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Faut-il encore traiter l’hyperglycémie du diabétique ?


Médecine thérapeutique. Volume 12, Number 4, 249-52, Juillet-Août 2006, Mise au point

DOI : 10.1684/met.2006.0004

Résumé  

Author(s) : Véronique Kerlan , Service d’endocrinologie, Hôpital de la Cavale Blanche, 29 609 Brest Cedex. Fax : 02 98 34 78 00.

ARTICLE

Auteur(s) : Véronique Kerlan

Service d’endocrinologie, Hôpital de la Cavale Blanche, 29 609 Brest Cedex. Fax : 02 98 34 78 00

Les complications macrovasculaires représentent la première cause de morbidité et de mortalité chez le diabétique de type II. Quel est le rôle de l’hyperglycémie dans le développement de la maladie cardiovasculaire ? En effet, le patient diabétique a souvent d’autres facteurs de risque vasculaires majeurs associés : hypertension artérielle, dyslipidémie… Les études dans le diabète de type 1 et surtout l’étude EDIC [1] montrent le rôle essentiel du bon équilibre glycémique sur la prévention du risque cardiovasculaire à moyen et long terme. Il est maintenant prouvé qu’une période prolongée d’insulinothérapie intensive permet de prévenir à long terme le risque de macroangiopathie au cours du diabète de type 1. La question se pose dans le diabète de type 2 de l’intérêt de l’équilibre glycémique en plus des autres traitements cardiovasculaires.

Conséquences vasculaires de l’hyperglycémie chronique

L’hyperglycémie chronique est par elle-même pourvoyeuse de complications micro et macroangiopathiques.

Complications microangiopathiques

Le diabète est la première cause de cécité acquise avant 50 ans. Après 10 ans de diabète de type 2, on estime à 4 % le risque de cécité, 23 % le risque de malvoyance [2]. Il est bien établi que le risque de développer une rétinopathie est fonction de l’ancienneté du diabète et du niveau glycémique apprécié par le taux de HbA1C. Il est utile de rappeler que le seuil de définition du diabète à 1,26 g/L a été établi sur le risque de rétinopathie en fonction de la glycémie à jeun sur de grandes populations. Il existe pour la rétinopathie un seuil glycémique, ce qui n’est pas vrai pour les complications macroangiopathiques. Ce seuil est évalué à 6,2 % d’HbA1C [3]. La néphropathie diabétique est actuellement la première cause de dialyse rénale. Si le risque d’insuffisance rénale chronique grave est plus important avec le diabète de type 1, compte tenu de la prévalence du diabète de type 2 par rapport au type 1, les patients diabétiques dialysés sont essentiellement des diabétiques de type 2. Depuis plus de 10 ans, des études [4, 5] ont montré la corrélation entre le risque de complications microangiopathiques et le taux d’HbA1C pour des valeurs entre 8 et 12 %. L’UKPDS, vaste étude britannique, réalisée sur 3 867 patients diabétiques de type 2, a montré dans son étude observationnelle [6] qu’il existait une corrélation linéaire entre le risque relatif d’événements microvasculaires et le taux moyen d’HbA1C. À chaque augmentation de 1 % d’HbA1C correspond une augmentation de 37 % du risque de complications microvasculaires. Surtout, l’UKPDS est la première étude d’intervention dans le diabète de type 2 qui montre que, grâce au traitement intensif qui permet d’obtenir un équilibre glycémique meilleur que dans le groupe dit conventionnel (Hb1C 7 % versus 9 %), on obtient une réduction du risque des complications microvasculaires de 25 % à 15 ans [7]. Il est donc bien établi que la prévention des complications microangiopathiques nécessite un contrôle glycémique strict.

Complications macrovasculaires

Le risque cardiovasculaire est augmenté significativement chez les diabétiques. Une récente méta-analyse [8] retrouve un risque relatif de 2 chez l’homme et 3,5 chez la femme. Dans les unités de soins intensifs de cardiologie, parmi les patients venant de faire un infarctus du myocarde, 25 % des hommes et 30 à 35 % des femmes sont des diabétiques. De plus, au décours d’un infarctus du myocarde, la mortalité d’un patient diabétique est nettement plus importante que celle d’un patient non diabétique [9]. De nombreuses études ont mis en évidence une corrélation entre le risque coronarien, la durée et le degré de l’hyperglycémie. L’hyperglycémie est un facteur indépendant des autres facteurs de risque. Contrairement à l’apparition de la rétinopathie, il n’y a pas de valeur glycémique seuil. Le risque relatif d’événement cardiovasculaire augmente avec la glycémie, même pour des glycémies inférieures au seuil actuel de la définition du diabète, comme cela était clairement montré dans la méta-analyse de Coutinho et al. [10]. Cette relation existe pour la glycémie à jeun et la glycémie 2 heures après une charge glucosée. Une glycémie à jeun à 1,10 g/L est associée à un risque relatif d’événements cardiovasculaires de 1,33 ; une glycémie à 2 heures à 1,40 g/L à un risque relatif de 1,58. L’étude observationnelle de l’UKPDS retrouve une diminution de 14 % d’infarctus de myocarde et une diminution de 21 % des décès attribués au diabète pour chaque point d’hémoglobine glyquée en moins [6]. Le risque artériel dans une population qui associe diabète et hypertension artérielle est d’autant plus important que l’hémoglobine glyquée est élevée et que la pression artérielle est élevée [6] avec un risque relatif d’événements cardiovasculaires de 5 en cas d’association d’une hémoglobine glyquée supérieure à 8 % et d’une pression artérielle systolique supérieure à 160 mm de mercure. L’étude interventionnelle de l’UKPDS a retrouvé une diminution à la limite de la significativité (p = 0,052) de 16 % du risque d’infarctus du myocarde dans le groupe traité de façon intensive par rapport au groupe traité de façon conventionnelle [7]. Il existe donc de bons arguments pour traiter l’hyperglycémie du diabétique en plus de tous les autres facteurs de risque pour la prévention des complications cardiovasculaires.

Moyens thérapeutiques pour normaliser la glycémie et leur impact sur le risque cardiovasculaire

  • Le traitement du diabétique de type 2 repose en premier lieu sur l’activité physique et la diététique. Ces prises en charge sont reconnues également comme efficaces vis-à-vis du risque vasculaire global.
  • Les traitements antidiabétiques plus spécifiques comportent, en dehors de l’insuline, 4 classes thérapeutiques : la metformine, les insulino-sécrétagogues (sulfamides et glinides), les glitazones et les inhibiteurs des alphaglucosidases. Une étude ancienne (UGDP) [11] avait attribué aux sulfamides un sur-risque cardiovasculaire. Les travaux actuellement disponibles ne sont pas en faveur d’un impact globalement négatif des sulfamides sur le myocarde, notamment lors d’un traitement chronique. Dans l’UKPDS [7], sulfamides et insuline ont la même efficacité de prévention cardiovasculaire à équilibre glycémique égal. Dans cette étude, dans le sous-groupe de patients en surpoids, il a été mis en évidence un moindre risque d’infarctus du myocarde dans le groupe traité par la metformine par rapport au groupe conventionnel [12]. L’effectif de ce sous-groupe est réduit ne permettant que difficilement de conclure à un effet protecteur de la metformine. Des études in vitro montrent des sélectivités différentes des sulfamides hypoglycémiants pour le récepteur des sulfamides dont il existe plusieurs formes selon les tissus. Cette sélectivité peut expliquer des influences différentes sur le blocage des canaux potassiques. L’absence de spécificité de certains sulfamides hypoglycémiants pourrait conduire à une mauvaise adaptation myocardique et neuronale à l’ischémie. Il n’y a pas de différences démontrées dans les études de morbi-mortalité entre les différents insulino-sécrétagogues, y compris dans l’UKPDS, sachant qu’aucune étude spécifique n’a été publiée. L’étude Proactive étudiant 5 238 diabétiques de type 2 [13] a montré en prévention secondaire l’effet protecteur, certes modeste mais significatif, d’un traitement par la pioglitazone dans la survenue d’un décès, d’un infarctus du myocarde ou d’un accident vasculaire cérébral. A 3 ans, il existe une réduction significative de 16 % (p = 0,0027) de ces événements dans le groupe traité versus placebo.
  • Quand le traitement médical oral ne parvient plus à contrôler la glycémie, parce que le diabétique est devenu insulino-pénique, ce qui est l’évolution habituelle du diabète de type 2 [14], le traitement repose sur l’insulinothérapie, en général associée à un ou deux antidiabétiques oraux, à l’exception des glitazones qui sont contre-indiquées en association avec l’insuline en Europe. L’hyperinsulinisme endogène, traduisant l’insulino-résistance du début de la maladie du diabète, est un marqueur de risque cardiovasculaire mais l’insulinothérapie exogène ne majore absolument pas le risque cardiovasculaire. Au contraire, l’insulinothérapie intensifiée diminue la mortalité cardiovasculaire, probablement en permettant un meilleur équilibre glycémique [15]. L’insulinothérapie en aigu, que ce soit dans le post-infarctus du myocarde immédiat du diabétique dans l’étude Digami 1 [16] et 2 [17] ou en réanimation [18], ne majore pas le risque cardiovasculaire.
  • En fait, quel que soit le moyen, c’est l’amélioration de la glycémie qui importe. Les objectifs glycémiques ont été clairement définis. Les recommandations toujours en vigueur préconisent une hémoglobine glyquée inférieure à 6,5 %. Pourtant, l’étude de l’Entred [19] montre qu’en 2003, 70 % des diabétiques de type 2 ont encore une hémoglobine glyquée supérieure à 6,5 %. Dans la plupart des cas, une multithérapie antidiabétique est nécessaire et l’insulinothérapie doit être utilisée également plus précocement.
  • Compte tenu des différents facteurs de risque cardiovasculaire associés dans le diabète de type 2, il est probablement très rapidement nécessaire de prescrire une polythérapie pour agir sur les différents facteurs de risque cardiovasculaire. L’étude Steno 2 [20] a comparé l’effet d’un traitement standard à une intervention multifactorielle intensive pendant 4 ans chez 160 diabétiques de type 2 microalbuminuriques et donc à haut risque cardiovasculaire. Elle a montré une diminution significative de 50 % du risque d’événement cardiovasculaire dans la population soumise à un traitement intensif associant prise en charge hygiéno-diététique, statine, inhibiteur de l’enzyme de conversion, aspirine, versus conventionnel. L’ensemble se rapproche d’un concept « polypill », avec des objectifs thérapeutiques stricts sur les taux glycémiques (HbA1C < 6,5 %), sur la pression artérielle (< 135/85), sur les lipides (cholestérol total < 1,90 g/L et triglycérides < 1,80 g/L). Se pose alors le problème de la compliance aux différents traitements prescrits et de leurs éventuels effets secondaires.

Conclusion

Le diabète de type 2 est un facteur de risque cardiovasculaire indépendant des autres. Sa prise en charge spécifique par des règles hygiéno-diététiques et des thérapeutiques hypoglycémiantes est justifiée. Il est nécessaire de continuer l’escalade thérapeutique jusqu’à l’obtention des objectifs glycémiques préconisés en termes d’hémoglobine glyquée [21]. Il est probable que c’est plus par un effet normoglycémiant que par un effet propre des molécules utilisées, en dehors peut-être de la metformine ou des glitazones, que ces thérapeutiques sont efficaces sur le risque cardiovasculaire. L’amélioration de la glycémie est également un facteur essentiel pour la prévention des complications microangiopathiques.

Références

1 DCCT /EDIC Study Research Group. Intensive diabetes treatment and cardiovascular disease in patients with type 1 diabetes. N Engl J Med 2005 ; 353 : 2643-53.

2 Moss SE, Klein R, Klein B. Ten year incidence of visual loss in a diabetic population. Ophtalmology 1994 ; 101 : 1061-70.

3 The Expert Committee on the Diagnosis and Classification of Diabetes Mellitus. Report of the Expert Committee on the diagnosis and classification of diabetes mellitus. Diabetes Care 1997 ; 20 : 1183-97.

4 Skyler JS. Diabetic complications. The importance of glucose control. Endocrinol Metab Clin North Am 1996 ; 25 : 243-54.

5 Klein R. Hyperglycemia and microvascular and macrovascular disease in diabetes. Diabetes Care 1995 ; 18 : 258-68.

6 Stratton I, Adler A, Neil A, et al. Association of glycaemia with macrovascular and microvascular complications of type 2 diabete (UKPDS 35): prospective observational study. BMJ 2000 ; 321 : 405-12.

7 UK Prospective Diabetes Study (UKPDS) Group. Intensive blood-glucose control with sulfonylureas or insulin compared with conventional treatment and risk of complications in patients with type 2 diabetes (UKPDS 33). Lancet 1998 ; 352 : 837-53.

8 Huxley R, Barzi F, Woodward M. Excess risk of fatal coronary heart disease associated with diabetes in men and women: meta-analysis of 37 prospective cohort studies. BMJ 2006 ; 352 : 73-6.

9 Sprafka JM, Burke GL, McGovern PG, Hahn LP. Trends in prevalence of diabetes mellitus in patients with myocardial infarction and effect of diabetes on survival. The Minnesota Heart Survey. Diabetes Care 1991 ; 14 : 537-43.

10 Coutinho M, Gerstein H, Wang Y, Yusuf S. Diabetes Care 1999 ; 22 : 233-40.

11 University Group Diabetes Program. A study of the effects of hypoglycaemic agents on vascular complications on patients with adult-onset diabetes: V-evaluation of phenformin therapy. Diabetes 1975 ; 24(suppl 1) : 65-184.

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14 UK Prospective Diabetes Study (UKPDS) Group. Overview of six years’ therapy of type 2 diabetes: a progressive disease (UKPDS 16). Diabetes 1995 ; 44 : 1249-58.

15 Hellman R, Regan J, Rosen H. Effect of intensive treatment of diabetes on the risk of death or renal failure in NIDDM and IDDM. Diabetes Care 1997 ; 20 : 258-64.

16 Malmberg K, Ryden L, Efendic S, et al. Randomised trial of insulin-glucose infusion followed by subcutaneous insulin treatment in diabetic patients with acute myocardial infarction (DIGAMI study): effects on mortality at 1 year. J Am Coll Cardiol 1995 ; 26 : 57-65.

17 Malmberg K, Ryden L, Wedel H, et al. Intensive metabolic control by means of insulin in patients with diabetes mellitus and acute myocardial infarction (DIGAMI 2): effects on mortality and morbidity. Eur Heart J 2005 ; 26 : 650-61.

18 Van den Berghe G, Wilmer A, Hermans G, et al. Intensive Insulin Therapy in the Medical ICU. N Engl J Med 2006 ; 354 : 449-61.

19 http://www.invs.sante.fr/publication/entred.

20 Gaede P, Vedel P, Larsen N, Jensen G, Parving HH, Pedersen O. Multifactorial intervention and cardiovascular disease in patients with type 2 diabetes. N Engl J Med 2003 ; 348 : 383-93.

21 Halimi S. Nouvelles stratégies thérapeutiques dans le diabète de type 2. Presse Med 2005 ; 34 : 1287-92.


 

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