pédiculée et mobile dans la cavité atriale droite ( (figure 2) ). Compte tenu de l’aspect échographique en faveur d’une lésion accessible à une exérèse complète et de l’espérance de vie du patient évaluée à 4 ans, une exérèse chirurgicale à la fois diagnostique et thérapeutique est réalisée. L’intervention est réalisée sous circulation extracorporelle établie entre une canule aortique et deux canules veineuses, l’une dans la veine cave supérieure et l’autre dans l’auricule droite, en hypothermie à 28°C. L’arrêt du cœur est réalisé par une cardioplégie au sang. L’exploration chirurgicale met en évidence une tumeur parfaitement circonscrite et libre dans la cavité atriale droite. Elle est attachée à la paroi atriale par un pédicule d’environ 1,5 cm de diamètre implanté au niveau de l’ostium de la veine cave inférieure. Sous arrêt circulatoire court, la tumeur sera facilement réséquée par section du pédicule en emportant la zone d’implantation dans la paroi. La tumeur mesure environ 6 cm de long et l’aspect macroscopique est hétérogène ( (figure 3) ). L’examen anatomopathologique montre qu’il s’agit d’une tumeur constituée de nombreux nodules contenant des caillots fibrinocruoriques et des ilôts de carcinome hépatocytaire. La zone d’implantation est constituée par du tissu conjonctif contenant quelques fibres musculaires striées atrophiques. Les suites opératoires seront simples et le patient quittera le service au 10e jour postopératoire. Douze mois après l’intervention, le patient est en bon état général, asymptomatique sur le plan cardiaque et l’échocardiographie montre l’absence de récidive locale au niveau de l’oreillette ou d’autre localisation cardiaque.

Discussion

Comme pour tout cancer, les localisations secondaires des hépatocarcinomes constituent un facteur péjoratif sur le pronostic de la maladie lorsque les lésions sont multiples ou situées dans des zones critiques et de ce fait, difficilement accessibles à un traitement spécifique et radical. À l’inverse, une localisation secondaire unique peut être accessible à un traitement radical autorisant une survie prolongée du patient [1]. L’atteinte cardiaque et vasculaire au cours des hépatocarcinomes est difficile à apprécier car le nombre de cas publiés premortem est très faible alors que certaines séries autopsiques ont montré un taux pouvant atteindre 44 % des patients [2]. Les atteintes cardiaques des hépatocarcinomes sous forme de métastases intrapariétales ou d’extension tumorale vers la veine cave inférieure et l’oreillette droite sont de mauvais pronostic car l’exérèse chirurgicale s’avère souvent impossible ou partielle et l’évolution rapidement défavorable [3, 4]. Il faut noter cependant, que des survies prolongées ont pu être obtenues par une chirurgie d’exérèse lourde [5], une chimioembolisation transcoronaire [6] ou par traitement combinant chirurgie et chimiothérapie. Les localisations secondaires d’hépatocarcinome sous forme de tumeurs intracavitaires et pédiculées sont rares, une vingtaine de cas seulement de localisation atriale droite [7, 8] et deux cas de localisation atriale gauche [9] ont été publiés dans la littérature mondiale en 30 ans, mais il est probable que ce nombre soit sous-estimé. Quoiqu’il en soit, le pronostic est bien meilleur car ces lésions sont accessibles à un traitement radical qui est le plus souvent l’exérèse chirurgicale complète [7, 9] même si la chimioembolisation peut constituer également une alternative thérapeutique efficace [8].

Dans le cas exposé ici, le diagnostic a été posé fortuitement sur une image scanographique, dans le cadre de la surveillance de la lésion primitive hépatique. Le patient ne présentait aucun symptôme cardiaque car la tumeur était probablement encore trop petite pour générer des anomalies hémodynamiques intracardiaques. Cette découverte fortuite a donc permis de traiter la lésion avant l’apparition de toute complication et, de ce fait, d’augmenter les chances de survie du patient. En effet, dans la littérature, un grand nombre de diagnostics ont été faits post-mortem au décours de tableaux d’insuffisance cardiaque, d’état de choc ou de mort subite [4]. Ceci montre l’intérêt de rechercher systématiquement une localisation secondaire cardiaque dans le bilan ou le suivi d’un hépatocarcinome, celui-ci constituant le 4e cancer générant des métastases cardiaques droites après ceux du rein, de la thyroïde et du testicule [10]. Cette surveillance peut être réalisée facilement par l’échocardiographie qui permet non seulement de poser le diagnostic mais également d’orienter la décision thérapeutique en précisant le siège exact de la tumeur, ses limites et sa mobilité.

En conclusion, les localisations secondaires cardiaques doivent être recherchées systématiquement au cours de l’évolution des hépatocarcinomes, car ces lésions peuvent être accessibles à un traitement radical permettant ainsi d’améliorer de façon notable la survie de ces patients.

Références

1 Aramaki M, Kawano K, Sasaki A, et al. Prolonged survival after repeat resection of pulmonary metastasis from hepatocellular carcinoma. J Hepatobiliary Pancreat Surg 2002 ; 9 : 386-8.

2 Ayoola EA, Olubuyide IO, Thomas J. Cardiovascular systemic invasion by hepatocellular carcinoma : incidence and pattern in a west African population. Afr J Med Med Sci 1994 ; 23 : 61-6.

3 Masci G, Magagnoli M, Grimaldi A, et al. Metastasis of hepatocellular carcinoma to the heart : a case report and review of the litterature. Tumori 2004 ; 90 : 345-7.

4 Kato Y, Tanaka N, Kobayashi K, Ikeda T, Hattori N, Nonomura A. Growth of hepatocellular carcinoma into the right atrium. Report of five cases. Ann Intern Med 1983 ; 99 : 472-4.

5 Yogita S, Tashiro S, Harada M, Kitagawa T, Kato I. Hepatocellular carcinoma with extension into the right atrium : report of a successful liver resection by hepatic vascular exclusion using cardiopulmonary bypass. J Med Invest 2000 ; 47 : 155-60.

6 Kotani E, Kiuchi K, Takayama M, et al. Effectiveness of transcoronary chemoembolization for metastatic right ventricular tumor derived from hepatocellular carcinoma. Chest 2000 ; 117 : 287-9.

7 Chua SO, Chiang CW, Lee YS, Liaw YF, Chang CH, Hung JS. Echocardiographic findings of mobile atrial hepatocellular carcinoma. Report of five cases. J Ultrasound Med 1989 ; 8 : 347-52.

8 Dazai Y, Katoh T, Katoh I, Sueda S, Yoshida R. Effectiveness of chemoembolization therapy for metastatic right atrial tumor thrombus associated with hepatocellular carcinoma. Chest 1989 ; 96 : 434-6.

9 Barasch E, Frazier OH, Silberman H, Shannon RL, Wilansky S. Left atrial metastasis from hepatocellular carcinoma : a case report. J Am Soc Echocardiogr 1994 ; 7 : 547-9.

10 Hall RJ, McAllister Jr. HA, Cooley D. Tumors of the heart. In : Cohn J, Willerson JT, eds. Cardiovascular medicine. New York : Churchill Livingstone, 1995 : 1525.


 

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