ARTICLE
Auteur(s) : Jérôme
Liotier1,2, Lucie Cassagnes2,3,4, Farés
Moustafa1,2, Louis Boyer2,3,4, Jeannot
Schmidt1,2
1CHU Clermont-Ferrand, Pôle Urgences, CHRU Gabriel
Montpied, 58 rue Montalembert, 63000 Clermont-Ferrand
2Univ Clermont 1, UFR de médecine, Clermont-Ferrand,
F-63001
3CHU Clermont-ferrand, Service de radiologie B,
Clermont-Ferrand, F-63001
4Inserm, EA 3295, ERIM, Clermont-Ferrand, F-63001
Les procédures diagnostiques et thérapeutiques nécessitant une
injection de produit de contraste iodé (PCI) sont en constante
augmentation actuellement. Elles sont globalement bien tolérées,
mais des effets indésirables peu fréquents peuvent survenir. Ces
complications sont soit des réactions immédiates (réactions
anaphylactoïdes, effets cardiovasculaires) soit des réactions
retardées (néphrotoxicité). Le clinicien doit connaître ces
complications, mais avant tout il doit repérer les facteurs de
risque afin de prendre des mesures préventives pour diminuer leur
incidence de survenue. Le but de cet article est ainsi d’aborder
les différentes complications et d’envisager les différents
traitements prophylactiques. Ce texte destiné à l’éclairage du
prescripteur ne concerne pas la prise en charge des effets
indésirables qui est effectuée en règle générale par les équipes
radiologiques.
Méthodologie
La méthodologie utilisée reposait sur une recherche bibliographique
à l’aide des sites Internet Medline et Science direct, des sites de
recommandations nationaux (Haute Autorité de Santé, la Société
française de Radiologie et son groupe de travail sur les produits
de contraste iodés le CIRTACI, la Société française de Néphrologie
et de Dialyse et la Société française de Cardiologie), et des sites
de recommandations internationaux (American College of Radiology).
Nous avons sélectionné les études de niveau I (méta-analyses,
essais randomisés contrôlés de grande envergure) et les revues de
synthèse d’experts internationaux.
Epidémiologie des effets secondaires
La classification des PCI peut s’effectuer de différentes façons.
La plus simple est la classification basée sur leur structure
chimique, distinguant des PCI ioniques ou non ioniques et des PCI
monomèriques ou dimèriques. En pratique, un PCI sera d’autant plus
toléré qu’il a une osmolalité basse : le caractère dimérique
et non ionique permet de diminuer l’osmolalité et d’améliorer la
tolérance [34]. C’est pourquoi les monomères ioniques ont disparu
des investigations tomodensitométriques au profit de PCI de basse
osmolalité (essentiellement des monomères non ioniques). Le tableau 1 résume et classifie les différents
PCI hydrosolubles à usage uroangiographique et tomodensitométrique.
Les effets secondaires des PCI sont également diversement
rapportés dans la littérature :
- – Classification clinique des effets secondaires selon
leur gravité : souvent utilisée en raison de sa simplicité. La
gravité est évaluée par le traitement requis (pas de traitement,
traitement simple, mesures de réanimation, décès). Toutefois, cette
classification ne permet pas de différencier des effets
indésirables de natures physiopathologiques très différentes
(malaise vagal, allergie, œdème aigu pulmonaire…) et induit de ce
fait une difficulté de lecture des articles sur la prévention
secondaire.
- – Classification plus physiopathologique basée sur la
distinction des réactions immédiates (< 1 h) et des
réactions retardées (entre une heure et une semaine) suivant
l’injection du PCI.
- – Classification allergologique de Ring et Messmer [1],
utilisée par les anesthésistes lorsque survient une réaction
allergique aux produits anesthésiques, qui distingue 4 grades de
sévérité sur plusieurs organes cibles de l’allergie (tableau 2).
Les enquêtes épidémiologiques sont peu nombreuses en France et
il n’existe pas de données précises en raison de l’absence de
registres et de l’insuffisance des déclarations aux centres
régionaux de pharmacovigilance [2]. Une enquête Inserm avait estimé
le nombre d’injections annuelles dans les hôpitaux en France à 2
millions en 1994, avec une incidence de réactions annuelles graves
entre 100 et 600, dont 6 à 12 décès imputables aux PCI [3]. L’étude
internationale de Katayama et al. [4], la plus souvent citée en
raison du nombre important de patients inclus (337 647 injections
de PCI), mesurait une incidence globale de réactions à 12,6 %,
avec 0,22 % de réactions sévères pour les produits ioniques,
et 0,04 % pour les produits non ioniques.
Tableau 1 Classification des produits de contraste
iodés hydrosolubles à usage uro-angiographique et
tomodensitométrique
- Produits de haute osmolalité (PHO)
- HOCM (high osmolality)
- 1500-2200 mOsm/kg
|
- Produits de basse osmolalité (PBO)
- LOCM (low osmolality)
- 600-900 mOsm/kg
|
- Produits iso-osmolaires (PIO)
- IOCM (iso osmolality)
- 300 mOsm/kg
|
|
Ioniques
|
Non ioniques
|
- Monomère
- Atomes iode/particule
- 3/2
|
- Dimère
- Atomes iode/particule
- 6/2
|
- Monomère
- Atomes iode/particulière
- 3/1
|
- Dimère
- Atomes iode/particule
- 6/1
|
- Amidotrizoate
- Radioselectan
- Angiografine
- Schering
|
- Ioxaglate
- Hexabrix Guerbet
|
Iopamidol – Iopamiron Schering
|
Iotrol – Isovist Schering
|
- Iotalamate
- Contrix
- Guerbet
|
|
Iohexol – Omnipaque Nycomed
|
Iodixanol – Visipaque Nycomed
|
- Ioxitalamate
- Telebrix
- Vasobrix
- Guerbet
|
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Iopromide – Ultravist Schering
|
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|
|
Iopentol – Ivepaque Nycomed
|
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|
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Ioversol – Optiray Guerbet
|
|
|
|
- Iobitridol – Xenetix Guerbet
- Ioméprol – Ioméron Bracco
|
|
Tableau 2 Classification des réactions allergiques de
Ring et Messmer, d’après [1]
|
Grade
|
Peau-Muqueuses
|
Digestif
|
Respiratoire
|
Cardiovasculaire
|
|
I
|
- – Erythème localisé
- – Urticaire étendue
- – Œdème de la face
- – Œdème des muqueuses
|
Aucun
|
Aucun
|
Aucun
|
|
II
|
Idem
|
Nausées importantes à distance de l’injection
|
|
- – Tachycardie > 30 %
- – Hypotension artérielle (baisse de la TAS > 30 %)
|
|
III
|
Idem
|
Vomissements et/ou diarrhée
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Choc (TAS < 80 mmHg et tachycardie > 100 b/min en l’absence
de β-bloquants)
|
|
IV
|
Idem
|
Idem
|
Arrêt respiratoire
|
Arrêt circulatoire
|
Complications et prévention des effets secondaires
allergiques
Définition
Les produits de contraste iodés peuvent entraîner des réactions de
type allergiques, imprévisibles, « anaphylactoïdes » ou
« pseudo-allergiques » (et non « allergiques »
ou « d’hypersensibilité ») : il s’agit de
manifestations cliniques similaires aux réactions allergiques
vraies, avec déclenchement de mécanismes immunologiques, mais sans
mise en évidence du couple antigène-anticorps, associées à une
petite réaction d’origine vagale.
On distingue les réactions allergiques immédiates (survenant
dans l’heure après l’injection) et les réactions allergiques
retardées (survenant entre une heure et une semaine après
l’injection).
Physiopathologie
Les publications récentes ont montré que la physiopathologie des
réactions immédiates est une hypersensibilité immédiate qui fait
intervenir deux mécanismes [5-7] :
- – une histamino-libération non spécifique par
stimulations directes du produit de contraste sur les
polynucléaires basophiles ;
- – une dégranulation mastocytaire avec libération de
tryptase en présence d’immunoglobulines E (IgE) spécifiques
(mécanisme anaphylactique de type I de la classification de Gell et
Combs).
La physiopathologie des réactions retardées passe par un
mécanisme d’immunité cellulaire lymphocytaire T (mécanisme de type
IV de la classification de Gell et Coombs).
Symptomatologie
Les manifestations cliniques de l’allergie immédiate sont des
signes cutanés (érythème, urticaire), des signes respiratoires
(dyspnée laryngée, sibilants, œdème de Quincke) des signes
digestifs (nausées, vomissements, diarrhée) et des signes
cardiovasculaires (tachycardie, hypotension artérielle jusqu’au
collapsus cardiovasculaire) survenant en moins de 20 minutes. La
sévérité des réactions immédiates allergiques peut être évaluée
grâce à la classification de Ring et Messner [1], qui distingue 4
stades de sévérité (tableau 1, d’après
[1]).
Leurs manifestations cliniques de l’allergie tardive sont
essentiellement dermatologiques, survenant une heure à quelques
jours après.
Examens complémentaires
Pour l’allergie immédiate, l’apport de la biologie permet un
diagnostic présomptif. Les témoins sériques de l’anaphylaxie sont
l’augmentation du taux de tryptase sérique et d’histamine. On peut
aussi doser les IgE spécifiques en réalisant des tests
allergologiques cutanés.
Pour l’allergie retardée, le diagnostic est confirmé par les
tests épicutanés (patch tests).
En pratique, après une réaction allergique immédiate
post-injection de PCI, il convient d’effectuer immédiatement un
dosage des tryptases et de l’histamine sériques.
Prévention
Aucune prévention primaire n’a montré son intérêt dans la
prévention des réactions sévères chez les patients n’ayant jamais
reçu d’injection de PCI.
La prévention secondaire chez les patients ayant déjà présenté
une réaction allergique aux PCI peut s’effectuer à plusieurs
niveaux : la consultation d’allergologie, le repérage des
facteurs de risque, incluant la molécule de PCI incriminée en cas
d’allergie vraie, la prémédication, et l’injection d’un PCI non
ionique de basse osmolalité :
- – La consultation allergologique auprès d’un
allergologue permet de conseiller le patient sur la conduite à
tenir en cas de nouvelle injection de PCI à venir, et parfois de
dépister d’autres allergies.
- – Le repérage des facteurs de risque est une étape
importante car cette population est plus à même de bénéficier d’une
prémédication préventive. Ces facteurs de risques sont représentés
par les antécédents d’allergie aux PCI, par l’atopie, les sujets
asthmatiques et les femmes. Le risque est multiplié par 5 en cas
d’antécédent de réaction anaphylactoïde à un PCI [8] et par 2 chez
le sujet atopique [4]. L’asthme accroît le risque d’accident
anaphylactoïde d’un facteur 8 et celui de bronchospasme d’un
facteur 17 [9]. Le taux de réaction anaphylactoïde semble également
plus élevé chez le sexe féminin [10]. En cas d’antécédent d’atopie,
le risque de réaction anaphylactoïde serait plus faible avec un PCI
non ionique [10].
En pratique, connaître la molécule de PCI qui a été responsable
de l’antécédent d’allergie du patient est indispensable au
radiologue, afin qu’il utilise une molécule différente pour la
prochaine injection.
L’intérêt de la prémédication est controversé et dépend du
mécanisme : la prémédication a un intérêt en présence de
facteurs de risque allergique ; en revanche, la prémédication
ne permettra pas d’éviter la survenue d’un état de choc
anaphylactique s’il s’agit d’une anaphylaxie.
Une méta-analyse récente [11] portant sur 10 011 malades inclus
dans neuf essais cliniques conclut que les réactions
anaphylactiques sévères induites par l’injection d’un PCI sont
rares et que la prévention pharmacologique qu’elle soit par une
corticothérapie ou par des anti-histaminiques ou une combinaison
des deux, chez les sujets allergiques ou pas, ne devrait pas être
prescrite. Mais des données sur la population allergique manquent
et seules des études complémentaires de grande envergure pourraient
répondre à cette question cruciale. Dans tous les cas, allergiques
ou non, l’iode présent dans les PCI n’intervient pas directement
dans les phénomènes allergiques. Ainsi, l’expression « malade
allergique à l’iode » ne devrait plus être utilisée [12].
En pratique, la prémédication concerne les patients aux facteurs
de risque d’allergie aux PCI suivants, d’après [13] :
- – Antécédent de réaction allergique antérieure ou
d’intolérance généralisée aux PCI.
- – Sujets atopiques : urticaire, rhume des foins,
eczéma, asthme ou allergie.
- – Sujets allergiques requérant pour cela un traitement
médical.
Voici la prémédication prescrite dans notre centre :
- – Prednisolone = Solupred® 20 mg :
1 comprimé 1/2 per os 12 heures et 1 comprimé
1/2 heures avant l’examen
- – Cétirizine = Virlix® 10 mg :
1 comprimé 12 heures et 2 heures avant l’examen
On utilisera préférentiellement un PCI de basse osmolalité
(moins de réactions mineures et donc moins d’anxiété).
Complications et prévention des effets secondaires rénaux
Définition et épidémiologie
La néphropathie induite par l’injection de produits de contraste
iodés (NPCI) est une complication grave des procédures
diagnostiques et thérapeutiques nécessitant une injection de
produits de contraste iodé (PCI). Elle est la 3e cause
d’insuffisance rénale aiguë (IRA) nosocomiale et compte pour
12 % de l’ensemble des IRA [14]. La NPCI est définie par une
augmentation de créatinine plasmatique de plus de 25 % ou de
0,5 mg/l (44 μmol/l) 48 à 72 heures après
l’injection de PCI [14, 15]. Le mécanisme est une nécrose tubulaire
aiguë. La NPCI est rare en l’absence de facteurs de risques (FDR)
que nous détaillerons plus loin, mais a une incidence d’environ 20
à 50 % en présence de ceux-ci [14, 15]. Ces incidences élevées
sont notamment retrouvées dans les études avec coronographie en
raison du grand volume de PCI injecté. En revanche, l’incidence de
la NPCI est de l’ordre de 2 à 4 % après tomodensitométrie avec
injection de PCI [16-18]. Les conséquences de la NPCI sont une
augmentation de la morbi-mortalité, avec une durée
d’hospitalisation prolongée, une augmentation du risque
d’insuffisance rénale chronique (IRC) et/ou de dialyse et une
majoration du risque de décès [19]. De plus, la NPCI a des
conséquences économiques majeures par le surcoût des morbidités
qu’elle engendre.
Prévention
Depuis 30 ans, les connaissances concernant la prévention de
la NPCI ont fait des progrès considérables [20] :
identification des facteurs de risque de développer une NPCI,
amélioration des techniques et des PCI utilisés en imagerie, et
optimisation des thérapeutiques préventives.
Concernant le risque de développer une NPCI chez les patients
ayant une coronarographie, Mehran et al. [21] ont évalué la
prévalence de la NPCI et ont développé un score de risque de
prédiction de la NPCI post-coronarographie en prenant en compte
différents paramètres facilement accessibles (tableau 3). Ce score est le seul validé
actuellement.
Des stratégies prophylactiques ont été recommandées par les
sociétés françaises de Néphrologie et de Radiologie en 2004 [22,
23], et les sociétés savantes internationales en 2006-07 [24, 25]
(tableau 4). Ces stratégies ont été
évaluées et validées pour des malades pris en charge en
hospitalisation programmée conventionnelle. Elles reposent surtout
sur une hydratation par du sérum salé isotonique 6 à 12 heures
avant, et pendant 6 à 12 heures après l’injection du PCI. La
N-acétylcystéine n’a prouvé son efficacité que tout
récemment : une méta-analyse incluant 33 essais comportant
3622 patients objective une diminution de 38 % des NPCI
(risque relatif 0,62 [IC 95 % = 0,44-0,88] [26]. Quant à la
théophylline, elle présente une tendance à la diminution des NPCI
sans être significative (risque relatif 0,49 [IC 95 % =
0,23-1,06] [23]. Un traitement diurétique par furosémide majore le
risque de NPCI (risque relatif 3,27 [IC 95 % = 1,48-7,26]
[26]. Récemment, cinq essais contrôlés randomisés ont montré une
efficacité supérieure d’une hydratation par bicarbonate 1,4 %
comparée à une hydratation par sérum salé isotonique (NaCl
0,9 %) avec des diminutions de l’incidence de NPCI de 20 à
80 % [27-31].
Le plus souvent dans ces études, on administre du bicarbonate
1,4 % en intraveineux à la posologie de 3 ml/kg une heure
avant et 1 ml/kg/h pendant 6 heures après l’injection du
PCI.
La conduite pratique avant, pendant et après l’examen
nécessitant une injection de PCI suit les recommandations
françaises validées par le groupe des radiologues du CIRTACI
[22] :
Identification des patients ayant des facteurs de risque
+++
– Insuffisance rénale chronique : si clairance créatinine <
60 ml/min et/ou créatininémie > 120 μmol/l chez l’homme et
108 μmol/l chez la femme.
(Estimation de la clairance de la créatinine se faisant par la
formule de Cockcroft :
Cl Créat (ml/min) = (140 – âge) × poids × 1,23 pour l’homme ou ×
1,04 chez la femme/(créatininémie (âge en années, poids en kg et
créatininémie en μmol/l)).
- – Diabète avec insuffisance rénale +++
- – Hypoperfusion rénale [déshydratation, hypotension
artérielle, hypovolémie efficace (insuffisance cardiaque, syndrome
néphrotique, cirrhose décompénsée)]
- – Prise de médicaments néphrotoxiques ou influant sur
l’hémodynamique intrarénale (diurétiques, AINS, coxib, aminosides,
dérivés du platine, etc.).
- – Myélome avec protéinurie.
- – Injection de produit de contraste iodé dans les
3 jours précédents.
- – Âge > 65 ans rend plus probable la présence de
facteurs de risques.
Tableau 3 Score de risque de prédiction de survenue
d’une néphropathie aux produits de contraste iodés après
coronarographie ercutanée, d’après Mehran et al. [21]
|
Facteurs de risque
|
Points
|
|
Hypotension artérielle
|
5
|
|
Ballonnet de contre-pulsion intra-aortique
|
5
|
|
Insuffisance cardiaque congestive
|
5
|
|
Âge > 75 ans
|
4
|
|
Anémie
|
3
|
|
Diabète
|
3
|
|
Volume du produit de contraste injecté
|
1 pour chaque volume de 100 ml injecté
|
|
Insuffisance rénale chronique
|
|
|
Créatininémie > 144 μmol/l (1,5mg/dl)
|
4
|
|
Ou débit de filtration glomérulaire estimé
|
|
|
DFG < 60 ml/min/1,73 m2
|
2
|
|
DFG entre 40-60 ml/min/1,73 m2
|
4
|
|
Si DFG entre 20-40 ml/min/1,73 m2
|
6
|
- Hypotension artérielle = tension artérielle systolique < 80
mmHg pendant au moins une heure et/ou nécessitant un support
hémodynamique par amines vasopressives.
- Insuffisance cardiaque congestive = classe III/IV de la NYHA
(New York Heart Association) et/ou antécédent d’œdème aigu
pulmonaire.
- Anémie = Hématocrite basale < 39 % chez l’homme et <
36 % chez la femme.
- DFG = Débit de filtration glomérulaire estimé par la formule
suivante : DFG (ml/min/1,73m2) = 186 × (créatinémie
en mg/dl)–1,154 × (âge)–0,203 × (0,742 si
femme) × (1,210 si américain africain)
|
|
|
|
|
Calcul ensuite du risque en fonction du nombre de points :
|
|
Score de risque
|
Risque de NPCI
|
Risque de dialyse
|
|
≤ 5
|
7,5%
|
0,04%
|
|
6-10
|
14%
|
0,12%
|
|
11-15
|
26,1%
|
1,09%
|
|
≥ 16
|
57,3%
|
12,6%
|
Tableau 4 Recommandations nationales et internationales
pour la prévention des néphropathies aux produits de contraste
iodés
|
Société / Année
|
Hydratation AVANT
|
PCI PENDANT
|
Hydratation APRES
|
Traitements adjuvants
|
|
SFND, 2004
|
- PO : 1 litre Vichy la veille, 1 litre matin
- IV : 1 litre SSI 12 sur heures
|
Le moins hyperosmolaire
|
1 litre SSI IV 12 heures après
|
0
|
|
SFR, 2004
|
- PO : 2 litres Vichy sur 24 h
- IV : 100 ml/h SSI ou bicarb14 ‰ sur 12 heures
|
- Faible osmolalité
- (LOCM) ou iso-osmolaire (IOCM)
|
- PO : 2 litres Vichy sur 24 h
- IV : 100 ml/h SSI ou bicarbonate 14 ‰ sur 12
heures
|
0
|
|
UK, 2007
|
- IV : 1 ml/kg/h SSI sur 12 h (ICC–)
- IV : 0,5 ml/kg/h SSI sur 12 h (ICC+)
- IV : 3 ml/kg bicarb 14 ‰ sur 1 h
|
|
- IV : 1 ml/kg/h 12 h post ICC –
- IV : 1 ml/kg /h bicarb 14 ‰ / 6 h
- IV : 0,5 ml/kg/h pré ICC +
|
NAC si ≥ 2 FDR ou si créat > 144 μmol/l ou si Cl créat < 40
ml/min
|
|
ESUR, 2006
|
- PO : 500 ml d’eau
- IV : 100 ml/h SSI sur 4 heures
|
LOCM
|
- PO : 2500 ml d’eau sur 24 h
- IV : 100 ml/h SSI sur 24 h
|
0
|
|
ACR, 2005
|
IV : 100 ml/h SSI sur 6-12 h
|
LOCM or IOCM
|
IV : 100 ml/h SSI sur 4-12 h
|
0
|
|
NEJM, 2006
|
IV : 1 ml/kg/h SSI sur 2-12 h
|
LOCM or IOCM
|
IV : 1 ml/kg/h SSI sur 12-24 h
|
NAC si IRC (surtout si d’origine diabétique)
|
En présence de l’un au moins des facteurs de risques
Avant l’injection de PCI :
- – Dosage de la créatininémie avant l’injection de PCI, à
renouveler après à la 48e heure (ordonnance à rédiger si
le patient n’est pas hospitalisé).
- – Arrêt des médicaments néphrotoxiques, souhaitable
quand il est possible, en particulier les AINS et les coxibs. Un
intervalle libre de 7 jours doit être si possible respecté
entre les cures de chimiothérapie anticancéreuse, notamment
contenant des dérivés du platine.
- – Interruption de la metformine et des ses dérivés
(Glucophage®, Glucinan®, Stagid®…)
pendant au moins 48 heures suivant l’injection du PCI, en
raison du risque d’acidose lactique par diminution de sa clairance
rénale. Il n’est plus recommandé de l’interrompre 48 heures
avant l’examen. Le traitement est réintroduit après vérification de
l’absence de dégradation de la fonction rénale.
- – Un intervalle de 3 jours minimum et si possible
5 jours doit séparer 2 injections successives de PCI, sauf
nécessité spécifique.
- – L’hydratation, au mieux à composante salée et
bicarbonatée, est recommandée pour tous les patients :
Soit per os : 2 litres d’eau riche en sodium et en
bicarbonates pendant les 24 heures précédant et pendant les
24 heures suivant l’injection de PCI.
Soit parentérale si impossible per os : 100 ml/h de sérum
salé isotonique ou de sérum bicarbonaté isotonique pendant les
12 heures précédant et pendant les 12 heures suivant
l’injection de PCI.
En cas d’insuffisance cardiaque sévère, de cirrhose décompensée
ou de syndrome néphrotique : les diurétiques peuvent être
conservés pour maintenir la natriurèse. L’hydratation doit être
adaptée à la fonction cardiaque.
- – Le bénéfice de l’administration de la N-acétylcystéine
en cas de facteurs de risque est controversé. Sa prescription ne
dispense en aucun cas de l’hydratation et de la prise en compte et
de la correction éventuelle des facteurs de risques.
Pendant l’examen radiologique :
- – Limiter la quantité de PCI.
- – Utiliser des PCI de basse osmolalité (LOCM) ou
iso-osmolaire en présence de des facteurs de risque suscités.
Chez les patients dialysés
Cette situation ne constitue pas une contre-indication à
l’injection de PCI.
En cas d’hémodialyse ou de dialyse péritonéale, l’injection de
PCI est programmée indépendamment des séances de dialyse et il
n’est pas nécessaire de prévoir une séance de dialyse
supplémentaire, sauf indication spécifique en particulier d’ordre
volémique et/ou cardiovasculaire [22]. En cas de doute chez un
patient dialysé, un avis spécialisé auprès du néphrologue traitant
s’avère nécessaire.
Complications et prévention des effets secondaires
cardiovasculaires
Les PCI ont une action directe sur le système cardiovasculaire
(effets centraux) et une action indirecte par vasoplégie liée à
leur osmolalité (effets périphériques).
Physiopathologie
L’action directe du PCI sur le muscle cardiaque est importante à
prendre en considération, en particulier lors des cathétérismes
cardiaques. Les PCI ont un effet inotrope négatif (bradycardie),
avec une diminution du débit coronaire et la possibilité de
survenue d’extrasystoles ventriculaires. Ces effets cardiaques sont
atténués avec les PCI de basse osmolalité [32]. Les effets
périphériques sont vasculaires et indirects par la vasoplégie liée
à l’osmolalité du PCI [33].
Symptomatologie
Les signes cliniques sont proportionnels à l’osmolalité du
PCI : plus l’osmolalité est importante, plus l’appel d’eau
intravasculaire est augmenté, et plus sont importantes des
manifestations de vasodilatation avec bouffées de chaleurs et
douleurs.
Des signes d’insuffisance cardiaque jusqu’à l’œdème aigu
pulmonaire ont également été décrits par surcharge volémique.
Cas particulier des patients sous bêtabloquants
Les bêtabloquants entraînent un risque supplémentaire en cas de
choc anaphylactique en raison de la mauvaise efficacité du
traitement par l’adrénaline. Étant donné la fréquence de survenue
de ces effets anaphylactiques sévères, alors que l’arrêt du
traitement bêtabloquant peut être délétère pour le patient, il
n’est actuellement pas recommandé d’arrêter les bêtabloquants avant
une injection de PCI [34].
Complications et prévention des effets secondaires endocriniens
et métaboliques
Iatrogénie thyroïdienne
L’iode est un élément indispensable à la thyroïde et à la synthèse
des hormones thyroïdiennes. La synthèse des hormones thyroïdiennes
décroît transitoirement durant 2 jours lorsque de larges doses
de PCI sont délivrées à des patients normothyroïdiens, sans
conséquence clinique. En revanche, chez les sujets à risque (voir
infra), un risque exceptionnel de thyrotoxicose induite par l’iode
existe, dont le mécanisme passe par une inhibition par l’iode de
l’hormonosynthèse thyroïdienne (effet Wolff-Chaikoff) due à l’excès
de concentration d’iode [35]. Ceci réduit la concentration d’iode
intrathyroïdienne par une diminution de l’ARN messager du
transporteur iode-sodium et de son expression protéique [35].
Le développement d’une thyrotoxicose après injection de PCI est,
d’après [35] :
- – Sans risques : chez les patients
normothyroïdiens.
- – Possible chez les patients à risque : maladie de
Basedow, goitre multinodulaire, antécédents de dysthyroïdie surtout
s’il s’agit de patients âgés et/ou habitant en zone déficitaire en
iode.
Prévention
En pratique, la prophylaxie n’est généralement pas nécessaire [35].
L’administration de produit de contraste iodé est
contre-indiquée chez les patients avec des manifestations
d’hyperthyroïdie manifeste [35].
Chez les patients à risque (maladie de Basedow, goitre
multinodulaire, antécédents de dysthyroïdie, patient habitant en
zone déficitaire en iode), une imagerie alternative ne nécessitant
pas d’injection d’iode doit être privilégiée (échographie, imagerie
par résonance magnétique).
Les patients à risque devraient bénéficier d’une consultation
auprès d’un endocrinologue après injection de PCI [35].
Les patients à haut risque (exemple goitre + TSH subnormale)
devraient bénéficier d’une prophylaxie prescrite par un
endocrinologue avant l’injection de PCI, d’autant plus que le
patient provient d’une zone déficitaire en iode [35].
Iatrogénie diabétique
Les biguanides, comme la metformine, sont utilisés chez les
patients diabétiques non insulino-dépendants. Environ 90 % de
la metformine est éliminée par voie rénale en 24 heures. La
metformine expose au risque d’acidose lactique par diminution de sa
clairance rénale en cas de néphropathie induite par le PCI [22].
Ainsi, un patient qui présente un taux plasmatique de metformine
élevé présente un risque important de développer une acidose
lactique, qui sera fatale dans 50 % des cas [36].
Prévention
Recommandations nationales et internationales : le groupe
CIRTACI de la Société française de Radiologie (SFR) et le Collège
américain de Radiologie (ACR) ont émis en 2004 des recommandations
concernant ces patients [22, 37] :
- Le traitement par biguanides doit être interrompu au moment de
la réalisation de l’injection du produit de contraste et ceci pour
une durée de 48 heures après l’injection.
- Le traitement est réintroduit après vérification de la fonction
rénale.
Le jeûne
Le jeûne est très largement prescrit en radiologie avant les
injections de produit de contraste iodé, comme l’a montré une
enquête de pratique réalisée par la Société française de Radiologie
en 2003. Le but recherché est d’éviter le syndrome de Mendelson
(inhalation après vomissements) induit par une injection de PCI.
Cette habitude ancrée n’a plus lieu de perdurer car les PCI de
basse osmolalité provoquent rarement des vomissements, alors que
les vomissements ne sont pas synonymes d’inhalation chez un patient
conscient qui a un réflexe de déglutition normal.
Par contre, la mise à jeun systématique est susceptible
d’engendrer certaines complications :
- – hypoglycémies ;
- – impatience, agressivité voire malaise au cours de
l’attente ;
- – conséquences de la non-prise d’un traitement
médicamenteux habituel ;
- – absence d’hydratation correcte, surtout délétère chez
les patients à risque (personnes âgées).
C’est pourquoi les dernières recommandations de la Société
française de Radiologie incitent à ne pas laisser systématiquement
les patients à jeun, et à reclasser le jeûne dans le cadre
réglementaire d’une prescription médicale écrite et limitée dans le
temps, pour certains types d’examens radiologiques susceptibles
d’être suivis d’une anesthésie générale [38, 39].
L’extravasation sous-cutanée au point d’injection et sa
prévention
La toxicité sous-cutanée des PCI injectés accidentellement est
proportionnelle à l’osmolalité. D’autres facteurs semblent
intervenir aussi pour expliquer cette toxicité, puisque des
produits de même osmolalité induisent différents degrés d’atteinte
tissulaire [40]. L’injection sous-cutanée d’un PC non ionique est
mieux tolérée que l’injection d’un agent ionique conventionnel
[41]. Les extravasations de PCI se caractérisent par une évolution
imprévisible, un risque de nécrose des téguments et des structures
sous-jacentes, et de survenue à long terme de séquelles
fonctionnelles par le développement de tissus fibreux cicatriciels
profonds.
La gravité d’une extravasation sous-cutanée est reconnue en
présence des facteurs suivants :
- – Quantité supérieure à 30 cc de produit de
contraste ionique d’osmolalité élevée, ou supérieure à 100 cc
de produit non-ionique de basse osmolalité.
- – Faible abondance du tissu sous-cutané.
- – Atteinte vasculaire ou troubles trophiques.
- – Jeunes enfants.
Le CIRTACI recommande le traitement médical suivant en cas de
survenue de cet accident :
- – Tentative d’aspiration du produit extravasé par le
cathéter d’abord laissé en place, puis, après l’avoir enlevé,
expression cutanée.
- – Surélévation du membre concerné pendant les
3 heures suivantes, en cas de gravité potentielle.
- – Hypothermie locale par application de glace (pendant
au moins 20 minutes ; puis toutes les heures pendant
6 heures) sans contact direct entre la glace et le membre
(envelopper la glace dans un linge). A noter que la hyaluronidase,
antérieurement préconisée, n’est plus disponible. Le pansement
alcoolisé n’a quant à lui, pas prouvé son efficacité.
L’application d’eau froide ou chaude ou encore l’injection
d’hydrocortisone n’est pas efficace. Des travaux récents ont montré
l’intérêt du traitement chirurgical par lipoaspiration et lavage
abondant au sérum physiologique de la zone infiltrée en cas d’échec
du traitement médical [42].
Complications et prévention des effets secondaires selon le
terrain
La femme enceinte, l’allaitement
La réalisation d’un examen d’imagerie avec injection de produit de
contraste iodé chez la femme enceinte pose un double
problème : celui de l’irradiation, et celui de l’injection
d’un produit de contraste iodé avec un passage au travers de la
barrière fœtoplacentaire.
La littérature [43-45] sur la reproduction animale n’a pas
démontré de fœtotoxicité des PCI, mais aucune étude contrôlée chez
la femme enceinte n’a été réalisée. Les PCI sont en pratique,
utilisés quand les explorations radiologiques sont indispensables
chez la femme enceinte (embolies pulmonaires, tumeurs…). Si un
examen avec injection de PCI est réalisé après 12 semaines
d’aménorrhée, la surcharge en iode ponctuelle consécutive à
l’injection de PCI peut entraîner une dysthyroïdie fœtale
transitoire plutôt de type hypothyroïdie [22].
En pratique, les recommandations françaises du CIRTACI sont les
suivantes, d’après [22] :
En vertu du principe de précaution :
- – Tout examen non urgent autre que l’échographie pouvant
être réalisé après l’accouchement doit être repoussé au-delà de
cette date [22].
- – Si l’indication de l’examen d’imagerie est
indiscutable et si l’injection de PCI est indispensable, il est
possible de réaliser cet examen chez une femme enceinte à n’importe
quel moment du terme de grossesse.
- – Dans le cas particulier de l’embolie pulmonaire,
l’angioscanner est à préférer par rapport à la scintigraphie
pulmonaire en raison d’une irradiation moindre.
- – L’équipe pédiatrique doit être prévenue de l’injection
de PCI réalisé après 12 semaines d’aménorrhée (date de
captation d’iode par la thyroïde fœtale) afin de procéder à une
surveillance de la fonction thyroïdienne du nouveau-né en période
post-natale (même si le dosage de la TSH est systématique au
3e jour de la naissance).
Par ailleurs, les recommandations européennes de l’ESUR [46]
sont les suivantes :
- – dans des circonstances exceptionnelles, quand l’examen
radiographique est essentiel, l’injection de PCI peut être délivrée
à une femme enceinte.
- – après l’injection de PCI à une femme enceinte, il
convient de vérifier la thyroïde du nouveau-né au cours de la
première semaine.
En ce qui concerne l’allaitement, le taux plasmatique de PCI du
nouveau-né après allaitement chez une mère ayant reçu une injection
de PCI est très faible [46]. Le risque de cette faible exposition
est diversement apprécié : l’allaitement peut, selon les
recommandations européennes et américaines, être poursuivi après
l’administration de PCI [46] ; à l’inverse, les
recommandations du CIRTACI préconisent une suspension de
l’allaitement pendant 24 heures [22].
La personne âgée
Compte tenu de la réduction de la masse néphronique chez les
personnes de plus de 75 ans, le risque principal de
l’injection du produit de contraste iodé est néphrotoxique.
Le nouveau-né et l’enfant
Il existe un risque de dysfonction thyroïdienne chez le nouveau-né
en cas d’injection de produit de contraste iodé après
12 semaines d’aménorrhée chez la mère. Si cette injection de
PCI est dispensée, il convient de prévenir l’équipe de pédiatrie
[22].
Chez l’enfant, les extravasations de PCI sont d’une gravité
particulière à cause du risque de nécrose sous-cutanée et des
séquelles qu’elles induisent.
Conclusion
Alors que les investigations radiologiques diagnostiques et
thérapeutiques nécessitant une injection de produits de contraste
iodés se sont multipliées ces dernières années, ceux-ci sont
extrêmement bien tolérés.
Les complications les plus fréquentes (réactions allergiques,
néphropathie, extravasation) peuvent être prévenues par des moyens
simples (repérage des facteurs de risque à l’interrogatoire,
protocoles d’hydratation et d’injection précis et respectés).
Le risque vital, avec avant tout le choc anaphylactique, est
exceptionnel mais justifie une réglementation stricte et une
organisation (formation des équipes, matériel adapté sur place…)
adéquate pour réagir de façon appropriée lors de la survenue de
l’accident.
Une injection d’un produit de contraste iodé n’est pas
anodine : elle doit être discutée et validée par le
prescripteur et le radiologue, dont la responsabilité est conjointe
en cas d’effet indésirable.
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