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Évaluation du profil temps-activité et de la durée d’action des antihypertenseurs


Médecine thérapeutique Cardiologie. Volume 2, Number 5, 298-302, septembre-décembre 2004, Revue


Résumé  

Author(s) : Anca Radauceanu, Faiez Zannad , Centre d’investigation clinique, Inserm, CHU Nancy.

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ARTICLE

Auteur(s) :, Anca Radauceanu, Faiez Zannad

Centre d’investigation clinique, Inserm, CHU Nancy

La prescription d’un traitement antihypertenseur en monoprise quotidienne est un souhait des médecins, désireux de proposer à leurs patients un traitement simple et pratique susceptible d’optimiser la compliance particulièrement décevante des hypertendus [1].Cependant, un tel schéma thérapeutique ne doit pas être une fin en soi mais doit répondre à des critères de sécurité et d’efficacité clinique optimale tout au long du nycthémère.

Hypertension : pression artérielle variée tout au long des 24 heures

La pression artérielle (PA), comme les paramètres hémodynamiques, hématologiques et humoraux, suit un rythme circadien, caractérisé par une baisse nocturne au cours du sommeil d’au moins 10 % et une augmentation qui peut être brutale au cours des premières heures du jour.

Chez les patients hypertendus, la pression artérielle diffère sensiblement au cours des 24 heures. Celle-ci est plus basse lors du sommeil comparativement à la PA diurne. Une diminution trop modeste de la PA lors du sommeil peut être néfaste. Les patients hypertendus avec une baisse nocturne de la PA inférieure à 10 % par rapport aux chiffres diurnes (patients encore appelés « non-dippers ») semblent présenter plus d’accidents cardiovasculaires [2] et une atteinte plus importante des organes cibles, comme l’HVG et ce, malgré des chiffres similaires de la PA casusuelle et de la mesure ambulatoire de la PA sur 24 et 48 heures [3].

Un contrôle tensionnel effectif au cours du sommeil est nécessaire pour éviter les effets délétères de l’HTA nocturne sur les organes cibles

De ce fait, les antihypertenseurs qui restaurent le rythme circadien par la transformation des « non-dippers » en « dippers », semblent présenter des avantages supplémentaires. C’est le cas des diurétiques [4], médicaments antihypertenseurs de première intention dont l’action sur le rétablissement du profil circadien de la PA pourrait être une des explications de leur efficacité sur la morbi-mortalité cardiovasculaire.

Déclenchement des événements cardiovasculaires : un rythme qui suit le profil circadien de la PA

L’augmentation brutale de la PA au cours des premières heures du jour (pouvant débuter avant le réveil et se prolonger jusqu’au milieu de la matinée) est la conséquence de la stimulation sympathique accompagnant le réveil. Le profil hémorrhéologique et neuro-humoral « au petit matin » favorise la rupture des plaques d’athérosclérose et la thrombose, expliquant ainsi la survenue plus fréquente des accidents cardiovasculaires (IDM ou AVC) au cours des premières heures de la journée [5, 6].

La nécessité d’un contrôle tensionnel effectif aux heures où le patient est particulièrement vulnérable (à la fin de l’intervalle entre deux prises successives d’antihypertenseurs) apparaît nécessaire.

Un objectif : assurer un effet antihypertenseur régulier sur 24 heures

Les antihypertenseurs actuellement commercialisés ont des durées d’actions variables.

Les antihypertenseurs à durée d’action courte et « reconnus » comme tels, doivent être prescrits en prises quotidiennes multiples, afin d’assurer un effet antihypertenseur «utile» sur 24 heures.

Cependant, la monoprise quotidienne, loin d’être un effet de mode, permet d’optimiser l’observance et de réduire le nombre des oublis de médicaments (7) au cours d’affections asymptomatiques telles que l’HTA.

L’effet antihypertenseur durable sur 24 heures, peut être obtenu de différentes façons : en agissant sur la pharmacocinétique et ou la pharmacodynamie.

  • En augmentant le dosage du principe actif absorbé en une seule fois afin de maintenir un effet antihypertenseur efficace jusqu’à la prise suivante. Cependant, cette prolongation de la durée d’action peut engendrer une baisse excessive survenant quelques heures après la prise. La stimulation réflexe des mécanismes de contre-régulation en réponse à cette baisse tensionnelle peut entraîner alors des effets indésirables avec des conséquences néfastes sur la compliance. De plus, ces variations tensionnelles brutales augmentent la variabilité de la PA qui est un déterminant de la sévérité de l’atteinte des organes cibles [8].
  • En modifiant les formes galéniques des antihypertenseurs afin d’obtenir des formes à «libération prolongée». Qu’il s’agisse des formulations GITS (gastrointestinal therapeutic system, comme pour la nifédipine) ou ER (extended release, comme pour la félodipine), ces formes galéniques à libération contrôlée permettent d’optimiser la durée d’action des antihypertenseurs dont la forme à « libération immédiate » du principe actif n’est pas adaptée à une monoprise quotidienne.
  • En mettant au point de nouveaux médicaments à durée d’action plus longue, dont l’effet antihypertenseur débute de manière progressive et reste optimal tout au long du nycthémère.
  • En développant des molécules à fort caractère lipophile.

Méthodes d’évaluation de la durée d’action des antihypertenseurs

Les études de pharmacocinétique et la mesure de la demi-vie plasmatique d’un médicament ne permettent pas de prévoir de façon fiable le profil d’action d’un antihypertenseur en fonction du temps [9].

C’est la réponse tensionnelle au cours du nycthémère et entre deux prises de médicaments qui permet d’évaluer l’efficacité clinique et la durée de l’action d’un antihypertenseur. Celle-ci peut être évaluée à l’aide de la mesure ambulatoire de la pression artérielle (MAPA) et en extrapolant les données selon différentes méthodes : tels que le calcul du rapport vallée/pic ou de l’index de régularité (smoothness index) et en évaluant aussi le profil tensionnel au-delà des 24 heures après la prise jusqu’à 36 heures, voir plus, en omission de dose.

Rapport vallée/pic

Le rapport vallée /pic évalué par la MAPA permet d’analyser l’effet antihypertenseur d’un médicament et sa durée d’action. Celui-ci prend en considération l’amplitude et la durée de l’effet antihypertenseur d’un médicament en comparaison à un placebo.

L’effet vallée correspond à la baisse « résiduelle » de la PA observée à la fin de l’intervalle entre deux prises, avant l’administration de la dose suivante.

Il est ainsi particulièrement important que l’effet vallée d’un antihypertenseur soit suffisant pour contrôler de manière significative la PA « au petit matin ».

L’effet pic est la baisse maximale de la PA mesurée après l’administration d’un antihypertenseur. Cet effet pic apparaît de façon relativement précoce, à moins de 10 heures après la prise du médicament.

Un effet pic important en rapport avec une dose élevée du produit actif peut avoir des conséquences délétères : la survenue des effets indésirables en réponse à une action hypotensive précoce et l’augmentation de la variabilité de la PA.

Le rapport vallée/pic (though/pic ratio) reflète la capacité d’un antihypertenseur de baisser la PA de manière efficace et stable tout au long du nycthémère, et donne ainsi un indice du profil de la durée d’action du médicament sur 24 heures ( (figure 1) ).

De ce fait, il est recommandé que les antihypertenseurs appropriés à une administration en monoprise quotidienne présentent un effet résiduel mesuré à la vallée au moins de 50-66% de l’effet pic [10].

Cependant, les rapports vallée/pic varient aussi bien à l’intérieur d’une même classe thérapeutique [9,11] et d’un essai à l’autre pour une même molécule.

La MAPA est la technique de référence pour quantifier et comparer la durée d’action des antihypertenseurs [12,13].

Les avantages de la MAPA sont représentées par sa reproductibilité et simplicité, l’exclusion de l’HTA « blouse blanche » et l’absence de l’effet placebo. Elle permet de mesurer la PA au cours des activités quotidiennes, dans les conditions de la vie réelle et ne limite pas les mesures au cabinet du médecin ou en milieu hospitalier.

Deux méthodes permettant le calcul du rapport vallée/pic à partir des données de la MAPA sont décrites dans la littérature [14] :

  • Une méthode conventionnelle ou globale qui permet de mesurer l’effet pic, l’effet vallée et le rapport vallée/pic pour tous les sujets, moyennant les profils individuels nycthéméraux. Les limites de cette méthode sont la sur-estimation du rapport vallée/pic en rapport avec les variations de l’observance et l’absence d’informations concernant la distribution et la variabilité interindividuelle du rapport vallée/pic.
  • Une méthode individuelle qui permet d’évaluer le rapport vallée/pic pour chaque patient et, par conséquent, la distribution et la variabilité de cet indice. Le rapport vallée/pic exprimé par cette méthode présente de très grandes variations (exprimées par la médiane, les premier et troisième quartiles) dues au hasard et aux activités de la vie courante.

Index de régularité

Bien que le rapport vallée/pic ait été considéré pendant plus de 10 ans comme le paramètre standard d’évaluation de la durée d’action des antihypertenseurs, certaines limites sont devenues progressivement évidentes :
  • une faible reproductibilité et des valeurs aberrantes fréquentes ;
  • une grande variabilité intra- et interindividuelle ;
  • seules deux valeurs de la réduction tensionnelle (l’effet pic et l’effet vallée) sont prises en compte pour le calcul du rapport vallée/pic, ce qui ne permet pas d’évaluer l’étendue et l’uniformité de l’effet antihypertenseur d’un médicament dans le temps [15].

En raison des limitations du rapport vallée/pic, un autre paramètre appelé

index de régularité (smoothness index ou SI) a été récemment proposé [16] pour mieux décrire le profil de la réduction tensionnelle tout au long des 24 heures.

L’index de régularité représente le rapport entre la moyenne sur 24 heures de la baisse tensionnelle horaire et l’écart-type de la baisse de PA. Ainsi, un antihypertenseur qui a un index de lissage élevé assure une baisse tensionnelle effective au cours des 24 heures étant donné un écart-type réduit ( (figure 2) ).

Comparé au rapport vallée/pic, l’index de lissage présente aussi d’autres avantages :

  • une meilleure reproductibilité ;
  • une mesure de l’homogénéité et de l’uniformité dans le temps de l’effet antihypertenseur d’un médicament ;
  • une corrélation significative avec la variabilité de la PA et le changement de la masse VG au cours du traitement [17] ;
  • une valeur prédictive du changement de l’épaisseur intima-média au niveau carotidien, indépendamment du niveau basal de la PA [18] ;
  • une mesure de l’homogénéité et de l’uniformité dans le temps de l’effet antihypertenseur d’un médicament.

Effet « omission de dose »

Cette autre méthode permet de mesurer l’effet antihypertenseur d’un médicament au-delà de 24 heures en utilisant un scénario qui simule la non-observance. En pratique, après une période de traitement actif, un placebo est administré à l’heure de la prise quotidienne du traitement et une mesure MAPA supplémentaire de 24 heures est effectuée ( (figure 3) ).

L’effet antihypertenseur résiduel d’un médicament à 48 heures peut être ainsi quantifié. La persistance d’une baisse effective de la PA au-delà de 24 heures permet de « protéger» les mauvais observants [19].

Quelles perspectives pour l’avenir ?

  • La nécessité d’une évaluation selon certaines normes plus strictes :l’analyse de la littérature met en évidence peu de données valables concernant l’évaluation de la durée d’action des antihypertenseurs efficaces sur 24 heures en monoprise quotidienne, et ce quelle que soit la classe thérapeutique. De plus, certains résultats et leur interprétation sont à juger sous la réserve d’une méthodologie insuffisamment standardisée, voire encore controversée [21].

Toute évaluation de la durée d’action des antihypertenseurs devra être réalisée selon certaines normes afin de répondre aux critères de rigueur et de standardisation :

  • étude prospective randomisée, contre placebo, en double aveugle ;
  • utilisation des groupes parallèles de patients, homogènes tout au long de la conduite de l’essai ;
  • première période de traitement sous placebo de 2 à 4 semaines, qui précède la période de traitement actif et permet d’évaluer l’effet net du traitement par la soustraction de l’effet placebo ; définition des patients hypertendus selon les critères MAPA ;
  • « standardiser » l’activité des patients au cours des mesures de la PA, pour améliorer la reproductibilité et diminuer la variabilité liée aux types différents d’activité ;
  • inclusion seulement des patients répondeurs au traitement afin de diminuer la dispersion et d’éviter la surestimation du rapport vallée/pic. Pour les comparaisons des 2 médicaments, les répondeurs, définis selon les critères MAPA, pourraient être présélectionnés à l’aide d’une étude en cross-over précédant l’essai même ;
  • pour évaluer le profil temps-activité des antihypertenseurs, les mesures de la PA tout au long de l’étude seront réalisées par l’outil de référence - la MAPA. L’exploitation des données MAPA et l’analyse statistique nécessite également une méthodologie consensuelle [20].

Conclusion

L’index de régularité et le rapport vallée/pic sont deux notions complémentaires reposant sur l’analyse du profil tensionnel observé à partir de la MAPA qui renseignent sur l’efficacité d’un antihypertenseur et sa régularité d’action sur 24 heures. Le rapport vallée/pic plus ancien connaît ses limites en raison de sa grande variabilité d’une molécule à l’autre et parfois même pour une même molécule selon les méthodes de mesures et de calcul. L’index de régularité élimine en partie ses inconvénients. Une méthodologie standardisée, consistant en l’inclusion des patients hypertendus MAPA et répondeurs, et la réalisation des MAPA dans une unité de recherche permettraient d’optimiser l’évaluation du profil temps-activité des antihypertenseurs à l’aide de ces indices [21].

Références

1 Mar J, Rodriguez-Artalejo F. Which is more important for the efficiency of hypertension treatment : hypertension stage, type of drug or therapeutic compliance ? J Hypertens 2001 ; 19 : s149-s155.

2 Myers MG. Twenty-four hour blood pressure control : a brief review of aspects of target-organ protection. J Hypertens 1996 ; 14 : S7-S10.

3 Cuspidi C, Macca G, Sampieri L, et al. Target organ damage and non-dipping pattern defined by two sessions of ambulatory blood pressure monitoring in recently diagnosed essential hypertensive patients. J Hypertens 2001 ; 19 : 1539-45.

4 Uzu T, Kimura G. Diuretics shift circadian rhythm of blood presure from nondipper to dipper in essential hypertension. Circulation 1999 ; 100 : 1635-8.

5 Ohkubo T, Hozawa A, Nagai K, et al. Prediction of stroke by ambulatory blood pressure monitoring versus screening blood pressure measurements in a general population : the Ohasama study. J Hypertens 2000 ; 18 : 847-54.

6 Lavery CE, Mittleman MA, Cohen MC, Muller JE, Verrier RL. Nonuniform nighttime distribution of acute cardiac events. Circulation 1997 ; 96 : 3321-7.

7 Waeber B, Erne P, Saxenhofer H, Heynen G. Use of drugs more than a 24-hour duration of action. J Hypertens 1994 ; 12 : 67-71.

8 Mancia G, Omboni S, Parati G. The importance of blood pressure variability in hypertension. Blood Press Monit 2000 ; 5 : S9-15.

9 Zannad F, Matzinger A, Larche J. Trough/peak ratios of once daily angiotensin converting enzyme inhibitors and calcium antagonists. Am J Hypertens 1996 ; 9 : 633-43.

10 Lipicki RJ. Trough/peak ratio : the rationale behind the United States Food and Drug Administration recommandations. J Hypertens 1994 ; 12 : S17-S19.

11 Wing LMH. Trough-peak ratio of the blood pressure response to beta-blockers. J Hypertens 1994 ; 12 : 585-90.

12 Mallion JM, Baguet JP, Siche JP, Tremel F, De Gaudemaris R. Clinical value of ambulatory blood pressure monitoring. J Hypertens 1999 ; 17 : 585-95.

13 Neutel JM, Smith DH, Weber MA. What are the approaches for evaluating antihypertensive treatment by 24 h ambulatory blood pressure monitoring. Blood Press Monit 1999 ; 4 : S23-S28.

14 Elliott HL, Meredith PA. Methodological considerations in calculation of the trough/peak ratio. J Hypertens 1994 ; 12 : S3-S7.

15 Omboni S, Parati G, Zanchetti A, Mancia G. Calculation of trough/peak ratio of antihypertensive treatment from ambulatory blood pressure : methodological aspects. J Hypertens 1995 ; 13 : 1105-12.

16 Rizzoni D, Castellano M, Muiesan ML, Porteri E, Agabiti Rosei E. Beyond trough :peak ratio : a new index of the smoothness of the antihypertensive effect of a drug. High Blood Press 1997 ; 6 : 111-5.

17 Parati G, Omboni S, Rizzoni D, Agabiti Rosei E, Mancia G. The smoothness index : a new, reproducible and clinically relevant measure of the homogeneity of the blood pressure reduction with treatment for hypertension. J Hypertens 1998 ; 16 : 1685-93.

18 Rizzoni D, Muiesan ML, Salvetti M, et al. The smoothness index, but not the trough-to-peak ratio predicts changes in carotid artery wall thickness during antihypertensive treatment. J Hypertens 2001 ; 19 : 703-11.

19 Zannad F, Bernaud CM, Renaud F, for the General Physicians Investigators’ Group. Double-blind, randomized, multicentre comparison of the effects of amplodipine and perindopril on 24 h therapeutic coverage and beyond in patients with mild to moderate hypertension. J Hypertens 1999 ; 17 : 137-46.

20 Omboni S, Parati G, Zanchetti A, Mancia G. Calculation of trough/peak ratio of antihypertensive treatment from ambulatory blood pressure : methodological aspects. J Hypertens 1995 ; 13 : 1105-12.

21 Zannad F, Radauceanu A, Parati G. Trough-to-peak ratio, smoothness index and morning-to-evening ratio : why, which and when ? J Hypertens 2003 ; 21 : 851-4.


 

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