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La prévention des infections respiratoires communautaires basses en France


Médecine thérapeutique. Volume 10, Number 3, 155-62, Mai-Juin 2004, Revue


Résumé  

Author(s) : Renaud Descourt , David Goetghebeur , Luc de Saint Martin , Christophe Gut-Gobert , Francis Couturaud , Christophe Leroyer , Département de Pneumologie et Médecine Interne, CHU de la Cavale Blanche, 29609 Brest Cedex.Tél. : 02 98 34 73 48., Renaud Descourt.

ARTICLE

Auteur(s) :, Renaud Descourt*, David Goetghebeur, Luc de Saint Martin, Christophe Gut-Gobert, Francis Couturaud, Christophe Leroyer

Département de Pneumologie et Médecine Interne, CHU de la Cavale Blanche, 29609 Brest Cedex.Tél. : 02 98 34 73 48.
*Renaud Descourt

Les infections respiratoires basses constituent un groupe hétérogène incluant les pneumonies, les bronchites aiguës, les exacerbations de bronchite chronique et les syndromes viraux avec signes respiratoires. Elles représentent un tiers des infections respiratoires, les deux tiers restant correspondant aux infections des voies aériennes supérieures ; la co-existence des deux types d’infections est fréquente.

Ampleur du problème : quelques données épidémiologiques

Les agents étiologiques des pneumopathies communautaires ont été essentiellement identifiés par des études incluant des patients examinés en structure d’urgence et/ou hospitalisés ; peu de données sur les pneumonies non hospitalisées et les IRB tout venant sont en revanche disponibles. Dans le cadre des études hospitalières, les agents infectieux les plus fréquemment retrouvés sont, par ordre de fréquence, Streptococcus pneumoniae, les virus à tropisme respiratoire comme celui de la grippe, Haemophilus influenzae, Mycoplasma et chlamydiae pneumoniae, et Legionella pneumophila.

Les facteurs de risque ont été analysés essentiellement dans les pneumonies avec, d’une part, l’appréciation des facteurs de risque d’infection, d’autre part, l’analyse des facteurs de gravité (motivant l’hospitalisation en soins intensifs) et de mortalité. Dans ce cadre, un âge [1, 2] de plus de 65 ans est considéré comme un facteur de risque essentiel, le risque d’infection par pneumocoque augmentant de façon linéaire avec l’âge, tout comme la mortalité. Les addictions sont des facteurs établis : le tabagisme (actif et passif) [1-7] favorise la colonisation des voies aériennes par le pneumocoque et par l’Haemophilus et constitue un facteur de gravité des infections à Legionella pneumophila ; l’alcoolisme est un facteur de risque et un facteur de gravité des pneumopathies infectieuses en général. Une dénutrition, la vie en institution et des co-morbidités variées (insuffisance cardiaque, troubles vasculaires cérébraux, cancers, diabète et BPCO) [1, 5, 8] sont aussi identifiées comme des facteurs de risque de pneumopathies et des facteurs de gravité dans les études hospitalières.

Certaines données d’incidence sont disponibles grâce à des réseaux de surveillance. En France, la grippe représente 2,5 à 8 millions de consultations par hiver ; l’estimation, probablement basse, du nombre de décès d’origine grippale était de 7 600 cas par an entre 1980 et 1996. D’après les enquêtes hospitalières, on peut estimer le nombre de pneumopathies à pneumocoque à 132 000 cas annuels ; le taux moyen de décès annuels par infection systémique ou pneumonie à pneumocoque se situerait entre 5 600 et 13 000 en France. C’est le sujet âgé qui paye le plus lourd tribut en terme de mortalité : 95 % des décès imputables au pneumocoque ont lieu après soixante ans et 45 % dans la tranche d’âge des 80 à 89 ans. L’impact médico-économique des IRB est considérable : 30 000 pneumonies à pneumocoque hospitalisées par an généreraient des coûts individuels de prise en charge de 3 900 euros par séjour, représentant une somme de 117 millions d’euros en 2003. Le coût moyen direct d’un cas de grippe chez l’adulte sain en ambulatoire est de 30 euros (35 euros pour les plus de 65 ans), mais le coût global annuel de la grippe en France représenterait 228 720 millions d’euros.

Prévention : buts, cibles et moyens

Les buts de la prévention des IRB sont très différents selon les populations auxquelles elle s’adresse.

Chez les sujets de moins de 65 ans et sans facteur de risque, les infections respiratoires basses évoluent favorablement, dans l’immense majorité des cas, spontanément ou sous traitement. Le but est principalement dans ce cas d’éviter les arrêts de travail.

Chez les sujets âgés de plus de 65 ans et/ou présentant des facteurs de risque, le but est d’éviter les complications graves et potentiellement létales des IRB.

Différentes stratégies sont donc envisageables dans le cadre de la prévention. L’exemple de la grippe est, à cet égard, intéressant. Ainsi, le Japon a fait le choix de protéger prioritairement les enfants compte tenu du rôle primordial qu’ils occupent dans l’extension de la maladie, puisqu’ils en sont le vecteur principal. L’ex-URSS avait pour objectif la protection des populations économiquement actives. Enfin, dans les pays occidentaux comme l’Europe et les Etats-Unis, l’effort s’est principalement porté sur les populations à risque de complications graves ou de formes sévères de la maladie et en particulier, les personnes âgées.

Un large éventail de moyens de prévention des infections respiratoires basses communautaires peut être envisagé. Ce sont d’abord les mesures d’hygiène classiques – dominées par l’hygiène bucco-dentaire - ainsi que les mesures de protection des voies aériennes supérieures. C’est ensuite, comme pour la plupart des pathologies respiratoires, la lutte contre le tabagisme qui est un facteur favorisant établi. On dispose également de vaccins contre la grippe et les infections pneumococciques. Certains médicaments, comme les anti-viraux inhibiteurs de la neuraminidase, peuvent également trouver leur place dans le cadre de la prévention des infections respiratoires basses. Enfin, chez les sujets atteints de broncho-pneumopathie chronique obstructive, la prévention des exacerbations passe par une stratégie globale de prise en charge au long cours.

Prévention des infections pneumococcique et grippale

Vaccination anti-pneumococcique

Le vaccin anti-pneumococcique est un vaccin poly-saccharidique à 23 valences couvrant 85 % des souches pathogènes de pneumocoque. Le tableau 1( Tableau 1 ) synthétise les recommandations retenues par la Société de Pneumologie de Langue Française en 1999 et celles publiées par le Bulletin Epidémiologique Hebdomadaire en 2003 : on peut insister sur l’importance de la vaccination des sujets immunodéprimés et des personnes ayant un antécédent d’infection pulmonaire ou invasive à pneumocoque.

Plusieurs méta-analyses ont souligné l’intérêt de cette vaccination si l’on prend comme critère d’efficacité les infections invasives à pneumocoque. Ainsi, la vaccination actuelle entraînerait une baisse de 80 % du risque d’infection invasive à souche incluse dans le vaccin et de 60 % toutes souches confondues. De même, elle diminuerait de 71 % le risque de pneumonie à pneumocoque dont le sérotype est inclus dans le vaccin et de 66 % le risque de pneumonie à pneumocoque toutes souches confondues [9] . La mortalité des pneumonies à hémocultures positives est diminuée de près d’un quart chez les personnes vaccinées par rapport aux personnes non vaccinées [10].

L’efficacité de ce vaccin chez les patients âgés a suscité quelques études ; Jackson et al. [11] ont récemment publié les résultats d’une étude de cohorte rétrospective portant sur une population de 47 365 personnes de plus de 65 ans : si cette étude met en évidence une baisse significative du risque de bactériémie à pneumocoque, elle ne retrouve aucun effet protecteur en ce qui concerne la survenue de pneumonie communautaire ou l’hospitalisation pour pneumonie. Sisk et al. [12] , de même qu’Ament et al. [13] , retrouvent un rapport coût-efficacité favorable de la vaccination anti-pneumococcique chez l’adulte de plus de 65 ans, tant en ce qui concerne la prévention des bactériémies qu’en ce qui concerne la prévention de pneumonies. Un travail récent de Sisk et al. [14] a, par ailleurs, modélisé l’impact médico-économique de la vaccination chez des sujets âgés de 50 à 65 ans ; dans cette population multi-éthnique d’Amérique du nord, l’effet paraît favorable ; ces résultats restent néanmoins difficilement transposables en France.

L’association de la vaccination anti-grippale à la vaccination anti-pneumococcique semble majorer leur efficacité isolée. Une étude prospective suédoise [15] menée sur un an après une vaccination associée chez des personnes de plus de 65 ans, objective une diminution d’incidence des hospitalisations (pour grippe, pneumonie et pneumococcies invasives) chez les personnes vaccinées par rapport au groupe contrôle ; cette étude montre également une mortalité hospitalière par pneumonie, exacerbation de BPCO et insuffisance cardiaque inférieure dans le groupe vacciné.
Tableau 1 Indications des vaccinations antigrippale et anti-pneumococciques [54–55]

Vaccination contre la grippe :

• Recommandée chez les professionnels de santé et tous les professionnels en contact régulier et prolongé avec des sujets à risque.

• Recommandée chez toutes les personnes âgées de plus 65 ans.

• Recommandée chez les personnes atteintes d’une des pathologies suivantes :

– affections broncho-pulmonaires chroniques dont asthme, dysplasie broncho-pulmonaires et mucoviscidose ;

– cardiopathies congénitales mal tolérées, insuffisances cardiaques graves et valvulopathies graves ;

– néphropathies chroniques graves, syndromes néphrotiques purs et primitifs ;

– drépanocytose ;

– diabètes insulino-dépendant ou non-insulino-dépendant ne pouvant être équilibrés par le seul régime ;

– déficits immunitaires cellulaires ;

– enfants et adolescents dont l’état de santé nécessite un traitement prolongé par acide acétylsalicylique.

• Recommandée pour toutes les personnes séjournant dans un établissement de moyen ou de long séjour quel que soit leur âge.

Vaccination contre les infections invasives à pneumocoque :

• Recommandée chez les sujets suivant :

– splénectomisé ;

– drépanocytaires homozygotes ;

– patients atteints de syndrome néphrotique ;

– insuffisants respiratoires chroniques ;

– alcooliques avec hépatopathie chronique ;

– insuffisants cardiaques ;

– antécédent d’infection pulmonaire ou invasive à pneumocoque.

• La vaccination de l’adulte se fait avec le vaccin polyosidique 23 valent. Une injection tous les cinq ans.

• La vaccination par le vaccin heptavalent conjugué anti-pneumococcique ne concerne que les enfants de moins de deux ans.

Vaccination anti-grippale

Le vaccin grippal, vaccin trivalent composé à partir de deux souches de Myxovirus influenzae A et une souche de virus B, est adapté annuellement aux souches épidémiques circulantes avant chaque campagne vaccinale. Il s’agit d’un vaccin inactivé préparé à partir de virus cultivés sur des œufs embryonnés.

Son efficacité à prévenir la maladie grippale est optimale chez les adultes de moins de 65 ans sans facteur de risque associé. L’efficacité dans ce cas est de 70 à 90 % [16], permettant une baisse des arrêts de travail et une diminution du recours aux soins et de la consommation d’antibiotiques. Plusieurs études coût-bénéfice [17, 18] sont en faveur de l’utilisation du vaccin chez les adultes actifs.

Chez les sujets âgés ou présentant des facteurs de risque, la vaccination grippale permet globalement une réduction de 48 % des hospitalisations, de 53 % des pneumonies et de 68 % de la mortalité induite par la grippe ou ces complications [19]. Dans cette population, le titre des anticorps post-vaccinaux est inférieur à celui observé chez les adultes jeunes. Ceci explique que ces personnes puissent demeurer sensibles à la maladie même après vaccination. Cependant, le vaccin reste tout à fait efficace pour la prévention des effets graves de la grippe [20, 21]. Cet impact serait d’autant plus marqué que les sujets sont fragiles et atteints de co-morbidités importantes [22].

En raison des variations antigéniques du virus grippal, la vaccination est à répéter tous les ans avant la période épidémique. Par ailleurs, une étude publiée en 1995 [23] fait apparaître un bénéfice important de la vaccination répétée dans le cadre de la prévention des décès associés à la grippe. Sur la base de ces données, la vaccination grippale est actuellement recommandée en France chez toutes les personnes âgées de plus de 65 ans, chez toutes les personnes séjournant dans un établissement de moyen ou de long séjour quel que soit leur âge et chez les personnes atteintes d’une des pathologies suivantes : affections broncho-pulmonaires chroniques dont l’asthme et la mucoviscidose, cardiopathies congénitales mal tolérées, insuffisance cardiaque grave et valvulopathies graves, néphropathies chroniques graves, drépanocytose, diabète des deux types et déficits immunitaires cellulaires (tableau 1). Enfin, la vaccination est recommandée chez les professionnels de santé et tous les professionnels en contact régulier et prolongé avec les sujets à risque ; ce dernier point semble loin d’être appliqué de manière satisfaisante (BEH No 6/2003). Globalement, la couverture vaccinale reste insuffisante en France malgré sa prise en charge par les organismes sociaux. Lors de l’hiver 2001-2002, 56 % de la population âgée de 65 à 69 ans et 70 % de la population de plus de 70 ans était vaccinée. Moins d’un quart des professionnels de santé avaient été vaccinés.

Peut-on envisager de nouvelles modalités vaccinales ? La voie d’administration intra-nasale d’un vaccin anti-grippal a fait l’objet d’un développement [24, 25] : si elle est suivie d’une réponse immune jugée satisfaisante dans certaines études, ses effets secondaires à type de paralysie faciale limitent son potentiel [26].

Inhibiteurs de la neuraminidase

Les antiviraux agissant contre les viroses respiratoires peuvent être utilisés comme traitement préventif, en particulier de la grippe. L’agression par les virus des voies respiratoires favorise la surinfection bactérienne, surtout chez les personnes âgées et les sujets dont l’appareil respiratoire est antérieurement lésé ; le traitement des viroses respiratoires par ces molécules pourrait ainsi prévenir cette surinfection. Les produits qui ont été ou sont disponibles en France sont l’amantadine et la rimantadine et plus récemment les inhibiteurs de la neuraminidase.

L’amantadine et la rimantadine sont actives uniquement sur myxovirus influenza A. Prises précocement, ces molécules peuvent raccourcir la durée des symptômes de la grippe et diminuer le risque de survenue de complications. En raison de leur absence d’efficacité sur les souches B et de leurs effets secondaires importants, ces molécules sont peu utilisées. De plus, leur usage est associée à l’émergence rapide, dans les 48 heures du début du traitement, de souches résistantes. En France, la rimantadine est retirée du marché depuis 1994.

Les inhibiteurs de la neuraminidase (IN) sont actifs sur les myxovirus influenza A et B. La neuraminidase est une enzyme de surface de ces virus qui permet la séparation des virions nouvellement formés de la membrane de la cellule épithéliale infectée. Les IN empêchent donc cette libération et la dissémination des virions dans l’appareil respiratoire. Deux molécules sont disponibles : l’oseltamivir et le zanamivir.

Chez l’adulte sans co-morbidité, en France, seul l’oseltamivir à une AMM pour le traitement préventif de la grippe. Welliver et al. [27] ont montré l’efficacité d’un traitement par oseltamivir 75 mg/jour pendant 7 jours dans le cadre de la prévention post-exposition à un cas index, si le traitement est débuté dans les 48 heures suivant l’exposition. L’efficacité de la molécule dans le cadre de la prophylaxie saisonnière en période épidémique a été montrée par Hayden et al. [28]. Un traitement prophylactique de 75 mg/jour pendant 6 semaines montre une efficacité protectrice de 74 % à 82 %. Une autre étude [29] fait état d’une efficacité d’environ 80 % du zanamivir (10mg/jour pendant 10 jours) dans la prophylaxie post-exposition.

Peu d’études se sont en revanche attachées à évaluer de façon spécifique l’intérêt des IN chez les sujets à risque et les personnes âgées. Peters et al. [30] montrent dans un essai randomisé contrôlé en double aveugle l’efficacité de l’oseltamivir dans le cadre de la prophylaxie saisonnière en période épidémique : chez 548 sujets fragilisés vivant en institution et vaccinés à 80 % (âge moyen de 81 ans), l’administration de 75 mg/jour d’oseltamivir pendant 6 semaines permettait de réduire de plus de 90 % le nombre de cas de grippe confirmés en laboratoire. Les auteurs observent également une baisse significative du nombre de complications secondaires dans le groupe traité. La tolérance au traitement était bonne puisqu’ils ne retrouvaient pas de différence significative en terme d’effets secondaires entre le groupe traité et le groupe placebo.

Une comparaison de l’efficacité respective des deux molécules ne semble pas avoir été effectuée, ni de travail portant spécifiquement sur les populations à risque comme les insuffisants respiratoires chroniques ou les insuffisants cardiaques.

La place de ces molécules dans les stratégies de prévention de la grippe reste à préciser. Elles ne remplacent en aucun cas la vaccination, mais pourraient être associées à celle-ci chez les patients à haut risque, chez lesquels l’efficacité vaccinale est incomplète (sujets âgés). De plus, le prix de ces molécules est élevé et leur rapport coût/bénéfice demande à être précisé dans le cadre de politique de prévention à grande échelle.

Impact du tabac

Parmi les facteurs de risque associés aux infections respiratoires basses, plusieurs études soulignent l’importance de l’intoxication tabagique. Almirall et al. [1] , dans une étude cas-contrôle réalisée entre 1993 et 1995 (205 pneumonies communautaires, 475 contrôles) montrent qu’un tabagisme actif supérieur à 20 cigarettes par jour triple quasiment la probabilité d’être atteint d’une pneumonie (IC 95 % : 1,14-6,70). Ils mettent par ailleurs en évidence une corrélation entre le risque de développer une pneumonie communautaire d’une part et d’autre part l’ancienneté de l’intoxication, la consommation journalière moyenne de tabac, tout comme la consommation cumulée de cigarette [3]. En cas de sevrage tabagique complet, ce risque sera divisé par deux [3]. Dans cette population, le risque de pneumonie communautaire attribuable à l’intoxication tabagique est estimé à 32 %. Chez les fumeurs indemnes de BPCO, ce risque attribuable est de 23 %. Ces résultats sont confirmés par les travaux de Baik et al. [2] qui retrouvent un risque relatif de 2,54 (IC 95 % : 1,40-4,59) chez les sujets fumant plus de 25 cigarettes par jour.

Nuorti et al. [7] ont évalué l’impact du tabagisme sur la probabilité de développer une infection invasive à pneumocoque (définie comme la mise en évidence de pneumocoque dans le LCR (4 %) ou les hémocultures (95 %)). Leur étude a inclu 228 cas et 301 sujets-contrôle : le risque de développer une infection invasive à pneumocoque était significativement associé au tabagisme actif (IC 95 % de l’odds ratio : 2,4-7,3), et dans une moindre mesure, passif (IC 95 % de l’odds ratio : 1,2-5,1). Le risque attribuable dans cette population était estimé à 51 % pour le tabagisme actif et à 17 % pour le tabagisme passif. Ce dernier constituait un facteur de risque indépendant supérieur à celui représenté par le fait d’être atteint de BPCO post-tabagique. Enfin, l’intoxication tabagique est également responsable d’une augmentation du risque de développer une légionellose [31, 32] ou une grippe [33]. Toutes ces données viennent naturellement renforcer l’intérêt des campagnes de prévention anti-tabac.

Prévention des exacerbations de BPCO

Les broncho-pneumopathies chroniques obstructives (BPCO) constituent un problème de santé publique majeur. Selon les estimations de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), si aucune mesure préventive ne vient rapidement modifier le profil évolutif actuel, les BPCO pourraient représenter en 2020 la troisième cause de mortalité dans le monde. Le taux brut de décès par BPCO est estimé en France à 26 pour 100 000 et devrait doubler d’ici 2020. Or, la moitié des dépenses de santé liées à la prise charge des malades atteints de BPCO est représentée par l’hospitalisation et donc par la prise en charge des exacerbations de BPCO. Actuellement, si 30 % des exacerbations de BPCO restent d’étiologie non retrouvée, on estime toutefois que les infections respiratoires communautaires, quelles soient bactériennes ou virales, peuvent être incriminées dans la plupart des exacerbations de BPCO.

Or, le sevrage tabagique a un impact favorable à tous les stades de prise en charge de la BPCO : l’arrêt du tabac est la seule mesure ayant démontré son efficacité sur la prévention du déclin fonctionnel respiratoire (VEMS). Le sevrage a de plus une influence favorable sur la fréquence des exacerbations ; Godtfredsen et al. [34] ont étudié l’évolution du risque d’hospitalisation pour exacerbation de BPCO après sevrage tabagique : leur travail a montré une diminution significative, de près de moitié, du nombre d’admissions hospitalières chez les patients ayant complètement arrêté de fumer, alors qu’aucun bénéfice n’était retrouvé chez les sujets ayant diminué leur consommation tabagique sans arriver au sevrage.

En parallèle, de nombreuses études ont évalué l’impact des traitements des BPCO sur la fréquence des exacerbations. L’essentiel de ces travaux est synthétisé dans les recommandations « GOLD » publiées par l’OMS en 2001 et réactualisées l’année dernière ; les recommandations de la SPLF (Société de pneumologie de langue française) relaient au niveau national l’importance de cette stratégie globale de prévention d’une pathologie sous-estimée.

Impact des différentes classes médicamenteuses

L’utilisation de broncho-dilatateurs de type b2 mimétiques est essentiellement justifiée par leur impact favorable sur la tolérance à l’exercice ; toutefois, certaines études ont objectivé un intérêt dans la prévention des exacerbations : à titre d’exemple, le salmétérol, comparé au placebo, est associé à une réduction des exacerbations dans l’essai de Mahler et al. [35] ; par ailleurs, l’administration d’une combinaison de salmétérol et d’ipatropium est associée à une baisse significative de l’incidence des exacerbations (13 %) comparé au salmétérol seul (23 %) et au placebo (36 %) [36].

Chez les patients porteurs d’une BPCO, à la différence des asthmatiques, aucun effet favorable de l’utilisation des corticoïdes inhalés sur la fonction respiratoire, notamment sur le déclin du VEMS, n’a pu être mis en évidence dans les grands essais récemment publiés. En revanche, une moindre incidence des exacerbations a été objectivée chez les patients les plus sévères, c’est-à-dire dont le VEMS est inférieur de moitié à la valeur prédite, dans quatre essais randomisés contrôlés contre placebo [35, 37-39]. Ainsi, dans l’une d’entre elles, Szafranski et al. [37] ont comparé dans un large essai randomisé contrôlé en double aveugle chez 812 sujets BPCO (VEMS moyen de 35 %), et pendant une durée moyenne de un an, l’association formotérol/budésonide, formotérol seul, budésonide seul, ou placebo ; on retrouve ici une diminution significative de près d’un quart de l’incidence des exacerbations chez les patients traités par l’association formotérol/budésonide comparée à la réduction d’incidence observée dans le groupe placebo ou dans le groupe formotérol seul. Il est intéressant de noter que dans cette étude, l’utilisation du budésonide seul était associée à une baisse, non significative comparée à la baisse observée sous placebo, de 15 % des exacerbations. Jones et al. [38] ont également montré que la baisse d’incidence des exacerbations attribuable à la fluticasone concernait principalement les patients dont le VEMS était inférieur à 50 %. Il est, par ailleurs, à noter que dans trois des quatre études évaluant corticoïdes inhalés et broncho-dilatateurs de longue durée d’action isolés ou associés, l’effet de l’association est constamment supérieur à celui observé avec une monothérapie [35, 37, 38].

Pour sa part, l’étude ISOLDE [40] a évalué l’utilisation de fluticasone chez plus de 700 patients graves suivis pendant trois ans (VEMS moyen à 50 % de la théorique) ; une réduction significative du nombre annuel d’exacerbations (0,99/an contre 1,32/an sous placebo) est mise en évidence. L’étude COPE, elle, [41] a évalué de façon randomisée contrôlée et en double aveugle, les conséquences de l’arrêt du traitement par fluticasone chez 244 sujets atteints de BPCO et traités au long cours par ce corticoïde inhalé. Cet essai met en évidence une augmentation significative du nombre de patients présentant au moins un épisode d’exacerbation dans le groupe des sujets sevrés dont le VEMS était inférieur à 50 % de la théorique.

Ces différents travaux ont permis aux recommandations GOLD d’attribuer un niveau de preuve A à l’intérêt de la prescription d’une corticothérapie inhalée chez les patients BPCO dont le VEMS est diminué de 50 % ou plus par rapport à la valeur théorique et qui présentent des exacerbations fréquentes. Le niveau de preuve A est également proposé pour l’indication d’un traitement combiné (corticoïdes inhalés – broncho-dilatateurs de longue durée d’action) chez ces mêmes patients.

Impact de la réhabilitation respiratoire et de l’activité physique

Garcia-Aymerich et al. [42] ont récemment publié une étude prospective visant à identifier les facteurs de risque de réadmission après une hospitalisation pour exacerbation de BPCO. Les facteurs de risque identifiés sont principalement les éléments en rapport avec la sévérité de la BPCO ; de façon intéressante, ces auteurs mettent également en évidence une forte association entre le niveau d’activité physique et la baisse du risque de réadmission hospitalière (IC 95 % de l’odds ratio : 0,34 – 0,86) ; ceci est observé indépendamment de l’importance du handicap respiratoire, de l’état nutritionnel des sujets ou des co-morbidités associées. Ces données mettent en avant l’intérêt des programmes de réhabilitation respiratoire dans le cadre de la prise de la prévention des exacerbations de BPCO ; à ce jour, les programmes de réhabilitation respiratoire ont montré un bénéfice dans le cadre de l’amélioration de la qualité de vie des patients atteints de BPCO, mais également dans la réduction du nombre d’hospitalisations (donc du nombre d’exacerbations) [43-53]. Contrairement à l’approche médicamenteuse offerte par l’administration de corticoïdes inhalés, la réhabilitation paraît apporter un bénéfice, indépendamment du niveau de sévérité de l’affection.

À la lumière de ces différents essais cliniques, le critère constitué par la fréquence des exacerbations s’est donc progressivement imposé comme critère de jugement majeur de l’impact des différentes stratégies de prise en charge de la BPCO.

Conclusion

La prévention des infections respiratoires basses fait appel à des stratégies variées qui dépassent les recommandations vaccinales pour déboucher sur le contrôle des facteurs favorisants, avec en particulier la lutte contre le tabagisme. L’avenir, en l’absence d’un franc succès de telles approches préventives, devrait s’accompagner d’une forte ascension du poids des exacerbations de BPCO dans nos pays développés. Le concept de maladie aiguë est alors totalement dépassé, la prise en charge des BPCO exigeant une approche globale sur le modèle de toute prise en charge d’affection chronique.

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17 Lee , Matchar , Clements , Huber , Hamilton , Peterson Economic analysis of influenza vaccination and antiviral treatment for healthy working adults Ann Intern Med 137 42002 225-231

18 Nichol Cost-benefit analysis of a strategy to vaccinate healthy working adults against influenza Arch Intern Med 161 52001 749-759

19 Gross , Hermogenes , Sacks , Lau , Levandowski The efficacy of influenza vaccine in elderly persons. A meta-analysis and review of the literature Ann Intern Med 123 71995 518-527

20 Voordouw , van der Linden , Simonian , van der , Sturkenboom , Stricker Influenza vaccination in community-dwelling elderly : impact on mortality and influenza-associated morbidity Arch Intern Med 163 92003 1089-1094

21 Nichol , Nordin , Mullooly , Lask , Fillbrandt , Iwane Influenza vaccination and reduction in hospitalizations for cardiac disease and stroke among the elderly N Engl J Med 348 142003 1322-1332

22 Hak , Nordin , Wei , Mullooly , Poblete , Strikas , et-al. Influence of high-risk medical conditions on the effectiveness of influenza vaccination among elderly members of 3 large managed-care organizations Clin Infect Dis 35 42002 370-377

23 Ahmed , Nicholson , Nguyen-Van-Tam Reduction in mortality associated with influenza vaccine during 1989-90 epidemic Lancet 346 89751995 591-595

24 Greenbaum , Furst , Kiderman , Stewart , Levy , Schlesinger , et-al. Mucosal [SIgA] and serum [IgG] immunologic responses in the community after a single intra-nasal immunization with a new inactivated trivalent influenza vaccine Vaccine 20 7-82002 1232-1239

25 Meadows Nasal flu vaccine approved FDA Consum 37 52003 27-

26 Couch Nasal vaccination, Escherichia coli enterotoxin, and Bell’s palsy N Engl J Med 350 92004 860-861

27 Welliver , Monto , Carewicz , Schatteman , Hassman , Hedrick , et-al. Effectiveness of oseltamivir in preventing influenza in household contacts : a randomized controlled trial JAMA 285 62001 748-754

28 Hayden , Atmar , Schilling , Johnson , Poretz , Paar , et-al. Use of the selective oral neuraminidase inhibitor oseltamivir to prevent influenza N Engl J Med 341 181999 1336-1343

29 Monto , Pichichero , Blanckenberg , Ruuskanen , Cooper , Fleming , et-al. Zanamivir prophylaxis : an effective strategy for the prevention of influenza types A and B within households J Infect Dis 186 112002 1582-1588

30 Peters , Gravenstein , Norwood , De B , Van Couter , Gibbens , et-al. Long-term use of oseltamivir for the prophylaxis of influenza in a vaccinated frail older population J Am Geriatr Soc 49 82001 1025-1031

31 Lettinga , Verbon , Weverling , Schellekens , Den Boer , Yzerman , et-al. Legionnaires’ disease at a Dutch flower show : prognostic factors and impact of therapy Emerg Infect Dis 8 122002 1448-1454

32 Straus , Plouffe , File , Lipman , Hackman , Salstrom , et-al. Risk factors for domestic acquisition of legionnaires disease. Ohio legionnaires Disease Group Arch Intern Med 156 151996 1685-1692

33 Kark , Lebiush , Rannon Cigarette smoking as a risk factor for epidemic a(h1n1) influenza in young men N Engl J Med 307 171982 1042-1046

34 Godtfredsen , Vestbo , Osler , Prescott Risk of hospital admission for COPD following smoking cessation and reduction : a Danish population study Thorax 57 112002 967-972

35 Mahler , Donohue , Barbee , Goldman , Gross , Wisniewski , et-al. Efficacy of salmeterol xinafoate in the treatment of COPD Chest 115 41999 957-965

36 van Noord Long-term treatment of chronic obstructive pulmonary disease with salmeterol and addictive effect of iprtropium Eur Respir J 15 2000 878-885

37 Szafranski , Cukier , Ramirez , Menga , Sansores , Nahabedian , et-al. Efficacy and safety of budesonide/formoterol in the management of chronic obstructive pulmonary disease Eur Respir J 21 12003 74-81

38 Jones , Willits , Burge , Calverley Disease severity and the effect of fluticasone propionate on chronic obstructive pulmonary disease exacerbations Eur Respir J 21 12003 68-73

39 Calverley , Pauwels , Vestbo , Jones , Pride , Gulsvik , et-al. Combined salmeterol and fluticasone in the treatment of chronic obstructive pulmonary disease : a randomised controlled trial Lancet 361 93562003 449-456

40 Burge , Calverley , Jones , Spencer , Anderson , Maslen Randomised, double blind, placebo controlled study of fluticasone propionate in patients with moderate to severe chronic obstructive pulmonary disease : the ISOLDE trial BMJ 320 72452000 1297-1303

41 van d , Monninkhof , Van Der , Zielhuis , van Herwaarden Effect of discontinuation of inhaled corticosteroids in patients with chronic obstructive pulmonary disease : the COPE study Am J Respir Crit Care Med 166 102002 1358-1363

42 Garcia-Aymerich , Farrero , Felez , Izquierdo , Marrades , Anto Risk factors of readmission to hospital for a COPD exacerbation : a prospective study Thorax 58 22003 100-105

43 Celli Pulmonary rehabilitation in patients with COPD Am J Respir Crit Care Med 152 31995 861-864

44 Lacasse , Wong , Guyatt , King , Cook , Goldstein Meta-analysis of respiratory rehabilitation in chronic obstructive pulmonary disease Lancet 348 90351996 1115-1119

45 Goldstein , Gort , Stubbing , Avendano , Guyatt Randomised controlled trial of respiratory rehabilitation Lancet 344 89341994 1394-1397

46 Wijkstra , Van Altena , Kraan , Otten , Postma , Koeter Quality of life in patients with chronic obstructive pulmonary disease improves after rehabilitation at home Eur Respir J 7 21994 269-273

47 O’Donnell , McGuire , Samis , Webb The impact of exercise reconditioning on breathlessness in severe chronic airflow limitation Am J Respir Crit Care Med 152 6 Pt 11995 2005-2013

48 Lake , Henderson , Briffa , Openshaw , Musk Upper-limb and lower-limb exercise training in patients with chronic airflow obstruction Chest 97 51990 1077-1082

49 Ries , Ellis , Hawkins Upper extremity exercise training in chronic obstructive pulmonary disease Chest 93 41988 688-692

50 Martinez , Vogel , Dupont , Stanopoulos , Gray , Beamis Supported arm exercise vs unsupported arm exercise in the rehabilitation of patients with severe chronic airflow obstruction Chest 103 51993 1397-1402

51 Wijkstra , Ten Vergert , Van Altena , Otten , Kraan , Postma , et-al. Long term benefits of rehabilitation at home on quality of life and exercise tolerance in patients with chronic obstructive pulmonary disease Thorax 50 81995 824-828

52 Berry , Rejeski , Adair , Zaccaro Exercise rehabilitation and chronic obstructive pulmonary disease stage Am J Respir Crit Care Med 160 41999 1248-1253

53 Foglio , Bianchi , Bruletti , Battista , Pagani , Ambrosino Long-term effectiveness of pulmonary rehabilitation in patients with chronic airway obstruction Eur Respir J 13 11999 125-132

54 Calendrier vaccinal 2003. Avis du Conseil supérieur d’hygiène publique de France. BEH no 6/2003, 17 janvier 2003.

55 Recommandations pour la prise en charge de la BPCO. Actualisations 2003. Revue des maladies respiratoires. Vol. 20, cahier 2, no 3, 2003.


 

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