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Traitement du myélome multiple


Médecine thérapeutique. Volume 13, Number 6, 437-49, novembre-décembre 2007, Actualités thérapeutiques

DOI : 10.1684/met.2007.0140

Résumé  

Author(s) : Olivier Decaux, Cyrille Hulin, Bernard Grosbois , Service de médecine interne, Hôpital Sud, 16 boulevard de Bulgarie, 35056 Rennes cedex, Service d’hématologie et de médecine interne, CHU de Nancy, hôpitaux de Brabois, rue de Morvan, 54511 Vandœuvre.

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ARTICLE

Auteur(s) : Olivier Decaux1, Cyrille Hulin2, Bernard Grosbois1

1Service de médecine interne, Hôpital Sud, 16 boulevard de Bulgarie, 35056 Rennes cedex
2Service d’hématologie et de médecine interne, CHU de Nancy, hôpitaux de Brabois, rue de Morvan, 54511 Vandœuvre

Le myélome multiple (MM) est une prolifération de plasmocytes malins dans la moelle osseuse. L’incidence du MM est de 5-6/100 000 habitants en France, représentant environ 1 % de l’ensemble des cancers. Ainsi, environ 3 000 nouveaux cas de MM sont diagnostiqués chaque année en France. L’âge médian au diagnostic est 65-70 ans. Le MM reste une maladie incurable. Il est responsable de 1 % de la mortalité par cancer (tous cancers confondus).

C’est en 1969 qu’Alexanian [1] a décrit le protocole melphalan (0,25 mg/kg/j pendant 4 jours)-prednisone (2 mg/kg/jour pendant 4 jours) par cycles de 6 semaines (MP). Plusieurs schémas de polychimiothérapie ont été depuis proposés et une méta-analyse publiée en 1998 a repris 27 essais randomisés (6 633 patients) ayant comparé des protocoles de polychimiothérapie au MP [2]. Le taux de réponse était meilleur avec la polychimiothérapie (60,2 % contre 53,2 %) mais la survie n’était pas améliorée par la polychimiothérapie (survie à 5 ans 24,4 % contre 23 %). Ainsi, le protocole MP est resté pendant plusieurs décennies le traitement de référence du myélome multiple particulièrement chez les patients de plus de 65 ans. Chez les patients plus jeunes, le traitement intensif par forte dose de melphalan a été proposé pour la première fois en 1973 [3]. Dix ans plus tard, McElwain [4] a publié la première série de patients (8 cas de myélome et 1 cas de leucémie à plasmocytes) traités par fortes doses de melphalan par voie intraveineuse. Il a observé trois réponses complètes et une survie prolongée chez ces patients réfractaires à la chimiothérapie conventionnelle. D’autres auteurs, ont confirmé l’obtention de réponse après fortes doses de melphalan chez des patients réfractaires ou en rechute après traitement conventionnel [5, 6]. La toxicité était essentiellement hématologique, avec des durées de neutropénie variant de 24 à 36 jours. Pour pallier cette toxicité hématologique, il a été rapidement envisagé d’associer au traitement par fortes doses de melphalan la réinjection de cellules souches hématopoïétiques autologues. Barlogie a rapporté successivement en 1986 et 1987 les premiers cas de traitement intensif avec autogreffe de moelle chez des patients traités par respectivement melphalan seul [7], puis melphalan en association à une irradiation corporelle totale [8]. Le traitement intensif associé à une autogreffe de cellules souches a définitivement prouvé sa supériorité par rapport à la polychimiothérapie en 1996 [9]. Le protocole VAD (vincristine, doxorubicine, dexamethasone) décrit en 1984 [10] est rapidement devenu le traitement d’induction de référence avant intensification.

Depuis 1998, le paysage thérapeutique s’est enrichi de trois nouveaux principes actifs participant au net allongement de l’espérance de vie des patients. Ces trois médicaments sont le thalidomide, le bortézomib (ou Velcade®) et le lénalidomide (ou Revlimid®) analogue du thalidomide avec un profil de toxicité différent. Ces 3 traitements contribuent à améliorer la prise en charge des patients à la fois dans les situations de rechutes mais également en première ligne. De nouveaux protocoles thérapeutiques incluant ces nouveaux traitements sont en train de voir le jour avec des résultats très encourageants. Après avoir présenté les caractéristiques et mode d’action de ces nouveaux traitements du MM nous évoquerons les grands principes de la prise en charge actuelle du MM.

Les nouveaux médicaments du myélome

Thalidomide

Cette drogue a été développée dans les années 50 pour ses propriétés sédatives. Elle a été retirée du marché en 1962 après la constatation de ses effets tératogènes (phocomélie) [11, 12]. La découverte de son efficacité dans le traitement de la lèpre a conduit à la poursuite de son utilisation sous l’égide de l’OMS. La mise en évidence de l’activité anti-angiogénique du thalidomide [13] a constitué le rationnel de son utilisation dans le traitement du MM. Mais les mécanismes d’action du thalidomide ne sont pas uniques [14]. De nombreuses données in vitro montrent un effet direct sur les cellules myélomateuses, une inhibition des interactions entre le stroma médullaire et les plasmocytes tumoraux, une diminution de la synthèse par ce stroma médullaire de facteur angiogénique de type VEGF, ou de facteurs de croissance de la lignée plasmocytaire tumorale de type IL-6, TNFα ou IL1β. Enfin le thalidomide serait capable de stimuler l’immunité cellulaire résiduelle des patients avec augmentation de la synthèse d’IL-2 et d’interféron γ. Les effets indésirables immédiats classiquement rencontrés sont la fatigue, la constipation, les rashs cutanés et la bradycardie [15-19]. La toxicité neurologique périphérique axonale sensitive est cumulative, elle nécessite un suivi clinique voire électromyographique régulier et peut justifier un arrêt de traitement. Les complications thromboemboliques liées au thalidomide augmentent en cas d’utilisation en association à la dexaméthasone (10-15 %). Dans toutes les séries, les toxicités de grade 3-4 ne sont rencontrées que dans 10 à 20 % des cas et ne conduisent à un arrêt de traitement que chez environ 15 % des patients [15-17].

Bortézomib

La voie dite « ubiquitine-protéasome » mise en évidence depuis peu est une cible thérapeutique de choix, particulièrement dans le myélome. Le bortézomib (Velcade®) premier représentant d’une nouvelle classe thérapeutique, celle des inhibiteurs du protéasome, réduit la prolifération ainsi que la survie des cellules malignes en bloquant leur progression dans le cycle et en régulant négativement l’expression d’inhibiteurs d’apoptose [20]. Il s’agit d’un inhibiteur spécifique réversible d’un seul site catalytique du protéasome. Cette inhibition entraîne également une diminution des capacités d’adhésion des cellules myélomateuses, une diminution des capacités de réparation de l’ADN accompagné d’une potentielle restauration de la sensibilité aux agents dégradant l’ADN ainsi qu’un effet anti-angiogénique.

La réponse au bortézomib est de survenue rapide en moyenne après 2 cycles. Elle est indépendante des lignes thérapeutiques antérieurement reçues. Les effets indésirables les plus fréquents en monothérapie sont les troubles digestifs, la fatigue et l’anorexie le plus souvent de grade 1-2 [21-23]. Une thrombopénie de grade 3-4 est observée dans 30 % des cas avec classiquement une récupération pour le cycle suivant, elle ne s’accompagne que rarement de neutropénie ou d’anémie (< 10 %). La toxicité la plus invalidante est la neuropathie périphérique habituellement sensitive et douloureuse, avec une incidence évaluée à 37 %, dont 9 % de grade 3-4. Toutefois, dans 2/3 des cas il est constaté une récupération à distance du traitement. Une adaptation rapide du traitement doit être réalisée dès l’apparition des premiers symptômes évocateurs de neuropathie.

Lénalidomide

Plusieurs analogues du thalidomide ont été testés pour leur activité anti-Tumour Necrosis Factor α (TNFα) induisant une immunomodulation et un effet anticancéreux assorti d’une réduction de la toxicité habituelle notamment neurologique. Le lénalidomide (CC-5013, Revlimid®) est un analogue structural du thalidomide de troisième génération avec un profil d’action similaire actuellement développé dans le traitement du MM et des syndromes myélodysplasiques [24]. Son activité in vitro est rapportée de 10 à 50 000 fois supérieure à celle du thalidomide tant en toxicité directe pro-apoptotiques sur les cellules myélomateuses, qu’en réduction de production de cytokines pro-inflammatoires, et en stimulation des lymphocytes T et Natural-killer [25]. Le profil de toxicité de cette nouvelle molécule est lui bien différent du thalidomide. Il n’est pas tératogène chez l’animal, ne provoque pas de toxicité patente neurologique centrale ou périphérique ni de constipation. Il possède par contre une toxicité hématologique non négligeable avec un risque de neutropénie, et s’accompagne de complications thromboemboliques [26-28].

Ces trois nouveaux médicaments ont d’ores et déjà bouleversé la prise en charge thérapeutique du MM. Leur efficacité en situation de rechute, initialement en monothérapie ou plus généralement en association avec la dexaméthasone, est définitivement démontrée et s’accompagne pour les patients non seulement d’un gain en termes de survie sans progression mais également d’une amélioration de la survie globale [15-19, 21-23, 26-30]. Les tableaux 2 et 3 résument les principales études ayant testé ces traitements en situation de rechute. Ce bénéfice n’est pas obtenu au prix d’une toxicité démesurée et ces résultats ouvrent la voie à des possibilités d’associations multiples avec les agents de chimiothérapie et/ou de ces nouvelles molécules entre elles. Des associations incluant un ou plusieurs de ces nouveaux traitements sont proposées et testées en première ligne.

Tableau 2 Résultats des essais ayant étudié le thalidomide en situation de rechute

Auteur

Traitement

N

Réponse ≥ 50 %

Survie sans événement

Singhal [15]

Thalidomide seul

84

25 %

22 % à 1 an

Barlogie [16]

Thalidomide seul

169

30 %

20 % à 2 ans

Yakoub-Agha [17]

Thalidomide seul

83

48 %

50 % à 1 an

Dimopoulos [18]

Thalidomide + Dexamethasone

44

55 %

50 % à 10 mois

Palumbo [19]

Thalidomide + Dexamethasone

120

52 %

50 % à 12 mois



Tableau 3 Résultats des essais ayant étudié le bortézomib ou le lénalidomide en situation de rechute

Auteur

Traitement

N

Réponse ≥ 50 %

TTP/objectif principal des études de phase III

Richardson [21]

Bortézomib

202

27 %

7 mois

Jagannath [22]

Bortézomib

54

30 %

-

Richardson [23]

Bortézomib

331

38 %

6,2 mois

Dexamethasone

336

18 %

3, 5 mois

Dimopoulos [29]

Dexamethasone + Lénalidomide

176

60,2 %

11,3 mois

Placebo + Dexamethasone

175

24 %

4,3 mois

Weber [30]

Dexamethasone + Lénalidomide

170

61 %

11,1 mois

Dexamethasone + Placebo

171

19,9 %

4,7 mois

Qui traiter ?

Le premier problème est de décider si un traitement est nécessaire. Seuls les patients ayant un MM symptomatique relèvent d’un traitement. Les gammapathies monoclonales de signification indéterminée (GMSI, traduction de l’acronyme anglais MGUS pour monoclonal gammopathy of undetermined significance) et les myélomes indolents (SMM pour smoldering myeloma) sont deux stades précoces de la maladie, asymptomatiques et ne nécessitent aucun traitement. Une surveillance clinique et biologique régulière est nécessaire car GMSI et SMM peuvent évoluer vers un MM symptomatique [31, 32]. Le groupe international du myélome a récemment proposé une nouvelle classification permettant de différencier GMSI, SMM et MM symptomatique [33]. Cette classification fait appel à la plasmocytose médullaire, au taux de composant monoclonal sérique et à l’existence d’éventuelles atteinte organique (anémie < 10 g/dL, insuffisance rénale avec créatininémie > 173 μmol/L, hypercalcémie > 2,75 mmol/L, lésions osseuses lytiques, tassements vertébraux, amylose, infections répétées, etc.). GMSI et MM indolent sont asymptomatiques et ne s’accompagnent d’aucune atteinte organique. Leur distinction est biologique, basée sur le taux du pic d’immunoglobuline et sur la plasmocytose médullaire. Le diagnostic de GMSI est retenu si le taux du composant monoclonal est inférieur à 30 g/L et si la plasmocytose médullaire est inférieure à 10 %. En cas d’atteinte organique, le diagnostic de MM symptomatique est retenu quels que soient le taux du composant monoclonal et la plasmocytose médullaire (tableau 1), et un traitement doit être proposé.

Une fois le diagnostic de MM symptomatique retenu, les patients peuvent être distingués selon leur éligibilité pour une intensification. Les principaux critères d’éligibilité sont l’âge (inférieur à 65 ans), le terrain, les comorbidités. La figure 1 résume la stratégie actuelle de prise en charge du myélome multiple.

Tableau 1 Résumé des critères diagnostiques définis par le Groupe international d’étude du myélome, d’après [33]

GMSI

Myélome asymptomatique

Myélome symptomatique

Taux du composant monoclonal

< 30 g/L

> 30 g/L

Pas de valeur seuil

Plasmocytose médullaire

< 10 %

> 10 %

Pas de valeur seuil

Atteinte organique*

+

Absence d’arguments clinique et biologique pour une hémopathie maligne B

Tous les critères nécessaires

Un seul critère nécessaire

* Atteinte organique

Hypercalcémie

  • > 0,25 mmol/L par rapport à normale> 2,75 mmol/L


Insuffisance rénale

Créatininémie > 173 mmol/L

Anémie

  • Hémoglobine < 2 g/dL par rapport à normaleHémoglobine < 10 g/dL


Lésions osseuses

  • Lacunes osseusesOstéoporose avec fracture pathologique compressive


Autres

  • Syndrome d’hyperviscositéAmyloseInfection bactérienne à répétition (> 2 épisodes en 12 mois)


Patients éligibles pour une intensification thérapeutique

Pour les patients de moins de 65 ans éligibles pour une intensification, la base du traitement repose sur une intensification par fortes doses de melphalan, soutenue par autogreffe de cellules souches périphériques et précédée d’un traitement d’induction par chimiothérapie selon le protocole VAD [34]. Cette stratégie a montré un bénéfice en termes de réponse, de survie globale et de survie sans évènement. Cependant, malgré les progrès réalisés depuis l’introduction de l’autogreffe, la médiane de survie reste faible (moins de 5 ans). La survie n’est pas seulement liée aux facteurs pronostiques initiaux mais également à l’intensité de la réponse. L’obtention d’une rémission complète (disparition du pic à l’électrophorèse des protides, négativation de l’immunofixation) doit être l’objectif du traitement actuel du myélome. Si la place de l’autogreffe n’est pas pour le moment remise en cause, il paraît possible d’améliorer les différentes phases du traitement. Ainsi, de nouveaux protocoles de traitement d’induction et de conditionnement sont proposés. Par ailleurs, après l’intensification, des stratégies de traitement d’entretien ou de consolidation peuvent apporter un bénéfice en terme de survie.

Traitement d’induction

Le traitement d’induction a pour but de diminuer la masse tumorale avant l’intensification. Il ne doit pas interférer avec le recueil de cellules souches et la possibilité de réaliser une intensification avec autogreffe. Le protocole VAD (association vincristine-doxorubicine-dexamethasone en cures de 4 jours tous les 28 jours) était jusqu’à présent le traitement d’induction de référence [10]. Son avantage était d’être rapidement efficace grâce à la dexamethasone et de ne pas altérer les cellules souches hématopoïétiques. Il posait le problème d’une efficacité modeste (taux de réponse de l’ordre de 50 à 60 % avec moins de 10 % de réponse complète), de complications infectieuses importantes et de la nécessité d’injection par voie veineuse centrale [35]. L’arrivée des nouveaux traitements du myélome a révolutionné le traitement d’induction et permet d’envisager d’obtenir rapidement et avant autogreffe des taux de réponse importants. Une des questions essentielles des nouveaux schémas de traitement d’induction est de savoir si le bénéfice initial attendu ne sera pas effacé à l’issue de l’autogreffe. Thalidomide, bortézomib et lénalidomide ont été testés en première ligne chez des sujets éligibles pour une intensification. Dans toutes ces études, le recueil de cellules souches était de bonne qualité et l’intensification thérapeutique a pu être réalisée. Ces nouveaux schémas de traitement ne diminuent pas les possibilités de réalisation de l’intensification thérapeutique. En l’état actuel des connaissances, le meilleur schéma reste à définir.

Thalidomide

Le groupe ECOG (Eastern Cooperative Oncology Group) a mené une étude prospective randomisée (phase III) comparant l’association thalidomide-dexaméthasone et la dexaméthasone seule [36]. Deux cent sept patients ont été inclus. Les résultats ont montré une supériorité de l’association thalidomide-dexamethasone avec un taux de réponse estimé à 72 % contre 50 %. Une équipe italienne a réalisé une comparaison rétrospective appariée de l’association thalidomide plus dexaméthasone avec le classique cycle de chimiothérapie d’induction de type VAD [37]. Le résultat était un bénéfice en faveur du thalidomide avec 76 % de réponses partielles contre 52 % avec le VAD. Ces résultats ont été confirmés par une étude française prospective randomisée comparant thalidomide à 200 mg/j plus dexaméthasone haute dose séquentielle (Thal-Dex) pendant 3 mois à 3 cycles de type VAD chez 204 patients de moins de 66 ans en traitement d’induction avant intensification [38]. La collecte de cellules souches périphériques était de bonne qualité dans les 2 bras. Avant intensification le taux de très bonne réponse partielle supérieure à 90 % (TBRP) était de 34,7 % dans le bras Thal-Dex contre 12,3 % avec le VAD. Ce bénéfice était statistiquement significatif. Il était constaté significativement plus d’épisodes thromboemboliques dans le bras Thal-Dex (22,8 % versus 7,5 %). Par contre, la toxicité neurologique périphérique était comparable dans les 2 bras, 17,4 % avec Thal-Dex versus 12,9 % avec le VAD. Cependant, l’aspect décevant de cette étude était la disparition du bénéfice initial à l’occasion de l’évaluation au décours de l’intensification par melphalan haute dose avec 44,4 % de TBRP dans le bras Thal-Dex contre 41,7 % dans le bras VAD.

Bortézomib

Deux études ont testé l’association bortézomib plus dexaméthasone en stratégie d’induction avec un taux de réponse globale de 75 % à 90 % dont 17 % à 25 % de réponses complètes [39, 40]. Ces 2 études ont confirmé la faisabilité du recueil de cellules souches périphériques puis la réalisation d’une intensification après prescription d’un schéma d’induction à base de bortézomib. L’essai IFM 05-01 (Intergroupe francophone du myélome) dont les inclusions sont terminées depuis quelques mois visait à comparer l’association bortézomib-dexamethasone au VAD en traitement d’induction. Les résultats préliminaires sur 161 patients ont montré une supériorité de l’association bortézomib-dexamethasone [41] avec un taux de réponse après induction estimé à 82 % contre 67 %, un taux de réponse complète ou presque complète estimé à 20 % contre 9 % et un taux de très bonne réponse partielle estimé à 23 % contre 17 %. Le bénéfice en terme de réponse était maintenu après la première autogreffe. La toxicité des deux stratégies était comparable.

Lénalidomide

Une étude de phase II réalisée à la Mayo Clinic a montré l’efficacité de l’association lénalidomide-dexamethasone comme traitement initial. Trente-quatre patients en première ligne de traitement étaient inclus. Les patients recevaient 25 mg de lénalidomide 21 jours sur un cycle de 28 jours, associé à la dexaméthasone 40 mg/jour J1-4, 9-12, 17-20. Le taux de réponse était estimé à 91 % avec 56 % de très bonne réponse partielle ou réponse complète [26]. Les données ont été récemment actualisées [42]. Le taux de survie de l’ensemble des patients était estimé à 88 % à 3 ans. Treize patients ont ensuite bénéficié d’une intensification et 21 patients ont poursuivi le traitement par lénalidomide-dexamethasone. Le taux de survie sans évènement à 3 ans était respectivement 83 % et 59 % et le taux de survie globale à 3 ans était 92 % et 85 %. Au vu de ces résultats, l’ECOG a mené une étude de phase III comparant ce schéma de traitement avec un schéma associant le lénalidomide aux mêmes doses associé à la dexamethasone à doses réduites (40 mg J1, 8, 15 et 22) [43]. Après l’inclusion de 445 patients, l’essai a été stoppé précocement compte tenu de la supériorité du bras lénalidomide-dexamethasone faibles doses en termes de survie globale. La survie à un an était estimée à 96,5 % dans le bras dexamethasone faibles doses contre 86 %. Cette différence était constatée aussi bien chez les patients de moins de 65 ans (98 % contre 90 %) que chez les patients âgés de plus de 65 ans (95 % contre 83 %). La tolérance du bras dexamethasone faibles doses était meilleure avec notamment moins d’infections et d’épisodes thromboemboliques.

Intensification

L’efficacité du traitement intensif a été démontrée pour la première fois par l’IFM dans un essai comparant chimiothérapie conventionnelle et traitement intensif avec autogreffe de moelle osseuse chez des patients de moins de 65 ans ayant un MM de novo [9]. Cet essai ayant inclus 200 patients a démontré la supériorité du traitement intensif en termes de taux de réponse (81 % contre 57 %), de durée de réponse (survie sans évènement à 5 ans 28 % contre 10 %) et de survie (survie à 5 ans 52 % contre 12 %). Plus récemment, l’IFM a réalisé un nouvel essai randomisé incluant 399 patients de moins de 60 ans et comparant une simple intensification avec une double intensification [34]. Cette étude a démontré qu’une double intensification améliore la durée de réponse (survie sans évènement à 7 ans 20 % contre 10 % dans le groupe simple intensification) et la survie globale (42 % contre 21 % à 7 ans). Dans cette étude, le bénéfice de la deuxième autogreffe était observé uniquement chez les patients ayant obtenu une réponse inférieure à 90 % après la première intensification (survie globale à 7 ans 43 % contre 11 %). Aucun bénéfice de la deuxième autogreffe n’a été observé chez les patients ayant obtenu une réponse de plus de 90 % (TBRP ou réponse complète) après la première autogreffe. Le traitement de référence est donc une double intensification sauf chez les patients ayant obtenu au moins une très bonne réponse partielle après la première autogreffe.

Plusieurs modifications du conditionnement de l’autogreffe (irradiation, chimiothérapies…) ont été proposées mais n’ont pas fait preuve de leur efficacité tout en augmentant nettement la toxicité. L’encadrement de l’intensification par 4 injections de bortézomib est une stratégie plus prometteuse. Des études ouvertes ont montré que ce schéma était réalisable au prix d’une toxicité faible [44].

Traitement d’entretien

Chez les patients relevant d’une intensification, l’utilisation du thalidomide a été testée dans un schéma d’entretien post-autogreffe. Il s’agit d’une nouvelle étude de l’IFM concernant 597 patients de moins de 65 ans avec un MM de novo randomisés à l’issue d’une double intensification systématique entre abstention (bras A), pamidronate mensuel (bras B) et pamidronate mensuel plus thalidomide à la dose maximale de 200 mg/j (bras C) [45]. Le taux de réponse complète plus TBRP était augmenté à 67 % dans le bras C contre 55 % et 57 % dans les bras A et B (p = 0.03). Un bénéfice significatif était également constaté en survie sans évènement à 3 ans avec un taux de 52 % dans le bras C contre 36 % et 37 % dans les bras A et B (p < 0.009). Cet avantage était confirmé en survie globale avec 87 % de survivants à 4 ans dans le bras C contre 77 % et 74 % dans les bras A et B. Cette étude a été la première à démontrer l’intérêt d’un traitement par thalidomide à l’issue d’une séquence d’intensification. Ces résultats encourageants, qui viennent d’être confirmés par une équipe australienne [46], sont à pondérer compte tenu de la toxicité de cette molécule dans un contexte de traitement d’entretien. Par ailleurs, ce bénéfice n’était pas observé chez les patients en rémission complète, ce qui tendrait à prouver qu’il s’agit d’un traitement de consolidation plus que d’un traitement d’entretien. Des essais sont en cours pour tester le lénalidomide en traitement de consolidation puis en entretien après intensification.

Quelle est la place de l’allogreffe ?

L’étude pivot concernant l’allogreffe a été publiée il y a plus de 15 ans [47]. 90 % des patients étaient inéligibles du fait de leur âge ou de l’absence de donneur HLA compatible dans la famille. Dans cette série très hétérogène de 162 patients, le taux de rémission complète était estimé à 44 % et la survie globale était à 32 % à 4 ans et 28 % à 7 ans. La mortalité liée à la procédure était de 20 %. Compte tenu de la mortalité liée à la procédure, les stratégies d’allogreffe à conditionnement myéloablatif ne sont pratiquement plus employées dans le myélome.

Des stratégies de double intensification avec autogreffe suivie d’une allogreffe à conditionnement atténuée ont été proposées. En l’état actuel, les résultats sont controversés. Dans les essais IFM 99-03 et 99-04, 284 patients de mauvais pronostic (délétion du chromosome 13 et taux de beta2 microglobuline élevé) étaient inclus [48]. En cas de donneur HLA identique dans la fratrie (65 patients), les patients recevaient une double intensification avec autogreffe puis mini-allogreffe. En l’absence de donneurs familiaux, les patients (219 patients) recevaient une double autogreffe plus ou moins un traitement par anti-IL6. Les taux de survie globale et sans évènement étaient identiques dans les 2 groupes. Bruno et al. ont récemment rapporté leur expérience [49]. Les patients recevaient un traitement d’induction par VAD puis une première autogreffe. En fonction de l’existence ou non d’un donneur familial, les patients recevaient ensuite une deuxième autogreffe ou une allogreffe avec conditionnement atténué. 162 patients ont été inclus dont 80 avaient un donneur familial. 58/80 (72 %) patients ont pu aller jusqu’au bout de la procédure dans le groupe allogreffe contre seulement 46/82 (56 %) dans le groupe double autogreffe. Avec un suivi de 46 mois, la survie sans évènement était supérieure dans le groupe allogreffe (médiane 43 contre 33 mois) ainsi que la survie globale (médiane non atteinte contre 58 mois). La mortalité liée à la procédure était faible et comparable dans les deux groupes. En revanche, la mortalité liée à la maladie était plus élevée dans le groupe double autogreffe (7 % contre 43 %). Ces résultats soulèvent beaucoup de questions concernant les patients du groupe double autogreffe car le taux de réalisation de la procédure complète était très faible et les résultats très inférieurs à ceux décrit dans les études antérieures.

De nombreuses questions restent donc en suspens et la place de l’allogreffe à conditionnement atténué reste à définir.

Patients non éligibles pour une intensification

Chez les patients inéligibles pour une intensification, le traitement de référence restait depuis plusieurs décennies le schéma oral associant melphalan et prednisone (MP) décrit par Alexanian en 1969 [1]. Chez ces patients, les nouveaux traitements du MM ont également été étudiés.

Thalidomide

Plusieurs essais de phase III ont démontré la supériorité du schéma melphalan-prednisone-thalidomide (MPT) par rapport au schéma conventionnel melphalan-prednisone (MP). Un essai italien mené par le GIMEMA a comparé l’association MP (6 cycles mensuels) à MP (6 cycles mensuels) plus thalidomide à 100 mg/j (MPT) en continu jusqu’à la rechute chez 331 patients de plus de 60 ans avec un MM de novo [50]. Le bras MPT était supérieur en termes de taux de réponse (76 % contre 47,6 %) et de survie sans évènement à 2 ans (54 % contre 27 %). La survie globale à 3 ans semblait plus prolongée dans le bras MPT mais la différence n’était pas significative (80 % contre 64 %). Avant introduction d’une prophylaxie systématique par énoxaparine, le taux maximal de thrombose veineuse profonde (TVP) était de 20 % dans le bras MPT. Les complications neurologiques (10 %), la constipation (8 %), les infections (10 %) étaient les autres effets indésirables observés de manière significativement plus élevée dans le bras MPT. Une seconde étude prospective randomisée à 3 bras a été menée par l’IFM [51]. Le protocole IFM 99-06 avait pour but de comparer 3 stratégies thérapeutiques chez des patients âgés de 65 à 75 ans, en première ligne de traitement : 1) le traitement de référence par melphalan-prednisone (MP) – 12 cures à 6 semaines d’intervalle, 2) l’association MP thalidomide (MPT) avec des doses croissantes de thalidomide (en moyenne 200 mg/jour) en fonction de la tolérance, 3) une stratégie intensive atténuée, adaptée à l’âge des patients (traitement d’induction par 2 cures de VAD suivi de 2 intensifications thérapeutiques par melphalan 100 mg/m2 associée à une autogreffe). L’objectif principal de l’étude était la survie globale. Quatre cent quarante-sept patients ont été randomisés. La survie globale médiane des patients traités dans le bras MPT estimée à 51,6 mois était significativement supérieure à celle des patients traités par MP (33,2 mois) et par stratégie intensive (38,3 mois). La survie médiane sans progression était également supérieure dans le bras MPT (27,5 mois contre 17,8 et 19,4 mois). Aucune différence n’était observée entre le bras MP et le bras intensif en terme de survie. Le taux de réponse à un an était supérieur dans les bras MPT (76 %), intensif (65 %) par rapport au bras MP (35 %). La toxicité était comparable à celle observée dans l’étude italienne avec notamment un taux d’accidents thrombotiques estimé à 12 % dans le groupe traité par MPT (contre 4 % dans le bras MP et 8 % dans le bras intensif). Le taux de constipation sévère et de somnolence était estimé respectivement à 10 % et 8 % dans le groupe MPT.

Le schéma MPT a également été comparé au schéma conventionnel MP chez des sujets de plus de 75 ans dans un essai en double aveugle mené par l’IFM (IFM 01-01) [52]. Tous les patients étaient traités par melphalan (0,2 mg/kg J1-J4) et prednisone (2 mg/kg J-J4) avec 12 cycles de 6 semaines associés à un placebo (bras MP) ou à du thalidomide à la dose de 100 mg/j (bras MPT). Le critère de jugement principal était la survie globale. Une première analyse intermédiaire a été réalisée après inclusion de 200 patients. La survie globale était supérieure dans le bras MPT par rapport au groupe MP (médiane 45,3 mois contre 27,7 mois). La survie sans évènement était également supérieure dans le groupe MPT (médiane 24,1 mois contre 19 mois). Le taux de réponse était de 61 % dans le bras MPT contre 31 % dans le bras MP.

Bortézomib

L’association du bortézomib au classique MP a été évaluée par une équipe espagnole à l’occasion d’une étude pilote de 60 myélomes de novo âgés de plus de 65 ans dont 50 % de plus de 75 ans [53]. La toxicité était essentiellement hématologique, digestive et neurologique périphérique et au total parfaitement acceptable. L’efficacité était patente avec un taux de réponse globale de 89 % dont 32 % de réponse complète. La survie sans évènement était de 83 % à 16 mois. Une large étude randomisée internationale (VISTA) de phase III est en cours comparant le classique MP à l’association MP plus bortézomib.

Lénalidomide

Le traitement par lénalidomide-dexamethasone faibles doses semble également prometteur chez les sujets âgés puisque dans l’étude de l’ECOG citée plus haut [43] le bénéfice en terme de survie du bras lénalidomide-dexamethasone faibles doses était observé y compris dans le groupe des patients âgés de plus de 65 ans (survie globale à un an 95 % contre 83 %) avec une bonne tolérance.

Au vu des résultats italiens et français, le schéma melphalan-prednisone-thalidomide semble devoir devenir le bras de référence chez les sujets âgés de plus de 65 ans. D’autres schémas : MP-bortézomib, MP-lénalidomide, lénalidomide-dexamethasone faibles doses, etc. ont montré leur efficacité et leur tolérance. Ils devront être comparés au traitement de référence dans des essais randomisés.

Rechutes

Comme en première ligne, l’objectif est d’obtenir la meilleure réponse possible. Plusieurs études ont montré que thalidomide, bortézomib et lénalidomide permettent d’obtenir des réponses chez des patients déjà lourdement traités et qu’ils augmentent la survie sans progression et la survie globale après rechute [15-17, 21-23, 26-28]. Les profils de toxicité différents de ces trois molécules permettent de les associer entre elles et avec des traitements par chimiothérapies. Aucune étude ne permet de définir la molécule la meilleure. Les possibilités de traitement lors d’une première rechute sont nombreuses et il est difficile de proposer des recommandations de traitement des rechutes. Il paraît logique d’utiliser un de ces trois nouveaux agents en raison de leur efficacité prouvée chez des patients ayant déjà reçu plusieurs lignes de traitement. Le choix doit tenir compte du terrain et des traitements antérieurement reçus. Le plus souvent un schéma associé à la dexamethasone est choisi. Le thalidomide est souvent utilisé en première intention. Le bortézomib est proposé chez les patients ayant déjà reçu du thalidomide. Le lénalidomide a obtenu l’AMM en juin 2007. Il est indiqué chez l’adulte, en association à la dexaméthasone, dans le traitement du myélome multiple chez les patients ayant déjà reçu au moins un traitement antérieur. Chez les sujets jeunes, si des cellules souches sont disponibles, que la réponse à la première intensification a été prolongée et que le traitement de première intention de la rechute a permis d’obtenir une bonne réponse, une intensification peut éventuellement être discutée. En l’absence d’intensification, le traitement doit être poursuivi jusqu’à obtention de la réponse maximum. Aucune étude ne permet de connaître la durée optimale du traitement de la rechute.

Soins de support

Associés à la prise en charge spécifique du myélome, plusieurs traitements peuvent être associés pour améliorer le confort et la qualité de vie des patients.

Bisphosphonates

L’utilisation des bisphosphonates dans le MM repose sur plusieurs études randomisées ayant démontré une diminution de survenue des évènements osseux. Les principales molécules sont le clodronate (non-amino-bisphosphonates disponibles par voie orale), le pamidronate et le zolédronate (amino-bisphosphonates disponibles par voie intraveineuse). Le clodronate et le pamidronate ont prouvé leur efficacité contre placebo [54, 55]. Le zolédronate a prouvé sa non-infériorité par rapport au pamidronate [56]. Ils réduisent la fréquence des manifestations osseuses et diminue la progression osseuse de la maladie. Tous les patients avec douleurs, lésions osseuses, hypercalcémie, doivent recevoir un traitement par bisphosphonates pendant le traitement d’induction.

Le traitement par bisphosphonates expose au risque d’ostéonécrose de la mâchoire (ONM) [57]. Cet effet secondaire grave des bisphosphonates a été décrit récemment. L’incidence des ONM est difficile à préciser, elle est estimée entre 3,2 et 11 % dans les dernières publications [57-60]. Les cas d’ONM ont été principalement décrits chez des patients traités par amino-bisphosphonates. Quelques publications ont fait état d’ONM survenues chez des patients traités par non-amino-bisphosphonates mais dans la majorité des cas les patients avaient également reçu un amino-bisphosphonate au cours de leur traitement. À ce jour, un seul cas d’ONM a été décrit chez un patient traité par clodronate [61]. La fréquence des ONM est plus élevée chez les patients traités par zolédronate seul ou par un schéma séquentiel pamidronate puis zolédronate, que chez les patients traités par pamidronate seul. Le risque d’ONM est lié au temps d’exposition au traitement (nombre de perfusions et durée du traitement). Le risque relatif passe ainsi de 1 % au cours de la 1re année de traitement à 21 % à 3 ans. Les autres facteurs de risque sont l’âge, la réalisation de soins dentaires récents (extraction dentaire, tout geste avec mise à nu de l’os), un traitement par radiothérapie, corticoïdes, chimiothérapie, les maladies associées (cancer, troubles de la coagulation, etc.) [57].

Devant l’accroissement des cas décrit d’ONM, la question de la nature et de la durée du traitement par bisphosphonates est source de débats. L’ASCO a récemment proposé une actualisation de ces recommandations pour l’utilisation des bisphosphonates dans le myélome [62]. L’indication d’un traitement par bisphosphonates est retenue en cas de lésions lytiques osseuses ou en cas d’ostéopénie. Il est déconseillé en l’absence de lésions osseuses ou de SMM. Il est recommandé de préférer le pamidronate au zolédronate en attendant de plus amples informations sur le lien entre zolédronate et ONM. Le clodronate par voie orale est une alternative utilisée dans de nombreux pays mais il n’a pas l’autorisation de commercialisation aux États-Unis. Il est conseillé de limiter le traitement bisphosphonates à 2 ans si le patient est en rémission et de diminuer les doses dans le cas contraire. Dans le cadre de la prévention des ONM, il est recommandé d’effectuer un bilan dentaire complet avant de débuter le traitement puis de prévoir des consultations dentaires annuelles. Toute procédure endobuccale invasive doit être évitée. En cas de nécessité, prévoir un arrêt des bisphosphonates au moins un mois auparavant et attendre la cicatrisation complète avant de reprendre les bisphosphonates. Il n’a pas été établi de recommandation en France.

Erythropoïétine

L’anémie est un problème fréquent dans le myélome. Dans une série rétrospective de 1 027 myélomes suivis à la Mayo Clinic, Kyle trouvait 72 % d’anémie inférieure à 12 g/dL et 35 % inférieure à 10 g/dL [63]. Les mécanismes responsables de l’anémie sont variés : envahissement médullaire, effet de la chimiothérapie, diminution de la production endogène d’érythropoïétine (EPO) liée ou non à une insuffisance rénale, effet du relargage de cytokines, carence associées. L’efficacité d’un traitement par EPO est estimée à 50-60 %. La réponse est caractérisée par une élévation du taux d’hémoglobine, une diminution des besoins transfusionnels et une amélioration de la qualité de vie [64, 65]. Le meilleur facteur prédictif de réponse est un taux initial d’EPO bas [66]. Cependant, des patients avec taux augmenté d’EPO répondent parfois au traitement. Le dosage initial d’EPO ne doit donc pas être systématique.

Des recommandations françaises (Afssaps) [67] et anglo-saxonnes (ASCO et UK myeloma forum) concernant l’utilisation de l’EPO sont disponibles [68, 69]. Un traitement par EPO est recommandé chez les patients ayant une anémie liée à chimiothérapie avec taux d’hémoglobine inférieure à 10 g/dL. Il est cependant recommandé d’observer l’effet de la chimiothérapie sur l’anémie avant de débuter un traitement par EPO. Une surveillance du statut martial est nécessaire pendant tout le traitement. L’adaptation des doses recommandée est un doublement de la dose en l’absence d’effet après 4 semaines de traitement. En l’absence d’efficacité après 8 semaines malgré le doublement doses (inefficacité), le traitement peut être stoppé. En cas d’efficacité, les doses doivent être adaptées pour obtenir un taux d’hémoglobine proche de 12 g/dL.

Insuffisance rénale

Environ 30 % des patients atteints de MM présentent une insuffisance rénale significative au moment du diagnostic [63]. Cette insuffisance rénale est le plus souvent réversible, mais dans un tiers des cas, une dialyse à vie est nécessaire. De nombreux facteurs sont impliqués (déshydratation, hypercalcémie, infections, diurétiques, médicaments néphrotoxiques), mais les chaînes légères libres (CLL) en excès sont la cause majeure de l’insuffisance rénale. Les CLL sont néphrotoxiques. Lorsque la capacité de réabsorption au niveau du tube contourné proximal est dépassée, les CLL parviennent dans le tube distal et se lient à la protéine de Tamm-Horsfall. Ces deux protéines précipitent dans la lumière des tubes rénaux entraînant une tubulopathie responsable d’une insuffisance aiguë rapidement progressive. Une épuration rapide des CLL pourrait permettre une meilleure récupération de la fonction rénale. Dans une étude contrôlée sur 98 patients [70], les échanges plasmatiques n’ont pas montré de bénéfice clinique. Les membranes de dialyse habituelles ne permettent pas une épuration suffisante des CLL. Une nouvelle génération de membrane de dialyse dite « protein-leaking » avec de larges pores pourrait être utiles dans cette indication. Elles ont été testées chez l’homme et permettent une épuration rapide et efficace des CLL [71]. Cependant, le bénéfice clinique n’est pas démontré.

Le bortézomib est parfaitement utilisable en cas d’insuffisance rénale sévère ou de dialyse avec des taux de réponse et une toxicité équivalente aux situations de fonction rénale normale [72]. Sa rapidité d’action et sa simplicité d’utilisation en cas d’insuffisance rénale en font un traitement à proposer rapidement en cas d’insuffisance rénale aiguë liée à une tubulopathie myélomateuse en association avec une épuration extrarénale.

Immunoglobulines intraveineuses

Le risque infectieux est majeur dans les trois mois suivant le diagnostic de MM et lors des rechutes. Une analyse rétrospective de 3 107 patients inclus dans les protocoles du MRC [73] montrait que 10 % des patients décédaient dans les 2 mois suivant l’inclusion dans les protocoles dont 45 % sont d’origine infectieuse. Ce risque est lié à la diminution des immunoglobulines polyclonales qui est très fréquente au cours du MM. La survenue des infections est également favorisée par un déficit de l’immunité cellulaire (lymphocytes T, cellules NK), la corticothérapie à fortes doses et la neutropénie induite par la chimiothérapie.

Dans les déficits secondaires de l’immunité humorale au cours des myélomes multiples, des immunoglobulines intraveineuses peuvent être recommandées en traitement de substitution à la dose de 0,4 g/kg toutes les trois à quatre semaines en cas d’hypogammaglobulinémie importante ou d’infections répétées. Ceci correspond à une des indications de l’AMM. Ces recommandations reposent sur une étude multicentrique, randomisée en double aveugle, réalisée chez 82 patients atteints de MM en phase de plateau [74]. Les patients recevaient soit 0,4 g/kg d’Ig IV tous les mois, soit un placebo, sur une période d’un an. Les deux groupes ont été appariés pour l’âge, le sexe, le stade du myélome. Aucun patient ne recevait une prophylaxie antibiotique. Les résultats montraient que les infections bactériennes sévères étaient significativement moins fréquentes dans le groupe IgIV : 19 dans le groupe IgIV contre 38 dans le groupe placebo (p = 0,019).

Kyphoplastie

Les tassements vertébraux représentent une complication fréquente du myélome. Ils exposent au risque de compression médullaire. Ils sont souvent responsables de douleurs intenses, invalidantes, parfois résistantes aux antalgiques de palier III. Dans certains cas, une radiothérapie ou une stabilisation chirurgicale sont nécessaires. Des techniques de vertébroplastie par voie cutanée ont été développées récemment. Elles permettant de restaurer rapidement la statique vertébrale. Les premières techniques étaient limitées par les risques de la procédure et notamment la fuite extra-osseuse du ciment. Une nouvelle procédure appelée kyphoplastie a été décrite il y a quelques années. Une trocard est implantée dans la vertèbre atteinte. Un ballonnet est introduit puis est gonflé. Le gonflement du ballonnet restaure la taille de la vertèbre en créant une cavité dans le corps vertébral. Le ballonnet est ensuite retiré et un ciment est injecté dans la cavité créée. Une étude américaine menée chez 18 patients (55 kyphopasties) a prouvé l’efficacité et la bonne tolérance de la procédure. Seuls 2 cas de fuite extra-osseuse ont été observés mais sans conséquence [75]. Des études plus importantes sont en cours. Compte tenu de son efficacité et de son caractère non invasif, cette technique va être amenée à se développer [76].

Conclusion

Les nouveaux médicaments du myélome que sont le thalidomide, le lénalidomide (Revlimid®) et le bortézomib (Velcade®) viennent d’ouvrir une nouvelle ère dans la prise en charge des patients atteints de myélome. L’adjonction du thalidomide au classique schéma melphalan-prednisone (MP) est en train de révolutionner le traitement de première ligne du sujet âgé et il est raisonnable d’espérer à court terme un changement similaire chez le sujet jeune.

Par ailleurs, la meilleure connaissance des interactions complexes entre les plasmocytes malins et leur environnement et les voies de signalisation qui sont dérégulées ont permis d’augmenter considérablement le nombre d’agents thérapeutiques potentiels. Actuellement, le choix du traitement n’est pas individualisé. Les futures études de génomiques permettront probablement à l’avenir d’identifier les patients les plus à même de bénéficier de thérapeutique spécifique ouvrant la voie à la perspective de traitements individualisés.

L’objectif, suite à ces progrès récents patents, est de voir prochainement le MM se transformer en une maladie chronique avant l’arrivée d’un nombre significatif de rémissions très prolongées évocatrices de guérison.

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