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Les anémies d’origine digestive du sujet âgé


Médecine thérapeutique. Volume 14, Number 2, 90-5, mars-avril 2008, Mise au point

DOI : 10.1684/met.2008.0150

Résumé  

Author(s) : Emmanuel Andrès, Khalid Serraj, Laure Federici, Thomas Vogel, Ecaterina Ciobanu , Service de médecine interne, diabète et maladies métaboliques, Clinique médicale B, Hôpital civil, Hôpitaux universitaires de Strasbourg, 1 place de l’Hôpital, 67 091 Strasbourg cedex, France, Service de médecine interne et de gériatrie, Hôpital de la Robertsau, Hôpitaux universitaires de Strasbourg.

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ARTICLE

Auteur(s) : Emmanuel Andrès1, Khalid Serraj1, Laure Federici1, Thomas Vogel2, Ecaterina Ciobanu1

1Service de médecine interne, diabète et maladies métaboliques, Clinique médicale B, Hôpital civil, Hôpitaux universitaires de Strasbourg, 1 place de l’Hôpital, 67 091 Strasbourg cedex, France
2Service de médecine interne et de gériatrie, Hôpital de la Robertsau, Hôpitaux universitaires de Strasbourg

L’anémie est fréquente chez le sujet âgé. Il s’agit d’une source importante de comorbidité et surtout de surmortalité chez ces sujets ayant d’autres pathologies sous-jacentes [1]. Elle altère également considérablement la qualité de vie et les fonctions cognitives et physiologiques des patients. Chez la personne âgée, les étiologies de l’anémie sont diverses et multiples. Elles sont dominées par les maladies chroniques, souvent associées à l’insuffisance rénale et à l’inflammation, et les causes digestives habituellement à l’origine des carences en fer, en acide folique et/ou en vitamine B12 [2, 3]. Ces dernières, dont le diagnostic et le traitement sont relativement aisés, sont donc importantes à rechercher afin d’éviter des conséquences d’autant plus dramatiques que le diagnostic est tardif et les carences profondes et associées.

Dans cet article, nous essayons à travers une revue exhaustive de la littérature de faire le point sur les particularités des anémies à point de départ digestif (« anémies digestives ») du sujet âgé et leurs principales implications diagnostiques et thérapeutiques pratiques.

Quelle définition et quel seuil pour explorer l’anémie du sujet âgé ?

Chez le sujet âgé comme dans le reste de la population, l’OMS définit l’anémie par la présence d’un taux d’hémoglobine inférieur à 12 g/dl chez la femme et à 13 g/dl chez l’homme [1, 4]. Mais en pratique, le taux d’hémoglobine à partir duquel un bilan étiologique approfondi doit être mené dans cette population est loin d’être aussi bien défini.

En effet, dans le contexte classique de comorbidité et de modifications physiologiques multiples qui caractérisent le sujet âgé, le seul chiffre d’hémoglobine n’est certainement pas suffisant pour : i) définir ou éliminer une situation pathologique et ii) enclencher d’éventuelles explorations à visée étiologique. Il doit plutôt être intégré dans le contexte clinique global [3, 5, 6]. Divers travaux récents ont essayé d’analyser la « rentabilité » diagnostique en fonction du pourcentage de baisse du taux d’hémoglobine. Le plus intéressant est celui de Chassagne et al. qui ont montré qu’une baisse de plus de 20 % par rapport à la valeur normale d’hémoglobine s’associait à une valeur prédictive positive de 100 % de trouver un diagnostic étiologique spécifique à l’anémie [5]. En pratique, il est actuellement admis qu’un taux inférieur à 10 g/dl doit être considéré systématiquement comme une anomalie à part entière avec toutes les implications pratiques quant à la nécessité d’un bilan étiologique complet et d’une prise en charge thérapeutique spécifique [7].

Quelle épidémiologie et quelle étiologie pour l’anémie du sujet âgé ?

Toutes les données de la littérature montrent une augmentation de la prévalence de l’anémie avec l’âge, notamment après 65 ans [1, 6, 8]. Certains auteurs ont mis en évidence une augmentation de cette prévalence chez les patients de sexe masculin et chez les Afro-américains [9]. Les données épidémiologiques américaines du NHANES III (Third National Health And Nutrition Examination Survey) montrent, par ailleurs, une différence non négligeable de cette prévalence en fonction du mode de vie des patients. Ainsi, chez les hommes de plus de 65 ans et vivant en institution, 11 % ont une anémie versus 6,1 % dans la population générale (cette donnée n’est pas retrouvée pour les femmes) [10, 11].

Les anémies d’origine digestive représentent, avec les maladies chroniques à type d’insuffisance rénale et d’inflammation chronique, les deux principaux cadres étiologiques de l’anémie chez le sujet âgé [1, 2, 12, 13]. Dans l’étude du NHANES III, 34 % des patients avaient un déficit en vitamine B12, en acide folique et/ou en fer dont le point de départ potentiel était digestif, 12 % avaient une insuffisance rénale chronique, 20 % avaient une maladie chronique et 34 % avaient une étiologie indéterminée [10]. Dans le groupe des anémies digestives, 60 % étaient des déficits en fer le plus souvent dus à un saignement digestif chronique. Dans notre expérience, nous observons également une prédominance des maladies chroniques et des étiologies digestives et carentielles (sur 300 patients âgés de plus de 65 ans). La figure 1 résume les principales données de notre étude (communication personnelle).

Quelle hématopoïèse chez le sujet âgé ?

Chez le sujet âgé, on décrit une diminution de la réactivité médullaire, notamment au stress, dont les mécanismes ne sont pas encore bien élucidés et qui explique d’une part l’absence fréquente de réticulocytose significative (en rapport avec le taux d’hémoglobine), même quand l’anémie est d’origine périphérique, comme c’est le cas dans les anémies digestives, et d’autre part l’apparition et/ou l’aggravation de l’anémie dans des contextes de comorbidité ou de stress de manière générale. Il convient néanmoins de noter que l’hématopoïèse en conditions basales est préservée y compris chez le vieillard. La baisse de testostérone chez les patients de sexe masculin a été incriminée dans la genèse de l’anémie chez le sujet âgé par le biais d’une diminution de l’érythropoïèse [14].

Il a été démontré récemment que la plupart des pathologies chroniques, très fréquentes à cet âge, s’accompagnent d’une baisse quantitative et qualitative de l’érythropoïèse en dehors de toute myélosuppression directe. Cette baisse serait due à une sécrétion inappropriée de cytokines pro-inflammatoires dont l’interféron β et γ, l’interleukine-1 et surtout l’interleukine-6 qui a la capacité d’interagir avec les récepteurs d’érythropoïétine et d’altérer l’absorption digestive du fer. Le rôle de l’hepcidine dans la baisse de l’érythropoïèse a également été suggéré et documenté. Cette surproduction de cytokines a été observée dans les infections mais aussi dans les pathologies malignes, les inflammations chroniques, le diabète et dans l’insuffisance cardiaque [15-17].

Quelles particularités cliniques pour l’anémie du sujet âgé ?

Il faut souligner le caractère multifactoriel pratiquement constant de l’anémie du sujet âgé qui est à l’origine de tableaux cliniques et biologiques atypiques et de difficultés thérapeutiques plus fréquentes que chez le sujet jeune. Près de la moitié des anémies du sujet âgé présente au moins 2 voire 3 causes principales, le plus souvent intriquées. En pratique, la symptomatologie propre des maladies ou désordres digestifs responsables d’anémies (« anémies digestives ») comme les œsophagites, le reflux gastro-œsophagien, les ulcères gastriques liés ou non à Helicobacter pylori, les gastrites, la maladie de Biermer, les diverticuloses, les cancers digestifs, la maladie cœliaque, les maladies inflammatoires digestives… rajoute à la confusion ou à l’atypie des tableaux cliniques et/ou biologiques [7].

Chez le sujet âgé, l’installation insidieuse et les manifestations atypiques dominent le tableau clinique de l’anémie d’origine digestive et imposent une vigilance accrue du praticien. En effet, à côté du syndrome anémique, souvent peu prononcé dans les déficits d’installation progressive, l’anémie peut se manifester uniquement par une fatigabilité inexpliquée, par des signes de retentissement viscéral à type de troubles cognitifs, de syndrome dépressif ou encore de complications aiguës dont les exemples les plus typiques sont les poussées d’insuffisance cardiaque ou respiratoire [1, 2, 18]. Par ailleurs, la tolérance clinique de l’anémie chez le sujet âgé est moins bonne que chez le sujet jeune, et qu’il n’y a pas de proportionnalité entre la profondeur de l’anémie et la sévérité du tableau clinique.

En plus de la mise en évidence du syndrome anémique, l’examen clinique du sujet âgé, au même titre que chez le jeune, se doit de rechercher éventuellement des signes spécifiques pouvant orienter vers l’origine digestive de cette anémie (plus du tiers des étiologies des anémies du sujet âgé) : douleurs abdominales, dysphagie, vomissements, hématémèse, melæna, détection de sang occulte lors d’un test de dépistage, malabsorption… Il s’y ajoute des signes propres liés à la carence associée à la maladie digestive. Ainsi, des troubles trophiques, un prurit ou des anomalies morphologiques et/ou fonctionnelles œsophagiennes (syndrome de Plummer Vincent) doivent faire évoquer une carence martiale [19]. La recherche d’une glossite ou d’anomalies neuropsychiques est importante dans le cadre d’un déficit en vitamine B12 ou en acide folique [20]. Dans le tableau 1, nous résumons les principales manifestations cliniques rencontrées dans les déficits foliques ou en vitamine B12 chez le sujet âgé [20-22]. Classiquement, la carence martiale et/ou l’inflammation et la carence folique et/ou en vitamine B12 se traduisent respectivement par une microcytose et une macrocytose [21]. Cette dichotomie n’est toutefois valable chez le sujet âgé que s’il s’agit d’un déficit exclusif. Or, dans la vie courante, les déficits sont souvent combinés et les tableaux biologiques sont de ce fait souvent déroutant.

Tableau 1 Principales manifestations cliniques du déficit en vitamine B12 et/ou en acide folique

Manifestations neuro-psychiatriques

Manifestations digestives

Autres manifestations

Fréquentes :

Fréquentes :

Atrophie vaginale

Sclérose combinée de la moelle

Glossite de Hunter

Infections urogénitales

Polynévrites

Ictère hémolytique

Thrombose

Ataxies

Angor

Babinski

Autres :

Douleur abdominale

Rares :

Troubles du transit

Syndrome cérébelleux

Atteinte des paires crâniennes

Troubles sphinctériens

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Autres :

Troubles mnésiques

Démence

Athérosclérose

Syndrome parkinsonien

Dépression

Quelles complications pour l’anémie du sujet âgé ?

Comme toute anémie chez le sujet âgé, les complications des anémies digestives sont multiples, fréquentes et parfois graves. Elles reflètent la souffrance tissulaire hypoxique et sont à l’origine d’un risque accru de morbi-mortalité. Dans une étude longitudinale menée sur 10 ans par Izaks et al., la présence d’une anémie était corrélée à une mortalité accrue chez les patients de plus de 85 ans, avec un risque relatif de 2,29 chez les hommes et 1,60 chez les femmes [4]. Dans la même étude, il y avait une corrélation directe et étroite entre le degré de l’anémie et l’incidence de mortalité. Les complications les plus fréquentes d’une anémie sont l’angor, qui traduit l’hypoxie myocardique, les poussées d’insuffisance cardiaque, les troubles des fonctions supérieures et l’ostéopénie avec augmentation du risque fracturaire [1, 6, 9]. Ces complications peuvent être la seule manifestation objective de l’anémie et peuvent survenir alors que l’anémie est très discrète. L’urgence clinique doit donc être jugée, non pas sur la valeur de l’hémoglobine mais aussi et surtout sur la tolérance clinique et l’importance du retentissement sur les fonctions vitales [1]. Il s’y ajoute comme de bien entendu les conséquences propres de l’atteinte digestive causale sur le pronostic qui est également à prendre en compte.

Quel profil étiologique des anémies digestives du sujet âgé

Il est important à rappeler ici le caractère multifactoriel fréquent de l’anémie chez le sujet âgé. La recherche systématique d’une éventuelle cause associée, ici digestive, qui pourrait avoir une influence sur la prise en charge ultérieure, est donc primordiale avant de retenir la responsabilité exclusive de la carence dans la genèse de l’anémie. Pour simplifier la présentation, nous aborderons successivement les causes digestives responsables de carence en fer, puis en folates et vitamine B12. Nous n’aborderons pas les causes digestives qui sont responsables d’inflammation chronique (cancers, maladies inflammatoires chroniques digestives…) et par ce biais d’une anémie microcytaire inflammatoire ni celles responsables d’une atteinte rénale à l’origine d’une anémie normocytaire (les revues récentes sur le sujet étant nombreuses) [1-3].

Anémies ferriprives d’origine digestive

C’est la deuxième cause d’anémie chez le sujet âgé et la principale des anémies d’origine digestive [10]. L’origine est essentiellement hémorragique et le plus souvent chronique. Tous les segments du tube digestif peuvent être le siège de saignement [2, 24, 25]. Dans 40 à 60 % des cas, l’origine est haute et dans 15 à 30 %, elle en est colique [2, 23]. Le saignement peut être d’origine tumorale, vasculaire, ulcéreuse ou inflammatoire (infectieuse ou non) ; il est souvent asymptomatique et occulte [25]. Dans le tableau 2, nous rapportons notre expérience concernant le profil étiologique de 90 patients avec saignement digestif chronique (communication personnelle). La présence de 2 pathologies associées, haute et basse, est une situation fréquente et souligne l’intérêt de faire dès le début une exploration endoscopique gastroduodénale couplée à une colonoscopie devant toute anémie ferriprive [26, 27]. Ceci est encore plus vrai chez les patients qui présentent dans leurs antécédents une carence en fer réfractaire à la supplémentation. En pratique, il faut établir le rapport bénéfices/risques de telles explorations chez le sujet âgé. L’apport de la vidéocapsule dans l’exploration d’une anémie ferriprive chez le sujet âgé est actuellement en cours d’évaluation ; les premiers résultats semblant prometteurs. Il est par ailleurs important de rappeler qu’un saignement chronique peut être extradigestif. Les sites les plus fréquents sont les appareils génito-urinaire ou respiratoire qui doivent être explorés de manière systématique notamment chez les patients sous anticoagulants [2].

La maldigestion et la malabsorption peuvent également être responsables d’anémie ferriprive sans saignement extériorisé. La gastrite à Helicobacter pylori et la gastrite atrophique en sont les 2 principales causes après les causes hémorragiques [28]. Une dénutrition ou un régime mal équilibré peuvent aussi être source de carence martiale [29]. Une surconsommation de thé ou de café peut altérer l’absorption du fer et elle est donc à éviter et à rechercher dans certains pays et ethnies.

Tableau 2 Profil étiologique chez 90 patients âgés de plus de 65 ans avec saignement digestif chronique pris en charge en médecin interne au CHRU de Strasbourg

Étiologie

Prévalence (%)

Œsophagite et syndrome de Mallory Weiss

4,4

Gastrite – Maladie ulcéreuse

30

Varices œsophagiennes

9

Angiodysplasie

2,25

Diverticulose colique

4,5

Polypose colique

5,5

Cancer colorectal

5,5

Maladies inflammatoires chroniques de l’intestin

2,25

Cause indéterminée

36,6

Anémie par carence en acide folique

Un régime alimentaire équilibré apporte environ 500 à 700 μg d’acide folique par jour [2, 10]. Cette quantité suffit théoriquement pour satisfaire les besoins physiologiques de l’organisme. L’absorption se fait principalement au niveau duodéno-jejunal. Ce qui explique les carences plus ou moins majeures au cours des malabsorptions digestives ou après une résection chirurgicale. Néanmoins, la principale cause d’anémie par déficit en folates reste l’insuffisance d’apport alimentaire, notamment chez la femme enceinte, l’éthylique chronique. Certains médicaments comme le methotrexate, le cotrimoxazole, la sulfasalazine et certains antiépileptiques peuvent également causer un déficit en folates [30].

Anémies par carence en vitamine B12

Anciennement dominé par l’anémie de Biermer, le profil étiologique des anémies par carence en vitamine B12, a connu depuis 1990 un réel changement avec la découverte d’une nouvelle entité qui est le syndrome de maldigestion ou de non-dissociation de la vitamine B12 [20, 31, 32]. Il s’agit d’une affection caractérisée pour la première fois par Carmel et qui est liée à une incapacité gastrique à assurer la dissociation de la vitamine B12 de ses protéines porteuses et/ou de l’alimentation [32]. Or, cette dissociation est indispensable pour permettre la liaison de la vitamine B12 au facteur intrinsèque et dans un second l’absorption au niveau de l’iléon terminal. Toutes les pathologies gastriques, surtout antrales, s’accompagnant d’hypochlorhydrie peuvent être à l’origine de maldigestion notamment la gastrite atrophique, présente chez environ 40 % des patients de plus de 80 ans. Le syndrome de maldigestion est favorisé par la présence d’H. pylori mais aussi par toute pullulation microbienne intestinale [33]. Ces 2 conditions doivent donc être recherchées et traitées systématiquement chez tout patient présentant cette affection. Le diagnostic positif d’une non-dissociation est affirmé lorsque l’apport alimentaire est jugé adéquat et le test de Schilling (actuellement non commercialisé) ainsi que les anticorps antifacteur intrinsèque et anticellules pariétales gastriques sont négatifs. Ces données permettent en effet d’écarter le diagnostic d’une maladie de Biermer qui est désormais la deuxième étiologie des anémies par carence en vitamine B12 [33]. La non-dissociation est donc, en pratique, un diagnostic d’exclusion. Les autres étiologies sont représentées par les défauts d’apport exogène, les malabsorptions, les résections digestives étendues, l’insuffisance pancréatique, certaines prises médicamenteuses comme les antiacides, les antisécrétoires et les biguanides ainsi que les surconsommations d’alcool [20, 33]. Ici, il convient d’insister sur la nécessité de réaliser une gastroscopie avec biopsies multiples qui permettra d’assurer ou de documenter le diagnostic de gastrite atrophique (lié ou non à Helicobacter pylori) ou de maladie de Biermer.

Quel traitement des anémies du sujet âgé ?

La supplémentation (sur laquelle nous allons insister ci-dessous) et le traitement étiologique sont les deux volets essentiels du traitement de fond d’une anémie d’origine digestive. Comme précisé ci-dessus, la prise en charge de l’anémie chez le sujet âgé passe obligatoirement et prioritairement par l’évaluation du degré d’urgence et du risque vital [4, 34].

Dans les anémies ferriprives, la posologie recommandée est de 300 mg de sulfate ferreux par jour [35]. Un apport parentéral peut s’avérer nécessaire dans les syndromes de malabsorption sévères ou quand la réponse à la voie orale est incomplète. La durée du traitement est habituellement de 3 à 6 mois mais doit être prolongée tant que l’étiologie n’a pas été traitée. La supplémentation en vitamine B12 peut être faite aussi bien par voie orale que parentérale [36]. Nos données ainsi que celles de la littérature confirment l’intérêt de ce mode de délivrance (tableau 3) [37-40]. La dose préconisée per os est de 1 000 à 2 000 μg/jour comme dose d’attaque, suivie d’un relais à la posologie de 125 à 1 000 μg/jour [36]. Quand la vitamine B12 est administrée par voie intramusculaire, la dose d’attaque est de 1 000 μg/jour et celle d’entretien de 1 000 μg/mois. La durée de la supplémentation dépend de l’étiologie. Elle est à vie dans la maladie de Biermer. En ce qui concerne l’acide folique, une dose de 1 à 5 mg/jour pour une durée de 3 à 6 mois est généralement suffisante [41]. Chez la personne âgée, une supplémentation préventive est parfois nécessaire [42].

Bourse : Les travaux sur la vitamine B12 ont été subventionnés par la Fondation de France via le Prix Robert et Jacqueline Zittoun pour l’année 2004, au titre de la connaissance des anémies, et des anomalies du métabolisme de la vitamine B12 et des folates.

Conflits d’intérêt : Aucun.

Tableau 3 Expérience du CHU de Strasbourg concernant l’efficacité du traitement oral des hypovitaminoses B12

Type d’étude – Population concernée

Modalités thérapeutiques

Principaux résultats

Référence

  • Étude prospective ouverte
  • N = 10 sujets
  • Carence en vitamine B12 documentée en rapport avec un syndrome de NDB12PP


Cyanocobalamine administrée par voie orale à la posologie moyenne de 650 μg/jour pendant 3 mois

  • Normalisation de la vitamine B12 sérique chez 80 % des sujets
  • Élévation significative de l’Hb de 1,9 g/dL et diminution significative du VGM de 7,8 fl
  • Disparition des anomalies cliniques chez 20 % des sujets


[37]

  • Étude prospective ouverte
  • N = 30
  • Carence en vitamine B12 documentée en rapport avec un syndrome de NDB12PP


  • Cyanocobalamine administrée par voie orale à la posologie de 250 à 1000 μg/jour
  • pendant 1 mois


  • Normalisation de la vitamine B12 sérique chez 87 % des sujets
  • Élévation significative de l’Hb de 0,6 g/dL et diminution significative du VGM de 3 fl ; correction de l’Hb et du VGM chez 54 % et 100 % des sujets, respectivement
  • Mise en évidence d’un effet dose (posologie > 500 μg/jour plus efficace)


[38]

  • Étude prospective ouverte
  • N = 30
  • Carence en vitamine B12 en rapport avec un syndrome de NDB12PP


Cyanocobalamine administrée par voie orale à la posologie de 125 à 1000 μg/jour pendant 1 semaine

Normalisation de la vitamine B12 sérique chez les sujets traités à une posologie >250 μg/jour ; mise en évidence d’un effet dose (posologie > 500 μg/jour plus efficace)

[39]

  • Étude prospective ouverte
  • N = 10 sujets
  • Carence en vitamine B12 documentée en rapport avec une maladie de Biermer


  • Cyanocobalamine administrée par voie orale à la posologie de
  • 1000 μg/jour pendant 3 mois


  • Normalisation de la vitamine B12 sérique chez 100 % des sujets
  • Élévation significative de l’Hb de 5,45 g/dl et diminution significative du VGM de 10,4 fl
  • Disparition des anomalies cliniques chez 30 % des sujets


[40]

Références

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