Home > Journals > Medicine > Médecine thérapeutique Cardiologie > Full text
 
      Advanced search    Shopping cart    French version 
 
Latest books
Catalogue/Search
Collections
All journals
Medicine
Médecine thérapeutique Cardiologie
- Current issue
- Archives
- Subscribe
- Order an issue
- More information
Biology and research
Public health
Agronomy and biotech.
My account
Forgotten password?
Online account   activation
Subscribe
Licences IP
- Instructions for use
- Estimate request form
- Licence agreement
Order an issue
Pay-per-view articles
Newsletters
How can I publish?
Journals
Books
Help for advertisers
Foreign rights
Book sales agents



 

Texte intégral de l'article
 
  Printable version

La glycoprotéine V soluble : un nouveau marqueur plasmatique de la thrombose artérielle


Médecine thérapeutique Cardiologie. Volume 2, Number 5, 267-75, septembre-décembre 2004, Revue


Résumé  

Author(s) : Boris Aleil, Valérie Wolff, Marie-Louise Wiesel, Christian Gachet, Jean-Pierre Cazenave, François Lanza , Inserm U311, Établissement français du sang – Alsace, 10, rue Spielmann, BP 36, 67065 Strasbourg, Service de Neurologie, Hôpitaux universitaires de Strasbourg, place de l’Hôpital, 67091 Strasbourg.

Pictures

ARTICLE

Auteur(s) :, Boris Aleil1,*, Valérie Wolff2, Marie-Louise Wiesel1, Christian Gachet1, Jean-Pierre Cazenave1, François Lanza1

1Inserm U311, Établissement français du sang – Alsace, 10, rue Spielmann, BP 36, 67065 Strasbourg
2Service de Neurologie, Hôpitaux universitaires de Strasbourg, place de l’Hôpital, 67091 Strasbourg

Les marqueurs plasmatiques de thrombose font l’objet de très nombreux travaux et publications [1–3]. Les données apportées par la spécificité de chacun des marqueurs disponibles permettent d’analyser les mécanismes impliqués dans les différents types de thrombose in vivo. Ainsi, l’émergence d’un nouveau marqueur de thrombose, la glycoprotéine V (GPV) soluble permet encore d’étoffer cet ensemble d’outils d’analyse. Ce marqueur a la particularité de pouvoir signer de façon spécifique l’activation des plaquettes par la thrombine dans certaines situations. Après un bref rappel sur la physiopathologie de la thrombose et des principaux marqueurs existants, l’objet de cette revue est de présenter la GPV soluble et les premiers résultats de ses applications cliniques.

Physiopathologie de la thrombose artérielle

Rappel : Le rôle de l’hémostase est d’assurer l’intégrité du système vasculaire et de limiter les pertes sanguines en cas d’effraction d’un vaisseau. La thrombose artérielle correspond à une activation inappropriée et exacerbée des mécanismes de l’hémostase qui aboutit à l’obstruction non plus de la brèche vasculaire mais du vaisseau lui-même [4]. Les mécanismes physiopathologiques de la thrombose artérielle sont schématisés en ( figure 1 ). Lors d’une lésion vasculaire, les plaquettes adhèrent au sous-endothélium essentiellement par l’intermédiaire du facteur Willebrand (FvW) et du collagène puis elles s’activent, sécrètent le contenu de leurs granules et agrègent entre elles. Parmi les nombreux produits de sécrétion, le facteur plaquettaire 4 (PF4) et la β-thromboglobuline (β-TG) sont dosables et utilisés comme marqueurs plasmatiques de l’activation plaquettaire [2]. La P-sélectine est également exposée à la surface des plaquettes puis libérée dans le plasma sous forme de P-sélectine soluble constituant un autre marqueur plasmatique d’activation plaquettaire [2].

La surface des plaquettes activées devient procoagulante et sert de support à la génération de thrombine, enzyme clé de la coagulation. L’activation de la prothrombine en thrombine génère un fragment soluble dosable dans le plasma : le fragment 1+2 de la prothrombine (F1+2). La thrombine entraîne la polymérisation du fibrinogène en fibrine, active des facteurs de la coagulation et les plaquettes dont elle est le plus puissant agoniste. Elle est inactivée par son inhibiteur plasmatique physiologique : l’antithrombine. Cette inhibition conduit à la formation d’un complexe thrombine-antithrombine (TAT) inactif qui est utilisable comme marqueur de génération de thrombine. La fibrine formée sert à consolider le thrombus. Elle est dégradée par la plasmine en fragments solubles dont font partie les D-dimères. Ces D-dimères mesurés dans le plasma reflètent l’activation du système fibrinolytique.

Tous ces marqueurs ont été largement étudiés à titre de recherche dans diverses maladies impliquant une activation de l’hémostase, mais en exploitation clinique, seuls les D-dimères ont vu une application en routine dans les thromboses veineuses [5].

Présentation de la glycoprotéine V

Les plaquettes possèdent à leur surface de nombreuses glycoprotéines (GP) qui leur assurent les fonctions adhésives nécessaires au processus de l’hémostase [6]. Ces glycoprotéines permettent l’adhésion des plaquettes aux protéines de la matrice extracellulaire (facteur Willebrand, collagène, fibronectine) et aux surfaces cellulaires (plaquettes, leucocytes). Parmi les glycoprotéines impliquées dans ces fonctions, se trouve le complexe glycoprotéique GPIb-V-IX.

Description du complexe GPIb-V-IX

Le complexe GPIb-V-IX est responsable de l’adhésion des plaquettes au sous-endothélium par l’intermédiaire du facteur Willebrand. Il est constitué de quatre glycoprotéines appartenant à la famille des protéines riches en leucine : la GPIbα, la GPIbβ, la GPIX et la GPV. Chacune de ces sous-unités est spécifique de la lignée mégacaryocyto-plaquettaire. Le nombre à la surface des plaquettes est de 25 000 pour la GPIb (α et β) et la GPIX et de 12 000 pour la GPV permettant d’estimer un assemblage d’une GPV pour deux GPIb-IX ( (figure 2) )[7]. Au sein de ce complexe, c’est la GPIbα qui assure la fonction de lier le facteur Willebrand et qui joue un rôle primordial dans l’initiation des processus hémostatiques et thrombotiques artériels [8]. Une anomalie ou une absence de cette glycoprotéine entraîne le syndrome hémorragique de Bernard et Soulier [9].

Description moléculaire de la GPV

La GPV a un poids moléculaire de 82 kDa. Elle est composée de 544 acides aminés répartis en 3 domaines : un domaine intracellulaire C-terminal court de 16 acides aminés, un domaine transmembranaire et un domaine extracellulaire constitué par la majorité des acides aminés ( (figure 3) ). Ce domaine est composé de 15 éléments riches en leucine (24 acides aminés) répétés en tandem et possède à ses 2 extrémités N- et C-terminales, 4 cystéines lui donnant des structures en boucle. La GPV est fortement glycosylée puisque les glycanes constituent environ le tiers de son poids moléculaire. Elle possède des sites de N-glycosylation et des sites de O-glycosylation [10].

La séquence de la GPV est très similaire entre l’homme, le rat et la souris (plus de 70 % d’homologie). La GPV humaine possède un site de clivage à la thrombine à la position 459/460. Ce site fonctionnel est conservé chez le rat et la souris ce qui est en faveur d’un rôle physiologique du clivage de la GPV par la thrombine [11].

Fonction de la GPV

La fonction exacte de la GPV reste encore inconnue. Chez les patients porteurs de la maladie de Bernard-Soulier (défaut de GPIb-IX), la GPV n’est pas ou peu exprimée et les plaquettes présentent une diminution de l’agrégation à la thrombine. Ainsi, pendant de nombreuses années, la GPV a été considérée comme le récepteur potentiel de la thrombine dans la mesure où elle était son seul substrat connu à la surface des plaquettes. Au milieu des années 1980, il a été montré que la protéolyse de la GPV par la thrombine n’était pas nécessaire à l’activation des plaquettes et par conséquent, que la GPV n’était pas le récepteur de signalisation à la thrombine [12]. L’établissement d’une lignée de souris dont le gène de la GPV a été inactivé a permis de montrer que la GPV n’avait aucun rôle dans la liaison du complexe GPIb-V-IX au facteur Willebrand et que l’expression des autres sous-unités n’est pas altérée par l’absence de GPV à la surface des plaquettes [13, 14]. Par contre, les plaquettes issues de cette lignée de souris déficientes en GPV ont une réponse diminuée au collagène suggérant que la GPV pourrait être un récepteur du collagène [15].

Clivage de la GPV

Plusieurs protéases sont susceptibles de cliver la GPV. La thrombine clive la GPV à la position 459/460 et libère un fragment soluble de 69 kDa. L’élastase leucocytaire clive la GPV entre le site thrombine et la membrane plasmique et libère un fragment de 73 kDa [16]. Cependant, le clivage de la GPV par l’élastase nécessite des concentrations 100 fois supérieures à celles de la thrombine ce qui suggère que la libération de GPV soluble est hautement spécifique de l’action de la thrombine [17]. La calpaïne et une métalloprotéinase encore non identifiée clivent la GPV au ras de la membrane plasmique et libèrent un fragment de 82 kDa. La quantité de GPV soluble libérée dans le surnageant est directement dépendante de la concentration de thrombine ( (figure 4) ). La demi-vie de circulation de la GPV soluble n’est pas encore clairement établie mais elle semble être de l’ordre de 2 heures c’est-à-dire plus longue que celle du PF4 (quelques minutes) ou des TAT (15 minutes) [17].

Dosage de la GPV soluble

Notre laboratoire a mis au point un dosage ELISA du fragment soluble de la GPV qui utilise deux anticorps monoclonaux (V.1 et V.3) dirigés contre deux épitopes de la GPV soluble [18]. Le dosage n’est pas influencé par la présence des protéines plasmatiques. Son inconvénient est qu’il ne permet pas de différencier le mode de clivage (thrombine, élastase, calpaïne, métalloprotéinase). Les premiers résultats des dosages chez des sujets sains ont montré des taux plasmatiques de l’ordre de 20 ng/ml qui ne semblent pas influencés par l’âge ou le sexe du sujet [18]. Un kit de dosage de la GPV soluble a été commercialisé récemment par la société Stago Diagnostica sous l’appellation Asserachrom® soluble GPV.

Utilisations particulières du dosage de la GPV soluble

Chez l’animal

Deux études expérimentales menées chez le rat ont montré que la GPV soluble était un marqueur de l’activation du système hémostatique in vivo. La première étude utilisait un modèle de coagulation intravasculaire disséminée induite par l’injection intraveineuse de facteur tissulaire. L’activation de la coagulation et la génération de thrombine in vivo ont entraîné une augmentation des taux plasmatiques des complexes TAT, une disparition de la GPV à la surface des plaquettes et une augmentation des taux plasmatiques de GPV soluble. Par contre, chez les animaux prétraités par un inhibiteur direct de la thrombine, l’hirudine, la libération de GPV soluble était bloquée, confirmant qu’elle était sensible à la génération de thrombine in vivo [17]. La seconde avait pour objet d’évaluer les effets sur l’hémostase d’une hypertension artérielle expérimentale induite par l’administration chronique d’un bloqueur de synthèse de NO chez le rat. Les résultats ont été une augmentation des marqueurs de génération de thrombine mais aussi une augmentation significative des taux plasmatiques de GPV soluble [19].

En médecine transfusionnelle

La première application pratique proposée pour le dosage de la GPV soluble a été le suivi de la qualité de conservation des concentrés plaquettaires en médecine transfusionnelle. En effet, au cours du stockage des concentrés plaquettaires, ceux-ci présentent une accumulation progressive de GPV soluble dans le surnageant correspondant à un clivage de la GPV à la surface des plaquettes conservées [18]. Les taux de GPV soluble sont inversement corrélés au statut fonctionnel des plaquettes et des études sont en cours pour valider l’utilisation de la GPV soluble comme indice de qualité des plaquettes transfusionnelles en routine.

Applications en clinique du dosage de la GPV soluble

En clinique, les domaines d’application publiés de la GPV soluble sont encore peu nombreux mais les premiers résultats permettent d’envisager la poursuite des investigations. Compte tenu des acteurs impliqués dans la thrombose artérielle (plaquettes et thrombine), cette pathologie a été privilégiée dans les premières études. Ainsi, les thromboses aiguës artérielles coronaires et vasculaires cérébrales et certains états à risque de thrombose comme l’athérosclérose et la fibrillation auriculaire ont été explorés jusqu’à maintenant. Ces études sont récapitulées dans le tableau 1( Tableau 1 ).

Thrombose artérielle aiguë

La libération de marqueurs plasmatiques de thrombose (PF4, P-sélectine soluble, TAT, F1+2, D-dimères) a été largement décrite chez les patients présentant une thrombose artérielle aiguë comme un infarctus du myocarde ou un accident vasculaire cérébral [1, 20]. Par conséquent, ces deux pathologies ont été choisies pour évaluer la GPV soluble comme marqueur de thrombose.

Syndromes coronariens aigus

Infarctus du myocarde avec élévation du segment ST

Trois études ont maintenant clairement établi que les taux plasmatiques de GPV soluble étaient augmentés à la phase aiguë de l’infarctus du myocarde avec sus-décalage du segment ST [21-23]. Cette augmentation est due au thrombus intra-coronaire plutôt qu’à la nécrose myocardique car elle intervient dans les premières heures de la nécrose avant libération des marqueurs biochimiques de lyse myocardique (créatine phosphokinase (CPK), troponine I) et elle n’est pas corrélée à l’étendue de la nécrose myocardique évaluée par la quantité de CPK finalement relarguée [21].

Dans ces études aux effectifs réduits (moins de 50 patients), les augmentations des taux de GPV soluble sont faibles (de l’ordre de 1,5 à 2 fois les taux observés chez les contrôles) mais elles sont significatives grâce à la faible dispersion des niveaux de GPV soluble dans chaque groupe. Ainsi, dans l’étude de Aleil et al., huit patients avec infarctus du myocarde ont suffit pour mettre en évidence une augmentation significative de la GPV soluble alors qu’il en aurait fallu 40 pour atteindre la significativité avec les autres marqueurs de thrombose (PF4, TAT, F1+2, D-dimères) [21]. Ces observations suggèrent qu’il est plus facile de mettre en évidence une thrombose artérielle avec la GPV soluble qu’avec les autres marqueurs étudiés.

Ces études ont aussi révélé qu’au cours de l’infarctus du myocarde, les niveaux de GPV soluble étaient plus élevés chez les patients diabétiques [22] ou qu’ils étaient diminués par l’utilisation d’anti GPIIbIIIa [23]. Par contre, ces deux facteurs confondants coexistent dans ces deux travaux et leur influence respective sur les taux de GPV soluble n’a pas été clairement dégagée.

Une seule étude n’a pas pu mettre en évidence d’élévation de la GPV soluble à la phase aiguë de l’infarctus chez 31 patients [24]. Cependant, l’absence de groupe contrôle dans cette étude et le manque d’indications sur les traitements antithrombotiques concomittants ne permettent pas une interprétation correcte de ces résultats.
Tableau 1 Tableau récapitulatif des premières études cliniques utilisant le dosage de la GPV soluble. AOMI : artériopathie oblitérante des membres inférieurs ; AVCI : accident vasculaire cérébral ischémique ; IDM ST+ : infarctus du myocarde avec sus-décalage du segment ST ; IDM ST- : infarctus du myocarde sans sus-décalage du segment ST. ↗ : augmentation significative ; — : absence de variations significatives

Auteurs

Réf.

Pathologie

Nombre de patients

GPV soluble

Aleil et al.

[21]

IDM ST+

8

Angor instable, IDM ST-

19

Blann et al.

[31]

Athérosclérose coronaire

92

AOMI

95

Dempfle et al.

[24]

IDM ST+

31

Kamath et al.

[32]

Fibrillation auriculaire

238

Morel et al.

[22]

IDM ST+

52

Morel et al.

[23]

IDM ST+

50

Angor instable

12

Wolff et al.

[30]

AVCI

159

Angor instable et infarctus du myocarde sans élévation du ST

Par rapport à l’infarctus du myocarde transmural, les niveaux de GPV soluble sont moins affectés en présence d’un angor instable ou d’un infarctus du myocarde sans sus-décalage du segment ST [21, 23]. Ces résultats ne sont pas en désaccord avec les données de la littérature qui ne rapportent pas de manière systématique une élévation des marqueurs de thrombose et notamment des marqueurs de génération de thrombine au cours des angors instables [25-27]. L’absence d’élévation franche des taux de GPV soluble dans les angors instables/infarctus du myocarde sans sus-décalage du segment ST et la différence obtenue avec les infarctus transmuraux peuvent être expliquées de deux façons.

D’une part, les mécanismes thrombotiques dans l’angor instable impliquent surtout une activation plaquettaire et peu la génération de thrombine, contrairement à l’infarctus du myocarde transmural où la part thrombine est importante [28, 29]. La quantité plus faible de thrombine générée peut expliquer une moindre libération de GPV soluble chez les angors instables par rapport aux infarctus transmuraux.

D’autre part, l’absence d’élévation détectable de la GPV soluble dans le plasma des patients avec angor instable peut être due à la nature fugace de la thrombose. Malgré une demi-vie de circulation de la GPV soluble supérieure à 2 heures, les augmentations transitoires de GPV soluble ont pu échapper aux prélèvements sanguins [21].

Ces observations suggèrent que la GPV soluble pourrait servir d’outil pour différencier les mécanismes physiopathologiques entre l’angor instable, l’infarctus du myocarde sans élévation du segment ST et l’infarctus du myocarde transmural. Par contre, comme les marqueurs de génération de thrombine, la GPV soluble n’est probablement pas adaptée au diagnostic des angors instables chez les patients présentant une douleur thoracique aiguë [26].

Accidents vasculaires cérébraux ischémiques

Une seule étude a été menée pour évaluer les taux de GPV soluble au cours des accidents vasculaires cérébraux [30]. À l’image de l’infarctus du myocarde transmural, les patients présentant un accident vasculaire cérébral ischémique récent (délai médian : 1 jour) ont des taux de GPV soluble 1,4 fois supérieur à ceux des sujets contrôles. Dans cette étude, l’augmentation est très significative et semble peu influencée par la présence d’un traitement antithrombotique. De même, les taux de GPV soluble sont élevés de façon identique entre les différentes étiologies d’accident vasculaire cérébral ischémique et ne permettent pas de distinguer l’origine cardio-embolique, athérothrombotique ou lacunaire. Par contre, l’analyse multivariée montre une tendance à l’association de la GPV soluble à l’hypertension artérielle. Cette observation est intéressante car elle rejoint celle de Corseaux et al. décrite précédemment sur la libération de GPV soluble dans un modèle expérimental d’hypertension artérielle chez le rat [19]. Ceci suggère que la GPV soluble pourrait être utile pour comprendre les mécanismes qui lient hémostase, hypertension artérielle et accident vasculaire cérébral ischémique.

Situations à risque thrombotique

Actuellement, deux états à risque thrombotique ont été explorés, à savoir l’athérosclérose et la fibrillation auriculaire.

Athérosclérose

Deux catégories de patients avec maladie athéroscléreuse ont été explorées : les patients porteurs d’une maladie coronaire et ceux porteurs d’une artériopathie oblitérante des membres inférieurs. Chez ces patients, les taux plasmatiques de GPV soluble sont significativement élevés [31]. L’analyse multivariée de trois groupes de sujets (contrôles, coronariens et vasculaires périphériques représentant un total de 286 individus) montre que la GPV soluble est significativement liée à la présence d’une athérosclérose symptomatique, au tabagisme et là aussi à la présence d’une hypertension artérielle.

Dans cette étude, les taux plasmatiques de GPV soluble ne sont pas corrélés à ceux des autres marqueurs d’activation plaquettaire (P-sélectine soluble, β-thromboglobuline). Comme ces marqueurs ont des mécanismes différents de libération, ces observations suggèrent aux auteurs que l’utilisation conjointe de ces marqueurs de thrombose avec la GPV soluble permettrait d’appréhender plus précisément les mécanismes physiopathologiques impliqués au cours de l’athérogenèse.

À noter dans cette étude que les taux de GPV soluble sont globalement beaucoup plus élévés que ceux retrouvés dans les autres travaux. Cette différence est due essentiellement à des méthodes d’échantillonnage et de préparation particulières ainsi qu’à l’utilisation d’un kit de dosage de première génération.

Fibrillation auriculaire

Au cours de la fibrillation auriculaire, une activation latente de l’hémostase a déjà été mise en évidence par la libération de marqueurs de l’activation plaquettaire et de la fibrinolyse [3]. Dans ce cadre, Kamath et al. ont exploré 238 patients porteurs d’une fibrillation auriculaire et ont montré une augmentation significative des niveaux de GPV soluble (environ 1,5 fois) chez ces patients par rapport à un groupe contrôle de sujets en rythme sinusal et d’âge équivalent [32]. Dans la fibrillation auriculaire aussi, le dosage de la GPV soluble s’est montré suffisamment sensible pour mettre en évidence une activation plaquettaire par la thrombine.

Le traitement anticoagulant (antivitamine K) entraîne une diminution minime et non significative des taux de GPV soluble. La persistance d’une libération de GPV soluble en présence d’un traitement inhibant la coagulation peut être expliquée de deux façons. La première serait la coexistence au cours de la fibrillation auriculaire d’un clivage de la GPV par d’autres protéases que la thrombine par exemple par des protéases leucocytaires. La deuxième explication serait liée à la persistance de génération de traces de thrombine à la surface des plaquettes malgré le traitement anticoagulant.

Et la thrombose veineuse ?

À l’heure actuelle, seuls les thromboses et les états préthrombotiques de type artériel ont été explorés. La GPV soluble n’a pas encore été évaluée sur le versant veineux. La thrombose veineuse est essentiellement dépendante de la coagulation et implique peu les plaquettes sanguines. Compte tenu du rôle de la thrombine dans la libération de la GPV soluble, une augmentation des taux plasmatiques de GPV soluble ne serait pas surprenante chez les patients présentant une maladie thrombo-embolique veineuse aiguë. L’association GPV soluble et D-dimères pourrait être intéressante dans le diagnostic des thromboses veineuses et permettrait peut-être de discriminer la part inflammation qui perturbe l’interprétation des D-dimères.

Conclusions et perspectives

La GPV soluble est un marqueur plasmatique de thrombose qui a la particularité d’être hautement spécifique de l’activation des plaquettes par la thrombine. Cette caractéristique la distingue des autres marqueurs qui signent généralement soit une activation globale de la coagulation pour les marqueurs de génération de thrombine, soit une activation des plaquettes non spécifique d’un agoniste pour les marqueurs d’activation plaquettaire. De ce fait, elle apparaît comme un outil intéressant pour analyser les mécanismes impliqués dans les différentes situations thrombotiques ou préthrombotiques.

Dans les situations cliniques de thrombose artérielle aiguë coronaire ou cérébrale, les premières études cliniques ont montré que la GPV soluble était suffisamment sensible pour être significativement augmentée. Ces augmentations restent cependant de faible intensité ce qui en fait un marqueur peu discriminant à l’échelle individuelle et limite ses chances d’applications cliniques d’autant plus que d’autres outils d’investigations sont plus pertinents sur ce terrain (électrocardiogramme, dosage de la troponine, tomodensitométrie cérébrale). Par contre, cette sensibilité unique de la GPV soluble permet d’envisager la poursuite des investigations dans ce domaine pour mieux comprendre les phénomènes mis en jeu.

Dans les situations cliniques à risque thrombotique, athérosclérose, fibrillation auriculaire, la GPV soluble s’est aussi montrée sensible pour la mise en évidence d’une action de la thrombine sur les plaquettes. Dans ce domaine, l’absence d’outil d’investigation fiable et la plus grande complexité des mécanismes impliqués, permettent d’envisager des applications scientifiques et cliniques plus prometteuses. La GPV soluble pourrait être un marqueur prédictif du risque thrombotique et/ou un marqueur d’efficacité des traitements antithrombotiques ce qui doit maintenant être démontré par des études cliniques avec suivi à long terme.

Remerciements

Ce travail a reçu le soutien financier de l’Inserm, de la Fondation de France et de l’EFS-Alsace. Boris Aleil est post-doctorant et soutenu par une bourse de l’Armesa. François Lanza est titulaire d’un contrat d’interface avec les hôpitaux universitaires de Strasbourg.

Références

1 Fareed J, Hoppensteadt DA, Leya F, Iqbal O, Wolf H, Bick R. Useful laboratory tests for studying thrombogenesis in acute cardiac syndromes. Clin Chem 1998 ; 44 : 1845-53.

2 Gurney D, Lip GY, Blann AD. A reliable plasma marker of platelet activation : does it exist? Am J Hematol 2002 ; 70 : 139-44.

3 Lip GY, Lip PL, Zarifis J, et al. Fibrin D-dimer and beta-thromboglobulin as markers of thrombogenesis and platelet activation in atrial fibrillation. Effects of introducing ultra-low-dose warfarin and aspirin. Circulation 1996 ; 94 : 425-31.

4 Cazenave JP, Gachet C, Lanza F, Wiesel ML. Plaquettes et thrombose artérielle. Bull Acad Natl Med 2003 ; 187 : 35-44.

5 de Moerloose P, Michiels JJ, Bounameaux H. The place of D-dimer testing in an integrated approach of patients suspected of pulmonary embolism. Semin Thromb Hemost 1998 ; 24 : 409-12.

6 Nurden AT. Human platelet membrane glycoproteins. In : Bloom AL, Forbes CD, Thomas DP, Tuddenham EGD, eds. Haemostasis and thrombosis. Third Edition. Churchill Livingstone, 1994 : 115-65.

7 Modderman PW, Admiraal LG, Sonnenberg A, Von dem Borne AE. Glycoproteins V and Ib-IX form a noncovalent complex in the platelet membrane. J Biol Chem 1992 ; 267 : 364-9.

8 Vicente V, Houghten RA, Ruggeri ZM. Identification of a site in the alpha chain of platelet glycoprotein Ib that participates in von Willebrand factor binding. J Biol Chem 1990 ; 265 : 274-80.

9 Lopez JA, Andrews RK, Afshar-Kharghan V, Berndt MC. Bernard-Soulier syndrome. Blood 1998 ; 91 : 4397-418.

10 Lanza F. La glycoprotéine V : un substrat plaquettaire de la thrombine marqueur des thromboses et de la différenciation mégacaryocytaire. Hématologie 2000 ; 6 : 424-31.

11 Ravanat C, Morales M, Azorsa DO, et al. Gene cloning of rat and mouse platelet glycoprotein V : identification of megakaryocyte-specific promoters and demonstration of functional thrombin cleavage. Blood 1997 ; 89 : 3253-62.

12 Bienz D, Schnippering W, Clemetson KJ. Glycoprotein V is not the thrombin activation receptor on human blood platelets. Blood 1986 ; 68 : 720-5.

13 Cranmer SL, Ulsemer P, Cooke BM, et al. Glycoprotein (GP) Ib-IX-transfected cells roll on a von Willebrand factor matrix under flow. Importance of the GPib/actin-binding protein (ABP-280) interaction in maintaining adhesion under high shear. J Biol Chem 1999 ; 274 : 6097-106.

14 Kahn ML, Diacovo TG, Bainton DF, Lanza F, Trejo J, Coughlin SR. Glycoprotein V-deficient platelets have undiminished thrombin responsiveness and Do not exhibit a Bernard-Soulier phenotype. Blood 1999 ; 94 : 4112-21.

15 Moog S, Mangin P, Lenain N, et al. Platelet glycoprotein V binds to collagen and participates in platelet adhesion and aggregation. Blood 2001 ; 98 : 1038-46.

16 Wicki AN, Clemetson KJ. Structure and function of platelet membrane glycoproteins Ib and V. Effects of leukocyte elastase and other proteases on platelets response to von Willebrand factor and thrombin. Eur J Biochem 1985 ; 153 : 1-11.

17 Ravanat C, Freund M, Mangin P, et al. GPV is a marker of in vivo platelet activation--study in a rat thrombosis model. Thromb Haemost 2000 ; 83 : 327-33.

18 Azorsa DO, Moog S, Ravanat C, et al. Measurement of GPV released by activated platelets using a sensitive immunocapture ELISA--its use to follow platelet storage in transfusion. Thromb Haemost 1999 ; 81 : 131-8.

19 Corseaux D, Ollivier V, Fontaine V, et al. Hemostasis imbalance in experimental hypertension. Mol Med 2002 ; 8 : 169-78.

20 Berge E, Friis P, Sandset PM. Hemostatic activation in acute ischemic stroke. Thromb Res 2001 ; 101 : 13-21.

21 Aleil B, Mossard JM, Wiesel ML, Lanza F, Cazenave JP. Increased plasma levels of soluble platelet glycoprotein V in patients with acute myocardial infarction. J Thromb Haemost 2003 ; 1 : 1846-7.

22 Morel O, Hugel B, Jesel L, et al. Sustained elevated amounts of circulating procoagulant membrane microparticles and soluble GPV after acute myocardial infarction in diabetes mellitus. Thromb Haemost 2004 ; 91 : 345-53.

23 Morel O, Hugel B, Jesel L, et al. Circulating procoagulant microparticles and soluble GPV in myocardial infarction treated by primary percutaneous transluminal coronary angioplasty. A possible role for GPIIb-IIIa antagonists. J Thromb Haemost 2004 ; 2 : 1118-26.

24 Dempfle CE, Kaden JJ, Haase KK, Borggrefe M. Course of indicators of thrombin activity in the early phase of acute myocardial infarction : effect of fibrinolytic therapy and acute percutaneous coronary angioplasty. Thromb Haemost 2003 ; 90 : 147-54.

25 Manten A, de Winter RJ, Minnema MC, et al. Procoagulant and proinflammatory activity in acute coronary syndromes. Cardiovasc Res 1998 ; 40 : 389-95.

26 McKenzie ME, Pothula A, Gurbel PA, et al. Failure of thrombin generation markers to triage patients presenting with chest pain. Cardiology 1999 ; 92 : 53-8.

27 Becker RC, Bovill EG, Corrao JM, et al. Dynamic nature of thrombin generation, fibrin formation, and platelet activation in unstable angina and non-Q-wave myocardial infarction. J Thromb Thrombolysis 1995 ; 2 : 57-64.

28 Mizuno K, Satumora K, Miyamoto A, et al. Angioscopic evaluation of coronary artery thrombi in acute coronary syndromes. N Engl J Med 1992 ; 326 : 287-91.

29 TIMI IIIB Investigators. Effects of tissue plasminogen activator and a comparison of early invasive and conservative strategies in unstable angina and non-Q-wave myocardial infarction. Circulation 1994 ; 89 : 1545-56.

30 Wolff V, Aleil B, Giroud M, et al. Soluble platelet glycoprotein V is a marker of thrombosis in patients with ischemic stroke. (soumis).

31 Blann AD, Lanza F, Galajda P, et al. Increased platelet glycoprotein V levels in patients with coronary and peripheral atherosclerosis--the influence of aspirin and cigarette smoking. Thromb Haemost 2001 ; 86 : 777-83.

32 Kamath S, Blann AD, Chin BSP, et al. A study of platelet activation in atrial fibrillation and the effects of antithrombotic therapy. Eur Heart J 2002 ; 23 : 1788-95.


 

About us - Contact us - Conditions of use - Secure payment
Latest news - Conferences
Copyright © 2007 John Libbey Eurotext - All rights reserved
[ Legal information - Powered by Dolomède ]