ARTICLE
Auteur(s) : Emmanuel
Andrès,1, Laure Federici1, Jacques
Zimmer2, Samira Daou1, Ecaterina
Ciobanu1, Thomas Vogel3, Frédéric
Maloisel4
1Service de médecine interne, Clinique médicale B,
Hôpitaux universitaires de Strasbourg, 1 Porte de l’Hôpital, 67 091
Strasbourg Cedex
2Centre de recherche public de la santé (CRP-Santé),
Laboratoire Stralux d’immunogénétique-allergologie, Luxembourg
3Service de médecine interne et gériatrie, Hôpitaux
universitaires de Strasbourg
4Département d’oncologie et hématologie, Hôpitaux
universitaires de Strasbourg
Le purpura thrombopénique idiopathique (PTI) est une maladie
auto-immune essentiellement liée à la présence d’auto-anticorps
responsables d’une destruction périphérique et d’une inhibition
centrale des plaquettes [1-3]. En 2008, son étiologie demeure
inconnue et, en dépit des avancées majeures dans le domaine de la
physiopathologie [4], le diagnostic de PTI chez l’adulte reste
encore un diagnostic d’exclusion et son évolution est aussi bien
variable qu’imprévisible [5-7]. Bien que cette maladie soit
classiquement décrite chez l’adulte jeune avec une prédominance
féminine [8], il est important de souligner que les patients âgés
sont aussi souvent rencontrés en pratique clinique [9, 10]. Les
modalités actuelles de la prise en charge du PTI chez l’adulte sont
avant tout empiriques et les indications thérapeutiques retenues
reposent essentiellement sur l’analyse de séries de la littérature
ne comprenant que peu de sujets âgés [11, 12] et sur les
recommandations d’experts [5-7]. Mais alors que certains auteurs
rapportent une influence de l’âge tant sur la réponse thérapeutique
que sur les effets secondaires [13], il n’existe actuellement
aucune recommandation spécifique de prise en charge du PTI pour les
sujets âgés.
Dans ce travail, nous exposerons notre expérience de la prise en
charge thérapeutique du PTI du sujet âgé, en discutant
essentiellement les traitements usuels, afin d’enrichir une
littérature peu abondante sur ce sujet et d’en dégager une attitude
thérapeutique peut-être plus appropriée chez ces patients plus
fragiles.
Expérience personnelle
Trente patients consécutifs (âge > 65 ans), présentant un
PTI selon les critères usuels (critères repris dans le tableau 1) [5, 6, 8], ont été inclus dans une étude
rétrospective et leurs données ont été analysées. Des données plus
détaillées sont accessibles dans la référence [14].
L’âge de ces patients s’étale de 65 à 82 ans avec un âge
moyen de 71 ans. Douze patients ont plus de 75 ans. Il y
avait 19 femmes. Dix-sept patients (57 %) présentent des
manifestations hémorragiques muqueuses sévères et/ou viscérales. À
l’admission, la numération plaquettaire moyenne était de
47 × 109/l avec des extrêmes de 1 à 120 ×
109/l.
Tableau 1 Définition du purpura thrombopénique
idiopathique [5-7]
- – Présence d’une thrombopénie définie par un chiffre de
plaquettes <150 × 109/l à 2 reprises
- – Présence de mégacaryocytes sur un examen de moelle
osseuse
- – Absence de splénomégalie
- – Exclusion d’une autre cause : médicaments (AINS,
aspirine…), toxiques, virus (VIH…), troubles de la crase (CIVD…),
maladies auto-immunes évolutives (LEAD, polyarthrite rhumatoïde,
syndrome des antiphospholipides…), hémopathies (leucémie lymphoïde
chronique, leucémies aiguës…)
|
Réponses aux divers traitements
L’abstention thérapeutique a été décidée pour 3 patients
(10 %) : 2 patients symptomatiques (purpura et épistaxis)
mais dont le chiffre plaquettaire était autour de 90 ×
109/l, et 1 patient asymptomatiques pour qui le chiffre
plaquettaire était > 30 × 109/l. Le suivi de ces
derniers patients a permis d’objectiver leur guérison avec un
chiffre plaquettaire > 150 × 109/l après un mois.
Vingt-sept sujets (90 %) ont reçu un traitement de première
ligne. Il s’agissait soit de corticoïdes (n = 14), soit
d’immunoglobulines polyvalentes intraveineuses (Ig IV) (n = 3) ou
de danazol (n = 3). Six patients ont bénéficié en 2e
ligne thérapeutique d’une splénectomie.
Corticothérapie
Quatorze patients (47 %) ont eu, en première intention, une
corticothérapie administrée par voie orale à la posologie de 0,25 à
1,5 mg/kg/jour. Un a reçu 1 bolus de méthylprednisolone de
250 mg sur 3 jours de suite, suivie d’une corticothérapie
orale. La réponse à cette corticothérapie a été évaluée à
1 mois et 6 mois du début du traitement. Cette
réponse est présentée dans le tableau 2.
Tous les patients ont répondu initialement à la corticothérapie,
mais à 6 mois, seuls 5 patients (36 %) étaient encore
répondeurs.
Des effets secondaires ont été notés chez tous les
patients : prise de poids avec œdème (n = 7), myopathie
cortisonique et crampes (n = 5), infections bactériennes
essentiellement cutanées mais également une pneumopathie et une
bactériémie (n = 5), confusion et dépression (n = 4),
épigastralgies et hémorragie digestive (n = 2), diabète induit ou
décompensé (n = 2), poussées d’hypertension artérielle (HTA) (n =
2).
Tableau 2 Réponses thérapeutiques évaluées à
1 mois et 6 mois après traitement par corticoïdes,
immunoglobulines polyvalentes intraveineuses (Ig IV), splénectomie
et danazol [14]
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|
|
|
|
A 1 mois
|
RC
|
n = 7 (50 %)
|
n = 0
|
n = 5 (83 %)
|
n = 0
|
|
RP
|
n = 7 (50 %)
|
n = 0
|
n = 1 (17 %)
|
n = 0
|
|
E
|
n = 0
|
n = 3 (100 %)
|
n = 0
|
n = 5
|
|
|
A 6 mois
|
RC
|
n = 1 (8 %)
|
n = 0
|
n = 0
|
n = 0
|
|
RP
|
n = 4 (28 %)
|
n = 0
|
n = 2 (33 %)
|
n = 3 (60 %)
|
|
E
|
n = 9 (64 %)
|
n = 3 (100 %)
|
n = 4 (67 %)
|
n = 2 (40 %)
|
Immunoglobulines polyvalentes intraveineuses
En raison de contre-indications aux corticoïdes (insuffisance
cardiaque, HTA, diabète, hématémèse, allergie aux corticoïdes), ou
de la présence d’une thrombopénie sévère (thrombopénie < 1 ×
109/l) dans un cas, les IgIV ont été utilisées en
1re intention chez 3 patients. La posologie des IgIV
était de 2 g/kg/cure. Deux patients supplémentaires ont
également des IgIV en préparation de la splénectomie. Le tableau 2 présente l’évolution du PTI à 1 et
6 mois après ce traitement. Aucune réponse n’était observée.
Les effets secondaires consistaient en une hyperthermie et des
frissons à l’administration du produit (n = 2) et une aggravation
d’une insuffisance rénale préexistante (n = 1).
Splénectomie
La splénectomie a toujours été réalisée en 2e ligne
thérapeutique. Six patients ont été opérés : 5 patients par
voie chirurgicale et 1 par cœlioscopie. La réponse thérapeutique
est rapportée dans le tableau 2. Tous
les patients ont répondu initialement. Aucun n’était cependant en
réponse complète à 6 mois ; 2 étaient en réponse
partielle à 6 mois.
Parmi les effets indésirables, des infections bactériennes
postopératoires ont été signalées chez 4 patients (66 %) dont
1 cas de pneumopathie sévère et 1 septicémie avec choc
septique.
Danazol
Le danazol a été utilisé chez 5 patients, dont 3 en première ligne
thérapeutique. La posologie moyenne était de 400 mg/jour
(entre 200 et 600 mg/jour). Comme l’illustre le tableau 2, une réponse thérapeutique a été observée
chez 3 patients (60 %).
Les effets secondaires consistaient en une cytolyse hépatique
observée chez tous les patients.
Evolution au long cours
Le suivi des 30 patients a objectivé 3 décès (10 %) : 1
décès dans un contexte d’infection bactérienne à type de choc
septique après splénectomie et 2 décès par hémorragie massive
(digestive pour le premier et intracérébrale pour le second).
Revue de la littérature
Pour introduire cette partie, soulignons d’emblée que bien que le
PTI soit une maladie souvent diagnostiquée chez le sujet âgé, il
n’existe à l’heure actuelle aucune recommandation spécifique de
prise en charge thérapeutique pour ces patients. De plus, quel que
soit la population concernée : enfants, adultes, sujets âgés,
remarquons que les modalités actuelles de la prise en charge du PTI
sont avant tout empiriques et que les indications thérapeutiques
retenues reposent essentiellement sur l’analyse de séries de la
littérature [11, 15] et sur des recommandations d’experts
(« guidelines ») [4-6]. Les études, contrôlées,
randomisées, répondant aux critères de l’evidence-based medicine,
sont en effet exceptionnelles ; moins de 5 études de ce type
ont été rapportées dans la littérature ou à des congrès [15] ;
à notre connaissance aucune chez les patients âgés.
Chez l’adulte, les corticoïdes, selon les modalités indiquées
précédemment, sont le traitement le plus utilisé en 1re
ligne thérapeutique. L’efficacité initiale de ce traitement est
excellente avec plus de 80 % de réponse [5, 6, 11]. Néanmoins,
à six mois, le pourcentage de réponse (rémission stable ou
guérison) rapporté n’est plus que de 20 % [5, 6]. De plus, de
nombreux sujets rapportent des effets secondaires cités auparavant
[16]. Nos résultats concordent avec ceux de la littérature, en
particulier en ce qui concerne la réponse à la corticothérapie [17,
18], avec plus d’un tiers de patients répondeurs au long cours
(tableau 2). Pour certains auteurs, le
jeune âge est d’ailleurs considéré comme un indicateur prédictif de
réponse aux corticoïdes [19]. Dans notre travail, les corticoïdes
apparaissent néanmoins plus iatrogènes chez les patients âgés,
imposant au clinicien la recherche de la plus petite dose efficace.
Ainsi, tous nos patients ont eu au moins un effet indésirable lié à
la corticothérapie. D’autres auteurs ont rapporté des résultats
similaires [20]. En 2003, sur une population de 139 PTI, notre
équipe avait décrit des effets secondaires chez respectivement
70 % des patients âgés de moins de 60 ans (n = 92) et
100 % des patients âgés d’au moins 60 ans (n = 26)
[13].
Pour pallier aux insuffisances de la corticothérapie standard (à
1 mg/kg par jour), certains ont récemment proposé d’utiliser
de la dexaméthasone à hautes doses : 40 mg par jour
pendant 4 jours consécutifs [21, 22]. Avec ce schéma, un
pourcentage de réponse > 50 % est rapporté au long cours
(> 30 mois) en 1re intention, avec peu
d’effets secondaires [17, 21]. Un pourcentage de 25 % de
réponse est rapporté à 54 mois lors des rechutes (en
2e intention) [22]. Dans cet ordre d’idée, notons que
des bolus de méthylprednisolone ont été utilisés avec un certain
succès, sans que l’on démontre néanmoins formellement leur avantage
(en dehors peut-être d’une réponse plus rapide, comme nous l’avons
observé chez nos patients) par rapport à une corticothérapie
standard voire éventuellement une épargne cortisonique [5, 6,
15].
La place des IgIV en traitement d’urgence du PTI, en
1re intention, est actuellement bien définie [5-7],
notamment depuis la publication des résultats de l’étude
randomisée, multicentrique, de Godeau et al. : IgIV versus
bolus de méthylprednisolone (n = 122) [23]. Il n’y a pas à notre
connaissance de travaux centrés sur la personne âgée. Ici, il
convient aussi de souligner que la place des IgIV avant
splénectomie est consensuellement admise [5-7, 15]. Par contre, en
2008, il faut remarquer l’absence d’intérêt des cures itératives
d’IgIV dans la prise en charge des PTI chroniques de l’adulte, en
dehors des situations d’urgence, le problème étant avant tout celui
du coût d’un tel traitement [15].
Une mise au point récente (regroupant 13 cohortes de patients)
fait apparaître que la splénectomie s’accompagne : d’un
pourcentage de réponse complète de 66 % ; d’une mortalité
et de complications dans respectivement : 1 % et
12,9 % des cas par laparotomie versus 0,2 % et 9,6 %
des cas par cœlioscopie [24]. Concernant les résultats de la
splénectomie, seulement 2 de nos 6 patients présentaient une
réponse partielle à 6 mois (tableau
2). En 2004, Kojouri et al. ont analysé rétrospectivement
le taux de réponse après splénectomie à partir d’une cohorte de 2
623 patients adultes issus de 47 études [25]. Ils rapportent un
taux de réponse complète de 66 % avec un suivi moyen de
29 mois et un taux de réponse globale de 88 %. Nos
résultats obtenus chez des sujets de plus de 65 ans diffèrent
donc de ceux rapportés dans la littérature [3, 13, 25]. Il convient
néanmoins d’être extrêmement prudent dans l’interprétation et dans
la généralisation de ces résultats vu le faible effectif de
patients. Par ailleurs, dans notre étude, 60 % des patients
ont présenté une complication post-splénectomie et le taux de
mortalité était de 10 %. Dans l’étude de Kojouri et al., un
taux de mortalité par cœlioscopie et par laparotomie était noté
dans 0,2 % de 1 % et un taux de complication dans
9,6 % et 12,9 % [25]. D’autres auteurs ont retrouvé des
résultats comparables aux nôtres, faisant apparaître que la
splénectomie s’accompagnait de plus d’effets secondaires chez les
patients âgés [13]. Sur le plan pragmatique, chez des sujets
fragiles, l’embolisation de l’artère splénique voire la
radiothérapie splénique ont été rapportées comme efficace dans un
petit nombre de cas [5-7].
Le danazol a été donné chez 5 patients avec un taux de réponse
globale à long terme de 60 % accompagné d’une assez bonne
tolérance (tableau 2). Comme l’ont
rapporté Ahn et al., l’âge influence significativement la réponse à
ce traitement [26, 27]. Des résultats similaires ont été notés par
notre équipe faisant apparaître, d’une part, que le Danazol est
plus efficace chez les sujets de plus de 60 ans et d’autre
part, l’absence de différence significative en terme d’effets
indésirables comparativement aux patients plus jeunes [28]. Dans
notre expérience, le danazol doit être pris pendant un minimum de
6 mois avant d’être considéré comme inefficace, et pendant
plus de 12 mois chez les répondeurs avec une diminution
progressive de la posologie associée à une surveillance de la
fonction hépatique [28, 29].
Dans le même ordre d’idée, l’intérêt de la dapsone dans le PTI
chronique a été validé dans plusieurs travaux dont ceux de Godeau
et al. [15, 30]. Ainsi dans une étude prospective ouverte de 66
patients avec un PTI chronique (chiffre plaquettaire moyen de 22 ×
109/l), l’utilisation de la dapsone, à la dose moyenne
journalière de 75-100 mg, s’est accompagnée de 33 réponses
(50 %), dont 13 réponses complètes (19,7 %) [26]. Sur ces
33 réponses, 20 (60,6 %) se sont maintenues pendant une durée
moyenne de 12,5 mois (1 à 48 mois). Notons dans ce
travail l’absence d’effet secondaire grave, en dehors d’un cas
d’anémie hémolytique réversible à l’arrêt de la dapsone chez 1
patient [30]. Actuellement certains auteurs insistent surtout sur
l’intérêt potentiel de la dapsone dans les PTI associés à des
désordres immunologiques [15].
Les thérapeutiques immunosuppressives et autres biothérapies ou
thérapies innovantes seront abordées plus loin dans cet article en
précisant d’emblée que les données qui leur sont consacrées sont
parcellaires voire inexistantes chez les sujets âgés en dehors de
petites séries rétrospectives ou de cas cliniques isolés [15].
Néanmoins il existe un engouement actuel très marqué pour le
rituximab, pour le moment non documenté par des données répondant
aux critères de la médecine factuelle.
Concernant le tableau du PTI et les manifestations
hémorragiques, les études divergent entre elles en ce qui concerne
l’influence de l’âge sur la fréquence et la sévérité de celle-ci
[13, 20, 31]. Alors que certains auteurs retrouvent, pour un même
chiffre plaquettaire, autant d’épisodes hémorragiques sévères quel
que soit l’âge des patients [9], d’autres rapportent des résultats
contraires [17, 20, 32]. Par ailleurs, nous avons objectivé 3 décès
dont 2 par hémorragie fatale suite à une hématémèse massive lors
d’un épisode de thrombopénie profonde à 3 × 109/l et un
hématome intracérébral occipital droit avec effet de masse. Le taux
de mortalité lié aux événements hémorragiques était donc de
6,7 %. Dans la littérature, le taux de mortalité par
hémorragie varie d’une étude à l’autre en raison des profils
différents des patients et de la durée du suivi plus ou moins
longue. Celui-ci oscille entre 1 et 16 % dans l’ensemble [9,
33] et jusqu’à 47,8 % pour les plus de 60 ans (taux de
mortalité prédit à 5 ans) [32]. Mais il semblerait que la
mortalité chez les patients âgés ayant plus de 30 x 109
plaquettes/l, soit comparable à celle de la population générale
[34].
Recommandations
La figure 1
propose une conduite à tenir thérapeutique issue d’une synthèse de
ces diverses recommandations, notamment de celles de American
Society of Hematology [5-8, 29]. Elle nous semble applicable chez
le sujet âgé sous réserve de prendre impérativement en compte les
nombreuses comorbidités présentées par ces patients, notamment
potentiellement hémorragiques, ainsi que les nombreux traitements
médicamenteux associés, surtout ceux du type anticoagulants ou
anti-agrégants plaquettaires.
L’analyse de cette figure 1 fait apparaître
qu’une abstention thérapeutique est proposée, et semble tout à fait
légitime, pour les patients âgés asymptomatiques ayant un chiffre
plaquettaire > 50 × 109/l [5-8, 15]. Pour les sujets
âgés ayant 1) un nombre de plaquettes < 50 ×
109/l, surtout en présence d’une comorbidités et/ou de
médicaments potentiellement à l’origine de saignements voire
d’antécédents de ce type, et/ou 2) un syndrome hémorragique, le
clinicien a le choix entre une corticothérapie et des IgIV.
L’objectif du traitement à la phase aiguë est d’augmenter
rapidement le chiffre de plaquettes, même de façon temporaire, afin
d’éviter les saignements et en attendant une guérison spontanée
dans les premières semaines. En cas d’échec, une splénectomie par
laparoscopie ou mieux, par cœlioscopie, est alors préconisée [5-8,
15, 29]. À ce stade, l’objectif est en effet d’augmenter de façon
durable le chiffre des plaquettes, ce que réalise indiscutablement
la splénectomie.
À ce niveau, et en cas d’échec, c’est-à-dire en présence d’un
PTI chronique (durée d’évolution > 6 mois) et réfractaire
(chiffre plaquettaire < 10 à 30 × 109/l et/ou
persistance d’un syndrome hémorragique), la figure 1 met en évidence la
diversité des traitements disponibles en l’absence de consensus
vraiment établi [2, 15, 29]. À ce stade, l’objectif des traitements
est l’obtention durable chez les patients âgés fragiles d’un
chiffre plaquettaire > 30 × 109/l, afin de mettre à
l’abri le patient d’une complication hémorragique grave. Ces
derniers comprennent pour l’essentiel les androgènes (danazol), les
immunomodulateurs (dapsone, ciclosporine…), les immunosuppresseurs
(azathioprine, cyclophosphamide, vincristine, mycophénolate
mofétil…) et des thérapeutiques innovantes : anticorps
monoclonaux (anti-CD20 ou rituximab, anti-CD52 ou alemtuzumab ou
anti-CD154…), facteurs de croissance hématopoïétiques
(thrombopoïétine recombinante type AMG531 ou eltrombopag…), et
greffes de moelle osseuse [5-7, 15]. Trois études récemment
publiées [15, 35-37], incluant plus de 20 patients, semblent
démontrer incontestablement une efficacité importante des anticorps
anti-CD20 ou rituximab dans des PTI chroniques et réfractaires (la
plupart lourdement prétraités), avec un pourcentage de réponse
compris entre 40 et 54 %, dont 20 à 32 % de réponse
complète, et une très bonne tolérance (pour une revue complète voir
la référence [37]). Chez les sujets âgés, la plupart fragiles, il
convient d’être prudent quant à l’utilisation de ces thérapeutiques
innovantes. Dans le cadre du PTI, l’éradication d’Helicobacter
pylori est également proposée par certains [15]. Cette éradication
s’accompagne de 50 % de réponse objective, essentiellement
dans des thrombopénies modérées.
Dans cette population de sujets âgés, en général fragiles, il
convient néanmoins de toujours garder à l’esprit le bénéfice
potentiel du traitement par rapport aux risques et effets
secondaires générés (balance bénéfice risque). À notre avis, il est
impératif de définir au moment de l’instauration de ces traitements
à risque des cibles pour juger de l’efficacité de ces traitements,
en privilégiant chez ces sujets âgés les événements cliniques (on
ne traite pas le chiffre de plaquettes en lui-même mais ces
conséquences et l’individu). À ce niveau, il convient également de
prendre en compte d’autres éléments : éléments sociaux (sujet
seul, difficultés de déplacements et de suivis…), facteurs rendant
le traitement et le suivi aléatoire (sujet avec des troubles des
fonctions supérieures…), sujet présentant des chutes itératives…
Chez ces sujets, une expertise et une consultation
pluridisciplinaire avec des neurologues, des gériatres, des
assistantes sociales et un contact avec le médecin référent sont
indispensables et trouvent tout leur sens. Ici, nous voudrions
également bien insister sur la nécessité chez le sujet âgé de mener
une enquête étiologique exhaustive pour éliminer une cause au
purpura ou à la chute des plaquettes : médicaments, virus,
carence en vitamine B12 ou folate, myélodysplasies… (tableau 3) [7, 29].
Tableau 3 Étiologies des thrombopénies chez le sujet
âgé [5-7]
- Thrombopénies centrales
- (insuffisance production)
|
- Thrombopénies périphériques
- (destruction et/ou consommation excessive)
|
- – Envahissement tumoral : hémopathies malignes
(leucémies aiguës, lymphomes…), cancers solides avec infiltration
médullaire (poumon, sein, rein…)
- – Insuffisance médullaire : toxiques (benzène…),
médicaments (chloramphénicol…), chimiothérapie et/ou radiothérapie,
infections (VIH, parvovirus B19…), désordres immunologiques
(aplasies médullaires…), déficits nutritionnels (carence B12,
folate…), désordres génétiques (Fanconi…), myélofibroses,
myélodysplasies, hémoglobinurie paroxystique nocturne
|
- – CIVD : infections (purpura fulminans…), CIVD
paranéoplasiques (leucémie aiguë promyélocytaire…), toxiques
(morsures serpents…), syndrome de Kasabach…
- – Syndrome de Moschowitz (purpura thrombopénique
thrombotique), syndrome hémolytique et urémique (SHU), valves
mécaniques, vascularites
- – Hypersplénisme et transfusions ou remplissage
massif
- – Isolée : purpura thrombopénique idiopathique
(Helicobacter pylori), purpura post-transfusionnel, purpura
auto-immun transplacentaire, purpura néonatal auto-immun,
thrombopénies médicamenteuses allergiques
|
Conclusion
Cette revue de la littérature et nos données confirment l’influence
de l’âge sur les réponses et la survenue d’effets indésirables des
thérapeutiques conventionnelles. Le PTI semble en effet
s’accompagner chez le sujet âgé d’une iatrogénie plus importante et
d’une réponse thérapeutique différente. Ainsi, alors que la
corticothérapie est le traitement de référence de première
intention recommandé par les experts, nous pensons que son
utilisation doit être prudente car peu efficace à long terme et
source d’effets indésirables significativement plus fréquents, il
en va de même pour la splénectomie. En revanche, le danazol, de
part son efficacité supérieure à long terme et des effets
secondaires comparables quel que soit l’âge, peut être une
alternative à la splénectomie en seconde ligne thérapeutique et
pourquoi pas à la corticothérapie en première ligne. Mais une étude
collaborative est nécessaire afin de définir au mieux les modalités
thérapeutiques de la prise en charge du PTI chez le sujet âgé.
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