ARTICLE
Auteur(s) : Bruno Pannier
Service de médecine, Hôpital Manhès, 8, Grande-Rue,
91712 Fleury-Mérogis Cedex
Le diabète, de prévalence croissante en France [1, 2], expose de
façon dramatique au risque coronaire.
La problématique du cardiologue dans la stratégie préventive
cardiovasculaire du diabétique de type 2 concerne le
bien-fondé d’un dépistage chez le patient asymptomatique, le choix
de la stratégie interventionnelle, l’application des résultats
récents de prévention du risque chez ces patients, à savoir le
contrôle strict de la pression artérielle, la prise en compte des
anomalies lipidiques le plus tôt possible, la prescription de
statines « protectrices », la protection globale par les
médicaments du système rénine angiotensine et, chez l’hypertendu
contrôlé, un traitement anti-agrégant par aspirine.
Dépistage de la maladie coronaire chez le diabétique
asymptomatique
Le bien-fondé de cette attitude est lié à l’évaluation du risque
cardiovasculaire et coronaire chez le diabétique. Nous disposons de
différentes et larges études dans les pays du Nord de l’Europe.
Elles apparaissent relativement discordantes mais elles sont issues
de populations différentes (cohortes rétrospectives ou non) et
concernent parfois de petits effectifs dans le groupe de
comparaison. On pourrait considérer un possible gradient Nord-Sud
dans le risque mais il manque d’argument dans les pays du Sud de
l’Europe, pour l’affirmer (tableau 1).
Ainsi le projet Score [3], évaluant les risques cardiovasculaires à
10 ans dans les pays d’Europe avec étude spécifique en Europe
du Nord et Europe du Sud, n’intègre aucune donnée chez le
diabétique par absence de résultats disponibles. Les données
françaises (CépiDc-Inserm) ne concernent que la mortalité attribuée
au diabète. En 1999, un décès sur deux chez les diabétiques était
d’origine cardiovasculaire et un sur cinq d’origine ischémique
myocardique [4]. Ainsi, et peut-être par défaut à l’heure actuelle,
on peut globalement statuer que le diabétique en prévention
primaire est exposé à un risque de mortalité coronaire voisin de
celui des patients suivis en prévention secondaire. Dans l’étude
finlandaise [5], ce risque était de 20 % à 7 ans.
Tableau 1. Analyses de régression
logistique comparant l’impact de l’absence de diabète et présence
d’antécédent coronaire (D-CAD+ : prévention secondaire)
versus la présence de diabète sans antécédent coronaire
(D+CAD– : prévention primaire) sur l’exposition au risque
cardiovasculaire ou infarctus du myocarde dans trois études de
cohortes en Europe du Nord.
Ainsi, dans l’étude de Haffner et al., les deux populations
ont le même risque, ce qui n’est ultérieurement retrouvé que chez
les femmes dans la Hoorn Study
|
Auteur |
Pays concerné |
Nombre de patients |
Suivi (ans) |
Risque relatif : D–CAD+ vs D+CAD– : |
|
Haffner et al. [5] |
Finlande |
1 373 (Diab : 1 059) |
7 |
Infarctus du myocarde : 1,2 (0,6-2,4) : NS
(ajusté tous FdR) |
|
Evans et al. [36] |
Ecosse |
10 891 (Diab : 3 477) |
11* |
Décès cardiovasculaire : 2,93 (2,54-3,41)
Hospitalisations pour infarctus du myocarde : 3,10
(2,57-3,73) |
|
Hoorn Study [37] |
Hollande |
2 461 (Diab : 208) |
10,2 |
Hommes : 1,5 (1,3 à 1,9) Femmes : 1,0 (0,6 à 1,7) :
NS |
* Rétrospectif
Diab : diabétiques ; D– : absence de diabète ;
CAD+ : antécédent de coronaropathie ; NS : non
significatif
Cette ischémie silencieuse potentielle doit faire l’objet d’une
interrogation systématique devant tout diabétique asymptomatique
non encore exploré quel que soit son âge à partir de la quatrième
décennie, sauf circonstances très particulières d’atteinte des
organes cibles ou d’accumulation de facteurs de risque [6-10].
Cependant, il n’existe pas encore de consensus officiel sur les
critères retenus pour mettre en route ce dépistage. L’Anaes devrait
présenter les résultats d’un groupe de travail. Les enjeux sont
importants car, de façon globale dans la plupart de ces études, une
coronaropathie est présente chez moins de 10 % des patients
diabétiques tout venant étudiés. Déterminer les variables qui
augmentent la prédictibilité optimisera donc la stratégie de
dépistage. Les pistes suggérées par les travaux de la littérature
semblent orienter sur l’existence d’artériopathie, de
microalbuminurie, d’hypertrophie du ventricule gauche
échographique, de sujets de plus de 60 ans, voire de plus de
deux autres facteurs de risques.
Choix de la stratégie interventionnelle et apport des
améliorations techniques des années récentes
Avec l’étude Bari [11] réalisée entre 1988 et 1991 avec un suivi
de 5,4 ans, le bénéfice de la revascularisation chirurgicale
chez le diabétique était évident. Mais, heureusement, depuis cette
période, les progrès en termes de revascularisation endovasculaire
sont considérables, techniquement d’abord avec le stenting,
par les apports des antagonistes des récepteurs GPIIbIIIa et, tout
récemment, les stents coatés. Nous n’avons (n’aurons ?) pas de
nouvelle étude publiée comme celle de Bari comparant chirurgie, en
particulier tout artériel, et nouvelles techniques d’angioplastie.
Mais les études évaluant le bénéfice des anti-GPIIbIIIa et des
stents coatés montrent le bénéfice apporté par rapport à
l’angioplastie isolée étudiée dans le début des années 1990. Les
inhibiteurs des récepteurs plaquettaires IIbIIIa ont montré, en
particulier l’abciximab dans l’étude Epistent [12], le bénéfice
apporté par cette molécule en cas de stenting. Le
sous-groupe de 491 diabétiques issus de cette étude a donc été
suivi 1 an après randomisation dans un des trois groupes de
stratégie : 173 stentés sous placebo, 162 stentés
sous abciximab, 156 avec angioplastie sous abciximab. Le critère
d’analyse (combinaison de décès à 6 mois, infarctus du
myocarde ou revascularisation de l’artère cible) a été observé chez
25,2 % des patients stent-placebo, 23,4 % des patients
angioplastie-abciximab et seulement 13 % des patients
stent-abciximab (p = 0,005). La resténose à 6 mois
est survenue respectivement dans 16,6 %, 18,4 % et
8,1 % des cas (p = 0,021). Il est clair que le
bénéfice d’une stratégie stenting et anti-GPIIbIIIa (en
l’occurrence ici abciximax) est majeur dans cette population de
patients à haut risque à moyen terme. En effet, la mortalité à
1 an, bien que réduite de moitié, ne l’était pas
significativement chez les diabétiques : 4,1 %
stent-placebo et 1,2 % stent-abciximab (NS,
p = 0,1). Dans la totalité de la population (non
diabétique surtout) issue des États-Unis et du Canada [13], la
différence de taux de décès à 1 an observée était par contre
significative : respectivement, 1 % des 794 patients
stent-abciximab et 2,4 % des 809 patients stent-placebo
(hazard ratio = 0,43 [95 %
CI = 0,19-0,97], p = 0,037). De plus, cette
publication évoque d’un point de vue économie de santé, donc en
Amérique du Nord, le bénéfice économique apporté par la prévention
du risque bien que tenant compte du surcoût de la procédure, mais
nous ne disposons pas de la même analyse pour les diabétiques... Le
mécanisme pourrait ne pas passer par une quelconque réduction de la
prolifération myointimale intra-stent. L’étude Dante par
écho-endo-coronaire [14] a montré l’absence de différence à
6 mois entre groupes stent-placebo (n = 46) et
stent-abciximab (n = 45). Cependant, il n’y avait pas de
bénéfice clinique à 1 an ni de différence significative en
termes de reperfusion pour resténose (10,6 % abciximab
versus 16,3 % placebo), toujours à 1 an. Enfin, il
apparaît que le tirofiban apporte un bénéfice similaire à celui de
l’abciximab, en particulier dans le sous-groupe des patients
diabétiques de l’étude Target [15] à 1 an.
Quant aux stents coatés, l’étude Sirius [16] montre leur
bénéfice chez les diabétiques. Parmi les 1 058 patients
inclus, 279 diabétiques (26 %) ont été traités soit par
stent coaté avec sirolimus, soit par stent simple. Dans la
population globale, dès le 9e mois de suivi, la
différence entre les groupes concernant la revascularisation pour
resténose était significative : respectivement 4,1 %
versus 16,6 % (p < 0,001). La différence
était plus nette, dans la population totale, à 1 an :
respectivement 4,9 % versus 20 %
(p < 0,001). L’analyse en sous-groupe montre un
bénéfice significatif chez les diabétiques. Or, le statut
diabétique est un des paramètres favorisant la resténose en analyse
multivariée (OR = 1,74), de même que diamètre initial
(OR = 0,50) et longueur de la lésion
(OR = 1,04). Cependant, chez les patients traités par le
stent sirolimus, l’existence d’un diabète ne participait plus à la
physiopathologie de la resténose, montrant le rôle favorable du
sirolimus dans cette population. Par ailleurs, le diamètre du
vaisseau stenté reste un paramètre favorisant la resténose chez le
diabétique (tableau 2) : il existe
une nette influence du diabète sur la survenue d’une resténose en
fonction du diamètre du vaisseau et de la longueur de la
lésion : les petites artères ont une sensible perte de
bénéfice liée au sirolimus, ce qui est moins apparent chez le
non-diabétique. Les analyses avec écho-endo-vasculaire dans un
sous-groupe de l’étude Ravel montrent chez les diabétiques une
abolition de la prolifération myointimale avec le stent coaté par
sirolimus [17], similaire chez le non-diabétique d’ailleurs,
versus taux de resténose de 42 %
(p < 0,001) sous stent simple chez les diabétiques à
6 mois.
Tableau 2. Réductions relatives de la
resténose à 1 an observées dans le groupe sirolimus
versus stent simple dans l’étude Sirius en fonction de la
présence de diabète. D’après [16])
| Diamètre du vaisseau |
Longueur de la lésion |
|
< 12 mm |
12 ≤ 15 mm |
> 15 mm |
| Non
diabétiques |
|
|
|
|
< 2,5 mm |
76,6 % |
76,0 % |
74,7 % |
|
2,5 mm ≤ < 3 mm |
77,6 % |
77,1 % |
76,2 % |
|
> 3 mm |
78,5 % |
78,1 % |
77,5 % |
|
Diabétiques |
|
|
|
|
< 2,5 mm |
74,1 % |
73,1 % |
71,0 % |
|
2,5 mm ≤ < 3 mm |
75,8 % |
75,0 % |
73,4 % |
|
> 3 mm |
77,2 % |
76,7 % |
75,6 % |
En résumé, si nous ne disposons pas d’étude comparative avec la
chirurgie, en particulier tout artériel, les résultats de l’étude
Bari obtenus il y a près de 15 ans ne sont plus exploitables.
Les bénéfices de l’utilisation des anti-GPIIbIIIa et surtout (sans
doute) des stents coatés, en tout cas à court ou moyen terme
(1 an) dans l’état actuel de nos connaissances, sont
indiscutables et vont transformer le pronostic de nos
revascularisations chez les patients à haut risque de resténose,
même si le bénéfice concernant les petites artères reste
imparfait.
Contrôle tensionnel
Le seuil de cible tensionnel est plus bas en cas de diabète que
chez le non-diabétique. Ce point est fondamental car il implique
que l’association des deux pathologies est fréquente d’où le statut
de risque élevé dans le diabète. Les recommandations françaises sur
la prise en charge de l’hypertension légère à modérée (Anaes, 2000)
considèrent ainsi un seuil de 140/80 mmHg, légèrement plus
élevé que dans les recommandations de l’OMS-ISH et Société
européenne d’hypertension et de cardiologie (ESH-ESC,
2003 [18]).
Or, pour des valeurs tensionnelles finalement plus élevées,
l’étude UKPDS [19] a clairement établi le bénéfice indiscutable
(sur le critère combiné) d’un contrôle strict de la pression
artérielle par le traitement (IEC ou bêtabloquant) jusqu’à une
cible inférieure à 150/85 mmHg (tableau
3, figure 1).
Les valeurs finales dans le groupe traitement strict étaient :
144/83 mmHg dans le groupe IEC et 143/91 dans le groupe
bêtabloquant (figure
1) par rapport au groupe avec cible moins stricte :
154/87 mmHg. Il n’y a pas eu de différence significative entre
les groupes IEC et bêtabloquant. Or, dans cette étude, le contrôle
glycémique était satisfaisant mais imparfait, l’hémoglobine glyquée
était à 8,3 % pendant les 5e et 8e
années. Clairement, le bénéfice du contrôle tensionnel est majeur
et vient, en plus du contrôle glycémique, favoriser un meilleur
pronostic.
Tableau 3. Événements (critères
secondaires) et risque relatif pour le groupe de contrôle
tensionnel strict dans l’étude UKPDS. (D’après [19])
| Événements |
Risque absolu
(éven./1 000 patients/année) |
|
| Contrôle strict |
Contrôle non strict |
Risque relatif (pour controle strict) |
| Mortalité toutes causes |
22,4 |
27,2 |
0,82 (0,63-1,08)* |
| Infarctus du myocarde |
18,6 |
23,5 |
0,79 (0,59-1,07)* |
| Accident vasculaire cérébral |
6,5 |
11,6 |
0,56 (0,35-0,89) |
| Atteinte microvasculaire |
12 |
19,2 |
0,63 (0,44-0,89) |
| Atteinte vasculaire périphérique |
1,4 |
2,7 |
0,51 (0,19-1,37)* |
* NS
L’étude HOT (hypertension optimal treatment study) [20] a
inclus un petit sous-groupe de diabétique, environ 8 % des
17 710 patients hypertendus définitivement inclus. Trois
groupes de traitement étaient définis avec une valeur cible de PAD
différente : 80 mmHg, 85 mmHg, 90 mmHg. Les
cibles ont été atteintes avec une PAD globale de 82,6 mmHg,
soit 92 % de répondeurs pour la PAD de 90 mmHg [21, 22].
Bien que modeste quantitativement, le groupe des diabétiques a
particulièrement bénéficié du contrôle très strict tensionnel
diastolique [21] avec encore un risque globalement doublé chez les
diabétiques malgré le contrôle tensionnel diastolique.
Contrôle des anomalies lipidiques
La prévalence des anomalies lipidiques est importante chez le
diabétique de type 2. Dans l’étude Phare II [23] en France
(877 patients diabétiques et 5 190 hypertendus sur
les 12 342 patients), les diabétiques présentaient une
dyslipidémie (LDL cholestérol : critères Afssaps
2000 [24]) dans 61 % des cas.
Les statines et certains fibrates ont montré le bénéfice
indiscutable de la correction des troubles lipidiques en prévention
primaire ou secondaire, mais certaines statines ont montré un rôle
cardioprotecteur. Dans l’étude HPS [25] (20 536 patients
à haut risque cardiovasculaire), le taux de LDL cholestérol initial
n’était que de 1,31 g/l (3,4 ± 0,8 mmol/l). Le
bénéfice global a été marqué, avec un suivi de 5 ans, par une
réduction d’environ un quart des événements coronaires létaux ou
non, des accidents vasculaires cérébraux, des revascularisations
coronaires ou non et, surtout, de la mortalité toutes causes et des
événements cardiovasculaire majeurs :
5 963 diabétiques (en Grande-Bretagne) ont été inclus
[26] ; la réduction significative de l’incidence du premier
infarctus non létal ou de décès coronaire a été de 27 %
(15-38, p < 0,0001) (tableau 4). L’autorisation de mise sur le
marché de la simvastatine a avalisé ces résultats pour nos patients
à haut risque.
Médicaments du système rénine-angiotensine, protecteurs du
risque global et du risque rénal
L’étude Hope [27] a montré le bénéfice d’un IEC (ramipril forte
dose 10 mg/j) chez des patients homme ou femme
(> 55 ans) avec maladies cardiovasculaires (coronaire,
AVC, artérite des membres inférieurs ou diabète, avec au moins un
autre facteur de risque) : 3 578 diabétiques ont été
inclus, dont 1 137 n’avaient pas de manifestation de
maladie cardiovasculaire. Ces derniers ont présenté dans le groupe
placebo deux fois moins d’événements que les diabétiques avec
antécédent cardiovasculaire. Le bénéfice est indiscutable chez les
patients sous IEC : de 22 à 27 % de réduction de risque
selon l’événement considéré. Traiter tout diabétique présentant un
autre facteur de risque (tableau 5) par
un IEC (ici le ramipril) est donc clairement souhaitable mais avec
une dose forte : l’étude Diabhycar avec seulement 1,25 mg
de ramipril n’a pas montré de bénéfice [28].
Tableau 4. Événements et risque
relatif pour les patients diabétiques dans l’étude HPS. (D’après
[26])
|
Événements |
Réduction risque relatif |
p |
|
Événements combinés (premier infarctus non létal ou décès
coronaire) |
27 % (15-38) |
0,0001 |
|
Mortalité coronaire |
20 % (4-34) |
0,02 |
|
Premier infarctus du myocarde non létal |
37 % (20-50) |
0,0002 |
Tableau 5. Événements (critères
secondaires) dans l’étude Hope concernant les patients diabétiques.
D’après [27]
| Événements |
Ramipril |
Placebo |
Réduction risque relatif |
p |
| Nombre (% âge) |
(n = 1 808) |
(n = 1 769) |
|
|
| Événements combinés |
277 (15,3 %) |
351 (19,8 %) |
25 % (12-36) |
0,0004 |
| Infarctus du myocarde |
185 (10,2 %) |
229 (12,9 %) |
22 % (6-36) |
0,01 |
| Accident vasculaire cérébral |
76 (4,2 %) |
108 (6,1 %) |
33 % (10-50) |
0,0074 |
| Décès cardiovasculaire |
112 (6,2 %) |
172 (9,7 %) |
37 % (21-51) |
0,0001 |
| Décès toutes causes |
196 (10,8 %) |
248 (14,0 %) |
24 % (8-37) |
0,004 |
| Néphropathie confirmée |
117 (6,5 %) |
149 (8,4 %) |
24 % (3-40) |
0,027 |
La pathologie rénale qui s’exprime très tôt par la
microalbuminurie, aboutit à la protéinurie puis, à terme, à
l’insuffisance rénale terminale qui impose la dialyse, est de très
mauvais pronostic chez le diabétique [29]. Insuffisamment
considérée puis insuffisamment prise en charge jusqu’ici, elle peut
maintenant être prise en charge précocement efficacement comme
l’ont montré quatre études majeures ces trois dernières années.
Avec l’association périndopril-indapamide, l’étude Premier [30] a
confirmé l’amélioration du pronostic rénal chez le diabétique par
rapport à l’énalapril pendant 12 mois. Les ARA2 semblent
cependant incontournables. Les autorisations de mise sur le marché
de deux ARA2, irbésartan et losartan, ont ainsi validé les
résultats majeurs bénéfiques observés dans trois études
définitives, à la suite de l’amélioration des événements non
rénaux : Irma2 [31] IDNT [32] avec irbésartan et Renaal [33]
avec losartan. D’autres études beaucoup moins longues et seulement
fondées sur la réduction de microalbuminurie ont permis de
confirmer le rôle favorable des ARA2 dans cette indication,
indépendant ou partiellement indépendant de la pression
artérielle.
Traitement par aspirine à faible dose (75 mg) chez
l’hypertendu normalisé
L’étude Hot déjà citée ci-dessus [20], pratiquée chez des
hypertendus avec un succès tensionnel diastolique, a montré le
bénéfice potentiel d’un traitement par aspirine à faible dose
(75 mg/j) versus placebo. Chez les diabétiques ayant
participé, l’avantage de l’aspirine a été clair [34] :
réduction d’au moins 15 % des événements cardiovasculaires, de
l’infarctus du myocarde d’au moins 36 % sans effet sur les
accidents vasculaires cérébraux. Les effets indésirables à type de
saignement observés semblent être compensés par le bénéfice observé
et il n’y a pas eu d’aggravation de la rétinopathie diabétique.
Mais, il faut le rappeler, 92 % des patients présentaient une
importante réduction de la pression artérielle diastolique :
< 90 mmHg. En l’absence de pression artérielle
normalisée, le bénéfice n’est pas montré.
Conclusion
L’amélioration du pronostic coronaire, une des premières causes
de mortalité chez le diabétique de type 2, doit passer par une
stratégie volontariste globale de prise en charge du dépistage à
bon escient de la maladie coronaire asymptomatique, procédures de
revascularisation adaptées, normalisation des pressions
artérielles, aspirine à très faible dose après normalisation
tensionnelle, IEC à dose forte, ou ARA2 en présence de
microalbuminurie, même si la pression est déjà normalisée,
traitement par statine (simvastatine, étude HPS) pour protection
cardiovasculaire. Les règles hygiéno-diététiques sont bien sûr
essentielles, les études concernant ce type d’intervention ont
largement montré le bénéfice d’une telle prise en charge chez des
patients pourtant difficiles [35].
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