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Grosse jambe d’origine carcinologique


Médecine thérapeutique Cardiologie. Volume 2, Number 3, 183-5, mai-juin 2004, Fait clinique



Author(s) : Jean‐Luc Daussin , 92, avenue Jean‐Jaurès, 67100 Strasbourg .

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ARTICLE

Auteur(s) : Jean-Luc Daussin

92, avenue Jean-Jaurès, 67100 Strasbourg

Ce patient de 75 ans est adressé par son médecin de famille pour une suspicion de thrombose veineuse du membre inférieur gauche. Il n’a pas d’antécédent vasculaire particulier. Depuis plusieurs semaines, il s’est constitué un œdème diffus du membre inférieur gauche, secondairement étendu à la cuisse. Cet œdème peut s’accompagner d’une tension douloureuse. L’examen clinique montre en fait un œdème bilatéral mais plus marqué du côté gauche (1,5 cm de circonférence en plus à la cheville). Le membre inférieur gauche apparaît empâté dans son ensemble. Le pli cutané est épaissi avec un signe de Stemmer positif (épaississement du pli cutané de la face dorsale du deuxième orteil), traduisant la composante lymphatique de l’œdème. Les pouls tibiaux sont perçus au doppler continu, amortis du côté gauche, en rapport avec une artériopathie sous-jacente. La palpation des plis inguinaux retrouve des tuméfactions correspondant à des adénopathies indurées. 

L’examen écho-Doppler montre des axes veineux profonds et superficiels perméables sans signe de thrombose au niveau jambier, poplité, fémoral, iliaque et cave. Les flux sont modulés et ne paraissent pas ralentis de manière significative par la compression. L’échographie met en évidence à l’aine, des images d’adénopathies, diffuses, bilatérales, le long des axes iliaques ainsi que le long des axes vasculaires rétropéritonéaux médians, aorte et veine cave inférieure (figures 1 et 2). Au niveau du creux inguinal gauche, il existe une image diffuse infiltrant les muscles de la face antérieure de la cuisse dans sa partie supérieure. Ces adénopathies se présentent comme des images ovoïdes, mesurant de 3 à 4 cm de grand axe pour les plus grandes, hypo-échogènes, plutôt hétérogènes et dont le sinus n’est pas visible. Au niveau du creux inguinal gauche, les images paraissent intriquées. Les flux dans l’aorte et la veine cave inférieure sont normaux mais on note la présence d’adénopathies au voisinage de ces vaisseaux (figure 3). L’échographie de l’abdomen retrouve une splénomégalie modérée (figure 4). Le diagnostic est à ce stade fortement évocateur d’une pathologie tumorale type lymphome, diagnostic qui sera confirmé secondairement.

Discussion

L’œdème observé chez ce patient est de type lymphatique avec un épaississement du pli cutané [1] et s’explique par les obstacles ganglionnaires gênant l’écoulement de la lymphe, en particulier du côté gauche où au niveau de la racine de la cuisse le lymphome est plus diffus, envahissant les masses musculaires. Il existe également une participation veineuse à cet œdème, conséquence de la gêne à l’écoulement du fait de la compression, même si celle-ci reste modérée. La persistance de l’œdème lors du décubitus s’explique par la composante lymphatique.

À l’échographie, les ganglions normaux sont de petite taille (inférieure à 15 mm), volontiers d’aspect fusiforme, avec un index de Solbiati (hauteur/largeur) supérieur à 2, un hile hyperéchogène et bien visible [2]. Les adénopathies pathologiques, en particulier carcinologiques, sont souvent de plus grand volume, volontiers hypoéchogènes, bien limitées et pouvant refouler les structures vasculaires adjacentes ; le hile n’est pas visible. La splénomégalie retrouvée dans environ un lymphome sur trois présente soit un aspect homogène aspécifique, soit un aspect hétérogène avec des lésions focales et des adénopathies hilaires [3].

Dans le bilan d’œdèmes des membres inférieurs, il faut d’abord éliminer une thrombose veineuse profonde. Chez ce patient, l’aspect clinique, la bilatéralité de l’œdème de type veino-lymphatique à dominante lymphatique, le contexte d’une symptomatologie évoluant à bas bruit depuis plusieurs semaines, ne plaident pas en faveur de la thrombose veineuse. Les adénopathies multiples, bilatérales, diffuses, typiques dans cette observation permettent d’évoquer le diagnostic de lymphome.

L’examen échographique de l’abdomen permet d’apporter des éléments au diagnostic, ici une pathologie ganglionnaire est en cause, mais il pourrait s’agir d’une hépatomégalie d’origine cardiaque compliquée d’une ascite expansive par exemple. Cependant, l’échographie ne permet pas toujours d’apporter une contribution au diagnostic étiologique. Dans ce cas, l’examen présente l’avantage essentiellement d’éliminer une cause veineuse, qu’il s’agisse d’une thrombose ou d’une insuffisance veineuse superficielle ou profonde.

Références

1. Partsc H, Rabe E, Stemmer R. Traitement compressif des membres. Éditions phlébologiques françaises, 2000.

2. Melki Ph, Hélénon O, Cornud F. Echo-Doppler vasculaire et viscéral. Masson, 1999.

3. Bonnin A, Broussouloux C, Convard J-P, Legmann P, Seguin G. Échographie. Masson, 2 e édition 2000.


 

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